Tout d'abord, je tenais à adresser un grand MERCI (avec pleeeeein de chocolat dessus) à tous ceux qui ont laissé un 'tit commentaire ou qui ont ajouté cette fic à leurs alertes ou favoris. Ça fait toujours vachement plaisir quand j'ouvre ma boîte mail ^.^ et puis ça m'oblige à bosser les chapitres régulièrement (ça se voit pitète pas trop en ce moment…)

Merci =3 !

Maintenant… le plat de résistance… gnéhéhé

°Mode sadique° : 'ON'


Chapitre 7 :

Un claquement sec, précédé de peu par un raclement métallique, résonna de l'autre côté de la cloison. Malgré l'épaisseur du mur contre lequel il était adossé et la distance qui le séparait de l'origine de cette série de bruits –qu'il estimait à plusieurs dizaines de mètres au moins- il tendit immédiatement l'oreille, presque instinctivement.

Durant les quelques jours qu'il avait passé à croupir dans la pénombre de sa cellule, certains de ses sens avaient gagné en sensibilité de façon impressionnante. La moindre ombre passant devant la porte et occultant une poignée de secondes le hublot ne lui échappait jamais –même dos à la porte, il arrivait toujours à se retourner avant que la lumière n'ait retrouvé son intensité initiale- et, dans ce silence de plus en plus insupportable, le plus infime bruissement lui apparaissait aussi clair que le son d'une cloche.

Au fil du temps, il avait fini par associer ces détails non plus aux faits –une ombre, un bruit- mais à leur origine. Il y avait le garde faisant sa ronde dont les pas frappaient le sol dans un rythme lent et monotone, le bruit de semelle sur le béton s'intensifiant à mesure qu'il approchait pour ensuite diminuer, une fois sa cellule dépassée.

Aussi, deux fois seulement, il avait entendu le grincement d'une porte suivi de murmures étouffés par la cloison et la distance, peu de temps après un groupe passa devant sa porte. Par une petite fente, là ou le volet ne recouvrait pas totalement sa fenêtre donnant sur le couloir il n'avait eu le temps que d'entr'apercevoir une masse confuse d'uniformes –ce qui ne l'avait pas vraiment éclairé sur le sens de ces évènement à vrai dire.

Et puis pour finir, il y avait évidemment l'homme au chariot qui, deux fois par jour, effectuait le même ballet, progressant de cellule en cellule dans un concert métallique à mille lieues du concert clair et ordonné que les gardes offraient toutes les heures. Il ne faisait pas dans ces sons clairs et cadencés, révélateur de la rigueur qui régnait dans les rangs de cette sombre armée, non, sa musique était celle d'un fossoyeur, traînant péniblement son attirail ainsi que sa carcasse, raclant sa pelle sur le sol rêche devant chaque porte. Et, à en juger par les couinements et les grincements de plus en plus insistants, il ne devait plus être bien loin de sa cellule.

Son estomac grinça lui aussi avant d'émettre un grognement sourd, appréhendant de toute évidence la suite des évènements. C'était prodigieux de constater qu'en à peine quelques jours, son corps réagissait déjà par automatisme, comme si tout ça était de l'ordre de la routine. Le concert se poursuivit de l'autre côté sans qu'il ne lui accorda plus qu'une attention réduite lui préférant la petite pièce métallique qu'il faisait tourner entre ces doigts depuis plusieurs heures déjà.

De ses menottes, il ne restait plus que trois fragments inégaux : les deux bracelets épais chacun accompagné d'un fragment de la barre centrale, et un troisième morceau de cette dernière, long d'une dizaine de centimètres. C'est ce dernier morceau qu'il avait conservé et avec lequel il 'jouait' d'un air absent. Machinalement, ses doigts passaient et repassaient sur la surface lisse de l'acier, comme si ce simple contact pouvait lui suffire à garder un lien avec le monde réel. Mais son esprit, malgré tous ses efforts, parvenait toujours à se détacher de la contemplation de son jouet et à s'engager sur des chemins bien plus dangereux.

Le silence habituel qui régnait dans la pièce ne parvenait jamais à apaiser ses pensées, au contraire même. Seul avec lui-même, n'ayant pour unique distraction que le passage discret de quelques gardes et cette ridicule pièce de métal, il risquait à tout instant, s'il avait le malheur de relâcher son attention, de se faire littéralement happer par le flot menaçant de toutes ces questions sans réponses. Plus le temps passait et moins il comprenait ce qui lui arrivait. Son enlèvement et les étapes qu'il avait passées pour arriver ici n'avaient toujours aucun sens, et sa séquestration en avait encore moins. Ils ne l'avaient tout de même pas capturé pour le laisser moisir dans sa cellule ! Quel en aurait été l'intérêt ?

Après avoir expiré bruyamment tout l'air de ses poumons, dans une tentative de retrouver un semblant de clame, Ed déposa son jouet à coté de lui et bascula la tête en arrière jusqu'à ce qu'elle vienne reposer contre le mur. Dans cette position, il pouvait ainsi offrir un minimum de répit à ses cervicales qui, avec son coccyx, étaient pas mal malmené depuis qu'il s'était assis là. Mais dans un même temps, le visage levé vers le plafond, il lui était plus difficile d'ignorer le dessin complexe peint au plafond, ce dessin même qui l'empêchait d'amorcer la moindre transmutation.

Non, malgré des heures et des heures passées à essayer de comprendre ce foutu cercle, il n'avait pas réussi à en saisir le mode de fonctionnement. Ce dernier était d'une complexité inouïe. Il était si dense que, comparés à celui-ci, le cercle qu'il avait pu utiliser pour rendre son corps à Alphonse ou encore celui qu'ils avaient repris et amélioré pour ramener leur mère semblaient ridiculement simples. L'ensemble apparaissait à première vue comme un amas confus de lignes plus ou moins épaisses et d'annotations, mais, en plissant les yeux, certains motifs ressortaient de la masse. Surtout un : un huit, ou plutôt un symbole infini redressé et paré de sortes de cornes aux lignes épaisses.

Ensuite, le mouvement général était relativement apparent. La forme de chaque ligne variait mais dans tous les cas, même si elles faisaient mine de partir vers l'extérieur en un panache énergique, c'était toujours pour être redirigées vers le centre du cercle en une courbure artistique ou alors par le biais d'espèces de relais. A l'intérieur du cercle, c'était la même chose : chaque ligne finissait toujours par converger vers le centre, comme aspirée par ce dernier.

Le fonctionnement même du cercle, en revanche, restait totalement obscur. Malgré ses quelques rencontres avec la Vérité de l'autre côté de la Porte, il ne parvenait pas à tout saisir. Le style de l'ensemble mélangeait trop de principes, bafouait des lois les plus basiques et les annotations, écrites dans une langue qu'il ne connaissait pas, étaient placés à des endroits tout à fait incongrus –remplaçant à certains endroits une portion de cercle. Pourtant, même s'il ne voyait pas comment, ce foutu cercle fonctionnait. Merveilleusement bien d'ailleurs et là était tout le problème.

La hauteur de plafond n'était pas extraordinaire –pas beaucoup plus de deux mètre cinquante- ce qui lui avait permis de s'en approcher assez pour étudier certains détails du cercle mais c'est l'éclairage qui lui avait posé problème plusieurs fois, surtout lorsque la fatigue venait lui brouiller la vue. Après son accès de colère -et le passage du garde qui avait fermé le volet à l'extérieur- personne n'était venu lui redonner un peu de lumière. Par la fente en bas de la porte ainsi que par une deuxième sur le bord du hublot lui parvenaient quelques rayons des lampes du couloir ce qui lui laissait juste assez de lumière pour s'orienter dans la pièce, pour observer le cercle au plafond et…

Le raclement désagréable du métal glissant sur le sol en béton résonna de nouveau, plus net et accompagné cette fois d'un bref éclat lumineux, éclat lumineux ponctué de ce claquement sec qui lui vrillait toujours les oreilles lorsque venait son tour. Le jeune alchimiste se retourna vers la porte et son regard, une fois réhabitué à l'obscurité de la pièce, se posa sur l'objet qu'on venait gracieusement de lui déposer.

Ses deux sources de lumières, aussi ridicules fussent-elles, lui permettaient de discerner assez clairement tous les objets présents dans sa cellule, y compris donc, le plateau repas que l'homme au chariot venait déposer deux fois par jour. Mais, dans ces moments là, il se serait bien passé de pouvoir voir ce qui était dans son assiette.

La vision de cette bouillie immonde qu'ils avaient eu le culot d'appeler 'repas' l'avait toujours dégoûté plus qu'autre chose. Et malgré la faim grandissante et plusieurs tentatives en fermant les yeux et en imaginant un plat autre que celui-ci, il n'avait pas encore réussit à se convaincre de la comestibilité de la chose. Quand ça n'était pas la vue de la mixture qui vous coupait l'appétit, c'est l'odeur qui s'en dégageait qui se chargeait de le faire et l'ennui, c'était que la maison ne servait que ce menu là. Heureusement pour lui, un bout de pain accompagnait toujours l'assiette sur le plateau et jamais il n'aurait imaginé se réjouir à la simple vue de cet aliment.

Son estomac émit soudain un grognement plus menaçant pour lui indiquer que, oui, ça serait bien d'aller chercher ledit morceau de pain et de le manger. Et plus vite que ça !

_ « Ooh la ferme toi.. t'es pas le seul à avoir faim ! »

A quarte pattes et tout en marmonnant une série d'insultes toutes plus imagées les unes que les autres à l'égard de son traitre d'estomac, il attrapa le bout de pain et alla se rasseoir. Peut-être qu'il se faisait des idées, mais le morceau de pain en question, qui n'était déjà pas bien grand d'ordinaire, lui sembla encore plus petit que les précédents. Une petite voix optimiste tenta de le convaincre que cette impression n'était due qu'à la faim toujours plus grande qui le tiraillait mais elle n'arriva pas à étouffer cette autre voix, plus sournoise, qui lui chantonnait tout bas 'ils vont bientôt te sucrer ta ration de pain et tu l'auras dans le baba !'.

Il chassa le rire sadique qui résonna dans sa tête d'un geste rageur de la main –non, il n'était pas en train de perdre la tête!- et entama sa maigre pitance, mâchouillant longuement chaque bouchée dans l'espoir de tromper son esprit et son estomac sur la quantité réellement ingérée. C'est-à-dire pas grand-chose.

Sa captivité ne se comptait qu'en jours, et pourtant il avait l'impression d'avoir passé des semaines ainsi. Le manque de lumière, de nourriture et de mouvement l'affaiblissait à une vitesse impressionnante. Vivre dans la pénombre lui déréglait tous ses repères temporels, mais il pouvait vivre avec pour le moment. En revanche, les deux autres points allaient vite poser problème. Il mangeait peu et, pour économiser ses forces, bougeait peu également. De ce fait, il allait inévitablement perdre une bonne partie de sa masse musculaire alors que, il le savait, il allait avoir besoin de tous ses moyens dès que l'occasion de fuir se présenterait.

Mais sans muscles, sans énergie et surtout, avec des automails qui eux ne s'allègeraient pas en même temps que lui, il n'irait pas bien loin.

Bien vite, il ne resta plus de son bout de pain que quelques miettes nichées dans les replis de peaux de sa main gauche et sur le bord des articulations de sa main mécanique. Son estomac lui paraissait si vide encore que seuls ces derniers témoins de son repas lui assuraient qu'il n'avait pas rêvé manger. Peut-être qu'il perdait effectivement la tête.

Il n'avait jamais été du genre philosophe, c'était plus dans la nature d'Alphonse –même s'il soupçonna que sa nature à réfléchir sur les grandes questions du cosmos n'ait été amplifiée par des années passées dans une armure, incapable de dormir. Pendant qu'Edward ronflait pour deux, Alphonse réfléchissait pour deux en quelque sorte, occupant ses nuits sans sommeil avec des questions plus ou moins existentielles. Ça n'avait pas toujours été très concluant…

Certains jours, Alphonse l'agressait directement au sortir du lit et Edward, pas vraiment du matin, mettait toujours plusieurs minutes avant de comprendre de quoi son frère voulait parler. Généralement cette armure de frère s'était monté la tête –ou le heaume- sur une idée fausse et les huit heures nécessaires à Ed pour recharger ses batteries lui avaient permis, à lui, de s'inventer toute une histoire autour. Au mieux, ils dissipaient le malentendu dans la journée, au pire… disons que sa mâchoire en gardait de mauvais souvenirs.

Maintenant il comprenait combien il était facile de divaguer lorsque rien ne venait vous distraire.

Le chariot repassa dans l'autre sens, sans s'arrêter et à vide cette fois, à en croire les bruits de tôle secouée, cahotée qui résonnaient dans le couloir. Ed se saisit de son fragment de menotte fétiche et commença à en frotter l'arrête la plus tranchante sur le sol. Au bout de quelques secondes, satisfait de la profondeur de l'entaille, il reposa son outil. Qui aurait pu croire qu'un bout de métal pouvait avoir autant d'utilités ? Dommage qu'il ne fasse pas de café.

Ça faisait… -il jeta un bref regard aux petits bâtonnets gravés à sa gauche- quatre 'jours' qu'il croupissait là. Deux bâtons –un bâton pour chaque passage à vide du chariot- correspondaient à une journée, enfin, si son horloge interne ne le trompait pas et si ces illuminés travaillaient à horaires fixes. Pour ce qui s'agissait de la dernière condition, il pouvait affirmer sans trop de risque de se tromper que les deux repas quotidiens ainsi que les tours de ronde étaient un ballet bien huilé et réglé comme du papier à musique. Pour ce qui était de son horloge interne…

Aussi imprécise fusse-t-elle, sa méthode de datation lui offrait néanmoins un semblait de repère temporel. D'après son calendrier, ça faisait quatre jours de séquestration dans cette cellule, auxquels il devait encore ajouter un… ou deux jours, peut-être plus. Avec ses pertes de consciences liées à leur foutue drogue pendant le transfert et après la douche, il n'était plus sûr de rien. Mais dans le fond, à quoi pouvait bien l'avancer de savoir si on était mercredi ou jeudi ?

Merde ! songea-t-il dans un éclair de lucidité. Il pouvait presque déjà compter en semaine le temps qu'il avait passé ici. Al devait être effondré, lui qui, en plus de philosopher beaucoup, s'inventait toujours les pires scénarios possibles : torture, mise à mort lente et douloureuse, etc. Pour le moment, Ed jugeait qu'il s'en était plutôt bien tiré. A part la faim et le besoin de plus en plus pressant de prendre une douche, il était vivant et en bonne santé et le faire savoir à son frère l'aurait soulagé d'un poids...

Il avait déjà assez de soucis à se faire pour sa personne, alors mieux valait éviter d'en rajouter ne couche en se faisant du sang d'encre pour ceux qui étaient dehors à sa recherche. Ils étaient sans doute mort d'inquiétude et, vu les méthodes de travail des sbires de cette prison, il ne devait pas y avoir beaucoup d'indices pour guider l'équipe de Mustang sur ses traces. Egoïste ? Eh, lui non plus, il ne savait toujours pas pourquoi on le faisait poireauter ici, et pourtant il se trouvait en plein dans le ventre de la bête !

Agacé mais trop las pour se lancer dans une de ces colères noires, il lâcha seulement un 'faitchier' d'entre les dents avant de se lever. Il resta devant la porte et la regarda avec une rage sourde qui lui noua les tripes et le fit frémir de la tête aux pieds. Se déchaîner comme il l'avait fait à son arrivée, aussi jouissif que cela pouvait être sur le moment, ne lui servirait à rien. Alors, après avoir repoussé du pied le plateau contre la trappe située au bas de la porte, il se dirigea vers le lit sur lequel il se laissa tomber dans un soupir.

Les minutes passèrent et, malgré sa position un peu bancale, il ne bougea pas d'un poil. Tourner des heures pour trouver une position confortable ne servait à rien, il n'en existait aucune. Pas avec un matelas comme celui-là en tout cas. Le truc, c'était d'oublier son corps –son coccyx douloureux, son estomac vide, sa peau poisseuse qui dégageait une odeur de plus en plus fétide- et ne penser à rien. Ouais, plus facile à dire qu'à faire.

L'homme au chariot poursuivit son ramassage, avec toujours les mêmes claquements et raclements qu'à la distribution des repas ; seul changeait l'ordre des instruments. Sautant sur l'occasion de distraire son esprit, Ed se concentra entièrement sur cet enchainement régulier de sons et se laissa bercer par la musique de plus en plus familière ; laquelle, il en avait bien peur, il associerait avec l'heure du repas jusqu'à la fin de ses jours.

Le plateau disparu dans raclement sonore et un éclat lumineux qu'il perçu même en ayant les paupières fermées. Le claquement sec qui suivit ne le fit pas sursauter mais il ne pu s'empêcher de grimacer. Non il ne s'y faisait toujours pas à celui là. 'Et aucune gratitude…' pensa-t-il amèrement. Pour une fois, il avait eu la gentillesse de lui placer le plateau à portée de son crochet pour qu'il n'ait pas à gronder 'LE PLATEAU' en frappant si fort la porte que les montants même en tremblaient. Encore un sacré gaillard… peut-être la montagne de muscle de la dernière fois qui sait.

Lessivé, aussi bien physiquement qu'émotionnellement, il sombra assez rapidement dans un état second. Pour une fois, il avait réussit à garder son esprit loin des questions piquantes, loin de ces peurs sourdes qui l'accompagnaient dans les ténèbres et lui promettant toujours un sommeil agité. S'il redoutait ces nuits là, durant lesquelles sont subconscient lui renvoyait ses peurs en pleine face par le biais de cauchemars poignants, aujourd'hui il s'en fichait complètement. Une seule chose lui importait : dormir.

Quatre autres jours s'écoulèrent, identiques aux précédents à la seule différence qu'il avait quitté sa place au sol et restait maintenant debout la plus grande partie de la journée. Devant la fonte fulgurante de ses muscles et la faiblesse qui s'emparait de lui, il n'avait pas eu vraiment d'autres solutions. S'il restait assis, arriverait un jour où il n'aurait plus la force de se relever, alors, perdre son énergie à rester debout en permanence était un moindre mal.

D'un pas lent, il avança vers le lavabo pour se désaltérer. L'eau avait un arrière goût infect de ferraille mais il n'allait pas cracher dessus, c'était la seule chose dont il pouvait remplir à volonté son estomac. Après quelques gorgées, il s'essuya la bouche et se redressa, un peu trop vite, si bien que toute la pièce se mit à tanguer dangereusement. Par chance, il eut le réflexe de s'agripper au rebord de l'évier avant que ses genoux ne cèdent ce qui lu permit de ralentir considérablement la vitesse de sa chute.

Il heurta le sol avec une relative douceur, les bras en l'air, les doigts toujours crispés sur l'émail vieillissant du lavabo. S'il restait si tendu c'est qu'il redoutait de devoir se relever précipitamment en cas de contractions incontrôlées de son estomac. Ça lui était déjà arrivé une fois et, s'il avait eu le temps de contourner le muret pour gagner les toilettes, cette fois, il n'en aurait pas la force. Ça serait l'évier au mieux, le sol au pire.

Après plusieurs minutes d'immobilité et de respiration lente et profonde, il lâcha prise et vint se caler contre le mur le plus proche -c'est-à-dire pratiquement en dessous de l'évier. L'envie de vomir lui était passée, mais il ne se sentait pas mieux pour autant, au contraire. C'était comme si toute son énergie s'échappait de lui, comme s'il se vidait… Il vérifia immédiatement le sol, s'imaginant déjà y trouver une marre de sang qui aurait expliqué pourquoi il se sentait si étourdi, mais le béton sous ses fesses était vierge de toute tâche –de sang tout du moins.

C'était pas normal ! Il mangeait peut-être comme deux en temps normal mais de là à se sentir si faible au bout d'une grosse semaine de disette ! C'est comme si on lui drainait toute son énergie et il ne pouvait rien faire contre. Peut importait qu'il soit debout ou assis contre le mur, allongé sur son lit, aucune position ne le soulageait de ce malaise qui allait en grandissant.

Les choses avaient commencé à se gâter quelques jours plus tôt. Constatant que ses bouts de pain réduisaient effectivement en taille, il avait acquis la certitude qu'allait arriver un moment où il n'aurait plus rien à manger –en dehors du plat du chef. La veille, lorsque son plateau lui était apparu, il en avait presque pleuré : pas un crouton, pas même une miette n'accompagnait son auge en métal cabossé, remplie copieusement et fumant encore. Ce matin, il n'y avait pas touché et commençait vaguement à le regretter bien que, à cet instant précis, s'il ne voulait pas vomir, mieux valait ne pas penser à cette… chose.

Un léger murmure, comme le bruissement de minuscules feuilles caressées par le vent, lui fit tendre l'oreille. Ça ne venait pas du couloir et pendant quelques secondes, il cru que ça venait de lui. Si Alphonse ne lui avait pas parlé de ce dérèglement –il avait parlé d'acouphènes si sa mémoire était bonne- il n'y aurait sûrement pas songé mais la définition que son frère lui avait donné correspondait assez bien.

Un éclat lumineux, bien qu'à peine perceptible, lui fit ravaler sa théorie qui lui resta coincée au travers de la gorge lorsqu'il comprit. Le grésillement venait du plafond, tout comme la lumière bleutée qui recouvrait tous les objets de la pièce d'un voile laiteux. Comment pouvait-il ne pas avoir fait le rapprochement plus tôt ! si ce cercle de m.. ce cercle de transmutation pouvait aspirer toute énergie alchimique, qu'est ce qui l'empêchait de le faire avec son énergie vitale.

Il lui avait bien semblé reconnaître des symboles utilisés pour les transmutations humaines, mais, dans une candeur qui ne lui ressemblait pas, il s'était persuadé que ça ne pouvait pas avoir d'utilité ici. Ce cercle le privait de son alchimie, c'était déjà assez. Ah ! Assez, mon œil ! S'il s'était rendu compte de ce petit détail plus tôt, il aurait eu encore la force de tenter quelque chose. Maintenant…

Maintenant il avait à peine la force de se lever, encore moins de défoncer la porte et de se battre jusque la sortie. Pourtant, et dans une promptitude qui le surprit, il se hissa en s'aidant du lavabo et, une fois la tête passé le rebord, il y vida le contenu de son estomac. Seule de la bile et un peu d'eau sortirent et un instant, secoué par des spasmes violents, il crut mourir pour de bon. Puis, après une dernière contraction, les vomissements cessèrent et la nausée s'estompa un peu.

Vidé, dans tous les sens tu terme, il mit quelques secondes avant de retrouver une respiration à peu près normale, toussant et crachant à plusieurs reprises pour se débarrasser de ce qu'il lui restait de bile à l'arrière de la langue. Un peu d'eau –qu'il n'avala pas cette fois- l'aida à atténuer le goût désagréable de vomi et il ne chercha pas à en faire plus, de peur de déclencher une nouvelle remontée.

Il fallait qu'il sorte de là. Tout de suite.

Si c'était la rage et l'incompréhension qui l'avaient amené à frapper contre la porte de toutes ses forces à son arrivée, désormais, c'était clairement la peur qui lui donnait des ailes. Chancelant, il parvint quand même à atteindre la porte sans avoir à ramper, se rattrapant de justesse au bord du hublot après avoir quelque peu loupé sa dernière foulée.

Emporté par son inertie il vint cogner contre la porte en un bruit sourd et fut presque renvoyé en arrière mais, toujours agrippé au hublot, il se stabilisa et, sans perdre une seconde de plus, il se mit à frapper la surface contre laquelle il venait d'atterrir. D'abord faibles, les coups assenés avec son automail se firent de plus en plus impétueux, de plus en plus désespérés. La certitude que ce cercle pouvait –allait- le tuer agissait sur lui comme un électrochoc et chaque fois que son poing faiblissait il n'avait qu'à se le rappeler pour retrouver la force de frapper plus fort.

Il ne pouvait pas mourir comme ça !

Alphonse avait besoin de lui et il avait encore des choses à accomplir, à vivre ! Et, maintenant qu'il était au bord du gouffre, il se rendait compte qu'il y avait des secrets qu'il aurait dû partager, des vérités qu'il aurait dû avouer…

Le son de sa propre voix l'extirpa du nuage de remords dans lequel il s'était plongé. Il criait, hurlait comme un animal blessé. Il se ruait sur la porte avec la même rage que ces bêtes piégées par les crocs de leur prédateur et qui, poussées par le désespoir, se débattent comme des démons pour gagner ne serait-ce qu'une seconde de sursit. Et au diable sa fierté, s'il devait les supplier –ce qu'il devait être en train de faire d'ailleurs- il le ferait. Mieux valait être minable mais en vie que fier et mort.

Un sanglot vint le couper au milieu d'une de ses implorations et il faillit s'étouffer. A moitié courbé, la main mécanique déployée sur sa gorge dans l'espoir de clamer par le froid de l'acier cette sensation de brûlure, il attendit que la quinte de toux ne passe. Pendant qu'il se focalisait sur sa respiration laborieuse, l'adrénaline le quittait peu à peu jusqu'à le laisser aussi fébrile qu''il ne l'avait été quelques minutes plus tôt. Lorsqu'il se redressa, il lui restait à peine assez de force pour rester debout si bien qu'il recula, sachant le lit quelque part derrière lui et dans un bon axe. Ses genoux heurtèrent le bord du lit et il s'effondra sur le matelas dans un grognement.

Non, il n'avait certainement jamais voulu, ni ne s'était imaginé mourir aussi stupidement.


Bon, je sais, c'est court et voilà encore du suspens' qui fait ch… hem, dont on se serait bien passé, mais si je coupe pas là, ça va être tout décalé chronologiquement avec les recherches de la team Mustang et ça va pas être facile de s'y retrouver.

Brrrref, c'est vrai que ça fait pas vraiment avancer le schmilblick tout ça... u_u pardon, je crois que mon côté sadique a eu le dessus sur ce chapitre. Le prochain devrait être plus constructif (et le ch-9 encore plus)

J'attends vos impressions avec impatience ;-p

A bientôt !

PS : pour le cercle, voir sur la page de mon profil, il est illustré. C'est certainement plus clair que ma description bidon ^^