Crabtree m'avait certifié que personne n'avait touché à la calèche avant mon arrivée, et j'étais le seul à m'en être approché. Il ne restait donc plus qu'une possibilité : Scanlon.

La scène était crédible : Il s'arrête en calèche près d'une jeune fille, et lui demande de monter en lui montrant son insigne. Une fois la jeune fille à l'intérieur, il la tuait. Tout se tenait !

Mais Scanlon avait négligé quelque chose, ou peut-être pas finalement : son obsession du chiffre huit ! Scanlon, Horgil, ou quel que soit son nom, frappait toujours huit fois, et ne quittait pas une ville sans avoir atteint ce chiffre… L'inspecteur Brackenried a envoyé un télégramme à Scotland Yard, en demandant des renseignements sur Edward Scanlon. La réponse n'a pas trainée : Edward Scanlon était bien inspecteur à Scotland Yard, et il enquêtait bien sur un tueur du nom de Harlan Horgil, mais enquêtait, seulement… Il avait été retrouvé mort dans un hotel du Caire: Horgil avait donc tué Scanlon avant de lui prendre sa plaque et de se faire passer pour lui!

A cet instant précis de nos réflexions, Crabtree est arrivé en nous informant que, après avoir appelé la réception de l'hôtel ou logeait Scanlon, ou Horgil, puisque c'était son vrai nom, il avait appris qu'il avait quitté l'hôtel voilà une heure, mais tout n'était pas perdu car il était apparemment malade : Horgil avait dit au réceptionniste qu'il devait voir un médecin…

Instinctivement, j'ai pensé que le danger était proche, et une série d'évènements m'est revenue en mémoire…

Lorsque Horgil s'était accroché avec Julia à la morgue, il lui avait dit qu'il passait son temps à mettre les gens en garde contre l'éventreur, et que partout où il allait, il se heurtait à de l'indifférence. J'ai ensuite revu le Docteur Roberts, me disant que ses victimes travaillaient toutes…

-Le Docteur Ogden, ai-je murmuré.

-Une femme qui travaille, s'est exclamé l'inspecteur Brackenried, vite, à la morgue !

Crabtree, l'inspecteur Brackenried, et moi sommes partis à la morgue en courant. Lorsque nous y sommes arrivés, nous nous sommes séparés, et je suis parti avec Crabtree dans la direction opposée à celle de l'inspecteur Brackenried pour que nous soyons sûrs de retrouver Horgil. Après seulement quelques pas, j'ai retrouvé Julia pétrifiée de terreur, assise par terre contre un mur. Sous le choc, elle fixait un point invisible devant elle… Je l'ai légèrement secouée pour la faire redescendre sur terre, et bien que ce genre de pensés soit particulièrement malvenues dans ces circonstances, je n'ai pu m'empêcher de remarquer que ma proximité avec elle me troublait bien moins qu'habituellement…

Nous avons alors été appelés par l'inspecteur Brackenried. J'ai abandonné Julia, pour rejoindre l'inspecteur aux côtés de Horgil. Il agonisait sur le sol, des ciseaux de chirurgie planté dans la poitrine… Je demeurais surpris quand à ses derniers mots: il pensait que ce serait moi qui mettrais fin à son calvaire, et m'a demandé de remercier le Docteur Ogden, avant de pousser son dernier soupir…

Julia s'est alors montrée, profondément choquée.

-Je ne voulais pas… Je ne voulais pas le… A-t-elle balbutié.

Je me suis empressé de la rassurer.

-Non, ai-je répondu. Vous avez agi en état de légitime défense.

Je l'ai ensuite raccompagnée chez elle, mais là ou autrefois, j'aurais tenté de la réconforter par tous les moyens et toutes les paroles possibles, sans dépasser les convenances pour un homme bien éduqué, et secrètement amoureux de sa collègue, mon esprit était irrémédiablement tourné vers le Docteur Roberts, et la visite que je n'allais pas manquer de lui faire le lendemain, pour l'informer des résultats de l'enquête… Cet homme possédait mon esprit, et cela d'une façon qui m'échappait complètement, à un tel point que j'ai fini par me demander si je ne souffrais pas moi-même d'une sorte d'aliénation obsessionnelle…