Toriel n'était pas sûre de comment elle devait réagir. Visiblement, ils avaient été surpris à faire quelque chose qui n'était certainement pas correct, elle se préparait donc à se défendre contre la nouvelle venue. Mais en même temps, Sans semblait la connaître, puisqu'il l'appelait par son prénom. Quoiqu'à vrai dire, il semblât connaître tout le monde dans l'Underground. Il avait les mains dans les poches et ne semblait pas inquiet. Elle ne voyait pas ses yeux, elle ne pouvait pas en être sûre, mais il ne semblait pas y avoir de vrai danger.
La dénommée Alphys cligna deux ou trois fois des yeux, derrière ses grandes lunettes rondes, porta une main à sa bouche en secouant la tête et se mit à trépigner sur place d'un air dont on ne pouvait pas déterminer s'il était paniqué ou excité, peut-être les deux. « V-v-v-v-vous deux ?!... C-comment ? Pourq-q-quoi ?... Oh mon dieu, je ne…. m'attendais pas… J'aurais peut-être dû mais… O-o-oh mon dieu, qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je fais ! » Elle se mit à gratter machinalement les écailles à l'arrière de sa tête, ce qui eut l'air de beaucoup amuser le petit squelette.
« Sans, qui est-ce ? » s'enquit Toriel à voix basse.
Pas assez basse, cependant, car, à ces mots, Alphys parvint à se reprendre. Ses mains jaillirent de son cou et se croisèrent sur son ventre tandis qu'un sourire nerveux essayait de se former sur ses lèvres. On aurait dit une enfant prise en faute alors que c'était eux qui étaient entrés sans permission. « Je suis la scientifique r-royale, Alphys ! Enchantée madame… Euh… Madame.
- Oh ? Oh ! Euh… » Toriel jeta un regard en biais à Sans qui n'avait toujours pas l'air particulièrement inquiet et choisit de lui faire confiance. Cela dit, elle ne releva pas pour autant la cape qui lui dissimulait le visage. « Moi de même, Alphys. Vous êtes une amie de Sans ?
- Euh, c-c'est compliqué. » Bredouilla-t-elle. « Disons plutôt l'amie d'une amie. » Toriel attendit qu'elle poursuive mais elle n'ajouta rien. Les deux femmes se contentèrent de se regarder d'un œil nerveux, sans savoir ce qu'elles pouvaient ou ne pouvaient pas dire.
« Bon, Alphys, tu nous expliques pourquoi tes caméras nous aiment autant, d'un coup ? » fit Sans, imperméable à toute cette tension.
« Ah, oui, oui, pardon ! » bredouilla encore Alphys, malgré le fait que ce soit eux les intrus, et non l'inverse. Elle accourut au tableau de commande et frappa un bouton. L'écran se découpa en une mosaïque de petits plans qui semblaient surveiller l'intégralité de l'Underground. « C-c-comment vous dire cela… Je vous ai vu discuter à la sortie des ruines. » Elle indiqua d'un doigt griffu un des plans focalisés sur la grande porte où Sans et Toriel échangeaient leurs blagues. Toriel retint son souffle, et porta une main à sa bouche mais Alphys se retourna vers elle avant qu'elle pût dire quoique ce soit. « Je sais pour l'humain MAIS ne vous inquiétez pas je vous promets de ne rien dire à personne !
- Pourquoi cela ? N'êtes-vous pas la scientifique royale ? » Interrogea Toriel, circonspecte.
« J-j'ai tout de même une conscience ! » rétorqua Alphys, presque vexée. « D'autant que Frisk n'est qu'un petit bébé, la mettre en danger ne servirait à rien !
- T'inquiète, Toriel. » Intervint Sans. « Si elle avait voulu prévenir Asgore ou la garde royale, Frisk serait déjà entre leurs pattes, à l'heure qu'il est.
- C'est bien ce qui m'inquiète. » Lui souffla Toriel. « Comment savoir si elle n'est pas impliquée dans sa disparition ?
- Quoi ? Frisk a disparu ? »
Sans et Toriel se retournèrent vers une Alphys sincèrement étonnée de la nouvelle. « Je croyais que tu nous surveillais avec tes caméras ?
- Oui, mais je n'ai pas mis de caméras à l'intérieur des maisons ! Je t'ai vu dans la rue, et puis il a fallu que j'aille aux toilettes et… O-oh mon dieu ! C'est pour ça que vous êtes ici ! » s'écria Alphys, le regard éclairé par sa soudaine prise de conscience. Elle n'attendit pas de réponse avant de s'activer sur le panneau de contrôle, affichant les plans les uns après les autres à la recherche de la petite humaine. « Ne vous inquiétez pas, avec ce dispositif nous allons la retrouver ! Mes caméra surveillent tout l'Underground, depuis la porte des Ruines jusqu'au château du roi Asgore, à New Home ! A l'exception de l'intérieur des maisons, bien entendu. » ajouta-t-elle. Elle semblait toujours nerveuse mais son sourire était devenu plus sincère, plus large. Elle était visiblement très excitée à l'idée de pouvoir jouer un rôle dans le sauvetage de la petite humaine. Toriel et Sans se rapprochèrent à nouveau de l'écran, quelque peu rassurés par la présence d'une nouvelle alliée.
Les plans défilèrent rapidement sur l'écran, montrant des espaces enneigés, des rues presque vides, des arbres et des fleurs et des pierres, des cascades et des rivières de lave. Mais pas la moindre trace d'un bébé humain, ni d'une certaine petite fleur jaune. Alphys, d'abord confiante, commença vite à suer à grosses gouttes. « Nous… Nous avons dû mal regarder ! » Fit-elle avant de relancer une série de plans qu'elle examinait fébrilement. Toriel était de plus en plus inquiète, et Sans de plus en plus blasé.
« Je suis vraiment désolée, » soupira Alphys après une troisième série de plans sans plus de résultats que pour les deux premières. « Je pensais vraiment pouvoir vous aider mais… Mais on dirait que… Que ça ne sert à rien…
- Allons, allons, » la rassura Toriel, attendrie par son air misérable et contrit. « Au contraire, tu nous as aidés !
- V-vraiment ?
- Oui ! » Toriel, bien que toujours inquiète, offrit un grand sourire à la femme-lézard et au squelette. « Si Frisk n'est apparu nulle part dans le reste de l'Underground, cela signifie simplement qu'elle a été ramenée dans les ruines !
- Pourquoi est-ce que Flowey ferait ça ?
- Peut-être parce qu'il sait qu'ainsi nous ne pouvions pas le retrouver ! Excellente déduction Madame ! » s'écria Alphys, les yeux brillants.
« Oh, je t'en prie, appelle-moi Toriel. » La femme-chèvre se tourna vers Sans. « Je vais retourner dans les ruines et chercher Frisk et la misérable créature qui l'a enlevée. Tu devrais rentrer chez toi, ton frère va s'inquiéter.
- 'K. »
Alphys les retint tous les deux encore quelques minutes, le temps d'échanger leurs numéros de téléphone afin de pouvoir prévenir les autres au cas où Frisk serait retrouvée. Sans n'avait pas de téléphone mais donna le numéro de Papyrus, au cas où. Enfin, Toriel repartit pour les ruines et Sans prit un raccourci pour rentrer chez lui. Alphys resta seule dans son laboratoire en regardant amoureusement les deux nouveaux contacts sur son téléphone. Cela dit, en regardant le prénom de Toriel, elle fronça les sourcils.
« Tiens mais… Où est-ce que j'ai déjà entendu ce nom ? »
