..::..
Chapitre 7 : À la queue du scorpion gît le venin
Périphérie de Tokyo, Jeudi 5 septembre 2013.
Il ne s'est passé qu'une semaine, mais j'ai l'impression que ça fait des mois que nous sommes arrivées vers Tokyo. Nous avons prit beaucoup plus de temps que prévu, car nous avions eut des problèmes de carburant... pour être honnêtes, nous avons eut vraiment peur de se retrouver en panne sèche. Pour continuer à avancer, nous avons siphonné plusieurs voitures, avant d'enfin trouver une station essence en état de marche, même si nous avons passé encore du temps à virer toutes les voitures abandonnées qui prenaient toute la place. Mais concernant la capitale... il y avait plusieurs kilomètres de bouchons sur les grandes routes. Mais seulement dans le sens des départs... tout le monde avait essayé de quitter la ville au même moment.
Mais si nous n'y sommes pas entrées, c'était à cause des Siffleurs. Nous en avions entendu plusieurs, quand nous avons essayé de nous approcher de la ville, alors nous avons décidé de ne pas tenter d'entrer complètement. Tokyo était une ville affreusement grande, et nous étions très loin de son centre, nous restions dans les régions beaucoup plus campagnardes, à travers les champs et les forêts.
Et c'était un problème. Car maintenant, nous étions sur le déclin. Nous avions faim, et le temps se rafraîchissait de plus en plus... il était vrai que quand nous étions parties, je n'avais pas pensé à une chose : la venue de l'hiver. Allions-nous y survivre ? Nous avions déjà du mal à subsister quand le temps était clément, alors si il fallait en plus affronter la neige et le froid... Pourtant nous faisions de notre mieux pour se préparer, et pour aménager notre bus. Nous avons bouché toutes les fenêtres avec des plaques en bois, et fait une grande provision de couvertures, dont la plupart étaient mise au sol et dans les coins pour empêcher au maximum le froid d'entrer. Malheureusement, le bus était plutôt grand, et il était difficile d'arriver à garder de la chaleur, même avec avec le système que nous avons mit en place. Le bus était séparé en deux, par plusieurs couvertures solidement accrochées au plafond, et la partie arrière, ou se trouvait le moteur, et là ou nous dormions, était gardé le plus gros de la chaleur. À l'avant, sur le sol nous gardions les cartons du peu de nourriture qu'il nous restait, et tout les outils et armes utiles, pour ne pas avoir à sortir fouiller dans la soute. Un vrai camping-car de fortune...
Ce soir là, je venais à peine de me réveiller. Dehors, je ne savais pas si il faisait encore jour ou pas, car je voyais un mince filet de lumière qui venait de la vitre conducteur et passait entre le petit espace entre les couvertures accrochées au plafond, mais cela pourrait aussi être la lumière de la pleine lune. Allongée sur un siège mit en position horizontale, et emmitouflée dans des couvertures, pour une fois que j'avais bien chaud, je ne voulais pas encore bouger. De l'autre coté du petit couloir, en face de moi, je devinais Mio recroquevillé sur son siège, de dos... normalement, le tour de garde de Mugi allait bientôt se terminer, et elle allait venir nous réveiller. Et même si nous avions convenu que si l'une d'entre nous sortait du sommeil avant, elle allait secouer les autres, je ne voulais pas me lever maintenant.
Car en ce moment, l'ambiance dans le groupe était exécrable. Nous étions toutes épuisées, et les nerfs à vif, si bien que nous ne parlions presque plus entre nous, et les vagues discussion se résumait soit à des plaintes, des râlements ou des disputes... et je devais dire qu'avec mon caractère impulsif, c'était souvent moi qui était en cause. Au point que plus grand monde m'adressait la parole ou ne s'opposait à ce que je pouvais bien dire... maintenant, tout le monde était trop fatigué pour faire l'effort de s'engueuler. Je détestait cette ambiance. Nous étions à bout, et nos relations en pâtissait affreusement. Et puis, il y avait cette routine. Se lever, rouler sur la route une partie de la nuit, tenter de trouver de quoi manger, et se coucher. Chacune savait ce qu'elle avait à faire et ne s'en écartait pas... nous étions comme des animaux qui ne vivent que pour survivre.
Au moment ou je vis les couvertures de séparation bouger, je refermais les yeux, attendant que Mugi vienne me « réveiller »... ce qu'elle fit seulement en posant sa main sur mon épaule et la secouant légèrement. Sans rien dire, et comme à chaque fois, nous nous levions comme des robots, sans même prendre la peine de se dire un simple bonjour. J'en avait assez, de cette ambiance. Normalement, c'était moi qui devait prendre le volant en premier, mais cette fois, comme nous étions arrêtées en plein milieu d'une route qui traversait une forêt, je décidais de sortir du bus, qui avait d'ailleurs des allures de taudis.
– Je sors, annonçais-je d'une voix faible. Je vais explorer les alentours.
– Explorer quoi ? On n'est paumées en plein milieu d'une forêt, je te rappelle, râla immédiatement Azusa qui n'avait pas l'air de vouloir faire de vieux os par ici.
Je ne m'étais pas attendu à recevoir une réponse, tiens. Je me retournais vers elle, alors qu'elle descendait les marches du bus, pour lui faire face... en même temps, je remontais un peu mon jean qui commençais à tomber sur mes hanches, et pour la seconde fois, du resserrer un cran de ma ceinture. Bientôt, j'allais finir par voir mes côtes tellement je devenais maigre... à peine d'avoir fait quelques pas dehors me fatiguais, alors qu'elle ne vienne pas me prendre la tête !
– Si tu veux rester moisir ici ça te regarde, moi je vais prendre l'air. Et à moins que tu veuille m'abandonner ici, on partira pas tout de suite, répliquais-je sur la défensive.
Alors que je n'attendais pas de réponse et que je me retournais pour partir, ma kohai ce mit à marmonner. Peut-être pensait-elle que je n'entendrais pas ou que je n'y prêterais aucune attention.
– Ouais, ben c'est peut-être bien ce que je vais faire... Ça fera une personne de moins à nourrir...
Je me stoppais et me retournais immédiatement vers elle. Tout de suite énervée, et au fond un peu surprise qu'elle insiste alors que depuis quelques jours nous avions toutes l'habitude de laisser couler à cause de la fatigue, je laissais échapper un râlement. Elle me provoquait, ou me cherchait, peut-être ? Si elle avait envie de se défouler ou je ne savais quoi, je n'allais pas me laisser faire comme ça !
– C'est plutôt toi qu'on devrais abandonner sur le côté de la route ! T'es bonne qu'à te prendre des balles ! crachais-je dans sa direction avec un mouvement de bras.
Azusa releva soudainement la tête vers moi, et me jeta un regard mêlé d'étonnement et de stress... mais ne répondit rien. Je savais que j'avais frappé la ou ça faisait mal, et sur le moment, j'étais fière d'avoir réussit à lui clouer le bec, peu importe si je l'avais blessée ou pas. C'était plus fort que moi, comme si je ruminais depuis trop longtemps et avait besoin de déverser ma mauvaise humeur sur quelqu'un... car je le sentais bien, j'étais même déçue qu'elle se taise si facilement. J'aurais bien aimé qu'elle continue, pour me donner une vraie raison de partir au quart de tour comme je l'avais fait.
– Je suis de l'avis d'Azu-nyan ! Pourquoi tu veux aller te perdre en forêt ? Autant qu'on parte tout de suite.
Ce fut Yui qui venait prendre la relève... et défendre Azusa évidemment. Je la fixais, alors qu'elle était sur les marches du bus, et elle était tellement pâle que la seule couleur sur son visage était le rosâtre de la cicatrice qu'elle avait à la mâchoire. Et moi, je n'écoutais même pas ce qu'elle avait à dire, mais sautais sur l'occasion de lancer une autre provocation.
– Oh oui bien sur, Madame vole toujours à la défense de la plus jeunes même quand elle a des idées stupides !
Cette fois, je faisais clairement référence au moment ou, il y avait trois jours, nous étions rentrées à peine avant le jour après l'exploration sans résultat d'une rue commerçante, et que Azusa avait préféré se cacher dans un bâtiment au lieu d'aller rejoindre le bus. Et évidemment, un Siffleur nous avait repéré... mais il y avait eut plus de peur que de mal ce jour là, heureusement. Même si au fond, je n'avais pas digéré de m'être encore une fois retrouvée proche de ces choses, et à cause d'elle.
– C-calmez vous, s'il vous plaît ! tenta Mugi en voyant que le ton commençait à monter.
– Moi au moins je propose des trucs et prend des risques ! Contrairement à toi qui préfère te terrer sous les couvertures ! Si on t'avais tout le temps obéit, on serait déjà mortes de faim ! riposta tout de suite Azusa.
– La ferme ! Je te rappelle que sans moi, tu serais crevée depuis longtemps ! lui hurlais-je à la figure d'une voix forte.
– Arrête Ricchan ! s'exclama Yui en s'approchant de moi.
Mon amie posa sa main sur mon bras en même temps, pour tenter de me calmer sans doute, mais cela eut l'effet de m'agacer encore plus. J'étais en colère, et je ne savais même pas pourquoi, j'en voulais au monde entier et reportais ma frustration sur n'importe quel dispute inutile. Sans réfléchir, laissant parler mes réflexes, je repoussais violemment Yui en arrière en lui disant de me laisser tranquille. Elle faillit perdre l'équilibre, et fit plusieurs pas en arrières pour ne pas basculer sur le dos... et j'aurais continué à déverser ma rage, si Stone n'avait pas lui aussi réagit. Le chien s'avança brutalement et aboya d'un air féroce, pendant une seconde je cru bien qu'il allait me sauter dessus. Sous l'effet de la surprise et de la peur, je reculais moi aussi, alors qu'il continuait à grogner dans ma direction. Cette saleté d'animal ! Maintenant que je savais qu'il pouvais attaquer un humain, je ne le voyais plus du tout d'un même œil, et notre rencontre avec les clébards errants de l'autre fois n'arrangeait rien. Sans compter qu'il fallait aussi le nourrir ! Moi j'avais tellement faim que même une conserve de pâtée pour animal ferait grogner mon estomac...
– Hé retiens ton cabot ! D'ailleurs lui aussi il est inutile, il serai bon qu'à se laisse cuire, ça nous ferai un vrai repas !
Je n'avais pas fini ma phrase que Mio était arrivée en face de moi, et sans crier gare m'envoya une magnifique baffe. Le bruit de choc résonna même, et je reculais de nouveau de quelques pas en plaçant ma main sur ma joue douloureuse.
– Ça suffit Ritsu ! Tu ferais effectivement mieux d'aller prendre l'air.
Pour toute réponse, je lui lançais un regard menaçant. Mio me frappait parfois, avant, mais cette fois, c'était totalement différent. Elle me regardait d'un air dur, mais en même temps avec une lueur attristée dans les yeux. Très énervée, je ne demandais pas mon reste. Je poussais un long soupir exaspéré, en me frottant la joue, et quitta le groupe en m'empêchant de faire une autre remarque virulente. Je descendis de la route, marchant sur les herbes et la terre humide, et avançait de plusieurs mètres dans la forêt sombre. Pour voir ou je mettais les pieds, j'allumais ma lampe torche et la braquait sur le sol. Je ne m'enfonçais seulement pendant une ou deux minutes, mais l'air frais était agréable. Ça sentait la résine, et il y avait une légère brise glaciale qui faisait bruisser le feuillage noir sous les ombres de la nuit... ça donnait un air effrayant aux arbres, et des sentiments contradictoire. La nuit nous protégeait des monstres, mais en même temps, cela ne semblait pas être notre territoire. Ici, j'étais en pleine nature, et pas à l'abri d'une bête nocturne. Je savais qu'il ne fallait pas penser à ça, sinon, chaque mouvement de vent me ferais croire à un danger, tapis dans le noir, entre les troncs. Il ne faisait même pas assez froid pour que mon souffle se transforme en vapeur, et pourtant, je frissonnais, alors que j'entendais les craquements des branches sous mes pas, dont j'avais l'impression qu'ils résonnaient dans toute la forêt.
Je fini par m'affaler contre un tronc d'arbre, sur une pierre mousseuse et humide, en lâcha un soupir moitié ruminement de bovin. Je m'étais encore emportée pour rien, je ne savais même plus ce qui m'avais poussée à être aussi agressive, et maintenant, comme souvent, je ne pouvais que regretter. La faim était un fléau vraiment vicieux. J'étais affamée, et je n'avais plus la force de me trouver de quoi manger... la vie sauvage est impitoyable. Un fois, Mio m'avais dit qu'elle aimerais être aussi spontanée que moi, mais... ça avait tellement de mauvais côtés. Pendant plusieurs minutes, je ne bougeais pas d'un cil, écoutant le silence tourmentant de la forêt. Ce fut seulement lorsque des craquements se firent entendre, que je relevais la tête, et attrapais ma lampe torche à côté de moi.
– Est-ce que tu es calmée ? me demanda Mio qui arriva à ma hauteur.
Je m'emportais vite, c'était vrai, mais... j'arrivais aussi à me calmer assez rapidement.
– Ouais ouais... t'avais pas besoin de me frapper ! râlais-je en croisant les bras.
– Je te rappelle que tu as parlé de manger Stone quand même.
Ah oui, pour ce chien... mais j'avais dit ça uniquement pour être méchante, car je savais parfaitement que Yui était très attachée à cet animal, c'était son père qu'il lui avait offert peu de temps avant de décéder. Personnellement, les animaux de compagnie, ce n'était pas mon truc. Le seul que j'avais jamais eut était un poisson rouge, mort au bout de deux semaines parce que j'avais oublié de le nourrir. Il faudra tout de même que je fasse des excuses à Yui. Ça non plus ce n'était pas mon truc. Mais je ne trouva rien à répondre à mon amie, alors je laissais le silence se réinstaller... pour seulement quelques secondes, car mon ventre se mit à grogner plutôt bruyamment. Si bien que Mio posa le sac à dos dont elle se séparait jamais à terre, et me tandis sa gourde.
– Tiens, boit de l'eau. Ça te remplira un peu l'estomac.
Je ne refusais pas, même si je n'avais pas soif. L'eau, on en trouvait partout, ne serait-ce que grâce aux rivières et même, dans certaines habitations, contrairement à l'électricité, l'eau courante semblait souvent marcher. Après avoir bu, je rendis la gourde.
– Hé, si tu étais sur le point de mourir de faim, et que ta seule option était de... manger de la chair humaine. Tu le ferais ?
En attrapant la gourde, je sentis Mio avoir un temps d'arrêt, ce que je trouva normal, avec la question que je venais de poser.
– N-ne parle pas de choses comme ça ! soupira t-elle d'une manière pas bien rassurée.
– Sérieusement... tu le ferais ? insistais-je encore.
Mon amie se redressa avec un autre soupir, et jeta son sac sur le dos.
– Rien que l'idée me donne la nausée. Bon tu reviens ? Ce n'est pas en restant en forêt qu'on va trouver de quoi manger... et pas question de faire cuire l'une d'entre nous, si c'est ce que tu insinue.
Sans répondre, je me levais, me posant la même question. Manger quelqu'un ? Ça me paraissait beaucoup trop extrême, et pourtant... je ne serais même pas contre l'idée de manger Stone. Je savais que le chien, ça se mangeait, après tout. Mais de la chair humaine ? Est-ce que l'instinct de survie d'un humain serai plus fort que son dégoût ou son bon sens ? J'étais sur que si on enfermait deux carnivores dans la même pièce, ils se dévoreraient entre eux. Mais deux humains ?
Ce fut en silence que je suivis Mio sur le retour. Et encore en silence que je m'installais derrière le volant du bus... ce n'étais pas mon tour de conduite, mais personne ne m'en empêcha, personne n'osa de toute façon... et moi-même, je ne pris même pas la peine de faire des excuses. Tant pis. Une fois la porte fermée, je démarrais, et cette fois, était bien obligée de mettre les phares, car les ombres des arbres ne me permettaient même pas de voir les côtés de la route, sans compter que la lune était à moitié cachée derrière des nuages lactescents. Encore un voyage silencieux.. combien de temps ça durera, encore ? Jusqu'à qu'on meure toutes de faim ? Il fallait longtemps, pour mourir de faim. Et c'était une des morts les plus horrible, à mon sens.
Je conduisis longtemps, sans doute plusieurs heures, sur ce chemin interminable, jusqu'au moment ou une zone blanche attira mon regard. Un panneau en forme de flèche indiquait le nom d'une ville, ou plutôt d'un village, et la route se séparait en deux. Parfait, encore un lieu à aller piller... et cette fois, j'espérais vraiment trouver quelque chose. Comme souvent, il y avait des maisons de campagne dispersées, mais le centre du village était plus serré que d'habitude, et les rues clairement pas prévues pour faire rouler un bus. Si bien que j'arrêtais notre véhicule à l'entrée.
– Allons-y toutes ensemble, proposa Mugi d'une voix hésitante.
Moi, ça m'allait, malgré le climat froid qui régnait dans le groupe. Une fois toutes prêtes et armées, je planquais les clés du bus dans un coin dans le par-choc, c'était mieux que si l'une d'entre nous les gardaient, nous avions trop peur de les perdre, ça serait stupide. Aucun éclairage public, dans le village, ni aucune lumière nulle part mise à part celles de nos lampes. Nous fîmes deux groupe, Yui et Azusa allait fouiller le coté gauche de la rue, quant à nous, le droit. Comme cela, nous avions au moins une arme à feu dans chaque groupe, Azusa ayant gardé le fusil que j'avais récupéré et Mio avait toujours son flingue. Mesure de sécurité.
Nous rentrâmes dans le premier commerce trouvé, un simple bar, le genre de bar de village où devait de réunir tout les vieux pour jouer aux cartes et se raconter les derniers commérages ou leur dernière prise à la chasse, pensais-je en voyant les fusils accrochés au mur éclairés par le faisceau de ma lampe. Cependant, je ne décidais de ne pas y toucher... ces trucs avait plus l'air d'antiquités qu'autre chose, et ils n'étaient sûrement pas chargés, et même si ils l'étaient il y avait plus de chance que ça m'explose dans les mains que ça arrive à tirer. La vitrine était complètement cassée, et pourtant, ça sentait la poussière à plein nez, ainsi que le renfermé, et une espèce d'odeur flottante qui m'arrivait dans les narines parfois mais que je n'arrivais pas à identifier... mais tout ce que je me disais, c'était que ça puait. Comme la plupart des commerces d'ailleurs, quand les réfrigérateurs tombaient en panne et que la nourriture pourrissait. Je ne m'attendais pas à trouver mieux, vu les mouches qui se baladaient tranquillement sur les meubles et dans l'air. Pendant que Mio allait tout de même dans l'arrière boutique pour fouiller, je passais derrière le bar couvert de crasse et de morceaux de verre brisés pour rejoindre Mugi.
Un bruit de choc se fit entendre derrière. Je pensa tout de suite à Mio, mais mon amie blonde fut la plus rapide, elle me contourna et se rendit vers la source du bruit, et je me dépêcha de la suivre. Mio avait le dos appuyé contre la moitié d'une pile de bouteilles empilées dans des cageots, et fixait l'intérieur d'une pièce dont la porte était grande ouverte, le visage blême. Je ne mis pas longtemps pour comprendre, en arrivant. Cette odeur puante, une odeur de viande décomposée, je l'a reconnaissais, et vu le nombre de mouche... ce n'était pas un oiseau. Je mis ma main sur mon visage, les relents de chair putréfiée me piquait même les yeux, c'était comme si ma langue allait noircir et que mes bronches étaient attaquée par cette puanteur atroce. Une vraie infection, tellement que mon estomac réagit violemment alors qu'il était vide... je reculais en retenant ma respiration pour m'empêcher de vomir, si je le pouvais encore. En plus, j'avais la tête qui tournais... Alors que je cherchais encore mon équilibre, je sentis qu'on m'attrapais par le poignet et qu'on me tirais, et je ne demandais pas mieux. Pas besoin de voir ce qu'il y avait la-dedans, je voulais juste partir... nous traversâmes le bar en courant, et je fus contente de retrouver du vrai air respirable et sans danger. Il était froid en plus, ça me plaisais, comme ça, je le sentais passer dans mes poumons... comme pour les purifier, j'expirais totalement l'air avant de prendre une grande inspiration par la bouche.
– Pourquoi tu es allée la-bas, Mio ? Tu n'a pas senti l'odeur ? questionna Mugi en se frottant le visage.
L'interpellée ne répondit pas tout de suite. Elle avait encore les joues pâles.
– Ce type... il s'est suicidé. Il y avait encore le fusil pointé vers son crâne, bafouilla enfin Mio.
Cela ne répondais pas vraiment à la question, mais aucune d'entre nous ne voulais en savoir plus, le gars avait choisit la mort plutôt que vivre dans un monde pareil, j'étais bien la dernière à lui jeter la pierre. Mais cela me posais une autre question. Il était vrai que nous avions vu peu de corps, en réalité. Si tout le monde était mort, alors il devrait sûrement en avoir à tout les coins de rue, mais non, mis à pat les débris, il n'y avait pas de morceaux de cadavre ni même de trace de sang... alors pourquoi on tombais sur un mort décomposé maintenant ? Et ici ? Je trouvais ça étrange. Peut-être que les monstres faisaient quelque chose avec les corps.
Dans tout les cas, l'incident fut vite clos. Il allait falloir s'y habituer de toute façon, pensais-je. Nous nous remîmes en marche, pour fouiller. Épicerie, papeterie, droguerie, pharmacie, et même magasin d'électronique, nous fouillons tout les commerces que nous trouvions, dans rien négliger. Mais la chasse fut longue et peu fructueuse... et tellement frustrante ! Pourquoi y avait-il si peu à manger ? Cela faisait seulement cinq mois depuis le basculement ! Tout le monde s'était vraiment rué sur la nourriture à ce point ? Tout ce que nous avions réussi à trouver ce fut des paquets de pâtes attaqués par l'humidité et couvert de moisi, ainsi que des conserves déjà ouvertes et donc immangeables... sans compter le nombre incalculable de nourriture périssable qui ne ressemblait plus à de la nourriture. Nous avions seulement réussi à remplir nos gourdes et les bouteilles en plastiques de nos sac à dos.
– Hého, les filles !
En ressortant dans la rue, je vis le faisceau d'une lampe torche de l'autre côté de la rue, et Azusa courir dans notre direction. Mais ce n'était pas une course apeurée, elle trottinait simplement vers nous pour arriver plus vite.
– Ce soir, c'est festin !
– Tu as trouvé de quoi manger ? m'exclamais-je sans attendre pour confirmer.
Pour toute réponse, la jeune fille secoua son sac à dos, émettant des bruits métalliques de conserves qui s'entrechoquaient. Et je crois que ça faisait longtemps qu'une nouvelle ne m'avait pas autant réjouie... j'étais vraiment enthousiaste rien qu'à l'idée de manger ! Ce qui, d'un côté, laissait transparaître toute la misère qu'était devenu nos vies maintenant... mais en ce moment, pas de pensées négatives, les autres aussi étaient contentes, et cela nous allait très bien.
– Venez, Yui est déjà en route pour le bus.
Ce fut donc avec une gaîté non dissimulée – pour ma part – que je suivis ma kohai jusqu'à notre maison sur roues. Yui avait déjà sortit les conserves de son sac, qu'elle avait disposé au sol, tout autour de la lanterne à gaze, notre lampe qui éclairait le plus. Ce n'était pas très prudent, mais après tout nous avions fouillé la ville pendant plusieurs heures en se baladant avec des lampes torches allumées donc si il y avait quelqu'un dans les environs, ils se serait sans doute déjà manifesté. C'est ce que je songeais, car au fond, pour une fois je voulais manger avec un peu plus de lumière que celle de la lune. Et le nombre de conserves ! Mes amies avait dû tomber sur un garde-manger ou des placards remplis.
– Même si on a faim, il ne faut pas tout finir maintenant. Gardons-en pour plus tard, nous rappela Mio en s'asseyant sur le béton froid de la rue, appuyée contre le bus.
Nous étions cinq, et à raison de deux conserves par personnes – exceptionnellement, car d'habitude c'était une seule et encore il fallait souvent la partager – cela nous faisait tout de même dix conserves en moins... et heureusement cette fois, Yui avait trouvé de la pâtée pour Stone. D'ailleurs c'était une boite pour chat, mais il ne faisait sûrement pas le difficile. Il restait neuf conserves, mais si on gérait bien, on pourrait encore tenir trois jours avec ça. Depuis quelques temps déjà, je me demandais si l'être humain était faible ou fort. Car au final, j'étais impressionnée par la ténacité dont mon corps faisait preuve, même avec très peu de nourriture, j'arrivais parfaitement à faire des efforts et à tenir, quand je voulais vraiment faire quelque chose, je trouvais toujours de l'énergie pour le faire. J'étais même plus résistante que je le pensais ! Ça contredisait le discours que j'avais songé au moment ou les chiens nous avait attaquées.
Comme nous étions affamées, nous avions prit notre temps, pour manger. Car avaler trop vite était sûrement mauvais pour la santé, et nous avons aussi bu beaucoup d'eau. Et puis, personnellement, je dégustais chaque bouchée comme si c'était la dernière, et j'adorais la sensation de cette nourriture qui glissait le long de mon œsophage. Même si je mangeais une boite de raviolis froids, ça me paraissait être le meilleur repas au monde, et la bonne humeur d'avoir trouvé enfin de quoi se mettre sous la dent relança la conversation dans le groupe, dont le repas était animé.
– Au fait, euh... désolée pour tout à l'heure... lançais-je en profitant d'un silence au milieu de la discussion.
Le silence se prolongea quelques secondes.
– … Pardon aussi, ajouta Azusa.
– On était toutes sur les nerfs ! renchéri Yui d'un ton léger. Mais c'est rien, faut se serrer les coudes, c'est ça l'important !
Finalement, grâce à l'enthousiaste de Yui, le repas se termina sur une touche plus légère que d'habitude. Je commençais à être fatiguée, et pour cause, il n'était pas loin de cinq heure du matin... déjà. La nuit me semblait toujours tellement courte. Nous l'avions passée à voyager dans le bus et à fouiller un village entier, pourtant, j'avais l'impression de m'être réveillée il y avait à peine deux heures. Pourtant, mon esprit réclamait le sommeil, et en voyant Moi bâiller à s'en décrocher la mâchoire, je me dis qu'il n'étais sûrement pas le seul. Mon tour de garde ne commençais que dans six heures, j'avais bien le temps de me reposer.
..::..
Lorsqu'on me secoua durement l'épaule, je repris conscience brusquement, allongée sur le siège au fond du bus et au chaud sous les couvertures.
– Debout ! Réveillez vous, toutes !
La voix chuchotante et pressée de Mugi me tira complètement du sommeil. Le fait qu'elle se dépêchait de réveiller tout le monde me fit tout de suite oublier que j'aurais tellement voulu dormir encore, et je n'eus même pas le temps de lui demander ce qu'il y avait et ce qu'il se passait que j'entendais des voix venir de l'extérieur. Je ne compris pas ce qu'elle disaient, mais une chose était sure, c'était des voix humaines.
– Qu'est-ce qu'il se passe ? marmotta Azusa en se redressant de sa couchette.
– Chut ! Il y a des gens dehors, juste à côté ! chuchota Mugi l'air stressé.
Et quand elle avait dit « juste à côté », je n'eus pas besoin de lui demander si c'était vraiment proche ou non, car des bruits de chocs se firent entendre dans le bus, comme si quelqu'un frappait sur la porte. « Non, c'est fermé ! » s'exclama alors une voix claire à l'extérieur. Je me levais en essayant de combiner vitesse et discrétion, tout comme mes amies toutes alertées, et écartait la couverture. Je pouvais dire merci aux fenêtres bouchées, ils ne pouvaient pas nous voir, mais si on se rapprochait trop de la vitre conducteur, même avec ces vites teintées, ils verraient du mouvement grâce au soleil.
Au soleil ?
Mais qu'elle heure était-il ? Il faisait encore jour bon sang ! Ils étaient complètement fous d'être à découvert comme ça ! Une autre voix parla alors de casser quelque chose, et là, je m'affolais. Cet autre groupe voulait entrer dans le bus ? Mais pourquoi ? En analysant rapidement la situation, je me mis à leur place. Ils voyaient un grand bus noir en pas trop mauvais état, immobile dans la rue d'un village de campagne, et si ils étaient comme nous, ils ne laisseraient pas passer une occasion de fouiller quelque chose. Il fallait réagir, et tout de suite, ou nous n'allions plus avoir de porte ! Et en plus, pour l'instant, nous avions un léger avantage : ils ignoraient notre existence. En regardant le groupe, je vis bien que tout le monde ne savait que faire, et attendait quelque chose. J'envisageais nos possibilités. On pouvait simplement allumer le moteur et partir, ça les surprendraient assez pour pouvoir se sauver ! Mais voilà, le problème était que j'avais eus la très mauvais idée de garer le bus dans une rue étroite et que si on essayait de partir rapidement, on ne réussirait qu'à foncer dans la façade d'un bâtiment en prenant le virage trop vite. Et je ne savais rien sur les autres, ils avaient peut-être un véhicule. En une seconde, je ne réfléchis pas plus longtemps et réfutait cette option. Alors que j'entendis des bruits de bazar dehors, je décidais d'improviser.
– Mio, file moi ton flingue. Tu ouvres le porte, et je sors en premier. Azusa tu me suis avec le fusil, Yui et Mugi, vous sortez juste après. On les garde en joue, mais on ne tire pas, pigé ?
Mes explications étaient rapides, et sans doute pas très claires, mais nous n'avions plus le temps d'élaborer un vrai plan. Je pris le pistolet, chargé cette fois grâce aux restes de munitions trouvées dans une armurerie quelques jours plus tôt, et allait directement vers la porte. Le bruit de mes pas rapides du s'entendre, car des exclamations de surprise vinrent de l'extérieur. Et j'étais terrorisée, je ne savais pas sur qui on allait tomber ni combien ils étaient, mais pas question de le montrer ! Alors que la porte s'ouvrit, je serrais fort mon arme à feu et sautais à l'extérieur. Immédiatement, je me décalais vers la gauche et pointais le canon vers les autres que je vis brièvement le temps que mes yeux s'habitue à la lumière. Eux aussi était armés. Nous, nous étions toutes les quatre de sortie, et avec un coup d'œil, je vis aussi Azusa pointer son fusil vers les autres, tandis que Yui avait sa batte de base-ball, tenais en laisse Stone, et Mugi s'agrippait au manche de la hache.
Ils étaient quatre. Trois hommes et une femme, tous adultes, et surtout, tous armés.
– Regardez moi ça ! On secoue un nid et voilà c'qui en sort ! ricana un des homme avec une barbe de plusieurs jours et le teint très pâle.
– Laissez nous tranquille ! ordonnais-je de la meilleure voix énergique que je pouvais faire dans cette situation.
Mais cela eut plutôt l'effet de les faire glousser.
– Pose ça, la gamine, c'est pas un jouet, tu sais ?
Le ton supérieur que venait de prendre la femme, qui semblait avoir la trentaine, m'énerva. Que faire dans cette situation ? On n'avait peut-être la supériorité numérique, mais ils étaient mieux armés que nous, et évidemment, plus fort. Je ne savais pas quoi faire ! Essayer de discuter ? Il ne fallait surtout pas tirer, sinon, ça serai la fusillade, et nous étions tous face à face, autant dire que les blessures allaient être graves ou mortelles... heureusement, ce fut aussi l'idée de l'un des hommes, un grand type assez maigre.
– Écoutez les gosses, personne veut que ça se finisse en bain de sang pas vrai ? Alors si on rangeait tous gentiment nos flingues ?
Je restais très perplexe. Et si c'était un piège ? Mais juste après avoir parlé, il baissa lentement le pistolet qu'il dirigeait avant vers moi. Alors, je fis de même, sans me presser, observant attentivement les mouvements de mon adversaire. On aurait dit une scène de western. Ses compagnons firent de même, et avec un coup d'œil vers Azusa, cette dernière baissa aussi le canon de son fusil. J'étais quelque peu soulagée, au final. Parler avec une arme pointée vers moi m'était toujours très compliquée. Et maintenant ? Allaient-ils nous laisser partir ? Je n'eus pas le temps de demander, que le le même grand type maigre s'adressa à moi, avec un sourire qui ne me plaisais pas du tout.
– On cherche, hm... des médocs. Vous en avez ? Nous, on n'a de la bouffe et des munitions... on peut un faire un troc, ça vous dit ?
La proposition me paraissait plutôt... étrange. Ou peut-être était-ce sa manière de parler ? Je ne savais pas, mais je réfléchissais rapidement. On n'avait pas mal de médicaments et de quoi se soigner, en vérité. Yui en avait ramené un sacré stock, juste avant que l'on parte du lycée, et on n'avait quasiment rien utilisé depuis, mis à part les désinfectant et les bandages. Et on manquait de nourriture... je trouvais cette proposition presque trop belle. Je jetais un coup d'œil au autres, qui elles-même me regardaient. Sérieusement ! Pourquoi c'était à moi de tout faire ? Elles n'avaient pas de cervelles ou quoi ? C'était facile de se reposer sur les autres et de critiquer après ! Mais j'avais une autre angoisse des plus fondée.
– Pourquoi vous vous déplacez de jour ? Vous savez pas que les monstres sont là quand le soleil est levé ?
Leur réaction ne fut pas du tout ce à quoi je m'attendais. Ils se mirent à rire.
– Haha ! T'es conne ou quoi ? Comme si ces saloperies faisaient la différence !
Moi, cela était loin, très loin de m'amuser. Évidemment que les monstres faisaient la différence ! Qu'est-ce qui leur faisait croire qu'il y en avait la nuit ? On n'en avait jamais vu ! Et au moment du basculement, lorsque je me cachais, c'était la nuit que les cris et les effusions de sang s'arrêtaient ! Impossible que je me sois trompée... que nous nous soyons toutes trompées ! Mais ces gens étaient peut-être dehors depuis plus longtemps que nous. Je regardais mes amies, qui avaient toute un air très inquiet... ces personnes en savait aussi sûrement plus sur eux que nous, pensais-je. Alors que je tergiversais, un des hommes fit quelques pas vers la voiture garée juste à côté et à laquelle je n'avais même pas prêté la moindre attention. Il en sorti une glacière, l'ouvrit, et nous présenta son contenu.
– La dedans, des fruits et de la viande de poulet cuite hier. On n'est prêt à troquer ça si vous avez de quoi tenir l'échange...
Je m'avançais vers lui pour vérifier ces dires. Il y avait effectivement des pommes et des poires, et aussi des emballages en papier blanc. C'était très tentant, et avec ce que nous avions niveau médicaments, je pensais pouvoir réussir à conclure quelque chose. Je me demandais bien comment ils avaient fait pour avoir ça... de la cueillette et de la chasse, sûrement. C'était grand temps qu'on apprenne ce genre de chose, tiens. J'entendis des pas qui descendaient du bus, et je m'apprêtais à lui dire qu'on avait de quoi, quand ce fut une autre voix qui hurla en premier.
– Hé ! J'te reconnais, toi ! T'es la sale garce qu'à buté Tadashi !
Je me retournais subitement, assez tôt pour voir Mio reculer brutalement l'air complètement effrayée. Je l'a vit aussi faire un geste vers ses hanches, mais... c'était moi qui avait son pistolet. Mio avait « buté » quelqu'un ? Ces mots étaient-ils vraiment dans la même phrase ? Tout se passa tellement vite, qu'en deux secondes, l'autre groupe avait prit le dessus sur nous. Le type m'attrapa en passant et serrant ses deux bras autour de moi, et alors que je lui criais de me lâcher tout en m'agitant durement, des aboiements, un coup de feu résonna dans le village vide.
– Bougez et je vise la tête ! Et si ton clebs fait mine d'attaquer, je lui colle une balle entre les deux yeux ! s'exclama la femme qui tenais en joue Yui et Azusa.
Le grand type, accroupi derrière moi, et malgré sa maigreur, me serrait tellement fort que j'avais du mal à respirer, si bien que je m'étais retrouvée les genoux à terre avant d'avoir put comprendre ce qu'il se passait. Tout était terminée si rapidement, la détonation me vrillait encore les oreilles, et les yeux entrouvert, je ne pouvais que constater notre misérable situation. Le troisième homme venait d'attraper Mugi, qui se débattait du mieux qu'elle pouvait mais dont les efforts étaient inutiles, la femme pointait son arme vers mes deux amies. Quant à Mio, maintenue dos à terre, l'homme barbu était sur-elle et lui serrait la gorge d'une main.
– Comment on se retrouve... j'vais prendre mon temps avec toi, cette fois ! grogna t-il en sortant un cutter avec son autre main.
D'un seul geste, il déchira la chemise que portait Mio, qui tentait vainement de réduire la pression qu'il exerçait sur son cou, mais même avec la force de ses deux bras, elle n'arrivait à rien. J'étais à leur diagonale, et j'étais témoin du regard vicieux et lubrique qui emplissait les yeux de cette ordure. Je lui hurlais d'arrêter ça, mais me tu et releva soudainement le menton quand le contact d'une lame de métal appuya sur mon cou. Je respirais fort, et pourtant, j'entendais encore mieux la respiration chaude du type derrière moi, qui soufflait sur ma nuque. Son couteau menaçait de m'entailler la gorge, et pourtant, ce n'était pas cette sensation qui me faisait le plus peur. Je sentais son odeur, sa transpiration, son torse collé contre mon dos, sa chaleur corporelle qui faisait contraste avec la froideur de la main qu'il passa sous ma veste et mon t-shirt. Je réagis immédiatement avec un spasme de recul, mais la douleur qui s'ensuivit lorsque la lame entra légèrement dans la chair de mon cou m'immobilisa. Je n'osais même pas parler, de peur que le couteau ne coupe encore un peu plus, mais tout mon être refusait cette intrusion et lui ordonnait de tout stopper tout de suite. Mais ses doigts remontèrent jusqu'à ma poitrine, et glissèrent sur mes seins.
– Aah, alors tu es bien une fille.. j'ai eu un doute... bien, bien..., susurra t-il d'une voix mielleuse.
– Fous-moi la paix, vieux pervers ! Tu me dégoûte ! m'exclamais-je en essayant de réduire son emprise.
Mon écœurement était plus fort que la douleur de la lame dans ma chair, mais il raffermit ses bras et me coinça un peu plus contre lui. Pourtant même si je luttais pour chaque respiration, je voulais me libérer, hors de question que je laisse la situation ainsi, sinon, je savais pertinemment ce qui allait se passer, pour moi et pour les autres. Ce type... il me répugnait au plus au point, toute son existence me rebutait entièrement, pour ce qu'il osait faire, et même, ce qu'il pensait pouvoir faire ! Il me touchait, il touchait directement ma peau, avec ses doigts détestables, et jamais je m'étais autant sentie vulnérable, sous le joug de quelqu'un d'autre, sans échappatoire. La peur et la honte me clouait sur place, je me sentais à sa merci, et ce sentiment faisait naître une angoisse profonde dans mon esprit, tellement que mes membres en tremblaient. Lorsque sa main froide descendit au niveau de mon nombril, que je sentis sa langue humide lécher sur mon cou, je priais pour que quelqu'un l'arrête, et je me maudissais en même temps d'en être arrivée à espérer un miracle. J'entendais des bruits de choc autour de moi, peut-être que Yui ou Azusa avait engagé le combat contre la femme, mais j'entendais aussi des aboiements, des insultes et des exclamations.
Quelque chose me fit encore plus réagir. Quelque chose que je savais avoir entendu, mais qui n'avait émit aucun son. Seulement l'émotion de danger. Comme si, lorsque je marchais dans la rue, je venais d'entendre un fort grognement agressif derrière moi, que je savais dirigé contre moi. Là, il n'y avait pas le son, juste l'ampoule « danger » de mon cerveau qui s'était totalement affolée. Et il avait bien raison, car la seconde d'après, le rouge fut la couleur principale. Un giclement de sang teinta le bitume, et une chose blanche qui me donna une forte nausée et un mal de tête atroce entra dans mon champ de vision. Des hurlements, le type qui me lâche d'un seul coup, et encore du rouge, puis, une vive douleur sur la joue et la tempe gauche, tellement forte que j'oubliais l'entaille sur mon cou. Je me senti d'un coup mouillée, mais en ouvrant les yeux, je vis le sang qui imbibait mes vêtements. Et ce n'était sûrement pas que le mien.
À genou par terre, je relevais la tête pour tenter de comprendre. À ma diagonal, Mio, couverte de sang elle aussi, poussait le cadavre du barbu pour se dégager, et Mugi, étendue dans une marre de sang aux côté du troisième homme. Était-ce... vraiment Mugi ? Je ne voulais pas le croire. Car elle n'était pas... en un seul morceau. Un sifflement résonna dans le village, et en tournant la tête, hébétée, je vis la forme blanche penché sur le cadavre de la femme adulte. Sa colonne vertébrale était en train d'être dévorée par... par l'un d'eux. Des crocs-lames blancs dansaient dans les airs, une longue queue blanche qui se séparait en mince filaments dont on ne voyait pas la fin.
– Cours ! Cours Ritsu !
La clameur de Mio me fit enfin réagir. Je me levais d'un seul bond, et parti à toute vitesse, alors que j'entendais des craquement mous derrière moi, des os qu'on arrachaient aux muscles et des tendons qu'on sectionnait. Ceux qui tuaient ! Ils étaient là ! Je courais complètement au hasard, même la douleur sur mon visage ne m'empêchais pas de sprinter, ma vie en dépendait. Mes poumons me brûlait, j'avais mal, et je ne voyais presque plus devant moi tellement mes yeux se remplissait de larmes incontrôlées. Je n'avais qu'une idée en tête, me cacher, le plus vite possible ! Ce que je trouva en premier fut une camionnette dont l'arrière était ouvert, et sans réfléchir je me précipitais dedans. Il y avait des cartons, et j'allais jusqu'au fond pour me tapir dans la pénombre derrière le bazar inespéré de ce véhicule.
Recroquevillée, je haletais si durement que j'avais peur qu'on m'entende. Le sang me collait de partout, et son odeur âcre et forte était tellement insupportable que celle du cadavre d'hier était oubliée, et en plus, ce liquide rouge et puant se mélangeait avec ma transpiration. Je me sentais tellement sale, surtout après ce que m'avait fait ce type, que je voulais me jeter dans un lac glacial pour me débarrasser de ça. D'une mains tremblante, j'osais poser mes doigts sur mon visage, à l'endroit ou la douleur me transperçait. Ma chair était entaillée, de la tempe jusqu'à la pommette, et juste en dessous, une seconde balafre partait de mon oreille et se poursuivait sur ma joue. Et en aucun cas je ne pouvais appuyer sur cette plaie ! Ça me faisait trop souffrir, et hors de question que je salisse mon sang avec celui qui maculait mes manches. Terrée derrière ces cartons, mon cœur battait si vite que je l'entendais dans mes oreilles, et la peur m'empêchais de bouger d'un cil. Ils étaient là... dehors !
Un coup de feu me fit tellement sursauter que j'eus l'impression que la camionnette eut un spasme avec moi. Si je restais trop longtemps, les monstres allaient finir par me repérer ! Les Siffleurs au corps sombre allait arriver ! Il fallait que je bouge, que je retrouve les autres, qu'on parte ! Sans penser plus longtemps, alors que les mots de Azusa durant la dispute me revenait en tête, je sautais sur le bitume. La détonation avait été vraiment proche, et je n'eus qu'à sortir de la rue ou la camionnette était arrêté pour tomber sur sa source. Yui était debout, dos à moi, mais en face du corps du grand type maigre... dont le ventre était couvert de sang. Il était encore en vie, mais plus pour longtemps, et en voyant mon amie avec le fusil dans les mains, et qui se tenait l'épaule, je sautais facilement à la conclusion. Mais la même émotion de danger qu'il y avait à peine quelques minutes envahi mon cerveau, alors je hurlais.
– Sauve-toi Yui !
Elle se retourna brusquement alors que je commençais aussi à courir. Et mon amie parti au quart de tour aussi, et se sauva du plus vite qu'elle pouvait... moi j'étais plus lente, la douleur ralentissait mes mouvements, pourtant, l'alarme de mon cerveau sonnait encore. Par pur instinct, je me baissa pour ramasser un débris par terre, une plaque de bois, et l'envoya de toutes mes forces restantes en me retournant comme si je voulais assommer quelqu'un derrière moi. Comme je fermais les yeux, qui commençaient à être aveuglés à cause des projections de mon sang qui m'arrivait dans les orbites, je ne vis pas ce que je touchais. Mais je sentis un intense choc... et la seconde d'après, un contrecoup me fit décoller du sol, comme si on venait de me pousser violemment vers l'arrière. Et je senti quelque chose m'arracher ce qui m'appartenais le plus, ma propre chair, et je poussais un hurlement sonore lorsque la douleur me remonta le bras. Je ne pensais pas qu'on pouvait avoir encore plus mal que ce que j'avais déjà, la souffrance de mon bras gauche était telle que si je senti mon dos se cogner contre un mur, je n'en senti pas la douleur. Cette dernière était tellement envahissante, que je ne pus plus tenir debout, et me laissa tomber lourdement sur le sol. Un goût métallique me rempli la bouche, et je hoquetais au lieu de respirer. Allongée sur le flanc, sur ce bitume froid, j'entrouvris à peine les yeux, mais en voulant regarder pourquoi j'avais aussi mal au bras, sur ma main gauche, entre les chairs mutilées, je vis clairement quelque chose de blanc et d'osseux. Ce fut la dernière image avant que le noir me submergea l'esprit.
Merci d'avoir lu ! Chapitre exceptionnellement long, les autres seront plus court je suppose.
(la touche J de mon clavier marche mal en ce moment j'espère avoir tout recorrigé mais il se peut que j'en ai oublié, sorry ~)
À bientôt pour la suite.
