Immobile

Chapitre 7

Les siècles s'étaient suivis.

Les millénaires s'étaient écoulés.

Les civilisations étaient nées, avaient grandi, avaient été abattues par d'autre jusqu'à ce que les Palais s'écroulent, jusqu'à ce que les Temples s'effacent et que la mémoire même des générations qui étaient mortes s'effacent.

Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien.

Ni personne.

Jusqu'à ce que l'atmosphère elle-même de ce qui avait été Asgard rende les armes et disparaisse, soufflée comme la bougie du gâteau d'anniversaire d'un enfant de deux ans.

Il n'y avait plus rien.

Rien que cette statue de chair immobile, ses trois gardiens et son général qui fixaient l'éternité du même regard immuable.

Puis des flammes étaient tombées du ciel.

Le vaisseau s'était posé sur ce qui avait été bien des millénaires avant, le pré ou était né le cheval à huit jambes qui reposait dans la poussière des temples près de sa mère.

Des humains étaient sorti du vaisseau.

Ils étaient retournés à l'état de bêtes, ils étaient retournés à l'état de singe à peine assez évolués pour allumer du feu puis avaient recommencés.

Lentement, pas à pas, ils avaient suivi le long chemin de la découverte et de l'apprentissage qu'ils avaient déjà parcouru une fois.

Ils n'étaient pas plus forts, ils n'étaient pas plus solides, ils ne vivaient pas plus vieux, mais leur soif de connaissance, leur curiosité, ne s'était jamais apaisée.

Ils avaient appris, découverts, compris, utilisés…

Ils avaient gagnés l'espace à la recherche des légendes qui parlaient de ce pont de lumière qui menaient aux dieux.

Ils avaient trouvés les passages, ils avaient trouvés la vitesse nécessaire pour arpenter les branches.

Ils avaient suivi les branches mourantes d'Yggdrasil, ensemençant à nouveau l'arbre-univers qui dépérissait lentement.

Ils étaient parvenus à ses cimes.

Le groupe était réduit.

Ils n'étaient que dix.

Ils avaient remontés ce qui avait été une large avenue pavée d'or.

Ils avaient suivi leurs instruments à la recherche de vie.

Une vie.

Il y en avait une.

Une seule sur le caillou mort qu'était devenu Asgard.

Ils l'avaient trouvé.

"- Il est vivant !"

"- impossible."

"- Capitaine, je vous assure, il est vivant."

"- Il faut l'emmener."

Ils avaient essayés mais n'avaient pas réussi.

Ils avaient tout tenté : découper le sol, le soulever, le téléporter.

Mais rien.

Il n'y avait rien à faire pour l'enlever de sa place, pas plus qu'ils n'avaient pu retirer les quatre squelettes qui le gardaient ou retirer l'énorme marteau à ses pieds.

Alors ils avaient construit un dôme autour de la créature immobile qui semblait garder la planète depuis des millénaires.

Ils avaient daté les os.

Ils avaient daté les lieux.

Ils avaient refusés d'accepter d'abord.

La créature ne pouvait avoir enfanté les trois monstres.

Le squelette sur le sol ne pouvait être le père des trois monstres.

Ils ne pouvaient veiller sur ce monde depuis plus de soixante millénaires.

Ils les avaient nommés.

Ils étaient devenus la Mère, les Gardiens et le Général.

Des scientifiques de centaines de mondes étaient venus.

Aucun n'avait pu les aider. Aucun n'avait pu comprendre

Le dôme était devenu le Mausolée.

Des illuminés y avaient vu leur Dieu, encore.

Des clans s'étaient formés, des factions étaient apparues et le chaos, encore avait ravagé les lieux.
Les sectes s'étaient succédés, les missions, les militaires, les chercheurs…
Les siècles, les millénaires sans que rien ni personne ne parvienne à libérer le prisonnier.

Puis le Mausolée avait fait comme le Palais et le Temple avait lui.

Réduit en poussière, balayé par le vent de l'astéroïde glacé qu'était devenu Asgard, Le prisonnier avait contemplé la mort de son monde.

Encore.

Il avait vu les lunes se détruire.

Il avait vu les étoiles s'éteindre.

Puis il avait vu le soleil grossir, encore et encore, jusqu'à ce que même ses Gardiens, ses enfants, Thor, se dissolvent sous la chaleur monstrueuse de la supernova.

Mais il n'était pas mort.

Même alors que la pierre fondait autour de lui, il fixait toujours l'univers devant lui, sans un mot, immobile.

Jusqu'à ce que le soleil s'effondre et que le trou noir, enfin, l'engloutisse, lui fermant enfin les yeux sur les millénaires, et libérant enfin le chaos en lui qui attendait de pouvoir enfin réensemencer l'univers.


Note : cette fic peut se finir ici.
Si vous voulez qu'elle se finisse "bien", vous pouvez allez lire l'épilogue. Sinon, restez en là.