Pour ce chapitre, je me suis basée sur les chiffres de la Quatrième Grande Guerre Ninja : j'ai lu qu'environ 80 000 soldats avaient été rassemblés, dont 64 000 shinobis (le reste étant des samouraïs), et que chaque village avait envoyé 98% de sa force armée, c'est-à-dire aux alentours de 18 000 ninjas (Konoha comptait alors environ 18 500 ninjas et un peu plus de 12 000 civils pour une population totale d'environ 31 000 citoyens). Konoha ayant connu une augmentation de sa population à la fin de la guerre, mais la paix s'étant installée, j'estime que le village doit compter aux alentours de 20 000 ninjas pour 15 000 civils (pour une population totale 35 000 citoyens, donc).

Parmi ces 20 000 ninjas, je compte aux alentours de :

- 40% de genins, soit 8 000 genins

- 30% de chûnins, soit 6 000 chûnins

- 20% de jônins, soit 4 000 jônins

- 10% d'Anbus, soit 2 000 Anbus

Bien sûr, ces derniers chiffres sont supposés : je sais juste qu'il y a plus de genins que de chûnins, qu'il y a plus de chûnins que de jônins, et qu'il y a peu d'Anbu car ils effectuent peu de missions (essentiellement des assassinats).

Chapitre 6:

23 Décembre 85 :

POV Naruto :

Le futur champ de bataille était couvert de neige scintillante, poudreuse épaisse qui me donnait envie de m'y allonger et d'y disparaître à jamais. A côté de moi, Kakashi, bras croisés, détaillait le paysage du regard. On pouvait apercevoir, au loin, le camp ennemi, faiblement éclairé à l'horizon.

Je me tournai vers Kakashi dans un crissement de neige.

« On rentre ? »

L'ex ninja copieur hocha doucement la tête, et fit demi-tour, moi sur ses talons. Nous pataugeâmes ainsi jusqu'à notre campement.

D'apparence désordonnée, il était en réalité fait pour se confondre avec les roches dénudées de neige car trop abruptes sur lesquelles nous nous étions installées, surplombant le vallon que nous devions défendre.

Grimaçant dans la pente, j'essayais de ne pas me tordre idiotement la cheville la veille d'un combat, et me dirigeai vers le quartier réservé aux ninjas de Suna arrivés hier dans la soirée.

Je toussotai à l'entrée de la tente de Gaara, pour marquer ma présence, et entrai. Il était en compagnie de Temari et Kankurô. La fratrie avait l'air de m'avoir attendu pendant des heures.

« Naruto, enfin ! grogna Temari en se levant pour m'enlacer.

- Salut, Temari, la saluai-je en lui rendant son étreinte. »

Ce fut plus formel entre Kankurô et moi : nous nous entendions bien, mais sans plus. Il était l'ami de Youko, pas le mien. Quant à Gaara, nous nous contentâmes d'un regard, qui valait mille paroles.

Le lit et l'unique chaise étant pris, je restai debout, bras croisés, et un silence quelque peu gêné s'installa brièvement, avant que je ne demande :

« Vous avez eu des nouvelles du Raikage ?

- Non.

- Et Bee, est-il… »

Gaara se contenta de secouer la tête, lentement. Je serrai les poings, luttant contre la tristesse qui m'envahissait.

Avec l'arrivée des troupes de Suna – deux milles ninjas en plus de la fratrie Sabaku, pas plus, le village ne pouvant envoyer trop d'hommes – nous avions appris une terrible nouvelle : Kumo, le village caché des nuages, était tombé aux mains de l'ennemi, et nous n'avions aucune nouvelle du Raikage, de son frère, ou de leur garde rapprochée. J'avais peur qu'ils ne soient tous morts dans la bataille.

Et, il y avait quelques jours, une seconde nouvelle avait secoué le campement : Kiri était pris d'assaut. Tsunade et ses conseillés s'étaient longuement concertés pour savoir si nous devions envoyer ou non des ninjas soutenir les assiégés, mais Shikamaru avait été très clair :

« Il serait idiot de diviser nos forces maintenant, avait-t-il dit. De plus, nous savons qu'Iwa n'aura pas laissé l'un de ses alliés et désormais meilleur partenaire commercial se battre seul. Et puis, Kiri est trop loin, et nous allons avoir besoin de tous nos hommes. »

Il avait ensuite gentiment suggéré de réclamer des renforts à Suna : ils ne seraient pas de trop... Konoha comptait à ce jour vingt mille ninjas pour quinze mille civils. Sur ces vingt mille soldats, seuls douze mille possèdent un rang chûnin ou supérieur, et nous avions pu en engager seulement dix mille dans ce combat. C'est pourquoi, les quelques deux milles ninjas qu'avaient pu envoyer Suna n'étaient pas de refus, face à l'armée de plus de quinze mille à laquelle nous faisions face.

Je saluai Temari et ses frères, avant d'errer entre les tentes, mains dans les poches et l'esprit carburant à mille à l'heure.

Le village possédait huit mille genins, que nous avions envoyé avec deux mille de nos chûnins évacuer les civils, et cacher nos trésors. En cas de défaite, l'ennemi ne trouverait au village que des bâtiments, vides de gens et d'informations.

Parmi ces chûnins restés à Konoha se trouvaient des nouveaux gradés : Fuu et Aoi en faisaient partie. Lorsque j'avais appris la nouvelle, j'avais cru que mon cœur allait s'arrêter de soulagement et, même s'il restait pétrifié d'inquiétude pour Fubuki, Haku, et tous mes proches qui allaient participer à la bataille, mais je savais qu'au moins, les plus jeunes de mes enfants étaient en sécurités.

J'aperçus soudain une tente, brillamment éclairée, que je reconnus comme celle d'Orochimaru. Presque un mois après ma découverte, il était arrivé, la bouche en cœur, et avait plaidé sa cause pendant des jours et des jours après avoir demandé l'asile à Konoha.

Il vivait désormais sous bonne garde : s'il disait la vérité – et Ino elle-même s'était acharnée à lui arracher les informations du crâne – il pouvait s'avérer être un atout majeur pour le village.

En effet, il était en partie responsable de la guerre : peu de temps après la Quatrième Grande Guerre Ninja, il avait ressuscité Kabuto, sont fidèle chercheur à lunettes lui manquant terriblement, et avait commencé à faire des expériences sur des hommes avec un ADN non-humain, ou du moins une partie. Il avait bien vite découvert à partir de cellules ramassées on-ne-sait-où-ni-comment que ledit ADN inhumain appartenait à la même « espèce » extraterrestre que Kaguya, et avait trouvé cela fabuleusement intéressant.

Bien sûr, il avait testé, encore et encore, ces malheureux humains, jusqu'à obtenir de parfaites marionnettes surpuissantes, auxquelles il avait inoculées pour les rendre encore plus redoutables, le sceau maudit.

Là était apparu le hic : pour faciliter ses expériences, Orochimaru avait donné de plus en plus de libertés à son fidèle serviteur, lui laissant le temps et l'opportunité de faire des recherches sur la façon de se libérer d'Edo Tensei. Bien vite, Kabuto avait découvert la faille dans le contrat d'invocation des morts, et avait rompu de lui-même le contrat le liant à Orochimaru, à l'aide des sceaux Serpent-Chèvre-Cochon-Chien-Tigre.

Résultat : à l'instar de Madara, cette ordure se retrouvait désormais avec un corps immortel et un chakra illimité.

Inutile de dire que personne n'a sauté de joie en apprenant cette nouvelle…

Cela s'était passé dix ans plus tôt. S'apercevant que ses créations glissaient peu à peu hors de son contrôle, Orochimaru en avait légitimement cherché la cause. Découvrant la liberté nouvelle de Kabuto, le Sannin s'était enfui d'Oto, et avait décidé de créer une arme contre ses créations désormais hors de son contrôle.

Là intervient l'enlèvement de Youko qui, inutile de le préciser, a été parmi les premiers à vouloir la mort du serpent en le voyant aux portes de Konoha.

En effet, pour lutter contre ses créatures, Orochimaru a imaginé une arme, le ninja suprême, selon lui : en injectant les cellules d'Hashirama Senju – pour la maîtrise du Mokuton – et l'ADN d'un Uchiwa – pour la possession du sharingan – et les gènes du clan Uzumaki – car le clan Uzumaki est le seul à pouvoir supporter le scellement du chakra du Kyûbi – à un enfant, il serait capable de créer un être suffisamment puissant pour contrer les Ôtsutsuki.

Il avait, pour cela, programmé l'enlèvement de Fubuki et de Haku. Les enfants étaient, en effet, vulnérables à toute attaque – mon cœur s'était douloureusement serré lorsqu'Orochimaru avait parlé des faiblesses de nos défenses inexistantes, à la ferme – et il n'aurait pas été bien compliqué de les emmener sous nos yeux, à Youko et à moi. Mais les choses avaient mal tourné lorsque les ninjas envoyés avaient découvert l'entrainement que j'avais moi-même commencé à dispenser aux deux cibles, et Youko avait été enlevée par défaut.

Cela avait mis Orochimaru dans une rage folle, jusqu'au moment où il avait découvert que Youko était enceinte. Aussi changés, les plans prévoyaient soudain de manipuler l'ADN du bébé à naître à partir du ventre de la mère, d'abord, puis après sa naissance, grâce à l'ADN de Sasuke, prélevé durant son apprentissage auprès du serpent, et à des réserves de l'ADN du Shodaime Hokage. Les trois éléments en place, le Sannin n'avait qu'à attendre que l'enfant grandisse et, lorsqu'il aurait atteint un âge suffisant, qu'il serve d'étalon reproducteur pour une nouvelle lignée de combattants. Sauf que Yuuki était une fille.

Je m'apprêtai à me détourner lorsque j'aperçus le serpent sortir de la tente pour interpeller la kunoichi qui gardait l'entrée de sa tente. Elle et son coéquipier eurent un mouvement de recul lorsqu'Orochimaru tendit la main vers eux. D'après les gestes de la femme, sa demande était refusée. Bien vite, le ton monta, et j'entendais leurs paroles d'ici.

« Que se passe-t-il ? » lâchai-je d'une voix forte pour attirer leur attention.

La kunoichi se tourna vers moi d'un air soulagé. Âgée entre vingt-cinq et trente ans, elle avait les cheveux bruns, attachés en queue de cheval, et les yeux noirs. Elle portait son hitai-ate autour de son cou.

« Naruto-sama ! » s'écria-t-elle en me voyant.

Sama ?

Ah, on respecte enfin mon Jinchuriki, se rengorgea Kyûbi.

Tu dormais pas, toi ?

J'aiguise mes crocs avant la bataille.

Comme si tu en avais besoin ! répliquai-je en repensant aux terribles dents du Kyûbi. Et puis, de toute façon, tu ne peux pas aller à l'extérieur, alors à quoi bon ?

Ҫa m'occupe.

Je soupirai, et me reconcentrai sur l'instant présent.

« Que se passe-t-il ? fit une voix bien connue.

- Youko, soufflai-je en me retournant. »

Elle portait l'habit des infirmières du camp, et ses longs cheveux étaient lâchés. Le regard qu'elle dardait sur Orochimaru devait avoisiner le zéro absolu, et je remarquai que ses poings étaient serrés si fort que les jointures en devenaient blanches. Je posai une main sur son épaule pour la calmer.

« C'est ce que j'aimerai savoir, dis-je. Qu'est-ce que tu veux, Orochimaru ? »

Je n'avais pu m'empêcher ma voix de prendre un ton agressif, et le serpent leva les mains devant lui, un air goguenard sur le visage.

« Je voulais juste savoir si vous aviez accepté de me fournir mon sujet pour le préparer avant la bataille. »

Quelque chose en moi se glaça à ces mots. J'avais peur de comprendre.

« Votre… sujet ? » répéta Youko d'une voix blanche.

Le Sannin eut un air gêné, qui nous confirma nos doutes.

« Euhm… Votre fille, je voulais dire… »

Quelque chose de flou passa dans mon champ de vision et, soudain, le Sannin se retrouvait affalé au fond de sa tente, une Youko furieuse enserrant son cou de ses mains.

« Répète, cracha-t-elle, répète un peu ce que tu viens de dire !

- Je… gémit Orochimaru avant que les mains de la femme ne le serrent d'avantage.

- Non, en fait, ne dis rien. Je crois que je ne pourrais pas m'empêcher de te tuer, si j'entends une nouvelle fois ta… ta voix ! »

Les gardiens du serpent voulurent s'interposer, mais je les arrêtai. A mon tour je m'approchai d'Orochimaru. Les yeux de l'homme s'agrandirent, et j'y lus la terreur avec une certaine satisfaction. J'appris plus tard que mes yeux avaient viré au rouge, et que les traces sur mes joues s'étaient intensifiées dans un signe de très mauvais augure.

Néanmoins, et malgré mon envie d'aider Youko à étriper le scientifique, je la pris tendrement par les épaules, et lui murmurai quelques mots inaudibles à l'oreille :

« Lâche-le. Le tuer maintenant ne nous aidera pas dans cette guerre. Lâche-le, Youko. On aura notre vengeance, quoi qu'il arrive. »

Elle me répondit par une grimace féroce et, l'espace d'un instant, je craignis qu'elle ne continue à étrangler le Sannin mais, peu à peu, elle desserra sa prise, et se releva lentement. Orochimaru reprenait sa respiration avec un air atrocement douloureux. Il porta une main tremblante à sa gorge, et foudroya Youko du regard. Il tenta de parler, mais aucun son ne put sortir de ses lèvres ouvertes. Avec un gémissement de douleur, il se releva lentement. Devant son regard, je me tins entre lui et Youko, prêt à intervenir si l'envie lui prenait de l'attaquer.

Mais elle aussi avait un tel regard et, lorsqu'elle sortit de la tente, elle lâcha :

« Peut-être es-tu un allié pour l'instant, Orochimaru, cracha-t-elle, mais, lorsque tout sera terminé, tiens-toi prêt à courir, et j'espère que tu es rapide, car il n'y aura aucun endroit où tu pourras te cacher tant que je serais vivante.

- Dans ce cas, je suppose que je n'ai qu'à prier pour que tu meures durant cette bataille, siffla le serpent. Ou alors m'en occuper moi-même ! »

Il s'avança d'un air menaçant, mais je le repoussai d'un coup de pied qui le fit s'effondrer de nouveau.

« Ne la touche pas, grondai-je. Ou je m'assurerais que tu n'auras plus jamais l'occasion de nuire à qui que ce soit, allié ou pas. »

Sur cette dernière menace, nous laissâmes le Sannin aux « bons » soins de ses gardiens. Je savais qu'ils allaient devoir référer de notre attitude à Tsunade, et qu'elle allait nous crier dessus plus tard, mais je m'en fichais. Ma famille était bien plus précieuse qu'un simple reproche, aussi pénible soit-il.

Mon cœur se pinça douloureusement. Ma fille… A neuf à peine, elle si traumatisée par ce qu'elle avait vécu dans les geôles, cela me semblait si cruel qu'elle doive subir une guerre en plus de tout cela. Elle osait à peine m'approcher, et tremblait de peur lorsque je m'avançai un peu trop près…

Je repensai alors aux autres enfants sortis de la prison. L'une d'entre elle, Fujie, avait l'âge des jumeaux et, à trois ans, en faisait à peine deux. J'avais accepté de l'adopter après avoir appris qu'elle était orpheline. Elle dormait dans la même chambre que Youko avec Yuuki, toutes les trois dans un même lit, pour se rassurer.

A propos de Youko… nous étions devant sa tente, et j'entr'aperçu, à l'intérieur, son éventail et ses marionnettes, ainsi que la tenue de combat qu'elle avait pris l'habitude de porter. Constitué de fines plaques curieusement très dures et très protectrices et de lanières de cuir, l'armure était légère et permettait une grande liberté de mouvements, tout en protégeant efficacement le corps.

Nous n'avions pas reparlé, depuis son retour, ou à peine. Bien sûr, nous échangions les banalités habituelles pour deux occupants d'une même maison, mais nous n'avions pas discuté des sujets qui fâchent. Pas encore. J'avais que… j'avais peur que, si nous réfléchissions trop, si nous nous posions trop de questions, le fragile équilibre que nous étions parvenus à trouver ne se brise. Je savais, pourtant, que rien ne se résoudrais de cette façon, et que fuir mes incertitudes, ces non-dits qui planaient entre nous, n'était pas une solution. Mais j'avais peur, et je n'osais pas affronter le regard de la femme que je n'étais pas sûr d'aimer encore…

« Tu ne comptes pas combattre, si ? » murmurai-je, incapable de détacher mon regard de l'armure lustrée, et brillant dans la semi-obscurité.

Youko se retourna vers moi d'un air interloqué.

« Si, pourquoi ?

- Les médic-nins ne sont pas autorisés à combattre.

- J'ai demandé l'autorisation à Tsunade-sama. Elle n'est pas contre, étant donné que je suis plus une combattante qu'une guérisseuse. Je sais guérir, mais je suis une meilleure combattante. J'ai promis de garder du chakra pour aider s'il le faut, c'est pourquoi je ne combattrais qu'en troisième ligne, et encore. Ne t'en fais pas pour moi. »

En disant cela, elle avait ôté le manteau blanc qui la désignait comme une infirmière, pour le déposer sur l'unique chaise près de son lit. Elle s'approcha de moi, et me regarda droit dans les yeux. Je lus dans les siens toute sa détermination, et je me sentis tout petit façon à la force qu'elle dégageait, sans savoir que c'était parfois l'impression que je lui donnais à elle aussi.

« Va dormir, m'ordonna-t-elle. Tu en as besoin. Je te réveillerai à l'aube.

- Mais, protestai-je. Je n'ai pas sommeil, et puis…

- C'est un ordre, Naruto.

- Mais…

- Naruto. »

Je ne pus affronter le regard doré, et je sortis rageusement, tapant presque des pieds par terre, comme un enfant.

« T'es vraiment un gamin, Usuratonkachi. »

Je me retournai, sur la défensive.

« Qu'est-ce que tu veux, Sasuke ? » cracha-je presque.

Le brun haussa un sourcil. Debout, les bras croisés contre sa poitrine, il me fixait d'un regard impénétrable, à côté de la tente que je venais de quitter.

« Pourquoi ne veux-tu pas qu'elle combatte ?

- Parce qu'elle est faible, explosai-je.

- Elle ? Faible ? ricana l'Uchiwa. Et où tu vois ça ?

- Je… je ne sais pas ce qu'il s'est passé, pendant ces dix ans, mais une chose est sûre : personne ne peut se remettre d'un tel emprisonnement en quelques mois, Sasuke.

- Tu as peur pour elle, donc. »

Je détournai le regard.

« Où est le mal ?

- Tu l'aimes encore ?

- Je ne sais pas. »

Devant le regard impénétrable que Sasuke dardait sur moi, j'étais incapable de mentir. Le brun s'approcha doucement de moi, et posa une main amicale sur mon épaule.

« Va dormir, souffla-t-il doucement. Tu ne pourras rien faire dans cet état.

- Mais, s'ils attaquent…

- Tu es un ninja, non ? Tu es censé te réveiller au moindre bruit, et être prêt à te battre au sortir du lit, n'est-ce pas ? Et puis, dit-il en voyant que je ne répondais pas, n'avons-nous pas connu pire ? »

J'eus un pâle sourire.

« Ouais…

- Va dormir, Naruto, soupira mon ami, comme je ne bougeais pas, et il ajouta : c'est un ordre de Sakura pour tous les ninjas, et nous n'échapperons pas à la règle : tu sais comment elle est quand elle s'énerve, non ? »

Je fis une grimace, et Sasuke se mit à rire.

« Ouais… bonne nuit.

- Bonne nuit. »

Il disparut entre les tentes, et je rejoignis la mienne, où je me couchai tout habillé, prenant seulement le temps d'ôter mes bottes, ma cape et mes gants, et de vérifier que mon équipement était à portée de main, avant de m'endormir comme une masse.

J'avais à peine l'impression de dormir depuis dix minutes, lorsqu'une main ferme me secoua.

J'ouvris les yeux aussitôt, et reconnu la femme qui, dans toute sa splendeur, sanglée dans son armure étincelante, et me donnais l'impression d'une déesse de la guerre descendue sur terre m'encourager avant la bataille, en contre-jour avec la lumière provenant de l'extérieur.

Un battement régulier, et le chant des armes que l'on glissait dans leur fourreau avait envahi le camp tout entier.

« Ҫa commence », murmura Youko d'un air sombre.

oO°Oo

24 Décembre 85 :

Du tranchant de l'épée, je décapitai l'homme devant moi, avant d'envoyer du chakra Fûton dans mon dos pour blesser celui qui pensait me prendre par surprise. Néanmoins, et malgré toute ma rage et tous mes efforts, je récoltais moi aussi mon lot de blessures, quoique non-mortelles et aussitôt soignées par Kurama, mais cela gaspillait beaucoup de trop de chakra à mon goût.

La bataille durait depuis des heures, déjà, et je ne voyais toujours pas plus loin que le bout de mon épée à travers la mêlée. Plusieurs fois, j'avais retenu mes coups juste à temps, reconnaissant un allié à la toute dernière seconde.

C'était… une boucherie, il n'y avait pas d'autre mots. Les… créations se jetaient devant moi, avides de me combattre, et je ne pouvais que leur ouvrir la gorge, ou leur trancher la tête, ou leur enfoncer la cage thoracique avant qu'une nouvelle créature ne vienne s'embrocher sur mon épée.

Je grognai, commençant à fatiguer, alors que j'apercevais un ninja tomber sous la horde déchainée. Je tranchai à travers la masse pour lui porter secours, et reconnu la femme qui gardait la tente d'Orochimaru, hier soir. Sans cesse de repousser les assauts furieux, je la hissai difficilement sur mon dos, et bondis à travers la mêlée pour la porter aux guérisseurs, à l'autre bout du champ de bataille.

« Naruto ! »

Surpris, je reconnus la voix de Sai. Perché sur l'un de ses oiseaux d'encre, il me fit signe de monter. Lorsque l'être d'encre passa près de moi, je bondis sur son dos, et nous prîmes aussitôt de la hauteur.

« Ouah ! soufflai-je. D'où viennent-ils tous ?

- Je ne sais pas, répliqua mon camarade d'un air sombre. J'ai du mal à croire qu'ils aient tous été créés par Orochimaru et Kabuto. »

Je hochai la tête, et profitai du bref répit que m'offrait Saï en nous transportant ainsi. Je remarquai d'ailleurs que le camp médical était plus loin que je ne l'avais d'abord pensé.

« C'est moi, où on recule ? je criai pour passer outre le sifflement du vent.

- Non, on est en train de se faire repousser vers les collines ! »

Je fronçai les sourcils. Cela me paraissait invraisemblable, et pourtant, j'en avais la preuve sous les yeux : nous étions en train de nous faire massacrer. De plus, la plupart des créatures, plus bestiales qu'humaines à présent, avait activé leur sceau maudit au premier stade, voire même au second dans certaines zones. Celles-ci étaient d'ailleurs celles où notre armée était le plus mal en point, et d'où provenait la déroute de nos ninjas.

« Bordel ! jurai-je entre mes dents. C'est pas vrai ! »

J'observai plus attentivement, et désignai un endroit où nos forces étaient en difficulté :

« Saï, je vais passer en Sage-mode. Dépose-moi là, d'accord ?

- O.K., Naruto… soupira mon ami d'un air fatigué. »

Le temps de déposer la kunoichi au camp médical, et j'étais prêt. Je me refusais d'utiliser le chakra du Kyûbi pour le moment : pas encore, ce n'était pas mon terrain de prédilection.

Je bondis dans la mêlée au moment où l'oiseau passait au plus bas de sa trajectoire, et balançai aussitôt du chakra Fûton et des rasengans à tout vas.

« Reculez ! hurlai-je aux alliés. Je vais utiliser des rasen-shurikens ! »

Les ninjas refluèrent, et je pus envoyer sur les ennemis trois rasengans entourés de chakra vent, qui massacrèrent une bonne partie des créatures, aussitôt remplacées par de nouvelles. Je sifflai entre mes dents, et profitai des derniers résidus de chakra Senjutsu pour les propulser à l'autre bout du champ de bataille. Les ninjas dans mon dos poussèrent des cris de victoire, et je souris, fatigué. Je vacillai, et sentit soudain un coup de vent passer tout près de mon oreille. Comprenant que mon déséquilibre m'avait sauvé la vie, je levai mon épée pour riposter, quand je vis la créature s'effondrer sans raison apparente.

« Dégagez, espèces de monstres ! gronda une voix féroce que je reconnus comme celle de Temari. Naruto, ça va ?

- Ouais, c'est bon, grognai-je. Juste… un peu fatigué. »

La ninja de Suna hocha la tête, et fit un signe pour appeler quelqu'un. Quelques secondes plus tard j'étais hissé sur l'un des nuages de sable de Gaara.

« Tu vas bien ? » souffla mon ami.

Je hochai la tête sans répondre. L'habituelle fatigue engourdissait mes membres.

« Je peux rester me reposer un moment ? demandai-je.

- Je t'emmène au camp médical.

- Non ! Je veux juste… me reposer quelques instants. Ҫa ira mieux ensuite. »

Gaara me sonda de ses yeux bleu-vert, et je me sentis mal à l'aise devant la force de ce regard, avant qu'il ne le détourne, et finisse pas dire :

« D'accord.

- Merci, Gaara, souris-je. »

Je me recroquevillai sur le sable curieusement chaud. Je ne l'avais jamais remarqué auparavant, et je passai mess main gelées sur la surface avec soupir de contentement. Gaara me lança un regard.

« Tu as froid ?

- … Ouais. »

Je ne sais pas combien de temps nous restâmes ainsi suspendus dans les airs. Quelques secondes ? Quelques minutes ? Quoi qu'il en soit, je finis par me sentir coupable de forcer Gaara à gaspiller son chakra de cette façon, et je me redressai, une énergie nouvelle coulant dans mes veines.

Nous étions plus hauts que je ne l'avais d'abord pensé, et je détaillai le champ de bataille en contre-bas avec un intérêt renouvelé. Je vis, avec stupéfaction, que nous étions bien plus mal en point que je ne l'avais d'abord pensé, et un mouvement à la lisière de mon champ de vision attira mon attention.

« Regarde ! »

Gaara hocha la tête, l'air sombre.

« J'ai vu, acquiesça-t-il. Le reste de l'armée ennemie nous a rejoints dans la bataille… Nous allons nous faire massacrer. »

Je secouai la tête avec consternation, incapable d'y croire.

« Non, murmurai-je, non… »

C'était un piège. Malgré le fait que c'était nous qui avions décidé du moment et du lieu de l'attaque, nous avions été repoussés avec une facilité déconcertante, jusque dans un vallon où le reste de l'armée nous attendait.

Une bataille sur deux fronts, le cauchemar de tout combattant censé. Je gémis, à la fois de frustration, de peur, de tristesse et de rage. Et dire que nos hommes, déjà épuisés par cette bataille, allaient à présent devoir faire face à quelques dix mille ninjas de plus, frais et dispos, rejoignant l'armée principale.

Soudain, alors que je sentais le désespoir m'envelopper, j'eus alors une idée.

C'était une idée un peu folle, mais qui pouvait marcher si nous nous concertions tous. Je plongeai un regard déterminé dans celui de Gaara.

« Je sais comment on va s'en sortir, soufflai-je avec un sourire dur. Tu sais où est Shikamaru ? »

Le ninja de Suna hocha positivement la tête et, quelques secondes plus tard, je soustrayais le génie au combat, sous les yeux étonnés de la créature qui lui faisait face, et à qui je pourfendis le crâne au passage.

« Yo, Shika, le saluai-je.

- Bordel, Naruto, qu'est-ce qui…

- Tais-toi, le coupai-je en désignant le paysage autour de nous, et jette un coup d'œil à ça. »

Comme d'habitude, il ne fallut que quelques secondes au Nara pour comprendre et chercher un plan.

« Galère, grogna-t-il. Comme si on avait besoin de ça.

- J'ai une idée, dis-je. Mais, pour ça, j'ai besoin de vous tous… »

oO°Oo

24 Décembre 85 :

Le dernier oiseau d'encre se posa devant moi, laissant descendre Hanabi et Shin. Ce dernier avait aidé son père à nous transporter tous discrètement derrière les lignes ennemies et, à présent, Shikamaru et moi faisions face à une dizaine de regards interrogateurs.

« Alors ? demanda la Hyûga en croisant les bras sous sa poitrine. C'est quoi l'idée ?

- Comme vous avez pu le voir en survolant la zone, commença Shikamaru, on est pris en tenaille, et nous sommes désormais obligés de combattre sur deux fronts.

- Viens-en aux faits, Nara, soupira Karin.

- Nous allons nous séparer en trois unités, je déclare, m'attirant un regard surpris de l'Uzumaki. Un trio qui surveillera les mouvements ennemis du ciel, constitués de Hanabi, Shikamaru et Ino ; une unité d'attaque, constituée de Sasuke, Jûgo et moi ; et enfin une unité d'hypnose et de genjutsu, constituée de Fubuki et Akane.

- Et Haku, déclara la fille d'Akayuki. »

Je fronçai les sourcils.

« Si tu y vois une utilité, tu peux ramener autant de monde que tu le souhaites. »

Elle m'adressa un sourire éclatant.

« Merci Na-chan ! »

Je souris, et me tournai vers Karin.

« Quant à toi, ta place dépendra de ce que tu me diras. Est-ce que tu sens d'autres ninjas en plus de ceux que nous affrontons et ceux derrière nous ? » demandai-je.

La ninja sensorielle hocha la tête, inspira profondément, et je sentis, grâce à ma maîtrise de l'énergie naturelle, son aura aspirer une infime partie de tous chakra présent à une quinzaine de kilomètres à la ronde. Puis, elle secoua négativement la tête. J'échangeai un regard entendu avec Sasuke.

« Et nos forces ? demandai-je.

- Je… La plupart des chûnins sont soit morts, soit blessés, annonça la rousse. »

Le visage de mes compagnons s'assombrit, et je me mordis la lèvre avec force.

« Tu as un chiffre ?

- … Il nous reste un peu plus de la moitié de nos forces : huit mille ninjas en tout, dont mille blessés : ils sont au camp médical. »

Les ninjas présents secouèrent la tête avec consternation, une lueur de peur dans les yeux : la bataille semblait perdue d'avance.

« Dans ce cas, tu devrais aller les aider. »

La rousse m'adressa un regard étonné, et je précisai :

« Les ninjas médicaux : tu es une médic-nin, toi aussi, à l'origine. Et puis, tu as travaillé à l'hôpital pendant un temps : tu seras plus précieuse là-bas qu'ici.

- Mais nous manquons déjà de combattants ! s'écria-t-elle.

- Nous nous chargeons des ninjas ennemis, lâchai-je d'un ton dur. »

L'Uzumaki grimaça, et finit par hocher la tête. Shikamaru désigna Saï et ses oiseaux d'encres à Hanabi et Ino.

« Montez. Je vous expliquerai les choses plus en détails une fois là-haut. »

Les deux filles hochèrent la tête et, si Hanabi était moins habituée que sa sœur à travailler en équipe avec les ex-« rookies » de Konoha, elle était tout de même douée à cet exercice, et obéissait aux ordres. Hinata, avec sa grossesse presque à terme, ne pouvait pas participer à la bataille, malgré l'envie que nous avions lu dans son regard au moment de partir.

De leur côté, et escortées par Shin, Fubuki et Akane étaient reparties à la recherche de Haku, et je les laissai faire : Fubuki savait ce qu'elle faisait. Karin, elle, était déjà partie pour le camp médical, sans protester davantage, à mon grand soulagement.

Je me tournai vers les autres.

« On y va ? »

Sasuke sourit.

« Comme la dernière fois ?

- Comme la dernière fois. Je vais invoquer le chakra de Kurama, et…

- Il est d'accord, au moins ? s'inquiéta Jûgo. »

J'eus un sourire, et laissai le renard prendre le contrôle de moi quelques instants pour répondre :

« Tu parles que je suis d'accord, gronda Kurama. Pour une fois que j'ai le droit de faire un massacre ! »

Espèce de Kitsune sanguinaire ! me moquai-je.

Que veux-tu, Gaki, c'est dans ma nature. Et puis, pour une fois que je peux me dégourdir les pattes, je ne dirais pas non !

« Et ensuite ? m'interrogea Jûgo.

- Sasuke avec son armure Susanô à mes côtés, nous attaquerons par derrière l'armée ennemie. Jûgo, j'aimerai quelques précisions sur le sceau maudit.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, s'enquit prudemment le ninja.

- Orochimaru l'a bien développé à partir de toi, je me trompe ?

- C'est exact.

- Et tu le contrôle parfaitement ?

- Depuis que tu as appliqué à un sceau de contrôle, oui. »

J'eus un sourire féroce.

« Tu saurais t'occuper de ceux-là ? » demandai-je en désignant une partie de l'armée ennemie.

Le ninja roux y jeta un coup d'œil prudent, avant de me rendre mon sourire.

« Sans problème.

- Parfait. »

Je joignis alors mes paumes, et me concentrai pour contacter Kurama.

Prêt ?

Prêt ! A vos marques… prêts ? PARTEZ !

Je grimaçai face à la puissance vocale de mon renard, mais ne pus protester : une énorme vague de chakra pris possession de moi, et je sentis l'habituel manteau de pouvoir m'entourer, telle une couverture chaude. Je grimaçai : d'un seul coup, je n'avais plus froid le moins du monde. D'un signe de la main, je fis appel à Saï, qui survolait la zone, et créai plusieurs clones chargés d'offrir mon chakra aux ninjas alliés. Je sentis Ino qui me contactait :

Tes clones sont en place.

Tous les ninjas ont reçu du chakra ?

Pas tous, mais presque. Bon courage.

Merci… vous aussi.

Mais le contact était déjà rompu, et je souris aux deux autres.

« C'est parti ! »

Jûgo activa le premier stade, puis le deuxième, et bondit dans la pente, droit sur les premiers ninjas en contrebas qui, surpris, n'eurent pas le temps d'activer leur marque maudite eut aussi, avant de se faire massacrer. Le temps pour Sasuke d'activer ses sharingans et de faire apparaître son Susanô, pour moi d'invoquer la grande silhouette de Kurama, et nous le suivions avec entrain.

Je dois avouer que je garde un souvenir très flou du reste de la bataille : je me souviens d'avoir expliqué à un Sasuke médusé par les exploits d'Akane et de Fubuki qu'elles utilisaient en fait un jutsu dérivé de mes chants d'hypnose, mis à la sauce Fubuki et enseignés à l'aînée Uchiwa et à Haku, ainsi que d'avoir massacré, encore et encore, les soldats qui se présentaient devant moi à grands coups de chakra et attaques en tous genre, jusqu'à en avoir la nausée et, lorsqu'on eût terminé, Sasuke, Jûgo, les renforts envoyés petit à petit, et moi, de transformer les renforts en une infâme bouillie de sang, de neige, de boue et de morceaux de corps, nous nous tournâmes vers le champ de bataille, pour découvrir que les directives que Shikamaru avait donné pendant le combat avait portées leurs fruits : tout était terminé.

Terminé…

Je laissai le chakra du Kyûbi se dissiper autour de moi tandis que, épuisé, Jûgo s'asseyait lourdement. Je commençai doucement à descendre le vallon pour retrouver l'armée principale, dans un état second et, lorsque Sasuke me rattrapa, inquiet, je ne pus lui offrir qu'un pâle sourire avant de me laisser glisser à terre, comme vidé. Il me restait pourtant du chakra : Kurama m'en avait fourni suffisamment pour que je ne sois pas exténué, mais je voyais encore tout au ralenti : la fièvre de la bataille n'était pas encore retombée, l'adrénaline coulait toujours dans mes veines, et le silence, après les cris et le son des combats, me semblait irréel.

Sasuke s'assit à côté de moi, et je murmurai :

« On a vraiment gagné ? »

Le brun me regarda longuement, avant de me répondre :

« Je crois…

- Mais ce n'est qu'une bataille…

- Elle changera peut-être le cours de la guerre.

- Tant de vies données…

- C'est la réalité des combats.

- Quel gâchis… »

Cette fois, l'Uchiwa ne répondit pas : il partageait mon point de vue.

Me redressant, je lâchai un « Je vais aider à récupérer les blessés » avant de descendre dans la fosse.

Le mélange sang-boue-membres était encore plus épais et plus dégoûtant que sur le plateau que j'avais quitté, et je pataugeai lourdement dedans, à la recherche de blessés. J'ignorais volontairement ceux que je voyais avec la poitrine défoncée, la gorge arrachée, ou le ventre ouvert : ils étaient déjà morts, et je ne voulais pas voir leurs visages, de peur de reconnaitre l'un de mes amis.

Je tombai soudain sur un corps, blessé et inconscient, d'une femme. Je crus reconnaître Sen, mais je n'en étais pas sûr. Je la ramenai rapidement au campement médical, surtout que Saï, et Shin, malgré leur épuisement, continuaient de créer des animaux d'encres pour faire la navette entre le champ de bataille et le campement.

Une fois à l'intérieur, je cherchai rapidement des visages connus, et vis Temari discutant avec Gaara d'un air inquiet. Lorsqu'elle me vit, elle m'adressa un grand signe de la main. Confiant la femme à un médic-nin, je m'approchai.

« Naruto ! s'écria la blonde, les yeux brillants d'épuisement et de peur. Tu reviens du champ de bataille.

- Oui.

- Est-ce que… sa voix se brisa, et elle repris : tu n'aurais pas vu… Tu pourrais chercher Kankurô pour nous, s'il te plait ? »

Mon sang se glaça dans mes veines : je craignais qu'on me fasse une telle demande. Néanmoins, je hochai doucement la tête. La femme se laissa tomber au sol, l'air épuisé. Gaara était aussi mal en point, et le frère et la sœur s'adossèrent l'un à l'autre dans une rare démonstration d'affection de la part du Kazekage. Je souris aux Sabaku tandis que le roux cherchait à réconforter la kunoichi en l'enlaçant doucement. Plus loin, j'aperçu Shikamaru fixer la scène, un léger sourire aux lèvres, mais il n'intervint pas : aucun d'entre nous ne voulait briser leur instant privilégié, et je repartis à la recherche de blessés.

Je fis plusieurs allers-retours, et je voyais les regards de Temari et de Gaara s'assombrir à chacun de mes passages, jusqu'à moment où, me redressant à côté d'un corps que j'avais cru pouvoir encore être sauvé, j'entendis des jurons colorés, suivis d'un long gémissement de douleur.

« Hé ! fit une voix. Je suis là ! Bordel, ils ne pensent pas à venir ici, ou quoi. HÉ~OO ! Y'a quelqu'un ? »

Je m'approchai davantage, et mon cœur rata un battement en reconnaissant le visage du blessé.

« Kankurô ! »

Le ninja était allongé de tout son long dans la boue, les jambes tordues à un angle inhabituel. Inquiet, je me mordis la lèvre, me demandant comment j'allais le transporter, lorsque j'avisai deux médic-nins transportant une civière vide, un peu plus loin.

« Hé ! les hélai-je. Par ici ! »

Ils s'approchèrent, et je leur désignai Kankurô :

« Je ne peux pas le transporter seul. Vous feriez mieux de le prendre avec vous.

- Bien sûr, sourit la femme du duo. Tout de suite. »

Posant la civière à côté, ils soulevèrent mon ami le plus délicatement possible, et le déposèrent tout aussi doucement sur la civière. Néanmoins, cela avait été le mouvement de trop pour Kankurô qui, épuisé, s'était évanoui. J'eus un pâle sourire.

« Merci, soufflai-je.

- De rien. C'est notre travail, de toute façon. »

Ils repartirent en direction du camp médical, et j'errai de nouveau à travers le champ de bataille, lentement, mon esprit se vidant peu à peu à chaque pas. Je cherchais à clarifier mes pensées et, pour cela, je devais entièrement concentrer mon esprit en un point, une pensée blanche, neutre, pour laver mes émotions et mes pensées parasites. C'était Sakura qui m'avait appris cette technique de méditation, et elle était très utile après une bataille, surtout pour moi. Je m'arrêtai quelques secondes pour prendre le temps de respirer.

Inspirer.

Expirer.

Inspirer.

Expirer.

Et ceci durant plusieurs minutes, le temps de finir un cycle entier de respirations : soixante inspirations et soixante expirations.

Un cycle contenait aussi de nombreux étirements, pour se détendre et laisser la tension s'échapper, mais je ne pouvais m'exercer ici, alors je rouvris les yeux et me remis en marche.

Au détour d'un gros rocher créé par un utilisateur Doton pour écrabouiller une créature – on voyait les restes de ladite créature sous le rocher – je trouvai un éventail. Mon cœur se serra alors que je m'agenouillai pour le prendre, et constater à quel point il m'était familier… Me relevant, je fis encore quelques pas pour me trouver au bord d'un large trou. Je regardai à l'intérieur, la gorge nouée. Et au fond de ce cratère…

Une bonne dizaine de créatures. Mortes, bien sûr. A leurs côtés, gisaient trois marionnettes, que j'identifiai instantanément comme celles de…

« YOUKO ! je hurlai. YOUKO ! »

Mais la kunoichi, étendue, sans vie, au centre du cratère, ne répondit pas.

Je me précipitai, trébuchant à chaque pas, criant son nom, incapable de m'arrêter de pleurer.

« YOUKO ! »

J'arrivai près d'elle, m'agenouillai à ses côtés, l'effleurait du bout des doigts...

Sang. Du sang sur mes mains. Son sang.

C'était plus que je ne pouvais en supporter. Un cri terrible s'échappa de moi, et je me mis à sangloter, incapable de m'arrêter, de lui venir en aide…

Pourtant, quelques secondes plus tard, pris d'un espoir fou, je me ruai sur elle, cherchant un pouls, que je sentis, sous mes doigts, battre faiblement.

Le soulagement qui m'envahit à ce moment était égal à la terreur que j'avais ressenti en la voyant ainsi. Mais ce n'était pas terminé : je voyais, la terre rouge à côté d'elle et, lorsqu'un flocon de neige se déposa sur elle comme il commençait à neiger, il se teinta brièvement d'écarlate avant de fondre. Je la soulevai, doucement, avec une infinie douceur, et me précipitai, courant presque, au centre médical, où je fonçai droit sur Sakura.

Cette dernière finissait de nouer un bandage épais autour du bras d'un homme, qui grimaça quand elle serra un peu. Je déposai Youko sur un lit à côté, et attrapai mon amie par les épaules.

« Soigne-la ! voulus-je crier, mais ma voix n'était qu'un murmure rauque. Soigne-la, on peut encore la sauver, hein ? Elle ira bien, dis-moi qu'elle ira bien… soigne-la, Sakura… je t'en supplie… sauve-la… »

La médic-nin aux cheveux roses me fixa, avant de m'écarter doucement et de me forcer à m'assoir sur une chaise.

« Je m'en occupe », dit-t-elle, et j'apprendrai plus tard qu'elle avait été effrayée en me voyant, aussi terrifié, aussi… désespéré.

Elle se mit au travail, et je restai là, fixant le vide mais prêtant attention au moindre de ses mouvements. Chacun d'eux pouvait la sauver, tout comme la condamner.

Plusieurs personnes virent me voir, étonnées de me voir ainsi assis sur une chaise et sans bouger mais, avisant Sakura travaillant sur Youko, ils se détournaient, après m'avoir adressé un signe ou une parole d'encouragement.

Tout cela dura jusqu'à ce que Haku et Fubuki viennent s'assoir près de moi, le regard fixé sur Sakura, eux aussi. Ils étaient aussi exténués que moi, voire même plus : ils n'avaient pas de démon-renard, eux.

Je perdis la notion du temps. Fubuki finit par s'endormir son mon épaule, et le bras cassé de Haku pris en charge par un infirmier.

Je me demandais si l'histoire était en train de se répéter : si les deux sœurs n'allaient pas connaître le même destin tragique, et de la même façon : par un acte de courage qu'elles auront payé de leur vie.

Soudain, j'aperçu Orochimaru, assis sur un lit, semblant attendre quelque chose. Il souriait, en nous observant, et je notai que le Sannin n'avait aucune blessure visible, et ne semblait pas fatigué le moins du monde. Avait-t-il seulement participé aux combats ? J'en doutais. Quoi qu'il en soit, un doute terrible s'instilla dans mon esprit : le cratère où j'avais trouvé Youko était assez éloigné du reste du champ de bataille. Cela signifiait-il qu'Orochimaru ait tenté d'assassiner Youko avec des créatures sous son contrôle ? Cela signifiait également qu'il avait mentit, et personne ne savait alors ce qu'il pouvait bien ficher ici, au sein des forces armées de Konoha et de Suna. Pour un peu, j'aurais souhaité qu'il ait trahi : au moins, j'aurai été fixé sur sa loyauté.

Le cours de mes pensées fut rompu par Sakura qui, se tournant vers moi, me toucha délicatement l'épaule. Elle était épuisée, mais souriait et, lorsqu'un ninja entra dans la tente médicale, j'aperçu le soleil se lever, à l'est. La bataille avait duré tout le jour, et j'étais resté ici toute la nuit.

« Elle vivra », souffla doucement Sakura et, comme si mon corps avait attendu ce verdict pour flancher, je lui souris doucement avant de m'effondrer.