Chapitre 7 : La cité du Crépuscule, jour 6
Une voix me réveilla d'un seul coup. La voix d'Ansem le Sage, de Diz. Elle résonnait encore à mes oreilles lorsque je me redressais.
« Roxas, viens au manoir. Le moment est venu.»
Mon cœur se mit à battre avec force. Déjà ? Impossible ! Je n'avais pas de montre ni de réveil, pourtant je m'étais toujours réveillée à l'heure ! Je me mis à courir comme je n'avais jamais couru. Mes cheveux blonds volaient autour de mon visage et mes yeux saphir étaient embués de larmes à cause du vent que procurait ma course. Je dérapais dans un tournant. Je repris l'équilibre en passant devant l'échoppe de l'épicière, vide. Tout était vide, d'ailleurs. Mais Roxas, lui, ne l'était pas encore. Je devais le rattraper.
J'arrivais, essoufflée, devant le manoir. Au même moment, il y eut une forte lumière. Je me protégeais les yeux. Lorsque je les rouvris, Roxas ouvrait la porte du manoir tandis que Riku apparaissait. Il n'y avait que quatre Similis mais il avait, sous sa capuche, le visage tendu. Je courus alors vers lui et me mis de son coté, face aux Similis.
-Comment fais-tu pour faire apparaître ta Keyblade ? demandais-je.
Il parut étonné de ma question.
-Euh… j'y pense très fort. Je pense à ma Keyblade, à mon but, à mes amis et alors elle apparaît.
Je tendis ma main devant moi. Il me jeta un coup d'œil.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Chut ! ordonnais-je.
Je pensais à ma Keyblade : sa couleur rouge et or surnaturelle me revint en tête. Mon but : finir le jeu. Mais amis ? Non, je pensais plutôt à ceux que je n'avais pas encore, mais aussi à Roxas et Riku.
Aussitôt, il y eut une forte lumière dorée. Riku poussa une exclamation.
Ma Keyblade, exactement semblable à la sienne, de la même manière que celle de Mickey et celle de Sora, apparut dans ma main. La même couleur rouge, mêlée à la meme couleur or… le symbole des Sans-cœurs brillait toujours à son extrémité. Je me demandais, de temps en temps, pourquoi il était là. Riku se mit dos à moi alors que les Similis attaquaient.
-Où as-tu eu ça ? demanda-t-il en esquivant une attaque.
-Sur le palier de l'éveil, pourquoi ? souris-je ironiquement.
Dans un salto arrière je frappais un Simili. Riku me regardait, les yeux écarquillés.
-Fais attention ! criais-je à son égard alors qu'il rendit son coup à une créature qui l'avait frappé.
Les quatre Similis étaient plus coriaces que ceux du jour 3 mais ce ne fut pas un problème pour nous deux. Nous formions une très bonne équipe.
Nous étions tous les deux un peu essoufflés.
-Mais… c'est la Keyblade dont tu m'as parlé, n'est-ce pas ?
Rien qu'en y pensant, ma Keyblade disparut d'entre mes mains.
-Oui, murmurais-je. Enfin, je ne sais pas trop.
Il s'approcha de moi.
-Tu dois partir. Cette ville va bientôt devenir dangereuse.
-Je sais, souris-je. Mais je dois rester avec Roxas jusqu'au bout. Ensuite, je m'arrangerais pour partir avec Sora. Donc tu vois, de toute manière, nous nous reverrons. Ce n'est qu'une question d'heures.
Il me regarda dans les yeux. Je voyais l'adolescent, le vrai Riku, pas le costume de Xehanort. Je voyais son visage et ses yeux, ses yeux d'un vert clair couleur mer…
Il cligna alors des paupières et le costume de Xehanort réapparut.
-Soit. Si tu le dis, alors c'est que ça doit être vrai. Mais quand nous nous reverrons… promets-moi une chose.
Je faisais beaucoup de promesses à mon goût ! Je devais déjà m'expliquer avec Roxas et maintenant ça…
-Quoi ? demandais-je.
-… on se racontera tout, d'accord ?
Je ris.
-D'accord ! Mais disons plutôt… quand tout sera fini ! Je ne tiens pas vraiment à être interrompue dans mon récit.
Il s'approcha de moi et m'embrassa très rapidement sur la joue.
-Sois prudente, surtout si tu veux partir avec Sora. Je ne veux pas qu'au moment où je vais espérer te revoir, tu ne sois plus là…
-Sois prudent aussi.
Mais pour lui, je ne me faisais pas de soucis.
Il disparut dans un passage des ténèbres, sans doute pour annoncer à Diz qu'il y avait trop de Similis.
J'avais encore un peu de temps devant moi. Je courus vers le manoir et ouvris la porte. Mon cœur battait très très vite, mais ce n'était pas le stress, comme j'essayais de m'en convaincre. Il battait ainsi depuis quelques minutes, depuis que Riku m'avait furtivement embrassé sur la joue. Je n'eus pas le temps de m'extasier, une nouvelle fois, sur le décor à cause du manque de minutes et je dérapais dans la bibliothèque. Je dessinais à la hâte le symbole que Naminé avait donné à Roxas car, en tant que fan invétérée, je le connaissais par cœur.
Dès que j'arrivais sur la dernière marche de l'escalier, le plancher de la pièce se remit automatiquement.
J'arrivais dans la salle de l'ordinateur. Roxas allait se charger de le détruire pour moi. Je n'avais même pas fais mes adieux à Hayner, Pence et Olette. Je les ferais quand Sora serait revenu dans le monde réel…
J'arrivais dans la grande salle dans laquelle, dans quelques minutes, Roxas allait affronter Axel. A ma grande surprise, celui-ci était déjà là. Lorsqu'il me vit, il leva ses armes, en position de combat. Plus rapidement cette fois, la Keyblade apparut dans ma main. Il écarquilla à son tour les yeux lorsque son regard se posa sur elle.
-Mais… qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
-Je confirme ! répondis-je. Laisse moi passer, Axel !
Il baissa ses roues déjà en feu.
-Tu as la Keyblade des mondes, c'est ça ?
Ma Keyblade disparut.
-Peut-être. Cela ne doit pas t'intéresser.
Il me regarda d'un air malicieux.
-Oui, tu serais vraiment très utile à l'Organisation…
Je me dirigeais vers la porte qui menait à la salle des sortes de bulles de sommeil. Je posais ma main sur la poignée.
-Une dernière chose, Axel… Roxas… tu ne pourras pas le ramener avec toi.
-Peut-être. Cela ne doit pas t'intéresser, répondit-il avec une voix aiguë, censée être la mienne.
Je lui pinçais la langue et il sourit.
-A bientôt, murmurais-je.
-A bientôt… soupira-t-il.
Il savait comme moi que la fin de cette ville approchait.
La porte se referma derrière moi. La lumière blanche me brûla les yeux. Je m'approchais des deux bulles dans lesquelles dormaient Dingo et Donald. C'était encore plus troublant que la coiffure d'Axel : un chien et… un canard ? En réalité ? C'était effrayant ! Je m'appuyais contre la porte où dormait Sora. Ils avaient l'air tous les deux paisibles. Leur sommeil ne devait pas être agité…
J'entendis des bruits à coté. Des bruits de combats. Ainsi donc, Axel n'avait quand même pas abandonné ; qu'on ne me dise pas que les Similis ne ressentent pas d'émotions.
Les bruits d'attaques s'arrêtèrent. Il me semblait entendre d'ici : « On se reverra… dans une autre vie… »
Je ne sais pas pourquoi mais des larmes surgirent dans mes yeux. Elles disparurent aussi vite qu'elles étaient venues. Les histoires de personnes sans sentiments… ne devaient pas m'émouvoir.
La porte s'ouvrit. Roxas entra. Il ne me vit pas tout de suite car la porte de la pièce dans laquelle Sora dormait était dans un renfoncement. Il s'approcha des deux bêtes.
-Donald… Dingo ! s'exclama-t-il.
Là seulement, il se retourna vers moi et m'aperçut.
-Toi, murmura-t-il d'un ton glacial. Pousses-toi.
Je m'avançais vers lui.
-Tu m'en veux ? demandais-je. Je veux dire… tu sembles m'en vouloir.
Il comprit, pour la première fois, l'allusion au fait que les Similis n'éprouvent pas de sentiments.
-En effet, je crois t'en vouloir. Enfin, si je peux ressentir…
-De tout ce que j'ai vu ces cinq derniers jours, crois-moi…
-Te croire ? s'écria-t-il. Te… croire ? Tu n'as fait que mentir ! Tu m'as laissé vivre alors que tu savais ce que j'étais !
-Et tu voulais que je fasse quoi ! hurlais-je sur le meme ton. Te dire que ton existence était vouée à l'échec et que tu n'avais pas droit, comme tout le monde, de vivre une semaine avec ses meilleurs amis ?
Il me regarda avec ébahissement.
-Je voulais juste que tu puisses vivre une semaine sans problèmes... juste… en souriant, comme tu le faisais si bien jusque maintenant, finis-je d'un ton irrité.
Je baissais les yeux.
-Tu penses peut-être que c'était une erreur, mais moi je sais que j'ai eu raison.
Pendant quelques instants il ne dit rien. Puis son regard se posa sur la porte, derrière moi. Enfin, il me serra dans ses bras. Là, j'éclatais en sanglots. Je n'avais pourtant jamais pleuré devant ma console de jeu ! Mais ici, tout était différent… c'était un ami qui se rendait, les bras ouverts, vers la mort. Il me serrait contre lui.
-Tu ne quitteras pas Sora d'une semelle, d'accord ? sourit-il.
Ses larmes coulaient dans mon dos. Il semblait éprouver de la tristesse.
-Je te le promets.
-Fais en sorte qu'il arrive au bout de cette histoire indemne.
-Je ferai tout pour qu'il y arrive, crois-moi. Je te le promets.
Il prit mon visage dans ses mains.
-Merci, Gabrielle.
Je souris d'un air triste alors que les larmes inondaient toujours mes yeux et mon visage.
-Et une dernière chose. Tu lui expliqueras d'où tu viens ? Tu ne m'as jamais vraiment répondu…
Nous rîmes. C'était un tableau très triste.
-Je vais y aller seul.
Il m'embrassa sur le front et me repoussa légèrement.
-Tu avais raison. Tu as été formidable ces 5 derniers jours. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi.
Moi, je savais ce qu'il aurait fait sans moi.
-Bon. Nos chemins se quittent là.
-Nous nous reverrons. Crois-moi.
Il posa sa main sur la poignée puis, au dernier moment, se retourna vers moi.
-Protège Sora, Gabrielle. Merci.
Il ferma la porte derrière lui. A ce moment là, je m'effondrai sur le sol blanc brillant de la petite pièce où j'étais. Les larmes recommencèrent à couler, plus bruyantes et nombreuses que la première fois. Au début, je trouvais ça fantastique mais maintenant, plus rien n'avait d'importance. Je me mis en boule sur le sol froid et attendis en sanglotant.
Perdre son cœur devait se rapprocher grandement de cette sensation.
Soudain, il y eut une forte lumière. Plus grande encore que celle que produisait la Keyblade. Mes yeux se fermèrent doucement.
Oui, plus rien n'avait d'importance, désormais.
