Warning : POV Draco assez angst, mais une fin qui compense. Bonne lecture !


HARRY POTTER CONTRE LE VENGEUR MASQUÉ ?

Selon certaines sources ministérielles, il semblerait qu'une enquête ait été ouverte sur le Vengeur Masqué, et que le dossier ait été confié à nul autre qu'Harry Potter lui-même ! On peut se poser la question sur la motivation des Aurors, jalouseraient-ils le succès du justicier au masque de phénix ? Contacté par votre dévouée, l'Auror-en-Chef, Octavius Halflin a bien voulu répondre à nos questions, insistant sur le fait suivant :

« C'est une initiative de Potter, lui-même, et à aucun moment je n'ai donné mon accord. Au contraire, j'ai refusé, mais l'Auror Potter, têtu comme d'habitude, n'en a fait qu'à sa tête et a plaidé sa cause auprès du Ministre lui-même ! »

Nous rappelons à nos lecteur que Harry Potter et l'actuel Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt, ont combattu ensemble, contre Vous-Savez-Qui est sont restés depuis des amis très proches, dès lors, il ne fait aucun doute que Mr Potter a abusé de sa position pour obtenir des faveurs auprès des plus hautes instances ministérielles.

« Je désapprouve son action, continue Halflin. Nous savons tous que le Vengeur Masqué ne constitue une menace, légitime, ajouterai-je, que pour les Mangemorts qui ont été injustement épargnés après la Guerre. Et je pense parler au nom de tous les Aurors, dont j'ai l'honneur d'assurer la responsabilité du bureau, qu'au contraire, le justicier doit être admiré et loué pour son engagement au service de la sécurité de la Nation et de tous les sorciers et sorcières du Royaume-Uni ! »

Harry reposa le journal en soupirant de résignation. Il ne voulait pas lire la suite. Ça devait bien finir par arriver, se dit-il. La Gazette ne pouvait pas passer à côté d'une telle occasion d'imprimer les deux noms qui faisaient le plus vendre, côte-à-côte sur leur page de Une. Au moins avaient-ils eu la décence de questionner leur propre Une avec un point d'interrogation. Et si, en plus, Halflin se ralliait à Skeeter sous la bannière du Vengeur... C'était désespérant. Mais il avait réussi à éviter le pire, comme l'avait craint Kingsley, et ce n'était que son propre nom – et indirectement celui du Ministre – à avoir été mis en cause. Le Ministère lui-même en tant qu'Institution était épargné, et c'était ce qui comptait.

Il se demanda surtout quelles allaient être les conséquences d'un tel article. Si le Vengeur avait la sympathie de pratiquement tout le monde, Harry aussi... Lequel d'entre eux allait gagner ce concours de popularité à peine déguisé ? Dans le meilleur des cas, les lecteurs de la Gazette allaient douter. Dans le pire des cas, Harry craignait le scandale, la division au sein du Ministère, et que l'opinion publique se retourne contre lui. C'était déjà arrivé, et ça pouvait encore arriver.

Que l'opinion publique se retourne contre lui ou pas, dans l'absolu ça n'avait pour lui pas grande importance. Mais dans un « combat » si médiatique, il comprenait, comme le lui avait dit Kingsley, que sa popularité pouvait être une arme au même titre que sa baguette magique ou son badge d'Auror. Le Vengeur était une figure publique. Un symbole plus qu'une personne en chair et en os, autour de laquelle se cristallisait toute la frustration de l'après-guerre, et le besoin d'en punir les coupables.

Parce que, oui, Harry le concédait, beaucoup de Mangemorts ou de sympathisants avait échappé à la condamnation sur l'assurance de leur bonne foi, beaucoup d'autres s'en était tirés avec des peines légères. Tout comme après la première guerre. Ça avait un choix politique à l'époque. Mettre autant de gens en prison aurait nécessité des moyens que le Ministère n'avait pas, et aurait privé le pays de personnes capables de travailler, d'aider à la reconstruction. Sans ça, toute l'économie en aurait été paralysée, et leur société se serait effondrée sur elle-même.

Depuis tout ce temps, le Ministère était sur la corde raide, ménageant la sensibilité des uns et des autres, tentant de surnager, et de survivre. Kingsley avait raison. Le Royaume-Uni avait besoin d'un Ministère fort, qui puisse assurer la sécurité de tous malgré les difficultés, et de créer un climat de confiance, pour empêcher l'avènement de nouveaux monstres comme Lord Voldemort. Jamais l'instabilité politique n'avait été plus grande que pendant ces sept dernières années. Et peut-être que, finalement, le Vengeur était le genre de monstres que leur société méritait.

L'alarme de la Cheminée sonna à ce moment là, et Harry, qui était déjà dans sa cuisine, n'eut qu'à se retourner pour voir la tête d'Andromeda apparaître dans les flammes, un sourire aimable quoiqu'un peu crispé sur le visage.

— Harry, c'est vrai cette histoire ? demanda-t-elle. Tu as vraiment demandé personnellement au Ministre Shacklebolt de te charger d'une enquête sur le Vengeur ?

Comme beaucoup de gens, Andromeda Tonks supportait passivement l'action du justicier masqué. Elle aussi pensait que le Magenmagot avait été trop bien indulgent lors des grands procès d'après-Guerre, et Harry, qui connaissait son caractère, n'avait eu aucune envie de prendre position jusqu'à présent. Merlin, elle avait même acheté à Teddy une petite figurine du Vengeur que certains magasins de jouets avaient lancé sur le marché, lui donnant une silhouette exagérément masculine, et son célèbre costume de phénix.

— Non, répondit Harry. Enfin si, mais comme d'habitude, la Gazette a tout interprété de travers. J'ai ouvert un dossier pour compiler les procédures en rapport à cette affaire. Il n'y a pas d'arrestation prévue pour le moment. Et Halflin a un point de vue très partial sur le sujet, il n'est pas vraiment une source objective d'information. J'ai d'ailleurs l'intention d'écrire une lettre ouverte à Rita Skeeter pour rectifier certaines erreurs qu'elle a commise, et rassurer ceux qui pensent que les Aurors se lancent dans une sorte de croisade ou je ne sais quoi. C'est à titre personnel que je fais ça, en plus de l'affaire dont je suis en train de m'occuper en ce moment.

Andromeda lui jeta un regard surpris, mais finit par hocher la tête. Harry avait choisi l'option : énoncer tous les arguments qu'il pouvait d'un coup, pour couper court au débat, parce qu'il n'avait pas envie d'en parler. Et il n'avait vraiment pas, mais alors vraiment pas envie de se disputer avec elle au sujet du Vengeur.

— Encore plus de travail pour toi, donc, dit-elle.

— Oui. Mais j'ai décidé de revoir l'ordre de mes priorités, répliqua Harry pour changer de sujet. La famille et les amis d'abord, le travail ensuite. On se voit toujours demain, avec Teddy ?

— Bien sûr, acquiesça-t-elle. Ravie de voir que tu n'as pas oublié cette fois. Tu viens à neuf heures, comme prévu ?

— Oui, par contre... Il faudra que je parte un peu plus tôt, j'ai des recherches à faire pour... enfin, je devrais partir plus tôt, après le repas.

— Harry ! le gronda Andromeda. Tu avais promis à Teddy de passer l'après-midi au parc ! Il m'a épuisé toute la journée d'hier pour faire des croûtons de pain à donner aux canards, ce gosse est absolument surexcité chaque fois que vous allez vous voir, ah, on voit bien que ce n'est pas toi qui vit avec lui.

— Je te l'ai dit, Dromeda, si tu veux me le laisser pour quelques jours, souffler un peu, tu...

— Avec ton boulot d'Auror ? Tu pars le matin à sept heures et demie, tu reviens souvent à des neuf, dix heures du soir, et tu veux te charger d'un gamin ? Non, Harry, il n'y a de la place dans ta vie pour rien d'autre que le Ministère et les criminels que tu pourchasses. Je me demande encore comment tu trouves le temps de dormir et de manger !

— Très bien, très bien, la coupa Harry, légèrement en colère. Écoute, on n'aura qu'à pique-niquer, d'accord ? Comme ça on va au parc, on mange, je joue un peu avec Teddy, et je devrais partir.

— Partir où ? Je croyais que tu avais pris ta journée complète.

— Ça n'a rien à voir avec le Ministère... commença Harry.

Il se tut, en se disant que ce n'était peut-être pas une bonne idée de dire à Andromeda que c'était pour Malfoy qu'il devait partir. Il avait prévu de faire quelques recherches et de compiler quelques sortilèges et enchantements qui pourraient l'aider à vivre sa cécité. Et il n'avait eu d'autre choix, avec son emploi du temps, que de rogner sur le temps qu'il avait réservé à son filleul. Finalement, il expliqua, sans rentrer dans les détails :

— Il est arrivé un accident à un ami, je vais juste lui tenir compagnie, et j'ai besoin de faire quelques recherches pour lui, c'est tout. Ça ne devrait pas me prendre tout l'après-midi, je peux rester jusqu'à... mettons quinze heures, ça t'irait ?

Andromeda lui jeta un regard soupçonneux, mais elle finit par acquiescer, surtout après le coup d'œil urgent qu'il jeta à l'horloge de la cuisine. Il était déjà en retard.

— De neuf heures à quinze heures alors, dit-elle. Je ne veux pas que tu aies une seule minute de retard, ni que tu partes une seule minute plus tôt. C'est bien compris ? Encore une fois, ce n'est pas toi qui dois expliquer à Teddy pourquoi son parrain adoré devra le voir moins longtemps que prévu.

— Oui, Dromeda, répondit Harry. C'est juré.

— Allez file, tu vas te mettre en retard. À demain.

Harry coupa la communication et soupira. Tant de choses à faire, si peu de temps... Pourquoi il ne pouvait pas y avoir des journées de trente heures ? Et pourquoi se sentait-il obligé de passer du temps avec Malfoy ?

En récupérant ses robes d'Aurors, il repassa en revue mentalement toutes les choses qu'il avait à faire. D'abord rédiger au propre la déposition de Malfoy, demander les autorisations à Azkaban d'interroger quelques-uns de leurs prisonniers, contacter les autres victimes, étudier leurs dossiers médicaux, trouver un moment dans la matinée pour écrire cette lettre à Skeeter... et tout ça seulement s'il n'y avait rien de nouveau dans l'affaire Forlorne. Et en gérant les inévitables retombées de l'article de la Gazette. Les commentaires de ses collègues et de son chef. Ça allait être une longue journée...


Draco passa les deux journées les plus longues de sa vie. La matinée du premier jour, il était resté prostré dans son lit, tremblant, essayant de chasser les vieux démons de sa mémoire qui voulaient s'emparer de sa raison, avant que la faim ne le fasse enfin descendre, au grand soulagement de Keeny. Il avait ensuite passé l'après-midi à errer dans le Manoir, essayant de retenir combien de pas il y avait entre la porte de la salle à manger et l'escalier du premier, entre son lit et son armoire, entre son salon privé et sa salle de bain, entre la grande salle de réception et le grand salon, où se trouvait chaque meuble, chaque tapis, chaque poignée de porte, chaque cheminée.

C'était comme s'il redécouvrait son propre foyer. Les ténèbres étant sa nouvelle maison, il en était réduit à essayer de deviner son environnement. Il continuait à se cogner de partout, parfois très douloureusement, et n'osait même pas se jeter de sortilège de Soin, ceux-ci requérant une certaine précision, de peur de se rater et de se blesser encore plus.

Il alternait entre des accès de rage démente, où il cassait tout autour de lui, renversait les tables et les chaises, et d'autres meubles inidentifiables, déchirait les rideaux et d'une manière générale détruisait tout ce qui pouvait lui tomber sous la main, forçant ses elfes à passer après lui pour réparer et nettoyer les dégâts ; et des moments d'accablement intense, où il se terrait dans un coin, en position fœtale, paniqué, terrifié, pendant lesquels l'idée plus séduisante que jamais du suicide clignotait en grosses lettres d'or dans son esprit.

Les repas étaient les moments les plus embarrassants. Avec la force de l'habitude, il arrivait à trouver couteau et fourchette, et à deviner vaguement la position de son assiette. Après ça, il mangeait à l'aveugle, littéralement. Parfois, sa fourchette se plantait dans le bois de la table, parfois il sondait son plat essayant de déterminer s'il l'avait déjà fini ou non. Parfois, les aliments retombaient avant d'arriver à sa bouche, et plus d'une fois, il s'était renversé quelque chose dessus, avant qu'il ne comprenne qu'il valait mieux pour lui d'utiliser une grande serviette et d'en coincer l'un des bords sous son col, l'autre sous son assiette.

C'était effrayant de constater comme les choses les plus simples et les plus normales, manger, se déplacer d'un endroit à un autre, s'habiller, se laver, prenaient un tout autre aspect. C'était à chaque fois un obstacle à surmonter, une véritable lutte, atteignant des sommets de difficulté insoupçonnés. À chaque fois, c'était comme se lancer tête baissée dans l'inconnu, sans plus aucune certitude, obligé de deviner, de tâtonner, de chercher, de se tromper, de recommencer, encore, encore et encore...

Les nuits étaient le pire. La potion de Sommeil Sans Rêve faisait bien son boulot, mais elle le plongeait dans une torpeur lourde et pâteuse... quand il parvenait à s'endormir. Car Draco apprit le véritable sens du mot insomnie. Sans plus aucune notion du temps, son horloge interne était complètement détraquée, et il attendait dans son lit ce qui lui semblaient être des heures, se tournant et se retournant sans cesse, incapable de trouver le repos, assailli de souvenirs, de vieilles terreurs, et n'eut été la présence constante de Keeny à ses côtés, nuit et jour, il serait devenu fou.

L'elfe de maison était sa bouée, son garde-fou, ses yeux et sa conscience, sa seule lumière dans cet univers de ténèbres sans fin. Elle lui était fidèle en toutes circonstances, malgré la rage, malgré l'abattement. Bien sûr, liée comme elle l'était à la famille Malfoy, elle n'avait d'autre choix que d'obéir aux ordres de son maître, mais elle était attachée à Draco plus que personne ne l'avait jamais été. Elle le supportait, elle le guidait, le soutenait, le réconfortait, l'aidait dans la mesure de ses moyens, et lui offrait la compagnie dont il avait tant besoin.

Et quand il n'était ni dans l'un de ses accès de furie, ni dans l'un de ses moments d'abattement... tromper l'ennui se révélait presque impossible. Avant, il aurait lu un livre, il aurait travaillé sur une potion, il aurait pris son balai pour voler un peu, il aurait fait une balade dans le parc, et pourquoi pas nagé un moment dans le lac. Maintenant, ses options se réduisait à attendre. Attendre que le temps passe, s'entraîner aux sortilèges de conjuration qui s'appuyaient beaucoup sur l'image mentale de l'objet à conjurer qu'avait l'invocateur.

Car sa plus grande crainte était d'oublier. D'oublier la forme et la couleur des objets qui lui étaient le plus familiers, d'oublier les visages de ses amis et de ses parents, d'oublier les prodigieux éclats de rouge, d'orange et de pourpre d'un coucher de Soleil, d'oublier la couleur du ciel, de l'herbe et de la mer, d'oublier la vue spectaculaire des montagnes, des plaines vues d'en haut, sur un balai. D'oublier la première fois qu'il avait vu Poudlard quand il avait onze ans et n'était qu'un gamin impressionnable, d'oublier le vert des yeux de Potter...

Potter... Draco devait bien reconnaître qu'il aurait donné la moitié du reste de sa fortune pour faire avancer le temps directement au moment où son ancien ennemi devait revenir. C'était l'idée de pouvoir parler à un autre être humain qui le maintenait véritablement à flots. Ça lui donnait quelque chose à attendre, à espérer, peut-être, une pierre blanche dans son futur vers laquelle il avançait lentement, l'idée de briser l'affreuse routine qui était la sienne, de parler avec quelqu'un qui n'était pas un elfe de maison. Quelqu'un qui l'écouterait. Qui le comprendrait, peut-être. Ironiquement, il avait fallu qu'il devienne aveugle pour qu'il ouvre les yeux et voie à quel point sa solitude l'écrasait et l'étouffait.

Potter qui avait été le premier garçon à le séduire, bien involontairement, avec son aspect maladroit, son caractère spontané, ses satanés yeux verts et ses cheveux qui lui donnaient toujours d'être à peine descendu d'un balai et d'avoir gagné, encore, un match de Quidditch. Potter qui lui avait fait prendre conscience de sa sexualité, et Merlin ce qu'il avait pu le haïr à cause de ça ! Potter et la chaleur de son bras autour de ses épaules tremblante... Draco aurait donné l'autre moitié du reste de sa fortune pour pouvoir le sentir encore, rien qu'une minute.

Il jouait à un jeu dangereux, Draco le savait. C'était quitte ou double. Soit il pourrait apprécier la compagnie de l'autre homme pour ce qu'elle était, une simple compagnie sans arrière-pensée, sans tension sous-jacente, soit au contraire il souffrirait encore plus d'être si proche de lui sans pouvoir le toucher, le serrer dans ses bras... C'était ridicule, et il le savait. Il n'y avait aucun espoir. Déjà, Potter était un véritable parangon d'hétérosexualité, et dans le cas très improbable où les garçons ne le rebutaient pas... Comment est-ce que Draco pouvait possiblement l'intéresser ? Leurs passés respectifs était déjà un obstacle plus que suffisant en soi, et désormais, il était aveugle, handicapé à vie, et doté d'une paire d'yeux noirs pour couronner le tout. Bien sûr que Potter était dégoûté, bien sûr qu'il n'agissait que par pure charité, ou par pitié.

Mais Draco n'avait plus la force de réunir assez de fierté parmi les cendres de sa dignité brisée. Tant pis pour l'honneur, charité ou pitié, il était preneur. Qu'il y ait au moins une personne, sur cette planète, qui s'intéresse à lui... C'était désespéré, c'était pathétique, mais il n'avait déjà plus rien à perdre. Qu'importaient que les restes de sa dignité d'être humain volent en éclat ?

Et quand sonnèrent – enfin ! – sept heures ce samedi... Potter était en retard. Il avait passé les deux heures précédentes à noyer Keeny sous un flot de questions concernant la coupe et la teinte de ses vêtements, pour savoir dans quelle tenue se mettre. Il voulait quelque chose de formel et de décontracté... En tout cas pour lui. Potter pouvait bien venir comme il le voulait, dans ses vieilles robes d'école ou même entièrement nu si ça lui chantait, ça ne changeait rien pour Draco. Celui-ci repoussa précautionneusement l'idée d'un Potter nu très très loin de son esprit.

Il s'y était reprit ensuite à une douzaine de fois pour conjurer une paire de lunettes noires qui soient solides, symétriques, rectangulaires, et parfaitement opaques. Et il avait attendu, dans le canapé de son salon privatif, à demander l'heure à l'elfe trois ou quatre fois par minute. Et à sept heures un quart, Potter n'était toujours pas arrivé. Draco pesta et ragea contre les personnes qui n'étaient pas foutues d'arriver à l'heure à un rendez-vous. Il était en colère parce qu'il voulait ignorer l'éventualité que Potter ne vienne pas du tout. Il n'aurait pas pu le supporter.

Et le heurtoir de la porte résonna enfin, trois coups, comme l'avant-veille.

— Keeny, va voir qui c'est, demanda-t-il.

Il entendit le pop caractéristique, qui se répéta quelques secondes plus tard.

— Harry Potter, Maître Draco, Monsieur, balbutia l'elfe.

Draco ne s'aperçut qu'il avait eu un poids énorme sur la poitrine que quand celui disparut d'un coup à ce moment là, sachant Potter à sa porte. C'était un tel soulagement qu'il se releva du canapé comme s'il était monté sur ressorts, et tendit sa main dans l'air devant lui, dont s'empara l'elfe, et tous deux firent les quarante-trois pas qu'avaient comptés Draco jusqu'en haut des escaliers. Tâtonnant un peu dans l'air, il perçut la balustrade, et posant sa main dessus, annonça d'une voix forte, pour masquer son trouble et son soulagement :

— Tu es en retard, Potter.

— Je suis désolé, répondit ce dernier depuis un point de l'espace inattendu – en bas des escaliers et non en face de la porte de l'entrée principale. J'ai dû repasser au Ministère en coup de vent – un problème sur une affaire.

Aidé des reliefs de la rambarde, Draco put descendre l'escalier tout seul, vingt-huit marches, et tendit sa main droit devant lui. Malgré sa situation, il ne voyait aucune raison de déroger aux règles de l'hospitalité. Peu après, il sentit une main caleuse prendre la sienne et ils échangèrent une poignée virile et assez symbolique.

— Je suis content de te voir, dit Potter. Comment est-ce que ça va ?

Sa voix avait une intonation véritablement sincère, aussi Draco ravala de justesse la réplique mordante qu'il avait sur le bout des lèvres et soupira. Il n'avait pas envie de mentir à la seule personne qui, en sept longues années, lui avait posé cette question sachant que la réponse importait vraiment. Et il tressaillit soudain. Est-ce que Potter avait dit qu'il était content de le voir ? C'était ironique ou quoi ?

— J'ai eu peur que tu aies changé d'avis et que tu aies décidé de ne plus venir, avoua-t-il.

— Je t'avais dit que je reviendrais, non ? Et puis j'ai quelque chose pour toi, un cadeau. J'ai fait des recherches à la bibliothèque du Ministère et j'ai regroupé quelques sortilèges qui m'ont paru utiles. Tends tes mains.

Draco obéit, et plaça ses deux mains devant lui, paume vers le ciel, se demandant où Potter voulait en venir. Il comprit quand il sentit qu'on y plaçait un objet assez lourd et rectangulaire... En tâtant, il put déterminer qu'il s'agissait d'un...

— Un livre ? s'exclama-t-il. C'est une putain de blague !?

— Attends ! Ouvre-le. L'avant est en relief pour que tu saches de quel côté tu dois le lire. Vas-y, lui intima Potter d'un ton encourageant.

Avec méfiance, Draco obtempéra néanmoins. En caressant la couverture du livre des deux côtés, il sentit en effet que l'un accusait un relief, comme si quelque chose y était incrusté. Du bout des doigts, il en suivit les contours. Il y avait un centre sinueux, qui se terminait en une sorte de rectangle d'un côté, en pointe de l'autre. Deux petits bouts du côté droit, et une large zone à gauche, hérissée de reliefs comme les rayon d'une roue. Il revint sur la zone centrale, légèrement rugueuse, et étouffa un grognement de surprise quand il saisit enfin ce que représentait le bas-relief.

— C'est un dragon, souffla-t-il. Un dragon de profil.

— Oui, c'est ça ! Je n'avais pas trop d'idée, alors j'ai pensé... Draco, dragon... Hum.

Il pouvait littéralement entendre le sourire de Potter derrière ses mots. Finalement, il ouvrit le livre à la première page, et une voix, la même que celle de l'homme qui se tenait à quelques pas de lui, se mit à résonner, studieuse, concentrée, presque professorale.

« Sortilège de Détection de Proximité. Pointer la baguette droit devant soi et prononcer l'incantation : Exputo pour projeter un rayon invisible et intangible en ligne droite. Quand ce rayon rencontre un objet ou une créature au-dessus du niveau du sol, la baguette se met à vibrer. L'intensité de la vibration augmente avec la proximité de l'objet. Portée de deux mètres environ. »

Draco émit un bruit de gorge qui n'avait rien de digne, à mi-chemin entre un rire et un sanglot, sentant ses yeux commencer à se mouiller. Il tourna une page.

« Sortilège de Clairchemin. Un tour de baguette dans le sens des aiguilles d'une montre, puis mouvement rapide de haut en bas. Prononcer l'incantation : Viam Scitis. Permet de marcher en ligne droite sans craindre d'obstacle jusqu'à la fin du chemin. Si l'on est trop à gauche, la baguette tire vers la droite, et inversement. En cas d'obstacle imprévu, la baguette se met à vibrer. »

— Celui-là marche mieux dans des lieux clos avec des murs à angles droits, intervint le véritable Potter. Mais pour le Manoir, c'est parfait. Je t'ai compilé comme ça une vingtaine de sorts, et j'ai laissé plein de pages vierges à la fin, pour compléter, si besoin est.

— C'est..., réussit à articuler Draco au bout d'un moment, les larmes aux yeux et la gorge serrée. Je... je ne sais pas quoi dire.

— « Merci » suffira, proposa Potter. La plupart de ces sorts ne sont pas évidents à maîtriser, mais je suis certain que tu vas y arriver avec un peu de pratique. Une grosse majorité me vient de mes années d'apprenti Auror, quand on a été formés à se battre dans le noir total, se protéger, se repérer, détecter les ennemis, etc... Je sais que tu as ton elfe, mais je me disais que tu apprécierais un peu plus d'autonomie.

Draco ferma les yeux pour empêcher ses larmes de couler, mais sans succès. L'une d'elle s'échappa, et il la sentit rouler sur sa joue. Potter lui-même n'imaginait sans doute pas ce que ce livre représentait pour lui. Outre le fait qu'il lui offrait des armes pour affronter ce nouveau monde de ténèbres qui allait désormais être le sien, c'était aussi le signe que Potter avait foi en lui, qu'il le considérait comme digne de confiance, et capable de surmonter son infirmité. Étouffé de mille émotions contradictoires, il ne trouva rien à dire, alors il ne dit rien d'autre que :

— Merci.

— Pas de quoi. Maintenant, tu m'invites au salon ou on prend racine au milieu du hall ?


Merci d'avoir lu. Une petite review ? À bientôt !

J.O.

PS : merci pour vos reviews ! Comme une majorité préfère le couple Harry/Draco, je vais donc me concentrer dessus plutôt que sur l'enquête, mais bien sûr, je ne perds pas celle-ci de vue, je développerai quand même l'intrigue comme prévu, avec seulement quelques raccourcis de-ci de-là.