Le reste de la matinée se déroula grosso modo de la même manière. Le professeur de mathématiques, M. Varner – qu'elle aima tout de suite grâce à la matière qu'il enseignait – fut le seul à lui demander de se présenter.
Elle le fit rapidement et gagna sa place calmement.
Evangelynn était maintenant capable de reconnaître à peu près tous les visages qu'elle avait croisé, chaque classe avait – à son grand damne – son courageux pour entamer la conversation et lui demander ses impressions sur Forks.
Et elle ne se gênait pas pour faire des commentaires sarcastiques.

Une fois, lorsque la fille qui était assise à côté d'elle en espagnol et en mathématiques lui avait adressé la parole, Ange s'était essayé à la diplomatie et se rendit compte que c'était peut-être plus pratique pour se faire des amis que l'honnêteté dont elle faisait preuve en temps normal.
Mais qu'est-ce que c'était fatiguant !
La fille s'appelait Jessica - comme la fille qui craquait pour son père, à New York -, était frêle et beaucoup plus petite que son mètre soixante-treize, mais son énorme masse de boucles brunes compensait un peu la différence.
Elles gagnèrent la cafétéria ensemble, mais lorsque Ange vit la table où comptait la faire manger Jessica – une table bondée, remplies de filles –, elle dévia de trajectoire et s'installa à une table vide sans faire attention au regard surpris de sa camarade.

« Hors de question que je mange avec un groupe de filles superficiels qui piaillent comme des oies et sont bêtes comme leurs pieds »

Mais malheureusement pour elle, Éric, le garçon du cours de littérature, lui fit de grands signes du bras auquel elle eut la mauvaise idée de répondre par un hochement de tête. Il la rejoint de suite et s'installa en face d'elle, bientôt suivit de plusieurs autres garçons, Mike et Tyler.
C'est là que, alors qu'elle s'efforçait d'ignorer la discussion des trois garçons, qu'elle les vit pour la première fois.

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Ils étaient assis dans un coin, aussi loin possible du milieu de la longue pièce où Evangelynn n'avait pu éviter la compagnie des garçons.
Ils étaient cinq.
Ils ne parlaient pas, ne mangeaient pas, bien qu'ils eussent tous un plateau – intact – devant eux. Contrairement à la plupart des élèves, ils ne la guignaient pas – ce qu'elle apprécia – et il fut aisé de les observer.
Il y avait une chose qui retint particulièrement son attention : leurs différences. Ils n'avaient aucun traits commun.

L'un des trois garçons, cheveux sombres et ondulés était massif – musclé comme un type adepte du body-building.

Le deuxième, blond, était plus grand, plus élancé, mais bien bâti.

Le dernier, moins trapu, était long et mince, avec une tignasse désordonnée couleur cuivre. Il avait l'air plus gamin que les deux autres, lesquels évoquaient moins des lycées que des étudiants de fac, voire des enseignants.

Les filles étaient à opposé l'une de l'autre.

La grande était hiératique. Elle avait une silhouette magnifique, avec de jolies formes et Evangelynn sentit que si elle se mettait à côté d'elle, elle se sentirait laide comme tout. Sa chevelure dorée descendait en vagues douces jusqu'au milieu de son dos.

La petite, mince à l'extrême, comme si elle pouvait se casser en deux en bougeant trop vite. Ses cheveux noir corbeau coupés très court pointaient dans tous les sens.

Et pourtant, ces cinq-là se ressemblaient de façon frappante. Ils étaient d'une pâleur de craie, plus diaphane que n'importe quel adolescent habitant dans cette ville privée de soleil, aussi clair qu'elle, à la pâleur mortelle. Tous avaient les yeux très sombres, en dépit des nuances variées de leurs cheveux. Ils présentaient également de larges cernes sombres, violets, pareils à des hématomes, comme s'ils souffraient d'insomnies ou relevaient à peine d'une fracture du nez.
Mais s'était tout bonnement impossible car celui-ci, à l'instar de tout leurs traits, étaient parfait.

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Ce ne fut pas non plus cela qui la fascina dans leur apparence. C'était leur visage, différents et si semblable, d'une splendeur inhumaine et dévastatrice. Si ils avaient été des objets, ils seraient des bijoux ouvragés ou des toiles de maîtres ancien.
Mais ils avaient formes humaines et étaient semblables à des anges déchus.
Il était difficile de décider lequel était le plus sublime. La blonde sans défaut ou le garçon aux cheveux cuivrés peut-être.
Ils la déstabilisait.
Evangelynn n'avait jamais trouvé quelqu'un spécialement beau, à part son père et sa chère Lize. Et ces cinq-là remettait en cause son détachement vis-à-vis des autres à cause de l'aura solitaire qu'ils dégageaient.

Comme elle.

Tous avaient le regard éteint.

Comme elle.

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Soudain, la plus petite des filles se leva et s'éloigna de ces grandes enjambées rapides et élégantes qui n'appartiennent qu'aux mannequins. Ange la suivit du regard, inéluctablement attirée. Elle sortit de la cafétéria sans que les quatre autres ne bronchent.

- Qui sont ces gens ? demanda-t-elle à Éric, dont la serviabilité était enfin utile.

Au moment où il se redressa pour voir de qui Evangelynn parlait, bien qu'il l'eut deviné rien qu'à son ton, le plus jeune – celui aux cheveux cuivrés – leva brusquement la tête.
Il ne s'attarda pas sur Éric et avisa ensuite Ange.