Note d'auteur : Je suis navrée d'avoir été un peu longue pour poster ce nouveau chapitre, mais j'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes :) Je remercie tous ceux qui ont postés des reviews, une fois encore, merci infiniment ! Continuez :D Et pour répondre à une question de je ne sais plus qui, non, Severus ne va pas transformer Harry en vampire, pour la simple raison que Severus n'est PAS un vampire ! Quant à l'évolution de leur relation, et bien vous verrez, mais connaissant ces deux là, bornés comme ils sont, il va falloir les encourager, et c'est pas gagné :D Allez, on passe à ce nouveau chapitre ;)


Chapitre 7 - Discussion, cours de potions et réunion

Le lendemain matin, Severus s'éveilla d'une nuit bien trop courte, lui qui pourtant n'était pas un gros dormeur. Il n'avait fermé l'œil qu'une heure à peine, trop préoccupé au sujet des conséquences qu'engendrait le lien. Lorsqu'il descendit dans la salle à manger pour y prendre son petit déjeuner, sa décision était prise. Il devait parler à Albus, et vite, si possible avant le réveil du garçon. C'est donc immédiatement après avoir bu son café extra noir (forcément) que Severus prit une poignée de poudre de cheminette et la jeta dans l'âtre.

- La Tête de Sanglier !

Aussitôt, sa tête apparu dans la cheminée du pub, encore désert à cette heure-ci. Seul Abelforth Dumbledore, propriétaire des lieux et accessoirement frère du citronné du même nom, se tenait négligemment derrière le comptoir poussiéreux. A la vue de la tête de Snape dans les flammes, il sursauta.

- Snape ! Que faites-vous ici ?

- A vrai dire j'aurais aimé m'entretenir avec votre frère, Albus. Et si mes soupçons sont exacts, c'est ici qu'il devrait se trouver.

Abelforth sembla hésiter quelques instants, durant lesquels il dévisagea Snape de ses yeux bleus perçants, les mêmes qu'Albus. Visiblement, le directeur lui avait demandé de taire sa présence ici, sauf cas de force majeure. Puis, considérant sans doute que Snape était ce qu'on pouvait appeler un cas de force majeure, il répondit.

- Vous le trouverez chambre 46, deuxième étage.

Sans ajouter un mot, Snape sortit de la cheminée et prit l'escalier. Arrivé devant la porte portant le numéro 46, il toqua deux coups secs et attendit une réponse qui ne tarda pas à venir.

- Entrez, fit la voix de Dumbledore.

Severus pénétra dans la pièce, une chambre modeste et de petite taille, une chambre de passage en somme. Albus était debout face à l'unique fenêtre, vêtu d'une robe bleu nuit et d'une cape de voyage de la même teinte. Lorsqu'il se retourna, ses sourcils se froncèrent l'espace d'un instant, puis un sourire radieux illumina son visage.

- Severus ! Quel bon vent vous amène ?

- A vrai dire monsieur le directeur, j'ai à vous parler. C'est au sujet de Potter.

A ces mots, le visage de Dumbledore perdit de son éclat et son regard eut soudain l'air alarmé.

- Il va bien, ne vous inquiétez pas, soupira Snape, légèrement énervé par l'attachement du directeur pour le rouge et or. Aussi bien que possible après avoir appris qu'il était désormais lié à moi, du moins. Dumbledore eut alors un air las, et triste.

- J'espérais que ce moment ne vienne pas Severus, et certainement je ne pensais pas qu'il viendrait si vite. Il y avait dans la remarque du directeur comme une question déguisée.

- Potter s'est… enfin il y a eu une situation qui m'a conduit à ressentir les effets du lien, et Potter s'en est rendu compte. Il a donc fallu que je lui explique. Puisque vous n'avez pas jugé utile de le faire vous-même, songea-t-il.

- Et comment a-t-il prit la nouvelle ?

- Je vous l'ai dit Albus, aussi bien que possible. A mon sens du moins, sachant qu'il n'y a eu ni verre brisé, ni tentative de meurtre sur ma personne.

A ces mots, le directeur sembla plus gai.

- Toutefois, tout n'est pas réglé pour autant, reprit Snape. Il y a… un effet secondaire dû au lien, un détail dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce que… j'en fasse malgré moi les frais.

Voyant que le directeur fronçait à nouveau les sourcils au dessus de ses lunettes en demi-lune, Severus décida de se jeter à l'eau. Après tout il n'avait pas non plus la journée.

- Le lien semble avoir plus de points communs avec un lien vampire-calice que ce que nous pensions, Albus.

Puis Severus soupira d'énervement devant la mine horrifiée du directeur.

- Non rassurez vous je ne ressens nullement le besoin de vider Harry de son sang. C'est d'autre chose qu'il s'agit. Je… Mais le directeur fut le plus rapide.

- Je pense avoir compris, Severus. Depuis la mise en place du lien, vos sentiments pour Harry ont quelque peu… évolués, n'est ce pas ?

- Ce ne sont pas mes sentiments, Albus ! Mes « sentiments » comme vous dites sont toujours les mêmes, à savoir inexistants, mais il s'agit de mon corps, de… C'est contre ma volonté, et je ne peux le tolérer. Je n'ai jamais eu besoin de personne Albus, de personne. Et je ne suis pas près de changer aujourd'hui. Je ne pourrai supporter cette situation bien longtemps, et ne me regardez pas avec cet air là, vous ne savez pas ce que c'est, vous ne savez pas ce que je vis depuis qu'il est arrivé au Manoir.

Il avait terminé sa tirade en haussant la voix, et Dumbledore soupira en le détaillant de ses yeux d'un bleu étincelant.

- Severus, qu'espérez-vous au juste en venant me trouver aujourd'hui ?

- Je souhaite tout d'abord une explication. Ensuite, j'exige que cette situation prenne fin dans les plus brefs délais.

- Asseyez vous mon ami, je vais tâcher de vous exposer les faits.

Enervé de se voir traiter comme un enfant, Snape prit brutalement place dans l'un des deux fauteuils qu'Albus venait de conjurer et le fusilla de son regard noir. Il avait intérêt à avoir une bonne excuse.

- Voyez-vous Severus, reprit Dumbledore, ses longs doigts croisés sur ses genoux, le lien mis en place entre Harry et vous-même est instable. Il n'obéit pas à des règles strictes, et n'engendre pas toujours les mêmes conséquences suivant les sorciers. Toutefois, certaines de ces conséquences sont immuables, et se retrouvent chez tous les sorciers « liés ». La première, c'est bien évidemment la raison d'être du lien, à savoir la faculté de l'une des deux personnes à ressentir les émotions de l'autre. Par ma volonté, le lien entre Harry et vous ne fonctionne que pour les émotions fortes, et non les moindres variations d'humeur comme c'est le cas pour les vampires.

Severus soupira, il savait déjà tout cela et aurait apprécié qu'Albus en vienne au but.

- La seconde, reprit Dumbledore en se redressant dans son fauteuil, qu'il m'a été impossible de contourner, est la faculté qu'a le lien d'exacerber les sentiments de l'un des deux protagonistes pour la personne avec laquelle il est lié. Parfois, le lien joue même le rôle de révélateur, mettant à jour des sentiments que nous ne soupçonnions pas.

- Dans ce cas là, votre foutu lien ne vaut rien Albus, il marche à l'envers, répondit Snape d'une voix où perçait l'énervement. S'il devait exacerber comme vous dites ce que je ressens pour Potter, c'est de la haine, du mépris et du dégout qui me seraient apparus hier, pas… pas ça. Pas du désir. Pas ce… besoin. Severus avait craché ce dernier mot comme s'il lui écorchait les lèvres.

A ces mots, les yeux de Dumbledore pétillèrent encore plus, si toutefois c'était possible humainement parlant. Un léger sourire naquit même sur ses lèvres à la vision de son collègue si sûr de lui et de sa haine envers Harry. Qui pensait-il tromper ? Puis il reprit de sa voix douce, posée.

- Lorsque la vérité nous effraie Severus, il arrive bien souvent que nous nous contentions de fermer les yeux. Ne vous détournez pas de vos sentiments mon ami, et osez les affronter. Osez vous regarder en face.

- Avec tout le respect que je vous dois monsieur le directeur, je ne comprends pas un traitre mot à votre charabia.

- Parce que vous êtes aveuglé Severus, et que vous avez peur.

- Je ne vous permets pas, Albus ! Je n'ai absolument pas peur, je ne vois pas de quoi je devrais avoir peur d'ailleurs, et je suis parfaitement au clair avec mes sentiments et avec toute la panoplie de mes émotions ! Qui d'ailleurs ne vous regarde pas !

Puis, sentant que la discussion glissait lentement vers le dangereux terrain du sentimentalisme (et ce n'était pas son genre de s'y laisser entrainer), Severus se leva brusquement, défroissa sa robe et s'apprêta à partir.

- Et bien au revoir Albus, je n'ai pas l'impression que notre discussion ait eu une grande utilité, mais je vous remercie de votre accueil. A bientôt, sans doute.

Son sourire toujours fixé aux lèvres (Snape en vint à se demander s'il n'avait jamais de crampes), Albus se leva à son tour et ouvrit la porte.

- A bientôt Severus, et n'oubliez pas, il n'est jamais bon de se mentir à soi même.

Puis, avec un clin d'œil, il referma la porte sur un Snape très, mais alors très légèrement interloqué.

Allez vous faire voir, Albus.

Et il tourna les talons.

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Au même instant, Harry Potter ouvrait un œil dans la douce clarté d'un rayon de soleil. Il ne comprit pas tout de suite où il se trouvait, mais il était si bien que ça n'avait pas grande importance. Puis la connexion se fit et il réalisa qu'il était toujours au Manoir Snape, et qu'au vue du soleil au zénith, il ne devait pas être loin de midi. Etonné que le propriétaire des lieux n'ait pas jugé utile de venir le réveiller à grand coups de sarcasmes, Harry s'étira de tout son long, tâchant de se souvenir des événements de la veille. Et soudain, dans un terrible éclair de lucidité, tout lui revint en mémoire. Le lien. Snape. Lui. Liés. Voilà pourquoi il avait eu tant de mal à s'endormir hier soir. Grimaçant, Harry se leva et après avoir pris une bonne douche descendit prendre son petit déjeuner, ou plutôt vu l'heure avancée, son déjeuner tout court.

Snape n'était pas dans la salle à manger lorsqu'il y pénétra, et le Gryffondor se dit qu'il devait travailler dans les cachots. Songeant à son professeur penché sur son chaudron alors que dehors le soleil brillait fit sourire Harry. Et la vue de la pile de toasts posés devant lui agrandit encore son sourire, visiblement Snape avait deviné qu'il ferait un petit déjeuner tardif et n'avait pas pris la peine de débarrasser la table.

Alors qu'il entamait son troisième toast beurré, Harry releva la tête au son du feu qui crépitait étrangement dans la cheminée. Et avant qu'il n'ait eut le temps de faire quoi que ce soit, les flammes devinrent vertes et Snape en sortit, aussi naturellement que s'il venait juste d'entrer dans la pièce par la porte. Immédiatement son regard se posa sur Harry, immobile, son toast suspendu à mi chemin entre l'assiette et sa bouche grande ouverte.

- Potter.

- B… Bonjour Monsieur.

Harry brûlait de lui demander d'où il venait, mais il devina que le Serpentard n'apprécierait pas la question, aussi se contenta-t-il de terminer son toast alors que son professeur quittait la pièce sans même un regard, suivi de son habituel tourbillon de robes.

Son petit déjeuner terminé, Harry débarrassa la table et décida qu'en raison du temps magnifique, il s'octroyait le droit de visiter le parc du Manoir. Après s'être chaudement habillé - car malgré le temps radieux il faisait toujours très froid dehors, et être allé chercher Hedwige dans sa chambre, le jeune homme sorti, ébloui par le soleil se reflétant sur la neige fraiche.

Sa chouette sur l'épaule, Harry avisa l'étendue face à lui. Il y avait le parc, immense, puis la forêt, le lac, et à sa droite les serres. Le paysage était sublime, entièrement recouvert d'une épaisse couche de neige scintillante, et il fallu qu'Hedwige lui morde l'oreille pour qu'Harry sorte de sa rêverie. Il avait quelque peu délaissé sa chouette depuis son arrivée au Manoir, et il s'en voulait pour ça. C'est donc avec un sourire qu'il la regarda s'envoler, trop heureuse de pouvoir s'échapper quelques heures de sa cage.

Harry quant à lui commença à marcher d'un pas vif dans la neige, le froid lui piquant le visage. Il prit la direction du lac, devant lequel il s'arrêta finalement, essoufflé et les joues rougies. Le domaine était vraiment magnifique, et s'étendait bien au delà des limites du lac, à vrai dire Harry n'arrivait pas à voir jusqu'où.

Tout en reprenant sa marche, il songea aux événements de la veille au soir. Sa colère envers Dumbledore, responsable de cette situation, avait laissé place à une grande perplexité. L'homme lui avait assuré que le Manoir Snape était presque aussi sûr que Poudlard, et pourtant, il avait jugé utile de rajouter le lien comme protection supplémentaire. Craignait-il qu'un quelconque Mangemort téméraire et très bien renseigné vienne l'enlever sous les yeux de Snape ? Ou alors redoutait-il que le professeur de potions n'assure pas suffisamment sa sécurité ? Le fait est qu'Harry et lui se retrouvaient désormais réunis d'une bien étrange façon, et le jeune Gryffondor aurait réellement apprécié de pouvoir en parler avec Hermione, afin qu'elle le renseigne sur les propriétés d'un tel lien.

Y avait-il des éléments que Snape lui cachait ? Quelles autres conséquences le lien engendrait-il ? Jusqu'à quel point le professeur pouvait-il capter ses émotions ? Sur ces interrogations, Harry se rendit compte que ses pas l'avaient amené au bord du lac. Décidant que la promenade avait assez duré, et surtout désireux de retrouver la chaleur du foyer, il reprit la direction du Manoir, hâtant le pas car déjà le soleil déclinait derrière la cime des arbres.

En remontant l'allée qui menait à la demeure, Harry put constater que le Manoir était vraiment grand et imposant vu de face, avec son escalier de pierre qui menait à l'entrée. Du lierre semblait enserrer toute la face est de la demeure, s'étendant jusqu'à la porte et masquant par endroits les hautes fenêtres victoriennes. Arrivé en haut des marches, Harry, perdu dans ses pensées, manqua de renverser Snape qui revenait des serres les bras chargés de plantes.

- Potter ! Est-ce trop vous demander de faire attention où vous mettez les pieds ?

- Excusez-moi Professeur, je ne vous avais pas vu.

- Et bien ouvrez les yeux la prochaine fois. Je vous cherchais, où étiez vous passé ?

- J'étais près du lac, Monsieur.

Snape arqua un sourcil dans une expression qui lui était devenue familière, et sans un mot de plus il pénétra dans le Manoir, suivi par Harry.

- Je souhaiterais que nous commencions votre entrainement ce soir, monsieur Potter. Retrouvez-moi à 18 heures dans les cachots.

- Bien Monsieur, répondit Harry, légèrement interloqué. Il ne s'attendait pas à commencer ce soir, à vrai dire il avait presque fini par espérer que son professeur ait oublié leur programme. Mais il avait eu tort. Snape n'oubliait jamais rien.

Constatant qu'il lui restait encore un peu de temps avant d'entamer les réjouissances, Harry se dirigea vers les cuisines dans le but de se servir un bon chocolat chaud qui le réchaufferait. La pièce était vaste, une table occupait son centre, et des étagères s'alignaient contre le mur. Toutefois, toutes étaient vides, et Harry constata bien vite qu'il lui faudrait renoncer à son chocolat. C'était à croire que Snape métamorphosait des chaises pour en faire des repas, tant il n'avait rien dans cette cuisine qui ressemblait de près ou de loin à un aliment. Finalement, après avoir ouvert un nombre incroyable de tiroirs, il trouva les sachets de thé qu'utilisait Snape, décida qu'ils feraient l'affaire et s'installa dans la bibliothèque, un livre (« Théorie des stratégies de défense magique ») sur les genoux. Le temps passa ainsi, rythmé parfois par le bruit d'une horloge ou d'une page qui se tourne. Finalement, lorsque la pendule sonna 18 heures, Harry se leva, rangea le livre là où il l'avait trouvé et prit le chemin des cachots, légèrement anxieux.

- Entrez, fit la voix basse et profonde de Snape après qu'il ait frappé.

Les cachots étaient tels qu'Harry s'en souvenait, sombres, froids, éclairés par quelques chandelles. Il y avait là encore de nombreuses étagères, surtout remplies de fioles, et plusieurs chaudrons, dont un était installé face au professeur. Vraisemblablement, Harry et lui allaient attaquer leur programme avec la préparation d'une potion, c'est en tout cas ce qui semblait le plus logique au vue de l'endroit où ils se trouvaient. Comme pour confirmer ses doutes, l'habituelle voix basse et neutre s'éleva.

- Aujourd'hui Potter, nous allons préparer une potion de régénération sanguine. Savez-vous de quoi il s'agit ?

- Et bien… Oui je crois. Monsieur Weasley devait en prendre après s'être fait… attaqué. Il me semble que c'est une potion qui permet de… récupérer notre sang ? En quelque sorte ?

- C'est très mal exprimé, mais l'idée est correcte. La potion de régénération sanguine reconstitue le sang perdu par une personne blessée. C'est une potion extrêmement utile en temps de guerre monsieur Potter, qui permet souvent de sauver des vies si elle est administrée à temps. Toutefois, sa préparation est complexe, voilà pourquoi je ne m'attends pas à ce que vous arriviez à la fabriquer du premier coup. Ni du second, d'ailleurs, ajouta-t-il avec un rictus moqueur.

Harry lui jeta un regard noir mais ne releva pas le sarcasme.

- Je vous guiderai dans la préparation, ainsi j'espère que vous réussirez à éviter de faire exploser quoi que ce soit. Les ingrédients sont sur la table devant vous. Allez y.

- Euh… par quoi dois-je commencer, monsieur ? Snape poussa un profond soupire.

- Et bien j'imagine qu'allumer le feu sous votre chaudron pourrait être un bon début…

Honteux, Harry s'exécuta.

- Bien, maintenant coupez en très petits morceaux ces trois racines d'asphodèle. Ensuite, vous les plongerez dans le chaudron, et lorsque la potion commencera à bouillir, vous diminuerez le feu.

Le jeune sorcier s'appliqua à respecter les ordres de son professeur, désireux de lui prouver qu'il était lui aussi capable de préparer correctement une potion. Après avoir baissé le feu sous son chaudron, il releva la tête et croisa le regard noir. Celui-ci semblait l'avoir observé depuis le début. Puis, se reprenant, il continua.

- Maintenant Potter, ajoutez délicatement une demi plume de Jobarbille.

Hésitant, Harry jeta un regard aux ingrédients posés devant lui. Il y avait deux sortes de plumes différentes, des noires d'encre et d'autres d'une couleur orangée. Lesquelles étaient des plumes de Jobarbille ? Le jeune homme était bien incapable de le dire, aussi releva t-il la tête, contraint de poser la question à Snape. Ce dernier affichait un sourire narquois des plus déstabilisants.

- Un problème, Potter ? demanda-t-il moqueur.

- Je ne sais pas quelles plumes utiliser Monsieur.

- Je vois qu'une remise à niveau ne serait pas de trop vous concernant. Prenez une plume orangée Potter, et ne perdez pas de temps.

La leçon continua ainsi durant plus d'une heure, Harry demandant souvent, à contre cœur, son aide au professeur, ce dernier semblant se délecter du manque de connaissance de son élève, et, chose étrange, l'observant bien plus que de raison pendant qu'il travaillait. Finalement, après ce qui lui sembla être des heures, la potion du jeune Gryffondor prit enfin la couleur rouge vermillon attendue et Snape reprit la parole.

- Bien, Potter, je pense que cet exercice est suffisant pour que même vous compreniez à quel point vos lacunes en potion sont importantes. C'est à croire que vous n'avez jamais assisté à mon cours, j'en serais presque vexé. En conséquence, j'estime qu'une remise à niveau n'est non pas nécessaire mais indispensable dans votre cas, c'est pourquoi j'accepte de m'en charger. (Trop aimable, songea Harry, amère.) Nous commencerons demain. A présent Potter si vous le voulez bien j'ai à faire, et…

Avant d'avoir pu terminer sa phrase, Snape sentit une douleur fulgurante lui traverser le bras gauche, auquel il porta sa main par reflexe. Son visage reflétait une profonde angoisse.

- Professeur, est ce que ça va ?

- Sortez d'ici Potter !

- Mais…

- SORTEZ !!

Vaincu, Harry remonta quatre à quatre les escaliers qui menaient au hall d'entrée, laissant son professeur seul dans les cachots.

La douleur qu'il avait vue sur son visage et la main qu'il avait portée à son bras ne laissaient place à aucun doute, Voldemort désirait voir Severus, et vite. Malgré son ressentiment envers lui, Harry ne put empêcher une vague d'angoisse de le submerger. L'ancien Mangemort, pas si ancien que ça aux yeux du Seigneur des Ténèbres d'ailleurs, allait une fois encore devoir jouer son rôle d'espion à la perfection, sans quoi Harry ne donnait pas cher de sa vie.

Et bien entendu, c'était lui, le jeune Gryffondor, qui était plus que jamais au centre des préoccupations. Le rôle de Snape n'était déjà pas facile en temps normal, mais là, abritant depuis plusieurs jours le Survivant sous son toit, il courrait un réel danger. Tentant de se rassurer en se persuadant que le Serpentard maitrisait l'occlumentie à la perfection, Harry se dirigea d'un pas lourd vers la bibliothèque du premier étage et tenta d'occuper son esprit à l'apprentissage de techniques supérieures de métamorphose telles qu'elles étaient enseignées dans le Manuel de Métamorphose Avancée.

Pendant ce temps, Severus, après avoir transplané, marchait d'un pas leste en direction de l'habituel lieu de rendez-vous des Mangemorts. Il s'agissait d'un Manoir dont l'état de délabrement avancé n'était plus à prouver, et qui servait de quartier général au Seigneur des Ténèbres et à ses fidèles. L'endroit était protégé contre le transplanage, si bien que Severus avait dû atterrir devant les grilles plutôt qu'à l'intérieur même du domaine.

Tout en se dirigeant vers le Manoir dont la façade à demi défoncée laissait voir l'intérieur de certaines pièces, le maitre de potions serra ses fioles dans sa poche. Il se félicitait d'avoir terminé à temps les préparations exigées par le Lord, même s'il répugnait à l'approvisionner de la sorte. Au moins échapperait-il peut être à sa colère ce soir là.

En pénétrant dans la demeure, Severus put entendre des cris et des gémissements provenant vraisemblablement du sous-sol, juste sous ses pieds. Il s'agissait sans doute de la dernière rafle de Moldus, qui serviraient de jouets et de passe-temps au Seigneur des Ténèbres. Les malheureux. Tout en se dirigeant vers la pièce qu'il savait abriter son « Maître », Snape se souvint de l'un des nombreux banquets auquel il avait dû, bien malgré lui, assister en tant que Mangemort.

Les victuailles et les plats succulents y étaient présents en abondance, mais nul ne lui aurait fait croire que les Mangemorts étaient venus pour ça. Bien sûr ils n'avaient, tout comme lui, pas le choix et devaient obligatoirement, sous peine d'être terriblement châtiés, se rendre aux réunions organisées par leur Seigneur. Mais Severus savait d'expérience que les fidèles du Lord Noir appréciaient réellement ces soirées, pour autant qu'elles ne se terminent pas en séance de Doloris général. Il y avait en effet de nombreuses « activités » proposées, les plus appréciées étant bien entendu les occasions de torturer quelques malheureux Moldus fraichement capturés. Et les humiliations, bien vite, ne se limitaient plus à de simples sortilèges, les Mangemorts cédant souvent à leurs penchants les plus inavouables face à tant de chaire fraiche.

Le maitre de potions retint un frisson d'horreur. Il n'était plus temps désormais de se remémorer ces atrocités, Voldemort l'attendait, et le retard ne faisait pas partie des choses qu'il tolérait. Revêtant son habituel masque de neutralité imperturbable, Severus Snape entra.