Bonsoir tout le monde ! Après pas mal de travail sur cet OS, je vous le livre enfin ! C'était un défi de Sunwings et j'ai eu beaucoup de mal à le finaliser.
Je ne sais pas trop quoi en penser, je déteste la version manuscrite que j'ai du texte, qui est très différente, et j'aime beaucoup certains passages de cette version. En fait, je pense en être plutôt fier, même si je ne sais vraiment pas trop comment je me sens juste maintenant, au moment de vous le livrer.

Mais bref ! Donc, ce défi était proposé par SunWings, qui avait tiré deux personnages au hasard. Je vous laisse découvrir ces derniers au long du (court) récit proposé et j'espère que ça vous plaira.

Surtout que l'un des personnages est l'un de mes préférés dans l'univers d'Aventures. Parce que... parce que... parce que j'ai pas d'arguments mais vraiment, j'adore ce personnage !

Bref, bonne lecture et désolé pour ceux qui attendaient le texte avec impatience, il n'arrive que maintenant, mais mieux vaut tard que jamais !

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L'hiver avait disposé son voile de silence sur les plaines, tuant arbres et animaux à sa venue. Il faisait froid, et le souffle du paladin formait un nuage de buée blanche dans les airs. Le bruit de sabots de sa jument, Lumière, était étouffé par l'épaisse couche de neige sur le sol mais, à son passage devant les ruines, une nuée d'oiseaux noirs comme l'ébène s'envola pourtant.
Le paladin tourna vers eux un regard alourdi par la tristesse. Ce n'étaient pas tant ces oiseaux noirs fuyant à son approche que la robe de nacre de l'hiver qui le rendait mélancolique. Car la région était belle ainsi couverte de neige. On aurait presque pu croire à un duvet de plumes d'oies doux, chaud et confortable. Mais le sommeil dans lequel on tombait en s'effaçant sous cette couette était éternelle.
Et la glace craquelée qui recouvrait la rivière ne trompait pas. Ils étaient bien en Hiver et dehors.
D'ailleurs, l'Hiver, le froid, la glace, tout cela lui rappelait Shin. Il le cherchait, lui ainsi que ses autres amis, depuis sa « résurrection » par les Intendants et sa fuite.

Un bruit d'aile l'alerta et il mit la main sur la poignée de son épée. Les temps n'étaient pas sûrs et mieux valait faire attention au moindre bruit. Il jeta un coup d'œil tout autour de lui pour finalement remarquer que le bruit n'était dû qu'à l'arrivée d'une colombe sur une branche fragilisée. Il haussa un sourcil, lâcha son arme, se replongea dans sa mélancolie.

- Silverberg.

La voix féminine avait surgi de derrière lui, juste à côté de la colombe, qui venait d'être rejointe par une corneille aux yeux rubis.
Elle n'obtint aucune réponse de la part du paladin, qui continuait à faire trotter Lumière comme si de rien n'était.

- Je t'ordonne de me répondre !

Icare abaissa son bras et les nuages blanchis par la neige s'obscurcirent immédiatement. Le tonnerre gronda alors et un éclair fonça vers le sol, grésillant dans l'air et reflétant sa lumière sur les flocons qui tombaient. Il s'abattit juste à côté de Théo, laissant une flaque d'eau fumante conséquente à la place de la neige là où s'était produit l'impact. La détonation n'arrêta pas la paladin.

- Je n'aime pas que l'on m'ignore ainsi, serviteur de la Lumière.

L'être ailé au corps féminin ouvrit grand les bras. Une sphère tourbillonnante d'électricité s'y forma, s'arrêtant entre ses mains et sa poitrine. Le silence de l'Hiver reprit ses droits pendant deux secondes. Deux secondes où le monde put souffler. Deux secondes si courtes. Puis brutalement, la magie de la saison hivernale s'arrêta. La foudre fut arrachée aux nuages, tous les flocons qui flottaient dans le ciel s'illuminèrent sous l'éclat d'une pluie d'éclairs, les transformant en étoiles de nacre pour un court instant. Les éclairs s'abattirent tout autour du paladin, le frôlant, se détournant de son crâne à la dernière seconde, faisant fumer la tignasse sombre de Théo.
Pourtant, il continuait à faire avancer sa jument tranquillement, comme si rien ne se passait à côté de lui. Le visage d'Icare se renfrogna et elle déploya ses ailes de lumière pour s'élever et arriver tout en douceur juste devant Théo, lévitant à quelques centimètres du sol et parcourue de toutes parts par des filaments où se mélangeaient lumière et éclairs, forçant le paladin à s'immobiliser.
Elle fixa alors le paladin, les bras collés contre la tunique de soie qui glissait sur son corps, ses mains débordant d'énergie.

- Enfin paladin… enfin je te retrouve. Depuis le temps que j'attendais cela.

Théo demeura muet, l'échine courbée et une main sur la garde de son arme, l'air menaçant. Il se dégageait de lui, et Icare le sentit très clairement, une terrible aura de puissance et de noirceur, comme s'il empestait les ténèbres des ténèbres collantes et denses, des ténèbres tentaculaires et maléfiques, des ténèbres murmurantes et traîtresses. L'élémentaire de Lumière se recula de deux pas et chargea à nouveau son pouvoir, regardant Théo avec un mélange de frayeur, de colère et de pitié dans les yeux.

- Tu appelles Théo, élémentaire ? Je suis si désolé… je crois qu'il n'est… pas là
- Où est-il alors ? Et qu'es-tu, toi ?
- Moi ?

Le corps de Théo éclata d'un rire atroce et malsain.

- Moi je ne suis qu'une entité de ce monde parmi tant d'autres. J'ai emprunté le corps de ce paladin lorsqu'il est passé de mon… côté du miroir. Je me suis agrippé à lui quand ils l'ont sorti. Et maintenant, je suis enfin dans ce monde. Mais j'attends avec impatience un corps qui me serait plus adapté. Je pourrai alors enfin me débarrasser de ce corps si inconfortable.
- Une « entité » ? Sois plus précise, créature.

Elle avait perdu en méfiance et semblait maintenant plus intriguée, ses bras s'étaient détendus et ses yeux gris acier n'étaient plus agités par un orage.

- La mort. Je fais partie de l'ordre des choses, de l'équilibre de ce monde, je le régule, tout comme la vie. Et pourtant, on ne fait que craindre ce que je suis. Ce monde… ce monde est si intéressant. Si particulier. Je veux qu'on me prie, qu'on me vénère au même rang que la vie ou la Lumière.

Le corps de Théo bougea et sa tête se releva. Un halo de noirceur l'enveloppait et ses yeux avaient pris la couleur du sang.
Icare demeura interdite. Que le corps de l'un des serviteurs de la Lumière soit possédé par un être représentant la mort même ne l'enchantait guère mais elle ne pouvait vraiment nier ne pas être dégoûtée. En fait, elle était plutôt intéressée par ce qu'elle venait d'entendre. Elle semblait même presque trouver l'idée de voir la ort poser les pieds sur le monde plutôt attrayante, et celle que la population du Cratère puisse la vénérer lui apparaissait même comme séduisante.
Le visage de Théo s'orna d'un nouveau sourire, plus charmeur et moins dérangeant.

- Je vois en toi, élémentaire. Je sais ce que tu penses de l'Humanité. Je sais ce que tu prévois. Je sais ce que tu vois en moi.

Cette réplique fit réagir Icare. Mais la créature s'accapara à nouveau la parole avant que l'élémentaire ait le temps de réagir.

- Je pourrais t'aider, tu le sais ? Nous allier nous serait bénéfique à tous les deux. Si mon plan marche, si j'arrive à m'imposer dans ce monde, alors je pourrai te venir en aide pour t'emparer de ces Codex… je pourrai t'aider à créer un monde où tous seraient dignes du don qu'est la magie… un monde débarrassé des humains, de leurs prétentions, de leur vanité, de leur grandiloquence, de leur suffisance, de leur irrévérence, de leur impuissance, de leur impureté.
Ensemble, nous pourrions effacer cette part humaine en chacun, cette part si décevante… n'est-ce pas Icare ?

Au cours de son discours, la Mort était descendue de Lumière et s'était rapprochée à pas feutrés d'Icare, lui tournant autour en assénant chacun de ses mots et passant avec tendresse sa main sur la joue de l'élémentaire, qui se mit à frisonner. La main était froide comme la neige et brûla sa peau, mit le feu à ses joues. Ce contact l'avait perturbée et elle n'arrivait plus à réfléchir très clairement, malgré le sérieux de la proposition de l'entité.
Et le corps possédé du paladin continuait à lui tourner autour, un sourire en coin sur les lèvres, effleurant les épaules d'Icare sans s'inquiéter des éclairs qui crépitaient tout le long de ses poignets et autour de ses hanches.
Son visage affichait une expression d'indécision. Elle sentait qu'elle ne mentait pas, qu'elle avait bien vu et senti ce qu'elle-même pensait et ressentait. Elle savait en quel état était son coeur, elle voyait comme il avait été brisé de manière irréparable. Elle voyait les essais infructueux. Elle voyait la lointaine étoile de l'espoir qui brillait tout au fond d'elle. Elle avait vu la pluie diluvienne de tristesse et de colère qui noyait son âme. Elle avait goûté à l'âpreté qui rongeait et corrompait son coeur, qui en transformait toute la lumière en pénombre.
Mourir.
Cela avait été le premier pas vers la vérité. Sa mort, et par conséquent sa transformation en demi-élémentaire, avait été un premier pas à franchir pour s'approcher de la réalité. Le premier pas d'une longue marche. Et ce pas avait été un saut de l'ange. Un saut dans les ténèbres, un saut dans un puits de noirceur. Sa nouvelle nature avait aiguisé ses sens et lui avait révélé ce qu'elle devinait déjà chez certains. L'impureté des hommes, leur méchanceté, leur idiotie.
Sa mort avait été le premier pas vers la vérité et dans l'océan qu'était cette dernière, Icare s'était retrouvée emportée par les courants de méchanceté, balayée par de lames d'égocentrisme, renversée par l'écume de la haine. Elle n'avait pas eu la force de lutter contre les forces démentes de l'océan et s'était retrouvée à racler son fond, ramassant le sable entre ses mains abîmées par le sel, ne voyant plus les perles et les coquillages éparpillés de partout.
Elle avait fini par les mépriser, par les haïr. Tout ce ressentiment qui se pressait en son coeur lui était dicté par la petite étoile qui brillait encore fort peu tout au loin.
Pour elle, la mort avait été une étape. Elle le serait pour l'humanité. Une étape vers une humanité meilleure, vers un monde où elle-même n'aurait plus sa place. Vers un monde qui, une fois achevé, la ferait disparaître à jamais.
Le Cratère serait purgé de sa souillure, elle comprise, et renaîtrait de plus beau qu'il n'avait jamais été. Ceux qui seraient jugés dignes de poursuivre leur chemin ne trébucheraient pas et resteraient sur le chemin, tandis que les autres s'effondreraient dans les ténèbres. Et une fois un nouveau panthéon créé une fois un nouvel ordre installé à la tête du Cratère alors les humains pourraient revenir.
Ils recommenceraient de zéro, apprendraient à vivre et mourir, ne se perdraient plus eux et leur innocence dans une folle quête d'immortalité. Les nouvelles générations seraient bonnes, pures et humbles. Ils respecteraient la Mort et la Vie comme des égales et se respecteraient les uns les autres. Avec la Mort à ses côtés, elle n'aurait plus besoin de l'aide d'Enoch pour maîtriser le Titan. Elle pourrait se débarrasser à jamais du Seigneur des Enfers. Ce serait le premier pas vers le saut de l'ange.
Le visage du paladin se rapprocha du sien, amusé par son air pensif. Il approcha ses lèvres de celles d'Icare en haussant un sourcil de manière interrogative. Elle se rapprocha d'elle-même et colla ses lèvres contre les siennes, intensifiant les éclairs qui caressaient sa peau et remontaient sur les doigts du paladin.
Après avoir maintenu le baiser durant quelques secondes, elle se décrocha et arrêta de léviter, laissant reposer sa tête sur l'épaule de Théo pour lui murmurer quelque chose à l'oreille.

- Votre offre est, je dois l'avouer, plus que tentante. J'aimerais juste que nous ayons le temps de plus en discuter.
- Oh, car vous êtes pressée vous ? J'ai tout mon temps et, si ça ne tenait qu'à moi, je sacrifierais volontiers l'éternité pour la passer à vos côtés.
- Si vous croyez que c'est si simple…
- Si simple de.. ?

Icare hésita. La réponse lui paraissait évidente. Si simple de dire cela pour la convaincre. Si simple de soigner son coeur. Si simple de l'attirer dans un traquenard si évident. Mais au lieu de cela, elle préféra répondre ainsi :

- Si simple de glisser vos lèvres contre les miennes pour sceller notre accord.

Le visage du paladin s'orna d'un sourire et il saisit Icare par la taille pour la ramener face à lui.

- Disons plutôt que j'espérais plutôt sceller mes lèvres contre les vôtres pour faire glisser cet accord entre les mailles du filet de la raison. Mais si les mailles sont trop serrées, alors il va me falloir les écarter.

Il se rapprocha d'Icare, qui recula en souriant.

- Ne croyez pas que je me laisserai faire si facilement. Je n'ai aucune confiance en vous et encore moins en le corps que vous utilisez.
- Aucune confiance en moi, vraiment ? Quelle déception… vous savez, ce corps n'est que temporaire. J'ai une toute autre idée en tête. Un corps bien plus résistant, bien plus apte à me recevoir. Bien plus apte à recevoir vos baisers.

La Mort continua à s'avancer vers l'élémentaire de lumière, qui reculait avec un sourire en coin, ses pieds nus effleurant à peine la neige. Ses pieds se prirent dans une racine qui était cachée par l'épaisse couche de flocons, ce qui déstabilisa Icare. Elle tomba dans la neige.
La Mort allongea le bras de Théo pour l'aider à se relever, lui arrachant un nouveau sourire.
Elle attrapa le bras. Et tira de toutes ses forces, attirant le corps du paladin sur le sol lui aussi dans une gerbe de neige. Profitant de l'effet de surprise, elle s'allongea alors sur le corps du paladin et approcha son visage du sien. Ses cheveux tombaient sur les joues du paladin et se glissaient dans ses mèches noires. A chaque expiration, ils exhalaient tout deux un petit nuage de buée qui se confondait avec l'autre avant de se dissiper. Ils sourirent tous les deux, les yeux fermés pour apprécier le caractère unique et magique du moment et Icare approcha son visage de celui du corps emprunté par la Mort et y apposa ses lèvres avec douceur. Le baiser fut rendu par le corps de Théo et la neige commença à blanchir les cheveux d'Icare. La main du paladin vint caresser avec tendresse les cheveux de l'élémentaire de lumière et, tout en continuant à l'embrasser, il ouvrit les yeux et contempla Icare.
Il allait falloir penser à l'après. Penser à comment ils feraient pour réussir leur plan. Mais le visage de l'élémentaire le dissuada de faire quelque commentaire que ce soit. Pour l'instant, ils avaient mieux à faire que discuter d'avenir. Sa main glissa sur la peau du bras nu couvert de neige comme d'un habit et il la sentit frissonner sous la caresse.

Il referma les yeux et commença à essayer de réunir les morceaux éclatés du coeur d'Icare.

Quels premier pas. Et quel saut de l'ange vertigineux, dans un abîme plus profond que l'infini. Elle s'était lancée sans cordon de sécurité et ses ailes ne lui serviraient à rien dans ces ténèbres si réconfortantes. Elle chutait, chutait, chutait, chutait.
Elle laissa la main du paladin glisser sur sa peau et caresser les nœuds de son coeur. Il les défit, faisant glisser le tissu sur côté et ses mains sur son dos.

La neige était froide. Si froide. Et si tendre. Et si douce. Un parfait lit d'hiver.

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Voilà, c'est fini, j'espère que ça vous a plu !
Honnêtement, je trouve que c'est presque cliché, mais d'un autre côté je sais que partir de clichés est nécessaire quand on écrit.
Si vous avez apprécié ou détesté, ce serait super de laisser une review pour expliquer pourquoi (surtout si vous n'avez pas aimé en fait, histoire de voir ce qui ne va pas), ça me fait très plaisir et ça me permets de m'améliorer !
Voili voilou, merci de votre lecture ! *coeur et dragibus*