Pour ne pas changer, je suis en retard. Ainsi donc, mes plus plates excuses
Mars pointe le bout de son nez, plein de promesse et de soleil (du moins, je l'espère).
Cette fois ci encore, et même davantage encore, merci pour vos reviews ! Toujours ce même plaisir de lire vos impressions….
Vraiment, merci de tout cœur à Hachiko06, Dairy22, Nini, Roze Potter, BloodyNessyZabini, Basmoka, Atchoum16, Myrka, Lily, EtoiledeNeige, Caella, Samikitty et Anadyomede.
Merci à Sithgirl de m'avoir filé How to Disappear Completely de Radiohead
Et merci à Anthony and the Johnsons pour avoir écrit You are my Sister.
Et pour terminer, un petit rectificatif, il fallait lire dans l'Acte Six, dans la bouche d'un des colonels des sous sols Quatre vingt six morts durant la bataille et non pas Deux Cents cinquante six.
Bonne Lecture et à bientôt.
Acte Sept
Pov Draco
Trois jours…
Il s'était mis à pleuvoir dès la fin du deuxième jour. A torrent. « Pour laver le sang » avait chuchoté une Médicomage, lugubre.
Le crachin était discontinu et le front contre la vitre, j'observai Londres. Ce que j'en voyais, pour le moins.
- Alors, la guerre, ça vous change un homme ?
Ouria. Bien sûr. Je ne l'avais pas revu depuis mon retour. Certainement retenue par la masse de travail dans les sous sols. Elle se planta face à moi, la tête inclinée.
Je pourrais me vexer, tu sais. Pas un mot. Pas une visite. A croire que je t'importe peu.
C'était le cas. Je crois que lui dire l'aurait fait sourire.
- Je suis à bout de nerf, susurra-t-elle, en se collant contre moi. Le nombre de gamin qui…
Je passai un doigt sur ses lèvres, pour la faire taire. Avant de l'embrasser, brusquement. Je la sentis batailler avec les boutons de ma chemise et son corps se presser contre mon torse. Elle répondit avidement à mon baiser, trop pressé, trop hâtive. Je parvins à la pousser sur mon lit. Je ne voulais pas l'entendre parler de l'horreur. Me confronter à trop de chose. J'étais lâche. Encore. Trop.
Et bien sûr, elle me céda.
OoOoO
Le calme était presque pesant. Trop tendu. Il y eut un silence à couper au couteau, et Ron leva la main.
- Putain, Ron, on avait dit : pas de coup douteux, s'exclama Harry, regardant sa tour se faire décapiter.
Le grand rouquin éclata de rire et fit une révérence, faussement contrit.
Hermione leva un œil du feuillet de renseignement, observant ses amis du coin de l'œil. Pour la première fois depuis des jours, ils semblaient détendus. Heureux… Presque. Elle regarda l'arrêté ministériel qu'elle tenait dans les mains et afficha une moue mauvaise. Elle n'aimait pas ce qu'elle était en train de lire. Elle rejeta le feuillet sur la table, en secouant la tête.
- Echec !
- Echec et mat.
Le sourire d'Harry se voila, lorsque son Roi vola en éclat. Il poussa un soupir résigné et repoussa l'échiquier devant lui.
- Je te donne des cours de tactique quand tu veux, le railla Ron.
- Hmm. File avant que je prenne ma revanche.
Son ami acquiesça et attrapa sa baguette.
- Filer ? Où ça ? demanda la jeune femme.
Harry et Ron échangèrent un regard entendu.
- MacGo a réussi à m'accorder une place dans la réunion ministérielle de ce matin.
- Et Harry ?, hasarda Hermione.
- Crois-moi, je suis bien mieux ici. Ma présence est, disons, indésirable.
Ron releva sa capuche sur les yeux et quitta la pièce, embrassant Hermione furtivement, au coin des lèvres. Elle détestait ça. Harry rangeait les pièces du jeu, méthodiquement.
- Je n'ai pas besoin que tu t'inquiètes pour moi, Hermione.
Elle leva les yeux au ciel.
- Harry. Je crois qu'il le faudrait, au contraire. Explique-moi ce que tu as fais ces quinze derniers jours ? A part jouer aux échecs et regarder devant toi ? Peu de chose, il me semble.
Le ricanement de son ami lui fit serrer les mâchoires. Il se releva, arpentant la pièce avec un calme apparent.
- Peut-être que tu pourrais m'expliquer ce que je suis censé faire ? L'attaque a été un fiasco, Hermione. Un désastre. Je suis remis en cause de toute part, et très franchement, je me demande par quel miracle je suis encore ici. J'ai été mauvais, Hermione. En dessous de tout. Tout le monde peut te le dire.
- Et depuis quand tu écoutes ce que tout le monde dit ? Les gazettes, les mauvaises langues, les jaloux, les envieux. Harry, ça a toujours été ainsi et je…
- Non, Hermione ! Explique-moi ce qui était en jeu, avant. Ma crédibilité ? Mon prestige ? Soyons généreux, disons même, ma fierté ! Mais putain, Hermione, maintenant ce sont des vies. Quatre-vingt six. Hermione, ils sont quatre-vingt six à ne pas être revenu. Et je suis censé faire quoi, hein ? Me dire que j'avais raison ? Que les gens peuvent parler ? Putain, Hermione, ces morts, ils sont là. C'est une vérité. Toi qui crois tellement à la vérité, qu'est-ce que tu réponds à ça ?
Il s'était approché si près d'elle qu'elle pouvait sentir qu'il tremblait. Elle leva la main et effleura sa joue, tendrement, aérienne. Avant que ses doigts courent sur sa nuque. Il la serra brusquement contre elle, enfouissant son nez dans son cou.
- Je suis complètement paumé, Mione…
Elle ne répondit rien, passant la main dans ses cheveux. Apaisante.
- Si tu n'avais pas déclenché la bataille, Il l'aurait fait. Tôt ou tard. Il veut nous écraser, Harry. Il veut du prestige, du sang et de la gloire. Rien de plus. Rien de moins. Maintenant, les regrets, il va falloir apprendre à les porter. Et continuer d'avancer.
Ses poings se bloquèrent dans son dos, et elle repensa à Malefoy. Il n'était pas si différent. Son regard la fouilla et elle lui rendit un sourire, pâle.
- Continuer, hein ? Tout mettre à plat et avancer ?
- Oui.
- Hermione, pourquoi il a sauvé Neville ?
Elle ne répondit pas. Cette question était en suspens depuis trop longtemps. Un voile opaque sur le QG. Des regards lourds sur ses épaules.
- Hermione…
Et son regard perdu lui fit mal.
- Je ne sais pas, Harry. Qu'est-ce que tu crois? Il m'a forcé à transplaner, il m'a empêché de rester avec Neville. Je pleurais, et il a juste dit qu'il s'occuperait de lui.
- Tu l'as cru ?
- Est-ce que j'avais le choix ? Harry…
Il détourna la tête, et grinça.
- J'ai confiance en toi, Hermione. Toujours. Mais. Il y a des choses qui se disent…
- Ils racontent n'importe quoi. Nous sommes au-dessus de tout ça.
Le survivant se pencha et doucement, très doucement, trop, peut être, il ajouta.
- Je comprendrais, Hermione. Je te le jure. Ta rupture avec Ron. La douleur. Le désir d'oublier la solitude, tromper l'ennui. On fait tous des erreurs.
Hermione s'était redressée. Et elle regardait son meilleur ami, s'empêtrer dans ses explications, triturer le tissu de sa cape, lisser les plis, se passer une main dans les cheveux. Et ses mots, ses phrases. Ce qu'il sous entendait. Son ton doucereux. La fatigue. Jania. Et la boule qui grossissait dans sa gorge.
- Non Harry… Pas toi. Tu n'as pas le droit.
Debout, elle lui faisait face.
- J'ai vu ton regard, l'autre jour… Tu étais inquiète.
Le geste de lassitude de son amie exprimait déjà beaucoup, et apathique, elle soupira :
- Tu ne peux pas me demander de passer mes journées avec quelqu'un sans m'inquiéter de son sort. C'est un être humain, aussi détestable qu'il puisse être. Il était avec moi, dans cette tour. Et il a fait des choses qui ne lui ressemblent pas. Tu peux me demander beaucoup Harry. Presque tout. Mais pas ça. Je ne peux plus être indifférente. Je suis désolée.
Il avait ouvert les bras et elle s'était jetée à l'intérieur. Encore une fois. Cette étreinte. Ce soutien, ce maintien. Elle le sentit resserrer les pans de sa cape autour d'elle et poser la tête sur son épaule. Et alors, elle se mit à pleurer. Juste des larmes amères et fades, des sillons douloureux sur ses joues glacées. Parce que Jania était morte. Parce qu'elle n'avait jamais pris la peine de la connaitre. Parce qu'elle était épuisée, les membres tellement lourds et douloureux que le sommeil se refusait à elle. Et parce qu'elle avait peur, pour l'Ordre, pour Harry, pour Ron. Et pour Malefoy.
- J'ai besoin de toi, Hermione. Tu comprends ? Alors oui, j'ai peur. Je me méfie. Tu es comme moi, dans ce monde. Une orpheline, sans attache. Ron a ses parents, toute la fratrie Weasley, et ils comprennent ce qu'il vit. Nous, nous n'avons que nous. Et je serai là pour toi. Je ne t'abandonnerai pas. Jamais.
Sa respiration s'apaisa, il se mordit la lèvre. Son ventre se tordit. Comme l'impression d'avoir fait une énorme erreur.
OoOoO
Pov Draco
Les parents de la petite Jania venaient de partir. Son père, un type immense, n'avait pas desserré les dents. Les poings fermés, il avait semblé maintenir debout sa femme. Elle avait un chignon strict et de grands yeux froids. Ils s'étaient inclinés devant Potter et elle lui avait saisi le bras.
- Je veux que vous la vengiez. Vous comprenez ? Ils doivent être punis.
Il y avait tellement de haine dans sa voix, ce désir brulant de faire payer. De faire souffrir.
Potter n'avait rien dit, il avait juste baissé la tête. Je crois qu'il comprenait aussi. Il sentait cette onde brûlante qui ravageait Londres.
La douleur et ce serpent insidieux qui venaient se nicher dans les âmes. L'envie d'en découdre et de faire couler le sang. Encore.
La première bataille en appelait d'autres, qui feraient naître dans la fureur de la nuit d'autres combats. Jusqu'à ce que la haine se meurt. Que la mort l'annihile. Mais avant cela…
Je frissonnais.
Mon regard coula vers Smith accoudé à l'armoire, impassible. Il avait regardé Jania partir et n'avait rien dit. Mais d'après Granger, il ne disait plus grand-chose.
Et je ne pouvais pas m'empêcher de le comparer à ce jeune Mangemort. Nao. Est-ce qu'il serait devenu cette ombre, comme Smith ? Est-ce que j'avais eu raison ? Ou est-ce que je tentais d'alléger ma conscience ?
Et puis, insidieusement, il me vint un nom à l'esprit. Un nom qui m'assura que j'avais eu tort. Qu'il n'y avait pas de raison. Fergus. Le troisième. Le dernier.
Je ne savais plus. La révélation me bloqua la gorge et me piqua la rétine.
Tu as voulu jouer au dieu, Draco.
J'avais cru pouvoir décider. Epargner ou tuer. Qu'est-ce que je savais de la justice ? Moi, l'apprenti Mangemort, tiré trop tôt des griffes du Lord. Ce Fergus. Ce type. J'avais cru que vivre était mieux pour lui. J'avais tenu sa vie entre mes mains. Et sans doute aujourd'hui, il regrettait de ne pas s'être retourné. Il songeait à sa mort. Et par procuration, il rêvait de la mienne.
Ces deux types m'obsédaient.
Parce que nous avions faussé les convenances de la guerre. Les codes veulent que l'on tue des uniformes. Que l'on fasse tomber des bases. Que l'on arrache des positions. On ne parle jamais de tuer un homme. De briser une famille. D'écraser des projets.
Bellatrix avait raison
Tu ne penses plus. Oublie que tu es un homme. Cela te tuerait.
Et c'est pour ça qu'en sixième année, je n'avais pas su le tuer.
Il suffit de quelques secondes. Se dire que cet homme, face à vous, à une femme qui l'attend quelque part. Que peut-être même, ils ont une maison, plus loin sur les terres. Et qu'il lui a promis de l'épouser, un jour, dans le champ derrière la maison, près du chemin.
A ce moment-là, on est déjà mort…
OoOoO
Pov Draco
- Malefoy, Hermione ?
Je relevais la tête. Potter m'observait, les sourcils froncés.
-Ton épaule est en état ?
Machinalement, j'apposai mes mains contre le bandage. Je cicatrisais bien et je pouvais bouger l'épaule normalement, sans trop forcer.
Il renifla dédaigneusement et consulta Weasley du regard.
- On vérifiera tout ça avec une Médicomage. En attendant, ça devrait être suffisant. Je vous avais parlé de ce type qui semble connaitre le dernier Horcruxe. Nous avons tenté quelques approches. Il n'apparait aucune relation avec le Lord, de près ou de loin. Une sorte de marginal, mais qui a longtemps travaillé dans l'allée des Embrumes. Il vit reclus dans un petit village du Nord Est de l'Ecosse, dans l'Aberdeenshire. Il passe son temps dans l'unique pub de Keith. C'est un vieillard qui a plus ou moins abandonné le monde sorcier. Il sait que nous devons venir lui parler. Il suffit d'un peu de discrétion et de tact. Vous pouvez faire ça ?
Il agita une photo sous mon nez, que je saisis, tandis que Granger s'était rapprochée, dans mon dos. L'image représentait un homme entre deux âges, l'air aigri, devant une boutique à la façade usée.
- Un vieillard ? Pour information, elle a combien d'années ta photo ?
- Quarante deux. Andy Answoorth, c'est son nom. Ce soir, vers la tombée du jour.
L'insulte me brula les lès lèvres. Mais Granger me prit la photo des mains et l'observa avec attention.
- On devrait pouvoir faire ça. Ne t'inquiète pas.
Elle avait appuyé sur le on et je vis le sourire de Weasley vaciller. Je me mordis la langue et soufflai. Ils pouvaient aller au diable.
OoOoO
Pov Draco
- Un petit village, un trou oui…
Granger ne releva pas et plissa le nez.
- A ton avis, notre Pub… Il est dans la rue principale ou… dans la rue principale.
Un grondement de dépit fit office de réponse et je m'engageai dans la petite artère sombre. Quelques magasins aux devantures austères et au bout de la rue, à trois pas d'une impasse, un pub miteux, d'où s'échappait une mélodie étouffée. Granger remonta la capuche sur sa tête et pénétra dans le bar.
Elle se faufila jusqu'à une table, dans un coin, peu éclairé. Je m'installai face à elle et observai rapidement les lieux. Le pub était bondé, quelques musiciens dans un coin jouaient un air traditionnel et deux serveuses passées d'âge parcouraient la salle, des pintes de bière à la main. L'une d'elles vint vers nous, un demi-sourire entre les lèvres.
- Vous prrendrrez bien quelque chose à boirrre ?
- Deux bières, merci.
Granger avait répondu, sans même prendre le temps de me regarder. La serveuse jeta un regard circonspect sur nos capuchons, dissimulant nos visages, avant de faire demi-tour.
- Il n'y a rien de pire qu'un accent pour laisser apparaitre que nous sommes étrangers.
Elle me coula un regard dur et se retourna, scrutant la salle.
- Et leurs satanées musiques. Leurs binious me vrillent les tympans, grondai-je.
- C'est un biniou bien spécifique, Malefoy. On appelle ça une veuze. Et cette sorte de cithare, là-bas, c'est un Dulcimer.
Je ne pus m'empêcher de sourire. Quelle sorte de filles était-elle pour être experte dans les instruments traditionnaux écossais?
- Enlève ce sourire suffisant, Malefoy… J'ai passé toutes mes vacances en Ecosse quand j'étais gamine et… Oh, va te faire voir.
Elle plissa le nez. Une gamine. La serveuse déambula entre les tables, déposant les consommations sur la table, un petit sourire affable sur les lèvres, avant de s'éloigner.
Granger avait sorti la photo de sous sa cape.
- Où est-ce que tu es Andy ?, demanda-t-elle, passant un doigt sur le cliché. Est-ce que ça te rend si différent, une touffe de cheveux blanc ?
Un ricanement m'échappa et elle releva la tête.
- Il y a neuf chances sur dix pour que ce type soit un vulgaire ivrogne. Faire l'intéressant. Se payer note tête. Se donner de l'importance. Mais il y a ce dixième. Ce ridicule petit dixième. Celui qui me dit que cela pourrait être sérieux. Intéressant. Et c'est pour ça que j'ai confiance, que je suis et je ne pose pas de question. C'est stupide, hein…
Elle se mordit la lèvre.
Ce qui la perdra , un jour, c'est cette chance sur dix.
OoOoO
- « Sang de bourbe » !
-Oui mais « espèce de sale petite enflure sans imagination » … pour autant, c'est ça que tu appelles du tact, Malefoy ? Plutôt terrifiant comme sens de la diplomatie.
Elle lui avait saisi le bras, l'obligeant à s'arrêter.
-Tu m'emmerdes, Granger ! Tu as peur de quoi ? Du Lord ? Rassure-toi, il ne s'encombre pas de rigolo dans ton genre. Ce type ne sait rien et le Lord se moque bien qu'on l'amoche un peu, ton vieillard, assez fringuant, si tu veux mon avis.
- Et bien sûr, tu n'as rien trouvé de mieux que de le prendre au col ?
- Il t'avait insulté, Granger. Et ne mime pas l'indifférence, tu t'en serais étranglée.
- Malefoy, tu te payes ma tête ? Tu m'as traitée de Sang-de-Bourbe bien assez souvent pour ne pas t'en offusquer.
- Bordel, Granger !, hurla-t-il. C'était différent. On peut bien t'insulter, mais pas lorsque tu te présentes à mes côtés. Une certaine idée de l'honneur. Précepte désuet d'une éducation trop noble pour toi.
Elle grinça des dents, avant de cingler.
- L'honneur ? Tu veux savoir ce que je pense ? C'est que tu as pris un pied fou, Malefoy. T'énerver, retourner la table, le prendre au collet, lui sortir ton petit chapelet de menaces devant les regards abasourdis de tout le pub. Tu as joué et je suis sur que tu as adorés ça !
Il l'affronta un moment du regard, avant qu'un éclat traverse ses prunelles.
- Follement.
Et il éclata de rire. Tellement imprévisible et spontanée qu'Hermione en resta interdite. Ce con riait. Franchement. Et elle sentit ses épaules se secouer. Son rire à elle sentait l'épuisement et l'incrédulité. Mais elle riait néanmoins, avant de se rabattre contre le mur, essoufflée.
Il replia une jambe contre le mur, hilare.
- Hermione, je peux te parler ?
La jeune fille se figea soudain. Ron, à l'autre bout du couloir, la dévisageait. Un mépris évident se dessinait à la commissure de ses lèvres. Son cœur se serra. Pourquoi devait-elle avoir le sentiment de les trahir ?
Elle ne faisait que rire.
Glacial. Il s'était avancé, ne jetant pas même un regard au Serpentard.
- En privé.
La moue mauvaise de Malefoy ne lui échappa pas. Il grogna quelque chose entre ses dents, avant de s'éclipser.
-Ron…
- Eh quoi ? On ne peut plus rien lui dire, à ton ami ?
Il s'engouffra dans le couloir, le visage tendu, Hermione à sa suite.
- Rentre là.
Il venait d'ouvrir une porte, et tenait le battant, invitant Hermione d'un geste de la main.
- Ron, je…
- J'ai dit : Entre là.
Pour la première fois, Hermione ne reconnut pas son meilleur ami. Une lueur dans le regard. Il referma la porte dans son dos.
Elle bouillonnait, il le savait. Il la connaissait mieux que personne. Sa manière de froncer les sourcils. Ses doigts qu'elle frottait les uns contre les autres. Et il l'aimait. Encore. Il aurait voulu qu'elle aussi, lui réserve des regards affectés et pleins de regrets. Mais ce n'étais pas son genre.
- On peut savoir à quoi tu joues ?
- Je revenais de mission, Ron. Mission complètement foireuse, si tu veux tout savoir. Mais j'ai l'impression que tu t'en fous. C'est quoi le problème, au juste ?
Il tourna le dos et serra les mâchoires.
- Je t'en prie, Hermione. Arrête. Où es le problème ? Je ne sais pas. Je ne lui fais pas confiance. Et à mon sens, c'est suffisant. Je m'inquiète pour toi, Herm'…
Herm'. Il ne l'appelait plus ainsi depuis des mois. Ce surnom, susurré contre son oreille, ses suppliques, ses caresses. Sa tendresse, et ce Herm', toujours. Le vestige de leur amour. Et elle se demanda ce qu'il cherchait, à rameuter ainsi le passé. Il n'aurait pas sa culpabilité.
Elle gronda. Et il sut que c'était trop tard, désormais.
- Malefoy n'est pas une menace.
Il fallait qu'elle reparle de lui ? Elle avait écrasé ses derniers espoirs si vite, avec si peu de remords. Et il fallait qu'elle juxtapose son nom… Au sien.
- Je m'en contrefiche, Hermione. Fais ce que tu veux.
Il était las. Tellement
- Harry est parti en urgence, dans la soirée. Un groupe a fait front contre Scrimgeour, durant l'Assemblée et il réclame sa tête. Et par raccourci, celle de Harry. S'ils tombent…
- Qui ?
Ron leva à peine les yeux.
- Si je te dis le Colonel Alcibade, ça te dit quelque chose ? Il a réussi à réunir pas mal des plus anciens gradés. Tous des parvenus. Ils ont leur place au Ministère, et Scrimgeour pensait le plus gros de la tempête passé. Ces types sont les vestiges de l'aristocratie sorcière… Et ils se croient tout permis… Un peu comme Malefoy.
Hermione releva la tête.
OoOoO
Pov Draco
Réunion d'urgence.
Encore une. Et le regard de la Belette me brulait la nuque. Il cherchait quoi au juste ?
Grosso modo, sa seigneurie Potter et Scrimgeour allaient perdre leurs postes. Et la moitié du QG était en état de panique. L'autre moitié faisait semblant et s'arrachait les futurs postes à pourvoir.
- … Et le colonel Alcibade a…
- Alcibade ?
Ca m'avait échappé. Le Colonel Alcibade, aux dernières nouvelles, était ce gradé aux grands préceptes humanistes. Pas le dirigeant d'un groupe de mutins.
- Tu le connais ?, avait demandé Granger, une lueur d'espoir dans le regard.
- Vaguement. Il traine pas mal dans la Salle de Repos et dans les sous-sols. Mais il n'était pas de ceux à prendre la parole contre Potter, il restait en retrait.
- Tu le savais, et tu n'as rien dit… Du Malefoy, dans toute sa splendeur.
Weasley avait grincé, se croyant spirituel.
- Dire quoi ? Ose me dire que vous ne le saviez pas. Il suffit de lire la Gazette pour avoir un aperçu fidèle de ce qui se dit dans les sous-sols. Et puis… Je suis le coéquipier de Granger, pas le rapporteur des sous-sols.
- Et c'est une erreur… Tu y passe du temps, dans les sous-sols.
Oh Granger, ma belle. Je te vois venir à des kilomètres. Avec ton air mutin. Et ton sourire, au coin des lèvres. Tu peux toujours courir.
- Granger. Tu n'y penses mêmes pas !
- Malefoy ! Tu es l'héritier d'une longue dynastie. Encore un gamin à leurs yeux, mais tu es un des leurs. Il y a moins d'un an sans doute, tu n'étais qu'un illustre nom chez un illustre opposant. Mais à cette époque, il se prosternait presque au botte d'Harry. Aujourd'hui, c'est différent. Tu détestes Harry et, par raccourci, l'intégralité des personnes dans cette pièce. Eux aussi.
- Admettons, Granger. Tout bien disposé à mon égard qu'il soit, je suis censé faire quoi ? Me pointer, la bouche en cœur et leur dire de me laisser faire ?
Elle leva les yeux au ciel.
- Nous rapporter ce qu'ils disent. Et tenter de les canaliser un minimum. Nous avons besoin d'Harry, cela va de soi, et davantage encore du soutien de Scrimgeour. L'issue est déjà incertaine, mais si la guerre nous gangrène de l'intérieur, autant abandonner tout de suite.
Arthur Weasley observa Granger un moment et expliqua :
- Scrimgeour a réussi à clôturer le conseil pour ce soir. Sursis précaire. Il reprendra demain matin aux aurores. Si Malefoy veut avoir une chance, il faut lui donner un poste au sein des sous-sols. Qu'il prenne en main les ravitaillements. Le confort. Ces types s'ennuient et la défaite d'Harry est leur seule distraction.
- Des jeux et du pain, en somme…, lâchai-je.
Granger me regarde brièvement, semblant réfléchir.
- Minerva, ces hommes, leur but premier est de faire tomber Harry ou de prendre le pouvoir ? Quel est le but et quelle est la conséquence ?
- Le but avoué, c'est la tête d'Harry. Le reste n'est qu'un substantiel avantage. Depuis quelques temps, Harry rogne sur leurs budgets : moins de nourriture, moins de boissons, peu de distractions… Et ils ne supportent pas cela… Je crois que Miss Granger a raison. Malefoy pourrait être notre atout.
Je commençai plus ou moins à saisir mon rôle. Officiellement, j'étais le lest que Potter lâchait aux gradés dissidents. Officieusement, j'étais celui qui assurait la cohésion interne. Une jolie montée en grade. Je ne pus m'empêcher de siffler.
- Si j'accepte, il faudra que Potter joue le jeu. Il faudra qu'il parle demain, devant l'Assemblée. Qu'il fasse profil bas et qu'il serre les dents. Il faut leur donner l'illusion que mon entrée sur scène est une défaite pour lui.
- Qui a dit que ca n'en était pas une ?
Weasley avait craché son venin, froidement. Il passa une main dans ses cheveux, avant de reprendre.
- Il reste une question. Qui vous dit qu'il jouera le jeu ? Je parle de Malefoy, bien sûr. Vous voulez lui donnez un poste haut placé. Le Gradé des Sous-Sols. Avec sous ses ordres, toute une troupe prête à comploter contre nous. Je suis le seul à percevoir le danger ?
- Malefoy ne sera pas le « Gradé des Sous-Sols » comme tu dis. Simplement une sorte de représentant. Et nous lui laissons le soin de gérer le budget alloué aux gradés. La véritable idée est qu'il apparaisse toujours dans le sillage d'Harry, pour donner l'illusion qu'il le surveille. Il faut les rassurer et les brosser dans le sens du poil. Rien de plus. Rien de moins, trancha Lupin.
- C'est de la folie…, grinça Weasley, lugubre.
- Dans ce cas, qu'elle nous sauve…, conclut McGonagall.
OoOoO
Pov Draco
- Malef…
- Hmm ?
Granger m'avait stoppé sur le pas de ma chambre. Accoudée contre la balustrade de l'escalier, elle jouait avec une mèche de ses cheveux.
- …Un souci, Granger ?
Elle secoua la tête.
- Nan… Non, aucun. C'est juste que…
Elle m'observa brièvement avant de se mordre la lèvre.
- Rien. Laisse tomber, en fait.
Elle amorça un pas vers sa chambre. Et je ne pus m'empêcher de la retenir.
- On n'aura jamais droit à une belle et noble mission ensemble hein… ? C'est con.
Elle fit volte-face, les yeux brillants.
- Et la Garde ? Moi, je dirais que ce fut l'apogée de notre collaboration.
- Allons, Granger-Chérie, je parlais d'une mission. D'une planque, longue et monotone. Je suis sûr que tu es tout à fait charmante, après avoir pataugé dix heures dans la boue, les pieds glacés et le visage strié… J'aurais adoré…
Mon sourire se voulait ironique mais elle se mit à rire.
« Ne ris pas Granger, je serais capable de faire de choses que tu regretterais. »
Elle changea brusquement de sujet.
- Et demain, alors ?
Je me calai contre le mur, en soupirant.
- Potter va faire un petit discours. Je vais faire un petit discours. Et je suis attendu dans les locaux du Ministère dans moins de cinq heures maintenant, histoire de me faire « briefer ». Comme si un Malefoy avait besoin de se fai…
- Tu t'en sortiras bien.
Elle se pencha doucement vers moi et ses lèvres m'effleurèrent la joue. Son regard accrocha le mien, et elle recula, commençant a se retourner.
-Attends!
Elle s'immobilisa, dos a moi. Je repassais devant elle, lui saisissant le bras. Doucement. Trop, sans doute.
-C'était quoi, ca?
Je la sentis frissonner, alors que je laissais ma main glisser le long de son bras.
« Bordel, Draco, déconne pas, merde ».
Je contractai les mâchoires et la lâchai brusquement. Elle baissa la tête. Troublée.
- Je vais y aller, je crois.
Sa voix n'était qu'un filet.
- Mmmh, oui, c'est ça.
Je crois bien qu'elle fut déçue. Mais je ne la regardais pas.
Et voila pour ce chapitre....
Alors ? Vous êtes les uniques juges.
Une review pour donner votre avis. Conseil, critique. Tout est bon à entendre.
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