Je n'ai pas d'excuse, je suis sincèrement désolée de vous avoir fait attendre aussi longtemps. Je remercie ceux qui liront encore ce chapitre malgré mon immense retard. Je pourrais dire que c'est à cause du changement de ville, des travails d'été etc… mais ça ne serait que des excuses, car j'aurai largement eu le temps de le faire. En tout cas j'espère que ce chapitre vous plaira. N'hésitez pas à commenter, vos commentaires seront tous transmis à l'auteur d'origine, Wolkov, sans exception.

Ce que nous ne pouvons pas avoir

Ordre.

Tout est en ordre, depuis l'immensité de l'Univers jusqu'à la complexité des cellules. Rien ne pourrait briser leur structure, ils suivent juste un plan préalablement écrit.

Et si je vous dis que chaque chose aspire à ce que ce plan soit détruit ? Par exemple, le Destin. Est-ce qu'un individu pouvait faire une erreur qui en altérerait le cours, ce qui était destiné à arriver. Est-ce qu'un individu pouvait même s'y essayer ?

Comment est-ce que quelqu'un pouvait accomplir un tel acte ? Et si cette personne, si j'ose dire, modifie ce que le Destin avait prévu pour nous, est-ce que cela signifie toujours que tout se produit selon le plan ?

Les choses amenées à se produire se produiront, c'est simplement inévitable. Et cependant…est-ce que cet ordre peut être rompu ?

Chapitre 7

Altaïr observa la silhouette de la femme anonyme qui s'éloignait, sachant très bien qu'elle n'avait aucune idée de quelle direction prendre. Elle continuait juste de marcher, ses pas ressemblant à s'y méprendre à des piétinements furieux, et sa colère se ressentait dans la manière dont elle ramena sa crinière derrière son épaule plus de trois fois en l'espace de quelques pas.

Il aperçut les doigts de la jeune femme s'enrouler autour de la garde de la dague qu'il lui avait cédée comme garantie, et sentit une pointe de regret s'épanouir dans sa poitrine. C'était l'une de ses favorites, après tout. C'était la plus facile à aiguisée, la plus rapide lorsque lancée, la plus mortelle.

Mais il admettait que penser à son poignard n'aiderait en aucun cas à apaiser l'irritation qui naissait dans son cœur ni à étouffer son regret.

C'étaient ses mots. C'était sa persistance. Bien que cela fût admirable, c'était aussi révoltant. On aurait dit que chaque discussion les ramenait toujours au même point : sa liberté. Et sa réponse demeurerait toujours même : son Credo passait en premier.

Altaïr secoua sa tête, et adopta l'allure qui lui permettait de se fondre dans la foule. Il observa le dos de la femme. Elle fulminait toujours. Il se demanda quand est-ce qu'elle abandonnerait ce futile combat qu'elle menait contre lui pour rester en vie, et le temps qu'il lui faudrait pour briser son esprit.

Oui, il était cruel et sans pitié. Il l'avait toujours été, l'était toujours et le serait à jamais. Mais était-ce vraiment quelque chose dont il devait être fier, comme elle l'avait supposé ?

Non.

Il s'agissait de discerner le bien du mal, ce qui était considéré comme la meilleure solution ou non, et les sacrifices auxquels chacun devrait consentir pour le bien commun et un meilleur futur. Si seulement elle savait qu'elle allait mourir d'une manière honorable. Comme tant de personnes avant elle.

Et pourtant…elle aspirait à être libre, désirait connaître l'essence même de la vie, et Altaïr fut surpris de ne pas s'opposer à cette idée, car c'était compréhensible. Il ne savait pas ce qu'elle avait traversé, et il s'en fichait. Peut-être lui ferait-il une faveur en mettant fin à sa misérable vie.

Toute pensée mise de côté, il n'était pas fier des meurtres qu'il perpétrait il était fier de ses capacités. De sa force. Et avec ça, il protégerait ses frères d'armes, avec lesquels il avait été élevé, avec lesquels il s'était entraîné, avec lesquels il avait saigné. Des frères avec lesquels il partageait tout sauf le sang ils avaient traversé le pire comme le meilleur, côte à côte, et Altaïr ne mettrait jamais leur vie en péril. Même au loin, il se souciait d'eux, mais il ne partageait pas ces sentiments avec la femme. Elle n'était qu'un pion sur son plateau de jeu.

Il laissa échapper un rire sans joie. Oui, il était cruel. Mais c'était nécessaire, car ce serait une erreur fatale que de laisser des émotions interférer. Les sentiments corrompaient l'homme, polluaient son esprit et le faisaient douter de son propre instinct. C'était une faiblesse une abomination, et Altaïr ne les laisseraient jamais régenter sa vie et, de ce fait l'éloigner du droit chemin.

Même lorsqu'il planterait sa lame dans le ventre de la femme, il ne ressentirait aucune émotion. Froid et calculateur. Son sang innocent – oui, il admettait qu'elle appartenait à cette catégorie – teinterait ses mains, comme l'avaient fait celui de tant d'individus avant elle, et il y ferait face de la même manière qu'à chaque fois – il serait simplement fort, calme, et indifférent.

Mais désormais, alors qu'Altaïr l'observait, regardant son dos s'éloigner encore et encore, il savait, au plus profond de ses entrailles, que ce serait différent de ses précédents assassinats. Et il savait très bien pourquoi.

Elle luttait pour rester en vie. Elle n'abandonnait pas mais énonçait ses pensées, qu'elles soient médiocres ou non. Et le fait qu'il se souciait d'écouter tout ce qu'elle disait l'irritait au plus haut point. C'est pour cette raison qu'il faisait ce à quoi il était le meilleur et avait sagement choisi de l'ignorer.

Conquérant l'espace qui les séparait de ses longues foulées, il rejoignit la femme en quelques instants.

– Tu disais que tu maîtrisais la situation, mais il me semble que c'est la dernière chose que tu as sous ton contrôle en ce moment, déclara Altaïr près d'elle, pointant du doigt le fait qu'elle attirait plus l'attention de la foule qu'elle s'y fondait, révélant ainsi au grand jour leur déguisement.

A sa voix, elle sursauta tandis qu'un hoquet franchit la barrière de ses lèvres. Puis, sur ses gardes, elle lui jeta un regard noir avant de fixer la route devant elle.

– Tu es le seul à blâmer, marmonna-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

Il secoua doucement sa tête. Il avait besoin qu'elle se concentre sur la mission et prenne la situation en main, mais avec son attitude actuelle, ils échoueraient avant même que leur mission ait vraiment commencé.

– Concentre-toi, femme. Ton incapacité à museler tes sentiments attire plus d'attention que nécessaire.

Il aperçut la ligne de sa mâchoire se durcir tandis qu'elle serrait les dents.

– J'ai une lame à portée de main, l'avertit-elle.

Altaïr haussa un sourcil.

– Es-tu en train de me menacer ? demanda-t-il.

– Je ne sais pas, te sens-tu facilement menacé ? ricana-t-elle.

– C'est mon devoir de garder mes sens en alerte, esquiva-t-il.

Elle se mura alors dans un profond silence, ses sourcils se plissant alors qu'elle réfléchissait. Alors, très doucement, elle murmura :

– As-tu de nombreux devoirs à remplir ?

Il avança calmement, balayant la rue de son regard.

– Si tu me demandes indirectement si ce que je fais est un fardeau, alors la réponse est non. Ca me vient aussi naturellement que…, il fit une pause dans sa phrase, l'observant de biais. Aussi naturellement que de faire des poèmes ineptes pour toi.

Cette fois, elle s'arrêta, ses lèvres entrouvertes sous le coup de la surprise qu'elle ressentait. Elle fixa le sol, ses mains se serrant en deux poings. Pas encore, grogna presque Altaïr, las. Pourquoi était-elle si facilement offensée par la simple vérité de ses opinions ou par la réalité ?

– Menace-moi, d'accord, chuchota-t-elle, mais sa voix se brisa sur la fin de sa phrase. Arrache-moi ma liberté, très bien. Mais avoir l'audace d'insulter la seule chose que j'adore faire ?

Se tournant à moitié, elle l'immobilisa de son regard furieux.

– Je ne suis pas d'accord ! Qui penses-tu être, Assassin ?

Sa voix, emplie de colère, était basse, pour éviter toute attention indésirable. Altaïr inspira profondément, essayant ainsi d'écouter son discours indigné sans dégainer sa lame. Elle n'y paya aucune attention et continua.

– Tu ne sais rien de ce que je suis vraiment, mais tu me juges si ouvertement ! Tu te penses au-dessus de moi ? Penses-tu être tellement supérieur que ça te donne le droit de me menacer, de me dépouiller, et de m'insulter ? Est-ce que ça te fait te sentir bien ? Garde à l'esprit que je t'aide, et que j'en ai assez de tolérer tes commentaires désobligeants.

– Tu as raison, je ne te connais pas assez pour te juger. Pardonne-moi, s'excusa sincèrement Altaïr d'un ton tranquille. Mais avec toutes les questions que tu m'as posées, tu as commis la même erreur. Des suppositions venant de toi, je n'en tolèrerai pas. J'ai dit que tes poèmes étaient ineptes car c'est simplement la vision que j'en ai, et j'ai partagé mon opinion avec toi.

– Et bien, dit-elle en relevant le menton, je n'ai pas demandé ton avis.

Jamais une femme ne l'avait autant poussé à parler autant qu'il venait de le faire. Pas seulement une femme, mais personne. Elle semblait être la seule personne qui interprétait mal ses motivations et ses mots, comme si elle pensait que tout ce qui venait de lui était négatif, et il ressentait la ridicule envie d'améliorer l'image qu'elle avait de lui. Il ne savait même pas pourquoi il s'en préoccupait.

Il fallait la laisser penser ce qu'elle voulait. La mission avait plus de valeur que son avis.

Il hocha brusquement la tête.

– Ca me parait juste.

Sur ces mots, il continua à marcher. Après quelques pas, il entendit le souffle saccadé de la femme près de lui.

– Peux-tu marcher un peu plus lentement ? Ça devient dur pour moi de suivre ton rythme, souffla-t-elle.

C'était son allure la plus lente, et il n'était pas sûr d'être assez patient pour marcher plus lentement que ça.

– Habitue-toi, dit-il d'une manière directe.

– Sérieusement ? s'exclama-t-elle presque.

– Oui.

Il n'ajouta rien, se demandant si elle aller de nouveau mal interpréter ce qu'il avait dit. La femme tomba dans le silence, ses pas s'accélérant et ralentissant derrière lui. D'accord, très bien. Il marchait un peu vite. Et alors ? Il ne désirait pas gaspiller une seconde supplémentaire. Altaïr l'entendit brusquement crier un « Ow » derrière lui, et il continua à marcher, arrivant à la conclusion qu'elle avait enfin augmenté la cadence.

Quelques instants plus tard, Altaïr se rendit compte de son erreur, et s'arrêta. Il se tourna légèrement, regardant derrière lui. Les visages des civils l'entouraient, leurs corps frôlant le sien alors qu'ils essayaient de dépasser sa silhouette immobile.

Il n'entendit aucun souffle inégal, ni même les plaintes de la femme, ce qui le fit se retourner complètement et scanner la zone de ses yeux d'or. Il porta son regard sur la droite, sur la gauche, et même sur les toits, calculant tout ce qu'il voyait. C'était inutile, elle n'était nulle part en vue.

Cette femme, grogna-t-il, agacé. Avec ses sens aiguisés toujours en alerte, il capta soudainement les gémissements de la femme, et ses oreilles tressaillirent. Puis, dans la foule, alors que les civils passaient et s'écartaient, il distingua enfin sa cible. Il relâcha son souffle.

Parcourant le chemin qui le séparait de la silhouette assise, il s'arrêta devant elle. Puis, après s'être accroupi et avoir transférer tout son poids dans ses orteils, il l'observa.

– Que se passe-t-il maintenant ?

Elle faisait face au sol, ses mains enserrant son pied qui était recouvert par les diverses couches de la robe. Il fronça les sourcils, toutes ses précédentes pensées négatives disparaissant de son esprit.

– Femme, l'appela-t-il.

Elle hoqueta.

– J'ai…marché sur quelque chose de pointu. Mon pied saigne.

Il pinça ses lèvres.

– Montre-le moi.

Finalement elle choisit de relever la tête et de le regarder.

– Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda-t-elle, effrayée.

Il haussa un sourcil. Pourquoi cette peur soudaine ?

– Répandre du sel dessus, quoi d'autre ? rétorqua-t-il sèchement.

– Quoi ? s'écria-t-elle, son visage se vidant de toute couleur. Pourquoi ? Je veux dire, ce n'est pas si…Non, non. Eloigne-toi de moi, je le ferai moi-même.

Le fait qu'elle ait cru à son sarcasme éveilla en lui une étincelle d'amusement. Malgré leur dispute précédente, il sentit le coin de ses lèvres se relever.

– Laisse-moi faire.

Il posa sa main sur les siennes, et les écarta doucement de son pied blessé. Elle le fixa, ses yeux se concentrant sur son visage dissimulé par la capuche, cherchant…quelque chose. Il remua sous son regard, et l'observa diminuer la pression de ses mains autour de son pied.

– Très…bien, déglutit-elle. Je peux le faire. Ça ne va pas me brûler les os et me faire hurler comme une possédée.

– Non, répondit Altaïr en baissant la tête, observant sa blessure. Ça ne fera que l'empirer.

– Non…Oh Mon Dieu.

Sa lèvre inférieure tremblait. Tellement naïve. Il releva les pans de sa jupe au-dessus de sa cheville, et amena sa cheville un peu plus haut pour l'inspecter.

– Je devrais t'appeler Nu-Pieds, marmonna-t-il.

– Pourquoi ? demanda-t-elle soudainement.

Altaïr n'avait pas réalisé qu'il avait parlé à voix haute, et se maudit à voix basse.

– Parce que tu sembles toujours être pieds-nus quel que soit l'endroit où nous nous rencontrons, répondit-il doucement, tout en se rappelant de leur première rencontre, alors qu'elle était assis sur ce banc à l'ombre, ses traits relaxés et heureux, et ses pieds, bien évidemment, dénudés. Et sous la pluie, la veille au soir.

Il l'entendit rire doucement. N'y prêtant aucune attention, il observa la blessure sous son pied, juste sous ses orteils, et remarqua la largeur de la plaie. Le sang s'écoulait, créer un filet le long de sa plante.

– Au nom de Dieu, sur quoi as-tu donc marché ?

Il serra les dents, étant conscient du fait que cela ralentirait leur mission.

– Je ne sais pas. C'était, euh, aiguisé et solide, mais n'inquiète pas ! s'écria-t-elle. Je…vais tenir le rythme. Pas de problème.

– Mmh, marmonna-t-il gravement, avant de déchirer brusquement sa robe.

Elle hoqueta.

– Que diable fais-tu ?

– Tu ne comptes quand même pas marcher avec un pied blessé à nu, n'est-ce pas ?

Il fixa le morceau de tissu, et replia une des extrémités trois fois pour rendre le bandage de fortune plus épais. Il plaça cette partie contre la blessure, et il entendit Nu-Pieds souffler douloureusement.

– Attention, attention, attention, répéta-t-elle. Je croyais que tu devais mettre du sel dessus, ajouta-t-elle quelques instants plus tard.

Elle l'interrogea de son regard impénétrable.

– Non, j'ai juste trouvé ta réaction intrigante, je n'ai donc pas jugé bon de te démentir, admit Altaïr, penaud, avant de l'entendre grogner. A moins que tu ne veuilles vraiment que…

– N-Non ! lui hurla-t-elle presque au visage. Non, ajouta-t-elle plus calmement. Pas de sel. Ça va.

Il haussa les épaules, sécurisant le bandage autour de son pied. Elle remua imperceptiblement.

– Je ne sais pas pourquoi, mais ça fait du bien, déclara-t-elle en le regardant travailler. C'est comme si la blessure s'était refermée.

– C'est…le cas.

– Non, je veux dire…oui, mais comme si la blessure était guérie. D'accord, ignore-moi.

Bougeant ses doigts avec efficacité, il noua le bout du bandage à sa cheville, protégeant ainsi la blessure. Puis ses yeux atterrirent sans crier gare sur sa délicate cheville blanche, et il se sentit attiré par la gracieuse structure osseuse. Il ne l'admettrait jamais à voix haute, mais il avait une faiblesse pour les chevilles féminines – et la sienne ne le décevait point.

Réalisant soudainement quel chemin ses pensées empruntaient, Altaïr arracha son regard de la jeune femme. La tête inclinée, il se releva.

– Essaie de te lever, ordonna-t-il froidement.

Au ton de sa voix, la jeune femme savait qu'il était hors de question de lui demander son aide.

– Bien sûr, bien sûr, marmonna-t-elle avant de tenter prudemment de se mettre sur pieds.

Il observait ses efforts avec son inébranlable patience, et commença à serrer les dents face à sa lenteur. Une partie de lui était même convaincue qu'elle le faisait exprès. Elle dégagea son pied meurtri, essaya de se relever, tenta de se saisir du tissu argenté de sa tunique pour maintenir son équilibre, mais se rendant compte de l'erreur qu'elle s'apprêtait à commettre, elle recula ses doigts, et retomba sur le sol.

L'Assassin décida finalement de l'aider. Secouant brièvement la tête, Altaïr l'attrapa par l'avant-bras et tira. Une grimace éphémère s'afficha sur le visage de la jeune femme mais ce fut-là la seule expression de sa douleur, car ni plainte ni juron ne franchit la barrière de ses lèvres. Il lâcha son bras.

Altaïr l'observa alors qu'elle sautillait légèrement sur son pied intact, déployant tous ses efforts pour ne pas chuter de nouveau. Puis, mettant de côté sa retenue, elle s'appuya sur son bras, retrouvant enfin son équilibre.

– Pourquoi ne pas avoir demandé de chaussures puisque tu semblais en manquer ? questionna-t-il.

– Peux-tu me blâmer ? répondit-elle en le fixant. La dernière fois que je t'ai demandé quelque chose, je n'ai rien gagné d'autre qu'une promesse de mort.

Il la fixa dans un silence de plomb avant de tourner les talons.

– Alors peut-être est-ce une bonne chose que tu sois pieds-nus, marmonna-t-il.

Elle sautilla à son côté.

– Merci, l'entendit-il bougonner.

Altaïr l'attira plus près de lui, et désigna du menton un banc situé à leur droite.

– Attends-moi ici, car contrairement à toi, je ne vais pas hésiter à faire ce qu'il y a de mieux pour notre mission.

Il la guida jusqu'au banc, et l'aida à s'asseoir doucement en la tenant par la taille.

– Merci, murmura-t-elle.

Lorsqu'elle fut installée, il se redressa et observa les environs, afin de localiser un magasin vendant l'article qu'il désirait. Lorsque ce fut fait, il se tourna pour partir.

– Attends, où vas-tu ? l'interpella-t-elle.

– Te trouver des chaussures, répondit-il sans prendre la peine de se retourner.

Elle devint soudainement silencieuse. Sans lui prêter beaucoup attention, il se dirigea vers l'échoppe, à l'intérieur de laquelle un vieil homme se tenait assis sur un tabouret, des lanières de cuir dans ses mains, qu'il était occupé à coudre.

– Salutations mon ami, dit Altaïr en pénétrant dans le magasin.

Le vieil homme releva la tête lorsqu'il entendit la voix de cet inconnu chargée d'autorité.

– Salam…, répondit l'artisan, la bouche soudainement sèche.

Il cligna des yeux face à l'homme lourdement armé qui se tenait sur le seuil de l'échoppe.

– Je…n'ai guère d'argent, mon fils, il croassa en arabe.

Altaïr était occupé à observer les différents types de chaussures quand le vieil homme prononça ces mots. L'Assassin pencha la tête sur le côté, observant l'homme derrière l'ombre de sa capuche.

– Je ne suis point venu pour te dérober, mon ami, répondit-il dans le même idiome. Montre-moi quels modèles sont pour les femmes.

A cette demande, le vieil homme ne se préoccupa même pas dissimuler son soulagement.

– Oh, oui, oui ! Bien sûr. Venez par ici.

Il l'entraîna de l'autre côté de la pièce, où de nombreuses chaussures étaient rangées.

– Quel type de chaussures recherchez-vous ? demanda l'artisan.

– Je…n'ai jamais acheté de chaussures pour une femme de toute ma vie donc…je ne sais pas. Mais son pied est écorché, cela signifie donc quelque chose de confortable.

– Ah, une femme au pied blessé, s'exclama le vieil homme. Pour de telles circonstances, il faut absolument éviter les chaussures fermées. Elles aggraveraient la blessure.

– Qu'avez-vous en tête ?

– Des simples sandales en cuir feraient l'affaire. En voici, déclara-t-il en pointant une paire du doigt. Voyez donc.

L'Assassin se saisit d'une sandale pour l'examiner sans offrir de réponse à l'artisan. Il n'avait pas réalisé que les femmes pouvaient avoir des pieds aussi grands. La reposant, il en attrapa une autre afin de la juger. Cette dernière était plus petite et… juste à la bonne taille. Puisqu'en examinant sa blessure il avait été capable de déterminer sa pointure, il pensait que celle-ci devrait convenir.

– Je vais prendre cette paire.

– Alors elle est à vous.

– Combien ?

– Ca sera, euh, deux dinars ?

Altaïr paya son dû, se saisit de la paire de sandales et passa du petit magasin aux rues encombrées de Damas.

Il rebroussa chemin jusqu'au banc, et alors qu'il relevait la tête pour poser son regard perçant sur la jeune femme, il s'immobilisa brusquement. Il s'attendait à voir la jeune femme vêtue d'une robe rouge sur le banc, et ne trouva à la place qu'un banc vide.

Où était-elle allée ?

S'était-elle enfuie ?

A cette pensée, il se raidit instantanément. Aurait-elle pu… ? Rien ne l'en empêchait, il lui avait promis la mort. Mais elle lui avait garanti qu'elle lui apporterait son aide, et Altaïr n'était pas quelqu'un de naïf, mais une partie de lui se rebellait à la pensée qu'elle puisse le trahir.

Mais s'il partait du principe qu'elle l'ait fait et ait choisi de fuir, il savait qu'elle ne pouvait pas être bien loin. Elle pouvait à peine tenir debout. A cette pensée, Altaïr baissa lentement son regard sur le sol, et ses yeux aiguisés discernèrent de minuscules tâches écarlates que le sable avait permis de coaguler, à demi dissimulées par la poussière.

Un pas après l'autre, il suivit la piste de sang. Un scénario commença à se former dans son esprit. Et malgré toutes les horreurs qu'il avait vues dans sa vie, il sentit une boule de plomb se former dans son estomac.

Tout d'abord, la quantité de gouttes de sang tombée à terre suggérait la hâte de la jeune femme. Après quelques pas, les sourcils d'Altaïr se froncèrent. Là, à côté de deux gouttes de fluide vital se trouvait une marque. Le sable avait été étalé, comme si quelqu'un avait été… traîné. L'expression d'Altaïr s'obscurcit encore, et ses yeux d'or brillèrent d'une promesse de mort.

La femme avait été kidnappée, et dans la foule. Cela donnait beaucoup d'informations sur ses ravisseurs – ses futures victimes. Ils étaient assez compétents pour éviter de causer une scène tout en enlevant leur cible en plein jour. Bien, il était toujours à la recherche de nouveaux challenges.

Il se remit en marche, chaque pas laissant transparaître sa rage, et une aura qui ne promettait qu'une seule chose : la mort.

Comme affectée par la tempête qui faisait rage en lui, sa Vision d'Aigle s'activa instantanément. Les individus qui se fondaient auparavant dans la foule et le décor se voyaient désormais dotés d'une aura d'un bleu éclatant, indiquant qu'ils étaient des innocents – et intrinsèquement bons.

Ses yeux discernèrent quelques taches rouges, mais il conclut rapidement qu'il s'agissait de gardes. Des Croisés, pour être exact. Mais sa mission ne les concernait pas, et ils devraient remercier leur Dieu pour ça. Il suivait toujours la trace qu'avait laissée la jeune femme derrière elle, et à chaque nouveau pas, sa fureur atteignait des sommets insoupçonnés et son pas s'accélérait. Quelques instants plus tard, Altaïr se surprit à courir.

Les taches de sang semblaient ne plus cesser jusqu'à ce qu'enfin, il discernât une aura rouge à l'aide de sa Vision d'Aigle. Un homme tenait une jeune femme vêtue de rouge par la taille, et Altaïr aperçut un couteau appuyé conte le flanc de cette dernière pour la garder en respect. Les deux silhouettes tournèrent dans une rue perpendiculaire, et l'Assassin, se servant de planches de bois appuyés contre le mur, se hissa sur les toits. Il courut sur les surfaces inégales, si vite qu'on aurait cru que le Diable était à sa poursuite.

Les muscles de ses jambes se tendaient et se contractaient au rythme de sa course et de ses sauts, la chaleur qui s'y répandait nourrissant sa colère, qui grondait dans sa poitrine. Et alors qu'il chassait l'aura rouge, une pensée ne cessait de tourner en boucle dans sa tête : comment osaient-ils ?

L'allure d'Altaïr était si vive et si empreinte de sa colère que si sa route avait croisé celle d'un mur, il l'aurait sans doute brisé. Mais alors qu'il s'approchait du bord du toit, il ordonna brusquement à ses jambes de s'arrêter – ce à quoi elles obéirent.

De la poussière s'éleva dans l'air alors qu'il s'arrêtait sur le rebord du bâtiment, juste au-dessus d'une ruelle vide. Il s'accroupit tout en continuant à observer la silhouette rougeâtre, qui conduisait la jeune femme au centre de la rue.

– Je…Je ne sais même pas ce q-que vous voulez de moi ! l'entendit-il crier, paniquée.

Etonnamment, le son de sa voix lui arracha un soupir de soulagement.

– Et même si je le savais je n-n'ai pas ce que vous cherchez ! continua-t-elle.

– Ferme-la sale putain ! gronda son kidnappeur, poussant sa captive déjà boiteuse au sol.

Alors qu'elle heurtait le sol rocheux, un cri lui échappa.

– Mon pied, gémit-elle, serrant contre elle son pied blessé.

Son état ne déclencha chez l'homme qu'un rire, ainsi qu'un sifflement.

– Vraiment, espèce de salope pourrie gâtée ? Je peux voir par le tissu de ta robe que tu fais partie de l'élite.

A ces mots, la jeune femme pâlit. L'homme ricana, tournant autour de sa proie.

– Ah, la peur. Une expression si laide sur un visage comme le tien. En regardant tes vêtements, je peux voir que tu as eu du mal à survivre par toi-même. Ma vie passée en tant que bandit m'a appris à reconnaitre un idiot quand j'en vois un. Fais-moi confiance, tu ne tiendras pas longtemps dans les rues. Une petite chose aussi fragile que toi, déjà vaincue. Un regard à ton visage et à ton accoutrement me suffit pour savoir que tu es une fugueuse. Es-tu perdue, chérie ? Peut-être devrai-je te ramener à tes supérieurs.

– Non ! cria-t-elle, paniquée. Non, j-je…

– Il y a beaucoup de fugueurs dans le coin, et heureusement pour nous, ils semblent toujours venir de riches maisonnées. J'ai des amis de longue date dans cette jolie ville, alors il sera facile pour moi de trouver tes gardiens. Ils doivent surement être à ta recherche, tu ne penses pas ?

– Attendez, attendez, s'il vous plaît att-…

– Ici, nous traitons nos aînés avec le plus grand respect. Que tu les inquiètes autant ne me plaît pas tellement.

Son regard affolé parcourait la zone, comme si elle cherchait un moyen de s'échapper. Puis, brusquement, elle planta son regard dans celui de l'homme.

– Alors traiter une femme ainsi est un comportement acceptable ?

– Tout ce que je vais faire est de te ramener à l'endroit dont tu viens. Un homme doit nourrir sa famille.

– Je me demande quel goût aura votre repas lorsque vous réaliserez que vous aurez gâché la vie d'une femme pour de l'or. Je pense qu'il aura le goût du regret et de la culpabilité, mais surtout un goût merdique, n'est-ce pas ?

L'homme éclata soudainement de rire.

– Tu as du caractère. J'aime ça.

– Je vais prendre ça comme une insulte.

Il s'esclaffa de nouveau. Puis, il se tut soudainement, et arrêta de tourner autour de sa captive, comme s'il voulait l'immobiliser avec son regard sombre. Altaïr devait agir, mais il avait le pressentiment qu'il devait encore attendre. Il retiendrait sa lame encore un instant.

– Mes frères, appela soudainement l'homme. Venez ici.

A son ordre, des individus commencèrent à émerger de l'ombre, de fenêtres et des bâtiments. Il y avait six hommes au total. Le pressentiment d'Altaïr se dissipa.

Le temps d'agir était arrivé.

– Je vous présente Joli Minois, déclara leur chef. J'ai le sentiment que nous allons tirer quelques dinars d'elle.

Ils l'encerclèrent, ricanant. Altaïr entendit la jeune femme renifler, et dire :

– Et vous osez me traiter de prostituée ?

L'amusement s'éteignit brusquement, et lourd silence prit sa place.

– Je pense que nous devrions lui apprendre quelques manières avant de la revendre, proféra un des hommes, parcourant le corps de la jeune femme de son regard avide.

– En effet nous devrions, approuva leur chef à la fois par la parole et par un signe de tête. Attrapez-la.

Deux hommes la saisirent par les avant-bras, alors qu'elle se débattait pour tenter de s'enfuir.

– Non, attendez ! Stop ! Laissez-moi partir, ne me touchez pas ! Arrêtez !

Altaïr se saisit d'une dague avant de se préparer à sauter du haut du toit.

– Altaïr ! appela-t-elle à l'aide lorsqu'un des hommes lui attrapa les cheveux, tirant violemment sa tête en arrière alors qu'un autre essayait de relever sa robe. Altaïr ! Altaïr, je t'en supplie !

Le chef des bandits cracha presque de colère.

– Par Dieu, qui est cet Alta-…

Mais il ne put finir sa phrase.

La silhouette d'un aigle survola soudain leurs minuscules têtes, mais le leader arracha son regard à cette vision pour rencontrer des yeux dorés, dissimulés derrière une capuche argentée, porteur d'une promesse de mort. Ses yeux s'écarquillèrent et ses lèvres s'écartèrent pour alarmer ses compagnons – mais rien n'en sortit.

Pliant ses jambes sous lui, ses genoux effleurant presque son buste tandis que ce dernier se penchait dangereux vers le vide, Altaïr préparait sa lame pour un massacre sanglant.

En l'espace d'un battement de cœur, l'homme qui se tenait droit et fier, tombait vers la poussière qui recouvrait le sol. L'air fut expulsé de ses poumons alors que le corps d'Altaïr percuta le sien, la lame dans sa main prête à l'égorger.

Mais il surprit Altaïr en déviant le coup vers l'épaule de l'Assassin, écorchant cette dernière, et tenta de renverser leurs positions, mais Altaïr glissa rapidement son bras derrière la tête de son adversaire, renversant le corps de l'Assassin sur le côté et le positionnant dans le dos de son ennemi. Plantant ses pieds dans le sol, Altaïr saisit brutalement le bandit par les cheveux et fracassa son crâne sur le sol de pierre.

Un grognement de douleur échappa à ce dernier, tandis qu'une mare de sang se formait autour de sa tête – mais il choisit de continuer le combat. Pour le maîtriser, Altaïr lui décocha un coup de poing dans le nez, en brisant le cartilage. Cette fois l'homme resta à terre.

Jetant les sandales qu'il avait encore en main par terre, il se tourna pour faire face aux autres auras écarlates.

Ils venaient de voir mettre leur chef hors d'état de nuire en l'espace de quelques battements de cœur, et ils prirent une seconde pour assimiler ce qui venait de se passer.

Puis, tandis que le choc s'évanouissait, leurs yeux se remplir de haine.

– Toi ! rugit l'un d'eux, habité par la fureur, tandis qu'il se dirigeait vers lui. Tu vas payer pour ça !

– Seulement avec vos vies.

Altaïr leva la lame qu'il tenait dans sa main, l'inspecta brièvement, puis la lança. L'arme dépassa plusieurs silhouettes avant de se planter dans la poitrine de l'homme qui avait parlé. Ce dernier tenta vainement d'inspirer, vacilla sur ses jambes, puis fixa Altaïr tandis que du sang écumait au coin de sa bouche.

Il leva un doigt tremblant vers l'Assassin et, avec le peu d'énergie qui restait dans son corps, commanda :

– A-Attaquez.

Une fois ces mots prononcés, il tomba face contre terre dans un bruit sourd. Les hommes qui retenaient la captive la poussèrent soudainement sur le côté, l'un d'eux laissa même échapper un rugissement.

Les quatre hommes restants commencèrent à l'encercler l'un dont la soif de sang transparaissait dans son sourire, et deux autres qui se frottaient les poings. Le dernier crucifia Altaïr d'un regard empli de promesses de mort, tandis qu'il serrait les poings.

– L'homme que tu as tué était mon frère, grogna-t-il.

– Ne crains rien, tu le rejoindras bien assez tôt, répondit froidement l'Assassin, immobile mais suivant des yeux chacun des mouvements de ses adversaires.

– J'en doute, ricana le bandit.

Sur ces mots, il se jeta sur Altaïr, les poings levés et prêt à en découdre. Il semblait être le plus jeune de la bande, et le plus stupide. L'Assassin évita facilement les poings en se penchant en avant, et lorsque son corps commença à basculer, il projeta son genou dans l'estomac de son adversaire.

Ce dernier tangua, un haut-le-cœur s'échappant de la barrière de ses lèvres. Altaïr envoya son poing se fracasser sur sa mâchoire, et aperçut quelques dents s'en échapper. Le bandit hurla et tomba à genoux. Pour mettre fin à ses souffrances, l'Assassin tourna les talons et le frappa à la tempe avec l'arrière de sa botte. Le bandit s'écroula, évanoui.

Altaïr fit rouler ses épaules, comme s'il se débarrassait d'un poids qui pesait auparavant sur elle, et fit craquer son cou, d'une manière qui signifiait « venez m'attaquer ».

– Espèce de fils de–, explosa une voix furieuse derrière lui, et il se retourna à temps pour voir l'un de ses adversaires courir rapidement sur le mur et se jeter sur lui, son poing levé haut. Lorsque son membre fut assez proche d'Altaïr, ce dernier le saisit et le tira vers l'avant, le jetant au sol devant lui.

L'Assassin se servit de l'élan ainsi acquis pour rouler au sol et entrainer un autre adversaire à terre, près du précédent. Avec leurs corps emmêlés, ils essayaient tous les deux de se relever et, trébuchant sur les pieds de leur comparse, retombaient dans la poussière. Pathétique.

– Tu es à moi ! s'écria celui qui avait crucifié Altaïr de son regard.

Il ne laissa pas à l'Assassin le temps de répondre – non qu'il se préparait à le faire – et se jeta sur lui. Contrairement aux autres, il ne se précipita le poing dressé mais plutôt esquiva son adversaire, enroula ses bras autour de la taille de ce dernier et le plaqua violemment contre le mur.

L'air s'échappa des poumons d'Altaïr alors que son crâne éprouva la dureté du mur. Il serra les dents, essayant de regagner ses sens.

– Tu vas me le payer ! rugit l'homme furieux avant de balancer son poing dans son flanc gauche, puis dans son droit. Il était sur le point d'atteindre son estomac lorsqu'Altaïr frappa violemment son front contre le sien. La douleur fit vibrer sa boîte crânienne, mais cela ne l'empêcha pas d'écarter son adversaire d'un coup de pied.

La force du coup fit déraper le bandit et le précipita sur ses genoux. Il appuya sa main sur sa tête douloureuse et fixa Altaïr. Avec efforts et difficultés, il se remit sur ses pieds. Ses deux comparses l'encadrèrent, et tous essayaient de reprendre leur souffle.

D'un même mouvement, les trois bandits se jetèrent sur Altaïr. Ce dernier décocha un coup de poing à l'un, un coup de pied au deuxième, et se pencha pour faire tomber le troisième. Lorsqu'il se redressa, quelqu'un le ceintura par derrière, l'empêchant de se servir de ses bras. Celui qu'il avait frappé de son poing se précipita sur lui, un couteau dans la main. Utilisant la situation à son avantage, Altaïr, prit son élan sur le sol, leva ses jambes et frappa son attaquant à la poitrine. Les jambes toujours en l'air, il les balança en direction du sol, ses genoux le manquant volontairement. L'élan de son corps s'affalant vers l'avant entraina l'homme qui le ceinturait, qui s'écroula sur le sol dans un bruit sourd.

Altaïr l'assomma d'un coup de poing dans le nez, faisant jaillir du sang à cause de l'os fracturé. Son compagnon réagit immédiatement et se précipita de nouveau sur Altaïr. Ce dernier l'imita et courut en direction de son ennemi, mais au lieu de l'étourdir, il se propulsa vivement dans les airs, et coinça la tête de son adversaire dans l'étreinte mortelle de ses cuisses. Entraîné par la gravité, il envoya son adversaire dans les airs. Sa tunique argentée flotta autour de lui, créant l'illusion des plumes d'un aigle.

Le bandit essaya de se relever, Mais Altaïr assena un coup de genou sur sa gorge, lui écrasant la trachée. Après quelques secondes passées à se battre pour aspirer la moindre goulée d'air, ses yeux se fermèrent.

– Tu vas payer pour leur mort ! cracha la dernière aura rouge.

Altaïr se retourna lentement, faisant face à l'homme qui se tenait à quelques mètres de lui.

– Il est temps pour toi de rejoindre ton frère.

Sur ces mots, il dégaina une lame, la faisant danser brièvement entre ses doigts.

– Nous allons voir ça, lâche, cracha son adversaire, tirant sa propre épée. Lorsque j'en aurai fini avec toi, je m'occuperai si bien de cette petite putain qu'elle ne pourra plus jamais concevoir.

Un muscle tressaillit sur la mâchoire de l'Assassin, mais ce dernier l'ignora. Dans un rugissement, l'homme s'élança sur lui tandis qu'Altaïr s'élançait à sa rencontre. Lorsqu'ils ne furent plus séparés que par quelques pas, Altaïr se servit de sa vitesse pour se propulser haut au-dessus du sol, étendit son bras, et pivota en l'air, permettant à sa lame d'égorger le bandit.

Ses yeux s'écarquillèrent lorsque le corps de l'Assassin le plaqua au sol. Ce dernier atterrit sur sa victime et se redressa sur ses genoux, se rendant compte au passage que les yeux écarquillés avaient été figés dans leur état. Levant sa main, il amena ses doigts au-dessus de ses yeux, fermant doucement ses paupières. Altaïr soupira.

Le cri soudain qui émana de la jeune femme lui fit immédiatement relever la tête, et ce dont il fut témoin fit flamboyer sa colère.

– Fais un geste et elle mourra, s'exclama le chef des bandits, du sang maculant la moitié de son visage. La femme déglutit, et la dague contre son cou lui écorcha légèrement la peau.

Altaïr se retourna, raffermissant sa prise autour de son poignard.

– Je vais prendre cette jeune femme avec moi, et tu vas rester ici. Compris, Al-ta-ïr ? ricana-t-il avant de darder sa langue et de caresser l'oreille de la jeune femme avec.

– Ew ! s'exclama-t-elle, dégoutée, tout en essayant de se dégager. Laisse-moi partir, salopard.

– Je te traiterai de la manière dont j'ai envie, putain, répondit-il en resserrant sa prise sur elle. Maintenant, je vais partir et tu vas rester ici, tu entends ?

Pas après pas, il recula, la femme dans ses bras essayant de tenir la cadence, et il s'amusa à effleurer la gorge immaculé de la lame de son couteau.

Sur le visage de la jeune femme, ses yeux se fermèrent tandis que sa lèvre inférieure tremblait. Puis, surprenant, à la fois Altaïr et son ravisseur, elle laissa échapper un puissant « Non ». Avant que l'ennemi ne puisse comprendre ce qu'elle faisait, elle planta son coude dans son flanc, le faisant chanceler et lui arrachant un grognement.

C'est tout ce dont Altaïr avait besoin.

En un battement de cœur, la lame disparut de sa main pour réapparaître dans la poitrine de l'homme, déchirant sa chair.

La femme sautilla loin de son assaillant titubant. Les yeux démesurément larges et emplis de larmes, l'homme succomba à sa blessure.

– Oh mon Dieu, s'écria-t-elle en se couvrant la bouche de sa main. Oh mon Dieu.

Puis, posant son regard sur Altaïr, elle laissa échapper un soupir de soulagement et se dépêcha de le rejoindre. Avant qu'il ne puisse l'empêcher d'approcher, elle se jeta à son cou. La force de son étreinte le fit reculer de plusieurs pas.

– Merci, merci, merci ! Oh mon Dieu, j-je ne savais pas quoi faire je pensais que tu m'aurais abandonnée. J'étais juste assise lorsque c-cet homme s'est approché en disant qu'il avait besoin d'aide. Je l'ai cru et je me suis levée, pour sentir juste après un couteau appuyé dans mes côtes. Il a dit qu'il me t-tuerait si je p-protestais. O-Oh m-mon…

– Shhh, fut le bruit qu'émit Altaïr en essayant de la faire taire, lui tapotant maladroitement le dos.

Il n'avait jamais consolé personne, ni accepté que quelqu'un le console même après qu'Al Mualim l'ait recueilli et élevé. Le fils d'Umar Ibn La-Ahad n'était pas un homme fragile.

– Es-t-tu en colère contre moi ? gémit-elle contre sa poitrine.

– Non, je ne le suis pas. Allez, nous devons partir, répondit-il en fronçant les sourcils.

La saisissant par les épaules, il l'écarta doucement de lui. Ses bras s'accrochèrent à lui comme une chaîne indestructible, le faisant brièvement grincer des dents.

– Femme.

Elle tenta de contenir un soupir, et s'écarta (sautillant à distance) de lui.

– Merci. Encore.

Elle lui tapota doucement la poitrine, sans lui faire face.

Altaïr l'observa encore pendant quelques instants, puis secoua la tête, avant de laisser échapper un soupir.

– Tu ne devrais pas accorder ta confiance à n'importe qui. La prochaine fois que je te laisserai seule, sois prudente.

Elle hocha brièvement la tête.

– Très bien. Au début, j'ai cru que tu n'allais pas venir, alors j'ai paniqué. Puis j'ai vu ton ombre perchée sur un toit, et ça m'a soulagée. Je suppose que tu as entendu remarques insolentes, non ?

– Je les ai entendues, répondit-il tandis que ses lèvres s'incurvèrent légèrement.

– C'était une distraction, au passage. Je pensais que comme ça, tu pourrais les assommer pendant que je les occupais avec mes mots.

– Ca a fonctionné.

Il l'attrapa par l'avant-bras et la fit doucement pivoter, décidant de lui présenter les sandales. Sa Vision d'Aigle désactivée, les couleurs du monde explosèrent avec une clarté qui blessa presque ses yeux.

Puis une réalisation le frappa – fort. Altaïr en trébucha presque. Et bien qu'il n'ait pas voulu le faire, il tira son bras d'un coup sec, la faisant presque tomber à la renverse. Seule sa poigne l'empêcha d'entrer en collision avec le sol.

– Hey, cria-t-elle, lui faisant face avec des yeux emplis de douleur. Pourquoi as-tu fais ça ?

Les lèvres d'Altaïr s'écartèrent et il l'observa une minute entière, ne trouvant aucun mot convenable et ressemblant probablement à un idiot.

Non…C'est impossible. Cela devait être une erreur. Il éveilla sa Vision d'Aigle et observa de nouveau le monde se dissoudre, à l'inverse des auras humaines.

Il cligna des yeux, ne croyant pas à ce que ces derniers lui rapportaient. Altaïr la fit tourner sur la droite, ignorant le froncement de ses sourcils, puis sur la gauche. Droite. Gauche. Il désactiva sa Vision. L'observa avec sidération. Réveilla de nouveau sa Vision pour lui adresser un regard abasourdi.

Qu'est-ce que cela signifiait ?

– Quoi ? demanda-t-elle, afficha une expression confuse.

Ses sourcils se froncèrent, et une pierre sembla élire domicile dans sa gorge. Les innocents possédaient une aura bleue, traduisant la pureté de leur âme. Les ennemis affichaient une aura rouge, en accord avec le mal qui se tapissait dans le cœur. Mais cette femme…

Cette femme n'émettait aucune couleur. Aucune aura. Elle ne projetait que son image humaine. Sa peau n'exsudait aucune lumière, même pas de vert ou de jaune ou aucune autre.

Elle demeurait la même avant et après l'activation de sa Vision d'Aigle.

Comment ?

Pourquoi ?

Pourquoi ne s'en était-il pas rendu compte avant ? Il était tellement concentré sur son objectif de mettre un terme aux vies de ces bandits qu'il avait manqué de voir cet élément vital. Lorsque l'aura rouge l'avait faite tourner à l'angle d'une ruelle, lorsque leur chef l'avait prise en otage, elle n'avait jamais projeté aucune lumière.

Son sixième sens ne l'avait jamais trahi, ne le trahissait toujours pas, alors pourquoi ça ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Qu'elle n'était pas une innocente ? Un ennemi ? Si elle n'entrait dans aucune de ces catégories, alors qu'était-elle ?

– C'est impossible, murmura-t-il.

– D'accord… Pourquoi me regardes-tu comme si mon nez était soudain apparu au milieu de mon front ?

Il l'observa pendant un moment, puis il arracha ses yeux d'elle et massa l'espace entre ses yeux du bout de ses doigts, avant de secouer la tête.

– Ce n'est rien. Je…pensais…, il soupira. Ce n'est rien. Pardonne-moi pour ma grossièreté.

Elle le fixa, puis hocha lentement la tête.

– Si tu le dis, Monsieur Compliqué.

Il s'occuperait de ce problème plus tard. D'abord, il devait s'occuper de la mission qui lui avait été confiée.

– Viens, ordonna-t-il avant de la guider à l'endroit où il avait laissé tomber les sandales.

Un des hommes gisait près de la paire de chaussures et, avec ses bonnes manières habituelles, il lui envoya un coup de pied dans l'estomac.

– Tu n'as besoin de le frapper, le pauvre homme est déjà en Enfer, marmonna-t-elle. En parlant de ça, ce mouvement que tu as fait en coinçant sa tête entre tes cuisses était magnifique. Tu pourras me l'apprendre ?

– Assieds-toi, dit-il au lieu de lui répondre, et l'aida à se baisser jusqu'à ce qu'elle puisse s'asseoir sur le dos du bandit. Après tout ce qu'ils lui avaient fait subir – et tout ce qu'ils comptaient lui faire subir –, c'était la moindre des choses.

Elle haussa les épaules, avant de tapoter la tête du cadavre.

– Eh bien, merci.

Visiblement, elle pensait la même chose que lui.

Altaïr se saisit des chaussures, s'appuya sur un genou, et attrapa son pied blessé. Ses yeux se portèrent presque immédiatement sur son visage, dissimulé sous la capuche.

– Qu'est-ce que tu…

– Je t'ai acheté des chaussures. Ne me remercie pas.

– Merci, répondit-elle tout de même.

Il lui lança un regard noir, puis lâcha les sandales sur les cuisses de la jeune femme.

– Enfile-les toi-même.

Sur ces mots, il se releva. Elle secoua la tête, déconcertée par son comportement.

– Tu mérites vraiment d'être appelé Monsieur Soupe-au-Lait.

– Femme, l'avertit l'Assassin.

–Très bien, très bien, admit-elle en levant innocemment ses mains, ne me poignarde pas.

Se saisissant des chaussures, elle les enfila et tenta de tenir sur ses jambes tremblantes.

Altaïr l'attira plus près de lui et fit quelques pas.

– Conduis-moi à ta résidence.

Elle dirigea son regard sur lui, l'observa le temps de plusieurs battements de cœur, puis ils commencèrent à marcher.

-x-

Wolkov : à la prochaine fois !

Si jamais ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à nous en faire part !