EDIT : 25 juin 2018


CHAPITRE SEPT : Convalescent (2)

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- Yo Allen !

Lavi entra dans la chambre d'un air enjoué en tendant le sac de médicaments comme un bouquet de fleur devant le blessé. Allen était resté perplexe devant cet accueil débordant de joie. Ça le changeait du ton glacial qu'employait Kanda chaque fois que ce dernier posait les yeux sur lui. Il se souvenait parfaitement du rouquin qu'il avait vu pour la première fois lorsque Kanda l'avait 'sauvé' de Stan et Mickey. Il était même accompagné d'une jolie chinoise qui avait pris sa défense alors qu'ils étaient de parfaits inconnus l'un et l'autre. Il ne les avait jamais revus après ça.

Sans attendre de réponse, le borgne continua :

- Yû et- hum. Kanda et moi nous sommes mis d'accord pour aller te prendre deux ou trois bricoles à la pharmacie. Normalement avec ça, dans une semaine tu seras sur pieds !

Il se tourna vers la porte pour vérifier que Kanda n'était pas dans les parages et se pencha furtivement vers l'albinos :

- Et au passage… La pharmacienne était plutôt sexy ! ~

Allen continua à garder le silence, fixant le nouvel arrivant comme s'il était demeuré -ce qui n'était pas totalement faux. Il sourit malgré lui tout en laissant le rouquin dans son délire.

- Euh… merci.

Lavi l'observa longuement dans les yeux avant de tendre le sac rempli de boîtes en tout genre. Allen hésita à le prendre, encore un peu choqué de l'attention que lui portait ce dernier sans aucune raison. N'importe qui se serait d'abord méfier de lui et lui aurait fait subir un interrogatoire digne de l'inquisition espagnole pour lui soutirer la moindre information mais celui-là semblait tenir à le traiter comme un bon vieil ami qu'il n'avait pas vu depuis des siècles. Finalement, c'est Allen qui commençait à se méfier...

Voyant son hésitation, le borgne s'avança jusqu'à son lit tout en farfouillant dans le sac.

- Alors tu as… des anti-douleurs, de la crème anti-inflammatoire, des bandages et… tiens, c'était quoi ça ? Ah oui, des cachets pour la fièvre !

Allen cligna des yeux une fois, puis deux.

- … Je vais mieux.

- C'est par précaution. Tu n'es pas complètement rétabli tu sais. Il vaut mieux prévenir que guérir !

Il attrapa le verre d'eau sur la table de nuit.

- Tiens, avale-ça !

Allen déglutit en tenant le cachet blanc devant ses yeux. Il n'avait jamais été très fan de médicament, en particulier lorsqu'il fallait les ingurgiter. La plupart du temps ils avaient un goût bizarre et donnaient presque envie de vomir. Et ils mettaient trop de temps à faire effet selon lui. Parfois même ne fonctionnaient pas du tout. Il prit la pilule entre son pouce et son index avant de s'emparer du verre d'eau que lui tendait le rouquin.

Une légère grimace étira son visage et Allen finit par déglutir. Une fois fait, il s'aperçut que Lavi était toujours en train de le fixer sans le quitter du regard en souriant comme un idiot. Il allait le lui faire remarquer lorsqu'une voix grave s'éleva depuis l'entrée de la chambre.

- Arrête de le materner. Ce n'est plus un gamin, fit Kanda en croisant les bras sur son torse.

- Ah, te revoilà Kanda ! Tu as pris ton temps pour aller jeter les poubelles.

- La ferme. Dépêche-toi de lui donner ses trucs et de sortir de là.

Lavi s'exécuta, non sans marmonner des plaintes inaudibles aux oreilles de son camarade. Le reste du sac fut déposé sur le meuble à côté du lit et le garçon se dirigea vers Kanda qui s'impatientait. Il se retourna une dernière fois vers Allen :

- Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi~ !

Allen hocha la tête en silence. Kanda ordonna encore une fois au borgne de déguerpir de sa chambre avant de reporter son attention sur le blessé dans ses couvertures. Un long silence rempli de tension flotta entre les deux personnages avant que le japonais ne prenne enfin la parole.

- Tu as intérêt à te grouiller d'aller mieux. N'espère même pas pouvoir rester ici toute ta vie.

- C'est toujours un plaisir de parler avec toi, Kanda…

- Si tu n'es pas content, sache que la porte t'es grande ouverte. Mais uniquement pour dégager bien entendu.

Allen jura tout bas. Quel démon, celui-là ! Visiblement, le minuscule aperçu de gentillesse que le garçon avait cru voir dans le japonais ne semblait être qu'une illusion… évidemment, ça aurait été trop beau ! Contrarié, le jeune homme se leva du lit en chancelant. Il était encore un peu étourdi après tous ces événements, et le cachet qu'il venait de prendre ne faisait pas encore effet. Rah ! Voilà pourquoi il détestait autant ces machins !

- Où est-ce que tu crois aller comme ça ? interpella Kanda en le voyant grincer de toute part à chaque mouvement.

- J'ai faim.

- C'est pas un hôtel ici. Tu mangeras en temps voulu.

- Ça te dirait de te montrer un poil plus aimable bordel !?

Le regard mortel que lui lança lui fit comprendre son erreur.

- J'ai rien dit…

Il était sous son toit, après tout. Rien ne l'avait obligé à agir comme il l'avait fait malgré son aversion pour le sale garçon errant qu'il était. Si Kanda dégnait réellement révéler une once d'humanité, Allen savait qu'il s'en débarrasser à nouveau et le dégager vite fait bien fait. La moindre complication pouvait lui causer un aller simple pour la rue. Kanda croisa les bras.

- Hmpf. D'ailleurs, j'ai fixé quelques conditions pour ton hébergement temporaire le temps que tu te rétablisses.

- Des conditions ?

Le voilà pas très rassuré.

- Exact. Ce sera en échange du gîte provisoire que je t'offre malgré moi. Tout se mérite dans la vie, n'est-ce pas ?

- … Je suppose.

Facile à dire pour quelqu'un qui vivait sans avoir besoin de survivre au dehors avec les racailles et la police aux fesses ! Bien entendu, il était inutile d'argumenter avec sa Majesté Kanda qui, évidemment, obtenait toujours le dernier mot.

- Premièrement, commença le brun, durant ton séjour je veux que tu réfléchisses à un moyen de me rembourser. Je n'ai toujours pas abandonné l'affaire à ce propos, et je ne le ferai pas tant que tu ne rempliras pas ta part du marché.

- T'es toujours sur ça ?! Combien de fois je t'ai dit que c'était impossible ! Il me faudra au moins plusieurs mois si je veux amasser la somme exacte !

- Je m'en fiche. Trouve une solution, c'est tout.

- Mais-

- Deuxièmement, le coupa Kanda, je ne veux pas que tu traînes dans mes pattes. Tu ne te mêles pas de mes affaires et je ne me mêle pas des tiennes. Ne viens me déranger sous aucun prétexte. Tu peux être en train de mourir ou d'agoniser, je m'en tape royalement.

Voilà une règle à l'image exacte de ce type. C'était du chacun pour soi, donc ? Pas de problème, Allen était un habitué de la vie en solo de toute façon. Ça ne changerait pas grand-chose pour lui. Il hocha la tête en silence, attendant la suite.

- Troisièmement, je ne veux personne chez moi en mon absence. Ensuite, tu ne touches à rien sans mon autorisation.

- Oui, évidemment.

- Enfin, cinquième et dernièrement…

Il marqua une courte pause, faisant stresser le pauvre albinos qui s'attendait au pire. Est-ce qu'il devra faire la bonniche jusqu'à la fin ? Devra-t-il se nourrir lui-même ? Kanda allait-il le menacer de le jeter par la fenêtre ou l'enfermer dans un sac poubelle pour le jeter dans les ordures de la ville ? Allait-il finalement le dénoncer aux gendarmes ? …

- Demain tu dors sur le canapé.

Allen releva la tête. Aucune menace n'avait sifflé dans l'air comme il l'avait craint… Non, juste une seule et simple phrase lui disant de dormir sur le sofa dès demain. C'est tout ? Rien ne pouvait être plus parfait pour le garçon. Il avait passé deux années à dormir à même le sol presque tous les jours quand il n'avait pas le luxe de se trouver une banquette de voiture abandonnée ou le grenier d'un ou deux toxicos de sa connaissance. Le canapé de Kanda était comme un hôtel six étoiles pour lui.

- C'est bien compris ?

- Aucun soucis ! s'exclama le blandinet dans un grand sourire.

Kanda haussa un sourcil. Est-ce que ce gringalet avait vraiment compris la situation dans laquelle il se trouvait ? À croire qu'il créchait dans une colonie de vacance… Si vraiment il pensait pouvoir se la couler douce chez lui, il allait salement le regretter.

- Bien. Maintenant reste tranquille et dors, on en reparlera plus tard.

- Et… pour le repas ?

C'est qu'il avait faim, bon sang ! Il était midi passé, non seulement il avait la dalle mais il commençait déjà à en avoir marre de rester immobile dans ce lit un peu trop confortable à son goût. Se voir alité et immobile plusieurs heures n'était absolument pas dans ses habitudes. Il était toujours fourré dehors, observant les gens quand il ne les dérobait pas, se promenait dans les coins les plus bondé comme les plus déserts à la recherche d'une quelconque activité. Nope, il n'était définitivement pas casanier.

Kanda hésita un court moment avant de se mettre à grogner.

- Lavi t'apportera quelques trucs.

Il claqua la porte en sortant.

- Tch. Sale démon, lâcha finalement Allen après le départ du diable en personne.

...

Quelques minutes plus tard en effet, le rouquin était revenu avec un petit plateau sur lequel était posé un bol de nouille et un verre d'eau. Allen regarda le contenu du récipient avec un froncement de sourcil. Allons donc, qu'est-ce que c'était que ça, encore ? Lavi ricana en voyant son expression à la fois curieuse et méfiante.

- Ce sont des soba, dit-il d'un air moqueur.

- Des… quoi ?

- C'est un plat typiquement asiatique. Goûte, c'est pas si mal !

Allen regarda à nouveau les nouilles plongées dans l'eau. Il n'avait encore jamais mangé ce genre de plat de sa vie. Sans réfléchir plus longtemps, il pris la fourchette posée à côté et piqua dans un tas de pâtes avant de les avaler en entier. Il resta figé un moment, comme si son cerveau faisait l'analyse de ce qu'il venait d'engloutir. Lavi commença à s'inquiéter à la vue d'un Allen littéralement figé.

- Allen… ?

- Pas mal ! s'exclama finalement ce dernier, des étoiles dans les yeux.

- Héhé. Je te l'avais dit !

Il engloutit le reste du bol en un temps record. Le rouquin s'était amusé à l'observer s'empiffrer comme s'il n'avait rien avalé depuis des siècles. C'était bien la première fois qu'il rencontrait quelqu'un avec autant d'appétit. Malheureusement pour Allen, il n'aura pas le droit à une deuxième ration.


Le lendemain arriva rapidement et Allen allait encore beaucoup mieux que la veille. Ses bleus n'étaient pas totalement partis et la douleur à son poignet et dans les côtes n'avait pas totalement disparue mais sa fièvre était bel et bien partie. Il pouvait désormais déambuler dans l'appartement sans à craindre des étourdissements qui avaient maintes fois manqué de le faire s'écrouler.

Cette fois sans trébucher, il rejoignit rapidement la cuisine et se dirigea vers les placards en profitant de l'absence de l'autre démon. Non pas que fouiner chez les gens lui plaisait (bien qu'il n'en éprouvait pas réellement de culpabilité) mais c'est qu'il était sacrément affamé. Après plusieurs jours à être resté immobile et très peu nourri à cause de sa fièvre, son estomac criait famine sans jamais le lâcher. C'est avec une grande hâte qu'il pensait tomber sur toute sorte de nourritures nutritives et variées, mais non. Au lieu de ça, ses yeux se posèrent sur des étagères de nouilles instantanées alignées en rang comme des soldats.

En haut, des nouilles. En bas, des nouilles. Au centre, DES NOUILLES. QUE DES NOUILLES !

- C'est une blague ?

Il se précipita vers le frigo et l'ouvrit violemment. Il tomba alors sur des étagères à moitié vides où étaient disposés quelques yaourt bon marché ou des morceaux de légumes abandonnés depuis des siècles. Il referma lentement la portière, son expression devenue tout à coup lugubre. Ses bras se tendirent machinalement vers les autres portes des placards. Dans le premier se trouvaient au moins six boîtes de café et des dizaines de sachets de tisane, mais toujours rien de sucré.

Il en ouvrit un autre : une pile de saladiers. Encore un autre : des bouteilles de sirop. Puis un autre : toujours pas de nourriture en vue. Complètement désespéré, il ouvrit le dernier placard de la cuisine sans plus aucune motivation. Et lorsque ses yeux se posèrent sur un paquet de biscuits secs, ses prunelles larmoyantes se ravivèrent en une fraction de secondes et Allen hurla un « Hallelujah ! » en levant les mains en l'air.

Il s'empara de son précieux accompagné d'une bouteille de sirop et alla s'installer dans le fauteuil en s'apprêtant à tuer le temps avant que Kanda ne rentre. Il était probablement à la fac et ne rentrerait pas avant ce midi ou la fin de l'après-midi de toute façon. Autant l'attendre sagement avant de connaître le sort que Kanda lui réservait. Même si Allen avait été incroyablement chanceux que l'asiatique l'ait soigné et nourri pendant quelques jours, cette douce illusion n'allait certainement pas durer éternellement.

Il resta devant l'écran encore deux bonnes heures avant qu'une longue série de pub ne vienne couper l'intérêt de l'albinos. Il changea de chaîne et tomba directement sur les infos. Depuis combien de temps n'avait-il pas suivi l'actualité ? Probablement depuis qu'il n'avait jamais rien vu d'intéressant ou d'alarmant chaque fois qu'il avait l'occasion de regarder la télévision.

« - Ce matin, un corps a été retrouvé dans la décharge de xxx par une jeune femme qui se rendait à son travail. La victime est un homme adulte âgé d'environs cinquante ans. Selon les blessures que les enquêteurs ont retrouvé sur le corps, l'homme s'est fait tiré dessus cinq fois à bout portant. »

Allen qui jusque-là n'écoutait pas se retourna vivement vers l'écran. Ce n'était pas vraiment le décès de la personne qui l'intéressait, ni la personne en elle-même. C'était la façon dont il était mort. Cinq tirs. C'était ce qui lui avait donné la puce à l'oreille. Si ça semblait être quelque chose d'anodin pour les policiers et les journalistes, ça ne l'était pas pour le blandinet. Il connaissait une personne qui signait ses meurtres d'une telle façon.

Souvent cinq coups, répartis de sorte que les trous aient le même axe qu'une étoile. Il commençait toujours par les épaules, finissait par les deux jambes avant de porter le coup final droit dans le crâne de ses victimes.

Allen serra les poings, secouant la tête comme pour virer cette idée de son esprit. Non, il ne devait pas y penser. Ça ne voulait absolument rien dire, les journalistes n'avaient pas mentionné les endroits où les balles avaient frappé. Ça n'avait certainement rien à voir avec lui. Ce n'était qu'une coïncidence, rien de plus.

« - Le coupable n'a toujours pas été retrouvé et l'enquête est toujours en cours. Nous attendons plus d'information de la part de la police pour le moment… »

Le blandinet observa la photo de la victime dans le coin de l'écran. Il détesta l'impression familière que lui donna son visage. Il n'avait aucun souvenir de l'endroit où il aurait pu l'avoir vu ni dans quelle circonstance, mais sa tête ne lui était pas inconnue. Sûrement l'un de ces types à qui il avait escroqué de l'argent il y a longtemps. Ils avaient presque tous la même tronche, à croire que c'était le portrait type des malfrats dans leur genre. Il ne parvenait même plus à compter combien d'entre eux il avait arnaqué tellement ils étaient nombreux.

Préférant ne plus y penser, il changea de chaîne avant que d'autres images désagréables ne reviennent le hanter.

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Un peu plus tard Kanda passa la porte de l'appartement suivi de Lavi, les mains croisées derrière la tête. Tandis que l'un affichait une expression joyeuse et décontractée, l'autre au contraire, semblait d'humeur massacrante. Se traîner le rouquin dans les pattes sur tout le chemin du retour a été un calvaire pour le pauvre japonais. Ses nerfs étaient déjà à leur limite.

Lorsque Lavi aperçut Allen dans le salon, son expression s'éclaircit encore plus que d'habitude et le borgne se précipita vers lui d'un air un peu trop enjoué au goût du blandinet. Il prenait son rôle vraiment trop à cœur, c'est en tout cas ce que pensait Allen, toujours pas habitué à l'humeur joyeusement explosive du borgne. Kanda apparut à son tour et se figea en voyant le blandinet affalé sur son fauteuil avec un verre de sirop à la main et un paquet de gâteaux vide éparpillant le reste des miettes sur son beau canapé beige.

Sans compter les tâches rosâtres à moitié essuyées sur le sol blanc maintenant teinté de sirop de grenadine… Son visage passa du carrelage à Allen qui ne prêtait pas attention aux lasers visuels que lui lançait l'asiatique.

- Vous êtes déjà rentrés ?

- Yep ! Les profs devaient se réunir cet après-midi. Les cours ont été annulés.

- Je vois.

- Hé, lança furieusement Kanda en s'approchant dangereusement, tu peux m'expliquer ce bordel ?

Allen tourna la tête dans sa direction et suivit le regard de Kanda vers les tâches roses sur le sol. Oups… Il pensait pourtant avoir tout nettoyé, il en restait encore ?!

- Oh, ça… Je suis désolé, j'ai pas fait attention et la bouteille m'a glissé des mains. Je suis vraiment-

- Et c'est quoi toutes ces miettes ?! Lève-toi et nettoie-moi ce bordel !

- Oui chef.

Il glissa le bord de sa paume contre le cuir du sofa et balança les minuscules morceaux de biscuits sur le sol, lui valant alors d'autres cris hystériques du japonais. Lavi ne pouvait rien faire d'autre que de ricaner en silence en retenant ses larmes devant la figure ahurie du blandinet. Celui-ci s'était attendu à ce que Kanda soit strict sur certaines règles, mais de là à ce qu'il soit un tel maniaque… C'était au-delà de ce qu'il avait imaginé.

Après avoir ramassé autant de miettes qu'il le pouvait sous les menaces macabres de l'étudiant, Allen pensait s'en être finalement tiré, mais...

- Attends. Ce serait pas mes biscuits, ça ?

L'albinos posa les yeux sur le paquet vide de biscuits secs qu'il avait entièrement fini cinq minutes avant que les deux autres ne rentrent. Il comprit qu'il était dans une très mauvaise posture dès que Kanda déversa ses ondes meurtrières à travers toute la pièce. Même Lavi s'apprêtait à fuir les jambes à son cou face à autant de flux négatif provenant de son camarade.

C'était reparti. Le brun l'avait attrapé par le col et l'insultait de tous les noms possibles en lui hurlant dessus. Et têtu comme l'était Allen, il ne put s'empêcher de protester sur le même ton à son tour. Ce qui donna une querelle interminable entre deux entêtés qui ne voulaient plus lâcher l'affaire.

- Je savais pas qu'il fallait pas les manger, tes saloperies ! Tu ne m'avais pas prévenu !

- T'as de la merde dans les oreilles ? Je t'ai dit hier de ne RIEN toucher ! RIEN bon sang !

- Qu'est-ce que je suis censé faire quand tes placards ne comportent rien d'autre que des putain de soba ?!

- Est-ce que tu viens de me dire que tu as fouillé dans mes placards ?! enragea l'asiatique en le secouant comme un prunier.

- J'avais faim bordel ! De toute manière j'ai rien pu avaler d'autre que tes foutus biscuits !

- Si ça ne te plaît pas, sache que tu es libre de quitter mon appartement et d'aller faire les poubelles de tous les restaurants du quartier !

- Que- !? Répète ça pour voir !?

Lavi les observa un moment, passant de l'un à l'autre comme s'il assistait à un match de tennis verbal. Il se mit à soupirer désespérément avant de venir se mettre entre les deux enragés.

- Là, là. On se calme. On se caaaalme !

On pouvait presque apercevoir un éclair passer entre leur regard tellement l'air était sous tension.

- Je te préviens, Moyashi…

- Mon nom est Allen.

- Si tu retouches à quoi que ce soit sans ma permission, blessé ou pas, je te balance dans les escaliers.

- Fais-le et je te dénoncerai à la police. Qui sait, peut-être qu'avec un peu de chance on se retrouvera tous les deux dans la même cellule.

- Ne me provoque pas, cracha Kanda. N'oublie pas dans quelle position tu te trouves. Je peux très bien changer d'avis en ce qui concerne mon 'hospitalité'.

Allen ne répondit pas. En fait, il n'avait rien à répondre sur une réplique aussi poignante que celle-là. Kanda avait raison. Il était celui qui détenait les pleins pouvoirs en ce moment-même et pouvait se décider à le dégager d'une seconde à l'autre si ça lui chantait. L'albinos ne pouvait rien faire d'autre que rester sage et écouter ce que le japonais avait à dire. Si ce n'était pas de l'abus de pouvoir, ça...

Il redressa la tête et passa froidement à côté du brun en se dirigeant dans le petit couloir.

- Où tu vas comme ça ?

Il se fit littéralement ignoré.

- Répond-moi, petit con !

- Je vais CHIER ! Tu as un problème avec ça ?

Face au silence glacial du japonais, l'adolescent claqua la porte des W.C. derrière lui. Kanda fit de son mieux pour ne pas aller exploser la porte et venir choper l'albinos avant de mettre ses menaces à exécution et le balancer par la fenêtre du salon. Lavi le retint avant que le pire ne se produise.

- A-Allez Kanda ! On va pas faire toute une histoire juste pour ça quand même ! Viens, je vais t'aider à nettoyer…

Il soupira intérieurement, priant pour que tout revienne dans l'ordre quand l'albinos réapparaîtra.

Et quand Allen sortit enfin des toilettes, il avait été surpris de voir le sol nettoyé et encore plus brillant qu'avant. Il leva les yeux sur Kanda qui s'était installé devant la télé, une tisane à la main.

Lavi n'en croyait toujours pas ses yeux. Quelqu'un d'autre que lui avait réussi à faire exploser Kanda et il n'était toujours pas mort. D'habitude c'était lui qui prenait des coups de la part de son camarade et qui subissait les conséquences de ses actions vis-à-vis de Kanda. Mais là, il s'agissait d'un tout autre niveau de violence à laquelle Allen répondait sans ciller malgré qu'il manquait de frôler la mort à chacune de ses altercations avec le démon en question.

Ce petit bonhomme était vraiment quelque chose ! C'était la première fois de sa vie que Lavi rencontrait quelqu'un qui avait assez de tripes pour tenir tête à l'impitoyable Kanda Yû ! Lui-même avait des limites qu'il ne pouvait pas dépasser. Mais ce type… ce type… !

- Quoi ? fit Allen, remarquant le regard du rouquin fixé sur lui.

- Rien~

Ce dernier chercha de quoi changer de sujet, histoire de calmer les deux camps. Il se souvint alors des prospectus qu'on lui avait donné à la fac durant sa pause. Il fouilla dans son sac et sortit un papier plastifiée qu'il déplia en trois. Il le plaça devant l'albinos qui fronça les sourcils :

- C'est quoi ?

- Ce sont tous les détails de la fête d'Halloween qui aura lieu samedi prochain !

- Une fête ?

- Ouaip ! Une énorme fête qui regroupera presque toute la ville sur la place de la Mairie ! On pourra se déguiser, manger, danser, et rencontrer plein de jolies filles pour la soirée !

Il avait fini sa phrase avec les yeux en cœur. Allen n'avait pas vraiment retenu la fin, mais dès que ses oreilles entendirent le mot manger, ses prunelles s'éblouirent. Si on parlait de manger à une fête, c'est qu'il devait y avoir un buffet à volonté, nan ?

Kanda, quant à lui, n'avait pas prononcé un mot. Il ne se sentait même pas concerné par cette discussion inutile puisqu'il était hors de question qu'il aille à un événement de ce genre. Les déguisements et la foule ne faisaient pas partie de sa catégorie. Si en plus c'était pour se taper des gamins pleurnichards ou capricieux qui demandaient leur dose de bonbons et de sucreries, ce n'était même pas la peine d'y penser.

- Tu veux venir ?

- Ça m'intéresse, lança joyeusement l'albinos en salivant d'avance.

- Et toi Kanda ?

- Même pas en rêve.

Le rouquin fit la moue. Il s'y attendait, mais il espérait quand même à ce que l'asiatique y réfléchisse sérieusement.

- Tu verras. Je réussirai à te convaincre.

- Tch. J'aimerais bien voir ça.

Lavi reporta son attention sur Allen et posa ses mains sur ses épaules, des étoiles dans les yeux.

- Cette fête pourrait nous permettre de mieux nous connaître, tu ne crois pas ? J'ai vraiment hâte d'y être… Et ne t'inquiète pas pour les costumes, Lenalee pourra s'en occuper. C'est une déesse quand il s'agit de couture !

- D'accord…

- Tiens, et si je l'appelais tout de suite pour lui dire que tu es décidé à y aller ? Oh, elle pourrait venir ici, comme ça on-

- T'es venu pour t'amuser ou t'occuper du morveux ? lança Kanda du fond de son canapé, agacé par l'ampleur que prenait la conversation.

Le borgne tressaillit. Se référant aux paroles du japonais, il se souvint alors qu'il était venu s'occuper d'Allen comme convenu. Il agrippa les bras de l'adolescent, l'expression paniquée :

- Oh bon sang, j'avais complètement oublié ! Ça va, Allen ? Tu as toujours mal ? Ta fièvre est partie ? Tu as bien pris tes médicaments ce matin ? Tu veux du sirop ? J'en ai dans mon sac si tu veux !

- C'est bon, Lavi ! Je vais bien.

- T'es sûr, hein ? Prends quand même des anti-douleurs, ça va pas te faire de mal.

- J'en ai déjà pris un tout à l'heure. Ne t'en fais pas, je pète la forme je t'ai dit.

- Parfait, fit Kanda, à cette allure tu pourras dégager demain, qu'est-ce que t'en dis ?

Allen tiqua. Il se tourna vers lui, une lueur de défi dans les yeux tandis qu'une vague d'irritation lui monta au nez. Il voulait répliquer quelque chose pour lui clouer le bec mais Lavi le devança, sachant exactement comment la situation allait encore se finir :

- Voyons, Kanda. Tu sais bien qu'il faudra du temps avant qu'Allen guérisse entièrement, non ?

- Tch.

Il se tourna ensuite vers le blandinet.

- Allez, tu devrais aller prendre une douche maintenant. Ça te fera du bien.

- Hein ? Non, c'est bon ça ira.

- Hé ? Mais tu n'as pas dû avoir beaucoup l'occasion d'en prendre une depuis tout ce temps ! Profites-en pendant que...

- Je te dis que ça va. C'est pas comme si j'étais couvert de crasse.

Le rouquin haussa un sourcil. Pourquoi Allen refusait tant d'aller se laver ? Il n'avait pourtant pas de blessures apparentes qui l'empêcheraient de se mouiller. Depuis son arrivée chez Kanda il ne l'avait jamais vu sortir une seule fois de la salle de bain. En vérité, il ne l'avait encore jamais vu y mettre les pieds. C'est alors qu'il commença à comprendre.

Il mit ses mains sur ses hanches, le regard suspicieux posé sur l'albinos qui commençait à se faire tout petit.

- Allen.

- … Oui ?

- Quand as-tu pris ta douche pour la dernière fois ?

Le jeune garçon détourna les yeux un instant, hésitant à répondre. Kanda lança un regard dans sa direction, soudain interpellé par ce qui se passait. Lavi ne le quittait pas des yeux.

- J'écoute ? s'impatienta le borgne.

- … ça doit faire… peut-être… euh, cinq jours ?

Le brun se statufia. Quant à Lavi, il avait gardé son air supérieur qui le faisait ressembler à une mère face à son gamin comme si ce dernier venait de faire une énorme bêtise. Il ferma les yeux, souffla, et croisa les bras.

- Je m'en doutais.

Il rouvrit les yeux sur un Allen déboussolé, un air de pitié affiché sur son visage.

- Tu t'es trop habitué à vivre sans te soucier de l'hygiène, Allen.

Pour toute réponse, l'adolescent baissa la tête.

- Va prendre ton bain. Tout de suite, ordonna le borgne en indiquant le chemin.

- Mais j'ai pas de vêtement de rechange…

- C'est pour ça que j'ai tout préparé ! s'exclama Lavi en lui tendant un sac à dos qu'il avait ramené avec lui.

Allen resta ahuri devant les affaires soigneusement préparées par le rouquin qui venait d'afficher un énorme sourire de satisfaction. Est-ce que ce garçon avait vraiment tout prévu… ? Kanda qui venait de reprendre ses esprits se leva brusquement :

- Attends… Ça fait cinq jours que ce gars ne s'est pas lavé… ?

Les deux autres se tournèrent vers le japonais en même temps. Allen afficha une grimace alors que Lavi continuait de sourire. Le brunse renfrogna encore plus.

- Et en plus de ça il a passé deux jours dans mon lit..? C'est une blague j'espère !?

- C'est bon c'est pas la mort, rouspéta Allen qui commençait à perdre patience. Et j'étais blessé !

- C'est pas une raison ! s'écria le japonais. Va te laver bordel de merde !

- J'y allais de toute façon… marmonna le blandinet en se dirigeant vers la salle de bain avec le sac à dos de Lavi.

Lorsqu'il s'en alla, le silence retomba plusieurs minutes dans le salon avant que le brun ne se remette à pester :

- Cinq jours… putain, j'y crois pas !

- Allons, Kanda... C'est normal, dans sa situation.

Le jeune homme à l'œil émeraude tentait tant bien que mal de calmer les pulsion du japonais qui risquait d'exploser une seconde fois.

Du côté d'Allen…

Il était maintenant dans l'eau chaude et mousseuse de la baignoire, confortablement installé. Il est vrai que se laver faisait un bien fou, surtout quand on avait pas toujours l'occasion de le faire. Mais Allen avait dû mal à prendre l'hygiène au sérieux. Après avoir passé presque deux ans dans les rues à se frotter ici et là seulement quand il y avait besoin, la propreté corporelle avait fini par ne plus vraiment avoir d'importance pour lui.

Et puis, comme il l'avait dit, ce n'était pas comme s'il était crasseux et puant comme les sans-abris ou les alcooliques qu'on voyait sur le bord des routes ou en train de faire les poubelles dans les quartiers mal fréquentés… Quoique, peut-être que ça lui était arrivé deux ou trois fois en fait. Quoiqu'il en soit, maintenant qu'il avait tout à disposition il allait sûrement changer cette mauvaise habitude, non ?

Il regarda tout autour de lui. C'était la première fois qu'il venait dans cette partie de la maison. Les toilettes faisaient partie de la même pièce, mais elles étaient de l'autre côté de la grande vitre opaque faisant office de mur au milieu de la salle de bain.

Allen vit aussi une cabine de douche à côté du lavabo. Il se demandait à quoi cela pouvait bien servir quand une baignoire était à disposition… ? Peut-être une erreur de la part des ouvriers quand l'appartement a été construit ? … Bah, peu importe. Il s'en fichait littéralement. Il porta à nouveau son attention sur la mousse recouvrant l'eau de la baignoire.

Il soupira et rentra un peu plus dans l'eau savonneuse, faisant quelques bulles avec sa bouche lorsque celle-ci atteignit le niveau de l'eau. En y repensant, il récupérait plutôt vite. Ses dernières blessures ouvertes vers le front cicatrisaient quasiment déjà et ses bleus s'atténuaient de plus en plus. Quant à son poignet et ses côtes, ça faisait toujours un peu mal mais c'était moins douloureux qu'il n'y pensait. Est-ce que les anti-douleurs de Lavi fonctionnaient, en fin de compte ?

Peu importe, tant qu'il guérissait. Il était tellement bien dans son bain qu'il sentit la fatigue lui alourdir les paupières peu à peu. Il sombra dans une semi-somnolence qui le détendit encore plus. Il ne se sentait pas en danger, pour la première fois depuis très longtemps. Même si Kanda lui tapait sur le système malgré qu'il soit dépendant de lui pour l'instant, il était abrité, nourri et soigné par des personnes attentionnées.

Enfin, une seule en comptant Lavi. Car prendre le japonais pour quelqu'un d'attentionné serait peut-être la pire bêtise que l'humanité aurait entendu. Enfin. Au moins il était à l'abri du danger pour l'instant. Et même si son hôte était exécrable, il se sentait en sécurité.

Si seulement cet instant pouvait durer une éternité…

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Non loin de là, dans une demeure noblement prestigieuse entourée de vastes jardins tous aussi bien soignés les uns que les autres, cinq personnes étaient réunies dans une espèce de grand salon chic muni de plusieurs fauteuils, d'une énorme cheminée et d'un billard avec lequel jouait deux hommes parmi les cinq autres.

Tyki était installé sur l'un des fauteuils de cuir et fumait tranquillement une cigarette tout en lisant le journal quotidien. Il sautait des pages, se lassant des événements mondains et répétitifs écrits noir sur blanc. Il lut rapidement un article concernant les bourses de cette semaine et s'intéressa très vite à autre chose. Il tourna encore plusieurs pages jusqu'à tomber sur un article plutôt curieux. Il parlait du cadavre d'un homme retrouvé dans les ordures dans le quartier Ouest de la ville. Selon les informations, il serait mort la veille en se faisant tirer dessus à bout portant. Le coupable n'avait toujours pas été retrouvé et les rumeurs allaient de bon train.

Tyki se mit à sourire. C'est vrai, tout le monde parlait de cette histoire en ce moment. Pourquoi en faire tout un plat ? Ce n'était qu'un simple cadavre, rien de plus. Et ça ne risquait pas d'être le dernier.

- Qu'est-ce que tu lis ? fit une voix au-dessus de sa tête.

Tyki ne s'était pas retourné, reconnaissant parfaitement la voix de celui qui venait de s'adresser à lui tout en observant l'article qu'il avait sous les yeux.

- Ah, encore un homicide. Pourquoi tu t'y intéresses tout à coup ?

- Je ne m'y intéresse pas. Je lis juste ce qu'ils ont écrit là-dessus.

- … Donc tu t'y intéresses.

L'homme au grain de beauté se mit à soupirer.

- Tais-toi Sheryl.

Ce dernier haussa les épaules. Il s'accouda sur le dossier du fauteuil dans lequel était assis son frère et sourit.

- Ou plutôt, tu regardes quelle sorte de bêtise ils vont inventer pour trouver une piste, je me trompe ? Puisque tu sais pertinemment qu'ils n'en trouveront aucune.

Tyki se contenta de sourire. L'autre comprit son silence et sourit à son tour. Il jeta un coup d'œil en biais à son jeune frère qui continuait de lire en silence. Il connaissait bien les manières de son frère et savait plus que quiconque à quel point cet homme était soigné dans tout ce qu'il entreprenait. Personne ne pourra remonter jusqu'à eux avec cette histoire d'homicide. Bientôt, ils arrêteront les recherches pour faute de preuve et de piste et l'affaire sera incomplète, mais conclue. Comme toujours.

Sheryl sourit de plus bel. Il allait ouvrir la bouche, lorsque la porte s'ouvrit en trombe sur une jeune fille aux cheveux bleus sombres désordonnés. Tyki releva la tête sur Road dont l'expression laissait deviner une certaine irritation. Sheryl quitta bien vite son cher frère pour aller se jeter sur la jeune demoiselle et la prendre dans ses bras de toutes ses forces.

- Ma Road chériiiiiiiie ! Qu'est-ce qui t'amène voir ton papa doré, dis-moi ?

Ladite Road ne répondit pas, l'air toujours aussi contrarié. Tyki sentit la tension monter chez sa nièce.

- Sheryl, si j'étais toi je m'éloignerais.

- Pourquoi donc ? Elle est seulement venue me faire un gros câlin, n'est-ce pas ma puce ? Ah ! Si tu savais comme je t'ai-

Il fut coupé par le coup de poing que lui avait envoyé sa chère et tendre fille avant même qu'il ne finisse sa déclaration d'amour. Elle avait beau être une jeune fille, sa force égalait celle d'un garçon, merci à son cher paternel qui l'a longtemps initié à des cours d'arts martiaux dès qu'elle avait appris à marcher.

- Je t'avais prévenu, sourit Tyki en voyant l'homme gémir de douleur.

- J'en ai marre ! hurla brusquement la fillette en attirant l'attention des deux autres individus autour du billard.

Seul le cinquième et dernier homme au téléphone depuis le début ne prêta pas attention au tumulte causé par Road. Tyki souffla un nuage de fumée avant de s'adresser à sa nièce.

- Qu'est-ce qui t'arrive Road ?

- Je veux aller à une fête avec tout le monde, mais le Comte m'a dit qu'il ne pouvait pas m'y emmener !

Le portugais haussa un sourcil.

- Tu ne peux pas y aller sans lui ?

La jeune fille passa à côté de son père adoptif toujours plié en deux et traversa le salon pour aller s'affaler sur un fauteuil à côté de son oncle.

- Nan. Il ne veut pas que j'y aille seule, soit-disant que c'est trop dangereux pour mon âge. Mon dieu, j'ai déjà treize ans !

- Tu n'as qu'à emmener des gardes du corps.

- Tu veux que je me tape la honte à me promener avec des guignols fringués en costard ?!

- Ton langage… Road… gémit Sheryl, toujours à terre.

Elle l'ignora à nouveau.

- Hors de question que ces types m'accompagnent. Autant ne pas y aller du tout !

Road croisa les bras sur sa poitrine, l'air vraiment, vraiment contrarié. Tyki avait l'habitude de ses sauts d'humeur qui changeaient à chaque minute. Il trouvait ça parfois amusant, mais ce soir il n'avait pas vraiment envie de gérer ses excès de colère. Il soupira :

- Et donc, tu voudrais que quelqu'un d'autre t'y emmènes, c'est ça ?

- Ce serait bien.

Sheryl se releva aussitôt, un grand sourire sur les lèvres. Rien qu'en le regardant, on pouvait deviner à quoi il pensait.

- Ma puce ! Il fallait me le dire si tu voulais que je-

- Pas toi, dit-elle du tac au tac.

Ce qui eut pour effet de faire partir Sheryl en poussière. L'autre jeune homme se mit à ricaner face à l'impertinence de sa nièce. Il fallait avouer qu'elle avait un sacré caractère quand il s'agissait de ses caprices. Surtout qu'elle entrait actuellement dans le passage à l'adolescence, aussi connu pour être la source de révoltes, de crises et d'égoïsme sur-développé de tous les enfants croyant déjà entrer dans le monde des adultes. Si seulement ils savaient...

- C'est quoi comme fête ? demanda Tyki au hasard.

Road fouilla dans ses poches et en sortit un prospectus chiffonné avant de venir le tendre à son oncle. Celui-ci l'observa rapidement en retenant les grandes lignes seulement.

- Une fête d'Halloween ?

- Yep ! Je l'ai appris il y a quelques jours et j'ai vraiment envie d'y assister. Je ne serai pas toute seule, il y aura des amies à moi aussi. Tu pourras juste me déposer là-bas et passer me reprendre quelques heures après, t'en dis quoi ?

- … Donc tu me demandes de t'emmener à la place du Comte, c'est ça ?

Pour toute réponse, elle afficha un énorme sourire plein de malice et d'espoir que son capri— son souhait puisse être exaucé. Rien à voir avec la fureur qui l'avait pris il n'y a même pas deux minutes. Tyki la fixa longuement avant de se mettre à soupirer, posant les doigts sur son front. On dirait qu'il n'avait plus vraiment le choix.

- Je vois.

- Alors, alors ? s'impatienta Road.

Le jeune homme frotta la tête de la jeune fille affalée sur l'accoudoir de son fauteuil, le menton posé dans ses bras croisés.

- On verra.

- Maaais ! Dis-moi seulement oui ou non !

- On verra, répéta Tyki.

Tandis que Road gonflait les joues, tout le monde se mit à ricaner en observant la scè reprit sa lecture tout en ignorant les protestations de sa nièce. Soudain, les portes s'ouvrirent à nouveau. Ce fut une jeune blonde qui se présenta cette fois, vêtue d'un costume de bureau noir et le regard dissimulé derrière des lunettes de soleil.

- Le Comte vous attend, dit-elle calmement.

Tous les hommes présents portèrent leur attention sur la jeune femme qui venait de leur transmettre l'ordre de leur supérieur. Après un silence qui sembla durer une éternité, Tyki écrasa son mégot dans le cendrier de la table basse à côté de lui et se leva, accompagné de Sheryl.

- Bien, dit-il, allons-y.

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à suivre


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Haha, on a eu un peu plus de Noah cette fois !

Madness of Curse : Merci beaucoup ! Je me suis aussi fait rire toute seule avec la scène du coup de fil... Et encore maintenant quand je la relis. Je vais finir par me faire posséder par ma propre fiction, haha.

Akito Baskerville : Hey ! Tu as tout lu d'un coup ? Bravo, t'as eu du courage ! Ça fait plaisir de voir que ça plaît aux gens, contente que ça t'ai plu ! (y a beaucoup d'expression avec le mot 'plaisir' dans ma phrase... Tyki, sors de ce corps !)

Misaki-chan : Voilà la suite ! Tu peux ranger le Mûgen... *pfiou !* Merci d'avoir lu et je suis contente que tu aies autant apprécié ! Une scène de Lemon ? Entre Allen et Kanda ? Mais... mais... bien évidemment que OUIII ! Enfin, je sais pas si ça va être Lemon ou Lime, mais on verra bien quelque chose entre les deux... Patience, patience... Muahaha.

Merci à tous pour vos reviews !

Rendez-vous au chapitre 8 ~