7. Crevette
Ashley Rhodes était une femme merveilleuse. Si on mettait de son côté son physique avantageux, elle avait des facultés mentales incroyables, et cuisinait divinement des macaronis. Aussi s'inquiéta elle lorsque, minuit sonnant, elle ne vit pas Pepper arriver. Des centaines de questions s'imposèrent dans son esprit. Que lui était il arrivé ? Quelque chose de grave ? Cela avait il un lien avec le bébé ? Avait elle été reconnue ?
Elle espéra intérieurement que non. Jetant un coup d'œil à la télé qui, allumée, diffusait les informations, elle ne fut pas surprise de voir Anthony Stark se présenter devant la caméra. Saisissant le micro, la journaliste eut tout juste le temps de dire « A présent une déclaration de Monsieur Stark, au sujet de cette épidémie. ».
Augmentant le volume de la télévision, pas assez toute fois pour réveiller Kyle, elle regarda le génie approcher l'objet de ses lèvres :
-Mesdames, messieurs, pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Anthony Edward Stark, ancien P.D.G de Stark Industrie, et précurseur de l'énergie verte auto généré. Mais je suis aussi Iron man, un génie qui a travaillé, travaille et travaillera sur les dangers potentiels qui vous menace. Il y a quelques mois –neuf exactement-, j'ai eu à faire avec le virus extremis, mit au point par AIM, et dont Killian Aldritch s'est servie à de mauvaises fins. J'ai terrassé Obadiah Stane, contré Ivan Vanko et Justin Hammer et réduit Extremis à néant. Alors, au nom de tout ce que j'ai pus accomplir, avec l'aide de Pepper Potts qui est recherchée à tord, je vous demande de me faire confiance. Par ce que j'ai quelque chose de très important à vous dire…
Il y eu un court silence, pourtant lourd de sens. Les seconds semblèrent durer des heures. Ashley se fit la réflexion qu'il aurait été génial en tant qu'acteur. Il savait parfaitement bien manier les mots, ainsi que les silences.
Il conclut :
-… Henri Modoc est un menteur.
Les journalistes hurlèrent de grands « Impossibles ! » et d'affreux « Improbables ! ». Tony ne s'en formalisa pas, ce qui ne surprit pas du tout la jeune femme :
-Cette épidémie n'en est pas une. Les cas présentés ne présentent pas du tout les symptômes d'Extremis. Vous ne devez pas vous inquiéter. Je le dit, l'assure et le rabâches : le virus extremis n'existe plus. Je l'ai exterminé moi même. Plus personne, sur cette planète, ne peut attraper ce virus. J'en réponds personnellement.
Quelle ironie. Alors que tous les journalistes se ruaient sur lui, avides de questions en tout genre, que ce soit sur Modoc ou sur le virus, Anthony Stark avait tord. Mais il ne le savait pas. Car sur cette planète, un être portait encore ce virus mortel. Et ce virus allait lui sauver la vie.
-Allez, viens là toi.
Penché sur le bar de sa cuisine, les manches relevées jusqu'aux coudes, le docteur Banner jouait des scalpels et des pinces aussi doucement que possible. Ses avants bras étaient maculés de sang frais, ses mains gantées de plastique, et il tentait à chaque seconde de ne pas trembler.
Face à lui, étalé à même le plan de travail, le placenta sanglant qui contenait la petite fille le narguait. Il semblait lui hurler « Tu n'arriveras pas à m'ouvrir ». Mais il y parviendrait. Il sauverait le bébé de ses amis. Il le devait.
Une fois arrivé chez lui, il avait allongé Pepper sur son lit, lui avait fait avaler de quoi faire baisser sa fièvre et était partie chercher de quoi l'accoucher. Revenu, il avait trouvé la jeune femme évanouie, plus pâle et plus brulante encore que quand il l'avait laissé. Il avait tenté de la réveiller, sans succès.
Le thermomètre avait révélé qu'elle avait plus de quarante de température. Il n'avait pas put la réveiller. Aussi, décidant de sauver le bébé, il avait dut aller chercher le placenta à même son ventre. Le petit être, encore dans la poche amniotique, ne bougeait toujours pas. Il avait coupé le cordon qui maintenait le placenta à son ventre, et avait amené le tout sur le bar.
Il en était là. Saisissant un scalpel, il incisa lentement. Quelques secondes plus tard, il glissait ses mains dans la poche, et en sortait un organisme mesurant à peine plus de trente centimètre. Il était si léger qu'il faillit le lâcher. Dégageant sa bouche des quelques membranes flasques qui le couvraient, il attendit un instant, avant de réaliser que quelque chose n'allait pas.
Caressant l'enfant, il saisit un torchon propre et le frictionna avec force. Il ne pouvait pas être mort. Baissant les yeux, il se reprit. Elle ne pouvait pas être morte. La portant jusqu'à l'évier, il fit couler un peu d'eau, et rinça son nez et sa bouche, sans que rien ne se produise.
Sous ses doigts gantés, le petit corps était d'une température incroyablement élevé. Ce n'était pas normal. L'allongeant, il murmura :
-Allez, respire, respire. Tu vas y arriver…
Ouvrant sa bouche, il décolla sa langue de son palais, et sentit son corps baisser en température. Soudain, les petites lèvres rosées de la petite fille s'ouvrirent, et elle inspira de l'air à plein poumon. Le hurlement qu'elle lança n'avait rien de comparable. Loin d'énerver l'autre, il fit naitre en Bruce une joie immense, sauvage, à la limite de l'indécence.
Entre ses mains, la petite fille se tordait comme un beau diable, poussant l'air en dehors de ses poumons avec une force inouïe. Une larme coula sur la joue du docteur, mélange subtil de joie frénétique, et de soulagement. Il avait réussi. Posant l'enfant dans l'évier, il fit couler de l'eau tiède sur son petit corps, et la frotta jusqu'à ce que le sang ait disparue de sa peau.
Une fois propre, il la sortit de l'évier, et l'enroula dans le torchon avec lequel il l'avait frotté. Il ne fallait pas qu'elle prenne froid. Il réalisa alors qu'elle n'était pas froide. Bien au contraire, sa peau palpitait sous ses gants en plastique. La pressant contre lui, il se dirigea vers son armoire –un placard à deux portes se trouvant dans le couloir entre sa chambre et le salon-, et en sortit une écharpe blanche dans laquelle il l'enveloppa.
Ainsi emmaillotée, elle semblait plus minuscule encore. La collant contre lui, il l'écouta hurler encore et encore. Poussant la porte de sa chambre, il jeta un coup d'œil à l'intérieur. Allongée sous les draps, recroquevillée comme si elle essuyait une attaque extérieure, Pepper dormait à poings fermés. Les hurlements de sa fille ne suffirent pas à la réveiller.
Bruce s'approcha d'elle, et vint vérifier qu'elle respirait. C'était bien le cas, et il fut heureux de voir que sa fièvre commençait à baisser. Avec un sourire, il s'assit près d'elle, et montra à la petite fille sa patiente :
-Regarde, murmura il, c'est ta maman.
A ces mots, comme si elle le comprenait, le bébé cessa de crier. Il la vit ouvrir deux grands yeux d'un bleu si sombre, si pur, qu'il crut contempler la nuit elle même. A l'intérieur de ceux ci luisait une étoile incroyable, incandescente, qui irradiait de force. Les seuls yeux qu'il avait vus de semblable étaient ceux de Tony.
Elle lui ressemblait beaucoup d'ailleurs : ses cheveux étaient fins et noirs, ses lèvres fines et minces, et son sourire avait quelque chose qui le lui rappelait. L'enfant, un grand sourire aux lèvres, comme si elle était en mesure de comprendre tout ce qu'on lui disait, tendit les bras vers sa mère, et battit l'air comme pour l'attraper. Elle sembla fort déçu lorsque Banner la ramena contre lui, se leva, et quitta la pièce. Il ferma la porte, et s'approcha du canapé. Y déposant la petite fille, il l'encercla de coussin pour qu'elle ne tombe pas.
Il se dirigea vers le bar, où reposait toujours le placenta. Il l'enroula dans un vieux torchon, le noua, puis l'emballa dans un sac en plastique étanche. Il le descendrait plus tard à la poubelle. Revenant vers la petite, il alluma la télévision, et s'assit près d'elle. Elle le fixait de ses si grands yeux, et il lui sembla qu'elle ne pouvait pas avoir quelques heures. Elle était bien trop éveillée pour ça.
La prenant dans ses bras, il écouta le présentateur parler un long moment du virus, et des déclarations contraires de Tony Stark et Henri Modoc. Lequel croire ? Le génie, milliardaire, playboy et philanthrope, ou l'expert en bactériologie ? Chacun se le demandait, sauf lui et quelques personnes, peut être.
Il se demanda soudain comment il devait appeler le bébé. Après tout, si il ne connaissait pas son prénom, il fallait bien qu'il l'appelle autrement que « toi ». Comment pourrait il l'appeler ? Bébé ? Petite ? Fillette ? Lorsqu'il la regardait, il ne voyait ni un garçon, ni une fille. Il ne voyait même pas un nouveau né. Tout ce qui lui venait à l'esprit était le mot « crevette ».
Etrangement, cela lui plus. C'était féminin, amusant, et minuscule. Comme elle. Il y eu une rediffusion de la déclaration d'Henri Modoc, que les journalistes avaient surnommés « Modoc ». Dés que sa voix résonna, il vit la petite fille se raidir, et donner des coups de pieds bien plus qu'énergique sur sa cuisse.
-Tu ne l'aimes pas beaucoup de monsieur, hein Crevette ? Demanda il. Tu le connais ? Ta maman le connais, peut être ?
La petite ne répondit pas, bien entendu. Une fois l'intervention de Modoc terminée, le journaliste revint, mais le bébé ne se calma pas pour autant. Le présentateur recommença à parler, puis Tony apparut, et prononça les mêmes mots que quelques heures plus tôt.
Dés que sa voix retentit à travers la télévision, l'enfant se calma. Au contraire, un large sourire étira ses lèvres. Au fur et à mesure que le génie parlait, elle souriait plus encore. Amusé, Banner déclara :
-Tu vois ce type ? C'est ton papa. Il s'appelle Anthony.
Sans qu'il sache pourquoi, il était certain qu'elle le savait. A la seconde où Iron man disparu de l'écran, Crevette se calma. Elle ne perdit pas son sourire, mais ouvrit grand ses yeux, comme pour garder encore l'image de cet homme un peu gauche, génial, fatigué et mal rasé qu'était son père.
Bruce réalisa soudain qu'il n'avait plus faim. Mais peut être que cette petite avait faim, elle. Venir au monde devait être fatiguant, et elle n'avait ni dormis, ni mangé. Que mangeait un bébé ? Pas grand-chose, d'après sa mémoire. Du lait essentiellement. Il se souvenait justement qu'il y en avait une brique dans le frigidaire, mais doutait qu'elle soit encore bonne.
Lorgnant sur la pendule qui indiquait deux heures du matin, il se fit la réflexion qu'il ferait bien d'aller se coucher. La question qui s'imposa était simple : comment allait il coucher Crevette ? Car si lui allait dormir dans le canapé, ce n'était pas si évident pour elle. Jamais il n'avait jouer à la poupée, et ne savait pas comment fabriquer un berceau.
Il resta un moment dans l'incertitude, songeur. Il devait absolument trouver quelque chose. Dans quoi mettait-on des paquets de un kilos et trente centimètres ? Un panier, un sac peut être, mais rien dans lequel il aurait put coucher la petite. Une bassine ? Un seau ?
Il hésita un long moment, avant de se décider. Après tout, c'était la fille d'Iron man. Se levant, le bébé contre lui, il se dirigea vers la cuisine. Il réfléchit un instant, avant d'ouvrir un placard, et d'en sortir une marmite en métal. Revenant dans le salon, il la posa au sol, et la petite sur le canapé, entre les coussins. Il se leva, s'en fut vers son armoire, et en revint avec trois pulls de teintes diverses. Ce ne serait pas parfait, mais cela suffirait bien.
Il positionna le premier vêtement –un gris un peu usé- de façon à ce qu'il recouvre entièrement le fond et les bords. Ainsi, si elle se cognait, elle ne risquait rien. Il mit le second –un vert- au fond, pour que ce soit plus confortable et garda le violet pour faire office de couverture.
Reprenant la petite, il la coucha dans la marmite, et la couvrit. Un sourire incroyable éclairait ses lèvres. On aurait dit Tony lorsqu'il riait. Il remonta le pull sur sa poitrine, amusé de la voir remuer bras et jambes. Décidément, elle ne semblait pas si jeune. Eteignant la télévision, il se leva pour basculer le bouton d'une lampe, et du plafonnier de la cuisine. Ils se retrouvèrent dans le noir complet, si on omettait le feu qui crépitait dans l'âtre. La pluie battait à nouveau les carreaux, les plongeant dans une mélancolie automnale.
Saisissant une couverture en laine, il s'enveloppa dedans, et calla un coussin entre l'accoudoir et sa tête. Prés de lui, Crevette gigotait toujours. Elle ne semblait pas pressée de dormir. Se penchant vers elle, il murmura :
-Allez Crevette, il faut dormir maintenant.
Pour toute réponse, l'enfant sourit à en avoir mal aux lèvres. Bruce poussa un soupir :
-Mais non dormir, pas sourire ! Allez, fais de beau rêve.
Disant cela il se positionna sur le dos, et ferma les yeux. Il allait s'endormir, lorsqu'il entendit la petite faire des bulles. Se tournant, il la fusilla du regard, mais ne put être sévère. Elle était trop mignonne pour cela. Ses grands yeux bleus –qui chez son père avaient le don d'irriter-, la rendait adorable. Baissant la main jusqu'à elle, il la regarda prendre son auriculaire dans son petit poing, et le serrer avec force. Du moins, à son échelle.
Avec un sourire, il reprit :
-On dort. Allez, passe une bonne nuit.
Ereinté, il se remit sur le dos, et ferma les yeux. Sans se préoccuper du bébé qui gigotait dans sa marmite, il laissa le sommeil le prendre, et s'endormit en quelques secondes. Le bébé, blottit dans ces pulls, ne voulait pas dormir. Les yeux écarquillés, déjà curieuse de tout, elle regardait le feu crépiter non loin d'elle. Elle n'avait pas peur.
C'est dans une marmite en métal, que la fille d'Iron man passa sa première nuit. Fille d'un milliardaire, elle aurait put dormir dans une chambre magnifique, emplie de jouet en tout genre, et sur un lit en plume, un matelas à eau, ou n'importe quoi d'autre coûtant une petite fortune. Mais ce ne fut pas le cas. Par ce que, comme son père, elle n'aimait pas faire les choses dans les règles.
Le lendemain matin, Bruce se réveilla vers huit heure. Il aimait beaucoup se lever tôt, et cette heure tardive le surprit plus ou moins. Se levant d'un bond, il fut surprit de trouver une marmite à ses pieds, et plus surprit encore lorsqu'il vit la petite fille qui, parfaitement éveillée, gigotait déjà.
Il ne douta pas qu'elle n'ait pas fermé l'œil. La prenant dans ses bras, il la berça doucement, alors qu'elle agitait nerveusement pieds et mains. Il serait peut être temps qu'il la présente à sa mère. Mais avant cela, son estomac lui hurlait de manger quelque chose. Reposant le bébé dans son berceau de fer, il se dirigea vers la cuisine, où il fit un café brulant, et chercha quelque chose à se mettre sous la dent. Il ne trouva qu'un paquet de pain de mie à demi entamé.
Ne s'en formalisant pas, il mit deux tranches à griller, avant de saisir la brique de lait qu'il y avait dans le frigo. La goûtant, il conclut qu'elle n'était pas passée, mais se refusa à en donner à la petite. Elle était trop fragile pour cela.
Il convint de la faire manger plus tard. Après tout, si elle ne pleurait pas, elle n'avait peut être pas faim. Une fois son café coulé, il en versa dans une tasse, et la porta à ses lèvres. Il la vida, avala les deux tranches de pain, avant de saisir un nouveau mug, et de le remplir. Revenant dans le salon, il saisit une plaquette de médicament, et vérifia que la petite était toujours dans sa marmite.
Il s'en fut vers sa chambre, dont il poussa la porte. Enroulée dans ses draps, Pepper semblait encore endormie. Il s'approcha doucement d'elle, et vint poser une main sur son front. Sa fièvre était un peu remontée.
-Quelle idée de passer son temps sous un orage, murmura il.
-J… je n'ai pas fais exprès…
Sa voix le fit sourire. Elle était un peu faible, mais pas railleuse. Posant la tasse et les médicaments sur la table de nuit, il hésita un instant. Devait il lui dire « tu » ou « vous » ? Il opta pour le « tu » :
-Comment tu te sens ?
-Ça va… merci.
-Est-ce que tu crois que je peux ouvrir les rideaux ? Le soleil est levé.
-Vas… y.
Il se leva, traversa la chambre, et vint relever les stores qui collaient à la fenêtre comme une ventouse. Une fois la lumière entrée dans la pièce, d'une douceur attrayante, il regarda la jeune femme se redresser doucement, adossée à ses oreillers. Ses cheveux étaient en batailles, son teint pâle, et ses yeux luisaient encore d'une manière étrange. La fièvre ne pouvait pas y être étrangère.
Revenant vers elle, un sourire aux lèvres, il s'assit sur le matelas et la regarda avec douceur. Elle demanda, d'une voix si douce qu'il crut qu'elle lui murmurait un secret :
-Qu'est ce qui s'est passé ?
-Avant toute chose, soigne toi, ordonna il lui tendant un des médicaments et la tasse.
La rousse eu un maigre sourire. Saisissant la tasse d'une main tremblante, elle avala le cachet, puis une gorgée de café. Se laissant aller contre ses oreillers, elle reposa sur lui ses yeux bleutés.
-Et maintenant docteur, murmura elle avec ironie, je peux savoir ?
-Bien sure. Quand je t'ais trouvé, hier soir… Tu t'en souviens ?
-Oui, je m'en souviens.
-Bon. Je t'ai ramené chez moi, et je t'ai soigné comme j'ai pus. Tu as dormi toute la nuit, et apparemment tu vas beaucoup mieux. Ta fière tombe doucement.
La jeune femme resta silencieuse un instant. Son regard erra sur la pièce, et il sut qu'elle songeait à beaucoup de chose. Elle avait toujours dut penser pour deux, elle et Tony, même avant le début de leur relation. Aussi ne doutait il pas qu'elle ait déjà réfléchis à bien des problèmes.
La première question qu'elle posa ne fut pas surprenante :
-Et extremis… on en est où ?
-Tony a tenté de raisonner les gens, mais je ne suis pas certain qu'il soit arrivé à ses fins. Mais enfin, tu le connais, il trouvera forcément un moyen de gérer cela.
Pepper fit « oui » de la tête, et passa distraitement une main sur son ventre. Elle s'arrêta soudain, paralysée, les yeux écarquillés. Elle fixait un point invisible dans la pièce, horrifiée, comme si soudain était apparut un monstre abominable.
Elle murmura :
-Bruce, je ne sens plus mon bébé…
-Eh, calme toi. Tout va bien.
-N… non. Ma fille… mon bébé… Elle n'est pas… Tu n'as pas…
-Tout va bien, je te dis.
-Non ! Hurla elle.
Se tournant vers lui, elle darda sur son visage un regard aussi dure, froid et acide que celui d'un serpent. Un instant, il eu peur. Pas Banner, l'autre.
La jeune femme rugit :
-Je t'avais dis que je ne voulais pas ! Tu as tué mon bébé ! Tu l'as tué !
-Mais qu'est ce que c'est que cette histoire ? S'enquit il.
Elle semblait sur le point d'éclater en sanglot. Sa voix était entrecoupée de tremolos, et elle tremblait comme une feuille. Quelque chose lui hurlait que la fièvre n'y était pour rien.
-Pepper, reprit il, je n'ai tué personne. Au contraire. Ta fille va bien.
-Tu mens ! Tu mens ! S'exulta elle, Elle est morte ! Ma fille est morte !
Le temps d'un instant, il trouva qu'elle lui ressemblait, lorsque l'autre prenait possession de son corps. Elle dégageait la même rage, la même folie et la même fureur que quand Il arrivait. Quittant le lit, il sortit de la chambre, et vint chercher le bébé dans sa marmite. Elle souriait toujours, comme envoutée.
-Allez viens ! S'exclama il la prenant dans ses bras, Je vais te présenter à ta maman.
A ces mots, il revint dans la chambre où il trouva Pepper roulée en boule, secouée de sanglot. Les larmes dévalaient ses joues comme des gouttes de rosées, et il songea un instant que Tony avait bon goût. Vraiment bon goût.
Dés que Crevette la vit, si belle et si malheureuse, elle perdit son sourire et se mit à gigoter. S'approchant de la rousse, le médecin serra la petite contre lui et posa doucement sa main sur l'épaule de la mère :
-Pepper, écoute moi…
-C… comment… mon bébé…
-… regarde moi. Il est là ton bébé !
Ses pleurs se stoppèrent. Elle hésita un long moment, refusant de voir le corps de sa fille par un si beau matin. Elle songea à Tony, à extremis, et à tout ce qui avait composée sa vie depuis un moment. Elle ne pouvait pas ne pas regarder le corps de sa fille. Elle l'avait trop imaginé pour cela. Elle voulait le voir, pour signer l'acte de décès de ses espoirs mourant. Prenant son courage à deux mains, elle leva les yeux et trouva Banner dans les bras duquel se débâtait un petit être rose, un peu mince, mais merveilleux.
Le bébé poussa un petit cri, alors que la jeune femme, incrédule, se redressait. Bruce sourit :
-La voilà, ta fille.
-Qu… quoi ?
L'homme tendit à Pepper cette chose minuscule, qui avait passé la soirée avec lui, et dont il était plus ou moins sous le charme. La posant dans ses bras, il regarda Crevette poser sur sa mère un regard à la fois amusé et surprit. La jeune femme, éberluée, fixait sa fille avec des yeux amoureux.
-C… C'est impossible…
-Dis lui bonjour au moins.
-Euh… Bonjour mon bébé…
La petite sembla ravie d'entendre sa voix. Un monstrueux sourire étira ses lèvres, alors que sa mère en faisait autant. Une larme de joie coula sur la joue de la rousse, alors qu'elle approchait son visage de celui de Crevette. Frottant son nez au sien, elle murmura, la voix tremblante :
-Bonjour mon amour…
-Je crois que vous vous entendez déjà très bien, murmura Bruce.
-… Je… je ne sais pas quoi dire…
-Ne dis rien.
La jeune femme éclata en sanglot, mais cela ne sembla que réjouir la petite. Tendant les bras vers son visage, elle posa ses petites paumes sur ses joues rougies. Le sourire qui étirait leurs lèvres ne semblait pas pouvoir disparaître.
Durant un instant, Bruce crut qu'il allait pleurer, lui aussi. Le bonheur qui se trouvait face à lui était si naturel, si mal taillé et tellement simple qu'il en était aveuglant. Pepper posa un baiser sur le front de la petite, et frotta le bond de son nez contre le sien. Elle était magnifique. Sublime. Splendide. Elle avait toujours douté de l'existence de la perfection, mais à présent elle savait la tenir dans ses bras.
Banner eut honte d'interférer dans ce moment inimaginable, féérique, comme hors du temps :
-Comment allez vous l'appeler ?
-Euh… Je ne sais pas trop, avoua elle tournant la tête vers lui. Elle n'était pas… sensé vivre. Alors on n'a pas vraiment réfléchis à un prénom… On sait juste qu'elle ne s'appellera pas Jackson…
Le médecin éclata de rire, alors que la petite s'agitait. La jeune femme reposa sur elle un regard amoureux, alors qu'il avouait :
-Personnellement, je l'appel Crevette.
-Crevette ? Ça lui va bien. Mais si on l'appelle Crevette Stark, je crois que Tony me tuera !
Bruce sourit. Pepper, se laissant aller contre ses oreillers, regarda sa fille attraper son doigt, et le presser doucement. Le portant à sa bouche, elle le mordit avec une ferveur infantile. Cela l'amusa :
-Elle est magnifique, murmura elle.
-Et bien je ne le dirai jamais devant Tony, par ce que sinon il passerait son temps à se vanter… mais elle est magnifique, oui.
-Comment je vais pouvoir trouver un prénom suffisamment parfait pour elle ?
-Et bien, en réfléchissant, je dirais.
La jeune femme resta silencieuse un moment, les yeux rivés sur son bébé. Elle ne pouvait réaliser qu'il était là, dans ses bras, bien vivant. Elle songea que Tony avait eu raison de croire en elle. D'une manière inconnue, elle avait trompé sa maladie pour se dresser face à la vie avec autant d'audace que son père. Passant en revue tous les prénoms qu'elle avait put lire, voir, ou entendre, elle réalisa à quel point l'émotion lui embrouillait l'esprit. Tant d'idée se bousculèrent dans sa tête qu'elle oublia un instant où elle se trouvait.
Elle s'imagina chez eux, dans leur maison de Malibu, allongée sur son lit, leur fille dans les bras. Non loin d'elles, Tony souriait. Elle tenta de se remémorer tous les prénoms dont ils avaient parlé. Il y avait eu les antiques, les choquant, les amusant, et enfin ceux qui auraient pus convenir. Mais aucun ne semblait à la hauteur du petit être qu'elle tenait dans ses bras.
Il fallait quelque chose d'imposant, de fort, de mélodieux et de brillant. Un prénom qui aurait une aura suffisamment forte pour traverser le temps. Etrangement, le surnom que lui donnait Banner lui plaisait. Du moins, sa sonorité l'avait séduite. Crevette. En gardant la terminaison, il y avait bien Juliette, mais elle se refusait à appeler sa fille comme l'héroïne du roman de Shakespeare. Il y avait aussi Aliette, mais elle ne l'aimait pas trop. Enfin, elle songea à une personne singulière, qui s'était dressé elle aussi avec un peu trop d'audace. Elle avait affrontée l'horreur la tête haute, et ignorer ce que lui disait ses parents, en devenant infirmières.
Perdue dans ses pensées, elle murmura :
-Elisabeth…
-Le prénom d'une reine.
Deux heures plus tard, alors que Pepper s'était rendormie, Bruce décida qu'il était temps d'aller faire des courses. Il fallait qu'il achète de quoi nourrir ses invitées, lui, et au moins un pyjama pour Crevette. Enfin Elisabeth. Couchée dans sa marmite, la petite passait son temps à regarder le monde autour d'elle avec de grands yeux. Déjà curieuse de tout, cette petite Stark.
Quittant son appartement, il vint frapper à la porte de sa voisine. Il la connaissait pour être une jeune femme d'à peu près son âge, brune aux yeux verts, qui lui rappelait étrangement la seule femme qu'il avait jamais aimé. Elle s'appelait Louise.
La jeune femme vint lui ouvrir quelques secondes plus tard. Elle portait une salopette, un tee-shirt blanc et avait attaché ses cheveux avec un pinceau. Ses yeux émeraude le fixaient avec intérêt. Il se souvint qu'elle était artiste, et que ses œuvres étaient exposées dans une galerie non loin.
-Bonjour Bruce, le salua elle avec un sourire.
-Bonjour Louise. Dis moi, est-ce que je peux te demander un énorme service ?
-Et bien… Ça dépend. J'accepte à une seule condition !
-Laquelle ?
-Que tu cesses de faire exploser des choses à toute heure du jour et de la nuit. Tu crois que je peux me concentrer, avec toutes ces explosions ?
-Ecoute Louise, je suis vraiment désolé. Mais j'ai vraiment besoin de toi.
-Si tu arrêtes de tout faire exploser, je suis disposer à t'aider. Dis moi ce que je dois faire…
-Ecoute, c'est long à expliquer. Mais il y a chez moi deux personnes –une mère et sa fille-, sur qui il faudrait que tu gardes un œil pendant que je vais faire des courses !
-C'est tout ? S'étonna elle.
-A quoi est-ce que tu t'attendais ?
L'artiste eu un sourire amusé, avant d'avouer :
-Je pensais au moins que tu avais adopté un tigre… Ou que l'incroyable Hulk était de passage !
Bruce avala difficilement sa salive. Il avait horreur d'entre parler de l'autre. Quant à l'idée du tigre, il se souvenait un jour de lui avoir demander de surveiller un rat auquel il avait injecté une toxine biochimique. Cela n'était donc pas étonnant.
-Tu peux venir ?
-Je prends mes clefs.
Quelques heures plus tard, Bruce revint dans son appartement, des sacs en plastiques en tout genre tirant sur ses doigts. Après avoir escalader les escaliers, il extirpa avec difficulté les clefs de sa poche et ouvrit la porte.
Il trouva Louise assise sur le canapé, lisant un ouvrage suffisamment épais pour être un dictionnaire. Au sol, dans sa marmite, Elisabeth gigotait encore. Repoussant le battant d'un coup de pied, il marcha jusqu'à la cuisine où il posa les sacs transparents.
Jetant un coup d'œil à la petite, il demanda :
-Elle a été sage ?
-Tu n'as pas idée ! Elle n'a fait que dormir.
Banner, fusillant l'enfant du regard, crut rêver. Alors elle ne dormait que quand il n'était pas là ? Poussant un soupir, il murmura un bref « salope » avant d'ouvrir ses sacs et d'en sortir du lait, du beurre, du poisson, du fromage et de la confiture et de mettre le tout au frigidaire. Il rangea des raviolis en boite, des pâtes, du sucre, des sauces en tout genre et un paquet de biscuit dans un placard, avant d'en faire autant avec des fruits.
-Elle est vraiment minuscule, murmura Louise.
-Ça oui ! Pour lui trouver un pyjama, j'ai dus aller dans un magasin de jouet…
-Pourquoi faire ?
-Au magasin pour bébé, ils m'ont dit qu'il n'y avait que là bas que je pourrai lui trouver quelque chose à sa taille… Vêtements de poupées.
La jeune femme éclata de rire, alors que Bruce terminait son rangement. Revenant dans l'entrée, il enleva son anorak trempé et ses chaussures, avant de s'approcher de Crevette. Sortant d'un dernier sac un pyjama rouge vif, il vit Louise hausser un sourcil, se désintéressant de son livre.
Il murmura :
-Je sais, je sais… Ça ne fait pas vraiment nouveau né.
-C'est le moins qu'on puisse dire. Il ne manque plus qu'un cercle lumineux au milieu du truc pour que cette petite se transforme en Iron man.
Cette idée amusa le médecin. De toute manière, elle ressemblerait à Iron man. Avec un sourire, il saisit Elisabeth, et la posa sur ses genoux. Louise, un sourire aux lèvres, passa sa main sur son ventre gonflé.
Elle murmura doucement :
-Elle n'a pas froid, dis donc.
-Elle a le sang chaud, ironisa il, comme son père.
-C'est toi son père ?
-Moi ? Pff… Non. Pas du tout. C'est un de mes amis.
-Elle a quel âge ?
-Bientôt une journée, avoua il. Et ne me regarde pas comme cela : sa mère a cogner à ma porte hier. Avec la fermeture des hôpitaux…
-Je vois. En tout cas, elle est superbe. Je veux la même !
-Tu peux demander à sa mère de te la donner, si tu veux, mais elle ne sera jamais d'accord.
Retirant la bande blanche qui l'emmaillotait, Banner lui enfila une couche avant de lui passer son pyjama. Elisabeth souriait. Une fois habillée, il la regarda un instant, alors que Louise souriait :
-Ça lui va bien, en fin de compte.
Attrapant la télécommande, le médecin alluma la télévision. Mettant la première chaine, une journaliste apparut, aussi maquillée que d'ordinaire. Elle portait une robe mauve qui allait très mal avec ses cheveux châtains. Derrière elle, la maison blanche se dessinait.
-A présent, fit elle d'une voix légèrement nasillarde, voici une rediffusion de l'annonce de notre président…
Sans qu'aucune image n'apparaisse, une voix qu'ils reconnurent comme celle de leur président déclara, sur un ton monocorde mais sincère, retentit. Elle disait :
-Mesdames et messieurs, je suis navré des déclarations d'Henri Modoc. Des coups de téléphones passés aux hôpitaux de New York, aucun n'assure avoir un patient atteint du virus extremis. Tout va bien, à présent. Les autorités sont à la recherche d'Henri Modoc, et grâce à Iron man cette histoire d'épidémie a été enraillée. Les recherches contre Pepper Potts vont cesser d'ici quelques heures. Iron man est retourné à New York, et je vous garantie que plus personne n'a à craindre quoi que ce soit.
La femme reprit la parole, alors qu'Elisabeth se blottissait dans les bras de Bruce.
-A présent, voici une page de publicité…
-Je vais appeler ton père, murmura Bruce regardant la petite fille. Louise, tu la gardes une minute ?
La jeune femme fit « oui » de la tête. Saisissant la petite, elle regarda le médecin se lever, et attraper son téléphone. Composant un numéro, il attendit un moment, avant qu'une voix s'exclamait, tremblante :
-Allo ?!
-Tony, respire.
-Que je respire ? S'enquit le génie. Que je respire ? Pepper a disparue ! Elle n'est ni chez Rhodey, ni chez sa mère, elle est enceinte, toute seule sous la pluie, et certainement malade !
-Tony…
-Imagine qu'elle ait été enlevée ! Ou que des rebus d'AIM l'ait retrouvé ! Bruce, si elle meurt, je ne me le pardonnerai jamais !
-Tu pourrais m'écouter, quand je te parle ?
Il y eu un long silence. Elisabeth en profita pour faire des bulles. Louise eut un sourire, alors que la porte de la chambre du médecin s'ouvrait en un léger grincement. Tournant la tête, l'artiste trouva une jeune femme un peu pâle, aux cheveux roux emmêlés. Elle lui sembla aussi magnifique que fatigué, portant un tee-shirt trop grand qui lui descendait jusque sous les fesses. Et elle lui rappelait quelqu'un.
S'approchant du bébé, un sourire étira ses lèvres. Se décalant pour qu'elle puisse s'asseoir, elle la regarda ranger une mèche de cheveux derrière son oreille.
-Bonjour, la salua l'artiste. Je m'appelle Louise. Je suis la voisine de Bruce.
-Enchantée, murmura la rousse, Je suis Pepper, une amie de Bruce, et la maman de cette merveille.
-Ah ! Tenez alors, prenez la.
La jeune femme ne se fit pas prier, et colla Elisabeth contre elle. Les regardant, Banner se fit la réflexion que la petite semblait bien plus radieuse, dans les bras de sa mère. Louise, attendrie, murmura :
-Félicitation, elle est magnifique.
-Ça va Bruce, fit Tony à l'autre bout du fil, je t'écoute.
-Bon, Pepper est chez moi. Elle va bien. Bon, elle est un peu faible, et fatiguée, mais sinon elle va bien.
-Qu… Attend… que je comprenne… Pepper est chez toi ?
-Oui.
-Mais chez toi comme chez toi ?
-Mais oui ! Allez, dépêche toi de rappliquer. Ta fille t'attend.
-M… ma… Ma fille ?
-Oui, tu sais, le truc qui gigotait dans le ventre de ta fiancée… Et bien c'est une petite fille à croquer, qui pèse un kilo toute mouillé et qui passe son temps à sourire. Allez, dépêche toi. On t'attend…
