Bonjour à tous, et bienvenue sur l'avant dernier chapitre de la partie 1 de cette fic ;)
Comme certains me l'ont fait remarquer, je suis tristement tombé très à propos au chapitre dernier en citant le grand Stephen Hawking, astrophysicien de génie et désormais étoile parmi les étoiles...
L, sur les chapitres 5 et 6 : je suis ravie de ne pas dire trop de conneries sans jamais avoir mis un orteil en médecine (ah si, j'ai fait un cours de PACES. Mais ça compte pas, j'accompagnais une copine pour pas rester dans le froid pendant deux heures xD), mais effectivement, je dois pas être à jour des nouvelles nomenclatures... forcément, je l'ai écrit depuis longtemps et en plus je me suis basée sur Internet xD Merci pour tes reviews, je suis ravie que tu continues d'aimer ! :)
Rhea, parce que j'ai la flemme d'aller chercher ton profil pour te MPotter j'avoue : Je ne connais pas DU TOUT Marvel, donc ta référence tombe à l'eau, je suis au regret de te le dire xD Ravie que tu aimes le Sherlock si innocent qui ne comprend pas trop ce qui lui arrive ^^ Merci pour la review :)
Guest : eh bien, ravie que cela te plaise et soit différent des fics habituelles :) Merci pour ta review :)
Sur ce chapitre, PROMIS, on va en arriver à la confrontation ;) Bonne lecture ! :)
CHAPITRE 7
Le samedi, un air de profond ennui peint sur le visage, John entra dans la salle d'attente du cabinet d'Ella. Sa jambe lui faisait particulièrement mal, depuis quelques jours. Il n'arrivait plus à faire trois pas sans avoir besoin de sa canne, et avoir besoin de celle-ci pour se déplacer de la douche au lavabo pour se brosser les dents le dégoûtait. Il mettait ça sur le compte du temps londonien, considérablement rafraîchi, automne oblige.
– Bonjour, John, le salua Ella.
– Bonjour, répondit-il d'un ton morne.
Il prit place dans les fauteuils près de la baie vitrée, et Ella vint se placer devant lui.
– Comment allez-vous aujourd'hui ?
– J'ai mal à ma jambe, répondit-il honnêtement.
Il avait pris la décision de ne plus mentir directement à la psychothérapeute. Rester bloqué dans sa position défensive ne lui servirait à rien. Mais il n'avait pas la moindre envie pour autant de lui dire quoi que ce soit de sa vie. Alors il lui offrait un os à ronger, sujet sur lequel ils pouvaient débattre de manière entièrement neutre sans que John ne s'expose. Parler de sa jambe plus douloureuse à cause du froid ne lui posait aucun problème. Ella ne l'interrogerait pas sur les circonstances de sa blessure. C'était consigné au dossier, puisqu'il l'avait obtenue dans la même attaque qui lui avait déchiré l'épaule et nécessité son rapatriement. A partir de là, John voulait bien parler de sa jambe autant qu'elle voulait.
Comme prévu, elle s'engouffra dans la brèche qu'il venait de lui offrir, et ils parvinrent à discuter de la question de manière parfaitement superficielle et inutile de longues minutes durant.
John, pour finir la séance, mentionna rapidement ses trois nouveaux collègues avec lesquels il s'entendait bien. Sans mentionner de nom. Sans préciser qu'ils étaient amis.
Pas de profondeur, juste de la superficialité, tout ce qui contentait Ella.
A la fin de la séance, elle était ravie et John riait intérieurement. La pauvre jeune femme n'avait sans doute rien demandé à personne, mais lui non plus, et il n'avait pas l'intention de coopérer !
La fin du week-end s'écoula, égale à d'habitude. Longue, morne, difficile. Le temps londonien n'aidait en rien pour améliorer l'humeur de John. Le fait que la petite fenêtre du studio où il vivait débouchait sur un carré de ciel sans cesse gris et nuageux n'apportait pas la moindre éclaircie sur le gris de son existence. Voir Ella l'avait obligé à parler à quelqu'un d'autre que lui-même, mais à part cela, son lien avec le genre humain avait été presque inexistant durant les deux jours. Il fallait d'ailleurs qu'il aille faire des courses pour remplir son minuscule frigo. Se nourrir d'air n'allait pas aider son humeur massacrante. Il avait déjà constaté que ses muscles, non sollicités par les exercices réguliers que l'armée imposait à toutes ses recrues, commençaient à fondre et son corps le dégoûtait.
Vingt-quatre ans, et déjà vieux.
Vingt-quatre ans, et déjà retraité.
Vingt-quatre ans, et déjà handicapé.
Ce n'était pas une vie. John broyait du noir et voyait aussi peu d'éclaircies par la fenêtre que dans le ciel de sa vie. Dès qu'il était seul un peu trop longtemps, il retombait dans ses travers et sa spirale culpabilisante et auto destructrice. S'il était honnête avec lui-même, il devait reconnaître qu'il ne détestait pas autant enseigner qu'il l'avait craint, même s'il maintenait son opinion globale sur ses étudiants : tous des crétins. Il appréciait aussi passer du temps avec ses collègues, et il faisait marcher sa cervelle pour trouver un plan infaillible pour mettre ensemble Molly et Mike, comme s'ils avaient quinze ans. Et il avait intérêt à sacrément peaufiner son plan, avant que Mary n'accepte de l'aide. Pour l'instant, sur ce sujet, il était proche du néant absolu.
A part se morfondre dans son coin et regarder son nombril, John n'avait rien fait du week-end.
– Tu es un crétin, John Watson, déclama-t-il à son miroir.
Le dire et le savoir ne l'aidait absolument pas à se sentir mieux.
Le lundi fut le retour aux bonnes (ou bien étaient-elles mauvaises ?) habitudes. Il s'extirpa du sommeil bien avant la sonnerie du réveil, se prépara sans délai, et arriva dans l'amphithéâtre en avance.
Pour y trouver l'étudiant habituel, quatrième rangée, tout au bout. John lui sourit, et même à cette distance, il eut la sensation d'être pardonné. Compris.
Sans un mot, il se débarrassa de ses affaires, se vêtit de sa blouse, et commença la distribution des copies du jour, prêtes sur son bureau comme toujours.
Et sans un mot, son étudiant préleva la moitié du paquet dans ses mains pour l'aider dans sa tâche.
Et sans un mot, ils se détournèrent de l'autre pour rougir sans que l'autre ne se rende compte de l'effet que leurs mains s'effleurant provoquait sur leurs joues.
Et sans un mot, l'élève se mut avec grâce vers les rangées du haut, se déplaçant de son habituelle démarche de danseur.
Et sans un mot, John marcha parfaitement normalement, sans la moindre canne, dans les rangées inférieures, et sans réaliser que les douleurs de son genou disparaissaient toutes seules.
L'arrivée des premiers étudiants sonna le glas de leur instant d'éternité, mais sans un mot, ils avaient la bizarre sensation de s'être réconciliés.
Sherlock n'avait jamais autant méprisé quelqu'un que lui-même en cet instant. Il avait décidé, fermement, de rester fâché contre son professeur, qui jouait avec lui et ses failles, celles qu'il taisait et qu'il dissimulait, et que cet homme ramenait à la surface avec une facilité effarante.
Pourtant, dès l'instant où le professeur John Watson mit un orteil dans la salle, la colère de Sherlock commença à refluer. La dernière fois n'avait donc été qu'une erreur, une banale panne d'oreiller (il faudrait un jour qu'il médite sur l'absurdité de cette expression, il classa l'information sur un post-it dans un coin d'une pièce fourre-tout de son Palais Mental), il n'avait pas eu l'intention de nuire à Sherlock.
Sherlock ne se pardonnait jamais ses propres erreurs, et il appliquait cette même règle au reste de l'humanité. Une erreur, c'était une de trop. Le fait que ses condisciples, des futurs médecins, ne comprennent pas cela et n'y adhèrent pas le faisaient frémir de rage. Sherlock n'avait pas une conscience humaniste très développé et le sort de ses congénères l'importait que très peu, en revanche son sens moral était placé très haut : à partir du moment où quelqu'un (au hasard, un médecin) prenait l'engagement moral (le serment d'Hippocrate) de soigner les autres (les patients), alors il s'agissait d'honneur que de ne jamais faire d'erreur, lesquelles pouvaient en outre avoir pour conséquence la mort d'un tiers.
Pourtant, ce matin-là, Sherlock eut envie de pardonner l'erreur à son professeur, violant par la même l'un de ses fondements, celui-là même qui l'avait poussé à l'excellence depuis sa naissance.
Et voilà qu'il se mettait à penser qu'une fois, ce n'était pas si grave ? Il était furieux, et soudain le professeur Watson lui sourit.
Sa colère fondit comme neige au soleil tandis que son cerveau se mettait à fonctionner à toute allure pour cataloguer ce faciès. Jamais il n'avait vu son enseignant arborer cette moue. Il était avare en sourires, en compliments, en choses positives de manière générale, ce qui expliquait d'ailleurs en partie la fascination de Sherlock pour sa personne. Les choses trop lisses et trop gentilles avaient tendance à excéder Sherlock en moins de dix secondes.
Pourtant, sur le visage de son professeur, il eut la brusque envie de voir cela se produire de nouveau. Et quand il serait plus près, de préférence. Histoire qu'il puisse mieux analyser les muscles faciaux.
Il réalisa que ses muscles avaient agi sans lui demander son avis lorsqu'il se trouva avec un paquet de copies dans les mains, quand il effleura la main du professeur Watson, et quand il rougit violemment.
Et pour se donner une contenance, il fit ce qu'il savait faire de mieux quand son cerveau surchargeait : il prit la fuite. Et distribua les sujets d'examen le plus haut possible de l'amphi.
– Merci de votre attention, et à jeudi matin ! Bonne fin de journée à tous !
John était lessivé. Les éléments rétropéritonéaux ne faisaient pas franchement partie de la partie du programme qu'il préférait. Il espérait que ses hésitations et bafouillages intempestifs étaient néanmoins passés inaperçus dans la foule. Et il recommençait jeudi, pour la fin du thème, qui était l'un des plus compliqués et des plus fondamentaux. Cela ne s'annonçait pas une partie de plaisir.
– Bonne journée, Monsieur Watson, résonna la voix au milieu du brouhaha des étudiants qui quittaient la pièce.
Par réflexe, John tendit le cou, mais un flux de quatre cent étudiants migrant vers une seule et même destination (la cantine) ne l'aidait pas franchement. Il ne cherchait plus vraiment non plus.
Son esprit gardait dans un coin la potentialité d'un éventuel chantage, mais en attendant, il n'arrivait plus à s'inquiéter pour cette étrange déclaration qui prouvait que quelqu'un connaissait son secret. Après tout, la possibilité que, chaque semaine un étudiant différent prononce cette fameuse phrase par inadvertance, en oubliant de l'appeler Docteur, existait. Bon, les probabilités ne jouaient pas en sa faveur, mais la possibilité avait le mérite d'exister.
De toute manière, John avait bien autre chose à l'esprit. Il attendit que le dernier étudiant ait quitté la salle pour fouiller frénétiquement dans le paquet de copies qu'il avait récupéré tout à l'heure. Il en arriva rapidement à celle numérotée 122, celle qu'il cherchait.
Il la parcourut rapidement des yeux, en diagonale, mais il n'avait pas besoin d'en voir plus. Celle-là comme les précédentes méritait la note maximum et ne comportaient aucune erreur. John était confronté à un véritable génie, et cela l'intriguait.
Il y pensait encore lorsqu'il rejoignit ses trois amis à la cantine, après un crochet dans sa chambre pour y déposer le tas de papier.
– T'es dans les nuages, John ? le ramena Molly à la réalité.
Mike attaquait son dessert alors que Molly en était à peine à la moitié de son plat, il était donc parfaitement logique qu'ils aient fini de débattre de la qualité de la farine, selon le type T mentionné sur le paquet.
– J'ai un étudiant... commença-t-il.
Les trois autres hochèrent la tête pour l'inviter à poursuivre. Eux aussi avaient des étudiants, et ils avaient connu les galères et les déboires de John à leurs débuts. S'ils pouvaient être de la moindre aide au jeune homme, ils seraient ravis de la lui apporter.
– ... qui ne fait aucune erreur dans ses copies. Il atteint la perfection à chaque fois. Il s'appelle Sherlock Holmes. Vous le connaissez ?
– Sherlock ? sursauta Molly.
– Holmes ? réagit Mike.
Ils s'entreregardèrent, surpris. Du menton, Mary donna la parole à Mike.
– Greg, cet été, il m'a parlé d'un Holmes. Il travaillait avec lui dans le cadre d'une cure de désintox un peu particulière.
– Greg ? interrogea John.
– Mon meilleur ami au lycée. Il est sergent à Scotland Yard, maintenant. Il m'a parlé d'un Holmes, un mec qui fait partie du gouvernement et qui... enfin bref, vous avez compris l'idée.
John n'était pas sûr d'avoir compris, mais Molly et Mary, elles, hochèrent la tête. Manifestement, elles savaient qui était ce Greg et ce qu'il pouvait bien penser des politiciens. Par politesse, John ne demanda pas de précision. Surtout que, dans la voix de Mike lorsqu'il prononçait le nom de son ami, il y avait une drôle d'intonation. Comme une douleur qui était là et ne s'en irait jamais. John avait été formé, dans le cadre de son rôle de médecin dans les pays en guerre, obligé de faire preuve de finesse et de psychologie, à détecter ce genre de choses et fut surpris de le retrouver chez Mike, toujours si avenant et souriant.
– Ce n'est pas un nom courant, c'est peut-être quelqu'un de la même famille, avança Mary.
– Dans ce cas, je plains Greg ! décréta Molly. J'ai eu Sherlock comme étudiant sur quelques conférences précises.
Molly donnait des cours en amphithéâtre, comme John, mais à l'occasion, elle tenait des conférences privées à une poignée d'étudiants triés sur le volet (et selon leurs compétences, appétences, profil estudiantin et avenir futur) sur son métier et son domaine d'expertise.
– Et ? l'encouragea John.
– Si on parle bien du même, il est assez insupportable. Il n'a même pas l'air de le faire exprès ! Il serait arrogant ou bêtement imbu de lui-même, je pourrais gérer sans problème mais... Il a réponse à tout, tout le temps. Dans ses postures, sa voix, ses manières, il suinte la confiance en lui et je n'ai jamais réussi à le prendre en défaut. Il n'essaye pas d'être condescendant, mais la façon dont il parle, que cela soit à moi ou à ses camarades, donne l'impression qu'il essaye de rabaisser son interlocuteur. Il est... assez spécial. Brillant, ça c'est sûr, et très beau garçon, il faut bien le reconnaître, mais spécial.
John était abasourdi. Derrière l'écriture ronde et fine, appliquée, se cachait un étudiant légèrement au-dessus de tout ? C'était intriguant.
– Mais pourquoi il suivrait tes conférences et mes cours d'anatomie ? demanda-t-il, exprimant à voix haute le point de détail qui le chiffonnait.
– Alors là, aucune idée, répondit Molly. Tu sais bien que ce n'est pas moi qui arrête la liste des étudiants qui viennent à mes conférences, mais l'université.
– Il suit peut-être un cursus spécial... Il y a quelques énergumènes de ce genre sur le campus... proposa Mary.
Pensifs, les autres approuvèrent. John n'en était que plus intrigué encore. Et une idée venait de germer dans son esprit.
Comme d'habitude, en rentrant chez lui après le déjeuner, John s'attela à la correction des copies. Deux jours et demi, de lundi après-midi à mercredi soir, n'étaient pas de trop pour venir à bout du paquet entier. Comme il n'avait pas de vie, il avait le temps, mais ne devait pas traîner en route.
Comme d'habitude, il extirpa la copie de Sherlock du paquet, la nota A, déchiffra la note en pattes de mouche (« intéressant », cette fois-ci et bizarrement, John se sentit glorifié), et l'afficha devant ses yeux pour s'en inspirer lors du reste de sa correction.
Jeudi matin, rituel. Se réveiller avant le réveil. Se lever, déjeuner, se doucher, s'habiller. Rejoindre l'amphithéâtre. Y trouver l'étudiant de la quatrième rangée. John était d'une inhabituelle bonne humeur, ce matin. Le très simple stratagème qu'il avait mis en place pour découvrir lequel de ses étudiants était ce fameux Sherlock Holmes le ravissait. Si tout se passait comment prévu, il connaîtrait le visage de son élève le plus brillant à la fin du cours.
Fort de cette bonne nouvelle, et gonflé de confiance en lui, John avait même l'intention de demander à l'élève de la quatrième rangée son nom. Et pourquoi pas lui demander ce qu'il fabriquait ici aussi tôt tous les matins. Qu'importait la bienséance entre professeur et étudiant. Etre amical n'avait jamais tué personne.
Il s'installait à son bureau, déposant les copies, revêtant sa blouse et posant sa canne, et se préparait à monter discuter avec l'élève qui ne l'avait pas lâché du regard, quand on l'interpella.
– John !
Sherlock pesta intérieurement. Son enseignant était arrivé aussi tôt que d'habitude, ce matin, et il semblait beaucoup plus joyeux que Sherlock ne l'avait vu depuis le début de l'année. Lui qui était toujours maussade, froid et légèrement refermé sur lui-même souriait bizarrement. Pas simplement ce faux sourire factice qu'il affichait en façade, mais avec beaucoup plus de conviction.
Ce mystère venant s'ajouter aux autres du professeur Watson, Sherlock était ravi d'avoir plus de stimulation intellectuelle, à moins que cela fut un indice pour deviner le reste, mais soudain elle débarqua, et les yeux de Sherlock lancèrent des éclairs.
Il était là depuis la rentrée seulement, mais il pouvait se targuer de connaître mieux que personne la moitié des étudiants (uniquement ceux qui, par la suite, deviendraient des personnalités influentes ou intéressantes, majoritairement des cinquièmes années donc, parmi les condisciples de Sherlock en première année d'anatomie, personne ne se détachait) et l'intégralité des enseignants. Contrepartie d'un regard acéré posé sur le reste du monde, de fréquentes insomnies et une mémoire eidétique.
Sherlock était donc parfaitement en mesure d'identifier Miss Mary Morstan, docteur en gynécologie et sage-femme, enseignante chercheuse à l'Imperial, vingt-huit ans, célibataire, et fantasme ambulant de quatre-vingt-dix pour cent des étudiants mâles de sa classe. Les dix pour cent restant étaient composés d'une marge d'erreur dans les calculs de Sherlock et des étudiants homosexuels.
La jeune femme ne semblait d'ailleurs pas ailleurs vraiment conscience de l'aura qu'elle véhiculait, sur ce campus où la moyenne d'âge des enseignantes avoisinait les cinquante-trois ans (52.84, précisément), et où la plupart des étudiantes, dès qu'on passait la troisième année, étaient des têtes vouées à une grande carrière, travailleuses et appliquées, qui passaient plus de temps dans les labos de chimie ou à s'entraîner à faire des points de suture que devant un miroir ou à faire du shopping.
Parfaitement ingénument, le docteur Morstan discutait avec le professeur Watson, posant sa main sur son bras, et riant avec lui. Sherlock sentit l'éclat de la colère poignarder son ventre.
Ce n'était pas bien. C'était mal. Très mal.
Mais il ne savait pas, il ne savait plus ce qui était mal : Qu'il ressente autant d'émotions violentes, lui qui les bridait en toute circonstances, ou que Mary Morstan plaisante avec le professeur Watson ?
John avait été surpris de voir arriver Mary dans sa salle de classe. Ce n'était pas habituel, et il s'inquiéta.
– Salut, tu vas bien ? le salua-t-elle. Je ne te dérange pas ?
– Non, bien sûr que non, mes étudiants ne sont pas arrivés. Que me vaut le plaisir de te voir si tôt ?
Mary lui sourit, comme toujours, le sourire doux qu'elle lui réservait. John n'arrivait pas vraiment à cerner ce qui se cachait derrière ce sourire, et dans le doute, préférait n'en tirer aucune conclusion.
Il oscillait généralement entre une tentative de séduction et un réconfort maternel, et la femme mûre, fière et sûre d'elle qu'elle était aurait pu correspondre aux deux rôles, et il n'avait aucune envie d'en présumer un plutôt qu'un autre, et se ramasser un râteau le cas échéant... Les trois M l'avaient peut-être accepté comme ami, mais il ne voyait vraiment pas en quoi le malheureux ex-soldat réformé et handicapé qu'il était pouvait intéresser une femme comme Mary.
– Nous avons oublié de te dire que ce midi, on ne mangera pas à la cantine, annonça-t-elle en posant doucement sa main sur son bras.
John fut perplexe. Le geste avait tout d'un réconfort, et il ne voyait vraiment pas pourquoi le fait de manger à l'extérieur du campus (comme cela leur arrivait parfois, même si John faisait tout son possible pour limiter ces extravagances au strict minimum, ne pouvant se permettre ce genre de dépenses) nécessitait de le réconforter.
– Pas de souci, répondit-il. On va où ? Au Woody's juste à côté ?
Mary lui adressa un sourire désolé.
– Non, pardon, je me suis mal fait comprendre. Ni Molly, ni moi ni Mike ne sommes disponibles ce midi. On aurait dû te le dire plus tôt. Ce n'est... pas la bonne semaine. Pour aucun de nous trois. Mike a pris deux jours de congé, Molly s'oublie dans le travail à la morgue. Moi j'ai... juste quelque chose à faire aujourd'hui. Mais je serais disponible demain, d'accord ?
– D'accord...
John était franchement inquiet. La manière dont elle parlait, détournait les yeux, paraissait mal à l'aise lui indiquait sans ambiguïté que quelque chose de difficile se rappelait au souvenir de ses amis à cette période de l'année. La question était de savoir, premièrement s'il s'agissait d'une seule et même chose qui les touchait tous les trois (ou bien plutôt trois évènements, chacun ayant impacté une personne, les fameuses casseroles dont ils avaient déjà parlé, et John penchait plutôt pour cette théorie) ; et deuxièmement de quoi il s'agissait.
– Eh ben, pour préférer la compagnie d'un autre plutôt que ma lumineuse et mirifique présence à table ce midi, alors que j'avais un super sujet de conversation pour Molly et Mike sur la production d'huile d'olive en Bolivie, c'est que ça doit être important ! plaisanta-t-il.
Sa boutade, pourtant poussive, fonctionna, et Mary rit doucement. Il fit de même, et ils échangèrent encore quelques banalités, avant qu'ils n'entendent les étudiants commencer à arriver, et qu'ils ne prennent congé.
John était toujours perturbé par sa conversation avec Mary, se demandant ce que la jeune femme lui cachait, mais il n'eut pas le loisir de se poser davantage la question. Ses premiers étudiants arrivaient.
– Bonjour ! Merci de récupérer immédiatement vos copies sur mon bureau avant le début du cours ! Bonjour ! Je vous prie de récupérer vos copies sur mon bureau ! Bonjour, vos copies, à récupérer avant le cours, avant de vous installer ! Bonjour, vous avez entendu ? Très bien ! N'oubliez pas de bien penser à prendre votre copie !
Le temps que tout le monde arrive et qu'il répète un millier de fois la nouvelle consigne, il n'avait plus de voix. En retournant à son bureau pour faire démarrer le cours à proprement parler, et avant toute chose boire de grandes gorgées d'eau pour éclaircir sa voix, il constata que la paillasse était entièrement vide : tous les étudiants avaient bien respecté ses consignes. Tous, y compris celui de la quatrième rangée, arrivé avant tout le monde et à qui John n'avait finalement pas eu le temps d'adresser la parole. C'était sans doute pour le mieux.
Il se racla la gorge, et commença son cours.
Sherlock contemplait sa copie, ornée de sa note habituelle, et vierge de toutes annotations, comme toujours, pensif. Il avait très bien compris la dernière manœuvre en date de son professeur. Il était aussi facile à deviner qu'un livre d'images pour enfants, parfois.
La question de savoir si Sherlock allait céder à sa petite manigance restait cependant entière. Il avait tout le cours, qui portait aujourd'hui sur la suite des éléments rétropéritonéaux, pour y réfléchir.
– Merci de votre attention et à lundi ! conclut John à la fin du temps imparti.
Les élèves s'éparpillèrent rapidement, se mouvant en direction de la cantine dans leur rituel ballet bruyant, entrecoupé d'exclamations de salutations, autant adressées à John qu'à leurs camarades.
John rangea ses affaires, lentement. Personne ne l'attendait, et il n'était pas pressé. Plusieurs étudiants vinrent en outre lui poser des questions, précision sur la correction ou sur le contenu du programme, comme toujours. John répondit de son mieux, son honnêteté l'obligeant à reconnaître quand il devait vérifier dans ses notes pour ne pas dire de bêtises.
L'amphithéâtre était presque vide quand John fit tomber son support de cours en voulant le ranger dans son sac, et il se pencha pour le ramasser, entreprise rendue compliquée par sa jambe douloureuse.
– Monsieur ? l'interpella une voix alors qu'il été toujours accroupi derrière le bureau.
John sourit. Sa manœuvre avait marché.
– Pourquoi n'ai-je pas la correction agrafée à ma copie comme tous les autres ? poursuivit la voix.
Le sourire de John s'élargit un peu plus. Son étudiant, le brillant Sherlock Holmes, avait mordu à l'hameçon. Et venait réclamer le polycopié de correction, que John avait joint à toutes les copies, pour éviter de perdre du temps à le faire en classe, ce qui les retardait sur le programme, ainsi qu'il l'avait annoncé en début de cours. Toutes les copies, sauf celle de M. Holmes, qui n'en avait nul besoin. Mais John espérait bien qu'avec cette anomalie, alors qu'il avait insisté sur le fait qu'il avait attaché une correction à CHAQUE copie, le loup sortirait du bois et il découvrirait cet étudiant qu'il l'intriguait.
Lentement, John se redressa, et son sourire se fana lorsqu'enfin, il découvrit l'étudiant debout de l'autre côté du bureau, qui tenait son examen noté A*. L'étudiant qui venait de l'appeler monsieur, avec une voix particulière. L'étudiant qui était assis tous les matins au bout de la quatrième rangée et qui ne contrefaisait plus sa voix, désormais.
Les trois étudiants qui se fondaient en un seul, leurs deux yeux bleus irréels qui transperçaient John de part en part.
– Je... balbutia John. Monsieur Holmes ?
– Oui, monsieur Watson ?
John tiqua. S'il avait eu le moindre doute quant au fait qu'il s'agissait bien de l'étudiant, qui à la fin de chaque cours le saluait ainsi, il n'y en avait plus. C'était bien sa voix, d'un timbre si particulier que John ne pouvait pas le confondre.
C'était bien la silhouette et les yeux perçants de son étudiant habituel.
Et c'était définitivement bien son étudiant de génie. L'éclat particulier de ses yeux, une lueur d'intelligence et d'amusement particulière au fond des prunelles qui permettait à John de ne pas en douter.
– Je ne pensais pas que c'était vous, répondit honnêtement John. Que l'étudiant qui rendait des copies parfaites et qui arrive très tôt le matin était la même personne. Je suis surpris. Pardonnez-moi.
– Et la même personne qui vous saluait tous les jours ? ajouta le jeune homme, ses yeux encore plus perçant.
John en resta d'abord bouche bée. Puis ses réflexes militaires reprirent le dessus et tout son corps se raidit. Sa jambe, d'ailleurs, se durcit tellement vite qu'un éclair de douleur traversa la moitié gauche de son corps. Ses épaules se bloquèrent, ses yeux se rétrécirent et sa bouche s'assécha.
Une bouffée d'adrénaline, de panique et de stress l'envahit, et il tenta de se dominer. Il avait la désagréable sensation qu'il s'était fait avoir sur toute la ligne par l'élève, plus intelligent que lui. Il avait simplement voulu amener son étudiant le plus brillant à le rencontrer, et il avait fait entrer le loup dans la bergerie. Il avait mis toutes les cartes dans les mains de celui qui pouvait faire de sa vie un enfer. Comme si ça ne l'était déjà pas assez comme ça.
– Que voulez-vous ? cracha-t-il.
Sherlock recula presque, effrayé par la lueur de haine et de colère qu'il décelait dans les yeux de son professeur. Il avait choisi, volontairement, de cesser ce jeu un peu puéril et avait accepté de se soumettre de bonne grâce au « piège » grossier que lui avait tendu le professeur Watson. Ainsi s'était-il révélé, à la fois comme son étudiant le plus intelligent, mais aussi son rendez-vous de fin de cours, en lui parlant avec sa vraie voix et non pas celle contrefaite qu'il avait employé jusque-là.
Il avait cru que cela ferait plaisir à son enseignant.
Et voilà que seul un mépris et une pure panique se lisaient dans le regard de celui-ci. Sherlock ne comprenait pas. Il ne comprenait jamais les autres humains. Il les déduisait à loisir, ne se trompait jamais, enregistrait le moindre petit détail, mais les comprendre réellement, non.
Idiot, songea-t-il. L'attrait déraisonné qu'il avait développé pour les secrets de son professeur l'avait faire croire à des chimères. Croire qu'il pouvait comprendre un autre être humain. Il avait été fou. Les relations humaines étaient des illusions. Il le savait. Il n'aurait jamais dû s'approcher aussi près. Il ne savait que trop bien ce qui se passait lorsqu'il se brûlait les ailes.
John fut presque aussi surpris que son élève de la réaction de celui-ci, et sa colère retomba comme un soufflé. L'air blessé du jeune homme était surprenant. Soit il était excellent acteur, soit il était réellement surpris de l'agressivité de John.
Or John avait ce défaut qui l'avait poussé à vouloir être médecin : il aimait soigner. Autant les problèmes physiques que les blessures psychologiques. La moindre guérison physique passait toujours par une volonté de s'en sortir.
Et surtout, il avait une foi et une confiance inouïe en la bonté de l'humanité. C'était surprenant pour quelqu'un qui s'était engagé sous les drapeaux et qui avait fait la guerre, mais John croyait en l'humanité. Aussi ne crut-il pas une seule seconde à la possibilité que son élève simule son incompréhension et sa terreur face à la violence de John.
– Pardon, s'excusa aussitôt l'enseignant. Je ne voulais pas vous blesser. Je pense que je me suis mépris sur vos intentions...
– Qu'avez-vous cru ?
John hésita une fraction de seconde. Mais la curiosité dans les yeux de son élève était sincère. Aussi voulut-il être sincère lui aussi.
– Pourquoi m'appelez-vous monsieur ? demanda-t-il. Et pas professeur ou docteur, comme les autres.
L'autre haussa négligemment les épaules, dans un mouvement qui semblait parfaitement étudié pour paraître naturel, et la gorge de John s'assécha un bref instant.
– Parce que vous n'êtes ni professeur, ni docteur. Docteur en devenir seulement, et professeur par obligation. Considérant cela, je ne peux vous appeler par un titre qui serait usurpé. Monsieur est donc la solution alternative qui m'a paru évidente.
John était abasourdi. Il disait cela tranquillement, naturellement, sans la moindre intention négative.
– Pas de chantage alors ?
– De chantage ? répliqua-t-il, presque vexé qu'on ose penser ça de lui.
– Oui. Du chantage. Obtenir des bonnes notes ou Dieu sait quoi en échange de votre silence sur le fait que je ne suis pas... médecin.
Le dernier mot lui arracha la bouche. L'aveu lui coûtait beaucoup trop. Mais à sa grande surprise, son étudiant se mit à rire, à mi-chemin entre le ricanement et l'éclat de rire beaucoup plus franc. C'était absurde, c'était exceptionnel, et c'était fantastique à regarder. La manière dont bougeaient les muscles de son visage, tressautant et frémissant, les coins de sa bouche qui se relevaient sporadiquement, les yeux qui se plissaient et pétillaient, c'était un spectacle absolument fascinant, presque irréel. John aurait pu trouver cela vexant de le voir se moquer de lui, mais c'était bien trop beau à regarder pour qu'il songe à s'offusquer.
– Obtenir des bonnes notes ? Je n'ai vraiment pas besoin de ça, ricana-t-il finalement. Je n'ai besoin de rien que vous pourriez m'offrir. Ce que je veux, je me donne les moyens de l'obtenir, et je l'obtiens. Toujours. Faire du chantage... c'est indigne.
– Pardon.
John ne savait pas vraiment pourquoi il s'excusait, mais il sentait qu'il devait le faire. Et il en fut récompensé par un véritable miracle. Sherlock sourit. Un véritable sourire.
– Mais vous aviez raison d'en douter. Un autre que moi aurait sans doute pu en profiter.
– Comment avez-vous deviné tout ça sur moi ? interrogea John.
Haussement d'épaules négligé, deuxième édition.
– Je n'ai pas deviné. J'ai déduit. C'est ce que je fais. Je déduis les gens et les choses.
– Déduisez-moi, réclama John, fasciné par l'arrogance et la confiance en lui qui suintait des propos du jeune homme.
Il comprenait soudain ce qu'avait voulu dire Molly. Il y avait une véritable aura qui se dégageait de lui, dont il avait probablement plus que conscience et dont il jouait. John n'arrivait pas à croire qu'il avait seulement dix-huit ans, comme tous les autres gamins de sa classe. Il paraissait bien au-delà de tout ça. Et puis soudain il commença son exposé et John ne put que l'écouter, abasourdi.
– Elevé dans une famille anglaise classique, éducation classique, mais ambition intellectuelles restreintes par la nécessité de payer les factures. Un acte de rébellion, que je ne définis pas encore, qui va vous coûter la fin de vos études de médecine, et vous a obligé à échouer à l'Imperial. Professionnel, attentif, médecin dans l'âme. Boitement psychosomatique, mais je ne sais pas pourquoi. Je sais que vous n'êtes pas médecin à cause de votre blouse, qui n'est précisément pas la vôtre, et à la manière dont vous avez présenté votre premier cours. Le fait que vous ne soyez pas ici volontairement par passion de l'enseignement, je l'ai également déduit de votre première intervention. Et de votre manière d'investir l'espace, de répondre à vos étudiants, de critiquer à demi-mots la structure et le plan d'un cours que vous subissez, ce genre de choses.
John était bouche bée. Ce parfait inconnu semblait absolument tout savoir de sa vie, et pourtant il y avait quelque chose, dans la manière dont il le disait, qui convainquait John que ce n'était pas du pipeau. Il devinait réellement tout cela rien qu'en observant de ses yeux perçants.
Ça aurait sans doute dû l'inquiéter de se savoir aussi observé, mais bizarrement il se sentit surtout flatté.
– Waoh, souffla-t-il.
– Waoh ? s'étonna Sherlock. Ce n'est pas la réponse que j'obtiens habituellement.
– Ah bon ? C'est plutôt quoi alors ?
– « Va te faire foutre » ? proposa Sherlock.
John rit, nerveusement, et Sherlock l'accompagna. Ils avaient oublié les barrières habituelles, oublié qu'ils étaient un professeur et son élève, oublié qu'ils étaient encore dans l'amphithéâtre.
John demanda naturellement à son étudiant ce qu'il suivait comme cursus, et la réponse de celui-ci le fascina. Il le pressa de lui en dire plus. Alors Sherlock expliqua. Qu'il suivait des cours à la carte, ayant le programme qu'il voulait, et faisait entièrement ce qu'il voulait. L'anatomie des cours de médecine de première année, par exemple. Et la chimie a un niveau trois fois supérieur à celui que John avait. L'étudiant, passionné, décrivit son travail et ses recherches avec emphase, et John, malgré son statut de professeur, n'en comprit qu'un mot sur deux.
Il était fantasque, fascinant, passionnant. John n'avait jamais rencontré quelqu'un comme lui. Il s'écoula plusieurs heures avant que John ne réalise que le temps avait passé, et qu'il mourrait de faim. Heureusement que personne ne l'attendait à la cantine.
– Vous n'avez pas faim ? interrogea-t-il son élève.
Il haussa les épaules, définitivement un de ses mouvements préférés.
– Je ne mange jamais beaucoup.
– Moi oui, par contre. Je vais devoir y aller.
– La cantine est fermée à cette heure-ci.
John réalisa qu'il avait raison, et se mordit les lèvres. Il n'avait aucune envie de retourner s'enfermer dans son minuscule appartement sur le campus.
– Je connais un restaurant italien pas très loin d'ici. Il ne nous fera pas payer. Si ça vous intéresse.
Prochain chapitre : 28 mars !
Une review, si le coeur vous en dit ? :)
