Primeval, la suite

Chapitre 7

Zone d'entrepôts désaffectés.

Helen surveillait Nick et Jenny, qui étaient enfermés tous les deux dans une pièce, séparés des autres. Jenny demanda :

_ Qu'est-ce que Leek et Helen manigancent ? Et toutes ces créatures, pourquoi sont-elles ici ? Qu'est-ce qu'ils comptent en faire, exactement ?

_ Je pourrais mener mon enquête, mais je n'en vois pas l'intérêt, lui répondit Nick, d'un ton calme. Vous pouvez dormir tranquille, je doute qu'Helen s'intéresse à vous.

_ Helen est votre femme, vous auriez dû garder le contrôle sur elle ! (Nick se mit à rire) Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.

_ J'espère que votre fiancé sait que vous êtes vieux jeu.

_ Pour votre information, Cutter, je n'ai plus de fiancé, à présent.

_ Pourquoi, qu'est-ce qui s'est passé ?

_ C'est à cause de ce poste. Il a cru que j'avais rencontré un autre homme. (elle eut un rire désabusé) Je me voyais mal lui dire que j'étais fascinée non pas par un autre homme, mais par une créature. Le machinchososaure. Et vous me croirez ou non, depuis, je me sens… différente, très différente. (Nick lui sourit) On ne pourrait pas reparler de ça une autre fois ?

_ C'est vous qui avez commencé.

_ Il me semble qu'on a des problèmes plus importants à résoudre. Notre mort imminente, par exemple.

_ Rassurez-vous, on ne mourra pas. Helen a peut-être bien des défauts, mais ce n'est pas un assassin.

_ Vous croyez que c'est elle, la responsable ?

_ Oui. Leek n'aurait jamais eu la présence d'esprit de monter ça tout seul.

Alors qu'Helen les observait grâce à la caméra de sécurité, Leek arriva derrière elle, et coupa le son, d'un geste rageur.

_ Il voit de quoi je suis capable, et pourtant il continue de me sous-estimer ! ragea-t-il.

_ C'est votre faute, Oliver. Vous jouez les insignifiants à la perfection. Vous n'avez pas oublié notre contrat, n'est-ce pas ? dit Helen en brandissant son couteau. Il ne doit rien arriver à Nick et Casey.

Un soldat toussota derrière eux. Ils se retournèrent, et virent qu'il accompagnait Caroline.

_ Euh, j'aimerais bien rentrer chez moi, maintenant, dit la jeune femme, pas rassurée. J'aimerais ne pas être mêlée à tout ça, si je peux éviter.

Leek lui sourit, mais son sourire n'avait rien de bienveillant.


La porte de la cellule où se trouvaient Abby et Connor s'ouvrit.

_ Caroline ! s'exclama Connor, en voyant la jeune femme être poussée à l'intérieur. (à Leek) Laissez-la en dehors de ça. Elle n'a rien à voir là-dedans.

Leek eut un petit rire.

_ Quoi ? fit Connor, qui ne comprenait pas.

_ Tu as beau être quelqu'un d'intelligent, ce que tu peux être bête, parfois, lui dit Abby.

_ Non, souffla Connor, qui ne voulait pas croire que Caroline soit mêlée à tout ça.

_ Une fille comme Caroline, tombant sous le charme d'un bon à rien comme vous, ne me dites pas que vous y avez cru, dit Leek. C'est impossible ! Je l'ai payée cher pour qu'elle vous aborde. Voyez-vous, Connor, on est pareil, tous les deux. Les jolies filles, ce n'est pas pour nous, c'est pour les autres. Nous, on est des ringards, des losers à leurs yeux. Elles nous trouvent ridicules.

_ Parlez pour vous, mon vieux, lui répliqua Connor. J'ai du succès avec les femmes. (Leek rit, montrant qu'il ne le croyait pas) Quoi ? C'est vrai, je suis juste… difficile à satisfaire.

Abby, qui ne l'écoutait pas, et avait reporté son attention sur Caroline, lui demanda :

_ Où est passé Rex ?

_ Qui s'en soucie ?

Abby s'approcha d'elle, et l'attrapa par la gorge.

_ Moi, je m'en soucie, lui répondit-elle. Où est-il ? Réponds.

Caroline se dégagea de l'étreinte d'Abby, et la repoussa assez violemment. Elle retira lentement sa veste, montrant qu'elle était prête à se battre s'il le fallait. Abby dit :

_ Je sens qu'on va bien s'amuser, Caroline.

_ Je ne voudrais pas te faire de mal.

_ Ne te surestimes pas.

Connor, horrifié, vit qu'elles allaient se battre, et regarda Leek, cherchant un appui quelconque de son côté. Mais, Leek avait l'air plutôt satisfait de la tournure que prenaient les événements. Les deux jeunes femmes se tournèrent un moment autour, chacune jaugeant son adversaire, puis Caroline lança le premier coup de poing, qu'Abby lui rendit aussitôt, accompagné d'un coup de pied. Elles continuèrent de se battre. Connor dit à Leek :

_ Vous devez vous interposer !

_ Pourquoi ? C'est plutôt amusant, non ?

_ Vous êtes vraiment un pauvre type, Leek ! Puisque c'est ça, je m'en occupe !

Connor se dirigea vers les deux jeunes femmes, pour les séparer, mais il se prit un coup de coude envoyé par Abby en plein dans le nez. Il recula vers Leek, qui riait. Abby et Caroline continuaient de se battre violemment. Caroline attrapa Abby par la gorge, et la fit basculer sur le sol, avant de se mettre à califourchon sur elle, pour l'immobiliser. Abby la saisit par les cheveux, et la fit basculer, lui permettant de se relever. Connor, voyant que Leek ne bougerait vraiment pas, s'avança à nouveau, en disant :

_ Bon, les filles, ça suffit ! Stop ! J'ai dit ça suffit, d'accord ?

Il ceintura Abby, et l'éloigna de Caroline, qui lui dit, essoufflée :

_ Merci, Connor.

_ Je l'ai pas fait pour toi, lui répliqua le jeune homme.


Appartement de Stephen Hart.

Stephen sortit de la salle de bain, et vit Casey raccrocher son portable. Il soupira, et lui dit :

_ T'as pas pu t'en empêcher, il a fallu que tu le rallumes…

Casey sourit, puis lui répondit :

_ Tu me connais, tu sais comment je suis. Ecoute, je viens d'écouter la quelque centaine de messages de Nick. Il se passe quelque chose. J'arrive pas à le joindre sur son portable. Je vais aller faire un tour au CRA, histoire de m'assurer que tout va bien. J'en ai pas pour longtemps.

_ Ouais, tu dis ça maintenant, mais tu vas voir qu'une fois que tu auras vu Nick, tu resteras au CRA.

_ Stephen, s'il te plait, ne commence pas.

Elle mit sa veste, puis embrassa Stephen et sortit de l'appartement du jeune homme.


Centre de Recherches des Anomalies.

_ Lauren, il n'y a aucun message, vous êtes sûre ? demanda Lester à sa secrétaire.

_ Pas de messages, monsieur, lui répondit la jeune femme.

_ Le détecteur d'anomalie n'a pas sonné ? Où ils sont tous, bon sang ?

_ Aucun ne répond sur son portable.

_ Leek manigance quelque chose, et il faut que je sache ce que c'est ! s'énerva Lester, en regagnant son bureau.

A ce moment là, Casey ouvrit la porte de la salle des opérations. Lester ressortit de son bureau, précipitamment.

_ Ah, Casey, vous êtes là ! s'exclama-t-il, l'air soulagé.

_ Si je ne vous connaissais pas, j'aurais l'impression que vous êtes ravi de me voir, lui répondit la jeune femme. Vous savez où est Nick ? Je n'arrive pas à le joindre sur son portable. Il m'a laissé plusieurs messages, mais il reste vague. Que se passe-t-il ?

Lester lui fit signe de monter dans son bureau. Quand elle fut assise en face de lui, il commença à lui raconter ce qui s'était passé depuis son départ du CRA avec Stephen. La jeune femme pâlissait à mesure qu'il avançait dans son récit.


Plage.

En ce bel après-midi ensoleillé, les gens avaient décidé de profiter de la plage, pour des jeux en plein air, ou tout simplement prendre le soleil. Un des mercenaires d'Helen arrêta sa camionnette au bord de la plage, et dis dans son talkie :

_ Je suis à mon poste.

La créature qu'il transportait s'agita à l'arrière. Le mercenaire descendit de voiture, se dirigea vers l'arrière, vérifia que personne ne faisait attention à lui, et ouvrit la porte arrière, avant de courir se réfugier dans la voiture. Le Geralinuridae que contenait la voiture sortit, et s'enfouit dans le sable. Les gens, inconscients du danger, sautait, couraient ou tapaient sur le sable. Une petite fille, qui construisait un château de sable, délaissa son seau un instant, pour aller chercher sa pelle. Quand elle revint, sa chaise s'était enfoncée dans le sable, et son château avait été détruit.


Zone d'entrepôts désaffectés.

_ Peut importe ce que Leek a l'intention de faire de toutes ces créatures, dit Nick à Jenny, alors qu'Helen les espionnait toujours. Helen suivra son idée jusqu'à la fin, c'est ce qu'elle a toujours fait.

_ Lester dit qu'elle est folle.

_ Non. C'est une femme extraordinaire.

_ Extraordinaire ? Elle a essayé de vous tuer, non ?

_ Non, non. Ça, c'est une idée de Leek. Les bombes, ce n'est pas du tout son style.

_ Les prises d'otage, en revanche, ça l'est plus, persifla Jenny.

_ Je suis persuadé qu'elle a ses raisons.

_ A vous entendre, on pourrait croire que vous êtes toujours amoureux d'elle.

_ Ouais, c'est possible, admit Nick, les yeux dans le vide.

Helen redressa la tête, d'un air satisfait, en entendant ça.

_ Ce qui nous lit n'est plus ni l'amour, ni la haine, poursuivit Nick. C'est bien plus profond que ça. Ce que nous avons partagé est vraiment… unique. On est liés l'un à l'autre. On est liés, et je n'y peux rien.


Plage.

Deux enfants s'étaient amusés à ensabler leur père jusqu'au cou, de sorte qu'il ne pouvait plus bouger.

_ Allez, les enfants, laissez-moi sortir de là, allez, leur dit l'homme.

Mais, les enfants, taquins décidèrent de le laisser dans le sable, et lâchant leurs pelles, s'éloignèrent en courant.

Un groupe de jeunes arriva sur la plage, non loin d'un homme qui devait faire sa crise de la quarantaine, et qui avait décidé que tout le monde profiterait de sa musique. Un des jeunes lui demanda de baisser sa musique, mais l'homme monta le son. Alors que le jeune continuait de lui demander d'éteindre sa musique, et que l'homme faisait la sourde oreille, le Geralinuridae relâché par le mercenaire jaillit du sable, et dévora l'homme. Aussitôt, la panique s'empara des gens présents sur la plage, et en quelques secondes, celle-ci se vida. Seul l'homme enseveli dans le sable ne put s'enfuir. Il regarda autour de lui, affolé, et appela à l'aide. La seule réponse qu'il obtint fut le Geralinuridae qui l'entraîna dans le sable.


Appartement de Stephen Hart.

Le jeune homme était allongé sur son canapé, et attendait le retour de Casey. Comme il le lui avait dit, la jeune femme n'était pas encore revenue du CRA, contrairement à ce qu'elle lui avait assuré. Son téléphone sonna. Il s'en empara, et vit que l'appel venait de Lester.

_ Quoi, encore ? demanda-t-il, une fois qu'il eut décroché.

_ Ecoutez, Stephen, ce n'est pas le moment de bouder. L'heure est grave. Des gens meurent, en ce moment même, et d'autres continueront de mourir si on ne fait rien. Voilà : on a besoin de vous. Il y a eu une attaque, sur la plage. Nous pensons qu'il s'agit d'un scorpion du Silurien. Je n'arrive pas à joindre Cutter.

_ Je devrais vous croire ?

_ Pourquoi j'essaierais de vous piéger ? Ecoutez, nous n'avons pas de temps à perdre.

Stephen hésita un instant, puis finit par dire :

_ D'accord, dites-moi ce qui s'est passé. Mais, si je dois vous aider, c'est tout seul.

_ Vous ne voulez pas de mes hommes ?

_ Non ! Si j'aperçois un seul de vos hommes, je vous préviens, j'arrête tout.

_ D'accord. Casey vient de me dire qu'elle vous rejoignait sur place. Vous devriez vous dépêcher.

Stephen raccrocha, en jurant, inquiet que Casey s'expose ainsi, seule, au danger.


Zone d'entrepôts désaffectés.

Jenny et Nick étaient assis par terre, l'un à côté de l'autre, appuyés contre le mur derrière eux. La porte de leur cellule s'ouvrit, et un mercenaire d'Helen, armé d'une mitraillette se plaça devant eux. Visiblement, il voulait qu'ils le suivent. Il les amena jusqu'à Helen.

_ Il est temps que nous discutions, leur dit celle-ci.

_ A quel propos ? demanda Nick.

Helen s'approcha de Jenny, et dit :

_ Fascinant. Elle ressemble comme deux gouttes d'eau à Claudia Brown. Les mêmes yeux, les mêmes cheveux. Sur le plan de l'apparence physique, c'est la même. Pourtant, elle est complètement différente.

Elle voulut lui toucher la joue, mais Jenny se recula, en lui disant :

_ Allez vous faire voir !

_ Un tant soit peu plus agressive, peut-être, que l'originale. Claudia Brown devient Jenny Lewis, une nouvelle personne avec une nouvelle identité. C'est intéressant. Comme si la nature était la seule à permettre de tels changements.

_ Ecoutez, dit Jenny. Vous pouvez encore avoir la vie sauve. Aidez-nous à sortir d'ici, et Lester sera indulgent avec vous.

Helen rit, puis dit :

_ Je pense que vous serez mieux avec vos amis.

Jenny regarda Nick, qui lui fit signe d'y aller, lui faisant comprendre que ça irait. Un garde l'attrapa par le bras, et l'entraîna à sa suite. Helen dit à Nick :

_ Nick, tu restes avec moi.

Elle commença à s'éloigner. Nick la suivit, de mauvaise grâce.

_ Où ont-ils emmené Jenny ? demanda-t-il.

_ Rassure-toi, elle est en sécurité. Tout comme les autres, d'ailleurs.

_ Ouais… Alors, qu'est-ce que tu mijotes ?

_ Un nouveau départ, Nick. Un meilleur et nouvel avenir.


Le soldat avait emmené Jenny dans la salle où était enfermé le reste de l'équipe.

_ Abby, Connor ! dit-elle, soulagée de voir qu'ils allaient bien.

_ Jenny ! s'écria Abby.

_ Ça va, vous n'avez rien ?

_ Oui, oui, ça va, répondit Connor. Comment va Cutter ?

_ Il est sain et sauf. Tout va bien, rassurez-vous, leur dit Jenny.

_ Et vous, ça va, Jenny ? demanda Abby, inquiète.

_ Oui, oui, ça va, je vais bien, la rassura la jeune femme.

_ Oui, oui, oui, oui… soupira Leek, derrière eux. Tout ça est vraiment très touchant. A présent, excusez-moi.

Il appuya sur un bouton fiché dans le mur, et la porte qu'il commandait s'ouvrit. Il pénétra dans la pièce voisine, et les autres le suivirent. Cette pièce contenait toutes les créatures qu'ils avaient rencontrées, lors des ouvertures des différentes anomalies. Leek se tourna vers Caroline, et lui dit :

_ Vous vouliez des réponses ?

_ Oh, mon Dieu, souffla la jeune femme, apeurée.


Helen regarda Nick, et lui dit :

_ Le monde a pris une nouvelle orientation, une première fois, déjà. Ton amie Jenny nous a prouvé que nous arrivons à maîtriser les anomalies. Il est possible qu'un monde nouveau s'offre encore à nous ! Tu ne trouves pas ça excitant, toi ?

_ Non ! Je ne tiens pas à changer le monde, Helen. Au contraire, et tu sais pourquoi ? Je le trouve merveilleux tel qu'il est. Tu sais ce qui se passera si on s'en mêle ? Sans parler des dommages qu'on causera !

_ Il n'est pas question d'endommager le futur, Nick. Tout au plus d'en changer le cours

A ce moment là, Nick sursauta violemment. Un prédateur du futur venait d'apparaître dans l'embrasure devant laquelle lui et Helen se trouvaient. Mais, plutôt que de leur sauter dessus et de les dévorer, il resta sans bouger, à les regarder tour à tour. Il portait le même palet rouge que celui que Leek avait envoyé tuer Lester et les autres employés du CRA. Nick le fixa, les yeux grands ouverts, prêt à réagir au moindre signe de menace.

_ Il ne te fera aucun mal, lui dit Helen. A moins que Leek lui en donne l'ordre. Le dispositif qu'on lui a implanté neutralise ses instincts.

_ T'as confié cette technologie à Leek ? fit Nick, incrédule. Tu l'as ramené du futur, c'est ça ?

_ J'ai découvert des tas d'autres choses. Rien ne t'empêche d'en faire autant. (elle commença à s'éloigner) Suis-moi, je t'emmène voir Leek.


Dans la salle des créatures, Caroline regarda autours d'elle, et se mit à paniquer, se demandant dans quoi elle s'était fourrée.

_ Laissez-moi sortir. Je vous en prie, je… je… je dirai rien, balbutia-t-elle.

Abby la regarda, et dit :

_ T'étais pas au courant ?

Caroline secoua la tête. Leek saisit une commande, et appuya sur un bouton, en disant :

_ Vous arrivez à temps pour le dîner.

Ils virent des morceaux de viande et des poissons tomber des tuyaux situés au-dessus des cages des créatures, et celles-ci se jeter dessus avec avidité.

_ Oh, bien sûr, elles préfèreraient chasser par elles-mêmes, mais… c'est incroyable comme ces petites bêtes apprennent vite, dit Leek.

Abby s'approcha de la cage d'un Smilodon, se disant qu'elle l'avait déjà vu quelque part. Un lézard volant attira soudain son attention dans la cage à côté de celle du Smilodon. Elle se précipita.

_ Rex ! dit-elle, ravie de le retrouver.

Elle voulut le toucher, mais elle reçut une décharge électrique désagréable, à défaut d'être mortelle.


Dans une salle où se trouvaient les moniteurs reliés aux caméras de surveillance, Nick dit à Helen :

_ Si c'est avec moi que tu veux discuter. Pourquoi tu ne laisses pas les autres partir ?

_ La dernière fois que le monde a changé, c'était un accident. On pourrait reproduire cet accident dans le cadre d'une expérimentation dont les règles auront été fixées à l'avance.

Nick soupira, et dit :

_ Alors, si je comprends bien, tu tiens à modifier le présent uniquement pour voir quel impact ces changements auront sur le futur ?

_ J'étais sûre que tu comprendrais.

_ Et que se passera-t-il si tu détruis la race humaine, au cours de cette expérience, hein ?

Helen rit comme si c'était la meilleure blague du monde.

_ On la ramènera d'une manière ou d'une autre.

Nick la regarda, se demandant où était passée la femme qu'il avait connue, aimée, et épousée.


Leek avait ramené Caroline, Jenny, Abby et Connor dans leur cellule. Caroline, assise contre un mur, murmura :

_ Seigneur, faites que je me réveille de ce mauvais rêve. C'est un cauchemar, c'est tout.

Assise contre le mur opposé, Jenny soupira.

_ Arrêtez de pleurnicher, pour l'amour du ciel.

_ C'est plus fort qu'elle, Jenny, dit Connor.

_ J'ai toujours trouvé cette fille bizarre, dit Abby. Elle faisait son allumeuse, mais elle ne t'a jamais embrassé.

_ Je l'ai embrassée, pourtant. Jamais quand t'étais dans les parages, c'est tout.

_ Et alors ? Elle s'est quand même bien fichue de toi, non ? (Connor soupira) Aucune importance.

_ Je m'en veux de t'avoir fait ça, Connor, dit Caroline. Je n'aurais pas dû accepter, j'ai été stupide. Je suis désolée.


Helen essayait de convaincre Nick de travailler avec elle.

_ Je crois sincèrement que c'est pour ça que les anomalies sont apparues au départ. Grâce à elles, nous pourrions créer le futur.

_ C'est faux, et tu le sais ! Tout ce qui est dans la nature est le résultat d'une sélection arbitraire, aussi si nous commençons à interrompre cet équilibre parfait, c'est la survie de l'humanité toute entière qui est en jeu.

_ Je ne suis pas d'accord. Voyons qui de nous deux a raison.

Leek arriva derrière eux.

_ Qu'est-ce qu'il fait ici ? demanda-t-il, en voyant Nick.

_ Je l'ai invité, répondit Helen.

_ Aucune importance. Je tenais à ce qu'il assiste à ça, de toute façon. (il alluma la version piratée du SDA) Donnez notre emplacement, Cutter, et vos amis sont morts.


Centre de Recherche des Anomalies

Lester s'assit à son bureau, après que sa secrétaire lui ait dit que quelqu'un voulait lui parler.

_ C'est qui ? demanda-t-il en mettant en route la visioconférence. Cutter ?

_ J'ai bien peur que non, le détrompa Leek. Mais, Cutter se trouve avec moi, et avec tous les autres. Ils vont bien. Pour l'instant, en tout cas.

_ Comptez sur nous pour retrouver votre trace, Leek, si vous ne relâcher pas immédiatement…

_ Ah, oui ? le coupa Leek, qui s'énervait. Ecoutez-moi bien : il y a une heure de cela, voyez-vous, j'ai relâché un énorme scorpion du Silurien au milieu d'une station balnéaire très fréquentée. Je peux voir, d'après votre visage, qu'il a déjà semé la panique. J'ai positionné une douzaine de créatures féroces à des endroits similaires.

Nick regarda Helen, qui baissa les yeux. Lester hésita un instant, puis dit :

_ Continuez.

_ Annulez les recherches, ou je les remets en liberté une par une.

_ Dans quel but faites-vous tout ça, Leek ? Pour de l'argent ?

_ On reste en contact, répondit Leek.

_ Et, pour ce qui est du scorpion ?

_ Ah oui ! Oh… ce n'est plus mon problème.

Il coupa la communication. Lester se tourna vers sa secrétaire, et lui dit :

_ Je veux que le personnel mis à notre disposition retrouve au plus vite ces créatures. Si Stephen appelle pour avoir du renfort, assurez-vous qu'il en ait immédiatement.


Plage.

Stephen retrouva Casey, qui regardait la plage dévastée, où, quelques heures auparavant, les vacanciers s'amusaient. Elle se retourna quand il lui toucha l'épaule. Le jeune homme regarda aussi le chaos qu'était devenue cette station balnéaire, puis lui dit :

_ La prochaine fois, ne t'aventure pas seule au devant d'une créature.

_ Je t'ai attendu. Lester m'a appelée pour me prévenir que tu arrivais, et me demander de ne rien faire sans toi.

Ils se détournèrent du carnage provoqué par le scorpion, et se dirigèrent vers la voiture de Stephen, pour récupérer des armes. Le jeune homme hésita, puis finit par se décider pour le harpon. Casey allait saisir un fusil, mais Stephen lui attrapa la main, et lui dit :

_ Non, tu restes hors de cette plage. Je m'en occupe. Et tu ne discutes pas, ajouta-t-il, en la voyant prête à protester.

La jeune femme referma la bouche, vexée, et fit la moue. Stephen esquissa un sourire en coin, puis referma son coffre. Il se dirigea vers la plage, et sauta sur le sable, sachant très bien que les vibrations dans le sol allaient attirer le Geralinuridae. Il marcha lourdement jusqu'à la jetée, tous les sens en alerte. Une fois arrivé, il ramassa un cylindre métallique planté dans le sable, et frappa un des piliers avec. Debout sur le capot de la voiture, Casey le regardait faire avec anxiété, tout en surveillant le moindre mouvement sous le sable. Stephen continua de frapper le pilier, tout en surveillant la plage, puis jeta le cylindre à terre, se disant que le Geralinuridae avait capté les vibrations. Il attendit. Le scorpion ne tarda pas à jaillir devant lui, faisant claquer ses pinces. Stephen se mit à courir pour l'attirer sous la jetée, fit le tour d'un pilier, puis se retourna, prêt à lui tirer dessus. Mais, la créature avait disparue sous le sable. Il regarda autour de lui, et retourna sous la jetée, espérant qu'il ne l'avait pas perdue. Il surveilla le sable, puis tapa du pied sur le sol. Il perçut soudain un mouvement au-dessus de lui, se tourna vivement, et tira. Le harpon embrocha la créature sur la jetée. Stephen se dirigea alors vers Casey, en sortant son téléphone de sa poche. Tandis qu'il attendait que Lester décroche, il ne vit pas que le scorpion était tombé sur le sol, et n'était pas mort, mais sacrément énervé. Casey hurla son prénom pour le prévenir, au moment où le jeune homme disait à Lester :

_ Ça y est, c'est réglé.

Le scorpion se dirigea vers lui, prêt à le dévorer, mais fut arrêté dans son élan par le câble du harpon, que Stephen avait enroulé autour d'un pilier de la jetée.

_ Venez le chercher quand vous voulez, ajouta-t-il.

Il raccrocha et rejoignit Casey, qui le prit dans ses bras.


Zone d'entrepôts désaffectés.

_ De l'argent ? ! De l'argent ? C'est donc ça qui vous motive, Leek ? explosa Nick.

_ Les anomalies ne se refermeront plus, à présent, et dans le futur, l'argent ne signifiera plus grand-chose, mais la connaissance et la puissance, si. Et j'ai l'intention d'être vraiment, vraiment, très puissant.

Nick se tourna vers Helen, et lui demanda :

_ Tu étais au courant de tout ça, et tu l'as aidé ? !

_ Il me faut un environnement sain pour mener à bien mes recherches.

Nick regarda Leek, et le vit taper sur quelques touches de l'ordinateur. Une alarme retentit dans la salle où se trouvaient Caroline et le reste de l'équipe de Cutter. Il demanda à Leek :

_ Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a encore ?


Caroline demanda, en entendant l'alarme :

_ Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ?

_ Rien de bon, lui répondit Connor.


Nick les suivait sur moniteur, et dit à Leek, pour l'amadouer :

_ Je m'étais trompé sur votre compte. C'est vrai, vous êtes bien plus intelligent que ce que je pensais.

_ Oui, je sais, répondit Leek, sans fausse modestie.

Nick s'éloigna des moniteurs, en levant les yeux au ciel. Puis, n'y tenant plus, il se retourna vers Leek, et lui demanda :

_ On a trafiqué le détecteur d'anomalies. Comment vous vous en êtes rendu compte ?

_ J'ai rapidement vu que vous aviez trouvé mon logiciel espion. Après ça, tout ce que j'ai eu à faire a été de télécharger quelques modifications depuis mon ordinateur portable. Rien de plus simple.

_ Je me suis fait avoir comme un bleu, lâcha Nick, tout en jetant un œil au portable de Leek qui traînait sur la table, et qu'une idée naissait dans son esprit.

_ En effet, oui, on peut dire ça. Mais, si vous croyez que me couvrir de compliments va suffire à me donner envie d'épargner vos amis… vous vous trompez.

Inquiet, Nick se rapprocha de lui, tandis qu'il tapait sur le clavier de son ordinateur.

_ Que se passe-t-il ? demanda-t-il, en regardant les moniteurs.

_ Je crois que les américains appellent ça le « dîner-spectacle ».


Une porte s'ouvrit, et Abby, Connor, Jenny et Caroline virent entrer le Smilodon qu'ils avaient vu dans sa cage.

_ Il faut qu'on s'échappe ! paniqua Caroline. Laissez-moi sortir !

Elle commença à s'éloigner des autres. Abby la rattrapa, et la ramena vers le groupe.

_ Il faut qu'on reste ensemble, lui dit-elle. Plus on restera groupés, plus on a de chance de lui échapper, c'est clair ?

_ Ouais, fit Connor. Pas de panique, les filles. Cutter va tous nous sortir de là.

_ Et bien, il ferait mieux de se dépêcher, dit Jenny, en se serrant un peu plus contre les autres.


Nick se tourna vers Helen, en lui disant :

_ Ça suffit, dis-lui d'arrêter !

_ Il a raison, dit Helen. La plaisanterie a assez duré. Arrêtez tout.

_ Mais comment ça ? De quelle plaisanterie, vous voulez parler ?

_ Je répète, arrêtez ça.

Leek pointa son doigt sur elle, et éructa :

_ Pour qui vous prenez-vous ? Personne ne me donne d'ordres, vous entendez ? Personne !


Le Smilodon continuait de leur tourner autour, semblant chercher qui allait lui servir d'entrée. Abby s'écarta alors lentement du groupe, ne le quittant pas des yeux.

_ Abby ? l'appela doucement Connor. A quoi tu joues ?

_ Je connais bien cette créature, lui répondit la jeune femme, sans quitter le tigre des yeux. C'est celle qui avait tué Valérie.

_ C'est elle ? fit Jenny. Leek avait dit qu'elle était morte, non ?

_ Elle semble bien vivante, dit Connor.

_ C'est à elle de décider si oui ou non, je suis dangereuse, dit Abby, en continuant doucement de s'approcher d'elle.

_ Et après ? fit Caroline.

_ Si je le suis, elle me dévore, répondit Abby.


Nick regardait, impuissant, ses amis, aux prises avec le Smilodon. Ses doigts effleurèrent le portable de Leek, et un échange avec Connor lui revint en mémoire :

_ Ça y est, dit Connor, en souriant.

_ Les deux parties ?

_ Les deux parties. Leek n'en saura jamais rien avant qu'il se retourne contre lui et le morde.

Nick se saisit alors d'un verre d'eau et le renversa sur le clavier de la copie du détecteur d'anomalie. Une gerbe d'étincelles s'en éleva. Un soldat le ceintura par derrière, et l'éloigna de l'ordinateur. Leek le regarda en riant.

_ Oh, Cutter, c'est trop triste. Je viens justement de relier mon ordinateur portable à l'ordinateur principal, alors quoi que vous fassiez, j'aurais toujours le contrôle total.

Il prit son portable, et l'activa pour garder le contrôle de l'installation. Une alarme s'éleva alors, et une voix de femme désincarnée répéta inlassablement : « Alerte. Alerte rouge. Violation du système. »

_ Dommage, Leek, dit Nick. Connor a implanté un virus dans le détecteur. Résultat, en cherchant à le pirater, vous l'avez transmis à votre ordinateur. Dans à peine deux minutes, l'ensemble du système sera paralysé.

Nick profita de l'inattention de Leek pour frapper le garde qui le maintenait, et lui voler son arme.


Une porte d'ascenseur s'ouvrit dans la salle où se trouvaient les autres.

_ Abby ! hurla Connor, au moment où le Smilodon se jetait sur la jeune femme.

Celle-ci cria, et s'écarta. La créature alla s'écraser dans un panneau de contrôle, et une gerbe d'étincelles en jaillit, l'effrayant assez pour qu'il s'enfuie, laissant ses proies s'échapper. Connor ramassa Abby, et la traîna vers l'ascenseur.

_ Attendez, Cutter ! cria la jeune femme.

_ Il nous a demandé de partir ! lui répondit Jenny. Il faut qu'on retourne au rez-de-chaussée.


L'intervention de Nick sur l'ordinateur de Leek eut pour effet de désactiver les champs électriques qui maintenaient les créatures enfermées. Leek s'enfuit, apeuré. Le soldat que Nick avait assommé se releva, et tandis que le professeur était occupé à regarder les moniteurs pour s'assurer que ses amis arrivaient à s'échapper, il essaya de le frapper. Mais, Helen le mit à terre, et lui donna un coup de pied.

_ Tu vois, Nick, lui dit-elle. On forme toujours une super équipe.

_ On a rien d'une équipe, lui répondit Cutter. La preuve : je vais te livrer à Lester.

_ Jamais tu ne ferais ça. J'ai entendu ce que tu as dit dans ta cellule. Tu es toujours amoureux de moi.

_ Ne te surestime pas. J'ai dit exactement ce que tu avais envie d'entendre, c'est tout.

_ Tu savais que vous étiez sur écoute ?

_ Je m'y attendais, connaissant Leek. Du coup, j'ai fait un petit numéro d'acteur, au cas où. (Helen baissa la tête) Je suis désolé, chérie. Tu n'es pas trop déçue ?

_ Je ne te crois pas une seconde.

_ Ça m'est bien égal. (il commença à s'éloigner, puis pointa son arme sur elle) Maintenant, passe devant, avant que je te tire dessus.

Helen le jaugea un instant du regard, puis passa devant lui. Elle se retourna, et lui dit :

_ Je te connais, tu ne le feras pas, Nick.

_ Helen…

Il voulut s'avancer, mais le soldat qu'Helen avait mis à terre lui fit un croche-pied. Il tomba, et une balle partit du fusil. Helen se jeta à terre, puis se retourna. Lorsqu'elle vit qu'il ne lui avait pas vraiment tiré dessus, elle se releva et courut. Nick se tourna, et balança la crosse de son fusil dans la mâchoire du soldat. Il se releva ensuite, et partit à la poursuite d'Helen. Il était hors de question qu'elle s'enfuit. Il devait absolument l'arrêter une bonne fois pour toutes, et la livrer à Lester.


Centre de Recherche des Anomalies.

La secrétaire de Lester passa devant le détecteur d'anomalies, et remarque quelque chose d'étrange. Elle s'en approcha, et commença à pianoter sur le clavier. Lester sortit de son bureau, et lui demanda :

_ Qu'est-ce qui se passe ?

_ Le détecteur d'anomalies a établi un réseau avec un ordinateur central externe.

_ Alors, arrêtez-moi ça !

_ Je ne peux pas, c'est trop tard !

_ C'est du sabotage, à votre avis ?

_ Je ne crois pas, non, au contraire. Il nous envoie un tas d'informations.


Zone d'entrepôts désaffectés.

Nick passa la tête par la trappe menant à l'étage supérieur. Il entendit un grognement, et s'immobilisa. Une patte de raptor se posa juste à côté de sa tête, tellement près qu'il pouvait voir tous les détails de la griffe meurtrière qui ornait les pattes de ces charmantes créatures. L'œil fixé sur cette griffe, il s'efforça de rester aussi immobile que possible, mais ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement quand le raptor s'éloigna.


Les autres essayaient de trouver une sortie sûre. Connor les entraîna devant une porte jaune, comme une porte de garage, et leur dit :

_ Vite ! Essayons par là !

Il souleva la porte, et se trouva nez à nez avec une créature. Jenny poussa un cri, en faisant un mouvement de recul, mais Abby, le premier instant de panique passé, dit :

_ Tout va bien. C'est un Scutosaure.

Ils virent les ombres des soldats d'Helen et Leek se profiler sur le mur. Le dinosaure leur bloquait malheureusement le passage, et n'avait visiblement aucune envie de bouger. Connor dit :

_ Il faut lui taper dessus.

_ Quoi ? fit Caroline.

_ Tapez-lui dessus ! répéta Connor, en joignant le geste à la parole.

Mais, le dinosaure, toujours aussi flegmatique, ne bougea pas d'un pouce. Jenny dit alors :

_ Attendez, j'ai une idée.

_ Ah oui ? fit Connor.

Elle enleva une de ses chaussures à talon, et enfonça celui-ci dans la cuisse du Scutosaure. L'effet fut immédiat, et il commença à avancer. Ils se mirent à l'abri derrière lui pour éviter d'être touché par les coups de feu que tiraient les soldats, et avancèrent avec lui. Le dinosaure, énervé par la piqûre provoquée par le talon de Jenny chargea les soldats, qui tombèrent au sol. Jenny donna un coup de pied dans l'estomac de l'un d'eux, et lui prit son arme.

_ Je vous emprunte ça, merci, lui dit-elle. Allez, suivez-moi, dit-elle aux autres.

_ Vous êtes sûre que… commença Connor, inquiet de la voir manier une arme, avant de la suivre.


Helen poussa précautionneusement une porte, vérifiant bien qu'aucune créature ne se trouvait derrière, puis s'aventura dans la pièce. Elle ouvrit une autre porte et entra dans une pièce où se trouvaient des appareils électriques.


Nick entendit un bruit qui le glaça de terreur. Il réalisa que le prédateur du futur qu'il avait vu un peu plus tôt avec Helen n'était plus sous contrôle, puisqu'il avait tout désactivé, y compris l'implant neuronal qui permettait de le contrôler. Il se mit soudain à courir pour tenter de lui échapper, mais le prédateur se dirigeait grâce aux battements de son cœur. Il chercha alors un endroit pour se cacher, et se plaqua contre un mur, surveillant les moindres recoins du hall où il se trouvait, pour essayer de repérer la créature et de la tuer. Il entendit les bruits qu'elle faisait, mais n'arrivait pas à la voir. La créature passa devant une lucarne, et Nick put repérer où elle se trouvait. Tout près de lui. Il sortit de sa cachette et essaya de s'éloigner, mais le prédateur le projeta contre le mur. Nick se releva difficilement, et se mit à marcher, à l'affût du moindre mouvement, prêt à en finir avec le prédateur. Il s'efforça de contrôler les battements affolés de son cœur, afin de le rendre moins repérable pour la créature, et se retourna lentement. Il leva les yeux et la regarda, en lui disant :

_ Il faut que ça cesse.

Il tira dans tous les sens, espérant ainsi toucher la créature, mais celle-ci s'éloigna.


Helen entendit un bruit, et se figea. Elle regarda le rais de lumière qui filtrait sous la porte, et s'en approcha doucement, posa la main sur la poignée. Elle vit passer une ombre, et ne bougea pas. Les coups de feu continuaient. Ça ne pouvait qu'être Nick qui se battait contre une créature. Elle s'accroupit, et se dissimula, attendant que les coups de feu s'éloignent.


Plage.

Stephen et Casey étaient restés sur la plage, face à la mer, les yeux perdus dans les flots, sans dire un mot. Le téléphone de Stephen brisa la quiétude ambiante. Le jeune homme décrocha.

_ Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il, en voyant que c'était Helen.

_ Stephen, écoute, on a pas beaucoup de temps. Lester m'a kidnappée. Je me suis enfuie, mais il faut que tu viennes me chercher.

_ Il t'a kidnappée ? répéta Stephen.

Casey regarda Stephen, et fronça les sourcils, lui demandant silencieusement ce qui se passait.

_ Nick et tous les autres sont morts, dit Helen. (Stephen tomba à genoux dans le sable, sous le choc de cette nouvelle) Lester les a tous fait tuer. (Stephen baissa un instant son téléphone, n'arrivant pas à en croire ses oreilles) Stephen… écoutes. Ecoute-moi. Lester va te contacter. Quoi qu'il te dise, c'est un piège. Je vais te dire où je me trouve, après quoi tu jetteras ton portable, tu entends ? Il ne faut surtout pas qu'il te localise.

Stephen l'écouta, puis referma son portable, et se leva. Il jeta son téléphone dans la mer, puis, avant que Casey ait pu réagir, il lui prit le sien et lui fit subir le même sort.

_ Stephen ! s'exclama la jeune femme. Si le CRA essaie de nous joindre, ils ne pourront pas !

_ C'est le but, lui répliqua le jeune homme, encore sous le choc des révélations d'Helen. (il la regarda un instant, ne sachant pas comment le lui annoncer) Casey… Nick est… il est…

_ Quoi ? Il est quoi ? Nick est quoi, Stephen ?

Sa voix trahissait son anxiété. Elle avait peur de ce que Stephen allait lui dire, et ne voulait presque pas l'entendre. Le jeune homme soupira, pour refouler les larmes qui lui montaient aux yeux, et lâcha :

_ Nick est mort. Ils sont tous morts.

Casey le regarda, reculant sans s'en rendre compte. Elle secoua la tête, refusant d'y croire, et murmura :

_ Non, c'est pas possible. C'est pas possible.

Ces talons buttèrent sur un obstacle, et perdant l'équilibre, elle se retrouva assise dans le sable, l'air hébété. Stephen s'agenouilla à côté d'elle, et la prit dans ses bras. Elle se cramponna à son dos, trop choquée pour pouvoir pleurer.


Zone d'entrepôts désaffectés.

Le groupe mené par Jenny progressait difficilement, cherchant une sortie sûre. Ils entendirent des coups de feu répétés tout près d'eux. Ils passèrent sous une conduite, et se retrouvèrent à un carrefour de couloirs.

_ Quelle direction, maintenant ? demanda Jenny. Quelqu'un a une idée ? (un grognement de dinosaure leur parvint du couloir de gauche) Génial. Essayons par là, dans ce cas, dit la jeune femme en prenant à droite.

Ils s'aventurèrent dans le couloir, et marchèrent, jusqu'à ce qu'un bruit les fasse s'arrêter. Jenny pointa son arme devant elle, prête à tirer sur quiconque émergerait de l'ombre, même si elle n'était pas rassurée.

_ Attendez, lui souffla Abby, qui la sentait prête à appuyer sur la gâchette.

Connor pointa sa lampe torche dans la direction du bruit, et un lézard apparut dans la lumière.

_ C'est Rex ! s'exclama Abby. Regardez, c'est Rex !

Le lézard s'envola, visiblement d'humeur à jouer. Abby et Connor lui coururent après, en l'appelant. Ils arrivèrent au bout du couloir. Une ouverture était visible dans le bas du mur. Rex était allé de l'autre côté de ce mur.

_ Rex, reviens ! appela Abby.

Connor mit sa main devant l'ouverture, et dit :

_ Je sens un courant d'air.

_ Tu crois pas qu'on a des problèmes autrement plus importants ? lui rétorqua la jeune femme.

_ Abby, ce n'est pas le moment de régler vos comptes ! intervint Jenny.

_ Un courant d'air ! répéta Connor, avec un sourire.

Il se baissa, et passa de l'autre côté de la paroi.

_ Connor ! appela Abby.

La lumière du jour apparut soudain, et la jeune femme pu voir une échelle fichée dans le mur. La voix de Connor lui parvint d'en haut :

_ C'est Rex ! Il a trouvé une cage de ventilation à la surface !

Connor redescendit l'échelle.

_ Dépêchez-vous, leur dit-il. (Abby le rejoignit) Passe la première, Abby.

La jeune femme gravit l'échelle. Jenny et Caroline, qui les regardaient, ne virent pas le soldat d'Helen s'approcher au bout du couloir. Celui-ci leur tira dessus, mais les rata. Jenny riposta, et ne le rata pas. Connor la rejoignit, et lui demanda, impressionné :

_ Je peux savoir où vous avez appris à tirer ?

_ La plupart de mes amis préférait les clubs de poneys. Je préférais le tir au pigeon, répondit-elle, en se dirigeant vers l'échelle.

_ Impressionnant… dit Connor, qui n'aurait jamais cru ça d'elle. Impressionnant.

Il la rejoignit pour l'aider à monter, puis il tendit la main à Caroline. La jeune femme le rejoignit, puis entendit Rex. Elle braqua sa lampe vers lui, et vit qu'il était blessé.

_ Oh, mon Dieu, c'est Rex, dit-elle. Il est blessé.

Elle se pencha pour le ramasser doucement. Connor lui demanda :

_ Il va s'en sortir ?

_ Je l'espère.

_ Dépêche-toi.

Caroline revint vers lui, Rex dans les bras.

_ Je le prends avec moi. Le moins que je puisse faire, c'est de le sortir d'ici.

Elle monta, puis confia Rex à Abby. Connor gravit l'échelle à son tour.

_ Ça va aller ? demanda Caroline à Abby, en parlant de Rex.

_ Oui, ça ira.

_ Très bien, fit Caroline, sincère.

_ Merci, Caroline.

Jenny les rejoignit, après avoir aidé Connor à refermer la trappe.

_ On continue, les filles, leur dit-elle. Il faut contacter Lester.


Nick entra dans la pièce où son équipe avait été enfermée avec le Smilodon qui avait dévoré Valérie. Le professeur était fatigué, blessé et complètement perdu. Il avisa le panneau de contrôle, qui avait grillé quand Dents de Sabre avait voulu s'attaquer à Abby. Toujours armé de sa mitraillette, il avança au centre de la pièce. Il sentit une présence, et se retourna lentement. Un prédateur se trouvait à quelques mètres de lui. Celui-ci s'avança vers Nick, qui baissa son arme, sachant qu'il n'avait aucune chance. Le prédateur s'avança très près de lui. Nick resta immobile. Des gouttes de sang tombant de ses doigts attirèrent le prédateur. Nick profita de ce qu'il était occupé à renifler son sang, pour lui arracher l'implant neuronal. Le prédateur fit quelques mouvements désordonnés, lutta pour rester debout, puis finit par mourir. Nick s'agenouilla à côté, se demandant comment il avait fait pour être encore en vie. Des applaudissements lui firent lever la tête. Leek était entré dans la pièce au moment où il tuait la bête. Il regarda sa créature par terre, et dit à Nick :

_ C'est un défaut de fabrication. Il va falloir que je corrige ça sur les autres.

_ Comment ça, quels autres ? demanda Nick.

Pour toute réponse, Leek leva la tête et regarda en l'air, en souriant, d'un air satisfait. Nick suivit son regard, et vit une douzaine de prédateurs du futur.

_ Je ne chercherais pas à leur échapper, à votre place, lui dit Leek. Ils vous mettront en pièces, avant que vous ayez franchi la porte. C'est ma Garde Prétorienne à moi. Avec eux, je ne crains rien, je suis invincible.

_ Vous croyez pouvoir les garder prisonniers encore longtemps ?

_ Correctement identifiés par puce, ils ne sont pas plus dangereux qu'une voiture ou un avion. C'est une machine à usage humain comme une autre.

_ Non, ça n'a rien de si anodin, Oliver, le contredit Nick. Parce qu'un jour, ils finiront par s'échapper, et ce jour là, attendez-vous à ce qu'ils nous tuent tous, sans exception. C'est la fin de l'espèce humaine que vous recherchez ?

Leek prit un air exagérément effrayé, et répondit :

_ Je donnerais cher pour m'asseoir et discuter de vos fantasmes apocalyptiques avec vous, Professeur, mais malheureusement… je suis pris par le temps. Au fait, d'ici quelques minutes, l'ordinateur central aura éliminé le virus, et vu qu'entre temps, vos amis se sont échappés, Lester découvrira bientôt où je suis. Mais, je vous ai, Cutter, et je doute qu'il s'en prenne à moi.

_ Je vous trouve bien sûr de vous.

Le sourire de tête à claques de Leek disparut aussitôt.


Helen entendit des grognements derrière la porte, et une créature essayait de rentrer dans la pièce où elle s'était réfugiée et enfermée. Elle prit un tissu, et banda sa main, saisit son couteau, et se prépara à affronter la créature qui n'allait pas tarder à faire irruption dans la pièce. Le bruit s'arrêta un instant. Helen crut alors être sauvée, mais comme pour la détromper, le bruit recommença de plus belle. Elle vit une ombre devant la porte, juste avant que celle-ci ne s'ouvre à la volée, la faisant sursauter. Stephen entra dans la pièce. Elle se jeta dans ses bras, soulagée. Elle vit derrière le jeune homme, que Casey la dévisageait, à la fois anéantie et en colère.

_ On est où, exactement ? demanda Stephen.

_ Aucune idée. Les hommes de Lester m'ont amenée ici.

A l'évocation du nom de Lester, Casey tiqua. Elle dit :

_ Lester ? N'importe quoi ! C'est Leek qui est derrière tout ça ! C'est Leek qui a relâché un scorpion du Silurien sur une plage ! Pas Lester !

_ Ton oncle est mort ! lui rétorqua Helen. Il a été tué par une créature que Lester contrôlait ! Il ne t'a envoyée sur la piste du scorpion que pour te leurrer ! J'ai vu Nick mourir de mes yeux ! Lester s'est joué de vous.

Casey fit un immense effort pour retenir à la fois ses larmes, et l'envie subite de lui mettre son poing sur la figure. Stephen lui prit la main. Helen poursuivit :

_ Il y a des tas de créatures, ici.

Stephen la regarda, bien déterminé à stopper Lester.

_ Où est Lester ? lui demanda-t-il.

_ Il est trop puissant, c'est trop risqué. On peut pas rester là. J'ai réfléchi. Le mieux, c'est de nous trouver une nouvelle anomalie, et attendre de l'autre côté que les choses s'arrangent.

_ Avant, il faut qu'on aille lui parler.

_ Il faut qu'on s'en aille, c'est trop risqué.

Casey, qui avait beaucoup de mal à croire que Lester puisse s'être moqué d'elle comme ça, dit :

_ S'il a tué Nick et tous les autres, je veux le confronter. Et il faut absolument qu'on arrête les créatures qu'il a relâchées. Les conséquences pourraient être apocalyptiques, si on les laisse en liberté.

Elle regarda Helen droit dans les yeux. C'était un test. Nick était peut-être mort, mais elle doutait fortement que Lester soit derrière tout ça. Il n'aurait pas été jusqu'à relâcher un prédateur du futur dans le CRA alors qu'il s'y trouvait.


Leek était entré en visioconférence avec Lester grâce à son portable. Lester lui dit :

_ Je vous ai donné l'occasion de vous rendre, Leek.

_ Pourquoi ? J'ai toujours 12 créatures prêtes à me défendre. Un seul mot d'ordre de ma part, et vous serez plongés en plein chaos.

_ Cutter ne vous a donc rien dit ? Le malicieux petit virus nous a envoyé le contenu de votre disque dur. Nous avons récupéré toutes sortes d'informations très utiles. Des noms, des lieux… Notre priorité, pour l'instant, est de supprimer votre ménagerie. (Leek fusilla Cutter du regard) Oh, Jenny nous a téléphoné il y a… (il regarda sa montre) quelques petites minutes, et on vous rejoint. A présent, excusez-moi, il y a du football sur une autre chaîne.

Nick sourit à la blague de Lester, sachant très bien que celle-ci allait mettre Leek en rogne.

_ Vous avez déjà vu un homme se faire dévorer tout cru, en direct à la télévision, Lester ? demanda Leek à Lester avant que celui-ci ne coupe la communication.

Il programma son portable de manière à ce que Lester voie Nick via les caméras de surveillance.

_ Rappelez vos hommes au plus vite, ou je me verrai dans l'obligation d'ordonner à mes créatures de déchiqueter le professeur Cutter, articulation par articulation.

_ Le gouvernement n'a pas pour habitude de négocier avec les preneurs d'otages.

_ 30 secondes ! Après quoi, elles le réduiront en bouillie, à vous de voir.

_ Lester, c'est tout vu, je ne suis pas si important ! lança Nick, au grand dam de Leek.

_ 10… 9

_ Malheureusement pour vous, j'approuve le professeur Cutter, dit Lester.

_ 8… 7… 6…5…

_ La vie d'un individu, quel qu'il soit, n'est pas plus importante que la protection de l'humanité.

_ 4…

Alors que Leek continuait son compte à rebours, Nick se mit à courir vers le panneau de contrôle contre lequel s'était écrasé le Smilodon. Il y planta l'implant neuronal qu'il avait toujours à la main, et fut projeté en arrière quand le panneau se mit à faire des étincelles. L'implant, grillé, se désactiva, et avec lui, tous ceux des autres prédateurs encore en vie. A présent incontrôlables, ils s'agitèrent. Nick se dirigea vers l'ascenseur qu'il avait ouvert pour permettre à ses amis de s'échapper, et s'y engouffra.

_ Qu'est-ce que vous avez fait ? dit Leek, catastrophé. (les créatures descendirent de leur perchoir, et l'encerclèrent) Elles vont tous nous tuer !

Dans le CRA, seul Lester ne détourna pas le regard quand Leek se fit déchiqueter par les prédateurs. Il finit par se retourner, et dit à son assistante :

_ Mettez le football.


Les créatures avaient fini par trouver un accès vers l'extérieur, mais celui-ci était fermé. Elles tentèrent de l'ouvrir.

Helen avait pris la tête de la colonne. Elle dit à Casey et Stephen :

_ Oubliez Lester. On a pas le temps, il est trop tard.

_ Je veux comprendre, Helen, insista Stephen.

Il se rendit compte que Casey ne les suivait plus, et se retourna. La jeune femme fixait un point de l'autre côté de la passerelle sur laquelle ils marchaient, avec l'air de quelqu'un qui a vu un fantôme. Il suivit son regard, et reçut le même choc que sa compagne. Helen s'arrêta à son tour, en voyant qu'ils traînaient, et vit ce qu'ils venaient de voir. Nick. Son plan venait de s'écrouler à l'instant. Le professeur leva la tête, et vit sa nièce et Stephen, puis Helen.

_ Tu nous a dit qu'il avait été tué, fit Stephen à Helen. C'est encore un de tes coups montés ? demanda-t-il avec colère.

Casey se fichait pas mal de ce que sa tante allait bien pouvoir répondre. Son oncle était en vie, c'était tout ce qui lui importait. Elle se précipita vers lui, et le serra très fort contre elle. Quand elle le relâcha, Nick dit, ne pouvant croire que son ami était impliqué là-dedans, et qu'il avait entraîné sa nièce :

_ Oh non, pas toi, Stephen. Ne me dis pas que tu savais, pour ça…

_ Oh, pas de conclusions hâtives, Cutter ! se défendit le jeune homme. C'est la première fois que je viens ici.

_ Je t'ai dit la vérité ! tenta Helen. C'est Lester qui m'a amenée jusque ici !

_ Vas-y, pose lui la question ! dit Nick. Demande-lui ce qu'elle comptait vraiment faire. Allez, vas-y, parle-lui de Leek ! Demande-lui combien de personnes auraient dû mourir !

_ Il cherche à te piéger.

_ Mais, tu vas la fermer ! cria Casey. Comment as-tu pu faire une chose pareille ? Dans quel but, hein ?

Stephen regarda Helen, et murmura :

_ J'aurais tellement voulu te croire. (Nick fit un petit bruit avec sa bouche) Ça veut pas dire que je crois à ta version ! lui répliqua Stephen.

Nick se releva :

_ Stephen, il y a toute une armée de prédateurs dans ce bunker ! Si une seule de ces créatures s'échappe d'ici, il ne restera plus personne ! Alors, si on veut éviter que tout le monde meure, on a pas le choix, on doit faire ce qu'on a à faire.

_ Ils sont trop puissants, Nick, dit Helen. C'est un combat perdu d'avance.

_ Dans ce cas, trouve une idée, n'importe laquelle, ça m'est égal ! Autrement on va tous mourir ! C'est toi qui les a amenés ici, non ? (Casey et Stephen dévisagèrent Helen, n'en revenant pas de s'être fait rouler de cette façon) Tu les connais mieux que personne.

Helen hésita. Les trois autres la regardèrent. Elle finit par dire :

_ La sirène. Les créatures associent le son de la sirène à leur nourriture. Elles retourneront vers leur cage dès que la sirène retentira.

Nick et Casey rejoignirent Helen et Stephen. Nick dit :

_ Si on arrive à les enfermer avec les prédateurs, ils se détruiront les uns les autres. Il n'y a plus de temps à perdre.

Ils se mirent en route, et prirent la direction de la salle des cages. Une fois arrivés, Nick de précipita vers la télécommande qui pendait du plafond, et appuya sur un bouton. La sirène retentit dans l'entrepôt, et les créatures se dirigèrent vers les cages.

_ Ça marche, dit Nick, en entendant les grognements se rapprocher. Allons nous en d'ici.

_ J'active le verrouillage des portes. Dépêchez-vous de sortir, ajouta Helen.

Les autres ne se le firent pas dire deux fois. Helen appuya sur un bouton à côté de la porte, et allait la franchir, quand un raptor lui attrapa la jambe, et la fit tomber, bloquant le système de fermeture de la porte. Les autres vinrent à son secours, et essayèrent de la tirer à l'intérieur.

_ Tire-lui dessus, Stephen, dit Nick, en parlant du raptor.

Le pied d'Helen alla frapper le boîtier contrôlant la porte, et le détruisit. Stephen tira sur le raptor qui finit par lâcher Helen, et s'écrouler, mort. Helen se releva, et dit :

_ Vite, les créatures vont arriver ! (Nick essaya de fermer la porte, qui ne bougea pas) Dépêche-toi, Nick !

_ Impossible de fermer la porte. Si elle reste ouverte, tous se précipiteront dehors.

_ On ne peut verrouiller les portes que de l'intérieur, dit Helen. Les commandes sont de l'autre côté. Celui qui y retournera restera bloqué.

Nick soupira, puis dit :

_ Il va bien falloir qu'un de nous se dévoue.

Il regarda Helen, puis Stephen et Casey, qui ne lâchait pas Helen des yeux, semblant penser que puisque c'était elle qui les avait mis dans cette situation, c'était à elle de les en sortir. Il savait très bien qu'Helen ne se sacrifierait pas. Il lâcha :

_ Je veux bien y aller.

Stephen et Casey le regardèrent, les yeux écarquillés.

_ Non, pas question, dit Casey. Je ne te laisserai pas y aller.

_ Tu ne t'en sortiras jamais vivant, renchérit Stephen.

_ Vous voyez une autre solution ? leur demanda Nick.

_ Oui, répondit Casey. J'y vais à ta place.

_ Sûrement pas, répliquèrent son oncle et Stephen dans un bel ensemble.

Nick posa sa main sur l'épaule de sa nièce, et lui dit :

_ J'y vais, Casey.

Il essuya du pouce une larme qui coulait sur la joue de sa nièce, puis la serra contre lui. Elle enfouit son visage dans son cou, et le serra fort, comme pour essayer de le retenir. Il finit par se dégager de son étreinte, puis se pencha vers Stephen, et lui dit, de manière à ce qu'Helen ne l'entende pas :

_ Garde toujours à l'esprit que Lester n'était pas l'ennemi.

Il se dirigea vers la porte.

_ Nick, attends, le rappela Helen.

Nick retourna vers elle, et un coup de poing dans la mâchoire l'arrêta dans son élan. Il tomba à terre, se demandant ce qui s'était passé. Un cri de sa nièce le renseigna, alors que la porte se refermait devant lui. Stephen l'avait frappé, pour l'empêcher de se condamner à mort, et avant que personne n'ait pu réagir, il s'était précipité dans la salle pour la verrouiller de l'intérieur, restant ainsi bloqué avec les créatures que Leek avait fait ramener au cours des expéditions qu'il avait ordonnées au-delà des différentes anomalies. Casey se précipita contre la porte, tandis que son oncle se relevait. Elle frappa le battant, implorant Stephen de l'ouvrir. Le jeune homme la regarda à travers le hublot, et lui dit :

_ Dis à Abby et Connor de rester loin des ennuis. Je t'aime, Casey. Je t'ai toujours aimée.

_ Moi aussi, Stephen. Ouvres la porte, je t'en prie ! cria Casey, en larme, tout en frappant une nouvelle fois le battant.

Nick se mit devant l'autre hublot, et cria, en frappant le battant :

_ Ouvre la porte ! Ouvre la !

_ C'est impossible, c'est beaucoup trop risqué, lui répondit son ami.

Horrifiée, Casey le vit reculer jusqu'au centre de la pièce, et se faire attaquer par les créatures. Elle se laissa glisser le long du battant, et donna libre cours à ses larmes, tandis que son oncle l'entourait de ses bras. Lui aussi pleurait. Ils venaient tous les deux de perdre une des personnes qu'ils aimaient le plus au monde. Dans les bras l'un de l'autre, ils se consolaient mutuellement. Ils ne virent pas Helen, qui après un dernier regard vers eux, s'enfuit, et à vrai dire, ils s'en moquaient. Après ça, comment pourrait-elle les faire plus souffrir ? Ils restèrent longtemps, tous les deux sur le sol, se cramponnant l'un à l'autre, pleurant toutes les larmes de leur corps. Cutter se sentait tellement coupable. S'il n'avait pas écouté Helen et ne l'avait pas accompagnée dans le Permien pour trouver l'anomalie du futur, le présent n'aurait pas été modifié. La Claudia Brown dont il était tombé amoureux existerait, et Leek n'aurait jamais rejoint l'équipe. Tout ceci ne serait jamais arrivé. Casey ne serait pas là, dans ses bras, à pleurer l'homme qu'elle aimait. Et lui, n'aurait pas eu à assister au sacrifice de son meilleur ami. Il releva sa nièce, et la pressa de partir. Il ne supportait pas d'entendre les créatures grogner de l'autre côté du battant, tout en sachant qu'elles étaient en train de se repaître des restes de Stephen.


Cimetière, quelques jours plus tard.

Tout le monde était présent pour l'enterrement de Stephen. Casey, qui jusque là, était restée stoïque, comme absente, fondit en larmes, lorsque la première pelleté de terre fut jetée sur le cercueil. Elle avait tellement pleuré ces derniers temps, que ses yeux étaient comme rougis en permanence. Elle aurait tellement voulu que tout ceci ne fut qu'un cauchemar, et qu'elle se réveillerait aux côtés de Stephen, pour le regarder dormir paisiblement, comme elle l'avait si souvent fait. Pourquoi avait-il fallu qu'une si belle découverte scientifique entraîne autant de peine ? Etait-ce le prix qu'ils devaient payer pour n'avoir pas pu empêcher Helen de jouer avec la ligne du temps ? Qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver dans le passé pour qu'elle n'ait plus aucun respect pour la vie humaine ? Nick entoura ses épaules de son bras, et Abby lui prit la main et la pressa. Casey la regarda à travers ses larmes, lui fit un pauvre sourire, puis elle se laissa aller contre le torse de son oncle. Lâchant la main d'Abby, elle s'agrippa à la chemise de Nick, qui la serra contre lui, tandis que les gens présents se dispersaient dans le cimetière, en direction de leurs voitures. Abby, Connor et Jenny s'éloignèrent un peu des Cutter, leur laissant ainsi un peu de temps ensemble.

_ Je suis tellement désolé, dit Nick. Je n'aurais jamais dû accompagner Helen dans le passé. Stephen serait toujours en vie.

_ C'est pas ta faute. Comment aurais-tu pu deviner ce qui allait se passer ? Tu devais le faire. Cette créature était bien trop dangereuse pour être laissée dans le Permien. Qui sait quels dégâts elle aurait pu causer dans le présent ?

_ Regarde quels dégâts J'AI causé sur le présent. J'aurais dû tuer toutes ses créatures.

_ Arrêtes, dit-elle en s'écartant de lui et en le regardant dans les yeux. Il n'y a qu'une seule personne qui soit responsable de tout ça, et tu le sais. C'est Helen. Je vais la traquer, et je vais la retrouver. Même si je dois traverser 1000 anomalies pour ça, je le ferai. Et quand je l'aurai retrouvée, je peux te jurer que je lui ferai payer cher la mort de Stephen. Je lui ferai passer l'envie de vouloir jouer à Dieu.

Nick, qui connaissait le caractère bien trempé de sa nièce, essaya de la temporiser :

_ Ça ne fera pas revenir Stephen.

_ Peut-être. Mais, au moins, ça évitera que quelqu'un d'autre perde la vie à cause de ses expériences d'apprenti sorcier. Le prochain pourrait très bien être Abby, ou Connor… ou encore pire, ça pourrait être toi, et ça, je ne sais pas si je supporterais. J'ai perdu trop de gens que j'aimais. Je veux que ça s'arrête. Je sais que je ne te l'ai jamais dit, mais je t'aime, oncle Nick. Je ne veux pas te perdre.

_ Tu ne me perdras pas.

Casey eut un rire triste.

_ Ouais, c'est aussi ce que je croyais à propos de Stephen, dit-elle, amère. T'as vu le résultat ? Son squelette est à six pieds sous terre.

Elle commença à s'éloigner, les larmes aux yeux, essayant de les contenir. Elle n'avait que trop pleuré ces derniers jours. La voix de son oncle la retint un instant.

_ Casey ! (elle se retourna) Je t'aime aussi.

Elle lui sourit, puis rejoignit Abby et Connor. Quand elle arriva à côté d'eux, Caroline s'éloignait. Elle avait l'air vraiment désolée pour ce qui leur était arrivé, mais Casey – tout comme Abby et Connor – ne pouvait s'empêcher de se souvenir qu'elle ne s'était rapprochée de Connor que pour pouvoir apprendre quelque chose que Leek et Helen pouvaient utiliser contre eux et les maintenir à distance de leurs expériences. Même si Casey admettait volontiers que Caroline ne savait rien des manigances de Leek et d'Helen, et qu'elle n'avait été qu'un pion de plus entre leurs mains, elle avait joué un rôle, même involontairement dans la mort prématurée de l'homme qu'elle aimait.


Jenny s'approcha de Nick, et lui demanda :

_ Je vous offre un verre ? (il ne répondit pas) Une autre fois, peut-être ?

Alors, Nick la regarda, et lui dit :

_ Oui… ça me fera plaisir.


Casey jeta un œil vers Lester, et vit qu'il était au téléphone. Leurs regards se croisèrent, et elle put voir dans ses yeux qu'il était sincèrement désolé pour eux. Mais, son visage reprit si vite le masque d'indifférence et de suffisance qu'elle avait tout de suite détesté, qu'elle se demanda si elle n'avait pas rêvé. Elle l'entendit appeler son oncle :

_ Cutter ! Le CRA vient de m'appeler. Une nouvelle anomalie. On ferait mieux d'y retourner. Désolé, ce n'est pas le moment.

Non, ça, ça n'était vraiment pas le moment, songea Casey. Jenny quitta Nick, et suivit Lester. Nick resta un moment en arrière. Il se détourna, et sortit une photo de lui et de Claudia Brown de sa poche. Il la déchira en petits morceaux.

_ Cutter ? (il se retourna vers Jenny) Vous venez ?

Il lâcha les morceaux de photo, qui s'envolèrent, et répondit :

_ Bien sûr.

Un air déterminé sur le visage, il rejoignit sa nièce et le reste de son équipe, et tous les cinq montèrent dans la voiture.


Sur la tombe fraîchement creusée de Stephen, Helen déposa un fossile d'ammonite au milieu des lys blancs. Elle se redressa, retira ses lunettes de soleil, et murmura :

_ Un peu de patience. Les choses peuvent changer. Plus qu'on ne le croit, d'ailleurs.

Autour d'elle se tenaient une douzaine de clones du nettoyeur tué dans le Silurien.

To be continued…