« Tu as bien mis les produits d'entretien en hauteur ? » s'inquiéta Sebastian pour la millième fois depuis leur premier entretien avec l'agence d'adoption.
« Oui. » répondit patiemment Dave.
« On a mis des sécurités à toutes les prises de courant de la maison ? »
« Oui. »
« Les salles de bains ferment à clé de l'extérieur pour qu'il ne puisse pas y aller tout seul ? »
« Oui. »
« Les couteaux… »
« Sont rangés dans le plus haut tiroir possible avec une sécurité enfant. »
« Les escaliers… »
« Sont fermés par une barrière à l'étage. »
Dave répondait calmement aux inquiétudes de son mari qui revérifiait point par point la liste qu'il avait faite et remettait à jour presque quotidiennement. Ils avaient encore plusieurs semaines avant le jour de la visite mais le jeune avocat ne pouvait pas s'empêcher de craindre d'oublier une sécurité et de mettre en péril leurs chances d'obtenir l'agrément. Et il devait bien l'avouer, même s'il se forçait à agir calmement pour leur bien à tous les deux, Dave n'était pas vraiment plus confiant que son mari. Lui aussi s'inquiétait des détails qui pourraient faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre.
C'était donc devenu un rituel pour eux. Sebastian s'inquiétait ouvertement pendant que Dave faisait mine de le rassurer alors qu'il se rassurait autant lui-même.
Ce jour là, leur rituel fut interrompu par la sonnerie du téléphone. Ils se regardèrent avec inquiétude et Dave alla décrocher. Il n'eut pas le temps de parler qu'une voix se faisait déjà entendre à l'autre bout du fil.
« Mais calme-toi, s'ils ne sont pas chez eux, on rappellera, c'est tout. »
« Mais pourquoi ? On peut bien appeler sur un de leurs portables. »
« On était d'accord. On leur annonce la nouvelle quand ils sont ensemble chez eux. »
« Papa, papa. Pourquoi vous vous disputez comme si vous alliez dire une mauvaise nouvelle. Je croyais que c'était bien que je vais avoir une petite sœur. »
« Mais oui, c'est une bonne nouvelle, c'est juste qu'on veut un peu mettre les formes. »
« Kurt, oublie les formes, dites-nous plutôt comment vous allez l'appeler. » s'exclama Sebastian qui avait entendu quasiment toute la conversation puisque Dave avait enclenché le haut-parleur.
« Saona. » s'exclama joyeusement Adam.
« Saona ? » demanda Dave.
« Oui, c'est moi qui a choisi. Papa il a dit que je pouvais choisir le prénom de ma petite sœur. Enfin presque. »
« Oui, allez savoir pourquoi, on a mis notre veto sur Dessous de bras qui démange. » soupira Kurt.
« C'est dommage, au moins, c'était original. » répliqua Dave en riant.
« Ben oui mais papa il a dit non. Alors j'ai choisi le même prénom que ma copine à l'école. »
« C'est un très joli prénom, je suis sûr que ça lui ira très bien. » dit Sebastian.
« Et elle est prévue pour quand cette petite ? » demanda Dave.
« Le mois d'avril. » répondit Blaine.
« Et pour vous, ça se passe bien ? » demanda Kurt.
« Oh non, la question à ne pas poser. » soupira Dave.
« On a passé le premier entretien mais maintenant il faut qu'on passe la visite de la maison. Et l'enquête auprès de nos proches. Et même si on passe toutes ces étapes, il faudra encore qu'il y ait un enfant adoptable pour nous et que les visites d'essai se passent bien. Je suis sûr qu'on n'aura jamais d'enfant. » se lamenta Sebastian.
« Pourquoi tu dis ça tonton Scar ? Moi je suis sûr que vous allez pouvoir avoir plein d'enfants. Au moins trois. Comme ça, ma petite sœur elle pourra jouer avec. Et puis Nala et moi aussi on pourra jouer avec. » répliqua Adam avec certitude.
« Tu as entendu ça bébé ? La voix de la sagesse. » dit Dave à Sebastian qui fit une moue dubitative. « Il ne me croit jamais quand je lui dit que tout se passera bien. »
« Mais oui. Si vous n'obtenez pas l'agrément, personne ne l'aura jamais. Vous avez une grande maison avec toute la place qu'il faut. Et l'enquête c'est une formalité pour vous. Qui pourrait donner un avis défavorable sur vous ? »
« Mon père. » marmonna Sebastian.
« Et son avis ne pèsera pas bien lourd si vous expliquez pourquoi vous ne le voyez plus du tout. » rétorqua calmement Blaine.
« J'espère. »
« Mais bien sûr Sebastian. Il t'a emmené en France en te faisant croire que ta mère n'avait pas voulu de toi et t'as séparé de ta sœur et la femme qui t'as élevé pour revenir aux Etats-Unis. Il ne s'est jamais soucié de rien d'autre que de sa carrière. J'aimerais voir le jour où une agence d'adoption pensera qu'il sait comment être un bon papa. Ou même un papa tout court. » s'énerva Kurt.
« Papa, il faut qu'on choisisse de quelle couleur on va peindre la chambre de Saona. » s'écria joyeusement Adam. « On n'a pas encore choisi entre Barbe à Papa et Baby Doll. »
« On a encore le temps mon grand, elle ne sera pas là avant six mois, on t'a expliqué. » réprimanda Kurt.
« Oui mais il faut que tout soit prêt. » soupira Adam dramatiquement.
« C'est ton fils. » rappela Blaine en riant. « Drama Queen, juste comme toi. »
« Et impatient comme toi. » pointa Kurt.
« Tu as entendu ton fils ? Il faut que vous choisissiez la couleur pour que je puisse commencer à peindre la chambre de notre fille. » répliqua Blaine.
« C'est ton fils aussi, je te rappelle. »
« Bon, ben on va vous laisser à vos préparatifs. Vous avez encore du boulot on dirait. » dit Dave en riant.
« Ils vont avoir ma peau. » grogna Kurt.
« Tu les as voulu. Je m'étais pourtant proposé de te débarrasser de ton Hobbit. » répliqua Sebastian. « Aïeuh, mais pourquoi… » protesta-t-il quand Dave donna une petite tape sur son bras.
« Tu sais pourquoi. » répondit Dave. « Bonne journée la petite famille. »
Après avoir raccroché, ils reprirent leur rituel. Et comme toujours, ils finirent dans la chambre d'amis de l'étage, celle qu'ils avaient choisie pour devenir celle de l'enfant qu'ils accueilleraient.
« Il faudrait repeindre. » décréta Sebastian.
« Pas encore Scar. On ne sait pas encore quel enfant on aura… »
« Ou si même on en aura un. » coupa Sebastian.
« On ne sait pas qui ce sera. Et si c'est un enfant déjà grand, on ne veut pas que sa chambre soit peinte d'une couleur qu'il déteste. »
« Oui mais pour la visite… »
« Déjà, la peinture est assez récente pour la visite. Et si l'inspecteur a l'air de dire que ça doit être repeint, on lui dira exactement ça, qu'on attend de connaître les goûts de l'enfant qu'on nous proposera pour le faire. Et si ça ne lui suffit pas comme explication, on aura toujours une chance avec la contre visite. »
« Il lui faut un lit, on devrait acheter un lit. »
« On en a déjà un qui a à peine un an et qui n'a servi que pour Nalani, Lucy et Adam. On gagne bien nos vies, mais c'est pas une raison pour dépenser sans réfléchir. Si on a un bébé, on achètera un lit de bébé et on réfléchira à quoi faire de celui-ci, mais pour l'instant, comme pour la peinture, on expliquera que c'est prévu une fois qu'on saura quel enfant on peut adopter. »
« J'ai peur David. Qu'est-ce qui se passera si la visite se passe mal ? Et si l'inspecteur décide qu'on ne devrait pas adopter, juste parce qu'on est deux hommes ? »
« Hé, shh, ça va bien se passer. Et si ça se passe mal, on fera front ensemble comme toujours. »
« Comment tu fais pour être aussi calme ? » demanda Sebastian d'une petite voix.
« Il faut bien que l'un de nous le soit. » répondit Dave en riant doucement. « Maintenant, qu'est-ce que tu dirais de passer à l'inspection de notre chambre ? On a un tiroir qu'il vaut mieux garder fermé à clé. » ajouta-t-il d'un ton suggestif en entrainant son mari vers leur lit.
Ils vérifièrent, le tiroir était bien fermé à clé. Du moins, avant qu'ils ne décident de l'ouvrir pour en utiliser le contenu.
Une demi-heure plus tard, alors que Dave prenait une lingette sur la table de nuit pour nettoyer amoureusement le ventre de Sebastian, le jeune avocat fut tiré de sa béatitude par une soudaine angoisse.
« Comment on va faire si c'est un bébé ? L'odeur des lingettes, tu crois pas que ça va, tu sais, déclencher une réponse conditionnée ? »
« Peut-être. Mais pas la réponse conditionnée à laquelle tu penses en ce qui me concerne. Les lingettes, on s'en sert après, jamais avant. Cette odeur, elle me rappelle ces longs moments ou je suis content de ne faire rien d'autre que te tenir dans mes bras à échanger des mots doux ou à discuter de tout et de rien. C'est l'odeur de la tendresse. » répondit Dave en jetant la lingette dans la poubelle à côté du lit avant de prendre son mari dans ses bras.
« Tu as raison. Il sera bien avec nous cet enfant, hein ? » soupira Sebastian en se calant bien contre Dave.
« Il sera très bien avec nous. Il sera aussi heureux qu'on peut l'être quand on a été abandonné mais qu'on a trouvé de nouveaux parents pour nous aimer. Il aura deux papas, un grand-père complètement gaga, trois grand-mères qui lui apprendront toutes les langues, quatre marraines totalement folles et tout un tas de tontons et de tatas qui seront là pour lui dès qu'il aura besoin. »
« Oui, il sera bien avec nous. Enfin, si on passe la visite de la maison. »
« Et on va la passer haut la main, je te le promets. Tout va bien se passer. Ca prendra peut-être un an, deux ans, dix ans, mais je te promets que quelque part il y a un enfant qui a besoin de nous et on sera là pour lui. »
« J'espère. » soupira Sebastian.
Le jeune avocat replaça le tube de lubrifiant dans le tiroir de la table de nuit et le referma à clé. Mieux valait prendre l'habitude trop tôt que trop tard. Une fois cette précaution prise, il se nicha à nouveau dans les bras de son mari et ils s'endormirent paisiblement.
Dire que le couple était nerveux quand arriva enfin le jour de l'inspection de leur maison aurait été un euphémisme. Dave avait tout juste réussi à convaincre Sebastian que porter un costume cravate pour l'occasion serait sûrement un peu exagéré. Sebastian avait consenti à laisser tomber la cravate… pas les costumes. Si Sebastian avait dû choisir seul, ils auraient attendu l'inspecteur debout face à la porte d'entrée. Encore une fois, le compromis fut d'attendre assis sur le canapé.
Dave avait allumé la télé, avait zappé, n'avait rien trouvé qui puisse calmer leur nervosité, avait éteint. Leurs mains s'étaient cherchées, trouvées, serrées, relâchées. Ils avaient échangés des regards inquiets, partageant le silence le plus inconfortable de toute leur histoire. Quand la sonnette retentit pour les avertir de l'arrivée de l'inspecteur, Dave sursauta et Sebastian se jeta pratiquement hors du canapé pour ouvrir la porte.
« Bonjour. » dirent Dave et Sebastian dans un bel ensemble en tendant la main.
« Bonjour, Monsieur Garfield, je viens pour inspecter votre maison, comme vous le savez déjà. » se présenta l'homme sur le pas de la porte en jetant un regard dédaigneux à leurs mains tendues.
« Oui, bien sûr, entrez. » dit Dave en laissant lentement retomber sa main le long de son corps. « Vous voulez boire quelque chose ? »
« Je n'aimerais mieux pas, merci. Je ne tiens pas à rester dans cette maison plus longtemps que nécessaire. » répliqua l'homme sans même essayer de cacher son mépris pour les deux hommes.
Sebastian était partagé entre l'envie de fondre en larmes à l'idée que cet homme ouvertement homophobe ait leur destin en main ou se défendre en le menaçant de poursuites judiciaires. La main de son mari qui effleura le creux de son poignet réussit à le calmer instantanément et lui donner la force de faire face sereinement.
« Bon, vous me montrez la chambre de l'enfant, ou il faut que je la trouve tout seul ? » demanda l'inspecteur.
« Oui, oui, bien sûr. Suivez-nous, c'est à l'étage. » répondit Dave en prenant la direction des escaliers, Sebastian le suivant de près.
L'homme les suivit, tenant de près son dossier dans lequel il notait de petits détails au fur et à mesure qu'ils avançaient vers la porte de la chambre, une expression indéchiffrable sur le visage. Son attitude ne faisait qu'augmenter la tension entre Dave et Sebastian.
« Voilà, notre chambre est juste en face, comme ça on pourra être rapidement là s'il ou elle a besoin de nous dans la nuit. » expliqua Dave.
« Mh, bien, bien. » marmonna l'homme en notant quelque chose dans son dossier. « Je croyais que votre dossier disait que vous n'aviez aucune exigence sur l'âge de l'enfant. »
« Oui, tout à fait. »
« Vous comptez donc faire dormir un bébé dans un grand lit comme celui-là. »
« Evidemment que non ! » s'énerva un peu Sebastian. « Nos amis ont des enfants qui sont assez grands maintenant pour dormir dans un lit comme celui-là. On l'a acheté quand on s'est installés ici i peine un an. On l'a laissé là en attendant de savoir l'âge de l'enfant qu'on nous confiera. Bien entendu, on a prévu d'acheter un lit de bébé si on nous confie un bébé. »
« Je n'aime pas tellement votre ton monsieur Karofsky. Je suis ici pour évaluer votre capacité à accueillir un enfant dans un environnement approprié, mes questions sont normales. »
« Excusez mon mari, il est un peu tendu en ce moment. » s'excusa Dave.
L'homme releva à peine l'excuse et se dirigea d'un pas raide vers la porte de la salle de bain attenante à la chambre. Il actionna la poignée mais la porte ne s'ouvrit pas.
« Qu'est-ce qu'il y a derrière cette porte ? »
« Une salle de bain. On a pensé qu'avec un jeune enfant, il valait mieux qu'il ne puisse pas y accéder seul trop facilement. »
« Qu'est-ce que vous avez à cacher ? »
« Rien. C'est seulement une salle de bain. Mais avec l'eau chaude, ça peut être dangereux. »
« Si vous n'avez rien à cacher, vous pouvez ouvrir la porte alors ? »
« Oui, je vais chercher la clé. » dit Sebastian, s'éloignant pour se retenir d'encore une fois s'énerver devant l'attitude froide de l'inspecteur.
La porte fut ouverte et l'homme fit son inspection de la pièce qui n'était effectivement rien d'autre qu'une salle de bain ne présentant pas plus de danger que n'importe quelle autre salle de bain. La visite des bureaux de Dave et Sebastian se passa dans le même état de tension, surtout après que l'inspecteur ait découvert qu'ils fermaient eux aussi à clé de l'extérieur.
« Il y a beaucoup de pièce secrètes chez vous messieurs. » dit monsieur Garfield d'un air pincé.
« Pas secrètes, juste avec un accès limité pour raisons de sécurité. Nous n'avons pas l'intension d'interdire à notre enfant de venir ici, du moment qu'un adulte y est aussi pour surveiller qu'il ne joue pas avec des objets dangereux. Il vaut mieux prévenir que guérir. » répondit calmement Dave.
« Bien. » rétorqua sèchement l'autre homme et griffonnant encore dans son dossier. « Passons à la visite de votre chambre. »
Dave pris les devants, montrant le chemin à l'inspecteur, Sebastian restant en arrière quelques secondes pour prendre discrètement une longue inspiration pour se calmer. Le jeune avocat rejoignit son mari juste au moment où monsieur Garfield essayait d'ouvrir le tiroir de leur table de nuit pour encore une fois être mis en échec. Il se tourna vers le couple, un sourcil relevé.
« Non, celui-là, c'est vraiment un tiroir qu'on ne le laissera jamais ouvrir. On reste deux adultes qui s'aiment, avec des désirs d'adultes. On peut vous donner la clé mais je ne suis pas sûr que vous vouliez vraiment voir ce qu'il y a dedans. » répliqua Sebastian avec un sourire satisfait.
« Je suis seul juge de ce que je veux voir ou pas pour cette évaluation monsieur Karofsky. Ouvrez ce tiroir. »
« D'accord monsieur Garfield. Mais vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenu. » répondit Sebastian en allant chercher la clé du tiroir.
Voir l'inspecteur pâlir à la vision du lubrifiant et des préservatifs dans le tiroir aurait sûrement tiré un éclat de rire au jeune avocat dans n'importe quelle autre situation. Pour dire vrai, dans n'importe quelle autre situation, il aurait sûrement volontairement laissé l'autre homme ouvrir ce tiroir rien que pour voir cette réaction. Mais ce jour là, il était presque sûr qu'ils venaient juste, en une seconde, d'enterrer définitivement leurs chances de devenir parents.
« Une chance pour vous que je ne doive évaluer que votre maison. » marmonna l'inspecteur. « Vous irez tous en enfer. »
« Il paraît qu'on s'y amuse beaucoup plus qu'au paradis. » chuchota Sebastian, espérant ne pas être entendu.
« Bon, finissons-en. Salle de bain je suppose. » dit froidement monsieur Garfield en désignant la porte de l'autre côté de la chambre.
Dave acquiesça et sortit la clé pour laisser l'homme faire son inspection de la pièce. Ils terminèrent l'inspection de l'étage par les toilettes dans le couloir et la petite pièce à côté des escaliers qui servait de buanderie et était bien entendu elle aussi fermée à clé par précaution.
Monsieur Garfield prit le temps d'examiner la petite barrière fermant l'accès aux escaliers avant de redescendre pour inspecter le reste de la maison.
La tension ne s'apaisa pas pour l'inspection du rez-de-chaussée. Monsieur Garfield ne cachait pas du tout son déplaisir de devoir inspecter la maison d'un couple qu'il considérait contre nature. Il ne faisait aucun doute que le moindre faux pas vaudrait à Dave et Sebastian de devoir au minimum subir une contre-visite.
Heureusement, le jeune couple avait préparé avec précaution cette visite et était prêt à répondre à toutes les questions. Mais ça ne suffisait pas vraiment à les rassurer quant à l'issu de l'entrevue.
Une fois la porte refermée derrière l'inspecteur antipathique, Sebastian hésita une seconde entre se mettre vraiment en colère ou s'effondrer en larme. Finalement, il fit les deux en même temps. Il se mit à hurler toutes les insultes qu'il aurait voulu destiner directement à ce monsieur Garfield, de lourdes larmes de rage roulant sur ses joues.
Et pour la première fois depuis qu'ils avaient commencé les démarches d'adoptions, Dave perdit son sang froid. Il passa plusieurs minutes à dire à son mari combien il était fatigué de devoir toujours rester calme depuis le début pour balancer les crises de panique de l'homme de sa vie. Ca ne calma pas vraiment Sebastian, bien au contraire.
A la fin de la dispute, ils étaient tous les deux en larmes, épuisés et ils se retrouvèrent dans les bras l'un de l'autre, à s'excuser de s'être emportés de cette façon.
« Peut-être… que tu devrais me parler la prochaine fois. Tu sais, avant que ce soit trop dur pour toi. » marmonna Sebastian. « Je sais que je donne l'air de paniquer beaucoup mais… je peux le gérer. Il faut que je prenne un peu sur moi aussi. Tu ne peux pas tout porter sur tes épaules. »
« Je peux le supporter. »
« On peut le supporter. Ensemble. Promet-moi. Promet-moi que tu me mettras un coup de pied aux fesses de temps en temps plutôt que de supporter sans broncher mes sautes d'humeur. »
« D'accord, promis. » dit Dave en posant un baiser sur la tempe de l'homme de sa vie.
Contrairement à ce qu'ils pensaient, monsieur Garfield leur donna un avis favorable. Pour être plus précis, il avait donné un avis favorable à leur maison. La travailleuse sociale qui s'occupait de leur dossier leur expliqua que l'homme était bien connu pour être homophobe, mais aussi pour être le plus compétent pour juger d'un environnement favorable à l'éducation de jeunes enfants en mettant de côté son sentiment envers le couple concerné. Son travail se limitait à évaluer le logement, pas le couple adoptant, et il était très professionnel.
La personne qui s'occupait des enquêtes auprès des proches des adoptants était une femme d'un certain âge dont la sœur, homosexuelle, avait été chassée de chez leurs parents quand ils l'avaient surprise en train d'embrasser sa petite amie de plus d'un an à peine un mois avant la remise de son diplôme de fin de lycée. Elle avait donc vu sa sœur souffrir de la réaction de ses propres parents, l'avait vue s'installer en « colocation » avec sa deuxième petite amie et les avait vues devenir mamans, plus ou moins légalement étant donné que l'adoption n'était à l'époque pas ouverte aux couples homosexuels. Rien n'interdisait une femme homosexuelle à coucher avec un homme et tomber enceinte.
L'enquêtrice était donc bien placée pour savoir que certains proches, convaincus qu'un couple ne devrait pas avoir le droit d'adopter, étaient capables de les montrer sous leur plus mauvais jour, quitte à inventer quelques détails. Elle avait appris depuis longtemps que les témoignages étaient à prendre avec reculs, qu'ils soient en faveur ou en défaveur du couple considéré.
Quelques jours avant Thanksgiving de l'année 2023, Dave reçut l'un des plus beaux cadeaux d'anniversaire de sa vie : ils avaient reçu l'agrément pour l'adoption.
