A/N : Waaaaaah je suis désolééée j'ai mis super longtemps à poster ce chapitre ;_;
Mais euh, à ma décharge, j'en ai perdu la moitié sur des feuilles que j'avais dans mon sac ^^'
NON NON CA N'EXCUSE RIEN JE SUIS DESOLEE ET JE M'INCLINE PLATEMENT DEVANT VOUS.
Maiiiis faut voir les choses du bon côté, il est beaucoup plus long que les autres !
... J'espère que vous aimerez ;_;
Je suis rentrée aujourd'hui, crevée comme jamais.
Adieu, sommeil réparateur qui me fera paraître belle et fraîchement réveillée à la soirée des Black.
Je. Veux. DORMIR.
Comprenez. Maximilian, le frère de Milliana, s'est mis en tête de nous prouver que le Seigneur des Ténèbres a le pouvoir de remettre en cause le monde magique et d'apporter une nouvelle ère qui remettra les Sangs-Purs au sommet, sur le trône.
Il a appuyé ses arguments par des faits-divers souvent inexpliqués.
Il a réussi, au Ministère, à avoir accès aux Archives.
Et les archives contiennent beaucoup de détails que les journaux ne connaissent pas, en ce qui concerne les attaques de Moldus et de Sangs-Impurs, ou de Traîtres à leur sang.
En bon jeune homme rusé, parfaitement conscient de nos faiblesses et du fait que nous ne sommes pas prêtes à accepter le Seigneur des Ténèbres facilement, et monstrueusement vicieux, il a jugé bon de nous donner quelques uns de ces détails.
Je suis devenue blanche comme un linge et Milliana a failli être malade. Du coup, on a passé la moitié de la nuit à faire nos devoirs de Défense, de Métamorphose et de Divination, affalées sur son lit.
Ce fut une très bonne idée. Parce que malgré le fait que ce soient des matières que j'aime bien, c'était de manière générale si monstrueusement chiant qu'on a réussi à s'endormir.
- Elinor ? Tu es là ?
Je pousse un grognement étouffé, en guise d'invitation.
Mère rentre avec un paquet sous le bras, et rit doucement en me voyant affalée sur mon lit, la tête écrasée sous mon oreiller.
- J'ai ta robe pour ce soir.
Je lève la tête, vaguement intéressée. Elle sort le vêtement de la boîte et me le montre, la tête légèrement penchée sur le côté en attente d'un verdict.
C'est une jolie robe. Blanche, simple, rien d'extravagant si ce n'est le fait qu'elle est courte devant et longue derrière.
Je repose ma tête sur mon oreiller et lève mon pouce en guise d'acceptation. Connaissant ma mère, elle est en train d'arborer un sourire indulgent.
- Repose toi bien d'ici ce soir. Nous partons peu avant 20h.
Mère m'a suppliée pendant un quart d'heure. Elle a dit que ça serait la dernière fois, qu'elle serait tellement heureuse si j'acceptais, que j'avais tant grandi que c'en était devenu presque impossible de s'occuper de moi et de me chouchouter comme avant.
Alors me voilà assise à ma coiffeuse, en train de me faire brosser les cheveux par une Mère affreusement guillerette qui fredonne, un grand sourire aux lèvres.
Quand j'étais plus petite, avant d'aller à Poudlard, elle me brossait les cheveux chaque soir, au lieu de laisser Isolde le faire - Isolde était notre domestique ; de par son statut de Cracmolle, elle avait eu un mal fou à trouver du travail, et sa propre famille l'avait reniée. Elle devait avoir environ vingt-huit ans, avait des traits assez communs mais ne manquait pas d'un certain charme, et était toujours professionnelle dans son travail, polie mais guindée. Je l'aimais bien.
Puis ses parents sont morts, et elle a eu l'opportunité de retourner vivre chez elle, avec son frère. Elle n'a pas manqué cette chance.
- Tes cheveux sont de plus en plus longs, remarque Mère. Bientôt, ils seront aussi longs que ceux d'Emma.
Nous étions dans un silence plutôt confortable jusque là, mais je me tends. Emma est dans sa chambre en train de se préparer, Hyperion est chez Mason Finnigan - ils sont tous les deux trop jeunes pour assister à la réception - et Père est, comme d'habitude, dans son bureau - c'est à se demander si ce n'est pas sa chambre. C'est le moment idéal.
- A propos d'Emma ... Je m'inquiète pour elle.
Ma mère ne répond rien, m'invitant silencieusement à continuer.
- Ce n'est un secret pour personne que la plupart des gens qu'elle fréquente vont rejoindre ... cet homme. Si ce n'est pas déjà fait. Je crois qu'elle est influencée par eux, et pas en bien.
- Tu penses donc qu'elle devrait rejoindre "l'autre camp" ? demande ma mère d'un ton neutre.
- Non ! Enfin, si ... Enfin ... Je ne sais pas.
Elle continue de me brosser les cheveux, tout aussi calmement.
Qu'est-ce que je suis censée répondre à ça ?
Le discours de Shepard me revient en tête. Le monde ne marche pas selon un système manichéen.
- ... Shepard nous a clairement fait comprendre que le monde n'est pas noir ou blanc. Alors pourquoi est-on forcé de faire un choix, comme s'il y avait un bon et un mauvais camp ? Pourquoi ne peut-on pas rester neutre ? je demande d'un ton fatigué.
Ma mère pose la brosse et sort deux rubans de ma coiffeuse. Elle prend son temps pour me répondre.
- Parce que personne ne pardonnerait ta neutralité, et surtout pas toi-même, commence-t-elle d'une voix douce. C'est le choix le plus difficile, et personne n'a le droit de te forcer à le faire, surtout tant que tu n'es qu'une enfant. Mais en temps de crise, il y a des victimes de chaque côté. Des personnes auxquelles tu tiens. Et tu auras tant de regrets si tu ne te bats pas pour les protéger.
- Comment puis-je protéger des personnes dans deux camps ? je demande d'un ton quasi-désespéré.
Hyperion, Sirius, mes parents, je veux les protéger. Mais Emma aussi, Rodolphus, Evan ... Et Regulus. Les camps sont en train de se former, et je suis perdue au milieu de tout ça.
- En faisant ce qui te paraît juste, répond-elle simplement.
Je la regarde, à la fois surprise et perplexe. Elle retrouve le sourire et, ayant fini ma coiffure, pose ses mains sur ses genoux.
- Lorsque tu décides de protéger les personnes auxquelles tu tiens, tu fais un choix. Et en faisant un choix, tu n'es pas neutre. Tu ne fermes pas les yeux sur la situation, tu ne fuis pas. Pourquoi devrais-tu accepter de rentrer dans un camp ou l'autre, quand justement cette notion de deux camps n'est pas valable ? Forme ton propre camp, celui de ta justice.
C'est ... vrai. Elle a raison.
Mais on vient de passer vingt minutes à parler de moi plus que de ma sœur. Enfin.
- Regarde-toi, dit-elle d'un ton enjoué, presque ému, en mettant ses main sur mes épaules. Tu es magnifique.
Elle se relève et s'apprête à sortir, mais se tourne vers moi au dernier moment.
- As-tu quelque chose d'autre à me dire, Elinor ? D'autres inquiétudes ?
Je la regarde. Je pourrais lui dire que Lucius Malefoy est le pire fiancé qui soit pour Emma ; qu'il ne l'aime pas et a un comportement très ambigu envers moi.
Je pourrais lui dire que la magie s'assombrit à Poudlard.
Je pourrais lui dire que là-bas, je manque de sommeil, je perds la notion du temps, je suis de plus en plus égarée.
Je pourrais lui dire quelle forme a pris mon Épouvantard.
Mais ce sont mes inquiétudes, et je ne veux pas qu'elle les partage.
- Non, rien.
En me retournant vers mon miroir, je réalise que je me suis trompée.
Ma robe est claire, très claire.
Mais elle est assurément grise.
En arrivant chez Cygnus et Druella, je fais le constat de trois choses intéressantes.
1) Ils ont dépensé un sacré paquet de fric pour en mettre plein la vue aux invités. De magnifiques lanternes illuminent le parc et le porche du manoir. A l'intérieur, le marbre a été poli au point qu'il semble presque refléter les gens comme un miroir ; les lourds rideaux qui bordent les fenêtres sont d'un riche velours bordeau qui semble rouler tranquillement rouler comme des vaguelettes alors qu'il n'y a pas le moindre vent ; plusieurs longues tables sont installées, sur lesquelles se dressent fièrement les plus délicats mets que l'on puisse trouver chez les meilleurs traiteurs de la société magique ; sous l'immense lustre qui porte plus de mille bougies et dont les Black sont très fiers, de nombreux instruments sont en train de flotter librement en jouant une musique des plus élégantes.
Et ben. Qu'est-ce que ça va être au mariage ! Ce ne sont que les fiançailles, ce soir. Je sais qu'il s'agit de ll'une des branches principales des Black - encore que, sachant que Cygnus et Druella n'ont eu que des filles, c'est très largement remis en cause - et qu'ils adorent exposer aux yeux de tous leur richesse - qui diminue d'année en année - et leur puissance, mais quand même.
2) Plusieurs de mes camarades sont arrivés. Je peux d'ailleurs constater d'ici que Rosier a l'air d'un glandu : tout dans son maintien crie qu'il est dans un profond état de gêne. C'est peut-être dû au fait qu'il a pris quinze centimètres en un an et qu'il ne semble toujours pas habitué à la longueur nouvelle de ses membres.
Ou alors, il se rend compte qu'il a intérêt à se tenir à carreau, entouré d'autant d'adultes influents et potentiellement dangereux.
Bah, de toute façon, personne ne nous prête attention, à partir du moment où on a moins de 17 ans et qu'on n'est donc pas considéré comme quelqu'un d'assez mature pour participer aux conversations d'adultes.
Toujours est-il qu'entre lui et Sirius qui tente à grand-peine de respirer tout en essayant de desserrer la cravate que Walburga a nouée d'un coup sec de sa baguette ; Milliana qui s'est éclipsée dans un coin discret avec un manuel d'Arithmancie, Alecto et Amycus Carrow qui se goinfrent en recrachant des petits bouts de dinde partout et Joanna McMillan qui a déjà l'air bourrée, notre génération n'est pas très honorablement représentée pour l'instant.
3) Lucius n'est pas encore arrivé - les Malefoy sont presque aussi arrogants que les Black, sur ce coup : ils passent leur temps à arriver en retard sans s'excuser, et parlent bien fort pour attirer toute l'attention sur eux. Je suis donc totalement libre pour une bonne demi-heure, voire même une petite heure.
Je dois en profiter.
- Tiens, Elinor, fait Evan qui vient vers moi, d'un ton qui se veut désinvolte. Comment vas-tu ?
- Assez bien. Toi ?
- Parfaitement bien. Tu es ... plutôt jolie ce soir.
Je le regarde fixement d'un air blasé. Dire ce genre de choses ne lui ressemble pas du tout. Il passe plutôt son temps à dire que je pourrais être passable si je le voulais, mais que je ne serai jamais aussi canon que ma sœur.
- Aucun adulte ne nous prête attention, Rosier, je réponds lentement. C'est pas la peine de jouer le gentil fils de bonne famille, tu sais.
Il me regarde, l'air hébété.
- Attends, c'est comme ça que tu me remercies de t'avoir fait un compliment ? Merde alors, j'aurais dû dire ce que je pensais ! T'as la gueule d'un singe travesti, Fawley, et mettre des échasses ne te fera pas paraître grande.
- J'ai pas l'air aussi guindé et tendu que si je m'étais chiée dessus, au moins !
Il a l'air à deux doigts d'attraper une assiette de confit de canard et de me la balancer à la gueule, et l'aurait sans doute fait si Milliana n'était pas venue s'interposer entre nous deux.
Ah, grande déesse Milliana, toujours là pour sauver la journée et arrêter les méchants !
- Fermez-la, tous les deux, grogne-t-elle. D'ici une heure, si vous vous entre-tuez, du moment que c'est dans un silence relatif, personne n'en aura rien à foutre. Mais là, y a pas la moitié des invités qui sont arrivés, et personne n'a vraiment eu le temps de se bourrer la gueule. Alors soyez un minimum discrets, même si aucun adulte ne vous regarde.
... C'est vrai que je ne commence pas très bien la soirée, surtout pour une première réception. Si Emma me voyait, elle me lancerait le regard le plus glacial et menaçant qui soit, me promettant silencieusement de longues heures de sermon pour plus tard.
Evan a le bon sens de paraître honteux, mais je garde obstinément le menton haut.
- T'es pas avec Wilkes, d'ailleurs ? je demande, curieuse. Ni avec Mulciber ? Tu traînes toujours avec eux d'habitude.
- Euh ...
Il a l'air très gêné, d'un seul coup. Tiens donc. Qu'est-ce que ces deux-là ont encore foutu ?
Ils passent leur temps à faire des conneries, mais leurs parents ne les auraient pas punis le soir d'une réception si importante, si ? A moins qu'ils n'aient vraiment commis un génocide ou aient inondé leur maison de Bombabouses. Ou qu'ils aient avoué à leurs parents qu'ils sont gays. Ou encore qu'ils ont l'intention de se marier avec des Moldues.
... HAHAHAHAHAHAHAHA.
- Qu'est-ce qu'ils ont fait ? soupire Milliana, en écho à mes pensées.
- Ils ont ... cramé le chêne des Mulciber.
Milliana et moi clignons des yeux au même moment.
- Pardon ? je demande avec un sourire poli, qu'Evan a l'air de juger atrocement flippant vu sa pâleur soudaine.
- Ils ont cramé une partie du chêne des Mulciber. Quelques branches seulement, heureusement. Ils sont pas assez forts pour faire plus, ou réussir à lancer comme il le faut un sort puissant, ajoute-t-il d'un ton fatigué et ayant clairement l'air de les traiter mentalement d'abrutis.
... Je vais les tuer à la rentrée.
- C'est une blague ? fait Milliana d'un ton impérieux.
Je vais les massacrer.
- Malheureusement, non.
Je vais leur arracher la tête et la remplir de fumier odorant avant de la recoudre.
- Comment ont-ils réussi ? demande ma meilleure amie, sidérée.
Et ensuite, je vais tartiner l'intérieur de leurs chaussettes avec du vomi.
- Ils ont pensé être assez doués pour lancer et contrôler un Feudeymon. Ils sont enfermés à Sainte-Mangouste, puisqu'ils ont lamentablement raté et ont failli y passer.
Silence magistral.
- Je vais leur faire bouffer les yeux par le cul.
Milliana et Evan me fixent, l'air pas vraiment surpris par cette réplique sortie de nulle part.
- Cet arbre a au moins 800 ans, c'est le plus grand chêne de toute la région, je dis en me retenant d'aller les enfermer tous les deux dans leurs cheminées. Il a été marqué par Merlin, et est une source vivante et palpitante d'un des types de magie les plus purs et incompris qui soient. Et ces deux crétins sont allés chercher un sort interdit parmi les arcanes les plus sombres de la magie pour le lancer sur un arbre sacré ?
Evan se gratte l'arrière de la tête en regardant ailleurs. Oh, évidemment que la plupart de mes camarades n'a rien contre la magie noire.
D'ailleurs, dans notre classe, je crois bien que Milliana est l'une des seuls qui refuse de toucher de près ou de loin à ce type de magie. Mais là, c'est un type DANGEREUX de magie noire qu'ils ont utilisé ; un sort que l'eau n'arrête pas. Un sort créé pour tuer, pour ne laisser que des cendres du corps le plus vigoureux et protégé qui soit.
- C'est de Felix et Adam qu'on parle, lâche Milliana. Ils n'ont jamais été des flèches.
- Ils sont même très cons, tu peux le dire, répond Evan en soupirant.
Cons naturellement ou pas, ils vont bien se faire défoncer, croyez-moi.
A gauche ? Non, il y a un groupe de vieux fripés qui discute politique.
A droite ? Pas possible, un jeune serveur transporte des montagnes de bouteilles de champagne.
Que faire ? Que faire ?
BARBIE MOCHETÉ EN APPROCHE ! AAAAAAAAAAAAAH !
- Oh, Lucius. Comment vas-tu ?
- Très bien, Sélène. Vous êtes éblouissante, ce soir, répond-il d'un ton poli.
- Quel flatteur ! s'esclaffe-t-elle. Garde donc ces compliments en réserve pour ma fille aînée.
Elle me fait un léger clin d'œil en continuant à discuter avec lui.
MERE, TU ES MA SAUVEUSE. JE FERAI ÉRIGER UN MONUMENT EN TON HONNEUR.
...
- Mais qu'est-ce que tu fous là ? s'exclame-t-on d'une même voix.
Sirius hausse un sourcil, semblant me jauger du regard.
Nan mais il abuse René, là, ho.
- Qu'est-ce que t'as Siria, t'as vu ta mémé ? je lance, méfiante.
- Ta gueule, répond-il en tressaillant. C'est même pas vrai.
- Walburga, donc.
Il soupire et hoche lentement la tête.
- Elle me lâchait pas, j'ai profité du moment où elle discutait avec Meda pour me planquer. Ici, au moins, elle viendra pas me chercher.
Il a raison. Si Walburga Black a un don exceptionnel pour deviner et se téléporter juste à côté de son fils aîné au moment où il s'apprête à faire une connerie même s'il est bien caché, elle ne s'abaissera jamais à s'accroupir et fouiller sous une table en public. Elle doit être en train de bouillir de rage.
- Et toi ?
Je toussote.
- J'ai fui dès que la princesse blonde s'est rapprochée de moi, et comme ma mère l'a gentiment interceptée, j'ai eu le temps de me planquer.
- Ta mère est géniale, dit-il rêveusement.
- C'est sûr que si on compare ...
Walburga n'est pas seulement sévère, elle est sectaire. Face à Regulus, qui lui obéit au doigt et à l'œil, elle se montre très aimable, compatissante, satisfaite. Mais elle n'a jamais pu accepter le fait que Sirius ne rentre pas dans le joli moule de la famille. Il avait sa propre opinion sur les choses, et ne se contentait pas d'écouter et d'intégrer les leçons qu'on lui donnait depuis sa naissance.
Et Walburga déteste ne pas être souveraine de son petit monde. Elle gouverne sa famille ; son mari lui obéit, son frère la met sur un piédestal, et si un de ses enfants ne fait pas de même, il doit être dressé.
- Bon, je vais te laisser t'emmerder sous une table, je déclare en me redressant. Moi, j'ai d'autres choses autrement plus intéressantes et dignes à faire.
Et je me mets à ramper de dessous la nappe en jetant un coup d'œil pour voir si la Princesse Blonde n'est pas en train de me chercher.
Mais mon regard se pose sur des pieds. Et il remonte vers des jambes, un torse, un visage.
- Euh ... j'avais fait tomber quelque chose, je lâche.
Regulus me regarde, les sourcils froncés, l'air interloqué. Je ne sais pas si je dois être morte de honte ou satisfaite d'avoir réussi à briser son masque blasé habituel. Il jette un rapide coup d'œil à mes cheveux qui doivent être absolument ébouriffés après cette course-poursuite, à ma robe froissée qui était pourtant élégamment repassée au départ. Puis il me tend sa main.
... Oh.
Quel gentleman. Je l'attrape, et il me tire pour me relever.
C'est marrant, il a un tout petit peu grandi. Il est toujours plus petit que moi, surtout maintenant que je porte des talons - franchement courts pourtant - mais il ne lui manque plus que cinq ou six centimètres avant d'arriver à ma taille.
Au moment même où il s'apprête à repartir, l'orchestre se met à jouer. Les gens autour de nous se mettent à danser.
Regulus a l'air de réfléchir à la meilleure élaboration d'un repli stratégique en voyant mes yeux pleins d'étoiles et mon sourire illuminé, mais il finit par soupirer - encore une fois, quel gosse blasé - et me présenter à nouveau sa main.
Et malgré le fait qu'il soit plus petit que moi, Regulus se démerde pour danser franchement assez bien.
- Oh ! Je sais ! je m'écrie alors.
Il sursaute légèrement, interloqué. J'affiche un grand sourire.
- Et si vous veniez nous rendre visite avant la rentrée, Sirius et toi ? Pour prendre le thé, ou n'importe quoi d'autre.
Regulus fait une sorte de grimace qui déforme le coin de sa lèvre supérieure. Bon. Je suppose que ça veut dire qu'il n'est pas emballé. C'est vrai qu'il existe sans doute peu de fratries moins proches que Sirius et Regulus. A Poudlard, je ne les vois pas se parler plus d'une ou deux fois par semaine. Et quand ils sont chez eux pour les vacances, leurs échanges doivent se limiter à "Tu me passes le sel ?" et "Je peux prendre la salle de bains ?"
Même Emma et moi, qui ne sommes pas très proches, nous montrons plus souvent que nous tenons l'une à l'autre. En discutant, en partageant des avis sur un livre, ou même en restant assises en bouquinant dans la même pièce, dans un silence confortable.
- Réfléchis-y, s'il-te-plaît, j'insiste. Hyperion serait ravi, ça fait longtemps qu'il n'a pas eu l'occasion de te parler. Et puis, il admire tellement ton talent au Quidditch ! En plus, ça serait l'occasion de se voir dans un autre cadre qu'une réception pleine d'adultes méprisants et une école remplie de gosses insupportables.
Et pour eux deux, ça serait aussi l'opportunité de se parler ou même simplement de rester pas très éloignés l'un de l'autre à un autre endroit que leur maison si froide et leur école si divisée.
- Je demanderai à Mère, finit-il par répondre.
Il s'arrête soudain dans ses pas et me lâche, puis salue.
Je n'avais même pas remarqué que la musique s'était arrêtée.
Si les autres invités ont trouvé que nous étions plutôt étranges en dansant, Regulus et moi - lui étant plus petit que moi -, ils doivent être littéralement morts de rire en me voyant avec Rodolphus.
Mais est-ce de ma faute, si ce type est absolument immense ? Je lui effleure à peine l'épaule, c'est dire ! Et pourtant, sans être grande, je ne suis pas la plus petite fille de mon âge, sérieusement, je suis littéralement pendue à lui, et malgré le fait que j'ai pris des cours de danse pour ce genre précis d'occasions depuis que je suis petite, j'ai l'air terriblement ridicule.
- Tu sais, je ne vais pas te lâcher, dit-il finalement en me tenant fermement. Alors ce n'est pas la peine d'avoir l'air aussi stressée. Laisse-moi te guider, je te promets de ne pas te laisser te vautrer sur le sol.
C'est plutôt honorable de sa part, étant donné que je viens de lui écraser le pied pour la septième fois consécutive. A sa place, j'aurais tout lâché et je serais parti, abandonnant ma pauvre cavalière à une humiliation certaine au milieu d'une foule hautaine et présomptueuse.
Au final, il a bien fait de reprendre la situation en main, puisqu'en me laissant pratiquement porter par lui, les pas me semblent soudain beaucoup plus faciles.
- Dis, Rodolphus ...
- Hm ?
J'hésite à lui poser la question. Elle va lui paraître bizarre et il risque de mal le prendre. Mais ça compte.
- Tu es amoureux de Bella ? J'espère pour toi que non, je continue d'un ton dégagé.
Il hausse un sourcil qui doit sans doute signifier "et à quel moment t'ai-je donc donné l'impression de vouloir connaître ton avis, petite créature insignifiante ?" mais prend le parti d'en rire.
- Serait-ce ta manière de me faire comprendre que tu tiens à moi et que tu t'inquiètes ? répond-il d'un ton taquin.
- Moi ? Jamais, j'affirme tranquillement.
Il sourit et me fait tourner sur moi-même avant de s'incliner, en me faisant un baisemain.
- Me permets-tu de t'emprunter ta partenaire ?
Oh. Non.
Pitié.
Rodolphus.
Je t'en supplie.
Dis non et je te donnerais tout ce que tu voudras.
- Bien sûr, répond cet abruti avec une grimace d'excuse dans ma direction. Nous avions fini de toute façon.
Très bien, Rodolphus. Si tu le prends comme ça.
Mais sache que je te maudis et que tu retrouveras tous les soirs du sable grattant dans ton lit, du sable collant qui ne te laissera pas en paix et te démangera toute la nuit.
- J'ai failli croire que tu m'évitais, dit-il en riant légèrement.
Nooooon. Vraiment ?
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? je réponds d'un ton neutre.
- Tu semblais disparaître mystérieusement à chaque moment où je comptais venir te saluer.
Tu sais, Lucius. J'ai accidentellement piétiné les pauvres pieds de Rodolphus un nombre assez hallucinant de fois, tout à l'heure.
Mais là, j'hésite carrément à le faire EXPRÈS, POUR T'EMMERDER.
- Tu avais l'air bien plus enthousiaste lors de ta valse avec le petit Regulus ... commence-t-il avec un sourire froid, amer.
Qu'est-ce que ...
- Tu ne crois pas qu'il est un peu jeune pour toi ? demande-t-il ensuite d'un ton détaché.
...
- Et toi ? je crache, les dents serrées. Tu ne crois pas que je suis un peu jeune pour toi ?
Il a l'air surpris. C'est bien la première fois que je me laisse aller au point de lui faire une remarque directe à propos de son attitude plus qu'ambiguë avec moi.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, Elinor, répond-il finalement avec une voix et un visage totalement neutres. Je suis fiancé à ta grande sœur, Emma. Dois-je te le rappeler ?
Quel connard.
- Je vois.
Je m'arrête subitement.
- Désolée Lucius, mais je n'ai plus la tête à danser.
Et je le plante là.
- Elinor ?
Milliana et moi nous tournons vers Emma. Elle a l'air soulagée de me retrouver. M'a-t-elle vue avec son fiancé ? Sans doute.
- Est-ce que tu vas bien ? Je t'ai vue arrêter de danser d'un seul coup. Tu te sentais mal ?
- J'avais juste mal aux pieds, ça faisait trois danses d'affilée.
Elle hoche lentement la tête, pas très convaincue sans doute, mais elle n'insiste pas.
C'est à ce moment-là que je remarque qu'elle n'est pas seule.
- Bonsoir Bella, félicitations pour tes fiançailles. Tu es éblouissante.
Elle me remercie avec un sourire suffisant. Ce que j'ai dit est vrai : avec ses grands yeux clairs, son visage sans défauts et son corps sublime, Bellatrix a toujours été, de loin, la plus belle de sa fratrie. Ce soir, avec sa longue robe de satin noir, au décolleté profond, et ses lèvres peintes en un rouge sanglant, elle est splendide comme une reine en deuil.
Andromeda est belle elle aussi, mais elle n'a pas cette aura séductrice, ce charisme et cette confiance en soi qu'a toujours possédé sa sœur. De son côté, Narcissa, sans être laide pour autant, n'a pas cette distinction et cette délicatesse de traits. Elle est plus petite, plus quelconque, plus timide. Son visage est assez fin, ses cheveux bien entretenus et ses yeux d'une jolie teinte bleue. Elle est plutôt jolie, oui. Mais il y a quelque chose qui manque. De la fougue, du charme ...
Des expressions. Son visage manque cruellement d'expressions. Ce qui la rend totalement quelconque, et très passe-partout.
...
Tiens, en en parlant.
J'avais même pas remarqué qu'elle était là.
- Bonsoir à toi aussi, Narcissa.
Elle me fait un signe de tête plutôt guindé.
Rha, mais parle, souris, réagis, gueule, fais quelque chose ! Même Regulus a plus de joie de vivre que toi !
- Dis-moi, Elinor, tu n'aurais pas vu Sirius par hasard ? demande paisiblement Bellatrix.
Euh.
Et bien.
Je sais qu'il est toujours planqué sous sa table. J'ai vu deux ou trois fois son bras en sortir en tapotant au hasard au-dessus pour attraper de la nourriture. D'ailleurs, je sens venir des ondes maléfiques de dessous cette nappe. Je crois qu'il me menace silencieusement de mort si je dévoile sa cachette.
Et puis. Je sais qu'ils ont été proches. Très proches, même.
Mais ça, c'était quand Sirius était petit. Bella se moquait éperdument des tentatives de ses parents de lui inculquer des valeurs féminines, de la faire passer plus de temps avec ses sœurs, avec les filles de son âge, de la faire arrêter de se battre avec des garçons, de garder ses robes et ses coiffures en bon état ...
Elle dédaignait toutes ces démarches pour passer du temps avec son petit cousin, qu'elle prit rapidement sous son aile. Ils étaient imbattables pour les conneries, ces deux-là, et arrivaient à des plans géniaux pour emmerder les autres.
Du moins, jusqu'à ce qu'elle devienne une jeune fille et qu'elle commence à être attirée par les sorts puissants, les créatures dangereuses ... Le mal en général.
Peut-être qu'elle regrette.
- Non, désolée, pas depuis le début de la soirée.
Mais je ne vais pas prendre le risque de la laisser s'approcher de lui.
- Ce n'est pas grave.
Son regard a quelque chose de déçu, de résigné.
Et d'infiniment agacé.
Milliana est à moitié affalée sur moi, ses paupières se fermant toutes seules. Moi, je baille à m'en décrocher la mâchoire, toutes les onze secondes exactement. Sirius balance de temps en temps des morceaux de bouffe à son petit frère qui les esquive lestement sans même lui accorder un regard. Parkinson, totalement bourré, est en plein flirt avec un bonsaï. Evan lui envoie des boulettes de papier qui se coincent dans ses cheveux, mais celui-ci est trop soûl pour s'en rendre compte.
Rodolphus a abandonné son statut de garçon sérieux et honorable et essaye de tresser les cheveux d'un Lucius affreusement gêné qui s'est fait coincer par Andromeda et ne peut plus bouger.
Hmmm... Oui, je confirme. Notre génération n'est pas mieux représentée maintenant qu'au début de la soirée.
Mais là, la plupart des adultes sont bien trop chargés en alcools forts pour y prêter la moindre attention.
Et c'est plutôt amusant, au final.
A/N : Bon, bon, j'espère que ça vous a plu au final.
C'était le topos de la réception que tu attendais tant, KiwiiChann !
Oui, ça peut sembler un peu cliché, mais j'avais telllllement envie de le faire ! (bah, c'est pas de sitôt qu'il y aura un autre bal croyez-moi, j'ai pas envie de profiter du fait qu'il y en a eu un dans HP pour en coller un à toutes les occasions u_u)
Sinon on voit un peu plus de personnages, c'est sympa je trouve ! Non ?
Allez, à bientôt ! :D (Oui, ça sera plus rapide cette fois ! croyez-moi !)
