雲 の 復讐
Kumo no Fukushyuu
Sixième chapitre : L'âme errante ne connaît aucun repos
Jour 2
L'anniversaire du shogun Rufus Shinra
"Shunran no hana torisutsuru kumo no naka."
« Je cueille des fleurs d'orchis au printemps,
Et les jette
Dans les nuages… »
Par le passé, Cloud avait déjà fêté l'anniversaire de Rufus Shinra. Il l'avait servi, pendant dix ans. Dix anniversaires. Dix cérémonies qui se ressemblaient beaucoup. Seul l'état du shogun évoluait. Désormais, il était presque incapable de se tenir debout, et prenait soin de cacher sa peau, atteinte par l les épaisses veines de ceux qui ont dégénéré, par la pomme d'or. Ses apparitions en public étaient rares. Inexistantes. A la manière de l'empereur, Rufus était entouré de paravents, ainsi que de ses serviteurs, les Turks. Cloud ignorait si le shogun pouvait connaître pire, si son état pouvait s'aggraver tant il avait connu Rufus en piteux état. Il passait de la poudre claire à ses joues, on lui avait demandé de porter un habit spécial. Tifa procédait à la même toilette, au même moment. Le palais était à quelques lieux de leurs chambres. Cloud réfléchissait.
« A quoi est-ce que tu penses ? »
Cloud observa Tifa dans le reflet du miroir.
- A ce soir, répondit-il calmement en se maquillant les yeux de noir.
- Alors tu n'as pas l'air d'avoir de grands espoirs pour ce soir, souffla Tifa en un soupir, tu as toujours cette même expression Kumo !
Elle se retint de rire, mais paraissait vraiment inquiète.
- Tu n'as pas l'air heureux ici. On s'était pourtant juré de devenir heureux, non ? Tous les deux.
Cloud hocha la tête. Il adressa un faible sourire à Tifa. Elle fut soulagée.
Elle ne saurait jamais, et ne pouvait savoir. Ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait confier aux personnes qu'on voulait protéger du malheur. Cloud le savait. Et, lorsque sa toilette fut impeccable, il mit son large chapeau à voile.
« Joyeux anniversaire, Rufus Shinra. »
L'on riait. Les festivités étaient colorées, les boissons alléchantes. .Les plats étaient multiples, disposés le long d'une table infiniment grande. De quoi nourrir tout le peuple japonais, qui crevait de faim. Une musique résonnait, puissante et agréable. Les danses étaient distinguées, calculées. Tout était su d'avance pour le plaisir du shogun. Assis sur un large siège, il ne pouvait voir. Une longue et large cape cachait son hideuse apparence dégénérée. Seules ses mains persistaient, blanches comme celles d'un mort. Elles tenaient le siège, mais personne ne les voyait. Un paravent avait été dressé.
Et puis, il y avait les Turks. Ils étaient une unité très récente. La garde rapprochée du shogun, et les serviteurs directs des samouraïs. Dans leurs habits stricts et sombres, ils ressemblaient à des statues, dans un palais qui vivait du bonheur d'avoir un shogun encore en vie.
Mais pour combien de temps encore ?
Le sol, aux décorations rouges et d'or était immaculé. L'on se poussa avec élégance.
- Shinra-sama, shogun du Nihon… Aujourd'hui est un jour béni par la déesse Amaterasu, puisqu'il s'agit de votre anniversaire.
Le capitaine Lazard se courba, bien bas. Et on l'imita. Tous furent en position de soumission, y compris le capitaine de l'unité des Bakemono, Sephiroth. Un silence royal s'ensuivit. Les musiciens étaient en admiration.
- Nous nous battrons, et résisterons aux ennemis de nos terres, en votre nom, et au nom de l'honneur !
- Angeal est absent, dit Rufus Shinra d'une voix puissante.
Alors, sans que personne ne puisse s'y attendre, la silhouette du shogun derrière les paravents se leva. La foule retenait son souffle. Les Turks paniquèrent. Rufus Shinra s'écarta et fit face à la foule, laissant tomber sa longue traîne en soie qui couvrait son visage et son corps. Il portait un kimono gris, et clair. Contrairement à ce qu'ils avaient tous imaginé, Rufus Shinra avait conservé toute la beauté de sa jeunesse. Cependant, d'importantes veines avait attaqué sa nuque, son cou et son regard était si pâle qu'il n'avait presque plus de couleur.
- Angeal est décédé, Shinra-sama.
- Quand ?
Sa voix était glaciale.
- Il y a deux jours. En pleine nuit.
Rufus baissa le regard. Le shogun observa ses Turks, qui évitèrent de croiser ses deux pupilles meurtrières.
- Comment ?
- Il a été assassiné.
Genesis serrait les poings.
- Le tueur erre toujours, ajouta le capitaine Lazard, mais Sephiroth et Genesis retrouveront sa trace avant qu'un nouveau meurtre n'ait lieu.
- On dirait que vous avez établi un profil du meurtrier… Un…Membre du Bakemono, n'est-ce pas ?
Tseng ne dit rien. Cissnei, à ses côtés était bouche bée. Rufus Shinra s'avança, descendant les marches qui menaient à lui.
- Capitaine, de quoi aviez-vous peur ? De me tuer avant l'heure, puisque les miennes sont comptées ? Votre faute pourrait vous valoir très cher, si je n'étais pas aussi…Clément. Retrouvez-moi le meurtrier. Demain, avant le coucher du soleil. Ou je vous retire tout pouvoir, à vous et à vos hommes du Bakemono.
Lazard était devenu très pâle. Aurait-il commencé à dégénéré, lui aussi sans s'être délecté de la pomme d'or lui aussi ? Le shogun leva le bras en direction des musiciens.
- Vous ! Qu'est-ce que vous attendez pour jouer ? Je veux les geishas. Faites les venir !
Le capitaine recula en douceur, se courba une dernière fois. L'on se mit à danser, de façon totalement artificielle. Il n'y avait pas que les membres du Bakemono ici. Il y avait tout le corps de garde du palais d'Edo, ainsi que les forces de police secrète du shogun. Bénéficiant d'une attention toute particulière, le Bakemono attisait bien des convoitises. Il était envié, et évidemment détesté. La nouvelle avait poussé un vent glacial entre les portes du palais.
Lorsque Cloud et Tifa furent brutalement demandées par les Turks dans une petite pièce où ils s'étaient préparés, on les mena jusqu'à un espace, légèrement surélevé, au sol d'acajou. Tifa était angoissée, elle hésitait sur ses partitions de shamisen, et n'avait pas le talent de Cloud.
- Mais pourtant, le capitaine Lazard nous a demandé de passer juste avant les feux d'artifice, à minuit !
- Changement de programme les filles, dit Reno en les traînant sans aucune délicatesse, le shogun est en colère. Il va falloir que vous vendiez du rêve à tous les hommes d'Edo…En dépit de l'ambiance de mort qui règne là-dedans…
Ils longèrent un petit couloir à peine éclairé.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Tifa.
- Le capitaine a dû dire la vérité au sujet d'Angeal…
Reno poussa un soupir, laissa Tifa et Cloud près d'une plateforme qui menait à la grande salle des festivités.
- Le Bakemono est menacé. Ils doivent retrouver l'auteur des faits avant demain, au crépuscule ou le shogun dissoudra le capitaine Lazard et ses hommes.
Le sang de Cloud ne fit qu'un tour. Il serra les poings.
Un rideau les cachait de leur public, et le shogun avait frappé dans les mains. Silence.
Panique.
Reno activa doucement le fil de coton retenu aux fins rideaux. Le shogun avait regagné son siège, derrière le paravent.
Et on les regardait. Tifa, Cloud.
Cloud était sur le point de faire un malaise. Le premier visage qu'il avait aperçu au milieu de cette foule compacte était celui de Sephiroth. Il baissa les yeux. Et Tifa commença à jouer. Cloud s'avança. Il descendit lentement l'estrade, et ses jambes timides frôlèrent son épais kimono. Son visage de poupée était d'autant plus beau qu'il fut maquillé. Lentement, les percussions se firent entendre, accompagnant les prouesses de Tifa. Cloud leva ses bras fins sous les lueurs des bougies faibles et brûlantes. Il tendit le bras vers Sephiroth. Cloud plissa les yeux. Il soutint son regard.
« Je sais que c'est dangereux. »
Il tourna sur lui-même.
« Mais, seul toi m'apportera la paix…Par ta perte, Sephiroth. »
Cloud s'approcha.
Genesis tourna les yeux vers Sephiroth. Il était sous hypnose. Le lieutenant serra la cuisse de son capitaine.
- Réveilles-toi.
Sephiroth serra le poignet de Genesis. Fort. Ce dernier retint un gémissement. Il se défait de son emprise.
« Il n'aura fallu qu'une danse, qu'une seule danse pour que tu m'oublies. Tu ne me sauveras pas, personne ne le peut. Tu ne vaux rien, rien. »
Genesis se leva, et quitta le palais, sans un bruit.
Cloud s'approchait des hommes d'Edo. Le capitaine Sephiroth le suivait du regard, sans ciller.
Il s'approchait. De lui.
« Tu joues très bien…Kumo. »
« A voir ton regard, on dirait que tu m'as reconnu. »
« Approches-toi encore, je ne te vois pas assez. »
Cloud se cachait derrière son éventail. Il était plus proche encore. Sa main vernie s'approcha de la joue de Sephiroth, l'effleura un instant.
« Retiens-moi. »
Sephiroth saisit la main de Cloud. Les hommes de la cour se regardèrent, choqués par le comportement du capitaine en public. La geisha se retira en douceur.
« Tu sais qui je suis. »
« Je sais qui tu es. »
Cloud écartait les bras, il avait alors deux éventails. La musique avait atteint son paroxysme.
« Arrête-moi avant que je ne t'arrête toi. »
Tifa posa son shamisen. Cloud lança l'éventail en direction de Sephiroth. Il le réceptionna au vol.
Sourire.
Alors, minuit approchait.
Et les feux d'artifice aussi.
Genesis était assis, sur les marches qui menaient au palais. Il scrutait la lune, et ses pupilles devenaient lentement verticales. Il ferma les yeux.
- Déesse… Déesse… Pourquoi me punis-tu ainsi ?
Il entendit des pas.
- Sephiroth.
Il ne se retourna pas. Il essuya ses larmes.
- Tu m'abandonnes toujours lorsque je suis l'homme le plus seul de cette Terre…
Une main se posa à son épaule. Il la saisit.
- Le capitaine a dit que je devrai quitter le Bakemono d'ici très peu de temps, dit-il d'une faible voix, le Bakemono sera détruit… Tout va bientôt se terminer… Mais toi…Toi tu resteras. Toujours aussi fort. Tu es… La seule personne qui ait réussi à faire battre le cœur d'un homme qui n'a jamais été capable d'aimer.
Genesis serra la main de Sephiroth. Il planta ses ongles dans sa peau blanche.
- Sephiroth ?
Il ouvrit les yeux, tourna doucement la tête. Une lame.
Genesis se redressa, dégaina son sabre. Il fut rapide, et sa joue faiblement entaillée. Il se toucha le visage.
Ce n'était pas Sephiroth. C'était…
- Tu te décides enfin à te montrer au grand jour, Cloud.
Genesis fronça les sourcils. Cloud le contourna.
- Il y a une quantité d'hommes, dans ce palais qui voudraient ta peau.
- Il n'y en a qu'un ici qui veut la tienne. Et ça suffira largement.
