DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+18

Genre : romance / slash / Yaoi


Cette histoire est dédiée à Brigitte26, en remerciement pour sa fidélité et sa gentillesse.


Merci à tous pour vos review sur le précédent chapitre ! J'espère que celui-ci vous plaira tout autant.

Bonne lecture !


Rouler les yeux fermés

Et ne plus rien penser

Du ciel en enfer

On se laissera glisser

Rouler vers les vallées

C'et beau la liberté

Puisqu'on ne peut rien en faire

Allez, vas-y accélère

C'est un jour parfait

Ni bon ni mauvais

Juste un jour parfait

Rien pour nous arrêter

C'est un jour parfait

Ni bon ni mauvais

Juste un jour parfait

(Calogero – Un Jour Parfait)

28 novembre 2001

Quatre jours.

Quatre jours qu'Harry faisait tout pour oublier ce qu'il avait ressenti samedi dernier sur le quai du métro. Il ignorait les appels de Draco et ne répondait pas aux sms qu'il lui envoyait, espérant que s'il restait suffisamment longtemps sans le voir et sans lui parler, ce ridicule emportement sentimental lui passerait. Il avait un petit-ami après tout et il était très heureux avec lui. Assez heureux, disons. En tout cas suffisamment pour ne pas tout gâcher en se perdant dans une idylle sans lendemain.

Une idylle ? Et puis encore Potter ? se fustigea-t-il pour la centième fois. Jamais Draco ne le verrait autrement qu'un ami, et sachant d'où ils venaient tous les deux, son amitié tenait déjà du miracle. Alors pourquoi vouloir autre chose ?

Parce que le cœur a ses raisons que la raison ignore.

- … vous ne croyez pas ?

- Pardon ?

Harry se rendit compte qu'il n'avait pas écouté un traître mot de ce que disait la cliente. Il soupira lourdement. Celle-ci le regardait, manifestement courroucée.

- Je vous ennuie, jeune homme ?

- Pas du tout Madame ! J'étais distrait… que disiez-vous ?

- Je disais qu'offrir L'Amant de Lady Chatterley à une jeune fille de douze ans n'était peut-être pas approprié !

- Ah… heu… non, en effet ! Je suis désolé…je n'avais compris qu'il s'agissait d'une si jeune fille.

Embarrassé, Harry remit le livre en rayon et se mit à la recherche de quelque chose de plus adéquat. Mais son esprit était ailleurs et il avait toutes les peines du monde à se concentrer.

- Je pense que le livre que Monsieur Potter voulait vous conseiller était Charlie et la Chocolaterie, dit alors une voix à l'accent légèrement traînant. L'autre livre devait être mal classé… N'est-ce pas Monsieur Potter ?

- Heu… oui… c'est tout à fait ça…

- Charlie et la chocolaterie, vous dites ? J'en ai entendu parler mais je ne l'ai pas lu. C'est bien ? demanda la cliente.

- Absolument, confirma Draco. C'est une histoire magnifique, pleine de rebondissements mais surtout qui véhicule des valeurs morales dont les enfants ont tellement besoin. Entre la télévision et les jeux vidéo, on se demande ce qu'ils apprennent encore…

- Vous avec parfaitement raison, approuva la cliente avec vigueur. Je vais donc acheter ce livre. Merci jeune homme, dit-elle à l'adresse de Draco qui lui répondit par un sourire des plus angélique.

La cliente régla son achat, Harry lui fit un emballage cadeau et s'excusa une nouvelle fois de sa méprise. Une fois la brave dame partie, il ferma la boutique en soupirant. Il était 18 heures et cette journée avait été interminable.

- Il semble bien que je t'ai sauvé la mise Potter…

- C'est le moins qu'on puisse dire… Merci Draco.

Comme si de rien n'était, Harry alla au comptoir et commença à clôturer sa caisse.

- Vais-je au moins avoir droit à une explication ?

- A propos de quoi ? demanda Harry innocemment.

- A propos du fait que tu m'ignores depuis quatre jours.

Le ton de Draco était calme mais indiscutablement froid. Harry n'osa même pas le regarder dans les yeux. Que pouvait-il bien lui dire pour se justifier ? Désolé Draco, je crois que je suis en train de tomber amoureux de toi à une vitesse prodigieuse et ça me fait peur ?

Le silence s'éternisant, Draco prit la parole.

- C'est bon, j'ai compris, soupira-t-il. Au moins, on aura essayé… mais j'aurais cru que tu aurais eu plus de courage que ça Harry.

- QUOI ? Que veux-tu dire ?

- Harry… il semble clair que tu veux mettre de la distance entre nous et que tu ne sais pas comment me le dire. Alors même si je ne comprends pas pourquoi, je l'accepte. Au revoir, Harry. A un de ces jours peut-être.

Comme il allait passer la porte, Harry réagit enfin et se précipita pour le retenir par le bras.

- NON ! Tu te trompes ! En aucun cas, je ne veux mettre de distance entre nous (par Merlin, si tu savais…). Je tiens trop à notre amitié… S'il te plaît, ne pars pas…

Draco se retourna lentement et fixa Harry avec inquiétude.

- Que s'est-il passé pendant ces quatre jours ? Tu étais malade ? Tu avais des ennuis ?

- Non, rien de tout ça. J'étais… j'étais dans un mauvais état d'esprit et je ne voulais pas t'ennuyer avec ça. Je suis désolé.

- Hm, ok, dit Draco après un temps.

Au grand soulagement de Harry, il eut la délicatesse de ne pas lui poser de questions sur la raison de sa morosité.

- Hum… tu… tu as des projets pour ce soir ? demanda timidement Harry.

- Non, rien de spécial. Rose est à New-York pour le reste de la semaine et je suis en congé demain. Je comptais m'affaler au salon avec une pizza et un DVD.

- Ça t'ennuie si je m'incruste ?

- Bien sûr que non ! Mais et… ton copain ?

- Oh… il est à Edimbourg jusque vendredi. Il fait des recherches pour sa thèse.

- Bon ! Et bien, allons-y alors ! dit Draco avec un grand sourire.

Harry prit sa veste, éteignit les lumières et ferma avec soin les portes avant de descendre le volet métallique qui protégeait la vitrine. Ils allaient se mettre en route vers le métro quand Draco l'arrêta.

- Harry, je ne vais pas insister avec ça mais je veux juste que tu saches que tu peux m'ennuyer quand tu veux. Avec ce qui te préoccupe, je veux dire.

- Je m'en rappellerai, dit Harry en souriant. Merci Draco.

- Pas de quoi. Ceci dit, n'abuse pas quand même. J'ai horreur des gens qui se plaignent, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

- Je ferai attention, confirma Harry en riant.

Ils marchèrent tranquillement jusqu'à la station de métro, évoquant leur semaine, les clients parfois pénibles et la perspective du week-end à venir. Arrivés sur le quai, ils parvinrent à s'engouffrer en dernière minute dans une rame bondée. Harry fit tout le trajet jusqu'à Paddington, collé contre Draco. Il pouvait sentir son souffle contre sa tempe et son odeur. Et par Merlin, il sentait divinement bon, tellement bon qu'Harry sut à cet instant qu'il ne pourrait jamais plus se passer de sentir cette odeur-là. Un mélange de savon, d'agrumes et de quelque chose qui devait être Draco lui-même.

Les quinze minutes de trajet furent bien trop courtes au goût de Harry qui sortit presqu'à contre cœur du train, suivi par Draco. Celui-ci d'ordinaire si pâle, avait les joues un peu rouges et les yeux brillants.

Harry n'osa pas lui demander si ça allait, de peur que sa proximité forcée l'ait mis mal à l'aise. Ils firent donc le trajet jusqu'à l'appartement de Draco en silence. Mais lorsque celui-ci déverrouilla sa porte et invita Harry à entrer, il semblait avoir retrouvé toute sa bonne humeur.

- Mets-toi à l'aise Harry, lui dit-il en lui indiquant le salon. Pendant ce temps, je nous prépare à manger.

- Je croyais que tu commandais des pizzas…

- Ah pas si j'ai un invité ! J'ai tout ce qu'il faut pour nous préparer quelque chose de bon !

- Ça me gêne que tu cuisines exprès pour moi…

- Il ne faut pas ! J'adore ça !

- Draco Malefoy aux fourneaux… il faut absolument que je voie ça ! plaisanta Harry.

- Pas de problème ! Viens t'installer dans la cuisine, si tu veux. J'arrive dans deux minutes, le temps de me changer.

Draco disparut dans ce qu'Harry supposa être sa chambre. Pendant ce temps, il jeta un coup d'œil aux alentours. L'appartement était impeccable, sobrement décoré mais il s'en dégageait une atmosphère chaleureuse.

- Je te sers un verre de vin ? demanda Draco qui était revenu quelques minutes plus tard. Il était pieds nus, vêtu d'un jeans délavé et d'un pull en V qui laissait deviner combien il était bien fichu.

- Volontiers, répondit Harry en se retenant de le fixer trop intensément.

Draco déboucha un Lacrima Christi bien frais qu'il versa dans deux verres à pied.

- Lacrima Christi bianco, un vin blanc sec des coteaux du Vésuve. Assez floral, avec des arômes de genièvre et d'abricot. Il ira très bien avec ce que je vais préparer. A quoi trinquons-nous ?

- Aux retrouvailles inattendues, proposa Harry.

- Aux retrouvailles inattendues, confirma Draco en choquant son verre contre celui-ci de Harry. Inattendues et agréables, ajouta-t-il avec un sourire à damner un saint.

Il posa ensuite son verre et commença à sortir les ingrédients nécessaires à sa recette, un risotto aux champignons. Après quelques minutes, il s'activait comme un vrai chef, sous le regard médusé de Harry.

- Je suis sidéré de voir comment tu te débrouilles en cuisine, dit-il.

- C'est devenu un vrai plaisir… ça me rappelle un peu le cours de potions…

- Brrrr… je comprends pourquoi je suis un piètre cuisinier !

- Il suffit d'avoir un bon professeur. Moi, c'est Rose qui m'a tout appris.

- C'est une chouette fille. J'espère la revoir une prochaine fois.

- Il y a des chances. Elle t'adore !

Harry se mit à rire, avant de demander l'air de rien :

- Et Vanda ? Comment va-t-elle ?

- Vanda ? Pourquoi tu me demandes ça ? J'en sais rien.

- Ah… je croyais qu'elle et toi…

- Non, sûrement pas. Je te l'ai dit. Pas d'attaches, asséna Draco tout en coupant les champignons en morceaux.

Cette affirmation résonna douloureusement aux oreilles de Harry.

- Vu que tu l'as amenée samedi, ça n'allait pas de soi…

- Ouais… c'était pas malin de ma part. Mais comme tu venais avec ton… copain, je n'avais pas envie de me retrouver seul. Et Rose refusait de jouer les alibis, comme elle dit… Enfin bref, c'était une mauvaise idée.

- Hm… j'avoue que j'avais du mal à t'imaginer avec quelqu'un d'aussi… éthéré.

- Ethéré ? rigola Draco. Carrément conne, tu veux dire ! Mais bon, j'admets que ce n'est pas sa conversation qui m'intéressait.

Harry ne répondit pas, préférant se concentrer sur les gestes de Draco. Celui-ci avait mis les champignons à revenir dans une poêle tout en mouillant le riz avec du vin blanc et du bouillon de poulet.

- Et toi avec Ethan ? demanda-t-il nonchalamment.

- Ça va bien…

- Tu es sûr ? insista Draco en haussant un sourcil.

Harry soupira longuement. Il y avait quelque chose de malhonnête à se plaindre de son petit-ami devant celui qui occupait toutes ses pensées depuis quatre jours.

- Si tu ne veux pas m'en parler, libre à toi, dit Draco d'une voix égale.

- Non… tu peux le savoir… En fait, tu es même la seule personne à qui je peux en parler.

Draco commença à hacher du persil qu'il plaça ensuite dans la poêle avec les champignons.

- Disons que je suis un peu… refroidi par ce que j'ai appris samedi sur son… ancêtre, commença Harry.

- Hm, j'imagine. J'ai bien failli lui mettre mon poing dans la figure pour le faire taire… Quand je repense à cet air… jubilatoire qu'il affichait en nous racontant tout ça !

Tout en disant cela, il mélangeait les champignons et le persil un peu plus vigoureusement que nécessaire.

- A sa décharge, il ne sait pas ce que je suis et c'est un peu injuste de ma part de lui en vouloir pour quelque chose qui s'est passé il y a près de 300 ans et dont il n'est pas responsable.

- Harry, il en était fier ! plastronna Draco en posant brutalement sa spatule sur le plan de travail.

Harry but une gorgée de vin en souriant tristement.

- Tu ne l'aimes pas, n'est-ce pas ? dit-il doucement.

Draco soupira.

- Je n'ai aucun droit de te dire ça mais non, en effet, je ne l'aime pas.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas… Il… il ne te mérite pas.

Le cœur de Harry lui faisait mal tellement il battait fort et c'est à peine s'il s'entendit poser la question.

- Et à ton avis, qui me mérite ?

Draco, après avoir vérifié que le riz avait bien absorbé tout le bouillon, était en train d'incorporer délicatement le parmesan à la préparation. Il suspendit son geste, pris au dépourvu par la question de Harry.

Pourtant la réponse lui vint naturellement.

- Quelqu'un qui t'aime suffisamment pour aller à un match de cricket avec toi même si ça ne le passionne pas. Ou aller au cinéma voir n'importe quel film juste pour être avec toi et parce que ça te fait plaisir. Quelqu'un qui t'aime suffisamment pour aller casser la gueule au connard qui se croit autorisé à aller te draguer aux toilettes !

Il avait dit cela avec véhémence en même temps qu'une image s'imposait à lui : il se voyait, dans les toilettes du bar, infliger un doloris à ce cafard qui avait osé poser les yeux sur son Harry. La force de cette vision fut telle que Draco en eut le souffle coupé. Quelque chose qui ressemblait à de la peur s'insinua en lui et il lâcha sa spatule qui rebondit sur le sol dans un bruit sourd.

- Draco, ça va ? s'inquiéta Harry devant l'air catastrophé du blond.

- Je… je… oui, ça va. Je me suis brûlé, c'est tout, dit rapidement Draco en ramassant son ustensile et en le passant sous l'eau.

- Tu as besoin de soins ?

- Non, c'est trois fois rien. Tu veux bien amener les verres et les couverts à table ? J'arrive avec les assiettes.

- Bien sûr.

Sur la table de la salle à manger, Harry disposa machinalement les sets de table, les couverts et les serviettes, encore surpris par le ton coléreux de Draco. Il n'eut cependant pas le loisir de s'interroger davantage car celui-ci arrivait avec deux assiettes joliment garnies de risotto sur lequel étaient disposés les champignons au persil et quelques larges copeaux de parmesan.

Draco remplit leurs verres et s'assit.

Le risotto était crémeux à souhait et Harry ne put réprimer un gémissement de pur bonheur gustatif.

- Par Merlin, Draco, je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon.

- C'est pourtant tout simple…

- Possible mais les saveurs sont incroyables… la douceur de risotto et la légère amertume des champignons, la fraîcheur du persil et la pointe de sel du parmesan… C'est prodigieux !

- Je suis content que ça te plaise, dit Draco dont les joues avaient légèrement rosi en même temps que son sourire s'élargissait jusqu'à ses oreilles.

Ils mangèrent en silence mais c'était un silence confortable, apaisant. Le silence de deux personnes qui sont bien ensemble et qui n'ont pas besoin de mots pour le dire.

- Au risque de me répéter, c'était délicieux, dit Harry quand il eut terminé son assiette.

- Merci. Veux-tu encore un peu de vin ? demanda Draco.

- Volontiers.

Alors qu'il versait le liquide doré dans les verres, Draco se décida à réaborder le sujet.

- Je n'aurais pas dû dire… ce que j'ai dit tout à l'heure. Je n'ai pas à commenter ta relation avec Ethan.

- C'est moi qui t'ai posé la question. Et j'ai apprécié ta franchise.

- Tu es vraiment heureux avec lui ?

- Oui, répondit Harry qui se voyait mal dire autre chose.

- Alors, tant mieux. De toute façon, je suppose que je suis mal placé pour dire quoi que soit.

- Non, objecta Harry. Je pense au contraire que tu es très bien placé… car tu me connais mieux que lui.

- Mais je ne connais rien à l'amour.

Harry croisa ses bras devant lui, sur la table et se pencha un peu avant.

- Ce que tu as dit tantôt laisse penser au contraire que tu sais très bien ce que c'est…

Draco se contenta de hausser les épaules. Il regrettait tout d'un coup d'avoir remis cette conversation sur le tapis. Pourtant, il avait besoin d'aller plus loin.

- Je n'ai jamais été amoureux. Je ne sais pas ce que ça fait…

- Peut-être que tu l'as déjà été ou que tu l'es… sans le savoir.

- Explique-moi. Dis-moi ce que c'est…

- C'est difficile à expliquer, dit Harry un peu surpris par la question. Et puis, ça dépend de la personne aussi… Interroge mille personnes, tu auras mille réponses différentes.

- C'est la tienne qui m'intéresse.

- C'est quelque chose de complexe. Parce que tu passes par toutes les émotions possibles et imaginables. La joie, l'euphorie même, mais aussi la peur, la tristesse, la colère parfois. Mais au bout du compte, c'est aussi très simple parce que tout se résume à la personne que tu aimes. Tu ne vois plus qu'elle, elle devient ta force d'attraction, ta gravité… Ton unique perspective, ton présent, ton futur. Tout change de base, ce qui était important devient dérisoire, ce qui était dérisoire devient fondamental. Et puis, en sa présence, tu te sens entier, complet…

- C'est officiel, l'amour a été inventé par un poufsouffle, se moqua Draco.

- Alors ? Tu es toujours persuadé de n'avoir jamais été amoureux ?

- C'est comme ça que tu aimes Ethan ? demanda Draco sans répondre à la question.

Non, c'est comme ça que je t'aime toi mais je ne pourrai jamais te le dire.

- C'est ce que j'ai cru. Disons qu'on peut aimer quelqu'un et être heureux quand même sans forcément ressentir tout ça…

- Ça ne te ressemble pas de vivre les choses à moitié, commenta Draco.

- C'est pourtant ce que je fais depuis la fin de la guerre.

- La guerre nous a tous changé, toi plus que les autres j'imagine…

- Tu n'as pas répondu à ma question.

Draco détourna le regard, semblant réfléchir au choix des mots.

- Non, je n'ai jamais été amoureux.

Il se leva et commença à débarrasser la table, suivi des yeux par Harry qui ne savait pas quoi penser de cette réponse. Il soupira. Il n'y avait rien à penser.

- Tu as besoin d'aide ? demanda-t-il en arrivant à son tour dans la cuisine.

- Ça ne t'ennuie pas ?

- Pas du tout !

Harry prit un torchon propre pendant que Draco remplissait l'évier d'eau chaude. Il y avait quelque chose de surnaturel à le voir enfiler des gants en caoutchouc rose vif et à commencer à frotter la vaisselle avec une éponge.

- Quelque chose de drôle Potter ? demanda Draco en voyant qu'Harry tentait de réprimer un fou rire.

- J'adore tes gants.

- La ferme et essuie.

- Sans blague… ça a quelque chose de très… érotique…

Draco laissa tomber dans l'évier la poêle qu'il était en train d'égoutter, éclaboussant tout l'avant de son pull et celui de Harry.

- Merci Potter ! Je suis trempé maintenant !

- Je le suis tout autant que toi !

- Tu l'as mérité !

Incapables de se retenir plus longtemps, ils éclatèrent de rire. La vaisselle se termina tant bien que mal, avec plus d'eau savonneuse hors de l'évier que dedans.

Quand la dernière fourchette fut à sa place et que la serpillière fut passée sur le sol, Draco eut un sourire moqueur en direction de Harry.

- Erotique tu disais ?

Il leva une main devant Harry, doigts écartés, et lentement, commença à retirer le gant en tirant sur chaque doigt avec une sensualité exagérée. Une fois sa main gauche délogée, il fit pareil avec la droite, jetant ensuite les gants négligemment sur le plan de travail.

Puis, en croisant les bras, il saisit les bords de son pull trempé et l'ôta d'un seul mouvement ample. A ce stade-là, Harry aurait été incapable de se souvenir de son propre nom si on le lui avait demandé.

Draco était comme il se l'était imaginé : tout simplement sublime. Des muscles finement dessinés, une peau de porcelaine, complètement imberbe excepté une étroite bande de duvet blond qui partait du nombril pour disparaître sous la ceinture de son jeans. La seule imperfection résultait de quelques fines lignes pâles qui barraient son torse à plusieurs endroits. Le vestige du sectum sempra.

- Enlève ton pull.

- Hein ? dit Harry très élégamment, en espérant qu'il n'était pas en train de baver.

- Enlève ton pull, répéta Draco.

- Heu… tu vas vite en besogne Malefoy… on devrait apprendre à se connaître un peu tu ne crois pas, plaisanta-t-il, histoire de reprendre contenance.

Draco levant les yeux au ciel en tendant la main, l'air de dire « alors ça vient ? ». Ce faisant, Harry ne put faire autrement que de fixer la Marque qui se découpait sur la peau blanche de son bras. Malgré les années et la mort de son créateur, elle ne pâlissait pas.

Draco remarqua le regard de Harry. Il voulut immédiatement replier son bras contre lui mais Harry l'en empêcha en lui agrippant le poignet.

- Ne sois jamais embarrassé de ça en ma présence, dit-il d'un ton bas et lourd de sens. Tu m'entends ? Jamais.

Le regard de Harry était empreint d'une telle gravité que Draco se contenta d'acquiescer en silence.

Harry lâcha le poignet de Draco et ôta son pull à son tour. Draco emporta les vêtements dans sa chambre et revint une minute plus tard, vêtu d'un t-shirt à manches longues. Il en donna un autre à Harry.

- Tiens, met ça en attendant que ton pull sèche.

- Merci, dit Harry en enfilant le vêtement tout en respirant le doux coton blanc.

Il s'enivra un instant de cette odeur. L'odeur de Draco.

Ils allèrent ensuite tous les deux au salon et Draco mit le lecteur DVD en marche.

- Je comptais regarder Le silence des agneaux mais si tu préfères autre chose, dis-le.

- Non, c'est parfait ! Je l'ai déjà vu mais je n'ai aucun problème à le regarder à nouveau. Et puis, ça me remettra dans l'ambiance avant d'aller voir Hannibal.

- C'est aussi pour ça que je l'ai acheté… Du coup, je me suis dit qu'on pourrait aller voir ce film ensemble. Enfin, si tu veux…

- C'est une excellente idée, dit Harry en souriant, tout simplement heureux à cette perspective.

Draco s'installa à un coin du canapé, les genoux ramenés vers lui. Harry en fit autant de l'autre côté, après avoir retiré ses chaussures.

- Ah zut, j'ai failli oublier, dit Draco en se relevant et en filant vers la cuisine.

Il revint une minute plus tard avec un grand saladier de pop corn sucré.

- Comme au cinéma ! dit-il en se rasseyant plus près de Harry, le saladier en équilibre entre eux deux.

Pour faire bonne mesure, il éteignit les lumières.

Après une demi-heure de film, le saladier à moitié entamé était posé sur la table basse, aucun des deux n'ayant encore envie de manger.

- T'as pas mal aux yeux dans le noir ? chuchota Draco. Je devrais peut-être rallumer la lumière ?

- On a peur Malefoy ? susurra Harry.

- Absolument pas !

- Je peux te tenir la main si tu as peur…

- Je t'ai dit que je n'avais pas peur !

- Comme tu veux, dit Harry en riant.

Draco tint bon jusqu'à l'anthologique scène de l'évasion. Quand Hannibal Lecter commença à dévorer la bouche d'un des policiers, il se colla contre Harry, son dos contre son épaule. Et quand on retrouva l'autre policier pendu à la cage comme la proue d'un bateau, les tripes à l'air, Draco était presque sur ses genoux. Il avait passé le bras de Harry par-dessus son épaule et s'y accrochait comme si sa vie en dépendait. Il était à ce point hypnotisé par ce qu'il voyait à l'écran qu'il ne se rendait même pas compte de la position dans laquelle il était.

- Les moldus font vraiment ça ? demanda-t-il tout bas.

- Quoi ?

- Manger d'autres moldus…

- Ouais… il y en a, confirma Harry.

Draco réprima un frisson.

On était arrivé à la scène de l'ambulance, où Lecter retire le masque et la « peau » du visage qu'il avait découpée sur le cadavre du garde. Pour Harry, c'était trop tentant. Draco était toujours recroquevillé contre lui, ses genoux ramenés contre son torse. L'encolure de son T-shirt laissait voir la peau nacrée de son cou. Au moment où le psychopathe attaqua l'ambulancier, Harry plongea sur cette peau si tendre pour la mordre, accompagnant son geste d'un grognement de prédateur.

Draco bondit du canapé en poussant un cri fort peu viril alors qu'Harry se tordait littéralement de rire.

- POTTER ! ESPECE DE TROLL ! TU VAS ME LE PAYER !

Il attrapa un coussin pour frapper Harry avec force mais tout ce qu'il parvint à faire, fut de décupler l'hilarité du brun. Finalement, essoufflé, il se mit à rire lui aussi.

- J'en connais qui auraient payé cher pour assister à ça ! hoqueta Harry en tentant de reprendre son souffle.

- Tu parles de ça à qui que ce soit, t'es un homme mort Potter, menaça-t-il en se rasseyant à l'autre bout du canapé.

- Je te promets de me taire… mais uniquement si tu reviens sur mes genoux !

- T'es fou ? Je n'étais pas sur tes genoux !

- Si tu l'étais !

- Non je ne l'étais pas !

- Si tu l'étais !

- Non je n'étais pas !

- Comment ai-je fait pour te mordre alors ?

Blanc.

- Hm, grogna Draco. J'étais peut-être assis tout près de toi mais pas sur tes genoux.

- Si tu y tiens. Bon alors ? Tu reviens oui ou non ?

- Pour que tu m'attaques encore comme un enragé ? Jamais de la vie !

- Je ne le ferai plus, c'est promis ! dit Harry d'un air parfaitement innocent.

Draco le regardait d'un œil noir. Il ronchonna quelque peu mais accepta de reprendre la même position qu'il occupait avant l'attaque perfide de Harry. Celui-ci prit la télécommande pour revenir quelques scènes en arrière et reprendre le cours du film.

- Tu m'as fait mal, dit Draco qui avait décidé de bougonner encore un peu.

- Désolé, répondit sincèrement Harry.

Et sans préméditation, il embrassa le cou de Draco là où il l'avait mordu.

- Ça va mieux ?

- Oui, souffla Draco.

A ce moment-là, ils apprécièrent tous les deux l'obscurité qui masquait la rougeur de leurs joues.

O°O°O°O°O°O°O

29 novembre 2001

Les yeux toujours clos, Draco prenait conscience de plusieurs choses. Il avait oublié de fermer les tentures hier soir car il percevait très nettement la lumière du jour derrière ses paupières. Il avait aussi un peu trop bu compte tenu du mal de tête qu'il sentait poindre à l'horizon. Et enfin, s'il en jugeait par le poids sur son estomac, il avait trop mangé.

Cette dernière réflexion le perturba légèrement. Il ne mangeait jamais trop. Toujours ce qu'il fallait, ni trop ni trop peu. Il se remémora alors son repas du soir. Risotto aux champignons. Ça ne pouvait pas être ça… Le pop corn ? Impossible. Avec Harry, ils en avaient mangé seulement quelques poignées…

Harry.

Draco ouvrit enfin les yeux et comprit que ce qui pesait sur lui n'était ni plus ni moins que le Survivant, étalé de tout son long, la tête sur son estomac, un bras autour de sa taille, l'autre sur son torse, leurs jambes emmêlées.

Avant de paniquer, Draco fit un effort pour analyser la situation. Ils étaient habillés, c'était déjà ça. Et ils étaient dans le canapé. Quand il vit les deux bouteilles de vin vides sur la table, il se souvint de tout et soupira de soulagement.

Après le film, pour se remettre de leurs émotions, Draco avait débouché une deuxième bouteille de vin. Et ils avaient discuté. De tout. De leurs craintes, de leurs espoirs, du monde magique qui leur manquait un peu mais pas tant que ça. L'alcool aidant, ils avaient parlé à cœur ouvert.

Draco avait raconté à Harry combien sa mère lui manquait au point de lui parler parfois, lorsqu'il était seul.

Harry lui avoua à son tour que durant toute l'année qui avait suivi son « décès », il s'était rendu au cimetière pour parler à sa tombe. Cette révélation avait fortement bouleversé Draco.

Ils parlèrent aussi de la vie de Harry avec Ginny, de leur rupture, vécue comme un soulagement, de son attirance pour les hommes qu'il ne savait pas s'il devait qualifier d'homosexualité ou de bisexualité, et qui intriguait Draco bien plus qu'il ne voulait l'admettre.

Ils avaient parlé jusque tard dans la nuit et avaient dû s'endormir ainsi, tout habillés, sur le canapé.

Draco n'osait pas bouger. Ou plutôt, il n'avait pas envie de bouger. Parce qu'il était bien.

Machinalement, il se mit à caresser les cheveux de Harry, passant et repassant ses doigts dans la masse douce et soyeuse. Il eut la pensée fugace qu'il pourrait faire ce geste indéfiniment, tant il était apaisant.

Harry s'agita légèrement et marmonna :

- Ethan…

Cette mention contraria brutalement Draco. Il stoppa son geste et dit d'une voix forte et sèche :

- Non, ce n'est pas Ethan. Ce n'est que moi que tu prends pour un matelas.

Harry se redressa d'un coup, les yeux flous. Ses lunettes étaient tombées quelque part, il ne savait pas où. Mais il n'avait pas besoin d'y voir clair pour reconnaître la voix de Draco.

- Par Merlin, souffla-t-il… Draco… on a quand même pas… ?

- Non Potter, on a pas, comme tu dis, lâcha Draco submergé par une deuxième vague de colère, plus intense que la première. Crois bien que si « on avait », tu n'en serais souvenu !

Draco se leva et sans plus rien ajouter, se dirigea vers la salle de bain. Il claqua la porte derrière lui et se laissa lentement glisser le long du mur, jusqu'à finir assis, les genoux entre les mains. Il avait bien conscience d'avoir été blessant, d'autant plus qu'il avait sciemment retourné contre Harry une des confidences qu'il lui avait faites cette nuit. Il le revoyait, rougissant, lui expliquant que le sexe avec Ethan était loin d'être enthousiasmant.

C'était moche mais Draco n'avait pas pu faire autrement. Il était tellement bien et Harry avait tout gâché en marmonnant le prénom de l'autre enflure. Alors il avait voulu lui faire mal à son tour… C'était vraiment moche. Et puéril. Même si Draco était persuadé d'avoir raison : peu importe qu'il n'ait jamais couché avec un homme, avec lui, Harry aurait vu des étoiles.

Il se prit la tête entre les mains en soupirant.

- Dans quel merdier tu es en train de te fourrer Malefoy ? murmura-t-il.

Ça ne servait cependant à rien de se poser la question. Il savait très bien ce qui était en train de se passer. Ça recommençait. Et ce n'était pas bon, pas bon du tout.

Deux ans. C'est le temps qu'il lui avait fallu pour se défaire de se stupide béguin qu'il avait eu pour Potter en quatrième année. Après bien des efforts, il était finalement parvenu à se convaincre qu'il s'agissait d'un désordre hormonal passager, tout à fait normal pour un garçon de 14 ans. Par la suite, l'emprisonnement de son père à Azkaban l'avait bien aidé à haïr le Survivant. Mais pour autant, il n'était pas parvenu à le haïr suffisamment pour le livrer à Voldemort et sauver Lucius de la disgrâce.

Après, ce fut plus facile. Draco avait été assigné à résidence et n'avait plus jamais croisé Potter. Délibérément, il ne lisait aucun quotidien sorcier afin de ne pas voir sa photo ni entendre parler de ses exploits. Puis il était parti dans le monde moldu. Tout allait donc parfaitement bien jusqu'à ce 18 octobre 2001. Tout ce que Draco croyait éradiqué une bonne fois pour toute, refit surface. Et à partir de là, il ne maîtrisa plus rien. En acceptant de parler avec Potter dans le parc, en acceptant ses excuses et son amitié, il avait perdu le contrôle de sa vie.

Contrairement à ce qu'il avait affirmé à Harry, il était amoureux. Et ce n'était pas bon. Pas bon du tout. L'amour, ça rend faible, disait son père et pour une fois, il avait raison.

Il devait se ressaisir, reprendre la bonne vieille méthode de la force de persuasion. Il était doué pour ça. Donc, non, il n'était pas amoureux. Les Malefoy ne tombaient pas amoureux. Non, il n'avait pas ressenti de pincement douloureux quand Harry avait prononcé le prénom d'Ethan dans son sommeil. Non, il n'était pas jaloux de ce moldu insipide et non, son sang ne bouillait pas à la seule pensée qu'Harry puisse faire l'amour avec ce type.

Mais ses bonnes résolutions volèrent en éclat en même temps que claquait la porte de l'appartement. Harry était parti.

- Et merde !

Instinctivement, il porta son poing serré à sa bouche pour s'empêcher de hurler. Il avait soudainement l'impression que quelqu'un lui avait arraché le cœur à mains nues.

Draco sortit de la salle de bain comme une bombe. Son père allait le maudire d'où il était. Oui, il était faible mais ça lui était égal. Il ouvrit la porte et cria dans la cage d'escalier.

- HARRY !

Mais son appel fut couvert par le bruit de la lourde porte du hall d'entrée qui se refermait.

- ET MERDE ! jura Draco une nouvelle fois en frappant la rampe.

Il retourna dans l'appartement prendre ses clés et se rua dans les escaliers, puis dans la rue. Il était pieds nus mais il s'en moquait royalement.

- HARRY ! cria-t-il en direction de la silhouette familière qui s'apprêtait à disparaître au coin de la rue. HARRY !

Avec soulagement, Draco vit Harry s'arrêter et se retourner. Il courut vers lui en criant toujours.

- Harry ! Ne t'en va pas ! Laisse-moi t'expliquer !

- Draco ? Mais que…

- Non, laisse-moi finir, coupa l'autre qui s'était arrêté à sa hauteur. Je n'aurais pas dû te parler comme ça. Je suis désolé… Ne pars pas. S'il te plaît.

Harry était un peu perdu.

- Draco… j'allais seulement nous acheter des croissants. Je t'ai laissé un mot dans la cuisine…

- Tu… allais… acheter… des… croissants, répéta Draco.

- Heu oui… comme tu as préparé le repas d'hier soir, je me suis dit que la moindre des choses était d'aller acheter le petit-déjeuner pour te remercier, expliqua Harry, lentement, comme s'il parlait à un demeuré.

Draco ferma les yeux. Heureusement que le ridicule ne tuait pas, sinon, il serait mort, là, tout de suite, sur le trottoir.

- Draco, ça va ? Pourquoi pensais-tu que j'étais parti ? Et pourquoi t'excuses-tu ?

- Parce que j'ai été désagréable. Je t'ai parlé sèchement et j'ai cru que…

Il n'acheva pas sa phrase, conscient d'être définitivement et irrémédiablement ridicule. Harry lui, le regardait avec incrédulité.

- Draco… sans vouloir te vexer, tu n'es ni plus ni moins sec que d'habitude. Et puis ça fait longtemps que je sais que tu n'es pas du matin. A Poudlard, il ne fallait pas t'adresser la parole avant ta deuxième tasse de café.

- Mais… comment… ?

- Observation, dit Harry en souriant.

Draco soupira en se passant une main dans les cheveux. Puis Harry réalisa.

- C'est pour ça que tu es sorti en courant de l'appartement ? Pieds nus sur un sol gelé ? Pour t'excuser ?

- Peux-tu éviter d'en rajouter, s'il te plaît ?

- Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Draco Malefoy, un petit snob, arrogant et prétentieux qui ne s'excusait jamais ?

- Il est mort, rappelle-toi, répondit Draco sur un ton un peu amer.

Harry le regarda, incapable de plaisanter encore ou de dire un mot de plus. La seule chose qu'il voulait faire à cet instant, c'était le serrer dans ses bras. Et c'est ce qu'il fit. Il sentit le corps de Draco se raidir à son contact puis se détendre avant que deux bras ne viennent timidement répondre à son étreinte silencieuse. C'était une chose merveilleusement indescriptible que de tenir le corps de Draco contre lui, de sentir son souffle contre son oreille et la chaleur de ses mains contre son dos. Et il sentait tellement bon.

Harry aurait voulu que ce moment dure toujours mais il se rappela qu'il était en pleine rue, que Draco était pieds nus et sans manteau. Il s'écarta à regret et s'éclaircissant la gorge, il dit :

- Rentre avant d'attraper froid.

Draco opina et rentra chez lui, dans un état second. Il aurait voulu serrer Harry contre lui à lui briser les os mais il s'était retenu. Il aurait voulu enfouir son visage dans son cou, respirer son odeur jusqu'à l'ivresse mais il s'était retenu. Parce que ce n'était rien d'autre qu'une étreinte amicale. Harry avait quelqu'un dans sa vie, il ne devait pas l'oublier. Quelqu'un qui avait le droit de le prendre dans ses bras, de l'embrasser, de l'aimer. Quelqu'un qui n'était pas lui.

O°O°O°O°O°O°O

Le temps pour Draco de prendre une douche, de se changer et de préparer du café, Harry était revenu avec un sachet rempli de croissants encore chauds. Draco les disposa dans une corbeille qu'il plaça sur le comptoir, avec de la confiture, deux mugs et un sucrier rempli à ras-bord.

Ils mangèrent côte à côté, assis sur les tabourets hauts, commentant avec humour et décontraction les articles qu'ils lisaient ensemble dans le Times.

Aucun des deux ne reparla de ce qui c'était passé au matin.

O°O°O°O°O°O°O

Un peu plus tard dans la matinée, tout en débarrassant les restes du petit-déjeuner, Draco demanda nonchalamment :

- Tu as des projets pour aujourd'hui ?

- Non, rien de spécial. C'est le jour de fermeture hebdomadaire. Et toi ?

- Tu vas me trouver idiot mais il y a un truc que j'ai envie de faire depuis que je vis dans le Londres moldu.

- Quoi donc ?

- Aller sur la grande roue qui est au bord de la Tamise.

- Le London Eye ?

- Oui. Je… C'est juste que… ça me manque de ne plus voir le monde d'en haut.

Il avait dit cela tout bas, comme s'il s'excusait une fois encore. Mais Harry avait parfaitement compris à quoi Draco faisait allusion.

- Tu accepterais un peu de compagnie ? Moi aussi, ça me manque.

Draco lui fit un sourire. Un de ses sourires précieux parce que rare et sincère.

- On joue les touristes alors ?

- On joue les touristes ! confirma Harry. Mais avant j'aimerais rentrer chez moi pour me changer.

- Bien sûr ! On peut se donner rendez-vous sur place vers onze heures…

- Parfait ! A tout à l'heure !

Harry quitta l'appartement de Draco en omettant sciemment de lui rendre son T-shirt.

O°O°O°O°O°O°O

Vu la saison et le ciel plus que maussade, il y avait peu de monde qui faisait la file pour le London Eye. Harry et Draco profitaient donc d'une capsule pour eux seuls.

Ils regardaient le panorama s'élargir au fur et à mesure que la bulle de verre s'élevait lentement des les airs.

- C'était quand la dernière fois où tu es monté sur un balai ? demanda Harry.

- Le 2 mai 1998. Avec toi. Dans la salle sur demande.

- Oh.

Accoudé à la rambarde, Harry regardait le profil de Draco dont le visage était parfaitement impassible.

- Je suis désolé, dit-il alors.

- Désolé ?

- Que ton dernier souvenir sur un balai soit celui-là.

Draco sourit tristement.

- Pourquoi ? Si tu l'avais su, tu aurais fait un tour de plus pour que j'en profite encore un peu ?

- Je suis sérieux Draco. Je sais combien tu aimais voler.

- Tu n'as pas à être désolé. Tu n'y es pour rien. Ceci dit, merci.

- Pas de quoi. S'il y en a un qui peut comprendre à quel point voler te manque, c'est bien moi.

- Oui, confirma Draco. Encore quelque chose que nous avons en commun.

Il resta silencieux quelques instants avant de poursuivre.

- Contre toute attente, je me suis mieux adapté au monde moldu que je ne l'imaginais… Ce n'était pas facile au début. La magie me manquait. Pas le confort lié à l'utilisation de la magie mais le simple fait de faire de la magie. C'était presque douloureux… comme si mon corps se rebellait. Avec le temps, je m'y suis habitué. Je suis parvenu à canaliser ma magie, à la faire taire en quelque sorte. Mais je ne suis pas parvenu à faire taire le besoin de voler… de ressentir cet incomparable sentiment de liberté qui me submerge quand je suis dans les airs. C'est tellement grisant… tellement puissant…

Les mains de Draco serraient la rambarde à un point tel que ses jointures devenaient blanches. Son visage était toujours inexpressif mais Harry pouvait voir des larmes briller au coin de ses yeux.

- Tu n'as jamais eu cette idée quand tu volais, continua Draco, de ne jamais vouloir retoucher terre… de continuer à voler, à grimper dans le ciel aussi haut et aussi loin que ton balai pourrait te porter ?

- Echapper aux contraintes d'en bas, s'évader… Etre libre. Si bien sûr, admit Harry.

- Qu'est-ce qui te faisait revenir ?

- Avant la guerre ? Mes amis, certainement. Ma loyauté envers Dumbledore.

- Et après ?

- La peur, je pense… dit Harry après un temps.

- La peur ?

- De décevoir, de ne pas être ce qu'on attendait de moi…

La capsule avait maintenant atteint le sommet de la grande roue. Draco se déplaça de l'autre côté pour admirer la vue côté est, Harry à sa suite.

- Tu vas retourner dans le monde sorcier ?

C'était une question qu'il brûlait de poser à Harry depuis plusieurs jours malgré la crainte qu'il avait d'entendre la réponse.

- Peut-être un jour. Mais pas maintenant. C'est encore trop tôt… C'est vrai que la magie me manque, que voler me manque mais pas le monde sorcier.

- Et tes amis ? Ta famille d'adoption ?

Harry souffla un grand coup.

- Ils me manquent mais pas autant que je ne le pensais… Je sais que c'est terrible à dire, injuste, ingrat et égoïste sans doute mais... sans eux, je me sens libre. Libre d'être juste Harry, un type sans intérêt qui tient une librairie de quartier, le mec qu'on croise et puis qu'on oublie. Libre de faire ce que je veux, d'aimer qui je veux sans que ça fasse la une d'un journal.

- Je n'imaginais pas que la célébrité te pesait autant Potter… moi qui t'ai toujours charrié avec ça…

- Ouais, ben cette célébrité, je m'en serais bien passée, crois-moi.

- Ceci dit, tu te trompes.

- Ah bon ?

- Que ce soit ici ou dans le monde sorcier, tu ne seras jamais un type sans intérêt, qu'on croise et qu'on oublie.

Draco avait dit cela sur un ton purement factuel mais cela n'empêcha pas le visage de Harry de flamber brutalement. Il baissa les yeux et marmonna :

- Tu exagères…

- Bien sûr que non. J'habille des hommes à longueur de journée, Harry. Je sais donc reconnaître et apprécier un beau spécimen.

Cette réflexion fit imperceptiblement grimacer Harry. Draco l'appréciait avec un œil de professionnel, rien d'autre. Que s'était-il imaginé ?

- Que va-t-il se passer avec Ethan ? demanda Draco.

Harry sentit un drôle de pincement dans son estomac à l'entente du prénom de son petit-ami et il prit conscience qu'il n'y avait plus pensé depuis un très très long moment.

- Que veux-tu dire ?

- Et bien, quand tu décideras de retourner dans le monde sorcier, que va-t-il se passer avec Ethan ? Tu devras lui dire ce que tu es…

- Oui, je suppose que oui, admit Harry.

Si nous sommes encore ensemble d'ici là, pensa-t-il.

- Comment crois-tu qu'il le prendra ?

- Je n'en sais rien, soupira Harry, légèrement agacé car il voulait que Draco arrête de parler d'Ethan.

- Bah, s'il le prend mal, je te prêterai mon épaule pour pleurer. Puis je te secouerai en te traitant de Poufsouffle.

- Pfff… je te reconnais bien là Malefoy. Un bâtard sans cœur, voilà ce que tu es ! dit Harry en souriant néanmoins et en envoyant une bourrade dans les côtes de Draco.

- Tu vas vraiment pleurer pour ce type ?

- Malefoy, tu veux vraiment me faire rompre ou quoi ? s'insurgea Harry.

Draco haussa les épaules.

- Mmm… oui. Je te l'ai dit, je ne l'aime pas…

- Ok… si je résume bien, je devrai recevoir ton approbation toutes les fois où je voudrai sortir avec quelqu'un.

- Exactement, confirma Draco qui tiqua néanmoins sur le « toutes les fois » car une fois était déjà de trop.

- Et si tu n'en aimes aucun ?

- Alors tu ne sortiras avec personne, répliqua Draco avec un immense sourire.

- Je peux savoir pourquoi cette perspective te rend si heureux ?

- Parce qu'ainsi, je te garde pour moi tout seul.

Disant cela, Draco avait attiré Harry contre lui en passant une main autour de son épaule, tout en ébouriffant ses cheveux de l'autre. Le brun resta momentanément tétanisé par ce qu'il venait d'entendre mais il se ressaisit rapidement.

- Hé ! Dans ce cas, je veux donner mon opinion aussi !

- Sur quoi ?

- Ben toutes les filles avec qui tu sors…

- Tu es bouché Potter. Je couche seulement avec elles. Ce n'est que du sexe. Ça n'a rien à voir…

- Peu importe… ça ne me plaît pas !

Harry avait dit cela avec véhémence et il maudit Draco de toujours parvenir à le faire sortir de ses gonds. Pour autant, il ne se désavoua pas. Mieux, il releva fièrement le menton et enfonça le clou.

- C'est vrai, à la fin ! Toi tu te permets de me dire que tu n'aimes pas mon petit-ami, voire même que tu espères que je rompe avec lui, et moi je ne pourrais pas te dire que je n'aime pas ce que tu fais avec ces filles ?

Draco qui jusque-là le fixait, les sourcils froncés et le regard dur, esquissa un sourire en coin.

- C'est un juste retour des choses, je l'admets. Tu marques un point Potter.

- Bien. J'attends donc que tu me les présentes.

- Ça ira vite. Depuis Vanda, que tu as rencontrée, il n'y a eu personne.

- Oh.

- Et oui Potter, ta bonne morale a fini par déteindre sur moi !

Draco s'éloigna en riant et alla s'asseoir sur la large banquette qui occupait le centre de la capsule.

Même s'il savait que ça n'avait rien à voir avec lui, Harry était stupidement heureux d'entendre ça. Tout d'un coup, le ciel gris et bouché de Londres lui semblait magnifique.

O°O°O°O°O°O°O

Après être descendus du London Eye, Harry et Draco déjeunèrent dans une petite trattoria de Trafalgar Square et décidèrent ensuite de passer le reste de l'après-midi ensemble.

- Tu vas finir par en avoir marre de moi, plaisanta Draco alors qu'ils traversaient Leicester Square Garden.

- Ça j'en doute, dit doucement Harry.

Draco s'arrêta et lui fit un de ses sourires incroyables qui avaient le don de transformer Harry en gelée. Ils se fixèrent tous les deux, incapables de détourner le regard l'un de l'autre. Le temps semblait suspendu. Les doigts de Draco effleurèrent ceux de Harry ou bien était-ce l'inverse, toujours est-il qu'ils finirent par s'entrelacer presque timidement. Les arbres nus qui les entouraient devinrent flous pour Harry, son champ de vision se résumant soudainement au visage de Draco qui semblait se rapprocher de lui. Il ferma les yeux, trop conscient de ce qui allait se produire d'un instant à l'autre.

La sensation fut étrange. Pas du tout celle à laquelle il s'était attendu. C'était humide et glacé. Il rouvrit les yeux pour constater que les arbres étaient réapparus et que la pluie tombait à grosses gouttes. S'ils restaient là, ils allaient être trempés. Comme les gouttes devenaient un véritable déluge, il sentit la main de Draco se refermer sur la sienne et l'entraîner à sa suite. Ils coururent comme des fous au travers du square avant de s'engouffrer dans un bâtiment, hilares.

Adossés au mur, ils reprenaient tous les deux leur souffle, en riant toujours même s'ils ne savaient pas vraiment pourquoi. Leurs vestes dégoulinaient, ainsi que le bas de leurs jeans mais leurs pulls et leurs chemises étaient restés secs.

Harry avait les joues rougies par le froid et la pluie mais aussi l'embarras par rapport à ce qui venait de se passer. Ou de ne pas se passer, plutôt. Il rougit encore plus quand il remarqua que Draco lui tenait toujours la main. Il coula un regard vers lui afin d'évaluer son état d'esprit mais le blond était impassible.

- Je crois qu'on a trouvé une bonne activité pour cet après-midi, dit ce dernier regardant autour de lui.

Le bâtiment dans lequel ils étaient entrés avec précipitation n'était autre que l'Odéon, un des cinémas de Leicester Square.

- Et bien, c'est parfait, dit Harry. Nous pouvons aller voir Hannibal ! D'après le panneau d'affichage, la séance commence dans un quart d'heure.

- D'accord, seulement si tu promets de ne pas m'attaquer comme hier soir !

- Promis ! affirma Harry avec solennité, en posant sur son cœur la main que Draco tenait dans la sienne il y a encore une seconde.

A moitié convaincu, Draco se laissa entraîner vers les caisses où Harry acheta deux places. Ils firent ensuite le plein de soda et de pop corn avant de s'installer au fond de la salle.

Quand les lumières s'éteignirent et que l'écran s'éclaira pour le lancement des bandes annonces, Draco posa son paquet de pop corn à ses pieds et se tourna vers Harry.

- Il ne va pas pleuvoir ici, n'est-ce pas ?

- Heu… non, dit Harry, passablement perplexe.

- Tant mieux. Parce que je détesterais être interrompu une nouvelle fois.

Harry sentit une main se poser sur sa nuque et un souffle tiède sur sa bouche, bien vite remplacé par des lèvres qui avaient la douceur du velours. Le baiser n'était pas hésitant mais il n'était pas brutal non plus. Il était simplement parfait. Les lèvres de Draco glissaient sur celles de Harry, épousant leurs contours et leurs mouvements. Quand ils entrouvrirent la bouche, laissant leurs langues converser tendrement, Harry sut qu'il était irrémédiablement perdu. Il était déjà ivre de l'odeur de Draco et maintenant il serait drogué à son goût. Son âme appartenait désormais au Serpentard.

Au prix d'un effort surhumain, Draco s'écarta de Harry. C'était mieux que tout ce qu'il avait pu imaginer. Son goût, son odeur, la douceur de ses lèvres, tout était parfait. Tellement parfait que Draco sut à cet instant qu'il ne pourrait jamais plus embrasser quelqu'un d'autre que lui. Qu'il ne pourrait jamais aimer quelqu'un d'autre qu'Harry.

Il se réinstalla dans son siège, conscient de son propre trouble et du trouble qui devait certainement agiter Harry en ce moment-même. Ce n'était définitivement pas le moment ni l'endroit pour parler, alors il ferma les yeux en espérant seulement ne pas avoir tout gâché. Mais quand il sentit une main se glisser dans la sienne, il sourit. L'espoir lui était peut-être permis.

O°O°O°O°O°O°O

Tant bien que mal, ils parvinrent à se concentrer sur le film qui finit par accaparer toute leur attention. Draco retirait une satisfaction presque enfantine à sentir Harry sursauter à plusieurs reprises ou se détourner, vaguement dégoûté par ce qu'il voyait à l'écran. Il faisait nettement moins le malin maintenant qu'il découvrait le film en même temps que Draco…

Arriva alors la scène du dîner, celle où Hannibal Lecter, après avoir ouvert méticuleusement le crâne de son invité, découpe un morceau de son cerveau, le cuit devant ses yeux et le lui donne à manger. Draco était littéralement subjugué par l'esthétisme de cette scène pourtant atroce. D'abord le lieu. Cette salle à manger, cette table dressée avec de la vaisselle élégante et des chandeliers lui faisaient penser aux dîners que sa mère organisait au Manoir à l'époque où c'était un honneur d'être reçu à la table des Malefoy. Puis la musique. Les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach. Draco aimait énormément la musique classique moldue et était lui-même un excellent pianiste. Il connaissait bien l'œuvre de Bach mais jamais il n'avait imaginé qu'elle assortisse aussi bien un dîner… Draco sourit de lui-même, vaguement inquiet à l'idée d'éprouver de la sympathie pour ce psychopathe esthète et raffiné.

Harry lui, semblait rien moins qu'horrifié par la vision du type, la cervelle à l'air, le sang dégoulinant sur ses joues sans qu'il ne semble conscient de ce qui lui arrive.

Draco esquissa un sourire en coin. Il tenait sa vengeance.

Faisant mine de changer de position sur son siège, il lâcha la main de Harry et tendit le bras derrière lui. Subrepticement, il approcha sa main de la chevelure brune et fit courir un doigt léger et caressant sur le pourtour du crâne. Harry sursauta violemment en poussant un glapissement sonore qui lui attira des « chuuut » réprobateurs des autres spectateurs présents.

- Malefoy ! Espèce de…

Mais l'insulte mourut sous le doigt que Draco posa sur sa bouche. En même temps, il se pencha à son oreille.

- Je te demande pardon, chuchota-t-il, provoquant un profond et violent frisson le long de l'épine dorsale de Harry.

Par Merlin ! Il avait l'impression que cette voix était directement reliée à son entre-jambe. Il ne songea même plus à protester quand les lèvres de Draco posèrent un baiser sur sa tempe et que des doigts longs et fins se mêlèrent aux siens.

O°O°O°O°O°O°O

Quand ils quittèrent l'Odéon, la pluie avait cessé de tomber et l'air s'était considérablement rafraîchi. Les néons des enseignes lumineuses brillaient dans le crépuscule, se réverbérant sur les pavés mouillés de la place.

Maintenant qu'ils étaient sortis de l'obscurité rassurante de la salle de cinéma et qu'ils se faisaient face à nouveau, Harry ne savait plus vraiment quelle attitude adopter. Pourtant, les faits étaient là : Draco l'avait embrassé. C'était difficile de faire comme si rien ne s'était passé.

- Pourquoi ? demanda alors Harry. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?

- Ça toujours été toi, Harry. Il fallait seulement que je l'admette. Et malheureusement… ça a pris du temps. Parce que j'ai été trop orgueilleux. Et trop con aussi… trop con pour comprendre que ça fait bien longtemps que tu étais bien plus qu'un ennemi, un rival.

- Depuis quand tu t'intéresses aux hommes ? Je croyais que ton truc c'étaient les filles…

- Je le croyais aussi mais en réalité mon truc, ce n'est ni l'un ni l'autre. C'est toi. Et seulement toi.

- Je… je ne suis pas seul Draco.

Draco se crispa et son regard pris une couleur de métal, une couleur dure et froide.

- Si tu l'es Harry ! Si tu étais un peu honnête avec toi-même, tu admettrais que tu es seul parce que ce type ne te rend pas heureux ! Je te connais ! Tu as besoin d'être bousculé, d'être contredit ! Tu as besoin de passion, de possessivité, d'excès ! Tu ne peux pas te contenter de cette relation tiède et … banale dans laquelle tu es enfermé !

Harry recula, choqué par la véracité des affirmations du blond. Pour autant, il ne pouvait pas l'admettre comme ça.

- Tu… tu n'as pas le droit de me balancer ça à la figure ! De venir foutre le bordel dans ma vie, juste parce que tu viens de te rendre compte que je ne te laissais pas indifférent ! se révolta Harry.

- Bien sûr que si, j'en ai le droit ! Je suis Draco Malefoy, ton meilleur ennemi ! Je fous le bordel dans ta vie depuis qu'on a onze ans ! J'ai toujours eu ce droit !

Harry secoua la tête, abasourdi par un tel aplomb.

- Et tu as donc décrété que toi, tu serais celui qui me rendrait heureux… celui qui me donnerait ce qui me manque…

Pour toute réponse, Draco prit le visage de Harry entre ses mains et l'embrassa, à nouveau, sans aucune brutalité mais avec une telle intensité que le corps entier de Harry se mit à trembler. Celui-ci dut s'accrocher aux bras du blond pour ne pas s'écrouler.

Quand Draco s'écarta, il fixa Harry avec un grand sérieux.

- Maintenant, sois franc. Ose me dire que tu ressens la même chose lorsque l'autre débile t'embrasse. Vas-y Harry ! Dis-le moi !

Harry était vaincu. Il ne ressentait pas avec Ethan le centième de ce que Draco lui faisait ressentir rien qu'en l'embrassant.

- Draco, je…

Bzzzz…. Bzzzzz…. Bzzzzz…

Harry sortit son téléphone portable de sa veste. Il ne connaissait pas le numéro mais manifestement l'appel provenait d'Edimbourg car il reconnut l'indicatif.

- Harry… dit Draco, le suppliant du regard de ne pas prendre cet appel.

- Allo ?

Au fur et à mesure de la conversation, le visage de Harry pâlissait. Quand il eut raccroché quelques minutes plus tard, Draco était clairement inquiet.

- Harry ? Que se passe-t-il ? Qui était au téléphone ?

- Je… c'est le Royal Hospital à Edimbourg. C'est… c'est Ethan. Il a été renversé par une voiture. Son état est… grave. Ils ne savent pas encore s'il va s'en sortir…

Draco resta là, le visage fermé, les bras le long du corps. Il ne savait pas quoi dire. Mais quand il vit les larmes qui roulaient sur les joues de Harry, il ne put faire autrement que de le prendre dans ses bras. Il détestait qu'Harry pleure pour Ethan et le fait que ce dernier soit peut-être à l'article de la mort n'y changeait rien. La compassion n'était pas son fort.

Après quelques secondes d'une étreinte silencieuse, et à son corps défendant, il demanda :

- Que vas-tu faire ?

- Je dois aller là-bas. Je ne peux pas le laisser seul.

- Il n'est peut-être pas seul. Il a des parents, une famille, non ?

- Ses parents sont en voyage et apparemment, l'hôpital n'est pas parvenu à joindre son frère et sa sœur. C'est comme ça qu'ils m'ont appelé moi.

- Tu étais renseigné comme personne à contacter en cas d'urgence ? questionna Draco, contrarié à l'idée qu'Ethan tenait peut-être à Harry plus qu'il ne voulait bien l'admettre.

- Je… non. C'est un peu par hasard que les médecins ont trouvé mon numéro.

Harry se dégagea des bras de Draco en s'essuyant les yeux.

- Je vais rentrer chez moi préparer quelques affaires et réserver un billet de train.

- Tu veux que je vienne avec toi ?

Un sentiment très confus envahit le cœur de Harry. Il avait désespérément envie d'avoir Draco auprès de lui mais l'amener aurait été injuste pour lui. Et pour Ethan aussi.

- C'est gentil à toi Draco mais il vaut mieux que j'y aille seul.

- Je peux au moins t'accompagner à la gare ?

- Bien sûr.

O°O°O°O°O°O°O

30 novembre 2001

Le lendemain, à la première heure, Harry et Draco se trouvaient tous les deux à la gare de King's Cross. Le hasard faisait que le train pour Edimbourg partait de la voie 9.

Délibérément, ils évitèrent de regarder vers la pilastre qui séparaient le quai 9 du quai 10 et qui donnaient accès à la voie 9 ¾ .

Heureusement, le train était déjà en gare et ils n'eurent pas le temps de s'appesantir sur les souvenirs.

- Tu seras parti combien de temps ?

- Je ne sais pas. Tout dépendra de…

- Je comprends, coupa Draco. Tu me donneras de tes nouvelles ?

Draco insista bien sur le « tes ». Il n'en avait rien à faire d'Ethan.

- Je t'appelle dès que je suis arrivé.

- D'accord. Prends soin de toi.

Harry allait monter dans le train mais Draco le retint par le bras et se pencha pour l'embrasser. C'était un baiser chaste et doux.

- Juste pour que tu ne m'oublies pas, souffla-t-il.

- Comment le pourrais-je ?

Il s'écarta et monta sur la plate-forme. Un sifflet retentit, annonçant la fermeture des portes. Le train était pratiquement vide et Harry s'installa près d'une fenêtre. Il fit un signe à Draco qui attendait toujours sur le quai.

Le train s'ébranla et prit lentement de la vitesse, creusant inexorablement la distance entre eux, jusqu'à ce que la silhouette blonde ne soit plus qu'un petit point au loin, jusqu'à disparaître complètement.

Avec un soupir lourd, Harry enleva sa veste et souleva son sac de voyage pour le ranger dans le porte-bagages au-dessus de lui. Ce faisant, il remarqua un bout de papier qui dépassait de la poche zippée à l'avant.

Il prit le papier et le déplia. Deux mots y étaient écrits, d'une écriture fine et élégante qu'il reconnaîtrait entre mille.

Je t'aime.

A suivre...