Et voilà un nouveau chapitre ! Pour Logis et Ponyme, c'est tout simplement Fléau qui hallucine. Comment, pourquoi, vous allez le voir au fil du temps. Le dialogue entre Fléau et Hallucination-James est très important pour la suite. Je pense y revenir souvent pour éclairer cette discussion étrange, so don't worry :) et merci !

Enjoy !

.


.

Fléau cligna des paupières, essuyant le sang qui commençait à couler sur son menton. Il regarda sur les côtés, mais personne. Juste ce James, et un horrible silence. Pas un mort. C'était étrange. On aurait dit que tout se taisait autour de lui…

« Hé, mec, je suis là. » James agita la main devant ses yeux, méfiant. « Je ne peux pas rester, alors faut que tu sois attentif. Tu vois qui je suis ou pas ? »

« Des hommes te cherchent partout, James Ceara. Ils me confondent avec toi. » Grogna Fléau en s'éloignant de sa main. Il était bizarre, cet homme. Il le dérangeait, mais il ne savait pas pourquoi. « Tu n'as rien à faire là. » C'était sorti tout seul, mais la grimace de l'étranger lui donna raison.

James s'assit en face de lui, sortant une cigarette.

« Ah ? Ils sont stupides de croire que nous sommes la même personne. On est vraiment différents, pas vrai Fléau ? Et bien sûr que si j'ai le droit d'être là, au même titre que toi. »

Il lui souriait d'un air dément, se grattant le menton du bout du canon de son arme. Ledit Fléau fronça les sourcils, toujours au sol. Il lui tendit la tige de tabac d'un air mutin, mais Fléau la refusa.

« Qué ? Tú no fumes ? Desde cuándo ? »

« Desde siempre, pendejo, tú lo sabes muy buen. »

Fléau sursauta lorsqu'il répondit dans la même langue que l'inconnu, qui eut un sourire grotesque, l'air de s'amuser de sa blague.

« Ah ! T'as pas tout oublié, c'est bien ça ! » Il rit, ses boucles brunes voilant ses yeux. « Bon, c'est rassurant. On ne repartira pas de zéro. Tu dois être assez curieux, mais t'inquiètes pas, ça va être très drôle. »

« Comment connais-tu mon nom ? »

« Allons, toi et moi, on n'est pas des inconnus. » Il tira sur sa cigarette, regardant la prise de Fléau se lever et prononcer ses premiers grognements. « L'en a, une sale gueule, c'ui-là. Mec, faut qu'on parle de Brayne. » Il redevint sérieux, ignorant le mort qui se leva, observa les alentours, et s'éloigna sans les regarder.

« Pourquoi…il aurait dû te manger ! Et d'où tu connais mon frère ? »

« Je suis immunisé. Et je ne vois pas pourquoi je ne le connaîtrais pas. » Il ricana encore, son air de lutin se gaussant de l'expression outrée du F.

« T'es pas immunisé ! Tu me les brises avec tes énigmes à la con. Dis-moi ce que tu me veux ! »

« Ouais eh bah, mes énigmes à la con comme tu dis, vont te sauver la vie. »

« Quoi ? »

« Aucune importance. » Il balaya sa question du revers de la main, l'air de celui qui en dit trop. « Mais maintenant qu'on s'est enfin retrouvé, tu crois pas qu'il est temps de fuir Brayne ? »

« Quoi ? »

James leva les yeux au ciel, harassé de ses réponses stupides.

« Parce qu'en plus de m'avoir oublié, t'as oublié notre principale mission ? »

« Laquelle ? »

« Rester en vie. »

Fléau haussa un sourcil, jetant une œillade significative vers les murs. Comment vivre mieux qu'à Woodbury ?

« Alors là, rêve. » Argua James d'une voix sourde. « Eux là-dedans, ils vont avoir notre peau. Et en plus je ne peux pas rentrer. Il me faut aussi un endroit à moi. Une place pour nous deux. »

« Bien sûr que si. Si tu es vraiment un immunisé, alors ta place est parmi nous. Prouve-moi que tu es des nôtres, et… »

« Tu comprends pas, je ne peux pas. Ils vont nous tuer, Brayne va le faire. Si je rentre et qu'il arrive encore à me faire fuir, je ne suis pas sûr de pouvoir revenir une deuxième fois. Il a complètement changé…Je ne le reconnais plus. On va tous y passer si on reste avec lui. Il faut que tu t'en débarrasse. »

« Et qu'est-ce que ça peut te faire, à toi ? Comment ça, la première fois qu'il t'a fait fuir ? »

« Mon vieux, on est deux, dans cette histoire. Et ton frère m'inspire pas confiance, il passe un peu trop de temps avec Penny, pas vrai ? Et puis avec ce qui vient de se passer, il va complètement péter les plombs et toi aussi. »

Perdu, Fléau regarda autour de lui. Il n'y comprenait rien. James eut l'air d'écouter un bruit derrière lui, et il grimaça. « Bon, j'ai pas beaucoup de temps. Surtout, ne dis à personne que tu m'as vu. Je repasserai dans pas longtemps, c'était juste pour te prévenir que j'étais toujours en vie. » Il s'éloigna, et Fléau se releva.

« Attends, James ! » il se mit à lui courir après mais rien à faire, il était plus rapide, une vraie flèche.

Omnibulé par sa course, il percuta Fantôme qui revenait de son étrange rencontre. Les deux tombèrent au sol, et sa sœur le frappa avec agacement. Ils se considérèrent avec un drôle d'air, tous les deux surpris dans la même bêtise, celle d'être sorti sans l'autorisation de Brayne.

« Je ne dirai rien. »

« Pareil pour moi. »

« Que fais-tu là ? »

« Martinez a voulu me faire sortir, et puis je me suis évanoui. Toi ? »

« Juste partie faire un tour. »

Les deux savaient que l'autre mentait par omission, mais ils n'en dirent rien, ne voulant pas s'expliquer. Ils se relevèrent et se hâtèrent de rentrer, Fantôme aidant son frère à nettoyer les traces de sang sur son visage et sa poitrine. Elle n'avait pas pu chasser, mais le fait que son frère ait l'air si reposé et repu sembla apaiser sa faim, malgré l'odeur du sang qui entêtait ses narines –un des plus beaux parfums qui fut donné sur Terre. Autour, Fléau fut surpris de voir autant de Mordeurs assiéger les murs, et s'étonna de ne pas les avoir entendus avant. Ils étaient partout, pourtant…

Ils découvrirent avec une certaine horreur ébahie le carnage qu'était la ville. Partout, du sang, des morts, des blessés. L'incendie de la porcherie avait réussi à s'étendre à deux maisons avant qu'on parvienne à le stopper. Il y avait des brûlés qu'on soignait à même le bitume, et les blessés étaient étendus dans la rue principale, une fois les premiers soins administrés. Les gens pleuraient et contemplaient avec un air catastrophé le massacre. Ceux qui l'avaient perpétrés tanguaient désormais entre les cadavres, ne se reconnaissant plus, mais tentant néanmoins de garder contenance en jetant des regards méfiants et faussement assurés. Fantôme buta contre le pied d'un petit enfant, qui avait été piétiné par les foules. Un peu touchée, elle le positionna de telle sorte qu'il n'eut plus l'air démembré puis, satisfaite, elle hocha la tête avec un petit sourire, reprenant sa marche.

On commençait aussi à disposer des draps ou des vêtements sur les visages des morts, et Fléau frissonna. Manger l'avait revigoré. Il en était même ivre. Il chancela un peu, le ventre lourd, et ferma les yeux en se laissant guider par sa sœur. Bientôt, Brayne apparut dans une rue barbouillée de sang jusqu'aux balcons, hache à la main, lui aussi couvert de sang. Trois adultes étaient autour de lui, l'écoutant en pleurant.

« …sais que c'est terrible, mais il nous faut achever les victimes. Cela nous évitera aussi de déplorer de nouveaux infectés. »

« Mais Brayne… »

« On en parlera plus tard, Peggy. Tâchez de m'obéir, pour le bien de tous. »

Il les laissa à leur détresse, sachant très bien qu'ils s'exécuteront. Il s'avança vers ses F, fronçant les sourcils.

« Où étiez-vous, hein ? Je vous ai cherché partout ! »

Il remarqua la lumière étrange dans l'œil de Fléau, et comprit assez vite la cause de leur disparition.

« Vous vous foutez de moi ? » Grinça-t-il des dents d'une voix sourde. « Je vous avais dit de m'attendre ! »

« On peut s'occuper de nous tout seuls. » Répondit Fantôme, encore secouée de sa rencontre avec Daryl. Elle avait toujours du sang sur le cou, mais elle avait déjà envie d'y retourner pour lui poser plus de questions.

« Et puis, tu étais teeeeellement occupé ici, on ne voulait pas te déranger ! » Scanda Fléau d'un air de pur mépris.

Brayne le considéra un instant avec surprise. Jamais Fléau ne lui avait parlé comme ça. Même Fantôme semblait choquée. Mais Fléau ne baissa pas le regard.

« Bah oui. Tu veux absolument que cette ville soit notre maison, alors tu as décidé d'en tuer le plus grand nombre histoire qu'on soit tranquille. » Il chuchotait, mais personne ne faisait attention à eux. « Tu fais fuir ou tu tues les gens, pas vrai ? »

C'était ce qu'avait dit James, non ? Que Brayne l'avait fait fuir. Mais Brayne tuait, c'était une question d'éthique et de sécurité. Alors pourquoi le Ceara serait-il toujours en vie ?

« De quoi tu parles ? »

De James, voyons. Mais le garçon lui avait demandé de ne rien dire. Bizarrement, il n'avait pas envie de le trahir. Il voulait en savoir plus, le revoir au plus vite. Et ce n'était pas en le dénonçant que ça pouvait se faire…quelque chose au fond de lui l'intimait de garder ses secrets.

« Rien. Absolument rien. Je vais aller me reposer, maintenant. »

Il les quitta ainsi, laissant la sœur comme le frère aussi stupéfaits l'un que l'autre. Brayne soupira puis se détourna de Fléau, ayant des choses plus importantes à gérer. Il regarda sa sœur et fronça les sourcils à la vue de son sac. Elle se dandina, gênée, et recula un peu.

« Et toi, tu étais où ? »

« Avec Fléau ! » Mentit-elle effrontément, n'hésitant pas à lui sourire.

La douleur de son oreille et les paroles de Daryl l'avaient brusqué. C'était les mêmes mots qu'Andréa, qui avait voulu lui faire comprendre à quel point cette mutilation était mauvaise. Fantôme en voulait au Gouverneur même si elle comprenait les règles, et Andréa comme Daryl insinuaient en elle doute et colère. Contre Brayne, aussi, qui n'avait rien fait pour la protéger.

« Tu te fous de moi ? »

« Non, vraiment pas. » Le ton était trop sarcastique pour être ignoré, et Brayne pencha la tête sur le côté avec méfiance.

Mais on l'appelait déjà, certainement pour savoir quoi faire des corps. Il eut un tic nerveux de la mâchoire, ne supportant pas que ses F lui échappent aussi facilement. Ce n'était pas normal. Tout se déroulait si bien pour Woodbury, et voilà que les deux commençaient à avoir des secrets.

« On en rediscutera plus tard. » Elle haussa les épaules, cherchant quelqu'un du regard. « Essaye de trouver un mort pas trop vieux et apporte un morceau à Penny, okay ? »

« Où est Andréa ? »

Brayne eut un ricanement dégoûté, et il lui sourit à son tour, railleur.

« Andréa ? Cette petite conne a fui. Elle est dans la nature, maintenant. Ce sont toujours les faibles qui survivent le mieux, avec les humains, alors elle doit encore être en vie.

« Co…Comment ça, elle a fui ? »

Ne pouvant s'empêcher d'être heureux face à la détresse de sa sœur, il haussa à son tour les épaules en levant ses bras en signe d'impuissance.

« Elle est partie. Elle t'a abandonné par égoïsme. »

« Non, impossible. C'est…c'est mon amie. »

« Ouais et bah, plus maintenant, apparemment. » il ricana une dernière fois, observant avec jouissance la colère et la rancœur monter au sein de sa sœur, et il la laissa à ses réflexions sans plus de cérémonie.

.


.

Daryl sursauta lorsqu'il entendit l'explosion au loin. Il observa les oiseaux s'envoler de la cime des arbres, méfiant, mais le silence revint. Il avait entendu de longs échanges de tirs, pendant qu'il rentrait, et le silence soudain le fit frissonner. Il se doutait bien de la provenance de ces tirs, mais n'osait y penser. Il était déjà aux portes de la prison, Axel et Beth ouvrant le portail, et il échangea un regard inquiet avec la plus jeune. Les autres étaient à quelques mètres, tous inquiets, et personne ne posa de question sur son retour sans avoir réussi à attraper quelque chose.

« Vous avez entendu ? » Carol fronçait les sourcils, et Carl sortit son arme de son étui, inquiet. Des tirs et des râles se faisaient entendre dans le bois face à la prison, et Rick et Merle s'avancèrent jusqu'aux portes, observant avec des lunettes l'entrée du bois.

« Quelqu'un approche. » Lâcha Rick, le poil déjà hérissé face à l'arrivée des intrus. « Ils sont plusieurs. Daryl, Merle, avec moi. »

Les deux Dixon hochèrent la tête, préparèrent les armes, en bons seigneurs de guerre, et le chef de meute fit de même, concentré. Il siffla, et le gros et grand Darius fut à ses pieds, obéissant au Maître avec dévotion. Jon vint aux côtés des Dixon, reniflant l'air avec méfiance, et le petit groupe dépassa l'entrée, que Carl referma avec Carol. Dans sa tour, Glenn avait déjà commencé à éliminer les premiers Rôdeurs cherchant à manger les trois hommes. Ces derniers s'emparèrent de couteau, machette et arbalète, n'hésitant pas à tuer, trancher, décapiter et trouer chaque corps à portée de lame ou flèche, fixant avec appréhension l'orée du bois, qui ne cessait de s'agiter.

Merle s'avança un peu, plissant les yeux, voyant déjà les premiers arriver. Il fronça les sourcils, reconnaissant des cheveux blonds au loin, ainsi que des yeux bleus effrayés qui se braquaient sur sa personne sans pour autant le voir vraiment.

Andréa s'arrêta, tournant autour d'elle un regard désespéré. Des morts de partout, et Karim peinant à les distancer, avec Erika sur son dos.

« Hé ! » Hurla Martinez. « Me laissez pas là ! »

Elle rangea son arme et sortit son couteau, qu'elle planta dans trois morts, laissant le pauvre Karim remonter jusqu'à elle.

« J'en peux plus. » Murmura-t-il. « J'en peux plus. » Il tomba à genoux, et Erika se mit à pleurer.

« Laissez-moi ici. Je vais m'en sortir. »

« C'est hors de question ! » Brailla Karim, essayant déjà de la replacer correctement sur lui, mais elle se détacha, les larmes et le sang se mêlant sur ses vêtements.

« Je vous ralentis trop, partez sans moi ! »

« Andréa ! » Supplie Karim.

Mais Andréa ne savait pas. Les morts étaient en train de les encercler, Martinez n'était plus qu'à vingt mètres, les grilles à plus de cinquante. Elle fixa la pauvre Erika qui tentait de sourire, mais qui se crispait déjà en imaginant sa chair être arrachée. Andréa ne pouvait pas l'abandonner, elle savait très bien que la douleur d'un tel acte tuait plus vite que les morts. Ils y étaient presque…

« Non. » Un nouveau mort, un nouveau coup de lame. « Tu vas venir avec nous. Je refuse que tu meures comme ça. » Et ni une ni deux, elle la redressa d'une main ferme, passa son bras ensanglanté par-dessus ses épaules, fixant avec inquiétude la tâche rouge qui s'agrandissait au niveau des côtes droites d'Erika, et Karim fit de même.

Ils se mirent à avancer ainsi, l'un deux s'éloignant parfois pour tuer les macchabées, tandis qu'Andréa priait. Quarante, trente mètres…qui paraissaient aux yeux de l'avocate des kilomètres. La tour de la prison se faisait voir, puis la cour intérieure, enfin, trois hommes, qui pénétrèrent lentement la forêt, armes bien aiguisées.

Et, tout d'un coup, alors qu'il lui semblait avoir les dents d'un mort juste sur sa nuque, ne sachant plus si c'était son sang ou celui d'Erika qui mouillait sa chemise, elle aperçut enfin avec netteté un visage familier, qui semblait complètement dépassé par sa présence.

Elle ne put retenir le cri qui sort de sa bouche. Si proche et pourtant si loin, Erika venait soudainement de se laisser aller contre elle, la déstabilisant. Karim tenta bien de les redresser mais en vain, elle flanchait sous le poids de l'adolescente, son pied glissait contre de la mousse, et elle tomba. Mais Andréa ne quittait pas des yeux ce visage tant attendu, continuant d'hurler, reculant sans dignité face aux griffes qui voulaient la mutiler.

MEEEEERLE ! Le Dixon se figea et se glaça face à ce cri inhumain, reconnaissant Andréa et Karim, un jeune plutôt sympa de Woodbury. Il ne comprit pas la raison de leur présence, il n'entendit pas Rick dire qu'il y avait trop de morts, ni son frère qui tenta de le retenir. Ses réflexes furent plus rapides, et il se précipita droit devant lui, tel un bouledogue plein de haine. C'était des gens de Woodbury, avec qui il avait vécu et protégé. Pourquoi ne pas perpétuer sa mission de bras droit ?

Daryl était derrière lui, rangeant son arbalète et sortant son couteau de chasse, tandis que Rick veillait leurs arrières en tirant sur les plus proches. Karim aida Andréa à se lever, cogna de ses poings un Rôdeur beaucoup trop proche. Ils allaient s'en sortir, il fallait qu'ils s'en sortent. Karim s'en était toujours sorti dans la vie, malgré l'Apocalypse. Malgré la mort de sa famille entière. Malgré Woodbury et sa folie. Alors pourquoi maintenant ?

Deux autres lui tombèrent dessus, Andréa fit reculer Erika, à demi-inconsciente. Il percuta un arbre, les tint à distance à bout de bras. Et dans sa tête, il n'arrivait qu'à se dire : ils veulent tous m'embrasser, ils veulent tous m'embrasser ! Oh oui, le baiser de la mort, rougeoyant et mortel.

Le couteau de Daryl acheva son tracé meurtrier dans la tête du premier, et se planta si bien dans l'œil du deuxième qu'il manqua de peu Karim. Les morts s'écroulèrent, et il fixa le chasseur avec incrédulité, faisant facile une tête de plus que lui. Daryl ne s'attarda pas, retournant déjà au combat, alors que Rick envahissait son champ de vision.

« Hé ! Mec, tu m'entends ! Regarde-moi ! » Il le saisit par les épaules, et le secoua. Karim s'ébroua, papillonna des yeux, tendit le doigt derrière le policier. Une masse sombre se jeta violemment sur un zombie, si vite que l'Arabe crut avoir rêvé. « Mec, j'ai besoin de toi. T'es avec nous ? » Il hocha la tête, ramassa son couteau.

Merle, bélier indomptable qui ne pensait qu'à tuer, défendait Andréa de la force de sa volonté, son handicap le poussant à toujours plus de violence. Il tuait et égorgeait, ne s'arrêtant pas pour achever ceux au sol. Il lança son Glock à Andréa, qui le rattrapa d'un coup adroit, la survivante n'hésitant pas à tirer. Tirer en même temps qu'elle tirait Erika, véritablement inconsciente. Elle ne lâchera rien. Les morts étaient moindre, maintenant, alors elle rangea l'arme dans son dos et souleva la fille, poussant un râle inhumain. A moitié sur son dos, les jambes traînantes, Erika avait encore un souffle, qui donna la force à Andréa d'avancer. Rick aussi, pour protester, levant déjà une main devant lui, mais Andréa n'acceptera pas. Elle ne sera plus victime. Elle ne sera plus fuyante. Elle ne sera plus celle qu'on oublie, celle qu'on abandonne, qu'on bat, qu'on insulte et qu'on rabaisse. Elle était Andréa Harrison, nom de Dieu. Elle avait survécu au CDC, à la ferme d'Hershel, à Philip et à Brayne.

« QUOI ? » Sa voix était si sourde et rauque que Daryl avait cru à un homme. « Dégage de mon chemin, tout de suite. »

« Non. » Rick était plus sauvage, plus sombre qu'Andréa. Ce n'était plus vraiment un homme, maintenant. Et il était chef. De clan et de meute, l'Alpha, pas celui qui se laissait faire par une femme qui n'était plus des siens. « Toi tu peux rentrer. Mais on ne prend pas les deux autres. On ne les connait pas, ils viennent de Woodbury, et on n'a pas de quoi soigner la fille. »

Andréa tremblait. Ratatinée sur elle-même sous le poids d'Erika, couverte de sang et de boue des pieds à la tête, le regard fou, elle ne faiblissait pas, l'aura dangereuse. Daryl recula, mais trouva le choix de Rick légitime.

« J'peux leur indiquer une cabane où s'reposer. J'peux même les accompagner. » Proposa-t-il, sachant très bien qu'ils n'atteindront pas l'endroit vivants. Mais lui non plus ne voulait pas d'eux ici.

Karim leva les deux mains, tenta d'avancer, mais Darius bondit et claqua sa mâchoire à deux centimètres de sa jambe.

« Rick, écoute-moi très attentivement. C'est moi, Andréa. Moi, j'ai sauvé tes fesses à Atlanta, j'ai appris à tirer avec toi et Shane, j'ai protégé Lori et Carol à la ferme, moi qui tu as laissé derrière toi, moi qui depuis trois mois s'acharne à garder les deux autres encore là-bas en vie. Karim et Erika sont avec moi, que tu le veuilles ou non. On n'a pas fait ce qu'on a fait pour rien. Tu me dois bien ça, et tu as besoin de moi. Alors tu vas m'ouvrir la porte, et Hershel va sauver Erika, parce que c'est ce qu'on fait quand on est encore des gens biens. »

« ESPECE DE PETITE PUTE ! »

Ils se tournèrent vers Merle, qui tabassait quelqu'un un peu plus loin. Daryl jeta un regard à Rick qui hocha la tête, et il courut vers son frère. Le policier, arme brandie sur Karim mais tourné vers Andréa, la jugea longuement du regard. On l'appela, et Andréa s'écria en découvrant une Michonne essoufflée au sabre bien dressé. La samouraï s'arrêta à leur niveau, un peu méfiante, tentant de mesurer la gravité de la situation.

Rick se tourna vers Karim, mais celui-ci fixait avec terreur les deux loups plantés devant lui, et eut un petit sourire faible. Il rangea son Colt, appréciant une fois de plus l'avantage qu'étaient Jon et Darius. Il regarda à nouveau Andréa, qui pointait le menton d'un air de défi. Il avait l'air tellement épuisée, tellement tendue, prête à tout, et pourtant si faible, au bord du suicide.

« Michonne, aide Andréa et ramène-les à la prison. » Céda-t-il enfin, et Andréa poussa un profond soupir de soulagement, murmurant des merci fiévreux.

D'un mouvement de tête, il indiqua à Karim de se mettre devant lui, sous l'œil attentif des loups. Le silence était revenu. Des dizaines de corps s'amoncelaient sous ses pieds, et Karim acheva les têtes qui bougeaient encore. Au loin, Daryl avait arrêté son frère, et les deux soulevaient un homme bien abîmé, revenant vers eux.

« C'est qui, lui ? »

« Martinez. » Gronda haineusement Merle. « Ce connard vous a suivi, j'vais pas l'laisser repartir comme ça ! »

Rick hocha la tête, d'accord avec lui. Daryl fixait Karim avec un drôle de regard, alors que celui-ci se tortillait, ne sachant comment réagir. Il regardait Martinez avec inquiétude, sourcils froncés, et le policier pencha la tête, la machette goutant encore.

« T'as quelque chose à dire, sur lui ? »

« …Ouais. » Finit par répondre le jeune homme en affrontant ses prunelles bleues. « Il nous a aidé à sortir, moi et les…autres. » Il se tût, papillonnant des yeux. Les autres…

Rick comprit assez vite, et il baissa la tête. Le garçon avait encore les yeux exorbités et le souffle court, mais il suivit néanmoins le groupe sous la menace de l'arbalète de Daryl.

.


.

Andréa posa son lourd fardeau sur la table de la salle commune du block C, aidée par Michonne. Carol courait un peu partout pour rassembler bassine, eau et linge, tandis qu'Hershel auscultait déjà la femme. Il mesura son pouls à plusieurs reprises, pendant qu'Andréa s'affalait au sol, les jambes lourdes, soudainement épuisée. Carol et Beth s'approchèrent pour lui donner de l'eau et la débarrasser de ses affaires, sous l'œil méchant de Jon, qui ne cessait de tourner en rond en jappant de mécontentement.

Hershel eut un soupir las et se redressa, secouant la tête avec tristesse.

« Je suis désolée, mais elle est morte. »

« Quoi ? » Andréa se releva si vite que des points noirs vinrent danser devant ses yeux, et elle chancela, vite rattrapée et soutenue par Carol. « Non, c'est impossible. Elle respirait encore il y a…Non, vérifie. Vérifie ! »

N'y tenant plus, elle le fit elle-même, appelant Erika d'une voix rauque, lui donnant des claques, tapant sur sa poitrine. Karim, qui venait tout juste de pénétrer les lieux, ouvrit la bouche de choc, portant ses mains sur son crâne et son front.

Morts, tous morts. Sur les quinze qui faisaient partie du plan initial, seulement lui avait survécu. Barthélemy avait donné sa vie pour rien.

Carol éloigna Andréa qui pleurait et hurlait, relâchant toute la pression de cette journée avec hystérie. Même Rick sembla touché, et il s'avança vers la blonde, avant de reculer. Ce n'était pas son rôle.

« T'es rentrée à la maison. » Chuchotait Carol en caressant son visage. « T'es rentrée à la maison, ça va aller maintenant. »

« Le M72… » Le petit groupe se tourna vers Karim qui, complètement abattu et les yeux vides, revivait encore la scène. « Le gosse qui tenait le M72 et qui a tiré…C'était le petit cousin d'Erika. Elle était venue avec lui, à Woodbury. Et il l'a tué. »

.


.

Andréa était allongée sur le bitume froid depuis quarante bonnes minutes lorsque Rick se décida enfin à l'aborder. Il s'assit à côté d'elle, les avant-bras sur les genoux, fixant les horizons de son œil fauve. Il faisait nuit noire, mais les grognements aux abords des grilles voilaient la vie nocturne d'une ombre mauvaise, promesse d'horreur. Il détestait ça. Le Shérif se disait pourtant qu'un jour, à force de les entendre, cela deviendrait un bruit indistinct, mais il ne cessait…

« Shane est mort. » Lâcha subitement Andréa, le coupant dans ses pensées.

« Ouais. » Il se tortilla, un peu mal à l'aise, mais la femme ne le regardait pas, absente.

« Et Lori aussi. Et T-Dog. »

« Ouais. »

Elle soupira.

« Alors y'a pas à dire, c'est vraiment un monde de merde. »

Silence. Que pouvait-il bien dire ? Il n'avait pas pensé à Shane depuis un certain moment –depuis la naissance de Judith. Penser à lui, c'était remettre en cause sa paternité, et malgré tout l'amour qu'il avait pour sa fille, il avait peur que cela ne le ternisse.

Elle finit par le regarder, les larmes aux yeux.

« Je suis tellement fatiguée. » Une supplique, un cri étouffé, il ne saurait choisir. « Tellement, tellement… »

Quelques minutes passèrent, où elle pleura en silence. Rick contempla les étoiles, écouta les grognements, et Daryl passa un peu plus loin en discutant avec son frère. Les deux leur jetèrent un coup d'œil étrange, et Rick fut saisi par leur ressemblance. L'attitude, l'expression commune, prouvaient bien leur lien de fraternité. Il les imagina un instant plus jeunes, avec les Ceara, et sourit face au potentiel exceptionnel de conneries qu'avait dû être la Fratrie. Bon Dieu, la Fratrie lui manquait.

« T'es prête ? » Finit-il par dire lorsqu'ils disparurent de son champ de vision. Elle hocha la tête, se remémorant les évènements.

« Ça va vraiment mal, là-bas. » Commença-t-elle d'une voix rauque. « Les choses ont mal tourné. Brayne, quand il est arrivé…il faisait des choses biens. Malgré tous les interdits, il apprenait aux gens comment vivre dehors. Moi, j'étais à part, mais les habitants avaient leurs raisons. Et puis, au fil du temps, les gens ont commencé à être plus violents et durs. On en punissait certains, on en privilégiait d'autres. Ça sentait mauvais. Et un jour, Blake a coupé l'oreille de Fantôme devant la foule qui applaudissait en criant. On avait une police qui a tiré sur la foule pas plus tard qu'hier. Et là… pouf. »

« Quoi, pouf ? »

« Je sais pas. Pouf. Ils sont tous devenus tarés, comme ça. Je n'sais même pas combien j'en ai tué. On était une quinzaine, et il ne reste que moi et Karim. Et puis y'a eu le lance-roquette. Tu sais, la plupart, c'était juste des gosses, moins de 20 ans. J'ai essayé de les protéger, j'y étais presque et…et un de ces gosses a tiré avec la roquette. Des rôdeurs, aussi. Des tas. Du sang. »

Elle renifla et retourna à sa contemplation silencieuse, laissant un Rick plus qu'indécis.

« J'ai tué des gens biens, Rick. Des innocents. Je sais ce que ça fait maintenant. »

Puis, elle prit son bras dans sa main, le serrant avec force. Il se pencha vers elle, un peu inquiet, mais la force de son regard apaisa ses craintes.

« Toi et moi, on a déjà assez fui nos responsabilités. Je ne sais pas quand ni comment, mais il faut vraiment qu'on tue Brayne et Blake. Parce que si on ne le fait pas, ce seront eux qui auront notre peau. Quoiqu'on fasse, nous sommes déjà en guerre. Ça peut être demain comme dans six mois, mais plus le choix. Et on sauvera Fantôme et Fléau, parce qu'ils commencent vraiment à se détraquer, et qu'ils méritent mieux. »

« Les sauver… »

« Rick. Ils méritent mieux. Ils sont en train de devenir fous avec Brayne. Alors si on ne peut pas les sauver, et si on ne peut pas tuer Brayne…on fera en sorte qu'ils n'aient plus à souffrir de leur frère. »

.


.

Merle déposa Martinez au fond de la cellule, que Daryl ferma une fois qu'il fut sorti. L'hispanique était évanoui, et Karim observa les deux hommes avec pitié, complètement démoralisé.

« S'il vous plait, vous avez une cigarette ? »

« Nan. » Grogna Merle en s'en allumant une. Beth qui passait par là lui fit les gros yeux, n'appréciant pas qu'il fume à l'intérieur, mais s'éloigna sans mot dire. « Elle est bizarre cette gamine. » Chuchota-t-il à Daryl. « Je crois qu'elle me trouve trop sexy. »

Daryl l'observa une longue seconde, essayant de mesurer le degré de stupidité de son aîné, mais voyant à quel point c'était incalculable, il abandonna très vite. D'un côté, il était content de retrouver son frère, qui peu à peu, recommençait à parler et vivre avec les autres.

Il se retourna vers Karim, qui s'acharnait à mettre Martinez sur la couchette. Il était vraiment très grand, et se cognait partout, ce qui donnait un bien étrange spectacle.

« Merle, j'peux te poser une question ? »

Merle se figea face au ton un peu trop confidentiel de Karim, mais hocha la tête, le regardant hésiter un bon moment.

« Tu comptais vraiment nous trahir, quand t'es parti ? »

Merle ne savait quoi répondre, mais il fit signe que non sans le regarder. Il n'avait jamais voulu tout ça.

« Ah. » Karim s'assit et se concentra sur ses mains, dont la peau crissait sous le sang. « Les gens ne t'en veulent pas, tu sais. Enfin, pas tous. Ceux qui ne sont pas devenus dingues. Toi au moins, t'avais encore l'sens des priorités. »

Touché, Merle le remercia du regard mais Karim demeurait tête basse. Daryl s'éloigna un peu mais les observa longtemps, se demandant ce qu'avait pu être son frère à Woodbury pour être si respecté.

« Si t'avais été là, t'aurais pu raisonner l'Gouverneur, à la place de cet enculé de Martinez trop faible pour nous sauver. Mais bon, on n'a pas tout ce qu'on veut, dans la vie, hein ? »

« Pourquoi vous êtes partis ? »

« T'as déjà vécu dans une dictature, celle de la peur ? Crois-moi, ça te rend dingue. On avait tous peur de pas assez bien travailler pour mériter notre place, subir un Jugement, et tout simplement peur de l'autre, qu'on soit dénoncé. Et j'ai prié longtemps pour que les autres meurent à ma place. Dieu m'a écouté, au final ! » Ricana-t-il. « Mais bon, là, j'ai juste un pass VIP pour l'Enfer. »

Merle soupira, collant son front contre les barreaux, son regard fermé fixé sur son ami Caesar.

« Au moins, on s'y retrouvera tous. »

.


.

Brayne observa les morts derrière les murs, qui tendaient tous les mains vers lui, avides et infatigables. Ils avaient réussi à s'enfermer sans trop de dégâts, et une horde qui se faisait de plus en plus conséquente avait fini par les encercler. A côté, Emeric le pressait de question, ne sachant que faire.

C'était mauvais. Sur les soixante-quinze habitants, quinze fuyards avait été trouvés, quatorze du premier groupe étaient morts, et ils avaient réussi à tuer six soldats et quatre civils. Douze victimes civiles de plus, issues de la guerre interne. D'autres habitants avaient réussi à tuer deux autres soldats, ce qui faisait un total de trente-huit morts.

En une journée, c'était plus de la moitié de la population qui avait été réduite en cendres. Les derniers soldats vivants lui obéissaient au doigt et à l'œil, aussi catastrophés que les autres. Après le saccage, ils avaient diablement besoin d'ordre et une raison pour ne pas devenir fous. On avait retrouvé le Gouverneur assez mal, au bord du coma, avec deux plaies peu profondes en pleine poitrine. Il était maintenant dans l'hôpital improvisé, au milieu des autres blessés, le docteur ayant jugé que ce sera dans les deux prochaines nuits qu'on saura s'il se remettra ou non.

Tss, c'était nul. Martinez n'était pas mort et il n'avait même pas réussi à tuer Blake. Il allait le retrouver et le bouffer, pour le punir de son incompétence. M'enfin, il avait toujours Penny.

Et puis, qu'importe, il avait enfin l'opportunité d'utiliser un nouveau jouet qu'il s'était approprié. Lizzie Samuels allait enfin entrer en scène. Où était-elle, d'ailleurs ?

« Assez, Emeric. » Dit-il en levant sa main. « On est en train de dresser l'inventaire de ce qu'il nous reste. Une fois cela fait, j'en guiderai certains vers nos fosses. »

« Nos…nos fosses ? »

« Ah, c'est vrai que tu n'es pas un habitué…Et bien, nous avons creusé des fosses tout autour de la ville, à un kilomètre environ. Je les attire là-bas, et avec d'autres, on les tuera une fois dedans. En attendant mon retour, essayez de les…compter. Peu importe si c'est approximatif, mais qu'on sache au moins combien ils pourraient être. »

Il pouvait le faire lui-même, mais les Woodburyens se devaient de se mettre à la tâche. Une fois qu'ils sauront ce qu'était la survie, ils lui seront si reconnaissants qu'ils le suivront jusqu'en Enfer.

Il s'éloigna et descendit le petit escalier, se dirigeant vers la maison des Samuels.

.


.

Mika pleurait, serrant sa peluche contre elle, se laissant complètement aller dans les bras de sa grande sœur qui, pâle et tremblante, se retenait d'hurler à s'en briser les os. Une femme était là pour veiller sur elles, ne cessant de répéter que c'était bien triste que de si jeunes filles perdent leur traître de père, qui en plus de trahir la ville – la ville !- trahissait aussi ses filles. Des enfants qu'il fallait nourrir, laver, soigner et protéger, des boulets, des victimes, de biens pauvres p'tites, ça oui, leur père s'était tué tout seul par sa bêtise et son égoïsme, c'était à se demander comment il avait élevé ses filles, si elles n'étaient pas comme lui.

Mais heureusement, la femme veillait au grain, ne quittant pas les gamines des yeux, aussi perdue qu'elles, au fond. Elle avait laissé son mari à l'hôpital, avec peu de chances qu'il s'en sorte. Mais il allait le faire, il allait revenir. Elle n'était pas à son chevet parce que c'était inutile, il n'avait qu'une simple égratignure, voilà tout. Le docteur avait tendance à tout exagérer, soi-disant la balle était restée logée dans son œil, le tuant sur le coup. Le docteur était jaloux.

Lizzie n'en pouvait plus de cette surveillance. Plus que tout, elle ne comprenait pas pourquoi on l'empêchait de voir son père. Qu'on ne lui disait pas clairement ce qu'il s'était passé. Tout ce qu'elle récoltait, c'était des regards aussi méfiants qu'attendris. Elle avait peur. Son père n'était plus là pour assurer leur sécurité, maintenant. Et qui savait de quoi les Woodburyens étaient capables après ça…

Allait-elle encore travailler à l'infirmerie ? Personne n'était venu la chercher, après le massacre, alors qu'on avait besoin de bras pour les blessés. On l'y avait assigné deux mois auparavant, et elle apprenait vite et bien, elle était la protégée du docteur S. Mais quand elle avait voulu sortir de son appartement, deux voisins armés l'avaient intercepté dans le hall d'entrée, lui disant que toute sortie était interdite, la menaçant presque. Ils étaient en charge de la surveillance selon eux, mais Lizzie savait qu'ils en avaient décidé ainsi tous seuls. Puis il lui avait demandé si elle sortait souvent, si son papa ne lui avait pas donné quelques indications pour une fuite prochaine, s'il n'était pas au courant de quelque chose. D'autres étaient venus, la pressant de questions tout en l'enfermant chez elle, où elle avait décidé de se taire et de rester avec sa sœur. Les intrus, tout en essayant de les consoler, fouillaient et occupaient les lieux à tour de rôle, leur sourire hypocrites lui donnant envie de vomir.

Elle sursauta lorsque Brayne apparut dans sa chambre, tout couvert de sang mais étrangement serein. La femme se tourna vers lui, bien heureuse qu'elle le surprenne en train d'aider, se persuadant qu'ainsi, on saura qu'elle était bien du groupe et qu'elle travaillait comme les autres.

Parce que tous avaient peur de passer pour un traître, dorénavant. La leçon avait été apprise : on était avec tout le monde ou on n'était personne.

Mais Brayne la congédia, la remerciant de ses bons services, et elle obéit instantanément, de peur d'avoir peur, se rassurant de sa bonne conduite et morale, oubliant jusqu'à l'horreur et la terreur.

Lizzie se détacha de sa sœur, qui s'enfuit dans la salle de bain, ne supportant pas le Ceara.

« Brayne…Brayne, je… »

Elle tremblait, les larmes encore abondantes, et il s'approcha lentement pour la serrer dans ses bras. Elle se laissa faire, ayant enfin quelqu'un pour l'aider dans sa peine, et il caressa ses cheveux, la couvrant de ses meurtres par tâches de sang.

« Je suis désolé. » Murmurait-il le regard froid, pensant déjà à demain. « T'en fais pas, on survivra. »

Ils restèrent ainsi de longues minutes, que Lizzie passa à remercier le ciel d'avoir un ami aussi fidèle. Elle qui lui reprochait son excès d'affection se rendait bien compte d'à quel point elle en avait besoin.

« Il n'était juste pas assez fort…Il ne comprenait pas. »

« Je sais bien, mais Brayne… » Elle se tut, la tête toujours enfoncée dans son cou. Il lui restait encore une chance de voir son père, et il était le seul à pouvoir l'aider. « Est-ce qu'ils ont…ils ont…son cerveau… »

« Il ne reviendra pas, Lizzie. »

Alors elle hurla. Elle ne cassa pas ses os mais s'en brisa la voix. D'abord sa mère, et maintenant Ryan. Lizzie était une bonne enfant-adulte, alors même si son père les délaissait, elle survivait. Elle sortait de temps à autre et affrontait le dehors, elle comprenait ce qu'était les morts-vivants. Elle aurait pu le revoir, et il aurait enfin compris. Avec Brayne, il aurait pu survivre, même s'il était différent. Mais la barbarie de Woodbury avait fait que Ryan était définitivement parti, une balle dans le crâne.

Brayne jugea le moment adéquat lorsque les hurlements ne furent plus que des chuchotis contre sa peau, et il se dégagea un peu pour mieux la voir. Son regard dur l'hypnotisa, et soudainement, elle le trouva beau.

« Le Gouverneur est toujours en vie. »

Elle battit des paupières, fronça les sourcils.

Lui ? Toujours en vie ? Le monstre qui se vantait d'avoir sauvé sa vie un jour alors qu'elle n'avait vu que le démon ? Celui qui avait coupé l'oreille de Fantôme, qui l'avait privé de son père et avait fini par le tuer par sa folie ?

Les habitants ne voyaient-ils pas le danger qu'il est, surtout après ce matin ? Pourquoi ne l'avait-on pas achevé comme les autres ?

« Certains refusent encore de voir la culpabilité de Blake. » Continua Brayne, faisant peu à peu monter la rage en elle. « Ils disent qu'il avait raison de tuer les fuyards, et qu'il n'a rien à voir dans la mort de ton père. Mais toi et moi, on sait comment il est. Il est à l'hôpital, et on gaspille des soins pour lui alors qu'on aurait pu les donner à ton père. On ne peut pas laisser passer ça, pas vrai ? Ryan méritait mieux. On devrait le venger, tu ne crois pas ? »

Oh oui. Lizzie se pensait déjà adulte, et oubliait sa naïveté d'enfant, qui la poussait à croire son idole et seul ami, l'immunisé qui la comprenait et voyait l'humain au sein des morts.

« Tu te rappelles, quand je te disais d'aller cueillir des fleurs ? »

« Oui ! » S'écria-t-elle en s'éloignant.

Elle ravala ses larmes, mais pas sa haine. Il fallait qu'elle soit forte, pour son père. Le venger, honorer sa mémoire. Elle se leva, et se dirigea vers son armoire, qu'elle déplaça un peu. Elle se baissa, récupérant un petit sachet contenant quelques baies noires et brillantes. Elles étaient un peu flétries, mais cela ne posait aucun problème. Cueillir des baies empoisonnées, voilà pourquoi elle sortait vraiment. C'était Brayne qui avait eu l'idée. Il disait que ça pouvait toujours servir pour une occasion spéciale, et ça faisait des semaines qu'elle en cueillait puis les jetait quand elles étaient trop abîmées par le temps. Au départ, cela l'ennuyait plus qu'autre chose, mais comme cela lui permettait de sortir, elle ne disait pas non.

Au bout de six cueillettes successives, Brayne tenait enfin son occasion. Lizzie les lui remit, et s'assit à côté de lui, lui demandant comment il allait s'y prendre.

« Bien… » Il se tut quelques secondes, le temps de tester ses options. Il ne pouvait pas le faire lui-même, et il comptait sur elle pour s'en charger. « Je ne peux pas lui faire avaler, le doc' en verrait les traces. Et puis je serais trop suspect. Martinez aurait pu s'en charger, mais il a disparu. »

« Mais moi je travaille à l'infirmerie. »

« Lizzie, je peux pas te demander ça, surtout maintenant… »

« Non, je veux venger mon père. Je veux le faire. »

Il eut un petit sourire. Quelle conne.

« Tu es vraiment trop gentille. »

« Non, c'est toi. Tu es le seul qui me comprenne, ici. Merci. Dis-moi quoi faire, maintenant. »

« Attendons quelques jours, histoire de voir s'il survivra de lui-même. On n'a qu'à réduire en purée les baies, je les mettrai dans mon frigo. Si ça se fait…alors tu attendras d'avoir un moment pour le faire. Tu mettras la purée dans une seringue, et tu lui injecteras dans les veines. Tu pourrais le faire avec une bulle d'air, mais je ne veux prendre aucun risque. Même si son cœur s'arrête, on pourra toujours le faire repartir. Alors que du poison… »

Elle hocha la tête, et appela sa sœur. Mais celle-ci était toujours enfermée, et n'était pas prête de sortir.

« Il faudra aussi que tu piques un endroit pas trop visible, et dans une veine, pas à côté. »

« Je sais comment on fait. »

« O.K. »

Ne sachant quoi ajouter, il se leva, un peu gauche.

« Tu repasseras ? »

« Bien sûr. Parle à Mika, elle va avoir besoin de toi. Surtout, Lizzie… » Il hésita, passa la main dans ses cheveux, fixant la porte. « Ta sœur doit être ta priorité. La famille, c'est le plus important. »

.


.

Fantôme pénétra l'appartement du Gouverneur avec une certaine crainte. Mais constatant qu'il n'y avait personne, elle s'enfonça un peu plus, couteau dans la main. Celui-ci goutait un peu sur le sol et, sans réfléchir, elle lécha la lame. Déjà, elle entendait Penny du fond de sa cellule taper contre la porte. Soupirant, mais désireuse d'en finir au plus vite, elle ouvrit la première porte, fixant les têtes dans les bocaux avec un air de profond ennui. Elle sursauta lorsqu'elle croisa le regard de Milton, qui brandissait une casserole à quelques centimètres de sa tête. Il se recula hâtivement, la casserole en l'air, ne sachant que faire.

« Il a dit que je pouvais me cacher ici. » Se justifia-t-il avec terreur, cherchant le Gouverneur des yeux.

Fantôme le considéra avec mépris et dégout, l'expression haineuse, s'écartant de lui.

« Vous pouvez arrêter de vous cacher, ils sont tous morts. Allez fuir ailleurs. » Gronda-t-elle en ouvrant déjà la grille, appelant Penny et posant son sac désormais lourd.

Mais Milton ne bougea pas, l'observant détacher la chaîne du cou de la petite fille et lui retirer son capuchon. Elle finit par se tourner vers lui, attendant qu'il s'en aille, mais il n'avait pas l'air de le vouloir.

« Où est le Gouverneur ? »

« Mort. »

Il laissa retomber son bras, choqué.

« C'est vrai ? »

« Non. Mais j'aimerais bien. » Elle dégagea les cheveux de Penny de son visage, caressa sa joue, mais la gamine était attirée par Milton. « Pouvez-vous partir ? »

« Que s'est-il passé ? »

« J'en sais rien. » Haussant les épaules, elle ouvrit son sac, et plissa le nez face à l'odeur. Elle sortit un avant-bras sous les yeux d'un Milton horrifié, qui hurla et tenta de l'en empêcher. Mais elle le repoussa aisément, grognant d'avertissement.

« Quoi ? Vous saviez ce que Philip faisait, mais quand c'est moi, ça vous dérange ?! »

« C'est juste…juste… » Mais Milton n'avait pas les mots pour qualifier une telle atrocité. Penny, bien contente du cadeau, s'empressait de l'apprécier à sa juste valeur sans le quitter des yeux, retenue par Fantôme. « Comment peux-tu faire ça ? »

Il eut des haut-le-cœur face à une telle vision, et se retourna avec horreur.

« Et le Gouverneur, alors ? Elle n'a pas survécu tout c'temps le ventre vide ! »

Voilà pourquoi elle n'aimait pas faire ça. Chasser, manger, nourrir les morts…tout le monde trouvait ça barbare, fou, inquiétant, horrifiant. Personne pour la comprendre. Pour voir qu'elle y était obligée. Que c'était dans sa nature, tout simplement.

« J'y peux rien. » Chuchota-t-elle en baissant la tête. Elle renferma la petite fille dans son trou, sans prendre le temps de l'attacher ou lui couvrir la tête. « Je veux pas, mais je dois le faire. C'est toi qui m'a dit que c'était mon côté mort et que c'était nécessaire. »

« Pas ça ! » il se retourna enfin, le cœur encore au bord des lèvres. « Nourrir cette pauvre enfant et…et…tout est dans la mesure, enfin ! Et on n'en sait rien, si t'as vraiment besoin de nourriture humaine. Vous êtes juste tous les trois complètements tarés. »

« Andréa est partie. »

Il se tut, reculant déjà vers la sortie. Il ne voulait pas être le prochain, il ne voulait plus vivre dans cet Enfer.

« C'était notre amie et elle est partie. Elle nous a abandonné. »

« Et bien je suis plutôt content pour elle ! Tout plutôt que cette ville maudite ! »

.


.

« T'es sûr de toi ? »

Daryl ne répondit pas, jouant avec son couteau d'un air pensif. Lui et Merle s'étaient éloignés pour plus de tranquillité, et Merle tapa dans une poubelle du pied en jurant, outré. Phil –non, Fantôme- mutilée ? Son amie qui avait complètement perdu la tête, torturée ?

« Elle n'a pas l'air de s'rendre compte dans quel bordel y sont. » Finit-il par reprendre. « Faut qu'on y aille et… »

« Non. » Merle n'admettait aucune réplique, et fit taire toute protestation par son regard. « On va pas foncer dans l'tas, faut être plus intelligent. »

« Ouais bah avec toi ça va être compliqué… »

« Ta gueule. » Il soupira, passa sa main sur son visage. « On va faire les choses bien, c'te fois-ci, c'compris ? »

Daryl haussa les épaules, plutôt réticent. C'était trop inhabituel de faire les choses bien avec Merle, ça partira forcément en sucette, et ce sera à lui de réparer les dégâts, comme toujours. Mais il ne pouvait pas lui en vouloir d'essayer. Il posa son couteau au sol et sortit un paquet de cigarettes. Il en alluma deux et en tendit une à son frère, qui la prit avant de s'asseoir à côté de lui, nerveux. Il tremblait et était agité, et la violence qu'il avait eu pour défendre Andréa avait quelque chose de fou, d'animal. Daryl connaissait Merle par cœur. Il savait quand celui-ci était en manque.

Pourtant, il n'en tint compte. Merle s'était assagi, il avait découvert une face bien étrange de lui, celle du bras droit fidèle et responsable. Son côté adulte, sans doute. Et il n'y avait pas à dire, ça lui plaisait.

« Tu proposes quoi ? » Finit-il par demander, le visage enfumé.

« Tu vas y retourner dans trois jours, et on verra bien si elle vient. J'te suivrai de loin. On n'peut rien faire de plus. On va les convaincre de sortir d'ce truc, faut que ça vienne d'eux, sinon c'est inutile. Mais putain, on va les récupérer. Fratrie. »

« Fratrie. » Répondit le jeune Dixon au bout d'une seconde, telle une promesse.