Salut!
Bienvenue pour ce nouveau chapitre, qui arrive plus tôt que prévu, finalement!
J'espère que cette première conversation entre Harry et Voldemort vous passionnera xD C'est la première d'une bonne série, qui regroupe retournement de cerveau, endoctrinement, modelage, mensonges, et vérités tues, le tout, tout en douceur et en délicatesse. Il ne faudrait pas choquer le jeune Harry, quand même! Il est encore tout innocent! Ne vous laissez pas endoctriner!
Merci aux guests pour leurs reviews:
Aventurine-san: les ellipses seront plutôt récurrentes dans cette fic, oui. Je dois décrire toute l'évolution de Harry, et si j'écris ses aventures au jour le jour, ce serait super long! En plus, je veux montrer son évolution, et c'est quelque chose qui se voit mieux avec les sauts dans le temps.
Morane: il n'y aura pas de relation amoureuse/sexuelle entre Harry et Voldemort. Ce sera un pur HPDM. Ce ne sera pas non plus une relation père/fils, ou maître/héritier, mais quelque chose de plus nuancé.
Sélènè: hé oui, beaucoup de fascination! C'est qu'on à affaire à Harry Potter, tout de même! Mais je pense que la fascination est bel et bien réciproque, pour le coup! Voldemort ne se soucie aps spécialement de Harry, et il ne craint pas non plus qu'il s'échappe, donc il n'a pas besoin de le surveiller plus que ça.
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Chapitre 6
Enseigner convient aux enfants, ce qu'est de faire quand seront grands.
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28 août 1987
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Harry fut réveillé en sursaut par un "Potter" sec et tranchant qui claqua dans le silence ambiant comme un fouet. Il se redressa si prestement sur le canapé sur lequel il avait légèrement glissé que ses poignets craquèrent brusquement.
-Je me suis endormi, bafouilla-t-il précipitamment en dégageant les mèches noires qui lui tombaient devant les yeux.
Il balaya la pièce du regard mais ne vit aucun signe du Seigneur des Ténèbres. Une fraicheur désagréable avait envahi la pièce et la brise, qui s'était transformée en bourrasque au cours de la nuit, avait éteint toutes les bougies. La pièce n'était plus éclairée que par la pleine lune, dont la lueur pâle et diffuse entrait à flot par les fenêtres grandes ouvertes.
-Sur mon canapé?
Harry sursauta. Il tourna vivement la tête et aperçut la silhouette sombre du Seigneur des Ténèbres, tout de noir vêtu, plongée dans l'ombre. Il se tenait, immobile, devant la porte d'entrée, les bras croisés et la capuche abaissée dans son dos. Dans l'obscurité ambiante, Harry ne distinguait pas les traits de son visage, mais il devinait sans peine son regard sombre posé sur lui et son expression mécontente. Il déglutit difficilement, mal à l'aise et craintif, et se redressa, posant sagement les mains sur ses genoux.
-Oui, dit-il, un brin honteux. C'était pas fait exprès, se crut-il obligé d'ajouter face au silence du maître des lieux.
Voldemort s'avança doucement dans la pièce, de cette démarche souple et prédatrice qu'Harry admirait tant. D'un mouvement d'épaule agacé, il se dégagea de sa lourde cape qu'il jeta négligemment sur l'accoudoir du canapé où Harry était assis. Puis il se laissa élégamment tomber dans son fauteuil attitré, celui où Harry l'avait vu si souvent lui parler du monde sorcier.
-Bien, dit-il sèchement. Tu peux déguerpir, maintenant.
-Oui, répéta Harry en hochant la tête d'un air convaincu.
Le silence s'installa entre eux, et Harry ne bougea pas. Il dévisageait le Maître qui se tenait face à lui, et devinait plus qu'il ne voyait les traits élégants et sévères de son visage. Malgré la présence et le charisme écrasant de l'homme, et le malaise certain de Harry, le jeune garçon se sentait ici en sécurité. Il se sentait bien, aux côtés de l'adulte, rassuré par sa présence, son regard posé sur lui, son attention, même hostile, dirigée vers lui. Harry existait enfin aux yeux de quelqu'un, et il appréciait grandement ce fait.
-Tu attends une révocation officielle ou bien?
-Non, affirma Harry en faisant la moue. J'ai rencontré des moldus, avant-hier, ajouta-t-il précipitamment.
Il n'était pas sûr qu'indiquer ce fait au Maître soit une bonne idée, mais était désespéré à la seule idée de quitter les lieux pour retourner dans sa chambre inhospitalière. C'était l'unique chose qui lui soit venue à l'esprit pour pouvoir grappiller quelques précieuses minutes auprès de lui.
Voldemort haussa un sourcil surpris et Harry esquissa un timide sourire contrit.
-Vraiment?
-Oui. Ils venaient du village.
Il tenta de scruter le visage plongé dans l'ombre pour juger son expression, sans succès. Voldemort haïssait les moldus et Harry pouvait sans peine deviner l'expression haineuse et dégoûtée que devait arborer le Seigneur des Ténèbres à cet instant. Mal à l'aise, Harry se gratta l'arrière du crâne.
-Ils ont été gentils avec moi, dit-il doucement.
Il lui semblait important de soulever ce fait. Les Moldus ne semblaient pas tous être des persécuteurs, contrairement à l'image qu'il avait d'eux, à la fois à cause des Dursley, mais aussi de Voldemort, qui n'était pas des plus élogieux envers eux.
-J'en suis ravi, souffla ce dernier dans un murmure à peine audible.
Ravi, il ne semblait pas l'être, et Harry fit la moue, pas dupe. Le visage fermé du Maître n'inspirait guère confiance, pas plus que son immobilité rigide. Harry se demanda s'il était en colère suite à sa déclaration, ou s'il l'était déjà en entrant dans la pièce.
Le jeune garçon se rappela de la proposition faite par le plus grand des trois moldus, et demanda soudain:
-C'est quoi une secte?
Voldemort croisa négligemment les jambes. Inconsciemment, Harry se redressa sur le canapé, s'asseyant au bord des coussins, suspendu aux lèvres du Seigneur des Ténèbres. Il n'aimait rien de plus qu'entendre ses enseignements, se nourrir de son savoir. Voldemort était la seule personne qui ait jamais pris le temps de répondre à ses questions, sans tabou et sans censure, et Harry lui en était infiniment reconnaissant, lui qui n'avait jamais eu le droit de poser la moindre question, même la plus innocente.
Il n'y avait, à ses yeux, rien de plus enrichissant que de s'enivrer de l'expérience infinie que possédait le sorcier. Harry, du haut de ses sept ans et avec l'avidité caractéristique des jeunes enfants désireux de savoir, pouvait rester des heures immobile à l'écouter passionnément.
-Quel rapport? Demanda doucement le Maître de sa voix suave.
-Ils ont parlé de secte.
Le Maître laissa échapper un son indéfinissable provenant du fond de sa gorge. Harry tressaillit. Il trépignait sur place, impatient de poser toutes ces questions qui le tourmentaient depuis l'avant veille.
-Alors? Insista-t-il quand le silence prolongé du Maître finit par l'impatienter.
-C'est un mot qui sert à désigner un ensemble d'individus partageant une même doctrine. Une même idée, corrigea-t-il doucement en avisant le froncement de sourcils du jeune garçon dont le regard émeraude était ancré au sien. Morale, philosophique, religieuse. Une secte est en général dirigée par une figure charismatique et dominante qui a une grande influence sur ses fidèles.
Voldemort fit une pause, comme pour laisser le temps au jeune garçon d'assimiler toutes ces informations, puis ajouta:
-Je suppose cependant qu'ils entendaient cela de façon plutôt péjorative.
Harry fronçait les sourcils. Il réfléchit brièvement et répondit:
-Je ne sais pas. Ils avaient l'air plutôt effrayé. Est-ce que c'est ça que vous êtes, avec les Mangemorts? Une secte?
Le Seigneur des Ténèbres resta silencieux pendant quelques secondes. Harry tentait de lire son expression à travers l'obscurité ambiante. Il plissait les yeux à travers ses lunettes, mais l'expression du Maître était aussi insondable qu'habituellement. Son regard noir était posé sur Harry avec une telle intensité que le jeune garçon en frissonnait.
-C'est bien le genre des moldus d'en arriver à de telles conclusions. Mais oui, je suppose que l'on peut donner cette impression.
Harry inspira longuement, soulagé d'avoir obtenu une réponse à sa question. Il se repositionna sur le canapé, s'asseyant en tailleur au milieu des coussins. Il avait conscience du regard sombre posé sur lui, impassible et sévère, et savait que le Seigneurs des Ténèbres attendait qu'il lui fasse part de ses pensées et conclusions.
-Est-ce que c'est quelque chose de mal, d'être une secte?
-Cela a une connotation plutôt péjorative, en général, oui. Mais tout dépend des idéaux et de la façon de les mettre en avant, n'est-ce pas?
Lentement, Harry hocha de la tête. Comme bien souvent, les paroles du Maître lui donnaient matière à réfléchir.
-C'est vous, le chef?
Voldemort haussa un sourcil. Il lissa négligemment sa robe de sorcier sans lâcher Harry du regard.
-A ton avis? Lâcha-t-il avec arrogance et Harry se ratatina sur son siège.
Il essayait, en règle générale, de réfléchir à ce qu'il allait dire avant de parler. Il craignait souvent de dire des choses ridicules ou même idiotes devant le Maître, qui était extrêmement rigoureux et relevait tout sans pitié. Harry n'aimait pas paraître sot ou obtus devant lui, et craignait par dessus tout de faire devant lui quelque chose dont il ait honte.
-Oui, je crois, dit-il précipitamment avant d'être pris d'une soudaine inspiration: C'est pour ça qu'ils vous appellent Maître.
Voldemort semblait être tout à faire le genre d'individu charismatique pouvant garder sous son contrôle tout un groupe d'hommes. Harry avait beau avoir sept ans, il n'était pas pour autant dupe. Il voyait certaines choses, en devinait parfois, et il en sentait d'autres. Il ne comprenait pas tout, certes, mais il arrivait à certaines conclusions qui le laissaient parfois perplexe.
La peur de ces hommes en noir qui craignaient le Maître comme leur ombre. Le respect et la fidélité immense et infinie qu'ils avaient pour lui. L'obéissance dont ils faisaient preuve à tout bout de champ. Harry n'avait accès qu'à quelques bribes de conversation, parfois saisies au détour d'un couloir, et hormis ce qu'il arrivait parfois à comprendre ou à deviner, il ne savait pas grand chose de ce que faisaient tous ces hommes. Il ne voyait en eux que de sombres silhouettes inquiétantes qui allaient et venaient au Manoir, s'entretenaient brièvement avec Voldemort avant de repartir précipitamment, guère désireux de s'attarder en ces lieux.
Il avait commencé à appeler Voldemort "Maître" ou "Seigneur des Ténèbres" par simple mimétisme, et parce que cela semblait plaire à Voldemort. Jusqu'à présent, il n'avait pas complètement saisi le sens de tout cela. Pour lui, ils n'étaient que de simples pseudonymes, sans réelle signification cachée derrière. Il n'était toujours pas sûr d'en comprendre la signification. Pour les Mangemorts, ces deux mots semblaient signifier quelque chose de profond, de respectueux et d'effrayant à la fois. Pour Harry, c'était de simples sobriquets, comme quand son oncle l'appelait "garçon", les Mangemorts "gamin" ou quand Voldemort lâchait un "Potter" méprisable, quand il était exaspéré. Ce n'était pas son prénom, mais Harry se reconnaissait.
Harry n'avait par ailleurs jamais entendu un Mangemort appeler le Maître "Voldemort". Et les rares fois où il l'avait lui même ainsi appelé devant Malfoy, Croupton ou Macnair, il avait clairement vu la frayeur puis la colère se peindre sur leurs visages habituellement si impassibles.
-Est-ce que vous êtes un gourou? Demanda-t-il en se remémorant la question que lui avait posée le moldu.
Voldemort soupira, et Harry cessa brièvement de respirer, mortifié. Il n'aimait guère quand le Maître montrait des signes d'exaspération ou de lassitude. Ce n'était jamais bon pour lui.
-Dans le monde sorcier, on ne parle pas de gourou. Je suis leur Maître, point.
Harry approuva fervemment. Le ton ferme et définitif du Maître mettait clairement fin au débat. Aux yeux d'Harry, la parole de Voldemort faisait loi.
-Et c'est quoi, vos idées de secte alors? Demanda-t-il au bout de quelques secondes de silence.
Il avait conscience que les activités auxquelles se livraient le Maître et les Mangemorts, même s'il n'avait aucune idée de leur nature, étaient louches et pouvaient prêter à confusion et amener à des conclusions douteuses. Néanmoins, Harry n'avait aucune idée de ce qu'il en était réellement et il était bien en peine de comprendre la signification du peu qu'il voyait ou entendait.
Voldemort haussa un sourcil aristocratique. Il posa sur Harry son regard intense, et le souffle du jeune garçon se fit plus court. Il tritura nerveusement ses mains, et détourna précipitamment le regard.
-Tu ne sais pas? Demanda le Seigneur des Ténèbres, l'air vaguement innocent.
Harry haussa les épaules. Il avait quelques idées, oui. Evidemment. Mais rien de bien clair.
-Dans ce cas, je suppose que tu es encore trop jeune pour ce genre de choses.
Harry fit la moue, mais ne dit rien. Il avait conscience de sa jeunesse, et savait qu'elle était ici un obstacle à beaucoup de choses. Il était trop jeune pour faire de la magie. Trop jeune pour comprendre les activités de Voldemort et de ses Mangemorts. Trop jeune pour participer aux discussions. Trop jeune pour découvrir le monde seul.
-Si, je sais, s'exclama-t-il avec véhémence pour défendre son honneur. Et je peux savoir. Je ne suis pas trop jeune. Je sais que les sorciers sont plus respectables que les moldus.
-Pourquoi demandes-tu, dans ce cas?
Harry haussa les épaules.
-Mais ça, dit-il, ce n'est qu'une idée. Qu'est-ce que vous faites, alors, avec vos Mangemorts? Vous voulez prouver que les sorciers sont plus respectables?
Voldemort le fixa silencieusement pendant de longues secondes. Puis, alors que Harry commençait à suffoquer, le Seigneur des Ténèbres esquissa un léger sourire en coin narquois.
-Il y a un peu de cela, oui.
-Mais comment?
Voldemort le fixa à nouveau longuement, augmentant le malaise de Harry. Puis il secoua imperceptiblement la tête, l'air vaguement exaspéré, et Harry s'en sentit aussitôt vexé.
Ce n'était pas la première fois qu'ils avaient cette conversation-là. Harry était dévoré de curiosité quand il en allait des activités mystérieuses de Voldemort. Il voulait savoir où allait le Seigneur des Ténèbres quand il s'absentait durant des heures, parfois des journées entières. Il voulait savoir ce que faisaient ses Mangemorts, et qui le mettait parfois si en colère.
Voldemort n'avait jamais répondu à ces questions-là, et la frustration de Harry allait en grandissant. Il se sentait exclu, et il n'aimait guère cela. Un peu comme si Voldemort ne le jugeait pas digne de savoir. Ou pire, pas digne de confiance. C'était frustrant, et extrêmement décevant pour Harry qui avait pensé en arrivant au Manoir que le rejet et l'exclusion étaient désormais derrière lui.
Voldemort ne lui avait jamais caché ses pensées, ses opinions et ses idéologies. Il lui parlait souvent des travers du monde sorcier, et Harry savait que le Maître luttait contre l'image utopique que le jeune garçon avait de ce monde qu'il découvrait. Il savait que Voldemort avait beaucoup à critiquer, mais Harry ne comprenait pas tout. Il se contentait d'approuver, respectant son opinion, et n'en ayant pas lui-même.
-Je ne pense pas que ce soit le moment de parler de tout cela, Harry. Tu comprendras en temps voulu, quand tu seras suffisamment mature pour saisir l'ampleur de la situation, et te forger ta propre opinion. Pour l'heure, tu as encore beaucoup de choses à apprendre.
-Alors apprenez-moi, s'exclama Harry, déçu. Je veux tout savoir. Vous le dites vous-même, il n'est jamais trop tôt pour apprendre. Je suis prêt à tout entendre.
Voldemort sourit doucement, d'un sourire froid et effrayant qui n'atteignit pas ses yeux.
-Cela, c'est ce que tu penses. Mais il est mieux que tu laisses les adultes décider, pour l'heure, de ce qui est bon pour toi, à entendre ou pas. Chaque chose en son temps. Tu ne comprendrais pas et te ferais une idée faussée de ce que tout cela implique réellement.
Harry fit la moue, et se mit à bouder.
-Je déteste être petit, dit-il, l'air contrarié. Est-ce que vous aussi, vous n'aviez pas le droit de savoir, quand vous étiez petit?
Voldemort ne répondit rien, et Harry s'enfonça dans les coussins du canapé. Voldemort ne répondait jamais aux questions portant sur son enfance. C'était une sorte de tabou, et Harry avait appris à respecter cela, même s'il mourrait de savoir quel genre de garçon avait un jour été cet homme charismatique et intelligent.
Etait-il comme lui, quand il était petit? Y avait-il des chances pour qu'Harry devienne comme lui, quand il serait plus grand? Un homme sûr de lui, influent, cultivé, intelligent, charismatique et doué? Harry ne désirait rien de plus au monde.
-Est-ce que c'est vrai qu'il y a eu des meurtres dans le manoir?
Voldemort haussa un sourcil. Il se redressa légèrement dans son fauteuil, et lissa doucement sa robe de sorcier de ses longs doigts pâles. Il ne fit aucun commentaire face à ce brusque changement de sujet, habitué de voir le jeune garçon sauter d'un sujet à un autre sans queue ni tête.
-Qui t'a parlé de cela? Interrogea-t-il poliment.
-Les moldus. Ils disent que des meurtres ont été commis dans le grand salon. C'est vrai?
-C'est un vieux manoir, répondit posément le Seigneur des Ténèbres. Il s'y est passé de nombreuses choses.
Harry s'enfonça dans son fauteuil. Un peu effrayé par cette réponse, qui n'infirmait par vraiment le fait qu'il y ait eu un ou plusieurs meurtres commis ici, il releva les jambes et les ramena contre lui. Son regard fit le tour des appartements plongés dans l'obscurité, se posa sur les longs rideaux qui volaient légèrement au vent, et il frissonna. L'ambiance du manoir l'avait toujours inquiété, et il fut effrayé à l'idée d'un fantôme hantant peut être les lieux.
Il se tourna à nouveau vers Voldemort, mais la présence de l'adulte près de lui ne réussit pas à le rassurer. Le Maître avait une aura si sombre, si inquiétante, un regard si froid et menaçant qu'il n'avait rien de rassurant. Harry le craignait, et il en avait parfois peur. Il ne comprenait pas toujours les regards sombres que posait sur lui Voldemort, et se demandait régulièrement s'il avait fait quelque chose de mal pour mériter un tel regard.
Peut être un fantôme était-il moins effrayant que Voldemort?
-Est-ce qu'il y a des fantômes, ici?
-Non. Les moldus ne reviennent pas sous cette forme-là.
Harry approuva, un peu rassuré.
-Ce sont des moldus, alors, qui sont morts ici? Comment vous savez? Est-ce que vous habitiez déjà là, à l'époque?
Voldemort leva la main et fit un geste sec de la main, comme pour chasser une mouche particulièrement agaçante. Harry se renfrogna. Il avait appris avec le temps que ce geste lui signifiait de passer à autre chose, et que le sujet était clos. Il n'aimait guère que Voldemort change délibérément de sujet, car cela signifiait qu'il refusait de répondre. Harry n'aimait pas rester dans l'ignorance, et il aimait encore moins que le Seigneur des Ténèbres ne lui fasse pas confiance, ou le juge indigne de connaître certains détails.
-Je verrai des fantômes, quand j'irai à Poudlard, dit-il, un peu boudeur.
Ce n'était pas une question, mais le Seigneur des Ténèbres hocha de la tête. Harry attendit qu'il ajoute quelque chose, mais il n'en fit rien. Poudlard, la légendaire école des sorciers, était son sujet de prédilection, peut être autant que celui du Maître lui-même. Il pouvait rester assis des heures à écouter Voldemort lui relater de vieilles anecdotes sur sa scolarité à l'école et, dans ces moments-là, il rêvait du jour où il mettrait à son tour les pieds là-bas.
Son enthousiasme pour l'école, c'était essentiellement Voldemort qui la lui avait transmise. Le Seigneur des Ténèbres était passionné par tout ce qui touchait à la magie, mais lorsqu'il parlait de Poudlard, naissait dans ses yeux une lueur qu'Harry lui voyait rarement. Il parlait de l'école avec une telle passion, un tel respect, un tel engouement qu'il était impossible de ne pas les ressentir. Lorsqu'il fermait les yeux, Harry s'y voyait. Il pouvait, dans ses rêves, fouler les longs couloirs de l'école, arpenter le parc du château, suivre ses cours passionnants. Il pouvait imaginer l'immense château, ses fenêtres éclairées luisant dans l'obscurité, ses hautes tours se détachant sur le ciel étoilé, le paysage magnifique qui l'entourait.
Voldemort décrivait tout cela avec une telle précision qu'Harry avait l'impression d'y être. Il voulait y être.
Harry était conscient que la vérité n'arrivait pas à la cheville de ce qu'il imaginait, et il trépignait d'impatience à l'idée d'y aller lui aussi un jour.
En attendant, il se contentait de s'imprégner des paroles passionnées du Seigneur des Ténèbres, à un point tel qu'il avait parfois l'impression d'y avoir déjà été, tellement ses descriptions étaient riches en détail et en réalisme.
La lune était apparue à la fenêtre et éclairait la pièce de sa lueur diffuse et pâle. En face de Harry, Voldemort avait rejeté la tête contre le dossier de son fauteuil et fermé les yeux. Harry admira ses traits fins et délicats, ses cheveux aussi noirs que les siens qui lui tombaient devant les yeux. Même ainsi, le Seigneur des Ténèbres ne perdait en rien de sa sévérité et de son charisme, et Harry l'admirait pour cela. Il appréciait l'élégance du Maître, son côté froid et impassible, cette influence qu'il arrivait à avoir sur les gens, juste parce qu'il dégageait instinctivement quelque chose.
Harry l'admirait, et il voulait être comme lui, plus tard. A ses yeux, Voldemort était plus un modèle à suivre que son oncle Vernon. C'était évident.
-J'irai à Serpentard, comme vous, ajouta-t-il en murmurant, plus pour lui-même que pour son interlocuteur.
Le Seigneur des Ténèbres émit un son qui tenait plus du grognement, et qui n'engageait à rien. Harry attendit, mais rien ne vint.
-Vous pensez que j'en serai digne?
-Il est trop tôt pour le dire. Tu n'as que sept ans, tu as encore le temps de changer, et d'évoluer, avant de faire face au Choixpeau Magique.
Harry grogna. C'était la deuxième fois en quelques minutes qu'il se faisait rappeler à quel point il était jeune. Evoluer et vivre au milieu d'adultes lui avait appris à s'adapter, et il supportait de moins en moins bien ce décalage. Il aurait aimé être grand, lui aussi, pour pouvoir s'intégrer parmi eux. Etre jeune n'avait que des inconvénients, et Harry n'aimait guère cela.
Harry soupira. Il fixait toujours le visage lisse du Maître, avec cette avidité et cette impatience habituelle. Au bout de quelques secondes, Harry se releva doucement. Il contourna la table basse qui les séparait et vint s'assoir dessus, directement face au Seigneur des Ténèbres qui ne broncha pas. Harry s'assit posément en tailleur et croisa les mains dans son giron.
-Est-ce que je peux aller jouer avec le fils de Lucius, en attendant?
-En attendant quoi? Interrogea Voldemort.
Il rouvrit les yeux, et Harry sursauta de surprise lorsqu'il se retrouva face à ce regard intense. Ils s'observèrent en silence pendant quelques secondes, Harry perdant brièvement le fil de ses pensées. Puis Voldemort esquissa un geste vif de la main dans sa direction, l'air impatient, et Harry répondit précipitamment:
-En attendant d'aller à Poudlard, dit-il sur le ton de l'évidence.
-Il te reste quatre ans, avant d'aller à Poudlard, Potter. Pas deux heures, le temps de faire une partie de cache-cache.
Harry haussa les épaules, tentant de se donner l'air nonchalant. Le ton sec du Maître n'était pas de bon présage et si Harry ne désirait pas une chose en particulier, c'était bien de le mettre en colère.
-Qui t'a mis de telles idées en tête, par ailleurs?
-Personne. Je sais que le fils de Lucius a mon âge. Et je m'ennuie ici. Ce serait bien d'avoir quelqu'un pour jouer au Quidditch!
-Jouer ne t'apportera rien dans la vie. Cela n'apprend rien, n'apporte rien, ne permet pas d'évoluer ou de se cultiver.
Harry soupira. Ce n'était pas la première fois que Voldemort lui affirmait cela. S'il l'écoutait, il devrait passer ses journées à lire. Harry avait bien essayé, car il ne voulait rien de plus qu'apprendre, mais au bout de quelques minutes, quelques heures tout au plus, il en devenait lassé. Voldemort pouvait passer des après-midi et des nuits entières à lire, mais c'était au dessus des forces de Harry. Il ressentait toujours le besoin de se lever et d'aller se dégourdir les jambes. Le Seigneur des Ténèbres associait cela à son jeune âge, et Harry avait du mal à croire que lui-même, à son âge, passait déjà des journées entières plongés dans ses bouquins. Quel enfant faisait cela?
-Je sais, dit-il précipitamment pour ne pas donner l'impression de ne pas être d'accord avec lui.
-Le Quidditch, soupira Voldemort, l'air agacé. Quelle stupidité.
Harry approuva posément, bien qu'il ne soit pas d'accord. Le Quidditch était bien la seule chose sorcière que le Maître n'appréciait guère. Il ne le méprisait pas, car c'était sorcier, mais il ne s'y intéressait pas. C'était Lucius qui lui avait amené un balai, un matin. Harry n'avait jamais su ce qui avait poussé le sorcier à lui faire un tel présent, mais il lui en était reconnaissant. Il avait appris seul à voler, et c'était devenu, dès la première fois où ses pieds avaient quitté le sol, son passe temps favoris.
Voldemort n'appréciait guère cela, mais il ne le lui avait jamais interdit. Voldemort ne lui interdisait jamais rien, même si Harry voyait parfois sur son visage les marques de la désapprobation, notamment quand il descendait trop bas dans la vallée ou quand il mangeait avec les doigts. Et Harry aimait cela chez lui. Il se sentait libre, indépendant, ce qu'il n'avait jamais expérimenté à Privet Drive, où tout lui était interdit.
-Alors c'est non, dit-il, déçu.
-Je ne veux pas de deuxième gosse ici. Je suppose que Malfoy pense la même chose de son côté.
Harry fit la moue, mais approuva néanmoins. Voldemort fixa son air déçu pendant quelques secondes, avant d'ajouter:
-Lis, Harry. Cultive-toi, enrichis-toi, découvre, apprends, grandis et tu deviendras un adulte digne de ce nom. L'ignorance, est à la fois dangereuse et malheureuse. Le savoir fera ton pouvoir, peut être plus que ta puissance magique. Il fera de toi un homme précieux et riche, immatériellement parlant. Il te placera instinctivement au-dessus de tous les autres. Ils te respecteront pour cela, ils se soumettront à toi parce qu'ils verront en toi un homme supérieur.
Harry, la bouche entre-ouverte, approuva. Il chérissait énormément ce genre de conseils. Quand le Seigneur des Ténèbres parlait ainsi, Harry avait l'impression qu'il cherchait à lui donner les clés pour réussir, pour échapper à ce futur sombre et peu fameux que son oncle et sa tante lui avaient toujours promis. Et il aimait cela. Voldemort était bien le seul homme qui avait un jour cherché à l'aider, à le voir devenir quelqu'un, à réussir dans la vie. Le seul homme qui prenait le temps de l'éduquer, parce qu'il pensait manifestement qu'il serait capable de réussir.
Là où tous l'avaient oublié et laissé dériver, Voldemort, lui, lui avait tendu la main, lui donnait chaque jour des conseils et des clés pour l'élever et Harry ne l'oublierait pas. Il savait que c'est ce qu'avait fait Voldemort pour en arriver là où il en était, et considérait ses conseils comme précieux. Il avait lu des livres, avait travaillé dur et bien à l'école, s'était cultivé, et avait privilégié les études à tout le reste. C'est ce que Harry voulait faire, car Voldemort était devenu, en quelques mois, son modèle absolu.
- Ce n'est pas le Quidditch ou ta capacité à voler qui fera de toi quelqu'un dans la société sorcière. Divertir les masses n'apporte rien. Ils ne te respecteront pas pour cela, acheva Voldemort en esquissant un sourire en coin narquois.
Harry haussa les épaules.
-Mais j'aime voler. Et lire toute la journée me donne mal à la tête.
Voldemort leva les yeux au ciel, et Harry en fut vexé. Il se gratta l'arrière du crâne, les lèvres tordues en une moue adorable et l'air vaguement agacé.
-Une heure par jour, ce n'est pas bien grave, si? Demanda-t-il, cherchant l'assentiment de son aîné.
Voldemort se contenta de hausser les épaules, laissant Harry sur sa faim.
-Après cela, je n'ai plus mal à la tête.
L'air déterminé, il croisa les bras sur sa poitrine.
-Et puis les livres, je ne comprends pas tout. Ce ne sont pas des livres pour enfants.
Voldemort se caressa nonchalamment la lèvre inférieure de son index, pensif. Harry était assis tout au bout de la table basse, suspendu à ses lèvres, désireux de l'entendre encore, de s'imprégner de ses conseils et de son savoir. C'était ce qu'il préférait dans sa relation avec le Maître.
-Ce n'est pas grave. L'essentiel est de comprendre l'idée générale. Il ne faut pas apprendre les livres par cœur, Harry. Il faut seulement s'enrichir de ce qu'ils dégagent. Tu oublieras la plupart de ce que tu liras, mais certaines choses, ce qui te paraîtra important, ou intéressant, ou digne d'intérêt, resteront gravées dans ta mémoire. Elles te paraîtront peut être insignifiantes, mais elles te resteront en tête, et elles feront ta culture. C'est cela qui compte. Toutes ces petites choses qui restent gravées en toi, qui te paraissent infimes, que tu penses avoir oubliées. Elles feront un jour de toi un homme cultivé, intelligent et plein de ressources.
Voldemort pencha légèrement la tête sur le côté et ajouta:
-Ne choisis pas un livre parce que le sujet te semble important. Choisis des livres qui te plaisent, qui éveillent ta curiosité, qui t'intéressent. Lis ce qu'il te plaît. Il n'y a pas de sot sujet.
-Sauf le Quidditch.
Voldemort sourit de plus belle, et Harry le trouva effrayant.
-Ne te force jamais à lire. La lecture doit être un plaisir, sinon elle n'est pas productive. La clé est d'être curieux, Harry. Sois curieux de tout.
Voldemort lui jeta un regard entendu, et Harry sourit à son tour. Il avait maintes fois prouvé qu'il était déjà bien trop curieux.
-Plus tu sauras de choses, plus l'apprentissage de la magie te sera aisé, dans quelques années.
Voldemort se leva soudain et Harry se redressa. Il fut pris d'un brève excès de panique en se rendant compte que la conversation était terminée et qu'il devrait bientôt retourner dans sa chambre, seul. Il se leva à son tour, poliment et suivit Voldemort du regard. Ce dernier se pencha légèrement vers lui, le vrillant de son regard impressionnant et Harry cessa brièvement de respirer.
-La magie est quelque chose de formidable. C'est un don, et il ne faut pas le gâcher. Mais sais-tu qu'elle est la plus grande faiblesse des sorciers, Harry?
Harry, incapable de dire quoique ce soit, secoua la tête.
-Ils pensent que la magie brute fait et permet tout. Et ils ont tord. C'est pour cela qu'ils sont faibles et obtus. Ne néglige pas les livres, comme eux le font. Le pouvoir, c'est le savoir, avant même la magie. Fais cela, et tu leur seras supérieur.
-Comme vous l'êtes? Demanda Harry dans un souffle à peine audible.
-Précisément.
Voldemort le vrilla de son regard intense, et Harry cessa brièvement de respirer. Lorsque le Seigneur des Ténèbres parla à nouveau, sa voix n'était plus qu'un murmure:
-Demande-toi qui tu veux être plus tard. Veux-tu être un sorcier respecté et admiré par ses tiers, ou un simple divertissement?
Harry n'eut pas besoin de réfléchir à cette question. Il leva vers Voldemort un regard empli de déférence.
-Je veux être comme vous, affirma Harry avec conviction, et il apprécia le sourire velouté qui joua sur les lèvres de Voldemort suite à cette fervente déclaration.
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A suivre...
Comment avez-vous trouvé ce chapitre? Pas trop ennuyant, j'espère! Je me régale d'imaginer les réactions de Voldemort face à toute l'innocence de Harry, et j'aime bien imaginer ce qu'il pense réellement, dans sa tête. Il doit bien se marrer! Qu'avez-vous pensé de cette conversation? De l'attitude de Voldemort? Des questions de Harry?
Bref, j'espère que ce chapitre a été à la hauteur de vos attentes!
A la semaine prochaine pour la suite,
Natom, 16/05/15
