Chapitre 6

Un coup frappé à la porte. Il se raidit légèrement avant de murmurer un faible « Entrez ».

Le cliquetis de la porte fut presque imperceptible. Il retint sa respiration, face au lourd silence qui s'ensuivit, avant de la relâcher quand il entendit des pas sur le carrelage, légers, presque comme ceux d'un enfant. Un instant douloureux, il songea à la petite sœur de James. Les petits pieds qu'elle aurait traîné jusqu'à sa porte, tâchant d'être la plus silencieuse possible – comme une souris, disait-elle toujours – tandis que, ses doigts d'enfant serrés sur le battant de la porte, elle aurait passé la tête par la fente, à l'espionner, son immuable sourire malicieux aux lèvres – qui ressemblait tant à celui de James ! – jusqu'à ce qu'il se rende compte de sa présence et la soulève dans ses bras, tandis qu'elle lui poserait son éternelle question « Tu m'as rapporté quelque chose ? » avec un air candide, ses bras noués autour de son cou.

Elle aurait tellement aimé cet endroit, elle qui détestait la froideur et l'austérité de Londres. Il pouvait presque la voir, là, à jouer sur les dalles d'un rose tendre qui reflétaient la lumière comme des joyaux ; ses yeux bleus limpides écarquillés d'émerveillement devant les statues d'or des fontaines et le labyrinthe des jardins ; sa voix cristalline et boudeuse se réverbérer en échos de rires entre les couloirs blanc de Saturne percés de miroirs où elle aurait aimé à se regarder. Et les fêtes ! Comme elle aurait aimé les fêtes, comme elle aurait tournoyer parmi toutes ces "grandes personnes", son sourire enfantin soutirant des soupirs à tous. Et comme on aurait couvé de regards adorateurs ses moues adorables, ses jolies robes et ses boucles anglaises brunes. Enfant-vampire exquise qui cachait sous ses dehors de poupée de porcelaine un caractère bien trempé. Oh, elle aurait tellement été aimée, tellement été à sa place, ici.

« Sirius ? »

Comme si on avait déchiré le doux rêve, le charme des grelots de rire et de tourbillon des robes saphir se brisa. Il rouvrit péniblement les yeux. Rivés sur cette fenêtre où le ciel noir, toujours noir, s'étirait à l'infini au-dehors. C'est là-bas que se trouve Reg, dans le noir.

Il ne répondit pas à l'appel, laissant l'autre vampire approcher. L'amertume envahit sa bouche, et une sourde rancœur s'empara de son cœur. Colère. Déception. Il ne digérait toujours pas sa trahison, ne digérait pas le fait que la seule personne qu'il considérait comme son allié dans ce clan...n'avait été rien d'autre que le pantin d'Antoine. Ne pouvait-il faire confiance à personne ? L'amitié n'avait-elle donc plus aucun prix ? Ou avait-il été trop fou pour croire qu'on pouvait seulement l'aimer ?

« Monsieur Black ? »

Il prit une légère inspiration, serra légèrement les poings. Il était temps de mettre le masque.

« Vous pouvez continuer à m'appeler Sirius. »

Il se retourna enfin vers le domestique, bras croisés et portant un regard indifférent vers l'autre vampire. Trois semaines qu'ils ne s'étaient plus vus, et Laurent n'avait pas changé. Si au bout de quelques jours de disparition, James ou Will se seraient inquiétés, le souci évident sur leurs traits, il était certain que ce vampire-là ne se ferait jamais un sang d'encre pour lui. Qui était-il après tout ? Quelqu'un qu'il servait, et rien de plus. Sirius avait été vraiment idiot de croire que simplement parce qu'on vous manifestait de la sympathie, ça voulait dire qu'on était votre ami. Était-il si désespéré qu'il en venait à se reposer sur le soutien de domestiques ? Seigneur, à quel point il était pathétique. Quel héritier des Black, il faisait !

Manifestement mis mal à l'aise par le froid accueil, le jeune homme détourna le regard et se mit à triturer machinalement un des boutons de sa manche, comme s'il aurait souhaité plus que tout au monde ne pas se trouver là. Avait-il été envoyé par Antoine ? Pourquoi ne pas l'annoncer d'emblée, dans ce cas ? Sirius ne le comprenait vraiment pas.

Laurent était maladroit, inexpérimenté et presque déplacé parmi tous les vampires aisés de la Cour. Même s'ils ne l'aimaient pas, même s'il s'attirait leurs foudres pour ses manières jugées trop familières envers l'Ancien, au moins accordaient-ils un regard à Sirius. Au moins existait-il à leurs yeux. Laurent n'avait même pas droit à une once de respect. Il était invisible, ou, au mieux, regardé avec ennui tandis qu'il bloquait le passage de quelque noble. Les domestiques avaient-ils la même vie à Londres ? Sirius se souvenait de sa mère qui lui inculquait de toujours saluer poliment les autres aristocrates et leurs domestiques. Enfin, c'était la règle en vigueur quand il était enfant. Une fois devenu adolescent, la nouvelle formule avait été « Tu es supérieur à tous, tu ne leur dois rien. ». Malgré tout, il avait toujours gardé une certaine forme de respect à l'égard des valets. Peut-être un signe de plus de son attitude contestataire. Il avait toujours en quelque sorte admiré leur calme à toute épreuve et leur froide assurance. Être au service des capricieux Malefoy ne devait pas être simple tous les jours.

Et tandis qu'il l'observait, la jeunesse du domestique frappa réellement Sirius, pour la première fois. A Londres, les domestiques avaient toujours été des vampires adultes, car on répugnait à transformer des adolescents, jugés trop instables et encore non-totalement formés, physiquement. Mais non seulement, Laurent était un jeune vampire – cela était plutôt évident, il avait trop peu d'assurance, encore trop d'habitudes humaines et rougissait – mais en plus, il avait été transformé jeune. A la fin de l'adolescence, peut-être. Lui-même n'avait que vingt ans mais, dû à sa naissance, il avait le pouvoir et le sang-froid que ne possédait pas le domestique. C'était un choix étrange que de l'avoir transformé à une période si précaire. Peut-être les mœurs françaises différaient-elles de celles de Londres, mais il en doutait. Il était interdit de créer des vampires trop jeunes.

« Quel âge avez-vous ? » demanda-t-il soudain, curieux.

Le domestique sursauta et fixa un regard troublé sur lui, à l'évidence pris de court par la question.

« Que...que voulez-vous dire par là, monsieur ? »

« Votre âge. Quand êtes-vous né ? Quand avez-vous été transformé ? »

Une légère couleur rosée teinta les joues du jeune homme. D'embarras ? De honte ? La question pouvait paraître trop intime, peut-être même agressive. Les vampires-nés étaient généralement fiers de leur parentage, d'autant plus si leur lignée remontait loin dans le temps, et rabaissaient souvent les vampires au sang moins "pur". Les Black étaient de ce genre-là et même lui ne pouvait s'empêcher de tirer fierté de son nom. Quand un nom vous fait craindre partout et vous ouvre tant de portes, vous ne pouvez vous empêcher de le chérir autant que vous le détestez.

« Tu es un Black, le sang le plus pur coule dans tes veines. »

« J'avais dix-sept ans quand j'ai été transformé. Il y a maintenant deux ans. » avoua Laurent d'une voix légèrement tendue, yeux baissés.

Il était tellement jeune ! Il ne le dépassait même pas, années vampiriques et humaines confondues. Était-ce Antoine qui l'avait transformé, ou l'avait-il recueilli ? Malgré lui, il se sentait attiré vers cette histoire ; la gêne qu'il devinait chez le domestique attisait sa curiosité – de façon malsaine.

« Était-ce volontaire ? »

Laurent releva la tête vers lui, avec une lueur de peur et de douleur dans les yeux. La hantise qu'on pouvait lire dans les iris bleu-gris suffisait amplement comme réponse. Sirius regrettait d'avoir posé la question. Il allait dire au domestique que ce n'était pas important quand celui-ci répondit.

« J'étais... » Il déglutit. Ses ongles arrachèrent presque un bouton, de nervosité. « J'étais une des victimes prévues pour un noble. » Il ferma les yeux étroitement. « Ce n'est pas...ce n'était pas que pour le sang. »

Sirius ne comprenait que trop bien. Ne comprenait que trop bien quand il voyait les épaules se voûter, la tête se tourner de côté, par honte. N'imaginait que trop bien les mœurs des vampires aristocrates interdits de chasse, en présence de chair tendre et fraîche. La chaleur – c'est ce qu'ils aimaient le plus chez les humains.
Sirius se sentait malade.

« Il s'est vite lassé...j'étais déjà trop vieux à son goût. Mais il continuait de boire mon sang...sans jamais vouloir me nourrir suffisamment pour que je reprenne des forces. Ou me tuer. Je perdais connaissance souvent. A chaque fois, je croyais être mort, pour découvrir que j'étais toujours coincé là, sans moyen d'y échapper. Il ne m'écoutait même pas quand je lui demandais d'en finir. » Les poings se serrèrent, étroitement. Un soupir s'échappa des lèvres entrouvertes. « Et puis...et puis, le Maître m'a remarqué. Il a demandé pourquoi j'étais dans cet état-là. Mon propriétaire ne savait pas quoi répondre. Le Maître s'est approché de moi. Il...il avait l'air d'un ange. »

Sirius détourna les yeux face au sourire vacillant que Laurent affichait. Il n'avait pas envie d'entendre ça. Pas envie de voir cette admiration béate qu'il lisait déjà dans tant de yeux. Antoine était un salaud. Antoine manipulait les autres pour qu'ils dépendent de lui. Il n'était pas capable de pitié, pas capable d'acte de bonté. Il n'agissait que pour son propre bénéfice. Il n'avait rien d'un ange.

« Il a ordonné qu'on me nourrisse. M'a retiré des services du noble, pour me permettre d'être avec les autres humains. Je ne comprenais pas vraiment tout ça. Enfin, je veux dire...Comme tout le monde, j'avais entendu parler des vampires mais jamais je n'y avais vraiment cru. Pour moi, c'était juste quelque chose qu'on trouvait dans les romans, dans les films. Les autres humains ont pris soin de moi, m'ont expliqué ce qu'ils savaient. D'autres étaient déjà passés par la même chose que moi. Les plus traumatisés avaient été supprimés, bien entendu, mais certains jouissaient des faveurs d'aristocrates. Ils étaient leurs...favoris. » A nouveau, ce rougissement. « Quand j'ai été rétabli, le Maître est revenu me voir. Il m'a proposé de retourner à ma vie humaine sous condition de silence ou d'entrer à son service, comme domestique. Rien ne m'attendait chez moi alors j'ai accepté de travailler pour lui. J'ai été domestique humain, pendant un moment. Mais à chaque fois que je croisais mon ancien propriétaire, j'étais tétanisé. Je savais que n'importe quel vampire pouvait abuser de moi à nouveau, que je n'aurais pas été de taille à lutter. Après plusieurs mois, j'ai demandé à être transformé. » Il eut un rire légèrement cassé. « Stupidement, je croyais que ce serait lui qui me transformerait mais il a assigné un autre vampire à la tâche. Je ne comprenais pas pourquoi à l'époque. Je me suis senti...trahi. » Un soupir, haché. Puis il releva la tête, comme en attitude de défi, une lueur de fierté dans les yeux. « Mais j'ai pu continuer à vivre ici et je ne regrette pas. »

A force de les fixer, les zébrures de la pierre rosée l'aveuglaient. Il portait toute son attention sur elles, plutôt que sur l'autre vampire. Non. Non, il ne voulait pas croire à ce portrait idéalisé d'Antoine. Laurent ne comprenait pas. Il était vampire depuis trop peu de temps, il ne pouvait pas comprendre. Il voyait l'Ancien comme un sauveur, comme un saint, alors qu'il n'était rien de tout cela. Il ne voyait pas quelle pourriture Antoine était véritablement. Ne comprenait pas à quel point il vous donnait de l'espoir, pour mieux vous détruire par la suite. Ne comprenait pas la perfidie de ses jeux, ne comprenait pas cette dépendance écœurante qu'il faisait ressentir à ses sujets. Ne comprenait pas qu'Antoine s'amusait à se jouer des cœurs et des âmes comme le plus cruel des séducteurs.

Comme lui, avant.

« Vous savez, le Maître était inquiet. »

Sirius carra les mâchoires. Trop, c'était trop. Relevant un regard étincelant de rage vers le domestique, il siffla : « Comment pourriez-vous le savoir ? Son visage n'exprime rien. »

Laurent accusa le coup. L'air digne, il répondit : « Je ne le connais peut-être pas comme vous, mais ça fait deux ans que je travaille pour lui. Je ne l'avais jamais vu ainsi. »

Sirius eut un reniflement dédaigneux. Vraiment, quel idiot, ce domestique. Antoine avait-il besoin de champions, à présent ? Était-il incapable de se défendre seul face aux critiques ? Bon Dieu, il ne lui parlait même pas. Sirius le détestait. Le détestait d'envoyer ses fidèles résoudre les problèmes à sa place alors que tout ce qu'il avait voulu, c'était simplement la présence de quelqu'un pour qui il comptait. Savoir...savoir qu'il était au moins voulu. Il n'avait jamais rien demandé d'autre.

Mais Antoine n'avait même pas été foutu de lui donner ça.

« Il ne m'a certainement pas paru inquiet, à moi. C'est mon oncle qui m'a retrouvé, Antoine n'a pas levé le moindre petit doigt pour moi ! » Il détestait la rancœur qui laçait ses mots, détestait cette pointe de douleur dans son cœur. Il ne devait pas ressentir ça. Antoine n'était rien. Rien d'autre qu'un outil qui lui permettrait de retrouver Reg.

Le domestique ne répondit pas. L'expression sur ses traits lui donnait un air ridicule de chien battu. Il détestait ça. Détestait qu'on le fasse sentir coupable. Bordel, il n'était coupable de rien !

Il ajouta, avec une voix mauvaise :

« Antoine m'a parlé de mes cauchemars. C'est vous qui l'avez mis au courant, n'est-ce pas ? »

Laurent baissa la tête, contrit. Pris en faute.

« Vous n'arrêtiez pas d'avoir ces...ces hallucinations. Parfois, vous me regardiez comme si j'étais quelqu'un d'autre. Et vous vous débattiez dans votre sommeil. Je pensais que...qu'il pourrait peut-être faire quelque chose pour vous. »

Sirius éclata d'un rire cruel.

Le rire était creux, un moyen comme un autre pour cacher les cassures, à l'intérieur.

Menteur. Menteur, menteur, menteur. Pourquoi tu te soucierais de moi et pas lui ? Pourquoi toi et pas lui ?

« Assez avec ces conneries ! Il vous a chargé de me surveiller, je le sais. Vous a probablement forcé à jouer les amis avec moi. Je connais Antoine. Je sais comment il marche. Peut-être qu'il a réussi à vous endoctriner, mais pas moi. Je ne suis ici que parce qu'il peut me servir. »

Laurent sursauta. Une expression alarmée passa sur ses traits. Craignait-il des représailles ?

« Vous ne devriez pas parler du Maître ainsi. Il n'est pas... »

« Oh si. » le coupa Sirius, avec un ton doucereux, perfide. « Vous vous êtes laissé aveugler par son apparence, vous n'avez pas remarqué à quel point il était pourri à l'intérieur. Vous l'avez crû bon, juste parce qu'il vous portait de l'attention mais au final, il vous a trahi, il vous a déçu. » Tout comme moi. « Je partirais dès que j'aurais obtenu ce que je veux. » finit-il d'un ton décidé, tête haute.

Mais cette dernière phrase manquait de l'assurance qu'il voulait lui donner, car une question demeurait.

Partir où ?


La pluie bat lentement les carreaux, comme si elle caressait de ses doigts d'eau les vitres. Son front contre la fenêtre, il se disait que s'il fermait les yeux, se concentrait assez fort sur la douce mélodie, il aurait presque pu croire être là, dehors, à respirer l'odeur de l'herbe mouillée et sentir ses vêtements qui lui collaient à la peau, et tout simplement le goût de la pluie.

Seule une petite lampe dispense de la lumière dans sa chambre, faisant jouer de minuscules carrés d'or sur le sol. Il n'a pas besoin de plus de lumière, et à vrai dire, il ne veut pas distinguer sa chambre. Trop grande et impersonnelle, trop sombre. Ce n'est qu'à présent qu'il se rend compte d'à quel point elle est vide, à quel point elle manque de chaleur. Chaleur...c'est un mot qui semble bien abstrait mais Sirius en parle comme d'une chose inestimable. Chaleur, vie, liberté. Son frère n'a plus que ces mots-là à la bouche. Il a atteint l'âge depuis à peine un mois et déjà, il voit son aîné changer. Il est plus arrogant, plus sûr de lui et surtout, charmeur. Regulus ne sait pas combien de fois il a entendu Mère réprimander Sirius pour ses manières trop libertines. Vitany serait en colère, si elle l'apprenait.

Un coup d'œil au ciel lui apprend que Sirius sera bientôt de retour. Et comme toujours, il viendra lui vanter ses mérites de chasseur. Connaît-il l'existence de la pointe de jalousie qui s'est infiltrée dans le cœur de Regulus ? Se rend-t-il compte qu'à chaque louange pour le monde extérieur, Regulus l'envie un peu plus ? Que pour chaque mot, chaque concept nouveau, il l'admire et le hait à la fois ? Sirius a toujours été le premier, celui qui découvrait tout avant les autres, celui qui prenait les risques et en ressortait avec tous les mérites.

Regulus essaie d'être heureux pour lui. Vraiment, il essaie. Mais parfois, il n'y arrive pas. Parfois, il a juste envie de crier à Sirius de se taire, de remballer ses rêves et de le laisser seul. Pourquoi Sirius ne comprend-t-il pas qu'il lui fait mal ? Pourquoi ne comprend-t-il pas que lui ne peut pas désobéir ? Chaque fois, il le pousse à l'extrême avant de clôturer par « De toute façon, tu n'oseras pas, tu as trop peur de Mère. ». Et il ne réplique pas, parce que c'est vrai, entièrement vrai.

Il ferme les yeux, s'appuie contre la vitre glacée. Qu'est-ce que ça veut dire chaleur ? Tout ici a la même température que sa peau, mais Sirius prétend que les vampires sont tous froids. Que les humains sont merveilleux et amusants. Que leur sang est chaud et que, quand on se nourrit d'eux, pendant quelques instants, on peut sentir leur vie et leur sang dans son corps. Est-ce que c'est comme avoir un deuxième cœur ? Sirius se moque toujours de ses questions et il n'ose plus en poser. Il a quinze ans et il en a marre de ce frère qui sait tout sur tout. Pour une fois, il aimerait simplement le battre à quelque chose, être plus fort que lui, être le premier.

Il entend du bruit dans le couloir. En tendant l'oreille, il reconnaît la voix de Sirius. Il retient son souffle, attend la venue de son frère. Parce que même si Regulus ne peut s'empêcher de lui en vouloir, il désire quand même entendre ses récits. C'est le seul moyen qu'il a de découvrir ce monde inconnu.

Mais la voix de Sirius passe devant sa chambre sans s'arrêter. Il fronce les sourcils, attend encore. Les secondes, puis les minutes passent. Son poing se serre contre la vitre. Je te hais, a-t-il envie de dire. Je te hais, je te hais, je te hais.

Quelque chose lui pique les yeux. Il les frotte sans ménagement. La douleur passera. Ça lui arrive souvent quand il pense à Sirius. Il ne sait pas ce que c'est mais il n'ose pas demander. Sirius lui dirait probablement qu'il était idiot.

Quand une heure plus tard, son frère entre enfin dans la chambre, ce tout nouveau sourire arrogant aux lèvres, il est soulagé qu'il soit venu.

« Hey, devine quoi Reg ! James a peut-être trouvé un moyen pour chasser avec moi demain ! Il dit qu'il connaît bien le garde du coin nord, qu'avec un peu d'argent, il pourra l'amadouer. Il ne pourra pas sortir avant encore une semaine, ça l'enrage ! Ce serait tellement bien s'il y arrivait...tu verrais Reg, comment sont les boîtes de nuit ! Il y a toujours... »

Et Regulus l'écoutait et souriait, mettant de côté cette chose noire qui semblait envahir son cœur. Aux je te hais s'était ajoutée une nouvelle litanie : James, James, James...


Couché, là, entre les draps froids, il attendait. Immobile, il écoutait le silence qui nimbait le repère, tendait l'oreille, à l'affût du moindre son, sachant pourtant pertinemment que personne ne s'aventurait dans les environs. Le soleil pointait le bout de son nez dehors, teintant le ciel de couleurs bleues, mauves et roses. Il était presque devenu indifférent à la beauté de ces paysages, à présent.

Il s'empêchait de dormir. S'empêchait de succomber aux cauchemars. Ils étaient de plus en plus étranges, et il s'en rappelait à peine, une fois réveillé. Dans ses rêves, il était lui, et pourtant, en même temps, non. C'était étrange comme il pouvait se sentir, à l'intérieur même du rêve, aliéné. Il pouvait sentir la douleur, pouvait avoir connaissance des informations...et parfois, c'était comme si son corps, son visage se transformait. Comme si sa personnalité changeait. Il était toujours à l'intérieur du corps, mais c'était différent, comme si...comme si ce n'était pas lui, comme s'il jouait le rôle de quelqu'un d'autre. De ces rêves-là, il ne gardait pas de souvenir clair. Juste des impressions floues, et un fort sentiment de malaise.

Et ses rêves avaient parfois tellement le goût du réel...que ça en faisait peur. Parfois, il se réveillait, les joues baignées de larmes, un cri au bord des lèvres avec la vision de James mort brûlant sa rétine. Son cœur battant la chamade, il devait s'exhorter au calme, se rappeler que ce n'était qu'un rêve. Calmer la peur irrationnelle, le besoin compulsif de vérifier que James allait bien. Avant de se rappeler que James était loin et qu'il ne l'avait plus vu depuis des mois. L'amère réalité achevait de le réveiller, assassine.

Jetant un nouveau coup d'œil à la fenêtre où le ciel commençait à se parer de couleurs flamboyantes, il prit sa résolution. Il ne pouvait plus se terrer ainsi à Paris. Pas quand son oncle, et probablement sa famille, à présent, étaient au courant qu'il était ici.

S'extrayant des couvertures et se levant du lit, il enfila rapidement quelques vêtements. Une pointe d'orgueil lui soufflait de faire attention à son apparence, qu'il ne devait pas se montrer aussi négligé – étrangement, elle sonnait comme sa mère et Regulus –, mais l'autre part de lui, toujours rebelle, rétorquait qu'il ne ferait aucun effort. Puisqu'il était pareil à un moins que rien, pourquoi se soucier de ce qu'on pouvait penser de lui ? Qu'il soit paré des plus beaux atours ou attifé comme un mendiant, quelle différence ?

Il sortit de sa chambre en silence, prit soin de ne pas faire grincer les gonds. Il surveilla le couloir quelques secondes avant de s'y aventurer. Nul vampire et nul gardien humain. Peut-être était-il encore trop tôt.

Sans se démonter, il avança jusqu'aux appartements d'Antoine, quelques mètres plus loin. A nouveau, non gardés. Sans remords, il ouvrit la porte, sans frapper.

Retombant dans le familier décor rouge et or – si différent de la blancheur qui régnait dans le reste du Palais – dans lequel il s'était trouvé à peine deux jours plus tôt, il ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise, et d'hésiter, devant cette porte qui semblait presque pourpre. Cette porte était comme un passage vers une autre réalité, un autre monde. Un monde où Antoine n'incarnait plus la lumière, mais se révélait tel qu'il était : maculé de sang.

Prenant son courage à deux mains, il finit par tourner la poignée et pénétrer dans les appartements de l'Ancien.

Comme il s'y attendait, Antoine n'était pas couché. Contrairement à ses précédentes venues – toujours de nuit – la pièce était éclairée naturellement par la lumière du soleil. Dos tourné, le Maître de Paris fixait l'aurore étaler ses couleurs dans le ciel – ou du moins, Sirius le supposait.

Refermant la porte derrière lui, il ne dut pas attendre trop longtemps pour soutirer une réaction à l'Ancien.

« Ne devrais-tu pas avoir ma permission pour entrer ? »

La voix émanant de la silhouette était tranquille, neutre, et pourtant elle était claire et distincte. Il n'y avait pas de reproche réel dans le ton, pas de colère. Sans émotions, songea-t-il, tandis qu'il fixait ce dos vêtu de blanc nacre. Antoine ne se retourna pas.

« Tu aurais des sentinelles, dans ce cas. » répondit-il, avançant d'un pas, ses bottes creusant légèrement le tapis persan aux coloris orangés. Chaud. Toutes les couleurs étaient trop chaudes, trop riches, ici. C'était perturbant.

Antoine se tourna lentement vers lui, un très léger sourire aux lèvres. Il avait l'air calme, contemplatif. Reposé. Serein. Et un instant, dans le halo étrange que conférait la lumière au-dehors, Sirius se surprit à penser que le Maître de Paris lui semblait tout d'un coup presque...humain. Il n'y avait plus cette rigidité, cette froideur si caractéristiques au masque qu'il affichait devant son clan. Depuis que Sirius l'avait confronté, à son retour, Antoine semblait différent. Plus semblable à ce celui qu'il avait connu lors de son bref séjour à Paris. S'il ne le séduisait pas impunément comme il avait pu le faire alors, au moins semblait-il à présent plus naturel. Sirius regrettait ce changement. Le nouvel Antoine avait été plus facile à haïr, avec ses airs glacials et intouchables. Si hautain et distant qu'il en frisait la caricature humaine. Il était autrement plus difficile de tenir tête au vampire puissant et charmeur qui n'avait cessé de le poursuivre pendant des jours.

« Peut-être. » concéda l'Ancien, tout en tournant son regard vers l'aube orangée. Avec un tel angle, ses yeux semblaient capturer toute la lumière du soleil et la refléter. Ses yeux semblaient doués d'une vie propre.

« Que me vaut l'honneur de ta visite ? » poursuivit-il, le ton léger, remarquant que Sirius ne répondait pas.

Sirius revint à ses sens et se souvint de la raison de sa visite. Campé derrière le bureau, il se faisait l'étrange impression d'être un soldat au rapport. C'était désagréable.

« Je veux que tu m'aides. »

« On dit je voudrais, quand on est poli. »

Ce n'était qu'une légère réprimande, comme un parent qui gronde son enfant sans méchanceté. Un sourire digne de La Joconde ornait les lèvres d'Antoine.

Une vague de colère l'étreignit devant les manières familières. Fallait-il qu'il s'éloigne pendant trois semaines avant que l'Ancien daigne lui jeter un coup d'œil ? Fallait-il qu'il croie l'avoir perdu pour enfin s'intéresser à lui ? Parce que Sirius désobéissait, était-il à présent plus désirable ? Sirius le détestait. Le détestait pour l'ignorer quand il avait besoin de lui et se comporter affablement quand tout ce qu'il voulait, c'était le haïr et l'utiliser. Il le détestait pour jouer avec ses émotions, pour changer de comportement comme on change de chemise, pour le rendre un peu plus dingue, un peu plus perdu à chaque parole prononcée.

« Pourquoi tu es comme ça ? » éclata-t-il, la colère claire dans son ton. S'il n'aurait pas eu l'air d'un gamin gâté en le faisant, il aurait volontiers frappé la table du poing. Rien que pour évacuer la frustration qu'il sentait poindre en lui suite au comportement d'Antoine. Mais il refusait de perdre de sa superbe devant l'Ancien, refusait de se laisser faire. Antoine ne le contrôlait pas. Il avait beau dire tout ce qu'il voulait, Sirius était son seul maître.

Antoine haussa un sourcil face l'agressivité du timbre. Il ne semblait même pas perturbé.

« Comme ça quoi ? »

Il en aurait hurlé s'il avait pu. Laissant de côté son immobilité, il ponctua ses mots de gestes désordonnés et brusques, laissant libre cours à son irritation.

« Pourquoi tu changes autant de comportement ? Un coup, tu as l'air de me vouloir, puis tu es froid comme la pierre. Tu m'ignores pendant des semaines, me traites comme si je n'avais aucune importance...avant de tout d'un coup laisser éclater ta colère sur moi, dès que je reviens. Et...et là, ce que tu fais. A agir comme...comme si tout était normal, comme si... » Il s'arrêta, frustré d'avoir laissé sa langue agir plus vite que lui. Frustré de ces mots pathétiques qui s'étaient déversés hors de sa bouche sans qu'il puisse les retenir. Il ne voulait pas paraître faible. Il n'avait pas besoin d'Antoine.

Un léger rire s'échappa des lèvres de l'Ancien. Il secoua légèrement la tête, comme si Sirius lui avait raconté une blague particulièrement amusante. Sirius était amer.

« Je t'ai toujours voulu, Sirius. »

« Alors pourquoi... »

Alors pourquoi tu m'ignores ? Alors pourquoi tu ne t'intéresses pas à moi ? Il ne pouvait pas laisser échapper ces questions. Elles le rendraient vulnérable. Il s'était promis de s'en foutre d'Antoine. De ne faire que l'utiliser. De ne pas tomber encore dans un de ses pièges, de ne pas se faire manipuler par l'Ancien.

Il garda obstinément le silence, malgré le sourcil interrogateur de l'Ancien. Non, il n'allait pas retomber là-dedans. Il ne le permettrait pas.

Quand le Maître de Paris se détourna, semblant croire que l'échange était fini, la demande fusa :

« Je veux que tu m'aides à retrouver Reg. »

Antoine claqua de la langue. « Désolé, je ne peux pas. »

La fureur monta en Sirius. Il voulait le frapper. Menteur. Salaud. Salaud, salaud, salaud, salaud.

« Mais tu m'avais dit... »

Antoine se retourna soudainement, un air clairement irrité sur ses traits.

« Je t'ai dit que je ne pouvais te donner qu'une seule chose. Ton frère a disparu depuis trop longtemps pour qu'on puisse encore croire à des chances de survie. »

« Il est vivant ! »

« Et qu'as-tu comme preuve à part des rêves ? » asséna Antoine.

Sirius pinça les lèvres. Il n'avait aucune preuve, c'était vrai. Mais il était persuadé que Regulus était vivant. Comment expliquer cette apparition, et ces rêves étranges qu'il avait, sinon ?

Il te manque tellement que tu te fabriques des illusions.

James avait-il eu raison, au final ? Ne cherchait-il Regulus que pour sa propre gloire, son ego ? Y avait-il vraiment encore une chance qu'il soit vivant ? Ça faisait presque deux mois qu'il avait disparu à présent...

L'Ancien poussa un soupir. Et pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Sirius lui trouva un air las.

« Écoute, Sirius. Je dois partir en Italie dans quelques jours. J'ai reçu des nouvelles du clan de Florence faisant état de disparitions alarmantes de plusieurs vampires nobles. Il pourrait s'agir de Cyanide Sun, mais rien n'est certain. Jusqu'à aujou... »

« Je veux venir avec toi. » le coupa Sirius, sans réfléchir. Seuls deux mots importaient dans cette phrase : Cyanide Sun.

Antoine tourna un regard indéchiffrable vers lui. A cet instant, et seulement à cet instant-là, Sirius réalisa la mesure du véritable âge d'Antoine. Il avait toujours paru plus jeune que les autres Anciens, semblait si moderne que Sirius en oubliait ses siècles d'existence et le traitait comme un contemporain, âgé d'à peine quelques années de plus que lui. Il s'était lourdement trompé. Dans les yeux mordorés, il pouvait voir tous les siècles qui les séparaient, toutes ces vies qu'il vues passer tandis que lui restait là, sur le bord du chemin, tel un éternel témoin du déroulement de l'univers. Il y avait un monde d'écart entre eux.

Pendant de longues secondes, le Maître de Paris le scruta, sembla comme sonder son âme. Au bout d'un temps qui lui parut infiniment long, il finit par détourner les yeux.

« Tu devrais retourner en Angleterre. »

Le coup fit mal. Beaucoup plus mal qu'il n'aurait voulu l'avouer. Antoine le rejetait. Lui qui avait affirmé le vouloir il y avait encore quelques minutes à peine, qui était allé jusqu'à le menacer de chantage, qui avait tout fait pour le faire venir à Paris, qui l'avait tant et tant séduit...il le rejetait.

Sirius sentit quelque chose lentement casser en lui, fissure après fissure. Il avait cru...Il avait cru qu'il n'aurait pas pu souffrir plus, que son quota de douleur avait été atteint. Comme il s'était trompé. Il avait l'impression de revenir , de revoir toute cette haine dans les yeux de Remus, dans les yeux de James, dans les yeux de sa mère...

Abandonné. Cette fois, je suis réellement abandonné.

Il allait s'enfuir sans un mot, quand les doigts d'Antoine retinrent son bras. Il se dégagea de la faible étreinte aisément. Mais c'était sans compter sur la persévérance d'Antoine. Quand avait-il bougé pour le rattraper ? Peu importait désormais, son bras était emprisonné dans la poigne de l'Ancien et qu'importe à quel point il tirait, il savait qu'il n'aurait pas pu s'échapper de là sans y laisser son bras.

« Lâche-moi ! »

Il suffoquait. Il devait partir. Il allait partir. Trouver un autre clan de vagabonds. Changer de ville peut-être. Il trouverait. Il aviserait. Mais il ne devait pas rester ici, il ne devait pas...

« Si tu es persuadé que ton frère est vivant, il y a plus de chances qu'il se trouve en Angleterre plutôt qu'ici ou à Florence. »

La voix était douce, et pour un peu, Sirius aurait pu croire à de la sollicitude, dans son ton. Il avait envie d'y croire. Envie de croire qu'Antoine se souciait de lui. Envie de croire que c'était contre son gré qu'il lui proposait ça. Envie de croire qu'il comptait encore un peu, au moins pour quelqu'un.

Mais ça faisait trop mal d'espérer. Trop mal de voir ses espoirs réduits à néant, une nouvelle fois. Seule une question importait réellement désormais.

« Tu veux que je parte ? » murmura-t-il, les yeux fixés sur la porte.

Un mot, juste un mot, et je m'en irais.

La pression des doigts sur son bras se relâcha. Sirius allait prendre ça comme un oui et partir, quand il sentit Antoine se rapprocher, l'attirer doucement vers lui. Sirius se laissa faire. « Tu doutes tellement de moi pour poser cette question ? »

Il s'était juré de s'en foutre d'Antoine. S'était juré de le haïr. Alors pourquoi ressentait-il du soulagement, tandis que l'Ancien le tenait contre lui ? C'était loin encore d'une étreinte, mais c'était le premier contact volontaire qu'il le faisait se sentir désiré depuis longtemps. Désiré pour autre chose qu'une rapide baise ou un shot. Désiré pour lui-même.

Petit à petit, la panique s'évanouissait. Qu'importait à présent si c'était un mensonge de plus, une manipulation de plus. Pendant un instant, juste un instant, il voulait profiter de la présence rassurante dans son dos et s'abîmer dans ce fantôme d'étreinte.

« Je ne suis pas là pour faire des choix à ta place, Sirius. » Un soupir, près de son oreille. « Ta famille veut que tu reviennes. Ils ont déjà perdu un fils, ils ne veulent pas perdre leur dernier héritier. Et si ton frère était encore quelque part, ce serait probablement en Angleterre. C'est là que tu devrais le chercher. »

Il avait raison, il le savait. Mais il ne voulait pas rentrer en Angleterre. Il n'était pas encore prêt à faire face à sa famille...pas prêt à faire face aux accusations qui fuseraient de toutes parts. Tu as laissé Regulus mourir pour toi. Pas prêt à être sujet à la haine de sa mère. Mon fils ! Comment as-tu pu lui faire ça, Sirius ? Pas prêt à subir les questions insidieuses, les remarques malveillantes. Pourquoi es-tu parti, Black ? Comment expliquer tout ça sans parler de sa pire connerie ? Comment expliquer qu'il avait tué son frère, parce qu'il était stupidement tombé amoureux ? Même s'il revenait, une fois que sa famille aurait découvert la vérité, c'était probablement l'exil qui l'attendrait. Ils attendraient d'avoir au moins un héritier de son sang – la pensée de ne servir qu'à continuer la lignée Black le rendait malade – avant de pouvoir le faire disparaître. Ils prétendraient que les chasseurs l'avaient finalement eu. Ils seraient débarrassé d'un héritier gênant et auraient gardé leur honneur intact.

Avec une soudaine et froide clarté, il se rendait compte que plus rien ne l'attendait à Londres. Rien, sinon être un objet. Il n'avait plus de soutien au repère, à présent que James était parti. Personne ne l'attendait à Londres. Personne ne le voulait, à Londres.

« Que faut-il que je fasse ? » murmura-t-il

Une main sur son cou. Une légère caresse.

« Je ne peux t'aider que si tu poses les bonnes questions. »

« Que veux-tu que je fasse ? »

Un baiser, comme une promesse.

« Reste. »


L'odeur chaude, salée et rouillée. Écœurante. L'odeur avait envahi ses narines, lui donnant envie de vomir. Mais il était bloqué, ses membres, paralysés par le corps au-dessus de lui. Des griffes lacéraient son flanc et les canines du monstre se trouvaient à à peine quelques centimètres de son visage – l'haleine fétide de la créature, brûlante, sur son visage. Le sang et la mort. C'était également ça qu'il voyait dans les yeux jaunes de la bête. Sang et mort.

Il avait entendu le hurlement de la bête, avant qu'elle ne l'attaque. Il avait senti cette note de désespoir dans son cri. Sirius avait abattu sa compagne. Et la bête allait le tuer.

L'orage, la pluie, les cris. Rien n'avait d'importance. Seuls comptaient ces hypnotiques yeux jaunes, si plein de rage, de haine et de mort.

Sirius était incapable de fermer les yeux, tandis qu'il sentait les griffes de la créature déchirer ses vêtements, à la recherche de son cœur. Déchiqueter la chair. Arracher le cœur.

Les yeux jaunes hurlaient vengeance.

Mais surtout, ils hurlaient de douleur.


Les membres à l'agonie. La fièvre. L'impression d'être en cage, et de suffoquer. Désespérément, il voulait s'éloigner de la douleur, voulait s'éloigner des yeux jaunes qui le perçaient, mais le loup était trop lourd, trop fort, il n'y parvenait pas, il n'y parvenait pas !

Des larmes s'échappaient de ses yeux, de frustration, de peur, de colère. Il se débattait, essayait de s'arracher à la poigne du monstre, sans succès. Ses doigts glissaient sur sa fourrure gluante de sang, de pluie et de bave. Il était paralysé.

A tout instant, il s'attendait à ce que son cœur cesse de battre, serré entre les griffes luisantes du loup. S'attendait à ce que les puissantes mâchoires se referment sur sa gorge et le déchiquette.

Pourtant, lentement, la fièvre refluait, et les yeux jaunes perdaient leur éclat brûlant. Petit à petit, la pression sur sa gorge diminuait. Il pouvait à nouveau respirer.

Quand enfin la douleur cessa, il ouvrit péniblement les yeux.

Noire. Noire était la chambre, malgré les tons clairs qui la décoraient. Les rideaux une fois tirés, il aurait pu se croire dans une bouche de l'enfer.

Mais ce n'était pas ça qui l'avait réveillé.

Il y avait une présence dans la chambre. Une présence familière, et sur laquelle pourtant il n'arrivait pas à replacer de nom. Son esprit raisonna que ça ne pouvait être que Laurent. Il n'y avait que lui qui entrait dans sa chambre. Il n'y avait que lui qui y avait accès.

« Je vous ai déjà dit de ne plus entrer sans mon accord. » grogna-t-il, la voix enrouée par le sommeil, la langue pâteuse. Il aurait voulu insuffler plus de colère, plus d'indignation à ses mots, mais il était encore trop secoué par le cauchemar pour ça. Il avait soif.

Il ne reçut aucune réponse.

Scrutant la pénombre, aiguisant ses sens au maximum, il désespérait de ne pouvoir rien voir. Pourquoi Laurent ne répondait-il pas ? Se moquait-il de lui ? Non, il n'oserait pas, Sirius était noble et il était un domestique, il ne pouvait pas se permettre un tel comportement. Mais pourquoi ne répondait-il pas dans ce cas ? Quelque chose n'allait pas.

« Cessez ça immédiatement. » dit-il, d'un ton un peu plus ferme, cette fois. Il s'était relevé dans son lit, s'attendant à sentir la présence du domestique à son chevet, à percevoir l'éclat d'une ombre près de lui. Mais il n'y avait rien.

« Laurent ? »

Une sueur froide coula le long de son échine. Était-ce la présence qu'il avait senti la première fois qu'il avait été ici, cette présence qui l'avait presque étranglé ? Il essayait de calmer la panique, de la faire refluer, mais il n'y parvenait pas. Le noir l'enfermait. Ce n'est rien, rien qu'un rêve, rien qu'un cauchemar.

Tout d'un coup, il entendit des pas se déplacer dans l'ombre, calmes et mesurés. Clak, clak, clak. Que se passait-il ? Qui était-ce ?

Et puis violemment, les rideaux furent écartés, inondant la chambre de lumière. Sirius ferma les yeux, blessé par la soudaine luminosité. Il serra les draps dans un poing, par réflexe.

Ce ne fut qu'au bout de plusieurs secondes qu'il rouvrit lentement les paupières. Un frisson de peur parcourut son corps quand il reconnut la silhouette qui se découpait contre le jour.

« Que...qu'est-ce que tu fais ici ? »

Les yeux brillaient avec un éclat surnaturel, à la lumière du soleil, eux qui quelques instants auparavant étaient plongés dans le noir. La pupille noire rongée par l'or, Sirius avait presque l'impression que le regard brûlait.

« Tu vouvoies un domestique mais pas moi. Je pourrais presque en être fâché. »


Le ton avait été faussement réprimandeur et pourtant, il vit Sirius tressaillir sous ses mots, comme s'il lui avait porté un coup.

Antoine se rapprocha du lit, jusqu'à presque obstruer les rayons du soleil qui caressaient la peau trop pâle de Sirius. Son ombre semblait presque dévorer le jeune vampire, comme s'il l'enfermait à nouveau dans le noir. Le jeune homme avait détourné les yeux à son approche, baissé la tête. Que se passait-il ?

« Sirius, regarde-moi. »

Plusieurs secondes passèrent sans que Sirius fasse mine de l'avoir entendu. Puis, enfin, avec réticence, il tourna le regard vers lui. Et alors, il comprit pourquoi le jeune vampire évitait son regard. Des sillons écarlates creusaient ses joues et ses yeux étaient rouges.

Antoine fut surpris. C'était la première fois qu'il voyait un vampire pleurer. L'envie le tiraillait de tendre les doigts vers ces traces de larmes si peu naturelles pour un vampire, pour voir si elles étaient réelles, s'ils étaient réellement capable de faire preuve de tant d'émotions. A nouveau, il se demanda jusqu'à quel degré de souffrance Sirius pouvait survivre. Jusqu'où allait son humanité. Le jeune homme semblait si fragile, tout d'un coup, si fragile qu'il aurait pu se briser sous ses doigts. C'était fascinant.

Il avait aimé cette attitude rebelle, et le feu qui avait animé le jeune Black en premier lieu. Cette attitude sans cesse défiante, qui semblait ne prendre aucunement compte de son rang et du respect qui lui était dû. Cette insouciance et cette témérité, qu'il aurait presque pu qualifier de folie aveugle s'il ne les chérissait pas tant. Mais ceci...ceci était tout aussi intéressant, tout aussi exaltant. Dévoré de l'intérieur, il lui semblait que l'âme de Sirius en était d'autant plus pure, par toutes les lacérations qu'elle avait subies. C'était sa douleur qui le rendait plus beau à ses yeux. Unique.

Là, fragile, perdu et blessé, il ne l'avait jamais trouvé plus beau auparavant.

Il voulut s'approcher du jeune vampire mais Sirius recula avant qu'il ne puisse le toucher, comme électrocuté.

A quoi penses-tu ? Antoine aurait tout donné pour comprendre l'esprit de Sirius. Percer ses défenses, lire ses pensées ne servait à rien. Ce n'étaient que des mots, des bribes de phrases dont il ne comprenait ni le sens, ni la portée. Sirius avait un raisonnement propre qui lui échappait – comme une lueur dans le noir qui vous fuit, au loin. C'était terriblement frustrant.

Finalement, il s'assit sur le lit. Les yeux argent de Sirius suivaient le moindre de ses mouvements, comme s'il craignait à tout moment qu'il ne l'attaque. Il resta à distance respectable du jeune homme.

Ses cheveux noirs étaient emmêlés et trempés de sueur aux tempes et à son front, dissimulant en partie le visage de Sirius. Ils offraient un contraste saisissant sur la peau pâle – trop pâle. Ses longs doigts serraient les draps, comme s'il s'accrochait à eux comme à une planche de salut. S'il n'avait plus l'air malade de ses premiers jours au Palais, Antoine voyait sans peine le tracas ployer le jeune corps, creuser juste un peu ses yeux. Il s'en voulut de rajouter un souci de plus sur ces frêles épaules.

Quand enfin, Sirius sembla se relaxer légèrement au bout de quelques minutes, il demanda, d'une voix douce : « Depuis combien de temps ça dure ? »

Le jeune Black se mordit les lèvres, resserra les bras autour de lui. Il avait légèrement replié les jambes contre lui. Il fuyait son regard à nouveau. « Depuis combien de temps dure quoi ? »

« Tes cauchemars. »

La lèvre inférieure fut un peu plus torturée. Bientôt, elle serait en sang, si Sirius ne faisait pas attention.

« Un peu avant que je reçoive la lettre de Cyanide Sun. Un mois et demi, deux mois, environ. »

Si longtemps ?

Il hésita un instant avant de balayer les mèches indisciplinées, exposant le visage de Sirius pleinement à sa vue. Il sentit Sirius frissonner sous le contact. Peur ? Froid ? Il n'aurait su le dire.

Poussant l'audace plus loin, il effleura les joues teintées de vermeil sombre. Sirius retint son souffle. Il pouvait sentir son regard argent le percer mais Antoine n'y prêtait pas attention. Sous ses doigts, le vermeil se dissipait, s'étalait sur les pommettes saillantes – comme des marques de guerre. Il ne les fit pas disparaître – loin de le rebuter, elles n'étaient qu'une preuve de plus de la différence de Sirius.

Lentement, il parcourut des yeux le corps à moitié dénudé de Sirius, cherchant toute trace qui pourrait prouver, expliquer pourquoi il était venu jusqu'ici. Pourquoi il semblait si désemparé, perdu et ailleurs. Il sentit le jeune vampire se recroqueviller sous son regard. Par honte ? Par embarras ?

« Tu as peur de moi ? »

Sirius prit une inspiration hachée. « Non. »

A chaque fois qu'il avait posé cette question, la réponse avait été immuable. Non. Pourtant, quelque chose était différent, cette fois. Il n'y avait plus cette pointe de défi, ou d'arrogance ou même de haine dans sa voix. Ce non était différent. Cette fois, Sirius mentait.

« Je ne te ferais rien, tu le sais. »

Comment Sirius pouvait le croire aussi amoral l'irritait. Il s'était stupidement comporté lors du premier séjour du jeune Black à Paris, c'était vrai. Il avait été trop familier, trop proche ; trop émerveillé qu'il avait été par l'héritier Black, et tout à son désir de le posséder. Mais son attention pour Sirius avait été remarquée et cela était dangereux. On ne pouvait pas contrôler un empire en ayant une faiblesse. Il avait su maintenir son autorité en ne déléguant aucune fonction à personne, en exerçant les pleins pouvoirs. Il était le seul maître d'Europe et ne faisait confiance à aucun de ses sujets. Donnez du pouvoir à un noble et il s'empressera de vous poignarder dans le dos, avide d'étendre sa domination sur un nouveau territoire. Les vampires communs ne comprenaient pas. Les Anciens étaient faits pour régner, étaient nés pour régner. Un vampire normal ne pouvait pas supporter la pression. Un vampire normal ne pouvait pas voir les siècles défiler et maintenir son contrôle sans débordements aussi longtemps. Les vampires communs étaient avides – de gloire, d'amour, de pouvoir, de richesse. Les Anciens ne pouvaient se permettre d'agir comme eux. Ils étaient l'élite – ceux qui devaient protéger leur peuple des menaces humaines et lycanes. Et pire, d'eux-mêmes. C'était leur sacrifice – se couper des distractions communes à leurs sujets, pour mieux régner.

Oh, bien sûr, nombre d'entre eux étaient tombés dans leurs travers, avec le temps. A quel point ils l'écœuraient, avec leur luxe de pacotille et leurs orgies. A chaque mot qu'ils laissaient leurs amants glisser dans leur oreille, c'était une parcelle de pouvoir qu'ils leur donnaient. Ils ne comprenaient pas. Ils ne comprenaient pas que c'était leur caractère sacré qui les sauvait de l'extinction.

« Je suis si peu désirable ? »

Il tourna un regard surpris vers Sirius. Sa bouche avait un pli amer et dur. Il avait tenté d'effacer les traces de ses larmes, ses paumes portant les traces sanglantes, à présent.

« Pardon ? »

« C'est justement ça le problème, tu ne fais jamais rien. Tu dis me vouloir, et pourtant jamais tu n'essaies réellement de me séduire. Tu ne me touches même pas. »

Il n'aimait pas la tournure que prenait cette conversation. Sirius était trop étrange. Qu'est-ce qui avait provoqué ce changement de comportement soudain, alors qu'il semblait presque avoir peur de lui quelques secondes auparavant ? C'était comme s'il le provoquait, comme si...

« Préférerais-tu que je te force ? » demanda-t-il, légèrement acide.

Sirius se rendait-il compte à quel point son comportement était dangereux ? Se rendait-il compte que, n'aurait-ce été lui, n'importe qui pouvait tenter d'abuser de ce jeune corps ? Sirius était-il devenu si auto-destructeur qu'il cherchait son contact, cherchait d'autres manières de se punir ? Ce n'était pas ça qu'il voulait.

« J'ai du mal à croire que tu me veux quand tu me regardes à peine. » répliqua Sirius, provocateur.

Antoine était en colère. En colère contre Sirius pour son comportement toujours aussi changeant. En colère contre lui-même, pour ne pas céder alors qu'il pourrait littéralement avoir le jeune Black, s'il le voulait.

Mais c'est justement ça, le problème. C'est trop facile.

Trop facile de tomber dans ces travers. Trop facile d'oublier ses devoirs. Trop facile de penser à soi et uniquement à soi.

Trop facile de le briser, ensuite.

« Tu veux savoir pourquoi je t'ignore ? »

Saisissant brusquement le visage du jeune Black entre ses doigts, il l'approcha du sien. Un instant, il vit la peur et autre chose – était-ce du désir ? – batailler dans les yeux de Sirius. Il en avait assez de ces jeux, assez de ce contrôle qu'ils s'imposaient l'un l'autre. Il ne devait pas céder, il le savait – mais n'avait-il pas attendu assez longtemps, assez sacrifié ?

« Pour te pousser dans tes derniers retranchements. » souffla-t-il, fixant ces lèvres qu'il serait facile – oh, si facile – de capturer. « Pour voir ta colère, pour te forcer à retrouver ton ancienne personnalité. » Il plongea son regard dans celui de son vis-à-vis. Les tourbillons orage le fascinaient. « Tu as l'esprit d'un combattant, Sirius, et pourtant, je n'aurais qu'à te pousser pour que tu plonges. »

Il approcha ses lèvres des siennes. Un souffle. Rien qu'un souffle et il sera à lui.

Quand il sentit que Sirius allait clore la distance entre eux, il recula, relâcha le jeune homme. C'était torture d'être si près et si loin de ce qu'il voulait.

Mais ce n'est pas ce que je veux.

« Tu ne me dirais même pas non. » acheva-t-il.

Et là, c'était là. Il pouvait voir cette flamme s'allumer dans les yeux argent. Cette incandescence de vie et de rébellion, ce feu qui avait brûlé trop fort jusqu'à le consumer. Intérieurement, il était satisfait. Il avait réussi. Sirius marchait à la provocation, aux insultes, à l'ignorance. Il aimait trop l'attention et ne réagissait une fois qu'il se sentait seul, désemparé. Pour autant qu'il essaie de se détacher de sa famille, de se différencier d'eux, il restait un Black – avide de reconnaissance et fier, si fier. Se rendait-il compte qu'en relevant le menton de cette façon en signe de défi, qu'en se tenant ainsi, comme pour affirmer sa puissance, il était l'image parfaite du plus pur des Black ?

Sirius le dardait d'un regard furieux et, oui, vexé. Alors qu'il s'attendait à une explosion de colère, aux remarques puériles propres à Sirius dans ses moments de rage, le jeune Black carra les mâchoires, refusant obstinément de contre-attaquer. Bien. Il mûrissait.

« Pourquoi tu es là ? » finit-il par demander, d'un ton brusque. Antoine ne s'en formalisa pas. N'était-ce pas ce qu'il avait voulu ?

« Alphard m'a contacté. Ta famille sait que tu es ici. »

Sirius tressaillit. Il vit le jeune homme perdre de sa superbe, son assurance vaciller un instant. Avant que le masque ne reprenne place sur ses traits une seconde plus tard, mais imparfait, tellement imparfait.

« Qu'est-ce qu'ils ont dit ? »

Cette fragilité, ce ton presque murmuré...Sirius se rendait-il compte du pouvoir d'attraction dont il disposait ? Se rendait-il compte de ce que cette facette humaine lui faisait ? Il se redressa légèrement, s'éloigna imperceptiblement.

« J'ai répondu que tu resterais encore ici pour un temps indéterminé et que je veillerais à ce qu'il ne t'arrive rien. »

Il fixa le visage du jeune Black, étudiant les imperceptibles changements qui pourraient l'informer du chemin que prenaient ses pensées. Mais le masque s'était perfectionné en l'espace de ces quelques secondes, il lui était difficile de déchiffrer le vide d'expression calculé.

« Et ils ont accepté ? »

Il eut un sourire à ces mots. « Tu oublies qui je suis, Sirius. »

Sirius ne répondit rien, continuant à fixer le vide. Antoine crut la conversation close et se leva, se préparant à quitter la chambre, quand la voix de Sirius retentit à nouveau.

« Tu n'as pas répondu. Qu'est-ce qu'ils ont dit ? »

Le ton était neutre. Trop neutre. Mais il ne voulait pas tourner la tête, pas voir à nouveau cette coquille vide aux yeux argents. Main sur la poignée, il demanda, à voix basse :

« Est-ce vraiment si important ? »

Seul le silence lui répondit.


Il jeta un coup d'œil à son portable, machinalement. Pas qu'il s'attendait à un message ou un appel. Andreas avait essayé de le contacter, deux jours plus tôt. Il n'avait toujours pas répondu.

« Hey Sir, ça va ? On te voit plus et Dam refuse de parler de toi. Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu vas revenir ? »

Il ne savait pas quoi répondre. N'osait pas vraiment dire « Je suis parti et je ne reviendrais pas. ». Ça semblait injuste, de quitter le clan sans aucune explication, sans même un au revoir, après ce qu'ils avaient fait pour lui. Quelque part, ils lui manquaient.

Lena et son comportement toujours changeant, à la fois presque comme une petite sœur, une ennemie et une partenaire de chasse. Celle qui l'avait amené dans le clan, alors qu'elle savait qu'elle ne devait pas, qu'elle s'attirerait les foudres des autres en faisant ça. C'était grâce à elle, en quelque sorte, que Sirius avait pu aller mieux. Avec ses défis et son comportement parfois terriblement enfantin, elle l'avait sorti de sa réserve, l'avait forcé à accepter sa nature à nouveau sans en avoir honte. Une vampire dangereusement séduisante et diablement effrayante. Un soldat fidèle et la seconde aux commandes – il ne savait pas ce que serait le clan sans elle.

Et Andreas, et ses yeux bleu glace qui semblaient toujours mi-clos, perdus dans un autre monde – plus beau, peut-être. Andreas, que Sirius ne parvenait pas vraiment à comprendre, pas vraiment à saisir. Presque un ami, presque un confident et le seul qui semblait réellement se préoccuper des autres alors qu'il semblait lui-même si différent, si à l'écart. On aurait dit qu'il possédait le pouvoir de calmer l'atmosphère autour de lui, comme si son attitude nonchalante contaminait les autres, les apaisait. Sirius aurait voulu mieux le connaître. Savoir pourquoi ce vampire semblait tellement plus humain que les autres, semblait tellement aimer la vie.

Et Damien...non, il ne lui manquait pas. Il était trop violent, trop dangereux et il avait clairement fait comprendre à Sirius dès le début qu'il ne l'aimait pas et ne l'acceptait pas. Il portait l'autorité à un point extrême et Sirius avait toujours voulu se rebeller contre ça – il refusait de s'écraser, et il savait que Damien n'aurait pas hésité à l'éliminer s'il l'avait poussé trop loin. Mais d'une certaine façon, il comprenait l'attitude agressive et la haine envers le monde qui semblait le dévorer. Parce qu'en dessous de la cruauté et de la noirceur, il avait surtout vu une âme cassée, un destin brisé – et il ne parvenait tout simplement pas à le détester.

Ce clan, avec ses personnages plus différents les uns que les autres, plus disparates les uns que les autres ne formait, au final, qu'une seule et même famille. Une famille dont il avait peut-être fait partie, pendant un court laps de temps. Il ne s'était pas senti chez lui, mais ils lui avaient permis de mettre ses idées au clair, de le réconcilier avec sa nature de vampire. De redevenir lui, en quelque sorte.

Rien n'annonça son arrivée. Ni froissement de tissu, ni souffle, ni bruit de pas. Comme un félin, il se déplaçait souplement, silencieusement. Prédateur.

Sirius l'évitait depuis trois jours, maintenant. Leur dernière confrontation était encore trop fraîche dans sa mémoire et il n'avait pas envie de lui parler, pas envie de le voir. Pourtant, il savait que ce serait nécessaire – n'avait-il pas dit qu'il accompagnerait Antoine à Florence d'ici quelques jours ? Il regrettait presque sa décision, à présent. Il était trop confus, trop perdu pour que se retrouver seul avec l'Ancien soit une sage décision.

« A quoi penses-tu ? »

La voix était douce, calme ; elle brisait à peine le silence de la nuit qui les entourait. On aurait dit qu'elle se fondait à la nature, comme le bruit du vent. Il aurait presque pu croire ne pas l'avoir entendue, s'il n'avait été un vampire.

Il sentait vaguement le regard mordoré peser sur lui mais n'y prêta pas attention. La proximité de l'Ancien le troublait plus qu'il n'aurait voulu l'admettre et il n'avait pas envie de lui faire face.

Il reporta son regard sur la lune, sans répondre. Qu'aurait-il pu dire, de toute façon ? Il songeait à trop de choses pour toutes les citer. Devait-il rentrer à Londres ? Comment sa famille le traiterait-elle, s'il revenait ? Où était James, comment allait-il ? Y avait-il encore une chance que Regulus soit vivant ? Et que ferait-il s'il trouvait Cyanide Sun à Florence ? Devait-il rester à Paris ? Devait-il suivre Antoine ? Que voulait l'Ancien ? Et que voulait-il réellement, lui ?

Trop de questions et trop peu de réponses. Il semblait que Paris n'avait fait que le confondre un peu plus.

Il sentit l'ombre se déplacer. A présent, était-il dans son dos ? A côté de lui ? Il n'avait pas envie de se retourner, pas envie de deviner.

Le silence s'étira entre eux, confortable. S'il fermait les yeux, Sirius aurait presque pu se croire à l'abri de tout danger, de tout souci. Loin. Ailleurs. Mais ça n'aurait été que se bercer d'illusions.

« Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu étais venu ici. »

Sirius se raidit, imperceptiblement. Le ton n'avait été ni accusateur, ni plein de reproches. Ça n'avait été qu'une simple constatation. Mais Sirius n'était pas dupe. C'était le moment où Antoine lui demandait enfin la raison de sa venue, de façon voilée. Allait-il encore l'accepter ici, en apprenant la vérité ? Allait-il encore l'accepter, en sachant que Sirius se servait de lui comme d'un outil ?

Il fut perturbé de ne pas avoir idée de la réponse.

« Tu ne devines pas ? » répondit-il, à voix basse, comme s'il s'adressait plus à lui-même qu'à l'Ancien. Tout pour éviter de répondre de suite.

Mais Antoine l'entendit, évidemment.

« Je devine, oui, mais je ne sais pas. Je ne peux qu'émettre des hypothèses. »

Sirius ne répondit rien, continuant de s'aveugler les yeux avec le reflet de la lune sur l'eau. Peut-être le blanc argenté scintillant finirait-il par l'éblouir. Il souhaitait presque que ça soit le cas.

Il entendit un soupir, non loin de lui, et le froissement du tissu qui signale un corps en mouvement. Antoine partait-il, découragé par son humeur maussade ? Bientôt, cependant, il aperçut l'Ancien dans son champ de vision. Appuyé contre la balustrade, la pose paraissait nonchalante et étrangement déplacée pour le personnage qu'était le Maître de Paris. Ses lèvres semblèrent à peine bouger tandis qu'il déclarait, à voix basse :

« Tu peux me faire confiance. »

Sirius lança un regard scrutateur à l'Ancien, le dévisageant ouvertement à présent, cherchant à comprendre, à savoir. Antoine ne le fixait pas. Il fixait la lune, comme s'il pouvait lire de la poésie gravée à sa surface. Ce qu'elle représentait pour lui, Sirius n'en avait aucune idée.

Il fixa le profil doux, qui ne possédait pas cette arrogance aristocratique propre aux familles comme les Black et les Malefoy. Cette arrête du nez, droite mais pas trop aiguë. La mâchoire bien dessinée, sans être trop carrée. Le dessin des lèvres, comme du velours. Sa beauté semblait aussi naturelle qu'artificielle. La douceur de ses traits semblait appartenir à une autre époque, à celle des portraits réalisés par les maîtres florentins de la Renaissance. La même lumière qui semblait émaner de l'intérieur de l'être, cette même nonchalance, cette même grâce. Mais c'était ce caractère figé de la toile qui caractérisait aussi Antoine : parfois, on l'aurait à peine dit vivant.

Au fond, Sirius connaissait à peine le Maître de Paris. Ne connaissait rien de son passé, sinon son titre. Ignorait même jusqu'à quel âge il avait, de quelle époque ou même de quel pays il était originaire. Parce que son Palais était d'inspiration classique, cela voulait-il forcément dire qu'Antoine était né – ou avait été créé ? – à cette époque ? Antoine était-il même son vrai nom ? A quelle famille appartenait-il ? En quoi croyait-il ? Sirius savait comme Antoine n'avait aucun mal à mentir et à manipuler les esprits. Savait comment il pouvait changer de comportement à sa guise et prétendre sans effort. Quelle chose poussait les autres vampires à lui être si aveuglément fidèles quand il ne leur prêtait pas la moindre attention ? Qu'est-ce qui avait fait de lui un Ancien ?

De plus en plus, Sirius réalisait qu'il ne savait, fondamentalement, qu'une seule chose sur Antoine : qu'il le voulait et qu'il était prêt à presque tout pour l'obtenir. Pouvait-il en jouer ? Pouvait-il vraiment faire confiance à Antoine, en ne se basant que sur cette unique information ?

« Je t'ai toujours voulu, Sirius. »

Et tandis que l'Ancien tournait un demi-sourire vers lui, il voulait croire que c'était vrai.


La chaleur suffocante et l'air lourd, si lourd du mois de mai. Il y a de l'orage dans l'air, ça se voit aux nuages noirs qui s'amoncellent au-dessus de sa tête. Il peut le sentir sur sa peau, sur sa langue – ses poumons se serrent, sous l'assaut d'air surchauffé. Tout ça lui rappelle trop sa dernière mission, lui rappelle trop son rêve, mais il éloigne impitoyablement ces pensées de sa tête. La peur ne ferait que le déstabiliser, ne ferait que mettre sa vie en danger. Il ne doit pas tuer, se rappelle-t-il. Seulement observer et repérer où se trouve le QG des lycans. C'est une mission d'observation, pas une traque. La tension habite son corps, tandis qu'il observe, accroupi sur le toit, doigts serrés sur le parapet, le chef lycan situé plusieurs mètres en-dessous de lui.

Les rues sont presque désertes à cette heure et le silence et le calme inhabituels sont presque angoissants. Ce n'est plus la chaleur qu'aiment tellement les humains qui a pris possession des rues, non, à ce moment-ci, c'est une chaleur asphyxiante qui remplit l'air, celle qui vous écrase quand vous vous trouvez près d'un feu ou dans une pièce fermée et trop chaude. Celle qui vous fait tourner la tête et menace de vous faire perdre connaissance. Celle qui vous accompagne quand le sang d'un autre corps vous étouffe, quand vos mains plongent dans la chair palpitante et brûlante pour en retirer la vie. Sirius suffoque dans sa combinaison mais il n'ose pas faire un geste. Un seul geste peut attirer l'attention du lycan. Un seul souffle trop bruyant peut attirer ses yeux vers lui.

Alors, il observe, le plus silencieusement qu'il peut, le chef lycan errer de ruelle en ruelle. Il est prudent, Sirius peut le certifier, et il a déjà failli plusieurs fois perdre sa trace en l'espace de quelques heures. Ses membres lui font mal et son dos est raide de rester dans une telle position, mais il ne peut partir tant qu'il n'a pas obtenu l'information qu'il veut.

« J'ai besoin de ton aide, Sirius. »

Peut-être le chef lycan est-il au courant qu'il risque d'être pris en filature, se dit Sirius, angoissé. Voilà pourquoi il erre en ville, sans jamais s'arrêter dans un endroit suspect assez longtemps. Sirius n'a vu que des humains avec le chef lycan, et il commence à se demander si Antoine a bien eu raison, ou s'il a fait une erreur quelque part. Est-ce que dans les quelques minutes où Sirius l'a perdu de vue, le lycan aurait retrouvé les siens ? Un goût amer envahit la bouche de Sirius. Il n'était pas un tueur, pas un traqueur. Antoine avait sûrement des tas d'espions plus qualifiés que lui.

« Mais aucun ne connaît comme toi les lycans. »

Il serre les dents, éloigne la pensée inopportune. Concentre-toi sur ta tâche, se répète-t-il. Plus vite tu auras fini, plus vite tu pourras rentrer.

Et là, tout d'un coup, il y a un mouvement suspect. Le chef lycan qu'il suit depuis des heures – de haute stature, large d'épaules, avec des cheveux bruns hirsutes – s'est tout à coup arrêté. Sirius recule légèrement, tâchant de rester hors de vue du lycan. Aplatissant son corps contre le toit, comme un félin prêt à attaquer, il laisse ses sens s'ouvrir au maximum.

Le toit est brûlant sous ses doigts et ses genoux protestent de rester dans une telle position mais ce n'est pas son confort qui importe. C'est ce qu'il peut percevoir.

L'odeur dans l'air. Elle est électrique, et pourtant, teintée d'autre chose. C'est un effluve de terre et de boue et de feuilles. Sirius est confus, l'espace d'un instant. Ils sont en ville et ce quartier-ci est fort industrialisé. L'aire verte la plus proche est à au moins un kilomètre d'ici – il ne devrait rien sentir de tel.

Cependant, il élimine rapidement cette information quand il voit deux nouvelles silhouettes rejoindre le lycan. Plus petites, plus fines, elles semblent s'adresser au chef lycan, avant de lui tendre une enveloppe. Sirius tend l'oreille, mais ne parvient pas à saisir ce qu'ils disent. Les sons semblent trop secs et hachés pour être du français et ça ne ressemble pas non plus à de l'anglais. Il essaie de distinguer quelque chose sur l'enveloppe mais le chef lycan l'empoche sans l'ouvrir. Sirius sent un cri de frustration monter à ses lèvres. Il essaie alors de distinguer les visages des deux nouveaux arrivants mais leurs traits sont cachés par des capuches. Cependant, il peut voir que l'un d'eux est une femme, et que des cheveux blond platine bouclés s'échappent légèrement de son capuchon. Quelque chose semble différent chez eux. Ce ne sont pas des humains, Sirius en est presque certain, mais...

Trop concentré sur les individus plusieurs étages plus bas, il sursaute quand le craquement du tonnerre déchire le ciel. Le grondement est fort et fait trembler l'air autour de lui. Bientôt, il est assourdi par une pluie soudaine, le trempant totalement.

Les dents serrées, ses mèches trempées retombant devant ses yeux, il rampe sur le toit, essaie de s'approcher un peu plus du groupe de lycans...avant de remarquer qu'à l'endroit où ils se tenaient il y a encore quelques secondes, il n'y a plus que le vide. Ils ont disparu. Frénétiquement, il les cherche des yeux, allant jusqu'à se soulever du toit et passer la tête par-dessus le parapet, l'eau s'égouttant librement de sa combinaison – tant pis pour la prudence, maintenant ! Ses jointures lui font mal tandis qu'il serre le rebord jusqu'à presque le fendre. Ses pieds glissent, à cause de l'eau. La pluie s'abat sur sa tête, dégouline dans son dos.

Non ! a-t-il envie de hurler. Non ! Il donne un coup dans le mur, de fureur, se fichant de la douleur qui vrille ses phalanges à ce moment-là. Ils lui ont échappé. Il avait été si près, si près et il avait fallu que...

Soudain, il entend un craquement derrière lui, par-dessus le bruit de l'averse. Sirius se fige, les sens en alerte. A nouveau, il capte cette odeur de terre, de boue et de feuilles, couverte par l'électricité et l'acidité de la pluie.

Lentement, précautionneusement, il replie ses membres en position de défense – jambes pliées mais prêtes à bondir, mains prêtes à saisir, épaules voûtées, cou tendu. Il retient sa respiration, ferme les yeux et fait abstraction de la pluie. Il isole le battement de cœur qu'il peut entendre émaner de l'autre. Badump, badump, badump. Le cœur bat fort et vite, plus vite que celui d'un humain. Badump, badump, badump. Quand il tourne la tête, il sait déjà ce qu'il va trouver.

Deux yeux jaunes.


« Sirius ? »

Un nom, murmuré comme une prière. Faible, ténu. Mais le ton était chargé de surprise et d'autres choses qu'il ne parvenait pas à identifier. Sirius. Comme une parole sainte.

Il releva lentement la tête, le corps raide. Trop risqué. Trop dangereux. Le chercheraient-ils ?

« Mais...Will...Will m'a dit que tu avais disparu. Et...et Lil's m'a dit que tu étais peut-être même mort. Est-ce que... »

Il porta un regard froid sur cette mise débraillée et terne. Sur ces traits qui semblaient trop fatigués pour un corps encore jeune. Au milieu d'une rue, immobilisés tous deux. Qu'allaient penser les gens ? Trop imprudent. Il n'aurait pas dû répondre à l'appel. A quoi avait-il pensé ?

« Je pense que vous faîtes erreur sur la personne, monsieur. »

Une expression peinée barra le visage de l'humain à son ton froid et cassant. Il recula, percuta quelqu'un, s'excusa faiblement face aux récriminations. Il le fixait, les yeux écarquillés. On aurait dit qu'il l'avait frappé.

« Tu...mais... »

Agacé, il reprit son chemin, sans plus jeter un regard à l'homme. Il n'aurait pas dû répondre. Il n'avait aucune idée de qui il pouvait être, c'était trop périlleux. Et s'il faisait partie des leurs ?

Pourtant, à peine fit-il quelques pas qu'il sentit une main agripper son bras. Il essaya de calmer la vague de panique qui le submergea. Ils n'ont pas de preuves. Ils n'ont pas de preuves.

« Sirius, attends ! »

Il tourna un regard furieux vers l'humain.

« Êtes-vous totalement aveugle ? Je ne suis pas Sirius. » cracha-t-il.

Mais la pression ne se relâchait pas, et des yeux dorés le scrutaient, cherchaient à rencontrer son regard. Il le fuit, refusant d'accorder ce contact à cet étranger.

Alors qu'il allait vertement répliquer à l'humain de le laisser tranquille, il comprit. Comprit en voyant l'expression de douleur sur les traits de l'humain. La douleur, et la culpabilité, et l'incompréhension, et le regret. Il sentait le tremblement dans les doigts qui le tenaient, voyait l'humain peu à peu s'effondrer.

Et tout d'un coup, il devint vital de garder l'homme, de ne pas le laisser s'échapper. Si c'est lui...Regulus l'entraîna à l'écart, loin des rues londoniennes encombrées. L'humain se laissa faire sans opposer aucune résistance. Du presque enthousiasme qui l'avait habité quand il avait croisé ses yeux ne paraissait plus rester qu'une épave.

Redressant les épaules de l'homme, il planta son regard dans le sien, le secoua quand il vit que l'humain n'avait aucune réaction.

« C'est vous ? » demanda-t-il d'un ton pressant.

Les yeux dorés papillonnèrent et mirent quelques secondes à se reconcentrer sur lui. On l'aurait dit drogué.

« Qui... »

« C'est vous, l'humain ? » pressa-t-il.

Et comme soudain réveillé, l'homme s'ébroua et le darda d'un regard méfiant. Notait-il à présent seulement toute l'illogicité de sa première supposition ? Remarquait-il les différences ?

« Qui êtes-vous ? »

Regulus se redressa de toute sa taille, toisa l'homme qui lui faisait face. Si c'est lui...

« Son frère. »


Atmosphère : Hilf Mir – David Bonk, 6-7 décembre 2010

I Giorni – Ludovico Einaudi, 15 décembre 2011

Lips of Blood – The 69 Eyes, 19 février 2012

(silence), 21 février 2012

Goodbye Brother – Hans Zimmer, 18 mars 2012

Iron – Within Temptation, 26 mars 2012

(silence), 21 avril 2012

(silence), 24 avril 2012

Farewell – Apocalyptica, 25 avril 2012

(silence), 9 mai 2012

(silence), 10 mai 2012

(silence), 19 mai 2012

Wildfire – Ramin Djawadi, 30 mai 2012

Breath of Life – Florence and the Machine, 11 juin 2012

Breath of Life – Florence and the Machine, 12 juin 2012

(silence) – 16 juin 2012

Running Up That Hill – Placebo, 1er juillet 2012

(silence), 2 juillet 2012

Longue attente...mais long chapitre et qui fait avancer l'histoire...ça compense ?

Vous l'aurez probablement remarqué, on a droit à un progressif retour à VH (et HP) et non plus à l'unique monde de Paris. Je me suis rendue compte que c'était une chose qui avait assez déçu, dans KL, parmi mes lecteurs et, je l'avoue, ça me fatigue un peu de toujours tourner autour de cette vie de cour parisienne. Vous pouvez vous attendre à un lent retour à ce que nombre d'entre vous avez aimé dans VH (y compris le retour de certains personnages), cependant, l'action de KL restera basée à Paris (bien que le prochain chapitre se déroulera normalement à Florence). Pas de retour à Londres prévu pour le moment. Cependant, à partir de maintenant, KL risque de devenir plus compliquée. Tous les détails disséminés un peu partout dans les deux fics vont enfin prendre la forme d'un tout cohérent. KL retrouvera un peu cette étincelle de VH, mais sans le côté trop insouciant des premiers chapitres, qui ne me correspond plus vraiment. J'ai grandi, et Sirius aussi.

Un OS devrait normalement voir le jour sur la dernière scène présente dans ce chapitre. Le titre provisoire en est Hide From The Sun et il est en cours d'écriture. J'ignore la date de parution, mais ça ne vous empêche pas de checker mon profil de temps en temps ;)

Concernant les personnages...oui, je me suis honteusement inspirée de Claudia (personnage des Chroniques des Vampires de Anne Rice) pour Sylvia, la petite sœur de James. Le personnage a été créé il y a presque 6 ans et n'est apparue qu'au tout début de la fic, comprenez que je perde le fil. Quant à Antoine...même chose, j'ai créé le personnage il y a voilà 4 ans et je n'ai écrit que très peu, somme toute, sur lui, ce qui me rend très difficile le développement de sa relation avec Sirius, les deux personnages étant multifacettes.

Sur une autre note, j'ai réalisé (par ennui, surtout) deux hypothétiques couvertures si Vampire Heart et Killing Loneliness (non encore disponible, j'attends l'accord d'une des photographes) étaient des livres, ainsi qu'une illustration du clan de vagabonds. Détestant de toute mon âme le système de petit carré ridicule qui sert de "couverture" de FF, je vous invite à aller visiter mon compte DeviantArt (Ikuinen), si vous souhaitez voir ces illustrations.

Un grand merci à Jayz et ma Marmotte pour m'avoir aidée à régler certains soucis dans ce chapitre, je ne vous remercierais jamais assez !

Sorn