Chapitre Cinq : Retrouvailles

Sur le pas de la porte, un jeune homme d'environs seize ans, aux cheveux noirs balayant de larges épaules et aux yeux saphir pointait un doigt accusateur sur Kishia.

« Toi ! Tu avais pour mission de protéger Harry ! Et maintenant, il est introuvable. Un instant, il était sur l'écran de surveillance et puis, pschitt ! Plus rien ! Disparu ! Envolé le signal d'Harry ! Alors je veux savoir ce qu'il s'est passé et où il est ! Et… » Le regard du jeun homme venait de tombait sur Harry qui le regardait, stupéfait. « T'es qui, toi ? Kishia, c'est qui celui que tu nous ramène ? »

« Sirius… »

La voix faible d'Harry résonna dans l'air, murmure chargé de tristesse et d'espoir mêlés. Une voix qui frappa Sirius, car c'était bien lui, en pleine face. Une seule personne prononçait son nom de cette manière, une seule et unique personne qu'il chérissait même par delà la mort.

« Harry ? C'est toi ? »

« Evidemment que c'est lui, triple crétin à la cervelle de moineau ! Est-ce que je peux savoir ce qu'il t'a pris de réaliser sur lui le rituel de partage ? Est-ce que tu sais seulement que tu as faillit le tuer avec tes idées dénudées de réflexion ? Et est-ce que tu m'écoutes seulement, baka ?! »

En effet, Sirius s'était jeté sur son filleul pour le serrer dans ses bras, filleul qui, une fois le choc passé, lui rendait l'accolade avec un bonheur évident. Kishia reprit sa forme humaine et enfila rapidement les vêtements qu'un homme d'environs vingt-cinq ans lui avait apporté. Ce dernier avait d'immenses yeux gris, cachés sous de longues mèches ébène et ses robes de sorcier vertes et argent mettaient en relief sa haute et fine stature. Il souriait d'un air narquois.

« De toute manière, c'est un imbécile de Gryffondor qui n'écoute jamais rien, et encore moins les choses importantes. »

« Sal' » grogna Kishia. « Je t'ai déjà dit que je ne voulais rien entendre sur le registre des Maisons sur mon Domaine. »

« Mais nous sommes hors du Domaine, Kishia. » Le ton était moqueur, légèrement impertinent alors que le brun aux yeux gris désignait en même temps le portail rouge.

« Tu as très bien saisi ce que je voulais dire. Si je me demande toujours pourquoi je me suis lié à cet imbécile de Sirius, certains jours, je me pose aussi la question pour toi. »

« Mais c'est simple, Kya. Tu t'es lié à moi parce que je suis le plus beau, le plus fort et le plus… »

« Egocentrique et imbécile inconscient que la Terre n'ait jamais portée durant mes quelques siècles de vies. Et par tous les crocs de Kai-Ren, arrête de m'appeler comme ça ! »

Se plaignant à voix basse à Harry que le « Chat » n'avait pas encore pris conscience de toute sa valeur, ce qui était malheureux pour l'un des plus puissants Démons vivant à Shamliar, Sirius conduisit son filleul à l'intérieur du Domaine du Démon. Derrière l'arche de la porte et l'écran de verdure, des bâtiments tout en hauteur s'enroulait autour de pins centenaires, reliés les uns aux autres par des passerelles arachnéennes. Le Libéré observait cette étrange architecture, fasciné par cette impression de grâce, de fragilité mais en même temps de force et de puissance comme en témoignaient les épaisses portes, les systèmes permettant de décrocher les passerelles ou encore les étroites meurtrières qui jalonnaient des murs lisses hormis les grandes fenêtres dont la présence de volets pouvaient les dissimuler dans l'épaisseur des parois. La voix de Kishia le ramena au présent.

« Maintenant que nous sommes tous présents, gamin, si tu pouvais revenir parmi nous… Merci. Harry est un jeune Libéré, par l'imbécillité inconsciente de son parrain Sirius, pour ne pas le nommer. Sa Majesté a décidé qu'il resterait ici pour sa formation. Gamin, tu connais donc Sirius, je le laisserai finir les présentations des Liés et la visite du Domaine. Deux règles simples à retenir dès maintenant : interdiction de sortir du Domaine sans moi, sauf si tu veux finir en casse-croûte, et interdiction de se quereller à propos des Maisons de Poudlard. Je te retrouverai à la tombée de la nuit sur la rive droite du Bassin Septentrional. »

Puis Kishia disparut par le premier des bâtiments dans un léger bruissement de tissu. Harry le regarda s'en aller avant de reporter son regard sur son parrain. Sirius. Celui qui lui avait offert une famille pendant deux courtes années, celui qui était mort par sa faute. Tué par son inconscience du danger et par les manipulations d'un cinglé ténébreux. Le jeune Libéré allait faire une réflexion à celui qu'il considérait non pas comme une figure paternelle mais presque comme un grand frère quand Sirius et Sal' échangèrent un regard de travers avant de l'ancien Héritier des Black ne prenne la parole.

« Ne perdons pas de temps, si tu veux être à l'heure ce soir. En partant de la gauche, je te présente Ayame Takeshi, un maître en art martiaux et le premier à s'être lié avec Kishia. »

« Sois le bienvenue, jeune Libéré » répondit un homme d'une vingtaine d'années, aux traits asiatiques et aux cheveux d'un noir de jais attachés en une longue et fine tresse qui se perdait sur les motifs draconiens de son kimono.

« A côté, Inachla. Elle est peut être ici depuis longtemps, mais son sang iroquois n'a pas oublié l'art d'être archer. » Une jeune amérindienne salua d'un signe de tête le nouveau venu.

« Narianna et Najac, mère et fils, tous deux de la tribu des Nez-Percés et respectivement troisième et quatrième Liés de Kishia. S'ils sont tous deux très doués pour le camouflage et l'espionnage, la véritable spécialité de Najac est le lancer de couteaux. » Les deux indiens aux visages si semblables le saluèrent d'un étrange signe de paume circulaire.

« Nalouk est un shaman d'une tribu arctique. Sa magie de l'esprit est impressionnante, de même que sa manipulation de la Foudre et de la Terre. » Le visage déjà marqué par le temps, même si tous les Liés reprenaient l'âge auquel ils avaient été liés lors de leur arrivée à Shamliar, et les cheveux noirs méchés d'argent, l'inuit lui offrit un léger sourire qui fit scintiller ses yeux sombres.

« Ensuite, la jolie fille, c'est Indra. Cette indienne est la meilleure métamorphomage que je connaisse, même Tonks ne lui arrive pas à la cheville ! » Indra eut un sourire moqueur avant de rapidement faire passer ses yeux par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel pour se fixer sur un jaune d'or chaleureux qui brillait du même éclat que son sari.

« Yuki Arashi, il manipule l'Air comme toi un balai et n'a pas son pareil pour le maniement du katana. C'est son septième Lié et le meilleur ami du neuvième, un duc français, Philippe de Nevers qui lui se bat à l'épée. Sa botte le met à l'abri de bien des mauvaises rencontres et on ne compte plus ceux qui sont morts, sa lame entre les yeux. » L'asiatique tout vêtu de blanc lui offrit un simple sourire alors que l'aristocrate blond aux yeux bleus lui offrit un salut digne de la Cour de son époque.

« Le huitième, c'est l'imbécile en vert. Harry, j'ai le déshonneur de te présenté le malheureusement et tristement célèbre Salazar Serpentard, et accessoirement Maître de Potions. » Le brun lança un regard furieux sur Sirius avant d'opter pour le septique pour Harry qui, lui, n'avait pas attendu pour lui jeter un regard haineux. Sa rage contre les Serpentards et les pertes qui lui avaient fait subir étaient trop présentes dans son esprit pour qu'il puisse faire abstraction de ses sentiments et des idées préconçues que ses amis lui avaient fourrés dans le crâne. Le Fondateur eut un haussement de sourcil avant un sourire narquois. Malgré leurs différents, et ils étaient nombreux, Sirius et Sal' s'entendaient plutôt bien et l'Animagus avait parlé au Maître de Potion de ce qu'il se disait dans le monde actuel. Sal' jubilait intérieurement. Rien ne lui plaisait plus qu'un défi, et celui-ci était de taille.

« Pour finir, il reste le plus beau et charmeur de tous… »

« Sirius ! » L'éclat de voix avait surgi de toutes les gorges, coupant net la tirade du présentateur. Puis, les Liés s'étaient éparpillés, reprenant leurs activités habituelles tandis que Sirius et Ayame escortaient Harry dans sa découverte du Domaine de Kishia.

Les six bâtiments prenaient place en un demi-cercle entourant le Bassin Central, miroir d'eau en forme d'étoile à cinq branches, émaillé de nénuphars blancs et de leurs grandes feuilles gris-vert aux reflets irisés. Deux autres bassins, en forme de virgule, se refermaient sur les habitations. Plus profonds, ils abritaient des colonies de papyrus égyptiens peuplés de libellules aux couleurs électriques. L'un était le Bassin Septentrional.