Yo ! Pardon, j'ai mis mille ans à poster, la vérité c'est que j'ai pas allumé mon ordi depuis la Nuit du FoF … Je fais une pause avant le Camp NaNo ?

Enfin, en tout cas voici un OS que j'ai beaucoup beaucoup aimé écrire et qui était aussi un peu un défi parce que ? D'où Saïx ? Mais voilà, en vrai je suis plutôt contente de ce que j'ai écrit.

Merci à Hylliy pour sa review sous l'OS précédent !

Bonne lecture !

Thème 7 : Heaven

Rating : T

Genre : Hurt/Comfort, Romance

Personnages invités : Saïx, Axel, Reno

Heaven

Il aurait préféré le rencontrer autre part. Il aurait peut-être même préféré ne jamais le rencontrer. Il aurait préféré ne jamais avoir à le rencontrer, voilà.

Ça, c'est Saïx. On était …

Le noir leur va bien, peut-être pour ça qu'on dirait qu'ils se ressemblent, ou alors c'est leur regard trompeur, leur regard qui va dans la même direction. Vers le bas. Vers le haut.

Vanitas veut partir d'ici le plus vite possible. Il ne se sent pas chez lui. Il n'est pas chez lui. Il est dans une terre étrangère, et il le sent aux murmures qui parfois s'arrêtent quand il passe. Il ne connaît personne ici, à part le grand rouquin qui est trop occupé pour venir s'occuper de lui. Mais Vanitas comprend.

Il n'a pas envie de comprendre, mais il comprend.

Au moins c'est open-bar, et derrière le comptoir il y a cette fille qui au milieu de toutes ces faces de riches lui paraît presque sympathique. Ce que la comparaison peut faire de bien. Alors il s'y accoude, il demande un cocktail parce que sinon, il n'en boit jamais. Autant profiter de ce qui est gratuit. S'il pouvait être soûl rapidement, la journée passerait sans doute plus vite.

« Il n'est pas un peu tôt pour boire ? »

Il ne pensait pas que l'autre viendrait lui parler de lui-même. Il n'avait pas cru qu'il voulait converser. Mais peut-être qu'il est vraiment comme lui, puisqu'il lui ressemble, puisqu'il est le seul ici qui lui ressemble. Vanitas hausse les sourcils d'un air de défi. L'autre fronce les sourcils, et ça fait bizarrement bouger la cicatrice qui lui barre le visage. Il se tourne vers la jeune fille qui vient de servir un spritz à Vanitas.

« Un whiskey, s'il vous plaît. Sec. »

Vanitas ricane, boit une gorgée de son cocktail – pas assez chargé, il songe – sans attendre l'autre.

Enfin, c'est un peu compliqué. Je ne sais pas si ça t'intéresse.

Mais quand Saïx est servi, il trinque avec lui tout de même. Il n'est pas non plus indécent. Pas aujourd'hui. Il s'est promis d'être sage. Une fois dans sa putain de vie. De toute façon, s'il crie, il va pleurer.

Il regarde le rouquin à l'autre bout de la salle. Il ne le sauvera pas de sa rencontre avec Saïx. Non, définitivement, Vanitas pense quand l'autre rajuste son veston qui doit valoir le double de son loyer, il ne veut pas le rencontrer. Il ne veut pas lui parler, pas le voir, pas le comprendre, et qu'importe s'ils partagent plus que n'importe qui ici, il ne veut pas savoir parce que rien de tout ça ne devrait être réel.

Il veut partir.

Il va partir.

Quand il aura fini son cocktail.

Ça m'intéresse pas.

En attendant il ne décroche pas un mot, et de ce qu'il a entendu de l'autre il s'attend à ce qu'on lui réponde d'un pareil silence. Il est exaucé pour un temps, trop court à son goût.

« Vanitas, c'est bien ça ? »

Il fronce les sourcils. Il savait qu'ils se parlaient toujours, mais il ne croyait pas qu'Axel lui aurait parlé de lui. Ça lui fait monter quelque chose dans la poitrine qui devrait être des larmes mais qui donne une longue gorgée de spritz. Il cligne des yeux. L'autre continue.

« Tu n'es pas très difficile à repérer. »

Donc en plus il a eu droit à une description, sinon à une photo. Vanitas veut vomir.

« Je suis –

— Je sais. »

L'autre a un fantôme de sourire, et c'est monstrueusement déplacé sur son visage durci par les années. Il a l'âge d'Axel, à peu près, ça fait quand même dix ans de plus que Vanitas, ça fait quand même un âge où on a le droit de dire si c'est le cas que la vie nous est passée dessus. Et Saïx, la vie lui est passée dessus, à tous les coups. Ça se voit à la façon dont il tient son verre, dont il ne le lâchera pas.

« Je suis content qu'il t'aie parlé de moi.

— Ah.

— Pas toi ?

— Est-ce que je suis content qu'il m'aie parlé de toi ? »

Vanitas se moque, mais c'est une question qu'il se pose vraiment. Est-ce qu'il aurait préféré ne rien savoir de l'homme assis à côté de lui ? Il n'en sait foutre rien et comme il demande un deuxième verre il espère que la pensée lui passera. Saïx n'a pas l'air amusé par le trait d'esprit, ni surpris. Il n'a l'air rien du tout. Axel l'avait bien dit.

Parfois tu me fais penser à lui … alors que vous vous ressemblez pas du tout, hein, te fais pas d'idées, je veux pas dire que –

« Ça ne te fait rien, qu'il m'aie parlé de toi ? »

Vanitas hausse les épaules, ne répond pas à Saïx. Ça ne le concerne pas. Il n'a pas à savoir, non, parce que personne n'a à savoir ce qui se passe dans son ventre maintenant. Le deuxième verre se pose devant lui et il se jette presque dessus. Il en a besoin. L'autre semble comprendre. Il n'insiste pas. Mais il n'a pas l'air d'avoir abandonné l'idée de lui en parler pour autant. Il demande un autre whiskey d'une voix abîmée par le temps, et en voyant la blessure, sur sa peau entre ses yeux et dans ses yeux au milieu de sa peau, Vanitas se sent infiniment jeune. Il frissonne.

De la musique commence à jouer. La qualité est bonne. Mais ce n'est pas ce que Vanitas voudrait entendre – ce n'est pas ce qu'Axel voudrait qu'on joue non plus, Vanitas le sait, ils en ont parlé. Ils en ont parlé en riant et maintenant Vanitas veut s'éloigner du bar et taper un scandale en bonne et due forme, sortir son téléphone et son enceinte et mettre de la techno, de la pop, du rap, du P!nk et toutes les musiques qu'il aime même pas mais qu'il écoute malgré lui depuis des années, qui ont fini dans sa carte SIM sans qu'il sache vraiment comment ni pourquoi. Axel, c'est le genre de phénomène naturel qui ne s'explique pas. C'est un typhon dans le désert. C'est un incendie dans l'océan.

Si Vanitas doit le dire, c'est sans doute à Saïx, parce que Saïx comprendrait. Il l'a vécu, le typhon, il s'est fait brûler vif par l'incendie, il sait, lui. Mais Vanitas garde l'image pour lui – peut-être qu'il a besoin de croire qu'il est le seul à le savoir. Que c'est à lui, et rien qu'à lui.

« Ils devraient jouer des Pretty Reckless. »

Mais bien sûr, ça aussi on le lui arrache et Vanitas noie les larmes à l'intérieur de lui avec un rien plus d'alcool – et il a l'impression que ce cocktail est plus chargé que le précédent, peut-être la barmaid a compris à quel point c'était nécessaire, maintenant – et quand il tourne la tête, un sourire bizarre l'accueille. Les yeux pétillants mais un peu fatigués, noyés de cheveux roux, la peau pâle et les joues décorées. Le voir leur fait mal à tous les deux, pareil. Il leur parle.

« Je suis content de voir que vous vous parlez. Vous êtes déjà présentés, du coup ? Et j'ai manqué ça.

— Ne t'occupe pas de nous, coupe Saïx. »

Et il tourne ses yeux jaunes vers Vanitas, il cherche une confirmation à ce qu'il fait déjà. C'est pareil, pour eux, déchirant, horrible de le voir maintenant, avec ses cheveux qui pètent le feu rassemblés dans une queue de cheval et son smoking parfaitement taillé. C'est de la torture, sa présence. Vanitas est reconnaissant. Il n'a pas à le virer lui-même. Il n'a pas à arracher à ses lèvres un sourire poli comme il s'était promis de le faire si la situation l'exigeait.

« Retourne voir ta mère. Mes condoléances. »

Le roux acquiesce, et sa façade faussement joyeuse se défait comme il sent que ça ne sert plus à rien. Pas ici. Pas avec eux.

« Merci, mec. Toi aussi. »

Ils ont l'air proche. C'est vrai, ça doit faire longtemps. Axel lui avait dit …

On avait, quoi ? Treize ans quand on s'est rencontrés. On n'était pas au même collège.

Oui, un certain temps déjà. Vanitas se rend compte qu'il a écouté tout ce qu'Axel lui avait dit de Saïx, comme s'il avait su que ça lui servirait un jour. Ou alors c'est juste qu'il écoutait toujours Axel. Il se souvient de tout.

« Merci d'être venu. Vanitas, toi aussi.

— De rien, Reno. »

Il n'ajoute rien, sa phrase était mécanique. Il ne le regarde même pas. Il ressemble trop à l'homme qu'il a aimé, et qu'il aime encore. Il ne peut pas le voir. Il s'éloigne. Vanitas respire. Il lui faut un troisième verre. La voix de Saïx le retient.

« On va devoir y aller. Ça va commencer. »

Vanitas ne veut pas y aller. Vanitas n'appartient pas à ici, encore moins à là-bas, Vanitas va partir, c'est ce qu'il a décidé maintenant il s'en souvient, Vanitas ne veut pas y aller.

« Moi non plus. »

Et Vanitas croise à nouveau les yeux de Saïx et il lui semble comprendre ce qu'Axel a pu lui trouver un jour et lui reprocher le lendemain. Il est implacable, l'homme en face de lui. Il ne laisse pas de place au choix, aux digressions. Il a une ligne directrice qui est une ligne droite et il la suit. Et Vanitas les déchire en deux, les lignes droites, il les tord, les déforme, les hait de tout son être, les distend, les évite, les écrase. Et quand c'est lui qui est déchiré en deux, quand c'est lui qui est tordu, déformé, quand il se hait de tout son être, quand il est distendu, quand il évite ses pensées, quand le poids de son âme l'écrase, les lignes droites, il les suit.

Axel était pareil.

Je sais même plus comment on en est arrivés à parler ensemble. On était super différents – on l'est toujours.

Et Vanitas suit Saïx, non sans avoir demandé un shot avant de se lever. Pour la route. Axel comprendrait. Axel ne lui en voudrait pas. Axel n'avait jamais su lui en vouloir, après toutes les crasses qu'il avait pu lui faire ce qui était quand même beaucoup.

Ils marchent sans mot dire jusqu'à la chapelle, et ils entrent dans la chapelle et Vanitas sent tous ses poils qui se hérissent et c'est la faute aux vitraux, à ce Christ qui saigne sur sa croix, au cercueil ouvert derrière le prêtre et à l'odeur de parfums et d'encens et il doit partir mais la ligne du regard de Saïx est ferme. Il n'aurait pas cru. Il est surpris. Saïx n'est pas tant quelqu'un de mauvais. Il s'en doutait un peu. Mais il ne le déteste pas. Ça il ne l'aurait pas cru, vraiment pas. Ce serait plus facile de le détester, de le frapper et de partir sans regret.

Maintenant c'est trop tard. Il en aurait, des regrets, s'il fuyait maintenant. Parce que soudain, c'est devenu important. Important pas seulement pour lui, puisqu'important pour lui ça n'a jamais rien voulu dire avant que ça veuille dire Axel, ce qui veut dire qu'aujourd'hui important pour lui ça veut juste dire mort, mort et bientôt enterré.

Des gens parlent. Comme s'ils le connaissaient, leur Axel. Ils sont jolis, avec leurs dentelles et leurs croix. Axel était pas joli. Axel est diabolique. Il a rien à foutre dans une chapelle. Ils parlent comme s'ils vivaient avec Axel, mais personne ici vivait Axel à part Vanitas, et Vanitas c'est celui à qui personne proposerait d'aller faire un discours. Parce qu'il sait pas faire, ce serait une bonne excuse, et puis si on lui avait proposé, pas sûr qu'il aurait dit oui, sûr qu'il aurait dit non, mais c'est pas ça, c'est surtout que personne ici sait qui c'est Vanitas, personne sait qu'Axel aurait bien voulu aller à l'église avec lui autrement, s'ils avaient eu le droit, mais ils l'avaient pas et de toute façon Vanitas aurait dit non parce que de sa vie jamais on le prendrait à foutre les pieds de son plein gré dans la maison d'un dieu qui veut pas de lui.

Et pourtant.

C'est la tante d'Axel qui parle et Vanitas a entendu parler d'elle, un peu. Il a envie de vomir. Et puis, soudain. Axel se souvenait de ça.

Saïx a une circulation de merde, il avait toujours les mains froides.

C'est encore vrai. Vanitas en veut. Il s'en veut, de s'être montré faible au point que quelqu'un aie voulu le réconforter. Il en veut à Saïx de le lui avoir fait remarquer, d'essayer alors qu'il n'en avait pas besoin. L'open bar de cette cérémonie de riches lui suffisait. Alors il serre la main dans la sienne, très très fort, fort au point de faire vraiment mal et il entend l'autre haleter de douleur à côté et il pense tant mieux et il sourit et il ne voit pas qu'en le voyant sourire l'autre sourit aussi.

Une paire d'yeux trouve leurs mains enchâssées et un regard s'offusque. Ils le sentent, parce que ce sont des choses qu'ils ont l'habitude de sentir, mais ils n'en font rien. Juste, Saïx serre plus fort à son tour, pour faire mal à Vanitas, pour se venger, pour le rassurer. La tante d'Axel conclut en baragouinant sur son neveu maintenant au Paradis auprès de Dieu, et cette fois Vanitas ne peut pas s'empêcher de ricaner. Le regard offusqué s'obscurcit. Pour ce qu'il en a à cirer. Ils traversent la cérémonie comme on traverse l'océan, en s'accrochant à la barre, en luttant contre la nausée, ça prend un temps monstre et ça a l'air encore plus long que ça.

Quand les autres se lèvent ils restent assis sans s'être concertés. Ils n'attendront pas derrière des inconnus pour jeter un pauvre regard à leur Axel. Ça ne se peut pas. Ça ferait si peu de sens que c'en serait ridicule. À la place ils attendent que le cortège se mette en marche, le cercueil sur les épaules de garçons dont ils ne connaissent que Reno.

Le trajet jusqu'au cimetière attenant est long, et pénible. Vanitas a les mains moites. Celle de Saïx est toujours glacée. Il ne l'a pas lâché. Le soleil fait plisser les yeux à Vanitas et il cherche ses lunettes. Elles sont grandes, et noires, et elles lui donnent l'air d'une star de cinéma et c'est totalement déplacé. Il est déplacé. Quand ils entrent dans le cimetière en dernier Vanitas crache par terre. Quand ils vont en dernier jeter une poignée de terre sur celui qui part Vanitas prend un selfie avec le cercueil, ses lunettes de soleil et Saïx.

Reno éclate de rire, sa mère éclate en sanglots, les autres éclatent de colère. Le visage de Saïx est impassible, mais quand le plus jeune va trimballer son rire plus loin, quand il court pour éviter les insultes des ignorants, il le suit sans rien dire. Et ils se retrouvent aux portes du cimetière, adossés au mur de pierre, et Saïx n'arrive pas à regretter de ne pas avoir jeté de terre sur Axel. Ce corps, ce corps qui un jour a abrité son premier ami et son premier amant n'a plus la moindre valeur pour lui. Vanitas s'assoit sur l'herbe et il le regarde faire.

« T'as peur de te salir ? »

En son for intérieur, Saïx doit bien admettre que oui, c'est cette partie de l'action de s'asseoir au sol qui le répugne. Mais Vanitas a accepté de tenir sa main glacée si longtemps. Il peut lui rendre le sacrifice. Une fois assis, il fouille dans la poche intérieure de sa veste. Axel lui en avait parlé, un peu. Vanitas écarquille les yeux – il ne devait pas s'y attendre.

« Tu fumes ?

— Plus depuis longtemps. Mais j'ai pensé que ça serait utile avec toi. »

Son ton est plat quand il porte le pochon à la lumière du jour. Il y a bien plus que de quoi rouler un joint, mais il voulait être certain d'avoir assez. Il ne sait plus ces choses-là. Vanitas tend la main, et Saïx est heureux de lui confier la tâche de rouler et de doser, et Vanitas est content d'avoir de quoi occuper ses mains et ses yeux. C'est vrai, maintenant, ça lui revient.

Saïx, il est pas super expressif, peut-être pour ça qu'il lit aussi bien les gens – et comme il est dur et froid, il doit toujours savoir comment se faire pardonner. Ça se voit pas forcément, mais je crois que c'est le gars le plus attentionné que je connaisse.

Vanitas tire la première barre, et ça le tape tout de suite, peut-être à cause de l'alcool ou peut-être à cause du soleil. Il ferme les yeux pour que sa tête tourne encore plus. Maintenant, s'il vomit il aura une autre excuse que les connards qui foutaient son mec sous la terre. Il tend le joint à Saïx qui en prend une petite bouffée. Ça se voit qu'il a pas l'habitude. Vanitas l'imagine dans sa chemise trop chère se promener en banlieue pour acheter de quoi fumer, et ça le fait marrer. Mais il a certainement pris un dealer en ville.

« Tu ris ?

— Bah quoi ? J' vais pas chialer.

— Tu pourrais.

— Je sais que j' pourrais, j'ai pas besoin de ton autorisation. Mais j' le ferai pas.

— Ne dis jamais « Fontaine je ne boirai pas ton eau. ».

— Joue pas aux darons. Ça te va pas. »

Saïx pince les lèvres. Ça se voit qu'il prend sur lui de pas réagir et de juste, virer froidement Vanitas de son espace de vie, maintenant et tout de suite. Quant à savoir pourquoi il prend sur lui … l'autre n'a pas envie d'y penser. Il préfère réclamer le joint et espérer que sa tête tourne bientôt au point où il ne s'inquiéterait plus que de ça. De rien d'autre.

« Tu as quelque part où aller ? »

Vanitas claque des dents. Combien ce type en sait-il sur sa vie au juste ? Combien Axel a jugé nécessaire de lui dire ? Combien Axel avait envie et besoin de parler de lui quand il se barrait en claquant la porte et en laissant derrière lui des bouts de colère et d'assiettes qui seraient sans faute remplacées à son retour ?

« Fais pas genre. »

Il ouvre un peu plus grand les yeux, Saïx. Alors il est capable d'exprimer un quelque chose de la surprise sur son visage, comme ça.

« Genre quoi ?

— Genre ça t'intéresse. Pas parce qu'Axel t'a vaguement parlé de moi que tu me dois quoi que ce soit. T'es pas obligé.

— Je ne fais pas ça par obligation. »

Le ton est droit, il ne vacille pas, et Vanitas saurait pas dire s'il ment ou non. Il n'aurait aucune autre raison de s'inquiéter de lui, si ce n'était par une foutue obligation envers la mémoire pseudo-sacrée d'Axel. Des conneries, si on voulait l'avis de Vanitas. Le silence s'éternise. Quand Saïx reprend, Vanitas pense qu'il va changer de sujet. Juste, éluder. Il vient de la haute, il sait faire ça.

« J'ai l'impression de te connaître.

— Bah tu me connais pas.

— Pourtant je me doutais que tu allais dire ça.

— C'est juste la vérité. Tu me connais pas, je te connais pas.

— Tu ne m'as pas dit si tu avais quelque part où aller ou non.

— Ça va.

— Ce n'était pas ma question. »

Vanitas soupire. Il ne lâche pas l'affaire. Ça l'étonne pas, que les engueulades entre Axel et lui duraient des plombes, parfois toute la nuit.

« Ils toucheront pas à l'appart avant la fin du mois, d'ici là je vais trouver un truc. C'est Reno qui va se charger de tout vider, alors je verrai avec lui.

— Si tu as besoin –

— J'ai pas besoin.

— Si tu as envie –

— J'ai pas envie.

— Si tu changes d'avis –

— Je changerai pas d'avis.

— Il n'y a que les abrutis qui ne changent pas d'avis.

— Je suis le dernier des cons, Axel t'a pas dit ?

— Il a bien dû le mentionner. »

Vanitas fronce les sourcils. Quand il tourne la tête pour regarder l'autre, il voit quelque chose, un rien, juste un léger ourlet sur ses lèvres, tout au bout. Ça lui met le doute.

« C'était une tentative d'humour ? »

Maintenant ce serait presque un sourire.

« Oui.

— C'est vrai, Axel avait bien dit que t'étais jamais drôle. »

L'autre le regarde. Vanitas sourit. Saïx a l'air confus.

« C'était de l'humour, ça ?

— Nan. Juste la vérité.

— Ah. »

mais c'est mignon, parce que desfois il essaie vraiment.

« Qu'est-ce qu'il disait d'autre ?

— T'as vraiment envie de parler de ça ?

— C'est un sujet comme un autre.

— Nan. Nan, c'est pas un sujet comme un autre, et tu le sais. Tiens.

— Quoi ?

— Regarde. Ils sortent. Tout contents d'avoir foutu le corps de leur aimé sous la terre, convaincus qu'il ira au Paradis maintenant. Si c'est pas chou.

— Tu ne crois pas ? »

Vanitas arrache presque le joint des mains de Saïx et le rallume pour en prendre une longue taffe. La tristesse et la colère font la guerre à l'intérieur de lui.

« Nan. Et même si je croyais en Dieu, c'est pas les gens comme nous qu'allons dans leur Paradis. Nous, on descend en Enfer, et si leur Dieu existe c'est là qu'est Axel. Il disait qu' c'était le dernier endroit en France où t'as encore le droit d' fumer.

— C'est Florence Foresti, non ?

— Sais pas. Sans doute.

— Moi j'ai envie d'y croire. Mais j'y arrive plus.

— Ah. Si tu veux, on peut aller au Paradis, un Paradis différent, un peu plus réel. »

Saïx fronce les sourcils. Vanitas respire lourdement.

« C'est une proposition ?

— Nan, c'est le bar d'en face. »

Vanitas désigne une rue un peu plus loin, où on devine le début d'une enseigne. Les sourcils de Saïx ont l'air de vouloir se toucher. Ça lui fait vraiment une tête étrange, distordue et défoncée. Vanitas le regarde longtemps.

« Qui a eu l'idée d'appeler Paradis un bar en face du cimetière ?

— Ben quelqu'un qui avait de l'humour, pas à ton image. »

L'expression de Saïx s'affadit et il s'époussette en se relevant. Vanitas fait de même, jette le mégot au sol et l'écrase sous son pieds. Avant qu'ils ne commencent à marcher, Saïx lâche :

« Ça fait de moi une mauvaise personne, si je te dis que j'aurais aimé que ce soit une proposition ? »

Vanitas a l'impression qu'on vient de lui filer un sac à dos rempli de plomb. C'est pas à lui de porter ça, le fardeau de Saïx, c'est pas à lui de répondre à cette question. À nouveau, il se sent jeune, diaboliquement jeune, horriblement jeune. Jeune et con.

« On s'en fout. »

Il veut bien répondre que non, il pense que non, mais ça a pas de sens, pas aujourd'hui. Ça doit satisfaire Saïx puisqu'il se met en marche vers la bar indiqué. Il a le visage neutre, mais Vanitas remarque qu'il tangue tout légèrement, que ses pas prennent un peu plus de temps que strictement nécessaire.

J'aimerais bien te le présenter. Un jour.

Vanitas suit ses traces et avance vers le Paradis d'un pas décidé. Le premier verre est une bière, pour sa bouche pâteuse et la sueur versée. Le deuxième est un mojito parce que Saïx a dit qu'il invitait. Axel serait surpris de les voir comme ça. Ils ne s'entendent pas vraiment, pourtant ça a l'air de fonctionner. Ça a l'air de quelque chose de réel, et ils avaient tous les deux tellement décroché de la réalité ces derniers jours que rien n'aurait pu leur faire plus de bien. À quinze heures ils sont fin soûls, comme de pauvres adolescents.

Ils n'ont pas d'excuse. Vanitas ne ressemble pas à Axel. Saïx ne ressemble pas à Axel. Il fait plein jour et grand soleil.

« Tu es sûr que tu ne veux pas venir chez moi ? Je réitère ma proposition. »

Les mots sont toujours précis, mais l'articulation est un peu plus branlante qu'en début de journée. Vanitas sourit. Il a trop bu pour s'offrir le luxe de douter.

« C'est par obligation ou par désir ? »

Et il trouve dans les yeux de Saïx la confirmation de son propre regard et il monte dans la voiture.

Vous vous entendriez bien. Quoique non. Je crois que tu le détesterais. Mais …

Et ce soir, tous les trois, ils vont essayer d'aller au Paradis, Axel et Saïx et Vanitas, ils vont essayer autant qu'ils peuvent, aussi fort que ça existe. Et tant pis si c'est perdu d'avance.

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Et voilà !

Je suis plutôt satisfaite de cet OS, je crois, même si la fin est un peu bâclée. J'arrive pas à en faire plus. Enfin. Ça, c'est ma flemme légendaire, aussi. Navrée. (Mais en vrai y a une part de moi qui commence envisager une suite à cet OS. Why?)

J'ai hâte d'avoir vos retours ! J'ai bien aimé écrire sur ces deux-là, je m'y repencherai certainement. Et certainement avec Axel en vie, aussi.

Totalement hors de propos, en ce moment j'ai une grosse phase sur le mini-album « a modern tragedy vol. 1 » de grandson, il est vraiment trop cool. Voilà.

À très vite !

P.S. : Je sais pas encore dans quelle mesure j'aurai internet en juillet ni les trois premières semaines d'août, donc je suis pas sûre de poster, mais comme ce sera le Camp NaNo en juillet, il est à peu près certain que j'arriverai en septembre avec plein d'OS à poster !