Salut mes lapins. Comment allez-vous ? En forme pour cette nouvelle année ? Je vous souhaite plein de bonheur, plein de fics, plein d'amour. En parlant de ça, voici le nouveau chapitre, qui je l'espère participera à ce que je viens de citer !

Plein de bisous, merci pour tous vos encouragements. Bonne lecture.


Chapitre 7


Tony avait rarement atteint un tel degré d'excitation. Peut-être, oui, la première fois où il avait réussi à démonter puis remonter un ordinateur, à l'âge de quatre ans. Ou alors quand il avait découvert Iron Maiden. Et encore : rien de moins sûr. Son état actuel dépassait l'entendement.

Il fallait se contenir pourtant, et rester discret. Un véritable effort, considérant qu'il déambulait librement dans les couloirs de marbre et d'or du palais royal d'Asgard, aux côté du prince lui-même. Comme dans un rêve. Il voulait tout voir, tout toucher. Les murs couverts de tapisseries et de tentures, de tableaux et de sculptures délicieuses. La fontaine immense, trône de coquillages sur lequel siégeait un Odin d'albâtre au regard intraitable et au sceptre serti de rubis. Figure paternelle terrifiante : Tony pria pour ne pas avoir à le rencontrer un jour.

Le sol veiné d'argent liquide du hall principal, les lustres en cristal de la salle de bal circulaire, les nappes finement brodées du grand salon : tout constituait un spectacle saisissant. Les lieux étaient déserts et endormis, en cette heure tardive. Loki connaissait la position des gardes affectés à la sécurité royale et zigzaguait, empruntant minuscules couloirs et escaliers dérobés, pour éviter toute rencontre malencontreuse.

-Une cape d'invisibilité ce serait pas mal, souffla Tony, qui avait emboîté le pas à son guide, s'imaginant à Poudlard.

- Je pense que j'arriverai à nous rendre invisible tous les deux, éluda le sorcier. Mais j'aime autant ne pas le faire si je n'y suis pas obligé : c'est assez fatigant.

Tony en eut la bouche béante pendant une longue minute.

Après une enfilade de détours et un nombre d'escaliers inimaginable, ils parvinrent enfin à leur destination.

La salle des trésors, véritable musée archéologique d'artefacts en provenance de toutes les dimensions connues.

- Il n'y a pas de gardes? nota Tony, surpris, alors qu'ils poussaient la lourde porte d'ébène.

-Non. Il n'y a pas beaucoup de gens malhonnêtes par ici. Sans compter que pour la plupart des Asgardiens, cette pièce ne contient que des babioles sans grand intérêt...

En pénétrant dans la salle oblongue, Tony songea que les Asgardiens avaient décidément un vrai goût du luxe. Par "babioles sans intérêt", ils entendaient coupes d'or, bijoux anciens et miroitants, bâtons d'invocation et autres miroirs magiques.

Il en resta muet et contemplatif, alors que Loki paradait fièrement entre les trésors de la ville, gratifiant les pièces maitresses d'un commentaire explicatif, ignorant les plus insignifiantes à ses yeux.

- Et ce cube bleu, là-bas? demanda un Tony hypnotisé par l'aura frémissante de l'objet en question.

- Ce n'est pas vraiment un cube, murmura Loki, lui-même fasciné.

Il s'approcha un peu, fit mine de tendre la main vers la relique, se ravisa à l'ultime moment.

- C'est un tesseract.

Tony siffla d'admiration et s'approcha pour contempler la forme parfaite de l'hypercube. Il connaissait bien ce principe de géométrie, car très utilisé en architecture informatique. Cette version à la couleur vive dégageait quelque chose qu'il n'aurait su décrire. Posé sur un socle de marbre niché au sein d'une alcôve, il accrochait la lumière des étoiles qui filtrait par le vitrail coloré derrière lui, transmettant des lueurs de diffraction psychédéliques.

- C'est mathématiquement très excitant, chuchota Tony, mais... A quoi ça sert?

-Ah... Ça... Il s'agit d'un artefact magique d'une telle puissance que seuls de rares élus peuvent le toucher.

- Toi, tu peux? demanda Tony, pressé, alors que les doigts fins de Loki s'étendaient vers le tesseract.

- Non...

Pourtant, sa main se rapprochait inexorablement. Plus que quelques centimètres... Plus que quelques millimètres... La peur l'emporta sur la curieuse excitation de l'instant et Tony attrapa la main du sorcier pour l'empêcher de toucher l'hypercube.

Loki sembla sur le point de protester, mais un son clair de métal dans leur dos les fit sursauter. L'adrénaline soudain maximale leur rappela la dangerosité de leur situation. Les pupilles de Loki se dilatèrent dans la semi-obscurité baignée par les reflets des divers trésors présents dans la salle. Il attrapa Tony par le devant de sa chemise, l'obligea à reculer dans l'alcôve la plus proche, un doigt sur la bouche pour réclamer le silence.

On entendait désormais distinctement le son des plaques d'amures qui claquent et s'entrechoquent, ainsi que quelques paroles badines échangées. Deux walkyries en pleine ronde, très probablement, et le son se rapprochait à chaque seconde. Tony ouvrit la bouche, paniqué. Même ainsi engoncés dans leur recoin, nulle doute qu'on les apercevrait sans mal. Il frissonna. La main de Loki posée sur son épaule désormais était si froide que la sensation gelée traversait le tissu de ses vêtements. Maintenant qu'il l'avait si proche de lui, Tony se rendit compte à quel point le sorcier irradiait littéralement le froid. Il songea qu'au contraire, son ami devait le trouver brûlant. Il se demanda si ce contact était désagréable pour Loki. Pour lui, ça ne l'était pas. Pas plus que les mèches noires qui lui chatouillaient le cou dans cette étrange proximité, ou que le souffle rapide sur sa joue.

Il n'eut cependant par le temps d'étudier l'aspect plaisant de la situation en détail : sous ses yeux, le bras de Loki commença de disparaître, marque invisible qui s'élargissait à chaque seconde. Bientôt, le sort s'étendit jusque lui, et il eut l'impression qu'une tache de peinture transparente le recouvrait peu à peu, l'arrachant au spectre visible. Sensation étrange et très angoissante que de ne plus pouvoir distinguer son propre corps, ni celui de son complice. Il se pinça plusieurs fois, mais non, il était bel et bien là. De toute façon, il sentait encore la proximité fraîche du prince, le tissu fluide et épais de sa cape noire qui lui balayait les jambes, l'emprise ferme de sa main invisible sur son épaule invisible.

Il retint sa respiration lorsque les walkyries passèrent à leur hauteur, persuadé pourtant que l'on entendait les battements de son cœur à cent mètres à la ronde. Lorsque le danger se fut éloigné, il soupira longuement, et les couleurs revinrent sur Loki. D'abord ses yeux, puis son visage, le vert émeraude de sa tunique et ses cheveux de geais. Lorsqu'enfin le prince le libéra de son emprise, Tony retrouva à son tour sa substance et il frotta ses avant-bras avec satisfaction, heureux de les retrouver entiers.

- C'était totalement ouf! S'enthousiasma-t-il. Comment tu... Ça va?

-Hmm.

Encore plus pâle que d'ordinaire, le jeune Asgardien semblait bien instable sur ses jambes.

Tony l'attrapa par le bras et décida que la visite était terminée pour ce soir.

- Tu es incroyable, conclut-il en s'éloignant à regret du tessseract. Avec tes capacités, Loki, toutes les possibilités s'offrent à toi... Tu pourrais dominer le monde, pouffa-t-il lorsqu'ils remontèrent les escaliers menant à la chambre princière.

Loki, les yeux papillonnant de fatigue, sourit dans l'obscurité.


Loki entrouvrit un œil et tourna la tête à droite. Allongé à même le sol chauffé par ce soleil digne des étés les plus caniculaires, il se redressa sur un coude. Tony, couché à ses côtés, les mains sous la tête et les jambes croisées, profitait lui aussi de la lumière jaune et chaude.

L'eau de la cascade auprès de laquelle ils passaient l'après-midi miroitait tellement qu'il en devenait difficile de la regarder trop longtemps. Loki plissa un peu les yeux, détailla le torse nu de son voisin, déjà sec malgré leur récente baignade.

- Tu as pris du muscle, constata-t-il. Un peu.

- Et cinq centimètres depuis notre rencontre, s'enorgueillit Tony en se redressant à son tour.

Il était ravi de constater que sa silhouette acceptait enfin de quitter progressivement celle de l'enfant pour devenir adulte. Un peu plus large d'épaule, un peu plus grand, une barbe encore inégale par endroits...

- Toi, par contre, tu n'as pas bronzé...

Les huit jours qu'il venait de passer sur Asgard avaient halé sa peau, renforçant le brun de ses yeux et de ses cheveux. Il avait bonne mine. Loki fit la moue.

Le mot " bronzer" devait être complètement hors de son champ lexical.

Tony soupira, s'approcha du bord de l'eau et remonta un peu son jean pour tremper ses chevilles.

- J'n'ai pas envie de rentrer.

-Et je n'ai pas envie que tu rentres, approuva Loki qui le rejoignit pour l'imiter.

Tony songea, méditatif, qu'il venait de passer les plus beaux jours de son existence. Les vacances s'étiolaient à une vitesse folle et déprimante.

Bien sûr, il y avait eu des hauts et des bas, notamment ce moment où il avait dû rester caché sous le lit de Loki pendant presqu'une heure, car Thor pleurait sur l'épaule de son frère à propos de sa relation avec une dénommée Sif. C'était inconfortable et stressant, Tony avait d'abord eu peur que le prince héritier ne découvre sa présence. Ensuite, Thor avait mentionné la petite amie de Loki, une certaine Antonia, et soudain Tony n'avait plus eu peur, mais très chaud, et l'esprit plein de fourmis. Il avait scrupuleusement évité le sujet par la suite : Loki avait fait de même.

Il y avait eu les longues heures où Loki devait faire illusion et passer du temps avec ses parents. Dans ces moment-là, Tony lisait les grimoires du prince, dessinait ou en profitait pour faire la sieste.

Mais surtout, il y avait eu les moments inoubliables. Leur expédition dans les grottes souterraines, le piquenique au bord du monde, l'après-midi où ils étaient allés cueillir des herbes et où Loki avait préparé une décoction aux propriétés euphorisantes. Les nuits à regarder les étoiles et jouer aux échecs au coin du feu.

A l'évocation de ces souvenirs, Tony sentit ses yeux piquer un peu. L'idée de retourner à la triste et froide routine de Boston lui collait le cafard.

Il attrapa un galet, joua un peu avec avant de tenter un ricochet.

- Je vais bientôt te rattraper en taille, finit-il par dire, pour revenir à leur conversation précédente, bien moins déprimante. Je grandis plus vite que toi.

L'Asgardien marqua un temps d'hésitation avant de répondre.

- C'était vrai jusqu'à il y a peu, mais rassure toi, je vais te rattraper maintenant.

L'étudiant haussa un sourcil, tourna un regard interrogateur vers son ami.

- Tony, tu ne t'es jamais fait la réflexion qu'il y a des siècles de cela, les vikings nous connaissaient déjà et ont fait de nous leur dieux ?

- Si, bien sûr, grommela Tony, soudain gêné. Alors quoi, tu as plusieurs siècles ? Sans vouloir t'offenser, tu ne les fais pas…

Loki dessinait du bout du doigt dans la terre. Le sujet lui tenait visiblement à cœur.

- Les Asgardiens sont immortels et ne vieillissent pas. Et tu sais pourquoi ? Grâce aux pommes d'Idunn.

- Une pomme par jour tient le docteur à distance, plaisanta Tony, mais il écoutait avec attention cette nouvelle information.

Loki chassa sa remarque d'un geste de la main, effaça le dessin dans la poussière.

- Nous en mangeons régulièrement pour ne pas vieillir. C'est tout notre cycle de développement qui est ralenti. J'ai l'aspect que j'ai et la mentalité que j'ai car chez nous, tout prend plus de temps. C'est le prix à payer pour être immortel. *

- Ça doit être long, souffla Tony.

- Ça l'est.

- Attends… tu as dit que tu allais me rattraper maintenant ?

Loki se releva, épousseta un peu ses vêtements et alla attraper ses bottes.

- J'ai arrêté de consommer les pommes d'Idunn.

- Quoi ?

Tony bondit sur ses pieds et rattrapa son complice.

- Mais pourquoi tu…

- Allez, tu le sais très bien, éluda Loki, je n'ai pas envie de m'étendre là-dessus. Rentrons à présent, il…

- Quand même, le coupa Tony. Alors quoi, ça veut dire que tu vas vieillir normalement maintenant ? Ta famille va s'en rendre compte. Et puis tu seras mortel. Franchement je…

- A quoi bon vivre éternellement si c'est dans l'ennui le plus complet ? J'y ai bien réfléchi. Je pense que toute chose doit mourir un jour. Le refuser, c'est de la peur, de la lâcheté. Tu es mon meilleur ami, et de loin la personne que je préfère au monde. Je ne pourrais pas te regarder vieillir et moi rester coincé à l'état de gamin pour encore des siècles et des siècles.

Tony ne parvint pas à formuler une réponse convaincante. Lui-même n'était pas sûr de ce que tout cela lui faisait ressentir. Déjà, son hôte s'enfonçait dans la forêt qui entourait la cascade, pour regagner le palais avant la tombée de la nuit. Tony allongea le pas pour ne pas se laisser distancer, troublé.

Loki était beaucoup plus vieux que lui, en théorie. Mais en pratique, s'il conservait le rythme Asgardien, dans quelques mois à peine, ce serait Tony, le plus vieux des deux. En apparence, et en mentalité. La dernière fois qu'il avait eu autant de nœuds au cerveau, c'était devant la nouvelle série de Netflix : Dark. Il égrena mentalement les principes de la relativité pour tenter de se raccrocher à une valeur sûre. Une pensée parasite, malgré tout, éclipsait le reste.

« De loin la personne que je préfère au monde. »

La phrase tourna et retourna dans son cerveau, jusqu'à ce qu'enfin, il se décide. Comblant d'un pas la distance entre eux, une main tendue vers lui, il l'interpella :

- Loki tu sais je...

Mais Loki s'était brusquement figé, à l'entrée d'une clairière. Les doigts de l'humain se refermèrent, crispés, sur l'épaule du prince.

Face à eux, douze walkyries en tenue d'armes. Un peu en retrait, un grand homme noir aux yeux aveugles, pourvu d'un casque et d'une épée démesurée.

Et, devant tout ce petit monde, sanglé dans son armure d'or et de bronze, le regard orageux et un cercle d'or sur la tête : le cauchemar de Tony.

Odin.


Je sais, encore une fin méchante… Allez, vous êtes habitués maintenant mes chers cobayes !

J'espère que vous avez bien profité de tout ce monde de bisounours, car il va maintenant en prendre un coup ! Mais restez courageux, au-dessus des nuages il y a toujours le soleil…

De gros bisous,

Laukaz