Le Cheval Bleu

Repérés ?


.oO°POV Edward°Oo.

J'ai enfin réussi à gagner ma chambre. J'enlève mon manteau et je m'allonge sur mon lit, sans prendre la peine d'ôter quoique ce soit d'autre. Toutes les chambres se ressemblent à peu près, sauf qu'elles n'ont pas toutes la même taille. La mienne fait partie de la catégorie "célibataire". Il y a aussi la taille "couple" et "familiale". La seule différence, c'est la place qu'il faut pour y mettre d'autres lits ; quand il faut en rajouter quelque part, ils sont superposés (gain de place, donc plus de monde peut être logé). Dans ma chambre, on pourrait rajouter au moins trois lits. Mais ça deviendrait vraiment invivable, à quatre dans une si petite pièce...

Épuisé comme je suis, je m'endors rapidement.

À mon réveil, la première chose que j'entends, c'est le bruit dans la salle, le brouhaha des discussions. Peut-être de nouveaux arrivants, ou bien le ravitaillement... Je me lève, un peu engourdi, et regarde le réveil sur ma table de chevet : j'ai dormi quatre heures d'affilée... Ça fait un bien fou. Je remets un peu d'ordre dans mes vêtements et je sors. Tiens, je n'avais même pas fermé ma porte... Aucune porte ne ferme à clé, remarquez. Elles sont toutes coulissantes, et constituées d'une sorte de toile rigide un peu translucide (on voit juste les ombres à travers), comme du plastique. Pour l'intimité, c'est pas trop ça...

Dans le hall, il y a un groupe de personnes qui papotent simplement, autour d'une table. Rien de nouveau, donc... Je retourne dans ma chambre, je prends mes affaires de toilette et je me dirige vers les douches. Mine de rien, c'est que passer la nuit dehors à courir n'est pas recommandé pour rester propre et soigné. Un brin de toilette me fera du bien...

Les salles d'eau ont la même taille qu'une chambre "familiale" : il y a six cabines individuelles au fond de la pièce, et trois lavabos le long des murs de chaque côté de la porte d'entrée (coulissante, sans fermeture...) Au pire, on peut donc être douze à se laver en même temps (même un lavabo est suffisant, dans certains cas...) En théorie, il y a une salle qui est réservée aux femmes, mais en pratique, elles sont mixes ; le minimum qu'on fasse pour respecter un tant soit peu leur intimité, c'est que quand une femme est dans l'une des salles d'eau, aucun homme n'entre en même temps. Normal quoi. Là, j'ai de la chance, je suis seul dans la pièce.

Je pose mes affaires près d'un lavabo, j'enlève mes vêtements et j'entre dans une cabine, que je referme soigneusement.

Comme d'habitude, je me fais surprendre par l'eau froide, et je m'écarte violemment contre la porte, avant de régler les robinets. On a un quota d'eau chaude par personne. Dès que l'eau coule, le réservoir se vide de ce qu'il faut, et ensuite s'arrête. Si on n'a pas fini, on termine à l'eau froide (plutôt glaciale, vue la saison, et comme il ne fait pas spécialement chaud à l'intérieur, mieux vaut se dépêcher pour ne pas être congelé).

Pourtant, je traîne. J'ai envie, pour une fois. L'eau chaude m'endors presque, c'est un vrai bonheur... Je commence tout de même à me savonner. Mais au moment de lever les bras pour laver mes cheveux, une violente douleur me transperce l'épaule. Je me baisse aussitôt, haletant.

"C'est quoi ce bordel... ?"

Dans ce genre de situation, je peux avoir l'air de deux choses : soit j'ai l'air idiot, ce qui arrive (malheureusement) assez souvent, soit on voit que c'est grave. À mon avis, vu la tête que je tire en ce moment, c'est grave. Et pas qu'un peu. Dans un instant de panique, je pense à Winry qui aurait fait une bourde. Je me reprends vite, ça, ce n'est pas près d'arriver avant qu'elle soit aussi gâteuse que sa grand-mère (et encore, avec elle on sait jamais...). La deuxième solution, la plus probable à mon avis, c'est que mon automail est plus abîmé que ce que j'avais cru. Mais si je retourne voir Winry maintenant... elle va être encore plus énervée.

Je tente de voir ce qui ne va pas dans mon épaule ; apparemment, ça vient de l'articulation, sinon, je n'aurais pas eu aussi mal. Malheureusement, je ne sens rien sous mes doigts qui pourrait causer cette douleur. Il va bien falloir que j'aille demander à Winry...

Je coupe les robinets et je m'essuie. Chaque mouvement que je fais pour lever mon automail m'envoie comme une décharge électrique dans tout le corps. C'est franchement désagréable. Je sors et j'enfile mes vêtements propres, avant de repasser par ma chambre pour y mettre mon linge sale, puis je repars vers l'ascenseur pour remonter à l'atelier...


.oO°POV Narrateur°Oo.

Winry était en train d'améliorer son nouvel outil, qui lui permettrait de régler les défaillances électrique du système d'ouverture des portes extérieures, quand elle entendit des pas à l'entrée de l'atelier. C'était une grande pièce, plus grande qu'une chambre "familiale" ; le long des murs, excepté celui du fond, il y avait des étagères qui montaient jusqu'au plafond, toutes pleines de divers outils, pièces métalliques, produits et ustensiles médicaux, ainsi que beaucoup de couvertures et de linges. Il y avait trois fauteuils destinés aux opérations, alignés au centre depuis l'entrée jusqu'au fond, et trois lits aux draps blancs dans une pièce jouxtant l'atelier, beaucoup plus petite, laquelle contenait également des étagères, quelques chaises, une petite table dans un coin et énormément de médicaments.

Elle détourna la tête de son travail pour voir qui venait d'arriver. Quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître Edward, qui venait à peine de passer ! Cela faisait plus de quatre heures, mais elle n'avait pas tout à fait conscience du temps qui s'était écoulé, concentrée sur son travail.

"Ed ? Qu'est-ce que tu veux, encore ?"

Le garçon, au lieu de répondre, évita son regard, et commença à s'agiter, d'un air gêné. Il se tenait le bras droit comme s'il lui faisait mal, et semblait vraiment inquiet...

"Ben Ed ? Qu'est-ce qui se passe ?"

Toujours pas de réponse de la part du blond, qui ouvrait et refermait la bouche sans savoir que dire. Winry commença à s'impatienter.

"Bon, tu vas me dire ce qui ne va pas ?"

Edward eut un regard surpris, puis baissa la tête. "Oh non..." soupira intérieurement la jeune fille. Elle connaissait cette expression.

"C'est ton automail ? Qu'est-ce qui se passe ?"

"Je... en fait... j'ai... euh..."

"Arrête de bafouiller et dis-moi !"

"... c'est... mon épaule... elle... me fait mal..."

Il y eut un petit silence. Winry soupira, pour de vrai cette fois. Elle secoua la tête avec un petit sourire, et tendit la main vers le blond, qui eut l'air stupéfait.

"Idiot. Viens t'asseoir, je vais voir ça... !"

Il eut un sourire contrit, et obéit. Il s'installa dans le fauteuil, après avoir ôter tant bien que mal son large tee-shirt.

Elle s'assit derrière son dos et demanda :

"Ça fait mal comment ?"

"Je crois que c'est dans l'articulation. Quand je lève le bras, ça me lance, comme si ça touchait les nerfs..."

Elle attrapa sur l'étagère près d'elle un tournevis, et ôta la plaque fixe qui recouvrait l'épaule ; puis elle se plongea dans les câbles de l'automail, reliant les nerfs, en les vérifiant tous attentivement. Au bout d'un moment, elle releva la tête.

"Je suis désolée, Ed, mais je ne vois rien qui cloche."

"Pourtant je l'ai pas inventée, cette douleur... !"

"Je te crois, mais il n'y a rien qui cloche quand même."

Elle reprit en main la plaque étincelante, et allait la remettre en place quand un éclat étrange attira son attention. Elle le retourna complètement, et...

"Ed..."

"Oui ?"

"Bouge, pour voir..."

Obéissant, le garçon leva le bras ; étonné de rien sentir, il fit quelques mouvements, et finit par se tourner vers elle, étonné.

"J'ai plus mal. C'était quoi, alors ?"

"... Ed..."

"... quoi ?"

"Tu t'es fait avoir..."

Elle lui montra le petit émetteur accroché à la plaque.


.oO°POV Edward°Oo.

Oh non... non... non... non... non... non... non !! ... C'est pas vrai ! ... C'est un cauchemar ...

Bon sang... j'ai été eu... Kimblee va être encore plus furieux...

"T'es vraiment pas doué, Ed..."

"Tais-toi, tu veux ?! Je me sens assez mal comme ça !"

"Tu vas lui dire, ou je m'en charge ?"

"T'es folle ?! Il était déjà furieux quand je suis revenu, je peux pas aller lui dire ça !"

"Bon, je le fais alors !"

"... Non... ! Winry, attends... !"

Trop tard. Elle est déjà partie... Je vais me faire engueuler, c'est sûr... Je reste assis, sans savoir quoi faire. Quand ? Quand ai-je pu être touché ? Quand m'a-t-elle tiré dessus, avant mon bras ? Pendant qu'elle me poursuivait ? Sans doute... c'est le plus probable. Et moi, je n'ai rien senti, puisque c'était sur l'automail... Mais qu'est-ce qu'elles me veulent... ?


.oO°POV Narrateur°Oo.

Winry avançait rapidement dans le hall, jusqu'au poste de surveillance, où Kimblee devait certainement se trouver. Elle frappa trois coups secs, et entra sans attendre de réponse ; c'était une salle spécialement aménagée, avec des écrans couvrant tout un mur, du sol au plafond ; il y avait plusieurs ordinateurs reliés aux écrans, et chaque écran était relié à une caméra de surveillance. Il y en avait essentiellement à l'extérieur, mais quelques unes également dans les zones d'entrée. Une petite table au centre était encombrée par de nombreux papiers (cartes, listes de matériel, etc...). Il y avait aussi plusieurs hommes déjà présents, regardant les écrans de contrôle, ou assis autour de la table : Kimblee, bien sûr, mais aussi Hakuro, Grumman, Bradley et Marcoh. Elle remarqua également sa grand-mère, dans un coin, près des ordinateurs.

Dès qu'elle entra, ils se tournèrent immédiatement vers elle. Kimblee demanda :

"Winry ? Qu'est-ce que tu veux ?"

Pour toute réponse, elle montra le petit émetteur, petit bouton à pattes en forme d'araignée, qu'elle tenait entre deux doigts. Tout le monde dans la salle se figea en reconnaissant l'objet.

"Bon dieu... ! Winry, où as-tu trouvé ça ?!"

"Il s'est faufilé dans l'automail d'Edward."

"Quoi ?!"

"Oui, mais ce truc est trop faible pour émettre jusqu'en surface. C'est une catégorie C. Je l'ai reconnu tout de suite. En revanche, elles savent maintenant que nous sommes vraiment loin sous terre, et risquent d'utiliser des émetteurs plus performants la prochaine fois. Il faudrait que Ed arrête de sortir, s'il se fait encore tiré dessus il ne le sentira pas, son automail est un handicap à ce niveau-là."

"Est-ce qu'il émet encore ?"

"Je suppose que la douche l'aura grillé, ce genre de modèle clignote pour signaler qu'il fonctionne. Celui-là non. Donc, non, il n'émet plus."

"Quelle chance... ! Bon, messieurs, il ne nous reste plus qu'à intensifier la surveillance."

"Par contre, Edward est très inquiet."

"À quel sujet ?"

"Et bien... sur votre réaction."

Un silence.

"Continuez sans moi un instant." ordonna Kimblee en suivant la jeune fille dans le hall. Ils rejoignirent l'atelier.

Edward n'avait pas bougé du fauteuil, la tête entre ses mains, visiblement abattu. Dès que Kimblee entra, il sursauta, déglutit et détourna les yeux. L'homme le fixa un instant avant de dire :

"Tu l'as encore échappé belle."

Pas de réponse de la part de l'adolescent, qui gardait les yeux baissés.

"Le bon point, c'est que c'était une catégorie C. Donc, nous sommes toujours plus ou moins en sécurité. Le mauvais..."

Il vit le garçon rentrer la tête dans les épaules, s'attendant sûrement à une sanction.

"... c'est que tu devras désormais rester ici. Plus d'escapades à la surface. Terminé ! Parce que maintenant qu'elles savent, elles vont certainement s'acharner sur toi, tu le sais n'est-ce pas ?"

Hochement de tête, contrit.

"Bon. Comme ça, tu pourras enfin jouer avec Élysia... !"

Kimblee se détourna pour rejoindre la salle de contrôle, mais il était persuadé qu'en cet instant, le blond le regardait partir avec une expression stupéfaite, mais soulagée. Il sourit. Depuis le temps, il le connaissait...