Hey hey heeeey !

Omg vous y croyez vous que je suis (preeesque) dans les temps pour poster ce chapitre ? Pour une fois ! Enfin, le chapitre est plus court que d'habitude mais bon. Il est assez calme alors il avait pas forcément besoin d'être hyper long quoi. En plus je l'ai écris en étant hyper malade !

Enfin bref ! Bonne lecture !


CHAPITRE 6 — Alone, only left to fall

La peinture n' est pour moi qu' un moyen d' oublier la vie. Un cri dans
la nuit. Un sanglot raté. Un rire qui s' étrangle.

(Georges Rouault)

Trois heures vingt-huit du matin, un éclair zébrait le ciel. Un, deux trois, quatre — le tonnerre grondait. Akaashi avait les yeux grands ouverts et fixés sur le plafond. Lorsqu'un rayon de lumière explosait dans le ciel nocturne, il envoyait se refléter sur la surface blanche au-dessus de lui, les ombres des branches dénudées du pommier qui dépérissait dans leur minuscule cour. La pluie tambourinait contre les carreaux tellement fort que le verre aurait pu voler en éclats. À chaque coup de tonnerre, la petite baraque tremblait jusque dans ses fondations.

Lorsqu'il était petit, Akaashi avait peur de l'orage. Sa sœur aussi en avait eu peur jusqu'à ses cinq ans. Tous les deux avaient été guéris de leur phobie par leur mère et aujourd'hui, Akaashi aimait l'orage. Il le trouvait artistique. C'était elle qui lui avait appris que la tempête était une pièce d'art de la nature.

Il se souvenait de cette fois-là, lorsqu'il avait six ans. Il s'en souvenait, non pas parce qu'il avait une mémoire particulièrement aiguisée, mais surtout parce que ce qu'elle lui avait dit ce jour-là l'avait marqué, et avait marqué une étape majeure dans sa vie. C'était une nuit d'été, et Keiji, tout petit et tout tremblant, était venu se glisser dans la chambre de ses parents en quête de protection contre la violente tempête qui hurlait dehors. Sa mère, réveillée par ses sanglots étouffés, l'avait pris dans ses bras et avait marché avec lui jusqu'à la fenêtre. Là, le visage de son fils tout blotti contre son cou, elle avait ouvert les rideaux et avait parlé d'une voix basse.

"Est-ce que tu sais ce que c'est l'orage, Keiji ?" avait-elle demandé.

"Une perturbation atmosphérique," avait répondu le petit garçon. S'il n'avait pas développé de fibre artistique, Akaashi aurait sans doute été un scientifique. Lorsqu'il était très jeune, il était passionné par tout ce qui touchait aux sciences physiques.

Sa mère avait gloussé doucement dans l'obscurité ; un rire si bas qu'il avait presque été camouflé par le fracassement de la pluie.

"Oui, mais pas seulement," avait-elle dit. "L'orage est comme la toile animée d'un artiste bien plus grand que nous."

Akaashi avait alors vaguement tourné la tête pour regarder dehors, mais un nouveau coup de tonnerre avait fait trembler la maison, et il avait vivement caché son visage à nouveau. Sa mère, douce comme à son habitude, avait posé une main contre sa tête et avait doucement caressé ses cheveux.

"Tu n'as pas à avoir peur, Keiji. Regarde, lorsque les éclairs apparaissent dans le ciel, tu ne trouves pas que cela ressemble à une peinture ?"

"Je veux pas regarder," avait répondu la petite voix d'Akaashi.

"Allons, ne me dis pas que l'art te fait peur," avait plaisanté sa mère. "La nature est artistique, et le ciel et la plus belle pièce d'art qui soit. Les couchers de soleil, les rouleaux de nuages sur un fond de ciel bleu, et puis l'orage au milieu d'une nuit d'été, qui décore le ciel différemment à chaque fois. Tu devrais regarder Keiji, c'est vraiment beau."

Timidement, doucement, le petit garçon releva la tête une deuxième fois. Son corps tout blotti dans les bras protecteurs de sa mère pour le rassurer, il regarda par la fenêtre, mais ne vit rien d'autre que leur rue bombardée de trombes d'eau si puissantes qu'il avait l'impression que les gouttes pourraient le transpercer s'il sortait maintenant. Et il ne comprenait pas ce que sa mère trouvait beau dans l'orage.

Et alors, un éclair fendit le ciel. Akaashi ferma les yeux. Sa mère rit. Il rouvrit un œil, juste un. Et il regarda le ciel noir comme le suif. Rien ne se passa pendant quelques instants, jusqu'à ce qu'un autre éclair apparaisse. Et cette fois, le garçonnet le vit. Il le regarda apparaître et puis disparaître aussi vite, en un battement de cil.

La lumière avait traversé le ciel en un instant, et pendant une seconde, la nuit avait semblé plus lumineuse. Les boules de nuages étaient apparues plus distinctement sur la voûte céleste, et les fils lumineux qui s'étaient éparpillés les avaient fait resplendir, comme si derrière cet amas obscur, il y avait de la lumière. Une lumière vive, comme celle du jour en pleine nuit.

L'éclair avait disparu aussi vite qu'il était apparu, mais la lumière dans le regard de Keiji, elle, était restée.

"Tu vois," avait parlé sa mère. "Il y a là-haut un Grand Peintre, et parfois, lorsqu'il est inspiré, il peint un orage. Et comme ce Grand Peintre a beaucoup d'affection pour les humains, il leur fait partager son œuvre et leur offre ce spectacle. Alors maintenant, lorsqu'il y aura de l'orage, n'ai pas peur et regarde. Il n'y a pas une œuvre d'art qui ne vaille pas d'être admirée. Alors ne crains pas l'orage, laisse-le t'éblouir."

Cette nuit-là, Akaashi avait passé de longues heures assis dans son futon, juste devant la fenêtre de sa chambre, à regarder le ciel s'allumer par intermittences, et il avait beaucoup pensé. Il trouvait l'orage violent, un peu agressif. Mais il avait pensé que cela devait être parce que ce Grand Artiste qui était là-haut était fougueux et passionné. Il jetait la peinture qui était les éclairs sur le ciel, et même s'il peignait l'orage avec toute la violence de l'univers, il en ressortait une œuvre grandiose qui était tout ce que devait être une œuvre d'art.

Elle faisait ressentir des choses. Certaines personnes craignaient l'orage, et d'autres l'appréciaient et aimaient à l'observer chambouler le monde avec ses airs apocalyptiques.

Depuis ce jour-là, Akaashi n'avait plus jamais eu peur de l'orage. Et c'est peu de temps après cette nuit-là qu'il avait pris la décision de devenir peintre. En grandissant, il avait fini par réaliser que le Grand Peintre dont sa mère lui avait fait miroiter le talent n'existait pas, mais il n'avait cependant jamais cessé de trouver les tempêtes artistiques.

Lorsque les nuits étaient orageuses, il trouvait difficilement le sommeil, et souvent, il se retrouvait sur un coup de tête, à peindre à deux heures du matin, des toiles qu'il trouveraient atroces au lever du jour. Les nuits d'orage l'emplissaient de tout un tas de sentiments tout aussi orageux, et tenter d'extérioriser ces émotions sur une toile résultait bien souvent, si ce n'est toujours, en des peintures sombres qu'il avait honte d'avoir peintes lorsque la transe de la nuit le quittait.

Akaashi se redressa sur son futon, rejetant sa couverture à ses pieds. Il savait qu'il ne parviendrait pas à s'endormir de toute façon, alors autant profiter de son insomnie pour peindre. Il marcha en silence jusqu'à son placard, et sans même prendre la peine d'allumer la lumière, il en sortit une toile vierge, sa boite de peinture et son chevalet. Il n'avait presque plus de toiles, il allait falloir qu'il en rachète. Peut-être.

Il s'arrêta. Peut-être qu'il devrait en profiter. Comme les fumeurs qui promettaient : "quand j'ai fini ce paquet, j'arrête !". Peut-être qu'il pourrait faire la même chose. Quand je n'ai plus de toiles, j'arrête. Il aurait déjà dû arrêter de toute façon, mais cela aurait été du gâchis de jeter ces toiles qu'il avait payées une fortune.

Il s'installa au centre de la pièce, son chevalet déplié et une toile posée dessus façon paysage. Depuis qu'il l'avait jeté par terre, il n'était plus très stable, mais en s'asseyant et en le maintenant avec les jambes, ça allait.

Akaashi prépara tout ce dont il avait besoin. Il ouvrit la boite en bois dans laquelle il rangeait sa peinture et quelques pinceaux, et lorsqu'il fut prêt, la main levée, un pinceau coincé entre les doigts, il s'arrêta.

Que peindre ?

Il leva les yeux vers la fenêtre au moment où un éclair illuminait le ciel, et presque immédiatement s'en suivit le tambour assourdissant du tonnerre. L'orage était juste au-dessus de sa tête. Lorsque la tempête était si proche, cela donnait l'illusion qu'elle était aussi plus violente, et le grondement enragé résonnait jusqu'au fond du cœur d'Akaashi.

Il ferma les yeux, concentra toute son attention sur le son de la pluie qui hurlait contre sa fenêtre. C'était puissant, presque comme si cela avait été des graviers qui tombaient du ciel, et non pas de l'eau. Il se demanda ce qui arriverait si les trombes de pluie violentes brisaient la fenêtre. L'eau et le vent se déverseraient dans sa chambre, détrempant tout sur leur passage. Les éclats de verre voleraient dans tous les sens, et peut-être qu'ils le blesseraient.

Peut-être qu'un éclat viendrait se planter en plein dans son cœur, ou dans sa tête, ou bien lui trancherait la jugulaire par un malheureux hasard.

Ou peut-être que les débris seraient projetés dans ses yeux et le rendraient aveugle. S'il devenait aveugle, beaucoup de choses changeraient. S'il devenait aveugle, il ne pourrait plus peindre ou apprécier une toile lui non plus. S'il devenait aveugle, il ne pourrait plus voir le tag de la Chouette qui lui traînait toujours dans le fond de l'esprit comme une pensée obsédante.

Cela faisait un moment maintenant qu'il était tombé sur cette peinture murale, et il continuait à passer devant jour après jour, à chaque fois qu'il allait travailler et qu'il rentrait du travail. Tous les jours, il se demandait s'il serait encore là, intact dans toute sa splendeur et son impressionnante agressivité. S'il n'aurait pas été vandalisé (et c'était ironique qu'il craigne cela, car ce tag en lui-même était, au fond, un acte de vandalisme) ou effacé par la pluie. Et chaque jour il était là. Et le voir installait dans la poitrine d'Akaashi une myriade de sentiments qui s'ancraient à chaque coup d'œil un peu mieux en lui.

Il avait foi en l'idée que l'Œuvre d'un artiste reflétait son âme et ce qu'il avait enfoui tout au fond de lui. Ses craintes, ses joies, les choses qu'il haïssait et celles qu'il adorait. Cette peinture-là lui inspirait toujours la même chose. Cette ville en flammes, et cet oiseau de proie au regard presque vivant, dont le plumage embrasé était la source improbable de l'incendie le faisaient toujours frémir. S'en dégageait une haine envers le monde, et sans doute une idée un peu fantasmée, un peu utopique, de changer ce monde. Brûler la ville pour reconstruire quelque chose de mieux par dessus, parce que c'état par le feu que l'on effacerait le mieux les crimes d'une humanité corrompue par elle-même et ce qu'elle avait créé.

C'était peut-être un peu extrême, mais l'idée était bien là. La personne qui avait peint le tag de la Chouette avait sans aucun doute une âme pleine de révolution. Une âme flamboyante et immense, du genre que l'on ne pouvait que remarquer et admirer. Le genre d'âme gonflée de passion qui faisait jaillir dans le cœur de chaque personne touchée par elle un puissant sentiment d'exaltation, et l'impression de pouvoir tout accomplir en la suivant.

Akaashi, lui, bouffé par la société, Akaashi qui avait à maintes reprises courbé l'échine devant les critiques, et obéit bien sagement à chaque fois qu'on lui avait dit de rentrer chez lui parce qu'il n'avait aucune chance de devenir quelqu'un, admirait sans doute un peu (un peu trop) celui qui avait peint cela, sans même le connaître. Et peut-être qu'il avait une certaine sympathie pour cet inconnu révolutionnaire.

Il avait trempé son pinceau dans la gouache dont l'odeur particulière avait le don de l'apaiser, et il s'était mis à peindre. Il ne savait pas ce qu'il peignait. Il peignait, c'est tout. Il laissait parler ce qu'il ressentait, car c'était cela, l'art. Et d'une certaine façon, cela lui faisait un bien fou et libérateur.

Penché en avant sur sa toile, le bout de sa langue pincé entre ses incisives (il mordait toujours sa langue lorsqu'il peignait, et c'était un signe qu'il était concentré), il faisait courir la brosse sur la surface blanche, la couvrant petit à petit, avec toute l'application du monde. La pluie battante n'était plus qu'un bourdonnement dans le fond de sa tête alors qu'il se jetait dans son art à corps perdu, englouti par sa concentration.

En réalité, cela faisait un long moment (un trop long moment) qu'il n'avait pas peint pour lui-même en laissant parler son cœur. Obsédé par l'idée de faire exposer sa peinture, il avait fini par conditionner son art aux standards qui lui donneraient une chance de parvenir à ses fins. Il avait étudié les œuvres qui faisaient parler d'elles dans le monde de la peinture, et avait essayé de les reproduire, de s'adapter au style, au coup de pinceau (bien en vain, au final).

Et c'était d'une tristesse ! Qu'était-ce que l'art ? Un moyen d'exprimer ses sentiments, de créer quelque chose avec pour matériau ce que l'on avait au fond du cœur, au fond du ventre perdu au fond de ses entrailles. L'art, c'était prendre un stylo, une poignée de glaise ou un pinceau, et créer quelque chose qui serait le reflet de notre âme. L'art était le moyen de s'exprimer librement.

Alors, avoir voulu se restreindre et se cantonner aux standards, Akaashi avait fini par en avoir profondément honte. De toute façon, cela avait été inutile. Et c'est la raison pour laquelle, lorsqu'il avait peint la toile qu'il avait présentée à sa dernière entrevue, il l'avait peinte avec tout ce qu'il avait en lui. Mais encore une fois, cela avait été un échec cuisant. C'était la dernière fois qu'il avait peint avec son cœur.

Les paroles qu'Oikawa lui avait dites dans l'après-midi s'imposèrent à lui. "C'est en train de te bouffer, cette obsession pour la peinture et la renommée". C'était beaucoup trop vrai. Il n'avait plus eu que ça dans la tête pendant des mois. C'était pour ça qu'il avait arrêté ses études après le lycée (puisqu'il n'avait pas été reçu dans l'école d'art pour laquelle il avait postulé), et c'était sans doute pour ça que son père avait fini par lui poser un ultimatum. Parce que ça le bouffait.

Pendant des mois, il n'avait fait que peindre, contacter des galeries d'art, peindre, se déplacer pour présenter ses œuvres, peindre, essuyer des refus, peindre, jeter ses peintures et peindre encore, et supporter le fantôme, et peindre, peindre, peindre encore avec en écho dans le fond de sa tête, ces mots qu'il n'avait jamais oubliés, qu'il n'oublieraient jamais.

"Tu dois peindre, Keiji. N'arrête jamais de peindre. Tu dois toujours continuer à peindre."

Et il avait peint. Pendant des mois, des années, il peignait et peignait encore jusqu'à en avoir mal, jusqu'à ce que son dos hurle de douleur d'avoir été penché sur son chevalet, jusqu'à ce que son poignet soit raide et ses doigts ankylosés d'avoir été serrés autour du pinceau.

Il aimait peindre, alors cela ne le dérangeait pas. Il avait adoré ça depuis sa petite enfance. Et pourtant, pourtant... Pourtant, il détestait ce qu'il pouvait peindre, et ne trouvait rien de beau ou de libre dans son art à lui. Il aimait peindre, plus que tout. C'était sa raison de vivre, la seule chose qui le définissait. Il était Akaashi Keiji, le peintre. Ou plutôt l'aspirant peintre qui ne serait jamais qu'un aspirant. Qui ne serait jamais reconnu. Qui n'honorerait jamais sa promesse. Détestée promesse, salvatrice promesse. Il se demandait parfois ce que serait devenue sa vie s'il n'avait jamais fait cette promesse.

C'était pour elle qu'il peignait ainsi aujourd'hui. Peut-être que c'était à cause de cette promesse qu'il restait minable. Une pâle copie d'artiste qui se raccrochait à un bout de talent et à un souvenir pour essayer de faire quelque chose ; qui, noyé dans sa fierté avec ses démons et ce fantôme, s'essoufflait.

Parfois, Akaashi réalisait à quel point il était fait de contradictions. Foulé au pied, plein de haine tant et si bien qu'il ne savait même plus ce qui en était la source ou qui en était la cible, rongé de peurs, il restait gonflé d'ego. Et entendre dire, ou penser qu'il était mauvais en art le partageait toujours.

Il y avait une partie de lui qui acquiesçait et souffrait, et voulait hurler et pleurer, et qui admettait à quel point c'était vrai et comme ça le plongeait dans le désespoir, et il y avait l'autre partie qui gonflait la poitrine avec arrogance, et se targuait d'un impétueux "qui êtes-vous pour me juger ?". C'était difficile, parfois, d'être tiraillé entre son anxiété et sa fierté. Entre sa haine de lui-même et le réflexe autoprotecteur de penser qu'il y avait pire que lui.

Tout était tellement confus dans son esprit qu'il ne savait plus que penser de lui-même, de sa vie, de sa peinture, du monde tout entier. Il se sentait si perdu et vulnérable. Comme Oikawa le lui avait fait remarquer, cela faisait maintenant plus d'un mois depuis sa dernière entrevue avec des critiques d'art. Et depuis, était-il arrivé à une conclusion sur ce qu'il devait vraiment faire ? Ses vaines tentatives d'introspections avaient-elles porté leurs fruits ?

Non, quelle vaste blague ! Il n'arrivait à rien et c'était d'autant plus frustrant qu'on le pressait de tous les côtés. Il ne voulait pas finir serveur toute sa vie, mais il n'avait pas d'autre solution de repli. Il avait grandi et toujours basé ses plans se carrière sur la peinture, persuadé qu'il était qu'il deviendrait grand et célèbre. Tout était tombé en ruine, et un mois ne lui serait pas suffisant. Il aurait besoin de plus de temps. De temps pour mettre en ordre ses pensées, de temps pour faire le deuil de ses rêves, de temps pour trouver ce qu'il pourrait faire maintenant.

Il voulait juste qu'on le laisse respirer, qu'on le laisse faire à sa manière et à son rythme. Il voulait juste qu'on laisse le temps à la dernière flamme d'espoir rebelle qui brûlait encore au fond de lui de s'éteindre d'elle-même.

Son dernier coup de pinceau fut accompagné des premiers rayons d'un jour gris. L'orage était passé. Il était six heures moins cinq du matin. Akaashi reposa son pinceau et cambra son dos en étirant ses bras au-dessus de sa tête. Comme d'habitude, il se sentait tout engourdi après avoir été assis et immobile si longtemps, mais il avait appris à tirer du réconfort de cette sensation qu'il avait un jour trouvée sincèrement désagréable. Sa sœur lui avait plusieurs fois fait remarquer qu'à force d'être courbé ainsi lorsqu'il peignait, il finirait par avoir de sérieux problèmes de dos en vieillissant. Mais ça lui était égal.

Il se leva et recula d'un pas pour inspecter sa peinture. Il fronça un peu le nez en avisant ce qu'avait tracé son pinceau, tout en pensant avec ironie que si un psychologue devait un jour voir ça, il penserait que Keiji avait un sérieux problème. Mais ce n'était pas grave. De toute façon, aucun psy ne serait jamais amené à voir ça. Lorsque la peinture serait parfaitement sèche, il la couvrirait et la cacherait, ou bien il la jetterait, la détruirait. Qu'est-ce qu'il pourrait bien en faire d'autre de toute façon ?

Il se sentit soudain accablé de fatigue et songea qu'un bain lui ferait le plus grand bien. Alors il sortit de sa chambre, à tâtons, laissant reposer au milieu de la pièce, sur le chevalet bancal, l'expression de ses sombres pensées nocturnes.

La toile, si blanche lorsqu'elle était vierge, avait été souillée de noir, de beaucoup de noir, et de rouge, et de jaune, et d'un peu de gris aussi. Au milieu des ténèbres dont les ombres rappelaient vaguement une ville, une silhouette humaine était en proie aux flammes qui dansaient, immobiles sur le coton noirci, tout autour d'elle et avaient déjà tant brûlé sa peau que tout son corps visible au travers du rouge feu était couleur cendres. L'être immolé avait les yeux tous noirs comme des trous, et un sourire sur les lèvres, comme si la morsure du feu était pour lui une tendre caresse.

Comme si la mort qui le faucherait lorsque les flammes auraient détruit toute son enveloppe de chair et de sang serait une douce bénédiction.

Dans le fond de la toile, derrière la silhouette en flamme étaient quelques plumes brûlantes qui tombaient dans l'ombre de cette ville incendiée.


"Dis Akaashi, il s'est passé un truc entre toi et Oikawa ?"

Akaashi tourna la tête vers Yukie et il croisa son regard plein de curiosité. Il haussa un sourcil interrogateur, et la jeune femme ajouta, tout en déposant un verre de limonade sur le plateau que le serveur avait laissé sur le comptoir.

"Quand je lui ai demandé s'il savait à quelle heure tu prenais aujourd'hui, il m'a lancé un sale regard et il m'a dit qu'il savait pas, mais carrément sèchement tu vois. Il avait l'air un peu énervé à ton évocation en fait. Alors je me suis dit qu'il s'était peut-être passé un truc entre vous."

Akaashi cligna des yeux, mais ne répondit pas. Oh, alors Oikawa était en colère contre lui. C'était sûrement à cause du fait qu'il s'était énervé contre lui la veille, et aussi qu'il les avaient plantés au bar deux jours plus tôt. Il ne pensait pas qu'il lui en voudrait comme ça. Enfin, c'était vrai qu'il avait été plutôt dur avec lui. Il n'aurait pas dû s'énerver comme ça lorsqu'ils étaient chez lui. Il irait s'excuser lorsqu'il en aurait l'occasion.

"Vous vous êtes disputés ?" insista la barmaid face à l'absence de réaction de son collègue, tout en poussant le plateau vers lui.

Akaashi secoua vaguement la tête, et il récupéra le plateau, lançant rapidement avant de s'éloigner : "Pas vraiment."

"Ça veut dire quoi 'pas vraiment' ?" entendit-il dans son dos, mais il n'y fit pas attention. Yukie était comme Oikawa, elle adorait les ragots. Et Akaashi n'avait aucune intention de lui étaler sa vie privée, dont faisait partie son accrochage avec l'autre serveur.

Alors qu'il apportait à des clients les commandes qu'il venait de récupérer au bar, il croisa justement Oikawa qui revenait de la terrasse avec des verres et des tasses vides. Il chercha son regard, mais son ami l'ignora superbement. Akaashi pinça les lèvres. C'était assez désagréable de se faire snober comme ça. Surtout par Oikawa. Sans compter que lui aussi avait des raisons d'être en colère. Si c'était comme ça, et bien d'accord. Lui aussi l'ignorerait, et ce petit manège durerait le temps qu'il devrait durer.

Ainsi ce jour-là, les deux amis ne s'échangèrent plus un regard ni un mot. Et même si, à chaque fois qu'il passait au bar, Yukie essayait d'obtenir des détails, Akaashi ne cracha pas un mot à ce sujet.

Lorsqu'Oikawa termina son service vers quatorze heures, il ressortit par devant après s'être changé au vestiaire, et Akaashi le suivit du regard pour découvrir que s'il était sorti par l'entrée principale, c'était pour rejoindre Iwaizumi qui était assis sur son banc habituel. Il s'y était installé presque une heure plus tôt, Akaashi l'avait vu. Bokuto et Kuroo n'étaient pas là aujourd'hui, et bien que ne pas voir Bokuto avait soulagé le serveur, il avait été un peu déçu de ne pas apercevoir Kuroo, avec qui il aurait aimé avoir l'occasion de plus parler lorsqu'ils s'étaient vus au bar.

Keiji resta un peu abasourdi et pendant une poignée de secondes, il ne put détacher son regard de son ami, discutant avec Iwaizumi de l'autre côté de la rue, un large sourire irradiant sur son visage. Alors ils se voyaient maintenant.

Akaashi se fit la réflexion qu'au final, il n'avait jamais demandé à Oikawa comment s'étaient passées les choses pour lui au bar. Peut-être qu'il lui en voulait aussi un peu pour ça d'ailleurs. Il réalisa alors qu'il avait été très égoïste, ne se concentrant que sur ses propres problèmes et sa propre crise existentielle et artistique ce dernier mois. Et lorsque son ami avait voulu l'aider, il l'avait remballé parce que son opinion sur le sujet ne lui avait pas plu.

Il avait été capricieux, en plus d'être égoïste. Et plutôt injuste, il devait bien l'admettre.

Suivant du regard Oikawa et Iwaizumi s'éloigner en parlant, l'un à côté de l'autre et leurs épaules se frôlant presque, pour aller on ne sait où, Akaashi sentit sa poitrine se serrer un peu, et c'était désagréable. En voyant le seul ami qu'il avait vraiment, et avec qui il était en froid par sa faute, partir comme ça après l'avoir ignoré toute la matinée, il sentit un sentiment détestable tomber sur son cœur comme une pierre.

Soudain, alors que la silhouette d'Oikawa disparaissait au coin de la rue, le laissant ici sans un regard, il se sentit très seul.


Voilà ! J'espère que ça vous a plu !

Comme je l'ai dis, c'était un chapitre assez calme, avec un premier flash-back ! Pas mal de pensées d'Akaashi aussi, assez confuses parce que ce pauvre petit est tout troublé :') On m'a fait remarquer qu'Akaashi avait un peu un comportement de gamin capricieux, et c'était plutôt voulu en fait. Mais là, il commence à prendre conscience de son comportement de merde :D

Bref voilà quoi, n'hésitez pas à me donner vos avis ! :D Et merci infiniment aux personnes merveilleuses qui laissent des reviews vous êtes les personnes les plus adorables du monde ! Et merci aussi aux personnes qui lisent simplement !

A bientôt !