Ils avaient passé un accord. Tobio était conscient qu'Hinata repoussait ses limites en acceptant la présence d'Oikawa dans sa vie, et accepta les concessions sans discuter. D'ailleurs, il était soulagé de rendre ce petit trafic « légal », qu'Hinata soit au courant et consentant. Il culpabilisait, bien sûr, mais ça lui ôtait un poids des épaules, celui de se faire prendre. Il n'avait pas osé dire qu'il avait déjà décidé, avant cette scène, d'accepter l'offre et que tout était organisé. Il fallait qu'Hinata continue à croire qu'il ne l'aurait pas sciemment trompé, c'était essentiel. S'il l'avait révélé, ça aurait été la séparation immédiate.
Hinata lui avait présenté une liste précise et détaillée de ses conditions, dont ils avaient discuté, comme deux personnes censées alors que c'était sûrement la chose la plus absurde qu'ait vécu Tobio. Oikawa ne savait pas encore ce qui s'était passé, mais il s'adapterait. Tout d'abord, interdiction de le ramener à l'appart. Hinata ne supporterait pas de se coucher là où il savait qu'Oikawa s'était trouvé quelques heures plus tôt, il ne pouvait pas sentir son odeur, une présence dans leur nid le dérangeait profondément. Tobio accepta, bien sûr. Dans le marché qu'il taisait, Oikawa avait déjà précisé que son appartement était à disposition.
Ensuite, ils ne devaient pas se voir plus d'une fois par semaine. Là encore, Tobio avait accepté sans sourciller. Il estimait que ça suffirait à établir un équilibre, d'ailleurs il préférait voir Oikawa le moins possible, puisqu'il était toujours aussi insupportable. Il comprenait qu'Hinata craigne qu'ils ne se voient trop et ne développent un nouveau type de relation. Ainsi, quelques heures par semaine étaient assez pour leurs affaires, sans leur permettre de devenir des intimes au niveau sentimental. Hinata réclamait également qu'Oikawa prenne soin de ne pas laisser de marques.
-Je note. Pas ici, une fois par semaine, sans marques.
-Pas un mot à qui que ce soit, bien entendu.
-Ça coule de source.
-On ne le mentionne plus. Trouvez un créneau, vous vous y tiendrez, et on fera comme si ça n'existait pas.
Tobio se contenta de hocher la tête.
-Bien.
Hinata le regarda sans le voir un instant, puis repoussa sa chaise et sortit. Tobio entendit la porte se refermer et resta seul dans l'appartement, en sachant ce qu'il avait à faire.
« Je peux t'appeler ? »
Son téléphone se mit à vibrer quelques secondes plus tard. Oikawa l'appelait lui-même. Il prit l'appel et porta le téléphone à son oreille.
-Qu'est ce qui se passe ? demanda Oikawa sans préambule.
-Hinata est au courant. Au courant de tout.
Il y eut un long silence au bout de la ligne et Tobio se demanda s'il respirait encore.
-Mais il est d'accord.
Il y eut un bruit de sifflement très bref, et un craquement. Il entendit la voix distante d'Oikawa jurer.
-J'ai lâché mon tél. QUOI ?
-Il… Il dit que c'est bon.
-Il est… Nan mais, c'est une blague ?
-Non, il m'en a parlé sérieusement, il a posé des conditions mais… Mais il est d'accord. Vraiment.
-Attends attends, Tobio, attends. Ton mec… Est d'accord pour que je te saute tous les week-ends ?
-Putain, dis ça autrement.
-Ça revient au même, pourquoi il a accepté ? Vous êtes encore ensemble ?
-Ouais, je crois…
-C'est ouf. Hajime t'aurait éclaté la gueule, et lui, il est opé. Il doit vraiment t'aimer. Les conditions ?
-Une fois par semaine, pas chez moi.
-Ouais, ça change pas de ce qu'on avait dit. Le jeudi aprem chez moi.
-Le jeudi soir, ça m'arrangerait mieux du coup.
-J'ai entraînement. Mardi soir ?
-Ça me va.
Ses propres entraînements ayant lieu le mercredi et vendredi (en plus de ses séances personnelles le midi), il n'y voyait pas de problème. Ce qui l'embêtait était qu'Hinata reste tout seul chez eux pendant ce temps, mais il trouverait quelque chose.
-On se voit demain, donc ?
-C'est ça. D'autres conditions ?
-Pas de marques.
-Ouais…, on verra. On en reparle demain, je suis chez moi là. A quelle heure tu finis ?
-Euh, six heures.
-Je passe te chercher. On a déjà fait un match d'entraînement contre votre équipe de l'an dernier, je sais où est ta fac.
-D'accord. Bon.
-A demain, en forme, précisa Oikawa avant de raccrocher.
-Ouais…, murmura Tobio à la tonalité.
Il envisagea un instant d'envoyer un sms à Hinata, mais supposa qu'il voulait être seul. En attendant, il reprit son livre et son cahier, et tenta d'étudier quelques minutes avant que son cerveau ne dérive sur la dernière heure. Hinata avait accepté. Il l'avait proposé lui-même. Est-ce que Tobio aurait fait quelque chose comme ça pour lui ? Il n'osait même pas imaginer à quel point ça devait être dur et se promit de contrôler son humeur avec Hinata dans les parages. Il devait se montrer reconnaissant.
Malgré lui, il pensa au lendemain, à Oikawa. Comment cela allait-il se passer ? Il n'avait jamais eu de plan cul de sa vie, jamais organisé de telles rencontres. Ce n'était même pas comme si le deuxième passeur était son ami, comme s'ils avaient de la discussion et des centres d'intérêt communs –à part le volley. Non, certainement, Oikawa le ramènerait directement chez lui, ils fileraient dans la chambre et tout le reste n'était que fantasmes de la part de Tobio, du moins pour l'instant. Pas de fleurs, pas de chocolats, pas de sortie romantique, rien de sentimental, se rappela-t-il. Tout ce qu'ils pouvaient donner étaient leurs corps.
Il ramena son esprit sur l'anglais et finit par s'endormir dessus. Lorsqu'il releva la tête, le ciel était d'un bleu foncé, et la lumière du salon était allumée ; visiblement, Hinata était rentré. Tobio se frotta les yeux et marcha lentement vers l'autre pièce en étirant les bras au-dessus de sa tête. Hinata, affalé sur le canapé, regardait une émission pour enfants.
-T'étais où ? demanda Tobio en tentant de se montrer nonchalant.
-Chez Yachi.
Kageyama se tendit. Yachi était la confidente de Hinata, il le savait pertinemment, et il n'avait pas de doute sur le fait qu'elle devait déjà être au courant de tout. Il avait beau dire de ne le révéler à personne, et lui… Tobio soupira. Ça l'irritait de penser que Yachi et Shouyou avaient passé leur temps à parler de lui. Enfin, avec ce qu'Hinata faisait pour lui, il pouvait bien le supporter.
-Je ne serai pas là demain soir, marmonna Tobio en se dirigeant vers la salle de bains.
Il vit du coin de l'œil Hinata hocher la tête.
-J'ai mangé là-bas, lui lança-t-il comme s'il n'avait pas entendu. Tu veux que je te fasse quelque chose ?
-Nan, je me ferai un sandwich après, répondit Tobio d'une voix fatiguée.
Il s'appuya au lavabo en contemplant son reflet dans le miroir tacheté de dentifrice face à lui. Ses yeux paraissaient plus sombres que d'habitude, semblables au ciel au-dehors, soulignés de cernes violets. Les mèches noires qui tombaient sur son front lui obscurcissaient occasionnellement la vue et il se demanda s'il devait les couper. En soupirant, il se débarrassa de sa veste d'uniforme, déboutonna sa chemise et mit la douche à chauffer avant de se déshabiller complètement et se glisser dans la cabine.
L'eau chaude semblait couler en emportant ses pensées avec elle. Tobio n'était pas le premier des prétentieux, même si on le qualifiait d'égocentrique, mais pourtant, ce jour-là, en baissant les yeux sur son corps, il trouva qu'il avait de la chance. Enfin, non, pas de la chance ; un travail acharné, entre les footings tôt le matin et la musculation, pour sculpter une silhouette de sportif accompli. Il savait que les filles se retournaient sur son passage quand il était torse nu à la plage, ou portait des vêtements moulants. Visiblement, son homosexualité n'était pas évidente, même si quelques mecs le mataient aussi à l'occasion. A vrai dire, Tobio s'en préoccupait peu, puisque ses pensées étaient toutes entières occupées par Hinata, mais maintenant qu'il y avait Oikawa, il prenait conscience de lui-même. D'une certaine manière, se dit-il, Hinata avait de la chance de l'avoir.
Quand il réalisa ce qu'il venait de penser, il releva brutalement la tête et se heurta au pommeau de la douche. Il porta aussitôt les mains à son crâne en gémissant de douleur. Le pommeau de douche qui crachait toujours de l'eau tomba sur le sol dans un bruit sourd et la porte s'ouvrit à la volée, révélant un Hinata paniqué.
-Ça va ? Qu'est ce qui se passe ?
Tobio aurait bien voulu shooter dans le pommeau, mais savait qu'il ne se ferait qu'encore plus mal. Il coupa l'eau et se frotta la tête en grommelant :
-Je me suis cogné. Rien de grave, t'inquiète.
Il vit les yeux de Hinata errer sur son corps ruisselant et ses pensées précédentes le reprirent. Il se mit à rougir de culpabilité et fit un petit geste pour signifier à son copain qu'il pouvait retourner devant la télé.
La porte se referma, et Tobio se retrouva seul à nouveau. Il envisagea un instant de se gifler pour revenir à des réflexions rationnelles, mais Hinata entendrait le bruit. Comment avait-il pu penser… que Shouyou était moins bien que lui ? Certes, physiquement, il ne faisait pas le poids à côté d'Oikawa. Mais il n'empêchait qu'il était celui pour qui Tobio avait des sentiments sincères, et il se dégoûta que de telles pensées aient pu cheminer jusqu'à son cerveau. L'un n'était pas meilleur que l'autre dans une relation, non, Hinata n'était certainement pas inférieur à lui. Les vieux démons de Kitagawa Daiichi le reprenaient, avec la sensation douloureuse et familière du complexe de supériorité. Il enfonça ses ongles dans ses paumes.
Il se sécha et passa un short de plage et un vieux t-shirt. Il s'arrêta devant le miroir avant de sortir, pour se mirer encore une fois. Le t-shirt était trop large et flottait sur lui, ample, dissimulant les contours de sa silhouette. Tobio fronça les sourcils. Il ne se trouvait pas du tout attirant là-dedans, même si c'était pour la nuit. Il haussa les épaules. De toute façon, il ne se passerait rien avec Hinata ce soir-là. Il se détourna du miroir pour aller se faire un sandwich, puis tenta d'étudier encore une demi-heure avant d'aller dormir. Quand Hinata le rejoignit quelques minutes plus tard, il dormait déjà. Du fond de son inconscient, peut-être, sentit-il la chaleur d'un regard tendre et torturé qui se penchait sur lui.
Le soleil se déversait déjà dans la chambre, à presque huit heures du matin. Tobio était debout, devant le placard ouvert, campé sur ses jambes comme s'il allait se battre contre le meuble. Sa main fit trembler divers cintres chargés de T-shirts multicolores, principalement de sport, des sweats, des chemises, des chandails. Ce n'est pas un rendez-vous, ne cessait de se répéter Tobio, les vêtements importaient peu, d'ailleurs ils seraient à terre dans les dix minutes suivant la rencontre. Il tenait tout de même à éviter les remarques d'Oikawa sur son sens de la mode. Il avait certes une veste d'uniforme, et le pantalon qui allait avec, mais le reste était au choix. Une chemise ferait trop formel, un sweat serait trop décontracté, un t-shirt serait trop banal. Pourtant, il n'avait pas trop le choix.
Il prit un t-shirt à longues manches bleu foncé dont on disait qu'il mettait ses yeux en valeur, en se disant que de toute façon, il n'aurait pas à prendre au sérieux les remarques d'un mec qui osait porter un bermuda à carreaux. Il passa une main distraite dans ses cheveux. Ils étaient naturellement raides, soyeux, et accessoirement très bien devant ses yeux. Il quitta l'appartement, ses clés et son téléphone dans une poche, son sac rebondissant contre son dos.
La journée passa lentement. Les cours furent ennuyeux, et Tobio ne put réussir à s'accrocher à ce que débitait le prof. Il passa son midi seul, étudiant au lieu de s'entraîner, à essayer de retranscrire ses notes en sirotant l'inévitable brique de lait. Il surveillait son téléphone du coin de l'œil, inquiet qu'Oikawa ne cherche à le contacter, mais aucun sms ne vint troubler son après-midi. Il avait le cœur au bord des lèvres en franchissant le portail à dix-huit heures et en cherchant à reconnaître Oikawa dans la foule qui se déversait du portail et des étudiants qui restaient, appuyés contre les murs, en petites grappes serrées.
Il entendit des voix de filles surexcitées, et perçut quelques bribes de ce qu'elles babillaient. Il gonfla les joues et aperçut au loin le groupe d'admiratrices, à quelques mètres d'Oikawa, qui pouffaient derrière leurs mains en lui lançant des œillades. Oikawa, lui, était appuyé contre une grille, des écouteurs dans les oreilles, une cigarette à la main, et leur adressait quelques sourires en soufflant la fumée. Lorsqu'il vit Tobio, il écrasa sa clope, adressa un dernier clin d'œil aux filles qui se trémoussaient en gloussant et avança vers lui, déterminé. Kageyama se demanda s'il allait l'embrasser et serra ses poings dans ses poches en se raidissant, mais Oikawa se contenta de passer son bras autour de son cou pour l'entraîner avec lui, ralentissant à peine. Tobio aurait pu poser sa tête sur son épaule, ainsi, ou protester et se dégager, mais il se laissa traîner passivement vers une voiture bleu turquoise en entendant toujours les filles, dont le ton avait changé, même s'il ne distinguait plus les paroles. Le poids sur sa nuque s'envola quand Oikawa enleva son bras et s'installa au volant. Les deux portières claquèrent, le moteur rugit, et la voiture démarra.
Tobio jeta un coup d'œil à Oikawa. Il n'avait toujours pas prononcé un mot et Kageyama avait l'impression que l'ambiance était glacée. Allaient-ils vraiment arriver comme ça chez Oikawa et… Tobio secoua la tête. Ça s'annonçait mal.
-Les filles vont parler, lâcha-t-il finalement, en saisissant le premier sujet pour briser la glace.
-Et qu'est ce qu'elles vont dire ? interrogea Oikawa avec un demi-sourire.
Ses yeux riaient, et Tobio fut pris d'émotions contradictoires, le dégoût qui y était associé depuis plusieurs années, et le soulagement de voir qu'Oikawa n'était pas fâché pour une raison quelconque.
-Qu'on est ensemble, répondit-il le plus naturellement du monde. Tu m'as attrapé comme ça…
-C'était pour être sûr que tu ne t'enfuies pas, rétorqua Oikawa en tirant la langue. Et aussi, comment t'aurais pu reconnaître une voiture que t'as jamais vue ? Fallait bien que je sorte. Mais maintenant, je n'aurai plus qu'à t'attendre à l'intérieur au lieu d'aller faire le pied de grue au milieu d'étudiants débiles.
-T'es un étudiant.
-Mais ma fac est réputée ! piailla Oikawa.
Tobio avait envie de le frapper, et il l'aurait fait si Oikawa n'était pas au volant. A la place, il croisa les bras et fit la moue jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent sur le parking de l'immeuble que Kageyama reconnut comme celui où il était déjà venu, une fois, le vendredi précédent.
-Et où il est, Iwaizumi ?
Oikawa fit un geste inutilement théâtral pour verrouiller la voiture dont les phares clignotèrent un bref instant, puis se tourna vers Tobio en haussant les sourcils.
-Sa boîte est assez loin d'ici, il y va en train avec des horaires pourris. En plus, il est nouveau et fait pas mal d'heures supp' pour plaire au patron, tu vois ? C'est rare qu'il mange à la maison, il a pris ses habitudes sur place. Alors je m'occupe en attendant.
Il lui retourna un sourire resplendissant.
-Je suis là pour la distraction, c'est ça ? marmonna Tobio en esquivant la porte qu'Oikawa ne prit pas la peine de tenir.
-Oh, plutôt un défouloir.
Le sourire parut considérablement plus inquiétant dans l'ombre de la cage d'escaliers.
-Le prends pas mal ! poursuivit Oikawa en changeant d'expression pour faire une bouche en cul de poule que Tobio jugea répugnante. Une distraction, on peut s'en passer. Mais je ne peux pas me passer de toi. Enfin, pas réellement de toi, mais tu vois… Tu ne peux pas me prendre de haut pour ce que je dis, vu que tu le ressens pareil. C'est pas vrai, Tobio-chan ?
Kageyama se contenta de soupirer pendant qu'Oikawa déverrouillait la porte de son appartement.
L'horloge murale affichait dix-huit heures trente. Kageyama se retrouva seul sans trop savoir comment, et détailla le salon en attendant le retour d'Oikawa. Un calendrier était accroché sur un mur, où étaient répertoriés les matchs d'entraînements, les examens, les réunions, les sorties et tout ce qui faisait le quotidien du couple. Les jours passés étaient fluotés, et s'arrêtaient à la date du jour –le 21 juillet.
-Tu pars ? demanda Tobio quand il entendit les pas d'Oikawa se rapprocher.
-Quand ?
-Pendant les vacances.
-Iwa continue à travailler, donc non, dit Oikawa d'un ton résigné qui se fit minaudant quand il ajouta : du coup, je vais encore plus m'ennuyer…
-Dommage que je ne sois pas une distraction, commenta Tobio.
Il se félicita d'avoir remballé Oikawa de la sorte, et un air de satisfaction dût paraître sur son visage, puisque presque aussitôt une vague de douleur l'envahit.
-Je rêve ! Tu m'as frappé !?
-Oh, abuse pas. Je t'ai juste donné une fessée.
En effet. C'était presque mortifiant, songea Tobio en sentant la rougeur courir sur ses joues et les tiraillements sur ses fesses. Comme s'il était sa chose, son animal de compagnie. Tobio aurait voulu se masser un peu l'arrière-train pour faire passer les picotements, mais la main d'Oikawa restait là où elle avait atterri. Il se contenta de serrer les dents et foudroyer Oikawa du regard. Celui-ci, nullement impressionné, affichait un léger sourire et ses yeux étaient plissés dans une expression niaise absolument immonde. Il leva son autre main et ses doigts effleurèrent la courbe de la mâchoire de Tobio, qui baissa les yeux.
-On est gêné ? le taquina Oikawa.
Ses doigts glissèrent pour saisir le menton de Kageyama, et il se demanda pour la deuxième fois en trente minutes s'il allait l'embrasser, mais Oikawa inclina son visage sur le côté pour murmurer dans son oreille d'une voix que Tobio jugea beaucoup trop sensuelle à son goût.
-Je n'aurais pas dû...excuse-moi.
Il recula son visage et ajouta en souriant largement :
-Abîmer un cul comme le tien… je m'en voudrais.
La main qu'il avait justement à cet endroit se raffermit et Tobio sursauta. Il commençait à avoir très chaud, mais soudainement, Oikawa lâcha tout et gambada vers la cuisine. Une onde de frustration se répandit des cheveux aux orteils de Tobio. Il était parfaitement conscient qu'Oikawa était un salaud manipulateur, et une nouvelle fois, il se rendit compte qu'il avait baissé sa garde.
-Tu veux quelque chose à boire ? chantonna la voix d'Oikawa.
Kageyama avança dans sa direction pour le trouver devant le frigo ouvert, contemplant pensivement les cannettes alignées le long des étagères. Il se contenta de hausser les épaules. Une cannette de bière fut casée dans ses mains, et, désœuvré, il suivit à nouveau Oikawa dans le salon, avec l'impression désagréable d'être passé de défouloir à élément du décor.
Il s'assit dans le canapé et commença à boire, en silence, ayant parfaitement conscience de son épaule et de sa cuisse contre celles de l'autre passeur. Il jeta quelques coups d'oeil furtifs à son profil, aux mèches en épi, couvertes de reflets châtains sous le soleil, à l'arc de ses sourcils, aux yeux mi-clos et au nez légèrement retroussé. Il avait quelques tâches de rousseur, nota Tobio en se demandant comment il avait pu ne jamais le remarquer, avant que son regard ne s'arrête sur le dessin des lèvres. Pleines. Appétissantes. Il regarda la chair tendre et rouge s'écraser avec délicatesse sur le métal de la cannette, s'entrouvrir pour laisser passer le liquide, la courbe de la gorge osciller alors qu'il déglutissait, puis un bout de langue rose caresser la lèvre supérieure. Tobio réalisa qu'il avait passé les vingt dernières secondes en apnée, yeux écarquillés et la bouche ouverte, et se demanda si Oikawa faisait exprès d'être aussi… sexy.
Le regard moqueur que lui lança l'autre le lui confirma.
-Connard, lâcha Kageyama.
-Viens, répliqua Oikawa en lui faisant un clin d'œil.
Il posa la cannette sur la table basse sans quitter Kageyama du regard, et se leva pour se diriger vers ce que Tobio savait être la chambre. Il le suivit des yeux puisposa sa cannette à demi entamée à côté de l'autre, et alla rouvrir la porte que, pour telle ou telle raison, Oikawa avait refermée derrière lui. Ce dernier était assis au bord du lit, encore entièrement habillé.
-Tu n'as pas tardé, remarqua-t-il, provocateur. Exactement ce que j'attendais de toi.
Tobio restait figé dans l'embrasure de la porte, alors il ajouta :
-Approche.
Kageyama avança lentement vers lui et, lorsque Oikawa tapota suggestivement ses cuisses, il s'y assit, précisément comme Hinata avait fait sur lui la veille. Il chassa cette pensée et passa un bras autour des épaules d'Oikawa pour se maintenir. Les mains d'Oikawa se posèrent fermement sur sa taille et ils se regardèrent dans les yeux quelques secondes avant qu'enfin, leurs lèvres ne se rejoignent. C'était davantage quelque chose comme Oikawa qui pressait brutalement sa bouche contre celle de Kageyama, avide, vorace. Evidemment, Tobio répondit au baiser, ouvrant la bouche et laissant leurs langues se livrer à une bataille acharnée pour prendre le contrôle. Même là, ils trouvaient le moyen de rester en compétition. Oikawa prit sa lèvre inférieure entre le siennes et la mordilla, et Kageyama savait que c'était juste pour l'agacer. Leur position devenant inconfortable, il passa une jambe de chaque côté d'Oikawa, et dégagea sa lèvre pour reprendre un baiser plus passionné. Peu à peu, il se retrouva à demi allongé sur lui, ses mains posées sur sa poitrine et celles d'Oikawa sur ses hanches. Il commençait à s'y faire lorsque qu'Oikawa renversa leurs positions, et le fit basculer sous lui d'un geste leste. Rien de moins qu'un dominant…
Il cessa de l'embrasser et colla sa bouche à sa mâchoire, son cou, puis, visiblement gêné dans son avancée, il lui enleva son sweat (sur lequel il n'avait pas fait de remarque). Ses lèvres se baladèrent sur le torse de Tobio en laissant derrières elles une fine marque humide, descendant toujours plus bas. Kageyama mordit ses lèvres quand elles passèrent sur les os saillants de ses hanches, et lorsqu'il releva la tête, elles étaient posées sur le métal froid de la boucle de sa ceinture. Les yeux d'Oikawa étaient ouverts, plantés dans les siens, ardents, et un frisson remonta toute l'épine dorsale de Kageyama, qui hocha brièvement la tête avant de la laisser retomber sur le matelas. Il entendit les cliquettements, la fermeture éclair s'ouvrir, et son pantalon se retrouva sur ses genoux. Il sentit les ongles d'Oikawa, soigneusement taillés, érafler superficiellement la peau de ses hanches quand il glissa ses doigts sous son boxer.
La sensation de froid dû à la nudité soudaine le fit frémir, mais elle fut bien vite remplacée par un souffle chaud, et l'humidité brûlante d'une langue. Tobio ferma les yeux et serra ses poings autour des draps alors qu'Oikawa prenait de plus en plus d'assurance, et tenta de réguler son souffle pour ne pas donner l'impression qu'il était facile. La chaleur, l'humidité tout autour de lui l'enserraient, contractant tous les muscles de son corps. Il perdit peu à peu sa maîtrise de lui, porté par le mouvement régulier et le bruit humide qui l'accompagnait, jusqu'à ce que son bassin tressaute malgré lui. Il y eut un son mouillé et il rouvrit les paupières pour voir Oikawa, de la salive coulant sur le menton, qui s'apprêtait à lui dire quelque chose de sarcastique –et Tobio l'attrapa par les cheveux pour ramener sa tête là où elle était précédemment, pour lui occuper la bouche à autre chose que débiter des conneries. Il laissa ses mains dans les cheveux, leur prise se resserrant de plus en plus au fur et à mesure que la pression montait, que le rythme se faisait de plus en plus erratique. Kageyama essayait de refouler tant bien que mal les gémissement de plaisir qui s'agglutinaient contre ses lèvres, et quelques uns s'échappèrent dans l'atmosphère déjà turpide de la chambre. Il avait l'impression que quelque chose était en ébullition dans son ventre, quelque chose qui débordait soudain –et son dos s'arqua, ses jointures blanchirent contre le cuir chevelu d'Oikawa. S'il lui fit mal, il ne protesta pas –Kageyama, de ses hauteurs, pouvait aisément se l'imaginer, bouche ouverte devant lui, et cela renforça la sensation d'euphorie qui se diffusait dans tout son corps. A peine était-il revenu sur terre qu'Oikawa prenait d'assaut ses lèvres, les siennes encore humides et gonflées, sur lesquelles traînait un goût indéfinissable. Elles glissèrent de la bouche de Kageyama à son oreille.
-Ne crois pas que tu vas être le seul à t'amuser, lui chuchota-t-il d'une voix mielleuse.
Il se redressa et retira son T-shirt, qui disparut derrière lui dans un froissement. Tobio posa ses mains sur son ventre et y sentit les muscles durs sous la peau délicate. Il défit le jean et essaya de lui enlever, en maudissant l'inventeur du slim. Oikawa ne facilita pas les choses lorsqu'il s'étendit à moitié sur lui, pour recommencer à murmurer dans le creux de son oreille des choses toutes plus sales les unes que les autres. Kageyama eut vaguement conscience que la peau de ses joues cuisait, et que tout le reste de son corps aussi, le nez dans le creux de l'épaule d'Oikawa et ses doigts se débattant avec le tissu.
Les pensées de Tobio se dispersèrent quand il eut la satisfaction de réussir à descendre le jean. Il en profita pour fourrer sa main sous le boxer, jusqu'à ce qu'Oikawa lui agrippe le poignet et ne recule ses hanches hors de portée. Tobio haussa les sourcils. Les mains d'Oikawa serraient les siennes plus fort que nécessaire. Il y eut un instant d'immobilité vaguement embarrassante.
-C'est ces mains qui me rendaient tellement jaloux, chuchota soudain Oikawa.
Tobio ne savait que penser d'une confession tellement soudaine et déplacée. Malgré tout le temps et la passion qu'il y consacrait, le volley était la dernière chose à laquelle il pensait là maintenant. Il regarda le visage d'Oikawa pensif au-dessus du sien, muet. Il serrait toujours ses mains. Soudain, il se pencha pour coller sa bouche à celle de Tobio, avec une violence presque désespérée. Ses mains lâchèrent les siennes pour se poser sur sa taille avec force, et Tobio sentait ses doigts s'enfoncer dans la peau au point qu'il était sûr qu'il y laisse des traces distinctes, malgré les conditions de Hinata.
Tout à coup, il se retrouva seul sur le lit, qui rebondit légèrement lorsque soixante-quinze vingt kilos s'en ôtèrent. Tobio en profita pour agiter ses jambes et faire tomber son jean et son boxer –jusque là sur ses chevilles- sur le sol, se retrouvant par là intégralement dénudé. Le sommier grinça, et Oikawa réapparut soudain dans son champ de vision, les joues rouges et le souffle court, en souriant largement. Le bruit d'un bouton dévissé résonna légèrement aux oreilles de Kageyama, immédiatement suivie d'une voix moqueuse :
-Prêt pour le premier set, Tobio-chan ?
