EDIT du 04/03/07:
Pour être conforme au réglement du site, je supprime les réponses aux reviews. A tous les curieux, désolée!

Le p'tit mot d'Owlie:
Bon, les amis, l'heure est grave... A en croire vos reviews du chapitre précédent (au passage milles mercis), la première phase de mon plan "Prouver au monde qu'Olivier Dubois est un garçon merveilleux" a lamentablement échoué... Allez savoir pourquoi, j'étais persuadée que vous en auriez après June... Et non, c'est ce pauvre Olivier qui a tout pris! C'est marrant. Il ne me reste plus qu'à mettre en place la phase deux (une fois que je l'aurais trouvée!) Désolée Olivier, je ne pensais pas t'attirer autant d'inimités! (en même temps, si tu y mettais du tien...)
Cette fois ci, je vous épargnerais l'habituel blabla que je fais et les tranches de ma vie. J'ai cédé à la tentation de créer à mon tour un Live Journal. Pourquoi? Hum... Je sais pas vraiment. En tous cas, j'essaierai de mettre un maximum d'infos sur la parution de mes chapitres et peut-être même fixer des dates. Enfin bref... Vaut mieux pas que je m'avance
Sinon, je sais que j'avais dit trois semaines max, je comptais tenir mes délais mais j'ai été recruté d'urgence dans mon centre aéré et du coup, j'aurais un peu de retard... en plus, j'ai eu de gros problèmes pour le poster, la mise en page est pas génial et je pris très fort pour que les tirets restent cete fois ci! Désolée...
La thématique du mois, enfin du chapitre, sera "Dites le avec vos propres mots". Pas très clair? Vous allez comprendre...

Who's Wood?
Ou comment présentez les personnages avec vos prores mots... et les petits surmons que je leur donne
June "Juni" Tierney: Héroïne en 5ème année à Gryffondor. Partagé entre Olivier et Dean avec qui elle sort depuis le mois dernier. Vous la trouvez: super marrante, amoureuse d'Olivier, a l'air normal, super attachante, un peu garçon manqué, fan de Quidditch, magnifique meilleure amie.
Olivier "Woody Wood" Dubois: Meilleur ami de June (pas à moi...), Capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, en 5ème année, il a pris cher le mois dernier! Vous le trouvez: un très bon choix, un peu jaloux de Dean (NON!), ambigu, blaireau (Rhô, quand même... ), enfoir, parano... C'est l'homme parfait quoi!
Andy "Tête d'ampoule" Benton: Meilleure amie de June avec qui elle partage un dortoir, Andy est une moldue intelligente et travailleuse. Selon vous, Andy est: romantique.
Dorys "Cruella" Cleath: Gryffondor venue d'Irlande, en 5ème année, c'est une amie à June. Elle adore se moquer des gens qu'elle aime. Pour vous Dorys est: fine mouche et a raison.
Sean "Seannie" Hataway: Gryffondor, meilleur ami d'Olivier. Pour l'instant vous êtes sans opinion à propos de cet écossais.
Dean "Casper" Flaherty: Le rival, Poufsouffle en 6ème année, acteul petit ami de June. Apparemment vous l'aimez bien: bien plus gentil qu'Olivier, choubidou (choubidou: adjectif proposé par Louve qualifiant à merveile Dean Flaherty)
Patch: Poufsouffle en 5ème année. Moi je vous le dit, Patch est un gars super! Même s'il est mauvais perdant
Mélanie "La pauvre..." Otto: Serdaigle en 6ème année, Mélanie est la petite amie de Dubois. Ils ont déjà eu une histoire par le passé. Vous la qualifiez de: gentille petite amie, mel-la-pouf (Rhô )
Dorothy "Nobody" MacDonald: Préfète à Gryffondor en 5ème année. Pas grand chose à dire sur elle.

Disclaimer:
Avec mes propres mots, ça donne: Gloubi wax artpou de kafikson rutjarhc pougruin drnopiu JK Rowling, efhar elu luitha'uren Gwith istannen June et sa famille...

Et la petite citation du mois, qui m'a d'ailleurs posé beaucoup de problèmes, est un petit message que j'adresse aux Poufsouffles... courage les gars!


L'important dans la vie, ce n'est point le triomphe, mais le combat. L'essentiel n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu.

Pierre de Coubertin


Février : Le Blaireau est un animal rancunier

L'évènement majeur de ce mois de févier était la rencontre tant attendue Poufsouffle/Gryffondor, exceptionnellement arbitrée par Rogue. Même si tout le monde s'accordait à dire que ce cher maître des Potions arbitrerait en défaveur de notre maison, les Poufsouffles ne semblaient pas plus heureux que nous de ce surprenant changement. Les seuls véritablement ravis étaient les Serpentards qui s'imaginaient déjà victorieux de Serdaigle et ainsi en tête du championnat.
Nous étions tous dans un état de stress avancé durant les jours qui précédèrent l'affrontement. Enfin, par « tous », j'entends les membres de l'équipe et les véritables supporters. La semaine avant la rencontre fut plutôt délicate à passer. Olivier s'était mis une telle pression que je me suis faite du souci pour lui. Je craignais également qu'il n'en mette trop sur les épaules des autres joueurs. Après tout, Potter n'a que 11 ans et Dubois attend de lui qu'il soit l'homme du match. Sincèrement, je n'aimerais pas être à sa place.
Le match était omniprésent dans tous les esprits ainsi que dans toutes les discussions. Sean et moi avions pour mission à chaque temps libre de faire répéter à Olivier ses combinaisons d'arrêts, aussi bien au sol qu'en vol et de peaufiner les derniers réglages du nouveau plan de jeu. Pour certains (pour Dorys en fait), nous lui sacrifions notre temps. Selon moi, ce n'était pas le cas. Au contraire, j'avais envie de le faire. Si vraiment il s'agissait d'un sacrifice, alors c'était pour la bonne cause…
Il n'y en avait qu'une qui en souffrait et c'était la copine à Dubois. Sept jours avant le match, il a effacé Mélanie de son esprit. Pas un mot, pas un regard pour elle… Je t'avais prévenu qu'il était horrible avec ses petites amies. Mélanie a eu le bon réflexe de ne pas mal le prendre. Elle sait d'expérience que c'est le prix à payer pour être avec celui qu'elle aime.
Dans mon cas, ça a été un peu plus compliqué… D'habitude, cela ne me gêne pas le moins du monde de me mettre à fond dans le Quidditch. Mais cette année, je n'étais pas seule et quelque part, j'avais des remords d'imposer ce style de vie à Dean. Voilà trois semaines que nous étions ensemble. La période que je déteste était enfin passée (la seule que je n'ai jamais connue en fait). Les gens, d'habitude, adorent les débuts de relation. Pas moi… Tout le monde vous regarde, vous juge et parie sur la longévité de votre couple. Déjà que ce n'est pas le genre de choses avec lesquelles je suis à l'aise… Avec le regard des autres qui s'y ajoute, c'est à peine si je laissais Dean me prendre la main en public. Oui, je dois être un peu parano… Enfin bref, cette période maudite était désormais derrière nous et Dean et moi avons pu devenir un couple officiel à Poudlard.
Comme Andy aime à le dire, je suis tombée sur une crème. Dean a accepté sans protester qu'Olivier monopolise tout mon temps cette semaine, ce qui, comme elle me l'a expliqué, aurait pu être un motif de rupture pour bien d'autres… Dean et moi ne nous sommes vus qu'en coup de vent ou par épisode de 10 minutes maximum et toujours seuls tous les deux.
On aurait pu passé plus de temps ensemble… On aurait pu. Mais pour cela, il aurait fallu que ce soit en compagnie de ses amis et j'ai comme l'impression qu'ils ne m'aiment pas trop. Au tout début de notre histoire, Dean m'avait demandé de venir assister à une répétition de son groupe pour que je puisse rencontrer les autres membres. J'ai été frappé de voir le nombre de personnes qui pouvaient entrer dans leur minuscule local. L'auditoire était en majorité constitué de Poufsouffles mais j'y ai aussi découvert trois Serdaigles, un Gryffondor et une Serpentard. Moi, pourtant j'ignorais jusqu'au mois dernier l'existence d'un orchestre au sein de l'école… Faudrait vraiment que je me renseigne sur les activités et les clubs extrascolaires! Le plus gênant selon moi était le fait que ce public soit principalement féminin, vérifiant un certain cliché sur les groupes de rock. Pourtant, les gars n'étaient pas à tomber par terre. A part Dean bien sûr qui n'est pas mal… Mais je ne suis plus très objective désormais. Bref, à l'instant où j'ai mis le pied dans cette pièce, j'ai senti tous les regards converger sur moi et j'ai eu la désagréable certitude d'être dévisagée. La fille qui était au clavier m'a lancé un regard assassin au moment où Dean me l'a présentée. Elle s'appelait Amy. Je l'avais déjà remarqué puisqu'elle était la seule fille de l'école a encore osé se coiffer avec un palmier, geste qu'elle considérait être une résistance au conformisme. Mmh... D'autres appellent ça du mauvais goût!

- Une autre de tes groopies, m'a-t-elle dit avec un sourire qui oscillait entre le mépris et la simple moquerie.

Je me suis sentie agressée et me suis aussitôt vexée. Dans le monde de la musique, j'ignore ce que veut dire ce mot, mais dans mon monde à moi, le monde du Quidditch, une groopie est une fille sans cervelle qui fait le pied de grue à la sortie des vestiaires en espérant repartir avec l'un des joueurs. C'est une expression que je déteste, tout comme quand on me dit que je suis fan de Flaquemare… Ça a le don de me mettre hors de moi.

- Amy… commença Dean d'un ton réprobateur.

- Si je jouais au Quidditch et que Dean venait voir un de mes entraînements, le considèrerais-tu comme une groopie? ai-je demandé sèchement. A ce moment là, puisque tu iras certainement au match, tu en es une toi aussi…

Elle m'a regardé de haut un instant puis est retournée à son clavier. Dean m'a posé un bras sur les épaules en éclatant de rire et m'a serré contre lui.

- Jolie répartie, m'a-t-il félicité. Tu viens de te faire une copine…

- Je croyais que les Poufsouffles étaient censés être sympa! ai-je marmonné.

- Oh mais ils le sont… a affirmé Dean en me relâchant.

J'ai réfléchi un instant à la raison de cette agression injustifiée.

- Tu es sorti avec elle, hein ?

Dean a fait mine de ne pas m'avoir entendu et s'est empressé de débuter la répétition.

Voilà donc pourquoi nous évitons de rester avec les amis de Dean. J'aurais aimé que l'on lui montre que les Gryffondors étaient les plus accueillants mais hélas, je devais me faire des idées à ce sujet. Les choses sont aussi compliquées de mon côté à moi et principalement à cause d'Olivier. Dean est persuadé qu'il le déteste. Bien sûr, il n'a pas entièrement tort…

- Pourquoi il m'en veut comme ça? me demanda Dean un jour où nous étions ensemble à la Bibliothèque. Je ne lui ai rien fait!

- Il ne t'en veut pas, ai-je répondu. Olivier est juste tendu en ce moment à cause du match qui approche.

- Quel est le rapport avec moi?

- Tu es à Poufsouffle… et cela lui suffit, ai-je expliqué désolée.

Le seul point commun de nos deux existences à Poudlard, le seul pont entre nos univers de Poufsouffle et de Gryffondor est le préfet Patch. Il est la seule personne en compagnie de laquelle nous pouvons être en totale confiance et complètement détendus pour l'instant. Encore que, si ça continue comme ça, Patch risque d'être banni du cercle des Gryffondors. Chaque matin, il défile à notre table en se moquant et en annonçant à tous que Poufsouffle vaincra.
Heureusement que le match est proche parce que ce matin il a fallu qu'on empêche Olivier de lui faire du mal.

§§§§

Nous n'avions pas très faim durant le déjeuner précédant le match. Si Olivier parvint à se forcer et à s'assurer que les joueurs prennent des forces, du côté des supporters, plus d'un estomac était noué. Il n'y avait plus grand chose à dire, aussi avons-nous gardé le silence. Enfin, Olivier et moi avons essayé de le garder.

- Si Poufsouffle gagne, tu n'as pas peur pour ton couple ? m'a demandé Dorothy MacDonald, toujours la première sur les questions existentielles. Cela risquera d'être une sacrée secousse pour vous deux…

- Crois moi Dorothy, si Poufsouffle gagne, ce sera la révolution dans l'école, ai-je marmonné en observant le professeur MacGonagall elle aussi perdue dans ses pensées. Attendez vous à un soulèvement sans précédent… Les préfets auront du boulot pour une fois!

J'avais dit ça pour l'effrayer un peu mais une partie de moi y croyait vraiment. Si Gryffondor perdait dans des conditions douteuses, nous ne laisserions rien passer. Evidemment, à ne pas regarder ce que je faisais, j'ai renversé la sauce à côté de mon assiette. Dorothy poussa un petit cri quand elle lui coula dessus.

- Récurvite, a-t-elle grogné en sortant sa baguette. June, je te trouve bien maladroite en ce moment. Serait-ce l'Am…

- C'est normal, la coupa Sean qui sortit brusquement de sa méditation. Elle a le mauvais œil et...

Sean m'a regardé d'un air horrifié et il m'a semblé qu'il suffoquait légèrement.

- Tu… tu ne peux pas assister au match, s'écria-t-il soudainement. Tu as la poisse, June! Tu vas faire perdre Gryffondor!

- Ne sois pas ridicule, Hataway! ai-je répondu vexée. Je ne vais pas porter malheur à l'équipe.

- Et la nomination de Rogue en tant qu'arbitre est un hasard peut-être? June, je sais que ça va te coûter mais dans le doute, tu devrais vraiment y songer…

Je ne voulais pas être privée de Quidditch sous prétexte que je portais la poisse. C'était absurde. Comme ni Sean ni moi ne démordions de nos positions, nous nous sommes naturellement tournés vers Olivier.

- Tu ne crois pas que ce serait plus raisonnable? lui demanda Sean.

- Dubois, si tu penses sincèrement que Sean a raison, je veux bien rester à la Tour, ai-je dit froidement. Mais je veux l'entendre de toi!

Olivier nous a longuement observés, les yeux un peu plissés, exactement comme il l'avait fait devant la salle des professeurs. J'ai interprété ça comme un signe de doute. Pourtant, c'est d'une voix ferme qu'il nous répondit.

- Hors de question! June a toujours assisté aux matchs et il n'y a aucune raison pour que cela change. J'ai besoin de vous deux pour nous encourager et de vos deux paires d'yeux pour analyser le jeu. Le Quidditch n'est pas un sport de hasard où nous pourrions être victime de la poisse de June… Non, nous gagnerons cet après-midi parce que nous sommes les meilleurs! Ou à la limite si Rogue tombe de son balai, marmonna-t-il en se focalisant à nouveau sur son assiette.

Sa déclaration me fit énormément plaisir. J'ai échangé un regard avec Sean qui finit par en sourire.

- C'est ce que tu comptes dire aux joueurs? demanda-t-il à Dubois en essayant d'être naturel.

- A peu de chose près…répondit Olivier. Vous trouvez ça comment?

Le repas à peine terminé, il a fallu nous précipiter à la Tour pour récupérer banderoles, tenues, peintures et instruments. La Salle Commune s'est rapidement transformé en studio de maquillage et d'habillage. J'avais une moitié de mon visage rouge et l'autre or et autour du cou mon écharpe aux couleurs de la maison. Sean, lui, s'était enroulé dans une des bannières de Gryffondor qu'il avait réussi à piquer je ne sais où. Nous disposions avec entrain des pattes de lion rouge et or sur les joues de tout ceux qui le désiraient mais aussi (et surtout) sur celles de ceux qui le désiraient moins (comme le préfet Percy par exemple).
C'est ensuite en fanfare que nous sommes descendus vers le terrain. Il était capital pour nous, supporters, de montrer que nous étions les plus impliqués. Dans la tribune de Gryffondor, nous avons retrouvé Dorys qui nous gardait des places.

- L'école entière doit être présente, s'étonna Andy en prenant place.

- Pour les élèves, je ne sais pas, répondit Dorys, mais pour le corps enseignant et la direction, je crois que oui.

Je me suis tournée vers la tribune professorale. Derrière le turban du professeur Quirrel et à côté de la chevelure grisonnante de Mme Bibine, j'ai aperçu la longue barbe blanche de Dumbledore.

- Finalement, MacGonagall a dû prendre en compte vos protestations, a déclaré Dorys d'une voix égale.

C'était une excellente nouvelle! Rogue ne pouvait pas être impartial devant le directeur.

- Je suppose que l'on doit oublier notre chanson Rogue, raclure de chaudron, a soupiré Sean. Ainsi que le troisième couplet de Quand on ne sait pas voler, on évite de monter sur un balai

- Ça s'impose, ai-je reconnu avec un sourire.

Contrairement à ce qu'il déclarait depuis des semaines, Rogue, en entrant sur le terrain, ne semblait plus du tout heureux d'arbitrer. La présence de Dumbledore devait y être pour quelque chose. Il avait sorti son regard de tueur pour donner le coup d'envoi de la rencontre.

- Le Souaffle est lancé par le professeur Rogue, nouvel arbitre du match, commenta Lee Jordan. C'est Alicia Spinnet qui le récupère! Spinnet qui passe à Bell…

Lee fut interrompu par un retentissant coup de sifflet.

- Penalty en faveur de Poufsouffle, déclara Rogue. Il est interdit de lancer un Cognard en direction de l'arbitre, Weasley! Est-ce clair?

George, l'auteur du forfait, se défendit de l'avoir fait intentionnellement.

- Il commence fort, s'écria Sean. Cela ne fait même pas 30 secondes qu'on a commencé à jouer.

Poufsouffle entra donc en possession de la balle. Carrenan, la Poursuiveuse de Poufsouffle, réussit à passer Johnson et évita un Cognard expédié par l'un des Jumeaux.

- Bell récupère la balle, hurla Lee. Elle relance et … Quoi encore?

Rogue venait de nouveau d'interrompre le jeu et accorda un autre penalty en faveur de Poufsouffle, sans prendre la peine de se justifier. Des huées s'élevèrent de notre tribune. Rogue nous décocha un regard sournois et fit signe au Capitaine de s'avancer vers les anneaux que gardait Olivier. Un chœur de voix s'éleva chez la maison du Blaireau, entonnant un chant d'encouragement.

- Celle-là aussi Dean l'a écrite? se moqua Sean.

Je ne pris pas la peine de relever sa plaisanterie et me suis jointe aux cris d'encouragements des Gryffondors à leur gardien pour couvrir le bruit des Poufsouffles.

- 2 Noises qu'il tire à gauche, me souffla Dorys.

Le joueur s'élança et après un tir feint sur l'anneau de droite tira à gauche, provoquant un « je te l'avais bien dit » de Dorys. Olivier avait anticipé le coup et avec une aisance extrême rattrapa le Souaffle. Il relança aussitôt le jeu de peur que Rogue ne l'accuse de jouer la montre.

- Allez Gryffondor! Allez les Lions! criai-je alors que Spinnet passait à Johnson qui s'élança comme une fusée vers l'autre bout du terrain.

- POTTER! hurla Sean en désignant Harry qui fondit en piquet vers le sol.

La tribune entière se leva dans un même mouvement. Andy préféra se détourner du spectacle.

- Il va s'écraser, lâcha-t-elle avec un petit cri angoissé.

- Bien sûr que non! ai-je répliqué un peu sèchement. Il sait ce qu'il fait!

Potter continua inexorablement sa descente vers le sol. Une cacophonie infernale s'élevait de tous les points du stade. L'Attrapeur jaune et noir était loin derrière. Les Poursuiveurs des deux équipes s'étaient momentanément détournés du Souaffle.

- Potter a-t-il vu le Vif d'Or? s'égosilla Lee Jordan. Il continue sa folle descente. Attention, il va percuter l'arbitre si celui-ci ne bouge pas. Il va… Ils vont…

Rogue porta un instant le sifflet à sa bouche et regarda Potter lui foncer dessus, bien décidé à ne pas se décaler.

- Mais bouge! hurla Sean. Obstruction!

- Un arbitre qui fait obstruction, ai-je dit totalement ahurie. Je rêve…

Rogue n'évita la collision qu'en se décalant au dernier moment de quelques centimètres.

- Alors? Alors? me pressa Andy qui refusait toujours de rouvrir les yeux.

Pour toute réponse, elle eut une explosion de cris de joie. Nous nous sommes tous mis à sauter comme des déments. J'ai serré dans mes bras Sean, Andy, Dorys et trois 2ème année qui se trouvaient non loin.

- C'est terminé, lança joyeusement Lee Jordan. Je crois pouvoir affirmer que Potter vient d'exploser l'ancien record de la saisie de Vif d'Or la plus rapide. Gryffondor emporte donc le match par 150 à 0 et prend par la même occasion la tête du championnat. Ici Lee Jordan, je vous rends l'antenne, Professeur… Sourdinam

Nous nous sommes rués sur le terrain pour porter le héros du match en triomphe. Olivier atterrit non loin de nous. Dans l'euphorie générale, je l'ai serré dans mes bras. Ou plutôt, il m'a serré dans ses bras… Enfin, l'un de nous a serré l'autre dans ses bras.

- Tu as vu ça? a-t-il crié fou de joie.

- Il l'a fait! On a gagné!

Il profita du fait que Potter rejoigne enfin la terre ferme pour aller l'embrasser ainsi que les autres membres de l'équipe. Dorys toujours aussi stoïque me montra d'un signe de tête Rogue qui crachait par terre, visiblement dégoûté par notre victoire éclair. MacGonagall s'avança vers lui mais à voir son sourire, j'avais la certitude que même avec de bonnes intentions, elle ne parviendrait pas à lui remonter le moral.
Les joueurs eurent beaucoup de difficultés à rejoindre les vestiaires, les supporters ayant vraiment envie de prolonger cet état de grâce sur le terrain. Les Jumeaux furent les premiers à partir pour aller chercher de quoi fêter notre victoire aux cuisines. Les Poufsouffles rentrèrent la tête basse au château et en nous lançant au passage des regards noirs. Il fallait les comprendre, la défaite restait humiliante. Ils n'avaient pas pris un point sur ce match.
Dean réussit un instant à fendre la foule et lutta contre le flot d'élèves dans notre direction. Il me sourit et haussa les épaules, montrant ainsi que le résultat du match comptait peu pour lui. Il se fit cependant vite rattraper par Patch qui, le visage aux couleurs de sa maison, paraissait furieux.

- Laissons les traîtres entre eux, dit-il à notre attention en entraînant avec lui Dean vers le château.

Le pauvre Flaherty eut tout juste le temps de me faire un signe de la main avant de disparaître. Je sais que je ne devrais pas penser ça mais quelque part, la réaction de Patch m'arrangeait. C'était un moment que j'avais envie de partager avec ma maison et mes amis uniquement.

- Avec le temps, je pensais que Patch se serait habitué au fait que Gryffondor batte Poufsouffle, soupira Sean. Alors qu'en fait, ça empire d'année en année…

Etrangement, Patch, mû par un fol espoir, ne pouvait s'empêcher de nous narguer deux semaines avant la rencontre. Il le fait pour la 5ème fois et Poufsouffle perd contre nous depuis 5 ans. Il va sans dire qu'il doit, évidemment, assumer et supporter les moqueries en retour, nos moqueries. Moi aussi je pensais qu'un peu de plomb lui serait entré dans la tête… A croire que ce n'était pas le cas! Le jour où Poufsouffle battra Gryffondor, Patch sera sans conteste le plus heureux des hommes… (seulement ce jour-là n'est pas prêt d'arriver)

§§

Boissons et gâteaux à volonté nous attendait dans la Salle Commune. Une ovation accompagna l'entrée de chaque membre de l'équipe. Alicia et Angelina accueillirent timidement les acclamations. Katie faillit mourir d'une crise cardiaque en franchissant le tableau et Olivier, lui, profita de chacun des applaudissements et salua ses camarades d'un ample geste de la main que d'habitude seule la Reine faisait. Fred et George se mirent aussitôt à protester: aucun d'eux n'avaient eu droit à son triomphe puisqu'ils étaient passés directement par la case cuisine. On les laissa donc faire une seconde entrée qui fut de loin la plus bruyante. Y avait-il une meilleure façon de leur rendre hommage?

- Au fait George, lui ai-je demandé alors qu'il venait faire râler son frère Percy, est ce que tu as fait exprès de viser Rogue?

George a jeté un regard par-dessus ton épaule puis a répondu sur le ton de la confidence.

- Si on te le demande, c'était un pur hasard…

Il m'a lancé un clin d'œil.

- Tu aurais pu entrer dans les annales de l'école comme ça, tu en as conscience? ai-je continué amusée. Une nouvelle légende…

En fait, je crois que j'aurais adoré voir Rogue se prendre un Cognard en pleine tête. C'était la moindre des choses pour le punir de tout ce qu'il nous avait fait et surtout tout ce qu'il comptait encore nous faire.

- Ne t'inquiète pas pour ça, assura George. Fred et moi comptons bien laisser notre empreinte ici-bas. Pour Rogue, l'occasion était trop belle pour ne pas la saisir… Si Olivier t'en parle, June, tu ne sais rien, hein? Il nous avait demandé de ne pas faire de vague et je n'ai vraiment pas envie de l'avoir sur le dos jusqu'à la fin de la saison. Tu sais comment il est dans ces cas-là…

Je le lui ai promis et George est parti rejoindre son frère jumeau après avoir, bien sûr, étalé les restes de maquillage présents sur les joues de Percy.

- Décidemment, je n'arriverai jamais à comprendre mes frères, marmonna Percy. George qui agresse un professeur, Ron qui se bat comme un chiffonnier… Une belle journée pour les Weasley! Et puis, franchement June, quelle idée de me mettre ce stupide maquillage!

- Tu n'avais qu'à l'enlever Percy, me suis-je moquée. Je te rappelle simplement que tu es un Gryffondor avant d'être un préfet…

Percy a détourné la tête avec une grimace. Je savais pourtant qu'il ne le prendrait pas mal. Il s'était bâti une image si rigoureuse et stricte qu'il n'aurait jamais osé de lui-même se peinturlurer la figure pour soutenir son équipe. Il avait eu beau protester, il avait été ravi qu'on le fasse pour lui.

- En parlant de préfet, dit-il d'un ton badin, j'ai croisé Pénélope tout à l'heure. Elle était allée voir le match. Tu sais ce qu'elle m'a dit? « Je ne te savais pas aussi frivole ». Je pense qu'elle faisait allusion au maquillage.

- Oui, je crois aussi, ai-je répondu.

Je ne voyais pas comment Penny aurait pu trouvé Percy frivole autrement, lui qui était tout sauf frivole… Elle était vraisemblablement ironique en disant cela mais Percy en était ravi. Pour une fois que quelqu'un lui avait trouvé quelque chose de cool…

Nous sommes alors tous les deux allés rejoindre les autres près de la fenêtre. Olivier était en train de revivre le match, à l'aide de grands gestes des bras, avec Dorys et Sean.

-… Et je me suis dit « il va tirer à gauche », racontait Olivier. Il a tenté une feinte mais hop! J'étais du bon côté! On ne me l'a fait plus à moi celle-là…

- Atterris Dubois! soupira Dorys blasée. Il tire toujours à gauche… Même moi, je le savais!

- Au fait, comment tu l'as su? ai-je demandé me rappelant soudainement du pari qu'elle avait lancé avant que le tir ait lieu alors qu'Olivier s'était renfrogné.

- C'était statistique… répondit Dorys avec un haussement d'épaule.

- En parlant de statistiques, déclara Andy dont je n'avais pas encore remarqué la présence puisqu'elle était caché derrière un mur de parchemins, voilà celles que tu m'as demandées Olivier.

Elle tendit un rouleau à Dubois qui eut l'air ravi en le saisissant.

- Qu'est ce que c'est? ai-je demandé curieuse.

- Du travail pour nous, répondit Olivier avec un petit sourire. J'ai demandé à Andy d'établir les stats du match. On pourra plancher dessus en toute confiance dès demain!

- Demain? répéta Sean. Pourquoi demain?

- Parce que ce soir, on fait la fête! déclara joyeusement Olivier.

Alors que nous trinquions à la victoire de Gryffondor, Percy s'est approché d'Andy et a regardé par-dessus son épaule ce qu'elle faisait.

- C'est le devoir de Botanique pour mardi? s'écria notre préfet en se tapant le front de la main. Il m'était sorti de l'esprit. Tu as raison, Andy! Mieux vaut s'y mettre dès maintenant.

Il alla chercher son sac et s'installa avec elle.

- Vous n'allez pas travailler maintenant, ai-je fait abasourdie. Profitez encore un peu de la fête!

- Vous vous arrangerez avec Chourave mardi, se contenta de répondre Andy.

Olivier me poussa dans le dos pour me faire avancer.

- Laisse les tomber, dit-il d'une voix lasse. Tant pis pour eux…

Et nous nous sommes joints au tonnerre d'applaudissements provoqué par l'entrée dans la Salle Commune du héros de la journée: Harry Potter.

§§§§

Le lendemain matin, après être allée à la Volière pour envoyer un compte-rendu du match à mon père, il a bien fallu que je me rende à l'évidence: Andy avait raison, nous aurions dû faire nos devoirs la veille. Plutôt que de perdre du temps à l'admettre, nous nous sommes tous mis au travail sans traîner. A l'extérieur, la neige tombait à gros flocons, recouvrant pour la dernière fois de l'année le parc d'un épais manteau blanc. A la fin du déjeuner, Patch (qui ne semblait toujours pas avoir digéré la défaite de la veille) nous lança un curieux défi.

- Poufsouffle contre Gryffondor, nous souffla-t-il dans le Hall. Le match ultime: affrontement à la boule de neige. Rendez-vous dans le parc dans dix minutes.

- Patch, c'est très sympa à toi de nous inviter jouer, ai-je répondu, mais on a du boulot et …

- Je croyais que les Gryffondors n'étaient pas des lâches, cracha-t-il avec un rictus moqueur.

- On y sera! s'écria Sean fièrement. Et dans cinq minutes!

Patch est malin. Il sait parfaitement comment nous faire marcher. Apprendre à gérer notre orgueil de Gryffondor va devenir une priorité pour nous. Il suffit qu'un élève associe notre maison à la lâcheté pour qu'aussitôt nous soyons prêts à faire n'importe quoi pour prouver le contraire. Je crois que c'est ce qu'on appelle l'Orgueil du Lion. Les Serpentards adorent nous provoquer de cette façon….

Patch sortit d'un air satisfait.

- Il ne nous reste plus qu'à rameuter du monde, soupira Olivier.

En cinq minutes, nous avons réussi l'exploit de convaincre Andy, Dorys, Matthew MacKinnon (qui partage le dortoir avec les garçons), Mélanie, Penny et deux de ses amies ainsi que Percy (puisque même Penny venait). Nous nous sommes donc retrouvés dans le parc, grelottants, à écouter Olivier développer une stratégie.

- Nous devons tous nous répartir dans la zone et essayer de tenir nos positions. Faites des réserves en munition et ne les manquez pas. Nous ignorons combien ils sont et qui est avec eux. Que ceux ou celles qui en sont capables ensorcellent leurs boules. Associez vous avec un franc tireur et …

Une boule de neige éclata sur la tête d'Olivier marquant le début des hostilités.

- A couverts! cria Sean alors que nous nous moquions de la tête de Dubois.

Andy et moi avons trouvé refuge derrière un épais tronc d'arbre. Andy se mit aussitôt à l'ensorcellement.

- J'ai besoin d'avoir une cible June, me dit-elle.

Je me risquais donc à jeter un coup d'œil. J'eus à peine le temps de repérer Kudon changer de position avant qu'une boule ne vienne s'écraser sur le tronc.

- Kudon, derrière le rocher gris là-bas! ai-je dit en lui montrant la pierre d'un signe de la tête.

Elle remua un instant sa baguette et les boules de neige s'élevèrent lentement du sol.

- Et c'est parti, s'écria Andy.

Les boules se tracèrent un chemin, zigzagant à travers les troncs. Un cri aigu nous apporta la confirmation de l'impact.

- Benton: 100 points, déclara fièrement Andy.

La bataille faisait rage. Les boules fusaient en flots continus d'un côté comme de l'autre. En bon Général, Olivier vint aux nouvelles en rampant jusqu'à nous.

- Alors? nous demanda-t-il.

- Kudon, Hobbes et Smithers à droite, ai-je répondu adossé à mon tronc sous une véritable pluie de projectiles. Plus deux autres Poufsouffles à gauche.

- Qui viennent s'ajouter aux 4 autres planqués près du lac, plus 3 qui viennent de s'esquiver vers la maison d'Hagrid… Il n'y a pas à dire, Patch a fait les choses en grand!

- Au fait, tu l'as vu ? demanda Andy.

- Non… Et ça commence à m'inquiéter, reconnut Olivier. Il prépare un mauvais coup…

L'intuition d'Olivier s'avéra être la bonne puisque peu après Patch mena un assaut sur notre retranchement. Il fallut les efforts conjugués de Matthew, Mélanie, Sean et d'une amie à Penny pour nous aider à le repousser. Nous l'avons échappé belle cette fois-ci. Nul doute cependant qu'ils reviendraient bientôt à l'attaque.

Peu après des cris nous parvinrent du château.

- Je crois que c'est pour toi, June, déclara Percy que l'on avait fait monté sur un arbre pour faire le guet.

Dean s'avançait cahin-caha sur les pentes verglacées qui menaient au champ de bataille, manquant à plusieurs reprises de finir la descente sur les fesses. Etrangement, sa vue m'attendrit. Peut-être était-ce de voir la tête dans les épaules pour se protéger du froid, ou la prestance que lui conférait son manteau, ou encore les quelques mèches folles qui s'échappaient de son bonnet… Il s'arrêta devant les tirs croisés de missiles glacés.

- Flaherty! cria Mélanie depuis sa cachette. Ce n'est pas le moment!

L'entendre appeler Dean par son nom me surprit. J'avais oublié qu'ils étaient dans la même année. Ils avaient certainement dû avoir des cours en commun. Une voix s'éleva du côté ennemi.

- Dean, viens vite avec nous! Rejoins les tiens!

- Désolé, répondit-il d'une voix forte. Je suis simplement à la recherche de June…

- On est en plein combat, je te signale, continua la voix chez les Poufsouffles.

- Ça, je vois! répliqua Dean en réajustant son écharpe devant son nez. Mais vous pouvez bien faire une pause de quelques minutes le temps que je parle à ma petite amie!

La soudaine envie de me tourner vers les autres et de dire « c'est de moi qui parle » m'a traversé l'esprit. J'ai préféré me contenter de sourire. La voix de Patch s'éleva pour répondre :

- JAMAIS !

Je savais pourtant à présent qu'aucun d'eux ne m'arrêterait. Je me suis donc levée et me suis débarrassée de la neige qui couvrait mes vêtements.

- N'y vas pas, June! me conseilla Sean. A tous les coups, c'est un piège. Ils doivent vouloir découvrir ta position.

- Sean! ai-je protesté choquée. Dean n'est pas comme ça…

- Vas-y, me rassura Andy avec un clin d'œil. Je couvre tes arrières.

Avant de partir, je me suis tournée une dernière fois vers Olivier pour voir ce que lui en pensait. Il s'est contenté de secouer la tête sans même me regarder, désespéré par mon comportement. Je suis timidement sortie de ma cachette. Après quelques mètres passés à découvert et puisque personne ne m'avait attaqué, je me suis empressée de rejoindre Dean.

- Qu'est ce qui se passe ? ai-je demandé en parcourant les derniers mètres qui me séparaient de lui.

- Oh rien… répondit Dean en me décochant un sourire malicieux. Je te l'ai dit: j'avais juste envie de dire bonjour à ma petite amie.

Je me suis mise à rire puis me suis hissée sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur ses lèvres glacées.

- Mais tu es frigorifié, me suis-je écriée en lui prenant les mains. Regarde tes mains! Elles sont toutes blanches!

- Il faut dire que je te cherche depuis un moment, m'expliqua Dean.

J'ai réfléchi un instant avant de finalement me serrer contre lui dans l'espoir de le réchauffer un peu. Mon initiative le surprit mais il ne tarda pas à refermer ses bras sur moi.

- Patch m'a interdit de venir te voir, avoua-t-il à voix basse, sous peine d'être battu et puni. Et ce matin, tu étais introuvable…

- On a un devoir de Botanique à rendre mardi, ai-je répondu.

- Mmh… D'où le fait que vous passiez l'après midi dehors, a dit Dean moqueur.

Il a rangé une de mes mèches derrière mon oreille puis, me soulevant le menton, m'a tendrement embrassé. L'instant aurait pu être magique si à cet instant Patch n'avait pas hurlé:

- FELON! TRAITRE!

Dean s'arrêta aussitôt, coupé net dans son élan.

- Excuse le, ai-je dit avec un sourire nerveux. Il n'est pas dans son état normal…

- Aucun d'eux n'a l'air de l'être, me signala Dean.

Effectivement, à bien regarder, il y avait de quoi se poser des questions. Ça criait, ça se cachait, ça échafaudait des plans… L'idée que Dean nous trouve idiots m'effraya soudainement. Les mains plongées dans les poches de son manteau, il jetait un regard amusé à ce spectacle.

- Difficile de croire que nous allons vers les 16 ans, hein? ai-je tenté de plaisanter. Parfois je me dis que mon cerveau a cessé de grandir à l'âge de 10 ans!

- Non… me rassura-t-il avec une moue moqueuse. Si ce genre de choses vous amuse, il n'y a pas de mal.

- Tu ne nous trouves pas puéril? ai-je demandé étonnée.

- De toutes façons, il faut bien que jeunesse se passe, soupira-t-il fataliste.

Il était adorable… De nouveau, j'ai ressenti le besoin de me blottir contre lui. Puisqu'il gardait les mains dans le dos, j'ai plongé les miennes dans ses poches. A ma grande surprise, je découvris qu'elles étaient pleines.

- Qu'est ce que tu as dans les poches? ai-je demandé curieuse.

Dean ne répondit pas et se contenta de me regarder avec un air angélique. J'ai soutenu son regard et y ai cherché une réponse.

- Tu n'aurais pas fait ça? ai-je demandé soupçonneuse.

- Fait quoi?

- Me tendre un piège…

- Non, répondit-il d'un air innocent. Je ne ferais jamais ce genre de choses…

- Dean Flaherty, tu as les poches pleines de neige! ai-je répliqué.

- Ah bon?

Il a alors sortit les mains de son dos. Pendant tout ce temps là, il avait façonné une boule de neige, qui de toute évidence m'était destinée.

- Tu n'oseras pas! ai-je dit amusée.

Je me trompais. Il a osé… en pleine tête en plus!

- Allez y les gars! cria-t-il à l'attention du camp adverse.

- Ordure… me suis-je indignée.

Il s'est contenté de me lancer un clin d'œil et s'est penché pour ramasser de la neige. La voix d'Olivier retentit alors.

- June! Sauve-toi! Vite!

Je n'ai pas réfléchi. Je suis partie droit devant moi en direction du lac. De temps à autres, une boule de neige venait s'écraser à mes pieds, me forçant à faire un brusque écart. Dean était derrière moi, je pouvais entendre ses pas dans la neige. Le terrain se fit beaucoup plus glissant. Par deux fois, je manquais de tomber. Dean finit par m'attraper par le bras pour stopper ma fuite. Mais sur le verglas, un arrêt brutal entraîne forcément une glissade. Mes jambes sont parties, balayées par celles de Dean et je me suis lourdement écrasé sur le sol. En vérité, je me suis lourdement écrasé sur Dean.

Le temps de calmer mon hilarité et de me mettre sur ces genoux, je constatai qu'il ne bougeait plus. Il devait s'être cogné la tête en tombant. J'ai commencé à paniquer.

- Dean, Dean… ai-je dit en lui caressant doucement le visage. Réponds! Tu m'entends? Si c'est une blague, ce n'est pas drôle… Quelle idée de courir sur la glace!

Comme je l'espérais, ses paupières ont légèrement tressailli, preuve qu'il faisait semblant. J'ai donc pris mon mal en patience et ai attendu que cela lui passe en le regardant en silence. Plus je l'observais, moins j'avais envie d'arrêter et de détacher mes yeux de son visage… Mon estomac s'est noué un instant. Il était si mignon… J'ai senti que quelque chose d'effrayant était sur le point de naître en moi et cela me mit mal à l'aise.

- Bouh! a crié Dean en se levant d'un bond.

Perdue dans ma contemplation, j'ai bien évidemment eu la peur de ma vie et cela le fit beaucoup rire.

- Tu n'es qu'un gros nul! ai-je râlé en me levant pour éviter qu'il ne me voit rougir.

- June… Ne le prends pas mal! me dit-il avec un sourire.

- Tu as raison… ai-je admis en lui tendant la main pour l'aider à se remettre sur pieds.

Main que j'ai naturellement retirée au dernier moment… Dean repartit donc en arrière, le postérieur le premier.

- Bien fait!

Sa tête ahurie valait le détour. Mais je n'ai pas pu en rire longtemps puisque c'est à cet instant précis que les boules de neige ensorcelées me rattrapèrent. J'ai compté 11 impacts. Olivier m'affirma par la suite qu'il y en avait eu plusieurs dizaines.

L'après midi fut riche en rebondissements, plus surprenant les uns que les autres. Percy (ou plutôt son arbre) se fit encerclé et notre préfet se retrouva aux mains de l'ennemi. Par chance, Hobbes tomba peu après dans nos filets et nous servit de monnaie d'échange. Les Serdaigles, Penny en tête, nous firent défection, se liguant contre nous dans une alliance secrète passée avec les Poufsouffles. Seule Mélanie resta fidèle à notre cause. A 17 contre 8, nous étions mal en point.

- Ne vous laissez pas impressionner! nous encouragea Olivier. Nous les battrons parce que nous sommes les meilleurs. Nous triompherons, quitte à y laisser la vie…

Olivier est très friand de ce genre de formule. Sa favorite dernièrement ? « Les dés sont maintenant jetés, Gryffondor doit se soumettre ou triompher. »

- Y laisser la vie… N'importe quoi! se moqua Dorys. Tu débloques mon pauvre Olivier! Le froid doit être en train d'attaquer les quelques neurones qu'il te reste.

- Ça fait des heures qu'on joue, se plaignit Andy en grelottant. On gèle en plus ici…

- Vous voyez! C'est ce qu'ils veulent, déclara Olivier d'un air victorieux. Qu'on se dispute, que des tensions apparaissent…

Andy était pour arrêter, Olivier pour continuer et Dorys pour qu'ils se taisent tous les deux. Autant dire que nous étions au point mort.

Bizarrement, c'est à ce moment que l'union sacrée entre Poufsouffle, Serdaigle et Gryffondor put renaître. Nous n'avons fait qu'un l'espace d'un instant, le temps de canarder Flint et sa bande qui passaient par là. Après un tel succès (et avec la nuit qui approchait), nous ne pouvions que mettre un terme à l'affrontement. Il a tout de même fallu négocier pour savoir qui abandonnait le premier et qui avait l'avantage. Nous sommes finalement arrivés à la conclusion que tout le monde avait gagné à sa façon. Patch admit enfin la défaite de la veille, Dean me présenta ses excuses pour sa traîtrise et Olivier reconnut publiquement le potentiel de Poufsouffle et de son équipe de Quidditch. Trempés, épuisés et gelés, nous sommes retournés vers nos salles communes respectives pour une bonne douche chaude et terminer ce fichu devoir de Botanique.

Par la suite, Olivier me demanda si je n'étais pas trop déçue par la trahison de Dean (il était tellement fière que Mélanie soit restée de notre côté et n'ait pas suivie Penny). Pour tout te dire, je ne l'étais pas. C'était même plutôt le contraire. J'étais ravie de voir qu'il prenait part à nos jeux et qu'il avait à cœur de défendre les intérêts et l'honneur de sa maison.

- Tu as raison, concéda Olivier quand je le lui ai expliqué. Le fait qu'il l'ait fait va peut-être faire un peu remonter le flûtiste dans mon estime…

Ce n'était pas grand-chose mais de me dire qu'un jour Olivier finirait peut-être par apprécier Dean me rassura et me rendit le sourire que mes trois parchemins rédigés à la va-vite avaient fait disparaître.

§§§§

Voir Rogue piquer une crise, ce n'est rien… MacGonagall, c'est déjà un peu plus terrifiant. Pour Rusard, on n'y fait même plus attention. Je n'ai jamais vu Dumbledore s'énerver mais j'imagine ce que ce doit être et personnellement, je n'aimerais pas que ce soit contre moi. Mais quand cela vient de quelqu'un comme Chourave… Bizarrement, les personnes les plus calmes et joviales deviennent redoutables une fois énervée.

Bien sûr, nous nous attendions à ce qu'elle soit, disons, un peu moins « chouravesque » après la défaite de sa maison (je ne te l'ai peut-être pas dit mais faire un score nul, ça craint vraiment!). Tout sourire avait déserté son visage désormais froid et inexpressif. Ses yeux ne nous lançaient pas des éclairs mais de vraies gerbes de glace. Surpris par son attitude, nous nous sommes tous assis dans un silence religieux, sentant la tempête arriver. D'un coup de baguette, le professeur fit claquer la porte de la serre, ce qui fit sursauter la plante carnivore qui, enhardie, avait commencé à déployer ses tentacules vers des élèves distraits. Lentement, Chourave fit apparaître une pile de copies. Nos devoirs de la semaine précédente…

Je n'ai pu retenir une grimace. Après notre dimanche mouvementé, j'avais fini par bâcler mon devoir et j'avoue que je comptais sur l'indulgence légendaire de Chourave pour faire passer le tout. Malheureusement, à la tête que faisaient mes camarades, je devinais que je n'avais pas été la seule à y avoir penser.

- C'est mauvais, déclara lentement Chourave. Très mauvais. Nous ne sommes pas en juin mais en février. Je ne crois pas qu'il soit judicieux que vous arrêtiez de travailler maintenant.

Elle s'avança vers les premiers plans de travail pour leur donner leurs copies.

- Vos résultats sont indignes d'élèves de 5ème année, élèves qui, soit dit en passant, ont des examens capitaux à la fin de l'année. La Botanique est une matière à passer aux BUSE, pour ceux qui l'ignorent encore! Jamais, dit-elle en haussant subitement la voix, jamais je n'avais eu d'aussi mauvaises notes sur un devoir de cette simplicité. Oui, Mr Hataway, il était extrêmement simple! Même un élève en 1ère année, s'il avait pensé à consulter les ouvrages de référence sur les plantes équatoriales vivaces, aurait pu le faire sans aucune difficulté!

- Alors pourquoi elle ne l'a pas donné aux 1ères années? me chuchota Olivier.

Sa remarque me fit sourire. Il n'avait pas tort… Chourave, non loin de là, nous entendit.

- Dubois et Tierney, je ne crois pas que vous soyez en mesure de faire des commentaires! Il serait temps pour vous de mettre le sport de côté et de penser un plus à votre avenir.

Voilà! On y revenait! Pourquoi les profs nous accusent-ils toujours quand on se plante de faire passer le Quidditch avant le reste? Si Percy ratait un devoir, lui reprocherait-on de faire du zèle dans son rôle de préfet? Bien sûr que non… Ce comportement a un nom: discrimination anti-sportif!

- Professeur, s'indigna Olivier, le problème n'est pas là…

Chourave leva les yeux au ciel.

- Mais quand donc allez vous cesser de protester? s'exclama-t-elle agacée. Arrêtez de vous plaindre de l'arbitrage, du calendrier des matchs et des conditions météorologiques! Si vous aviez travaillé pendant ce temps perdu… Oui, Miss Tierney, il s'agit bien de temps perdu! Vous auriez aisément pu avoir une note décente. En tout cas autre chose qu'un P…

Elle jeta nos copies sous nos yeux. Un P… La honte! En Botanique en plus… C'était injuste! Nous ne méritions pas un P. Bon, j'admets que nous ne méritions pas non plus un O ou un E. Mais certainement pas un P!

- C'est injuste Professeur, ai-je protesté. Nous avons tous travaillé sur ce devoir, souvent jusqu'à tard dans la nuit…

Je ne mentais qu'à moitié puisque nous n'avons travaillé qu'une seule fois tard dans la nuit pour ce devoir (durant celle qui précédait le jour où nous devions le rendre). Bref, elle ne pouvait pas dire que nous n'avions pas bossé.

- Oh mais je sais bien que les Gryffondors sont des élèves modèles, rétorqua Chourave en continuant sa distribution. Pas un d'entre eux ne préfèrerait profiter des dernières neiges de l'année alors qu'ils ont du travail à faire.

- Grillée, ai-je soupiré abattue.

Olivier me répondit par une grimace, les yeux rivés sur son P dessiné à l'encre écarlate. Les Poufsouffles, nos adversaires du dimanche, s'amusèrent de nos déconvenues. Chourave les remit cependant vite en place en précisant que, bien qu'elle n'ait pas fini de corriger l'intégralité de leurs copies, le peu qu'elle avait eu sous les yeux ne valait pas mieux que les nôtres. Elle retourna ensuite vers sa table pour que nous puissions tous bien la voir.

- Seul deux d'entre vous ont su tirer leur épingle du jeu, scanda-t-elle en exhibant deux copies sur lesquelles deux beaux O bien ronds étaient aisément visibles. C'est sans surprise que je vous annonce qu'il s'agit de Miss Benton et de Mr Weasley. Vous auriez tous intérêt à les prendre en exemple!

Il était impossible de déterminer lequel d'Andy ou Percy possédait le visage le plus rouge après ça. Il était également impossible de déterminer si cet état était dû au compliment du professeur ou au poids des regards meurtriers rivés sur eux. Chourave décida d'en remettre une couche.

- Remerciez les! C'est uniquement grâce à eux que je ne retirerai pas de points à votre maison. Il va sans dire que ceux qui n'auront pas eu la moyenne à ce devoir auront à le refaire en plus de celui que je vous donnerai à la fin du cours. Est-ce clair?

Nous avons tous marmonné un « oui » sans grandes convictions avant de nous mettre au travail. Chourave nous avait réservé une plante particulièrement inintéressante: le Mimbulus Mimbletonia. De l'aspect d'un petit cactus, il libère une quantité impressionnante d'Empestine si tu as le malheur de le chatouiller ou de le toucher avec une baguette. Mais ça, bien sûr, nous l'ignorions…

C'est donc couverts d'Empestine et de bouse de dragon (un fameux mélange) que nous avons repris la route du château. J'étais sur les nerfs. La réaction de Chourave, totalement exagérée (bon, j'admets, peut-être un peu justifiée), avait provoqué le même phénomène chez moi: une colère tout aussi démesurée. Je n'avais pas l'impression d'avoir passer deux heures en Botanique mais d'avoir assister à un cours particulièrement pénible de Potions. Même le fait de brûler ma copie avec les autres ne me fit pas décolérer.

Et ce fut sans surprise que MacGonagall nous en remit une couche. Pourquoi? Parce qu'elle et Chourave sont comme les Cognards: elles se déplacent toujours par deux. A coup sûr, elles ont faire leur étude ensemble ou quelque chose comme ça… Dans les temps « informels » de la vie de l'école, elles sont toujours ensemble. Il ne faut pas oublier Flitwick qui ne les quitte pas d'une semelle et est toujours prêts à élaborer avec elles je-ne-sais-quel devoir à nous donner. Ils forment à eux trois le Triumvirat des profs de l'école, l'alliance infernale des directeurs de maison.

Bref, à peine installés, MacGonagall nous reprit de volée.

- J'ai cru comprendre que vous vous étiez illustrés en cours de Botanique, déclara-t-elle sèchement en balayant la salle de son regard sévère. Hélas, si ce n'était qu'en Botanique… Nombre de vos enseignants se plaignent d'un relâchement ces dernières semaines. Moi-même, j'ai à le déplorer. Je sais, ajouta-t-elle pressentant nos protestations et en se tournant plus précisément vers Olivier. Le match… A défaut de comprendre, je peux admettre. Cependant, je tiens à vous rappeler que le match est passé et que donc, désormais, vous n'aurez plus cette excuse. Dans les semaines qui arrivent, vous aurez à vous poser de nombreuses questions sur votre avenir. Ceux d'entre vous qui savent précisément ce qu'ils veulent faire plus tard sont peu nombreux. Aussi, ne prenez pas de retard, ne sous-estimez aucune matière, sous peine de voir des portes se fermer devant vous!

- Même la Divination? demanda Dorys.

Nous avons tous guetté la réponse de MacGonagall avec de petits sourires aux lèvres. Il était de notoriété publique qu'elle n'appréciait pas les enseignements de Sybille Trelawney. Notre directrice de maison fit cependant un effort pour paraître crédible.

- Même la Divination… finit-elle par répéter.

Les autres profs heureusement ne nous mirent pas de pressions supplémentaires. Flitwick nous recommanda bien sûr de commencer à planifier nos révisions mais cela s'arrêta là. Rogue, depuis notre victoire, était infect. Pourtant, il semblait aussi tracassé par quelque chose. Je lui trouvais le teint cireux. Avec un peu de chance, il allait nous faire un ulcère. Je ne lui souhaite pas… Mais comme dit ma mère, cela guette toute personne incapable de décompresser (et elle sait de quoi elle parle). La maladie de Rogue aurait au moins le mérite de nous faire voir la Potion d'une autre façon. Peut-être même que cela révèlerait des vocations, qui sait? Brûlepot, lui, était trop préoccupé par ses Nilfleurs qui disparaissaient sans raison pour nous reprocher quoi que ce soit. Quant à Quirrel…

En ce moment, il n'était que l'ombre de lui-même (autant dire l'ombre de pas grand-chose). Son turban puait plus que jamais, ce qui faisait dire à Sean qu'un des Nifleurs de Brûlepot avait du choisir de venir y mourir. Notre prof de DFCM maigrissait et pâlissait au fil des jours. Il semblait également être en proie à de véritables absences. Nous avons étudié les loups-garous (pourtant au programme en 3ème, voire en 4ème année) puis nous avons enchaîné sur les vampires (pas au programme des 5ème années, Andy en était formelle). La seule chose censée qu'il fit fut de nous préparer pour la fin du mois une mise en situation face à un Epouvantard, exercice qui avait de fortes chances de tomber pour notre examen pratique.

§§§§

Notre après midi dans la neige eut d'autres conséquences. Comme Chourave l'avait annoncé, les Poufsouffles n'avaient pas mieux réussi le devoir que nous. Etant leur directrice de maison, elle se permit même d'être plus cruelle qu'elle ne l'avait été avec nous...

Mais le plus gênant fut, dans mon cas, d'avoir pris froid. Je passais mes journées à renifler (mais toujours de manière élégante), à tousser et à me moucher. Une épidémie de grippe frappa l'école comme chaque année et cette fois-ci, je n'y avais pas échappé. As-tu déjà tenté de faire un devoir (dans ce cas précis de rattrapage exigé par Chourave) avec les yeux te brûlant au point que tu as la certitude que si tu ne les plonge pas vite dans l'eau, ils se mettront à fondre? Non? Alors imagine ma souffrance… Je me rappelle avoir regardé ma montre et avoir constaté qu'il était 21h15 et que donc cela faisait bientôt 2h30 que j'étais dessus. Si avec ça, je n'obtenais pas un E… J'ai longuement baillé. Depuis quelques nuits, je dormais assez mal, rêvant sans cesse de Moremplis. Le Suaire vivant est une espèce de bestiole à l'aspect d'une couverture qui parvient à gober des personnes entières. On ne réchappe pas à son attaque, on ne peut rien faire… Je finissais presque par avoir peur de me faire gober par mes propres draps! Et comme nous sommes encore en février, je ne peux pas me permettre de dormir sans… Du coup, je ne dors pas, ou très mal.

Epuisée, je me suis accordée un petit moment de repos, le visage dans les mains. Soit elles étaient glacées, soit ma tête était en feu. Ignorant les cris de Percy contre des 2èmes années qui troublaient ma concentration, j'ai profité des bienfaits de l'obscurité sur mes yeux.

Je déteste être dans cet état-là... Il fallait que ça passe rapidement. Le lendemain, Olivier pensait programmer la première réunion de la Cellule et je devais être pour ça en possession de l'intégralité de mes capacités intellectuelles. Nous allions bientôt entrer dans la dernière ligne droite, les derniers préparatifs avant la fin de saison. C'est là que les choses se gâtent. C'est là que notre travail prend tout son sens. J'ai vraiment envie que Gryffondor gagne cette année, pour nous tous, pour la maison, pour Olivier... Je n'aurais jamais cru que cette envie puisse être aussi forte. Je le désirais de tout mon coeur... J'étais prête à donner n'importe quoi (enfin, faut voir quand même) pour y être déjà. Je nous imagine parfaitement dans les tribunes, survoltés, totalement à vif, les yeux rivés vers le ciel. Nos Poursuiveuses rivaliseront d'ingéniosité face à l'équipe de Serdaigle. Fred et George donneront une leçon de Quidditch à tous les spectateurs présents. Olivier rayonnera de charisme et Potter... Potter se mettra soudainement à plonger vers le sol, dans une descente dont lui seul peut sortir vivant. Sa main se refermera sur la petite noix dorée et là... Et là... Ce sera le plus beau jour de ma vie. La folie s'emparera brutalement de nos tribunes mais j'y resterai indifférente. Parce que toute mon attention sera dirigée vers lui... Je bondirai sur le terrain pour l'y rejoindre. Il posera le pied à terre et se tournera vers moi et je sauterai dans les bras qu'il m'aura ouverts. Je réaliserai alors qu'être dans ses bras est exactement comme je l'avais imaginé. Puis il me reposera et sans un mot, nous nous dévisagerons. Il fera la moitié du chemin, je le connais, mais sans aller plus loin. Ce sera à moi de faire le reste. Nos lèvres se frôleront alors et dans un souffle, il murmurera:

- Je t'aime Juni... Juni... Tu m'entends, Juni? Juni...

Et c'est à cet instant que j'ai ouvert les yeux.

Olivier s'était penché sur moi et me secouait l'épaule en douceur. Je m'étais endormie, la tête posée à même la table, sur mon devoir. Il me fallut quelques instants pour tout remettre en place, pour oublier mon rêve, pour admettre que ce n'était qu'un rêve... Etre face à Olivier alors que la seconde auparavant, nous étions à deux doigts de nous embrasser (en rêve certes!) avait quelque chose de déroutant. Je me suis redressée mais mon devoir m'est resté collé à la joue. Un rapide coup d'oeil à ma montre me fit réaliser qu'il était plus de 23h30.

- Je me suis endormie, ai-je marmonné la tête dans le brouillard.

- Je crois, répondit-il en s'asseyant à côté de moi. Tu sais pourtant ce que tu risques à t'endormir dans la Salle Commune. Faut croire que tu as eu de la chance malgré ta malédiction: Sean s'est disputé avec Dorys et il est monté se coucher direct. Sinon il te l'aurait fait payer...

Et lui? Pourquoi lui ne m'avait rien fait?

- Tu m'as fait de la peine à renifler toute la journée, continua-t-il devinant mes pensées. En plus, tu avais l'air de faire de beaux rêves alors je n'ai pas voulu les gâcher... Promets moi seulement de ne plus t'assoupir ici... et sur ton devoir...

Il souriait en disant cela. Je me suis aussitôt tournée vers ma copie. Un tiers du parchemin était désormais illisible car l'encre avait bavé.

- C'est imprimé sur ma joue, n'est ce pas? ai-je demandé en portant mes mains au visage.

- Laisse moi faire, déclara doucement Olivier.

Il se rapprocha et tendit sa main vers mon visage. Je me sentais totalement à plat. La douceur de mon rêve me revint à l'esprit. Je gardais les yeux rivés sur lui alors qu'il me caressait la joue. Pour être honnête, le terme "frotter avec vigueur" est plus approprié. Mais je mettais la brûlure et la douleur de côté. Seul le contact importait... Son regard croisa le mien et sa main ralentit pour finalement s'arrêter. Une sensation que je connaissais bien refit surface pour la première fois depuis un moment et mon estomac fit de nouveau un tour sur lui-même. J'étais tellement bien... Mes yeux se fermèrent tout seuls, pour profiter de ces instants.

Hélas (ou peut-être par chance), Olivier ne comprit pas l'état dans lequel j'étais et cru tout simplement que je m'étais rendormie.

- Hé Juni, réveille-toi! dit-il en me donnant de petites tapes.

A contre coeur, je m'exécutai et me mis sur mes pieds. Le sol tangua légèrement sous moi.

- Tu n'as pas l'air dans ton assiette, signala Olivier inquiet. Tu devrais aller te coucher...

J'ai pris mon devoir à la main et ai marmonné d'une voix lugubre:

- Va falloir que je recommence tout...

- Ton devoir attendra, répondit-il en me le prenant des mains et en me poussant vers les escaliers des dortoirs des filles. Repose toi et...

Mon gros orteil gauche est à cet instant entré en collision à pleine vitesse avec le pied d'un des fauteuils. Un énorme juron m'échappa alors qu'une décharge douloureuse se répandait dans mon corps tout entier.

- Désolé, s'excusa Olivier grimaçant alors que je sautillais sur un pied. Décidément, tu les accumules toi! Pas de...

- Par pitié, l'ai je coupé. Ne dis pas: "pas de chance". Je crois que je n'y survivrai pas...

Je suis partie boitillante vers les escaliers.

- J'allais dire "Pas de bobos?", m'expliqua Dubois. Dors bien Juni...

- Toi aussi, ai-je soupiré en montant les marches sur un pied.

§§

Malheureusement, la nuit ne fut pas bonne. Une fois de plus, une Moremplis m'attendait dans mes rêves. J'ai dû me réveiller au moins trois fois cette nuit, toujours en sursaut et en sueur. Plus jamais je n'écouterai une histoire de Sean commençant par "Tu ne connais pas le pire..."

Le lendemain, je fus dans l'incapacité de me lever et pour la première fois depuis cinq ans, je n'ai pas entendu le réveil d'Andy sonner. Celle-ci fut obligée de venir me secouer elle-même pour me faire ouvrir les yeux. Puisque je traînassais ce matin, les filles sont descendue sans moi prendre le petit déjeuner. Epuisée par une nuit agitée, j'ai profité de leur absence pour me rendormir quelques secondes. Mauvaise idée...

Après ce qui me sembla être trois secondes plus tard, Andy était déjà de retour, plus bruyante que jamais.

- Debout June! ordonna-t-elle.

- Pas envie, ai-je marmonné en me recouvrant la tête avec mon oreiller. Pas ce matin...

Je l'ai entendu ricaner. Soudainement, elle retira mon drap et ma couverture, m'exposant ainsi à l'air glacé du dortoir.

- Mais ça ne va pas? ai-je crié en me redressant sur mon séant.

- Tu as exactement 20 minutes pour te laver, t'habiller, prendre ton petit-déjeuner, et tout ça, avant le début des cours. Plume t'attend en bas depuis un moment. Et tu devrais aussi aller à l'infirmerie, tu as une mine affreuse.

Face au miroir de la salle de bains, je constatai qu'Andy avait raison. Mes yeux étaient rougis et boursouflés, j'avais des restes d'encre et la marque de mon oreiller sur la joue. Mon nez était pris et rouge, ce qui contrastait avec mon teint anormalement pâle. Ma gorge était en feu et mes cheveux pas loin de tenir droit sur ma tête. J'ai vite expédié ma toilette.

- 15 minutes, me rappela Andy depuis le dortoir.

D'un geste rapide, je me suis saisie de mes cheveux pour vite les attacher. Aujourd'hui, même avec du temps, je crois que je n'aurais pas pu leur donner une forme acceptable. Le résultat n'était pas terrible, mais c'était mieux que rien. Attrapant mon sac en vol, je suis descendue en courant dans le Grande Salle qui était en train de se vider. Normal, il ne restait que 10 minutes avant le début du premier cours. J'ai rejoint Olivier, Sean et Dorys (qui, je suppose, avaient dû faire la paix ce matin).

- 'lut, ai-je dit essoufflée en prenant place.

Bizarrement, personne ne me répondit. Plume poussa un petit hululement pour attirer mon attention. Après lui avoir fait boire un peu de mon jus de fruit et lui avoir caressé la tête, je l'ai laissée s'envoler. J'ai attendu qu'elle sorte par l'ouverture sous les toits pour me retourner vers les autres que l'envol du hibou de mon père n'avait pas ému plus que ça et qui me regardaient fixement en se mordant les lèvres.

- Quoi? ai-je demandé la voix cassée.

Ils ont éclaté de rire, à croire qu'ils se retenaient depuis un moment.

- Mais quoi? ai-je répété agacée par la certitude qu'ils se moquaient de moi.

- Rien June, répondit Sean hilare. C'est juste que... T'as vu ta tête?

Il s'est écroulé sur la table, mort de rire.

Mieux valait me ménager aujourd'hui et les ignorait. En plus, je n'avais pas le temps pour ça ce matin. Oui, j'avais une sale tête! Oui, j'avais une mèche sortie de nulle part qui me retombait sans cesse dans les yeux! Oui, ma voix était un peu rauque! Ce n'était quand même pas ma faute si j'étais malade! Olivier tenta de dédramatiser la situation à sa façon.

- J'en connais une qui va voir les oreilles fumantes tout à l'heure...

Je le savais! Je savais qu'il essaierait de se venge un jour... Tu as beau être un des mecs les plus populaires de l'école, tu auras toujours l'air d'un idiot avec les oreilles qui fument. Il fallait à tout prix que j'évite la Pimentine.

Ne prêtant plus attention à leurs ricanements, je dirigeai mon attention vers le courrier du matin. Plume m'avait apporté le nouveau numéro de Balai Magazine ainsi qu'une lettre de mon père.

Chère Juni,

J'ai été très content d'apprendre avec ta dernière lettre la victoire de Gryffondor. Et quelle victoire! Décidemment, ce petit Potter nous réserve bien des surprises. A ce que j'ai compris, vous êtes en bonne voie pour enfin emporter la victoire...

N'oublie pas cependant que tu as les BUSE en juin. Dans le pire des cas, vous pourrez avoir la Coupe l'an prochain, pas tes examens... Cela ne me fait pas plaisir de l'admettre mais les études sont plus importantes que le Championnat.

Oui, moi William Tierney, je viens de te dire ça. C'est horrible de vieillir...

Sinon, je peux avoir des places pour la rencontre Arrows/Magpies du 23 juillet: dernier match de la saison opposant les deux premiers de la Ligue, cela risque d'être intéressant! Demande à Olivier si ses parents veulent venir.

- Olivier? ai-je dit arrêtant momentanément ma lecture. 23 juillet, Arrows/Magpies, tu es partant?

- Et comment, répondit-il d'un air ravi.

- Cool, ai-je dit en lui faisant un clin d'oeil. C'est chez moi en juillet, non? Comme ça tu viendras à la maison la semaine du 23. Mon père propose à tes parents de venir.

- Je leur enverrai Llewellyn tout à l'heure.

Je me suis aussitôt tournée vers Sean pour lui faire la proposition.

- Désolé, dit-il en me prenant de vitesse, je pars en Espagne tout le mois de juillet...

Les Hataway passent toujours des vacances de rêves. L'an dernier, Sean m'avait envoyé une carte de Grèce.

- Veinard, ai-je répondu avec un sourire. Et toi Dorys?

- A ton avis? se moque-elle.

Un jour, j'y arriverai! J'initierai Dorys au bonheur du Quidditch et Dean aussi par la même occasion. J'ai donc repris ma lecture.

Mauvaise nouvelle (enfin, ce n'en est pas vraiment une): tu es chez ta mère au mois de juillet. Je sais qu'Edouard n'est pas parfait et qu'il est assez mal à l'aise avec tout ce qui est "magique", alors faites un effort, Olivier et toi, pour ne pas en faire trop et éviter à ta mère ses habituelles aigreurs d'estomac...

Je l'ai vu la semaine dernière pour ma déclaration d'impôts et je crois qu'elle a décidé de devenir la femme la plus moldue qu'il puisse exister. Je ne t'en dis pas plus pour ne pas gâcher la surprise...

Gros bisous et pense à te couvrir.

Qu'est ce que ma mère avait encore fait? Elle n'était tout de même pas aller jusqu'à devenir la caricature de la modue parfait avec ses breloques, sa permanente et le maquillage bien voyant qui va avec...

Je pourrai toujours le lui demander dans la lettre que je lui enverrai pour savoir si Olivier peut venir cet été. Ce ne devrait pas poser de problèmes mais je sais qu'elle appréciera que je le lui demande. Il ne me restait plus qu'à l'annoncer à Olivier. Je sais qu'il sent qu'Edouard ne l'aime pas. Lui-même ne l'apprécie pas énormément. Secrètement, je craignais qu'il ne change d'avis. Je pouvais le comprendre... Je ferais certainement la même chose à sa place. J'ai posé la lettre sur la table en soupirant.

- Mauvaise nouvelle, on sera chez ma mère la semaine du 23...

Olivier m'a observé un moment, surpris avant de se mettre à sourire.

- Cool!

- Cela veut dire que l'autre sera là et qu'il nous pourrira la vie et...

- Relax June, me rassura-t-il. Il n'y a pas de problèmes, je t'assure. J'ai vraiment hâte d'y être.

Son air ravi et assuré eut raison de mes dernières angoisses vis à vis d'Edouard. Olivier n'est pas mon meilleur ami pour rien...

§§

Les deux heures d'histoires de la Magie qui suivirent furent un véritable enfer. A trois reprises, je manquai de mourir étouffer. A tel point que Binns, que pourtant même l'effondrement du château n'aurait pas perturbé, me conseilla d'aller en l'infirmerie. Il m'a même appelé Perkins... Remarque il appelle tout le monde Perkins! Va savoir pourquoi il ou elle l'a traumatisé... Mme Pomfresh diagnostiqua une bonne grippe et me fit boire une potion au miel (délicieuse) pour ma toux. Elle m'a aussi fait avaler des oeufs d'Ashwinders pour faire chuter ma fièvre. J'aurais préféré m'en passer. Les Ashwinders sont des petits serpents habitant les feux magiques. Brûlepot nous en a fait étudier un jour, hélas, au moment de la ponte... "Le miracle de la naissance", mon oeil! Tout simplement écoeurant! Les oeufs que Pomfresh me tendait avaient beau être refroidis et nettoyés, je fus prise de nausée rien que d'y repenser. Si elle m'avait laissait seule un moment, j'aurai pu faire semblant de les prendre mais notre infirmière semblait persuadé que j'allais les garder pour faire avec un Filtre d'Amour et a exigé que je les avale sous ses yeux. C'est ce que je fis, en me promettant intérieurement de viser ses pieds si jamais je vomissais... Lorsqu'elle me tendit une louche pleine de sa célèbre Pimentine, j'ai cherché toutes les excuses possibles pour y échapper. Mais selon elle, c'était ça ou rester encore deux semaines avec la tête que j'avais ce matin...

Mme Pomfresh a un don pour parler aux étudiants!

A la récréation, je traversai la cour pour rejoindre Dean. Il m'attendait, adossé à un des piliers du portique. Lorsqu'il me vit arriver, il se mit à sourire bêtement.

- Laisse moi deviner, ai-je grogné. La fumée commence à sortir de mes oreilles, hein?

- Oui, avoua-t-il. Et je te trouve magnifique comme ça...

- Tu te moques de moi? ai-je demandé figée sur place.

Dean s'avança vers moi et passa ses bras autour de ma taille.

- Je suis très sérieux, se défendit-il. Je te trouve très belle ce matin.

- Menteur...

- Pourquoi te mentirai-je? s'étonna Dean.

- Parce que quand les autres m'ont vu ce matin, ils ont éclaté de rire! ai-je rétorqué.

- C'est parce qu'ils sont bêtes, soupira-t-il en m'attirant un peu plus contre lui. Regarde-toi! Tes yeux sont tout rouges et pourtant ils n'ont jamais étaient aussi clairs. Ton nez ressemble à celui d'un petit clown. Ta coiffure prouve que tu as très mal dormi... Elle est indescriptible. Mais cette mèche! s'écria-t-il en jouant avec. Cette mèche est à tomber par terre...

Je n'étais pas convaincue pour autant. Mon air perplexe resta scotché à mon visage et Dean s'en aperçut.

- Pourquoi tu ne me crois pas? demanda-t-il amusé. Je te fais un compliment pourtant.

Le problème était là. Je n'ai pas l'habitude qu'on me dise que je sois jolie... Je ne le suis pas, c'est pour ça... Et ça ne m'étonne pas qu'on ne me le dise pas. Ce sont des mots que je n'entends jamais ici à Poudlard. Mes parents me le disent mais eux, ça ne comptent pas! Je suis leur fille, quoi que je fasse, je serai toujours la plus jolie à leurs yeux. Un troisième bras pourrait me pousser, cela ne les gênerait pas. Ici, Dorys est celle qui est jolie, Andy est celle qui est brillante, moi je suis le reste. Pourquoi on ne se fait pas plus de compliment entre nous? C'est vrai, c'est tellement rare que des mots aussi gentils soient prononcés. On est plutôt branché sur les vannes... Je ne sais pas pourquoi je n'en fais pas. Parce que personne ne m'en a fait? A cause d'une jalousie secrète? Je ne sais pas... En tous cas, c'était idiot

Finalement, j'ai fini par croire Dean et a accepté son compliment.

- Excuse moi, lui ai-je répondu. Je... je suis malade en ce moment.

Il m'attira contre lui et referma sa cape sur moi pour que je reste au chaud. Les quelques minutes passées ainsi furent un véritable délice. Et comme toujours, la cloche nous ramena à la réalité en marquant la fin de la récréation. J'ai attribué à la fièvre mon comportement par la suite.

- Viens, on n'y va pas... soufflai-je à Dean.

- Moi non plus, je n'ai pas envie d'y aller mais on n'a pas le choix! soupira-t-il.

- En tous cas, moi, je ne bougerai pas d'ici, ai-je dit en me blottissant un peu plus dans ses bras. Je suis trop bien...

Dean déposa un baiser sur mon front.

- La cour se vide, June. On doit y aller. Tu as cours de quoi là?

- Potions, ai-je marmonné.

Il m'envoya un regard compatissant.

- Allez! Je t'emmène! dit-il en plaisantant.

Il resserra encore son étreinte et réussit à me soulever du sol. Tout en me portant, il s'engagea sur le chemin des cachots. Nous ne sommes pas allées bien loin comme ça mais, quand Dean me relâcha, je me sentais prête à affronter un double cours de Potions avec un Rogue déchaîné.

Je suis arrivée à deux conclusions suite à ça: la première est qu'un compliment sincère fait vraiment très plaisir; le seconde était que désormais, je ne devais plus hésiter à en faire à mes amis.

§§§§

Avec le recul, je me dis que l'idée de Dorys de me faire sortir avec un garçon n'était pas si bête. Certes, cela n'aura pas rendu Olivier jaloux (mais je savais à quoi m'attendre de ce côté là!). Pour ce qui est de l'oublier, le bilan est plutôt mitigé sur ce point: je ne peux pas l'oublier. Après tout, je suis amoureuse de lui, non? Je reconnais cependant que je pense moins à lui et pour cause, il partage mes pensées avec Dean. Cela me fait bizarre de te l'avouer même si tu n'es qu'un journal. Au plus le temps passe, au plus j'en découvre sur lui. Il est gentil et prévenant. Il tolère sans rien dire mes petites bizarreries. Vraiment, il est trognon... Et physiquement, il n'est pas mal non plus! Dire qu'il s'agit du même garçon à l'allure spectral que j'avais vu en début d'année... Maintenant, il me fait craquer. Je te l'ai déjà dit: j'adore ses cheveux toujours ébouriffés, j'adore voir son petit sourire quand il s'apprête à me lancer une pique pour finalement se raviser, de peur de me vexer, et je pourrais rester des heures à contempler ses yeux de chats... D'après ce que j'ai compris, je n'étais pas la seule...

Le dernier objectif de Dorys en revanche était pleinement atteint. Puisque je sortais avec quelqu'un d'autre, les filles de l'école étaient donc persuadées que je ne voulais pas être avec Olivier! Alors qu'en fait c'est faux... Oh Merlin, ça y est! Je suis devenue une fille sans coeur! C'est horrible pour Dean ce que je viens d'écrire...

La différence de comportements des filles à mon égard était flagrante. Elles étaient beaucoup plus sympas avec moi, ce qui m'a permis, grâce à une rapide comparaison, de mesurer l'ampleur de la haine que je leur inspirais deux mois auparavant! Pour te dire, même la fille de Poufsouffle en Botanique a arrêté de me lancer ses ustensiles à la figure. Ses dindes s'étaient trouvées une nouvelle ennemie désormais: Mélanie Otto. Maintenant que je suis de l'autre côté de la barrière, je réalise à quel point les filles sont cruelles entre elles. Elles passaient leur temps à la critiquer devant moi sur sa manière d'être, de marcher, de penser et même de tenir la main d'Olivier et me demandaient sans cesse où en était leur relation et s'il y avait des chances qu'ils rompent bientôt. Quand je réussissais enfin à faire cesser les piaillements, elles se mettaient à me parler de Dean.

Apparemment, sa transformation de Poufsouffle fantomatique en guitariste charismatique (excuse ce mauvais jeu de mots pourri mais tellement vrai) avait fait beaucoup de bruit. J'ai oublié de te préciser que ces greluches ne venaient me voir que lorsque j'étais avec lui (Dean prenait alors avec moi la défense de Mélanie). Et vas-y que je minaude devant lui! Et "Dean par-ci"! Et "Dean par-là"! Et gnagnagna... Oh mais je ne suis pas jalouse! Je n'ai pas du tout envie de leur exploser la tête à chaque fois que j'entends ça, je ne ressens aucune colère quand je les vois lui faire ce sourire que moi je suis encore incapable de faire! Ce n'est pas de la jalousie... Je suis juste, disons, effarée!

Je te mentirai si je ne t'avouais pas que quelque part, cela me flattait aussi. C'est paradoxal d'avoir autant de chance alors que je suis maudite! Olivier est le meilleur ami dont on puisse rêver et c'est un mec génial. Ma meilleure amie est l'une des filles les plus brillantes de sa génération et mon petit ami voit sa côte de popularité monter en flèche. Que demander de mieux? J'étais très bien entourée. Ce constat rabattit le caquet de Walken-tête-de-furet, qui après la victoire de Gryffondor fut incapable de me lancer la moindre vacherie valable (et avec ma maladie, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué). Il faudra que je pense à remercier Dorys. C'est grâce à elle que tout ça est arrivé. C'est grâce à elle que j'oublie un peu plus chaque jour la douleur que c'est de ne pas être avec Olivier.

§§§§

Les jours précédant la Saint Valentin virent la tension de certains élèves augmenter fortement. A l'approche de la grande fête de l'Amour, les flirts se multipliaient dans les couloirs, ce qui avait le don de mettre Rusard hors de lui. Andy a toujours détesté cette période. Pour elle, il ne s'agit que d'une fête commerciale destinée à culpabiliser les célibataires en leur mettant sous le nez tout ce qu'ils n'ont pas. J'étais assez d'accord avec elle. La Saint-Valentin craint quand tu n'as personne avec qui la fêter. Voir les couples s'embrasser, s'offrir des fleurs, des chocolats alors que toi, tu es seule dans ton coin, il y a mieux comme façon de passer le 14 février!

Mais cette année, j'allais fêter ma première vraie Saint-Valentin... Je n'avais aucune idée du cadeau à offrir ou de la façon dont je devais me comporter. J'avais vraiment besoin de conseils. Qui pouvait m'aider? J'ai pensé un instant à Olivier mais me suis vite rappelée qu'il ignorait tout de cette fête (à commencer par le jour où on la célèbre). Andy m'a parut être le choix le plus censé... Je ne sais plus exactement comment cela s'est déroulé mais cette discussion a très très mal fini! Je crois que j'avais du l'énerver à trop parler de Dean, d'Olivier et de trucs comme ça... Elle m'a envoyé sur les roses et je n'ai pas apprécié. C'est là que je lui ai dit des choses pas très sympas sur elle-même et... J'ai honte rien que d'y repenser. Elle est partie furieuse du dortoir et j'ai réalisé à cet instant ce que je venais de faire.

Je venais d'être cruelle avec ma meilleure amie, sans pitié, exactement comme toutes ces filles que je côtoyais à longueur de journée désormais. J'étais une chipie, une garce égocentrique obnubilée par son pseudo début de réputation et qui ne se souciait même plus du bien-être de ses meilleurs amis... J'étais devenue comme Dorothy MacDonald! Tout ce que j'évitais depuis des années venait de se produire. J'étais en train de devenir le genre de filles que j'essayais à tout prix de ne pas être.

Horrifiée, je suis partie à la recherche d'Andy pour lui présenter mes excuses. Pas rancunière, elle les accepta et s'excusa à son tour. Elle refusa cependant qu'on aborde de nouveau le sujet de la Saint-Valentin. Même si j'étais désormais au courant des modifications à apporter à mon attitude, le problème du cadeau restait entier. Personne dans mon entourage ne pouvait m'aider. Enfin, si, il y avait bien Dorothy mais vu le constat que je venais de faire, je préférais garder mes distances avec notre chère préfète. Finalement, j'ai opté pour une boîte de chocolat, ça fait toujours plaisir! Enfin, je l'espérais…

§§

Au matin du 24, une atmosphère de douceur s'empara du château. La journée s'annonçait placée sous le chiffre 2. Arrivée dans la Grande Salle, je constatai avec amusement que les allées et venues entre les différents tables étaient nombreuses. Les profs observaient notre petit manège d'un regard bienveillant, de vieux souvenirs remontant probablement à la surface pour certains.

- Bonjour à tous! ai-je dit d'un ton joyeux en prenant place à côté de Percy à la table des Gryffondors (Percy qui fut d'ailleurs le seul à me répondre)

Andy, Dorys, Matthew et Olivier étaient en plein débat.

- C'est comme ça depuis dix minutes, me confia Percy. Je crois que c'est à propos de ça...

Il me montra une coupure de journal évoquant l'initiative de certains joueurs de Quidditch de poser "très peu vêtu" pour un calendrier renversant les bénéfices à la fondation de l'Hôpital Mangouste. Une très bonne initiative selon moi...

- Et quel est le problème? ai-je demandé en me servant une brioche en forme de coeur ce matin.

- Mois de février, soupira Percy.

Je ne voyais pas du tout ce qu'il voulait dire. Une vocifération de Matthew me fit sursauter.

- Tu es d'une mauvaise foi Dubois! Si on te proposait de poser, tu accepterais sans hésiter!

- N'importe quoi! répondit Olivier manquant de s'étrangler. Jamais je ne m'abaisserai à faire ça. Je suis un sportif moi, pas un strip-teaseur.

- Ce sont des photos artistiques, le coupa Andy. Et excuse moi, mais elles ne cassent pas trois pattes à un canard!

Dubois allait répondre quand nos regards se sont croisés. Il me sourit d'un air féroce.

- On va demander à quelqu'un qui s'y connaît! dit-il en me tendant un bloc-notes. Vas-y June! Regarde! Tu ne trouves pas ça scandal...

- Ne l'influence pas! protesta Andy.

Je tenais dans mes mains, non pas un bloc-notes, mais le fameux calendrier qui avait fait tant parler de lui.

- A qui est-il? ai-je demandé surprise.

- A ma soeur, soupira désespéré. Elle a 13 ans...

J'ai senti à sa voix qu'il y cherchait une justification.

- Et elle a bon goût! ai-je reconnu en le feuilletant.

Mes yeux venaient de se poser sur le bel éphèbe du mois d'août. Ravie, j'allais faire une remarque mais les têtes de pit-bulls d'Olivier et de Dorys me stoppèrent dans mon élan.

- Quel est le problème déjà? Février? ai-je dit en me replongeant dans l'étude du calendrier.

Je passais donc à la 2ème page sans m'attarder sur les autre photos, à contre coeur, je l'avoue. Face à Mister Février, je me suis mordue la lèvre inférieure pour cacher mon sourire. Je comprenais enfin ce qui chagrinait Olivier. Il s'agissait d'un cliché noir et blanc d'Edgar Morton dit "Le Magnifique", tout à fait correct puisqu'il s'arrêtait à la taille. Morton était torse nu (il aurait été idiot de cacher un corps si sculptural…) et avait posé sur son épaule sa batte et sur ses épaules, le drapeau de son club : les Caerphilly Catapults. Voilà où se situait le cœur du problème!

- Elle est très jolie cette photo, ai-je commenté.

Pauvre Olivier, je l'ai sciemment achevé.

- Tu ne trouves pas que c'est… indigne de lui ? s'écria-t-il.

J'étais plutôt en train de me dire qu'il aurait été indigne de ne pas faire ce cliché.

- Je trouve bien que les joueurs s'impliquent dans de telles démarches et mettent leur notoriété au profit de causes humanitaires qui…

- June, pitié! grogna Dubois. Cet argument ne prend plus!

- Tout repose sur la quasi-nudité de ces joueurs, ajouta Dorys. Pourquoi ne pas les avoir fait poser autrement ? Après tout leur notoriété, comme tu dis, devrait à elle seule faire vendre le calendrier! Pourquoi ne font-ils pas des dons directement?

Je n'imaginais pas Dorys aussi puritaine. Ce n'était que quelques torses dénudés et musclés… J'ai échangé avec Andy et Matthew un regard désespéré avant de penser soudainement à quelque chose. Vois-tu, c'est l'avantage de connaître quelqu'un sur le bout des doigts: tu peux à chaque instant sortir une anecdote embarrassante pour compromettre la dire personne. Et dans ce cas, précis, j'en avais une parfaite.

- C'et amusant que tu tiennes ce discours Olivier, ai-je dit d'un ton malicieux. Tu étais pourtant le premier à baver devant la pub que Beth Parkins (c'est le nom de l'Attrapeuse de notre sélection nationale) a faite pour les yaourts de la Mère Garson. Tu sais, celle où elle est en petite tenue…

Olivier, confus ou ému à ce souvenir, devint tout rouge.

- Ah! J'adorais cette publicité, soupira Sean avec un sourire coquin alors qu'il venait de nous rejoindre.

Il offrit ainsi une diversion parfaite pour Olivier à son insu. Les deux clans tentèrent aussitôt de le rallier à leurs causes et me laissèrent donc prendre mon petit déjeuner en paix. Sean finit par se laisser convaincre par Olivier (en fait, je pense que c'est plutôt par Dorys). Je me demande s'il va lui offrir quelque chose pour la Saint-Valentin. Il serait temps qu'il fasse le premier pas. En parlant de premier pas, je me demande si Percy a prévu quelque chose pour Pénélope… Je me suis tournée vers lui pour lui poser directement la question et j'ai remarqué qu'il n'était plus là. Je ne m'étais même pas rendu compte de son départ…

Quelque chose entra subitement dans mon champ de vision, provoquant chez moi un vif mouvement de recul. C'était une fleur, une rose pour être plus précise, un rose aux pétales dorés.

- June Tierney, voulez-vous être ma Valentine? me demanda une voix suave.

Ai-je vraiment besoin de te préciser de qui il s'agissait ? Dean s'était faufilé entre notre table et celle de Serdaigle pour me surprendre. Son air si sérieux me fit éclater de rire et je me saisis de sa rose.

- Joyeuse Saint-Valentin à vous aussi, Mr Dean Flaherty! ai-je répondu en lui tendant sa boîte de chocolat.

Il s'assit avec moi sous le regard étonné de quelques premières années. La mixité inter maisons à table n'est pas quelque chose de véritablement admis.

- Des chocolats, déclara Dean d'un air gourmand. Toi, tu sais parler à mon cœur… La variété que je préfère en plus! Je…

Il fut interrompu par l'armada de hiboux qui pénétra dans la Grande Salle pour la distribution du courrier. Une petite chouette au plumage noir vint me livrer une lettre alors qu'un grand duc apportait à Dean un paquet.

- Ça vient de ma mère, me confia-t-il d'un ton joyeux. Je n'avais plus de chaussettes.

- Moi aussi, ai-je répondu en ouvrant l'enveloppe. C'est ma mère.

Ma chère Juni,

Comment te sens-tu? J'espère que tu n'es plus souffrante. Pense à bien te couvrir, tu es encore convalescente. En ce qui concerne la venue d'Olivier, il n'y a aucun problème. Nous n'avions rien de prévu. Tu peux donc lui dire qu'il est cordialement invité à passer la semaine parmi nous.

- Olivier, ai-je dit en l'appelant, c'est bon pour cet été. Ma mère est d'accord.

Il se fit glisser sur le banc jusqu'à nous faire face, entraînant avec lui les cartes que des dizaines d'hiboux venaient de lui apporter et qu'il n'avait même pas pris la peine d'ouvrir.

- Cool, répondit-il la bouche pleine.

Connaissant ton père, il a déjà dû t'en parler… J'ai fait une petite folie il y a 15 jours: je me suis achetée un chien! Il s'appelle Titan.

- Ma mère s'est achetée un chien, ai-je déclaré abasourdie. Elle refuse que j'ai un hibou et elle s'achète un chien… Elle l'a appelée Titan!

- Titan? répéta Dean. Ce doit être un gros chien, non?

Je parcourus rapidement des yeux le reste de la lettre.

- Non, ai-je soupiré désespéré. C'est un bichon… Une saleté de petit bichon.

Je déteste les petits chiens. Ils sont faits pour les personnes âgées. Ma mère va faire petite mémère avec ce chien. Remarque, elle sera parfaitement raccord avec le quartier… Dire qu'à une époque elle était bohême!

- Elle t'envoyé du plâtre? Demanda Olivier avec un sourire en secouant le flacon qui était joint à la lettre.

Ma mère a pris l'habitude de me faire parvenir un pansement pour l'estomac quand elle estime que je suis susceptible d'être stressée, pour ne pas être victime de brûlures d'estomac. Ça a l'aspect et la consistance du plâtre et probablement le goût. Je ne l'ai jamais avalé et comme d'habitude, je me débarrasserai du flacon en sortant de la Grande Salle.

J'ai approché la fleur de Dean de mon visage, elle sentait délicieusement bon… la pêche?

- C'est normal, m'expliqua Dean d'un air mystérieux. J'ai un peu modifié la fleur pour qu'elle soit plus à tes goûts. Oui, continua-t-il devant mon air étonné, tu découvriras tout au long de la journée ce qu'elle te réservera…

- Elle ne va pas m'exploser à la figure? ai-je demandé inquiète.

- Qui sait? Je n'allais pas me contenter de faire ça.

Il sortit sa baguette et déclara: Orchideus. Un énorme bouquet de fleurs me sauta dans les mains.

- Joyeuse Saint-Valentin, murmura-t-il avant de m'embrasser.

Olivier poussa alors un cri qui nous fit sursauter.

- C'est pour ça… dit-il en se tapant le front de la main. Merlin, encore!

Je retins avec peine mon rire triomphant. Il avait oublié. Je le savais. Cela ne faisait que la 5ème fois (en cinq ans).

- C'était quoi déjà la formule que tu viens de dire? demanda Olivier à Dean précipitamment.

- Euh… Orchideus, répondit-il étonné.

- Ah oui! Ok, merci! Déclara Olivier en se levant d'un bond.

Il s'éloigna vers l'autre extrémité de la table des Serdaigles.

- Ce garçon est irrécupérable, ai-je soupiré en le suivant des yeux.

Dean se tourna alors vers moi, l'air préoccupé.

- Vous avez prévu quoi cet été? Me demanda-t-il.

- Olivier va venir à la maison pour qu'on aille voir un match de Quidditch…

Il hocha la tête gravement et je me suis sentie obligée de continuer.

- J'aurais préféré aller chez lui, ai-je avoué. Mon beau-père est assez lourd…

- Vous faites ça souvent? me demanda Dean.

- Tous les ans, pourquoi?

- Oh, pour rien, répondit Dean d'un ton égal.

Je voyais pourtant qu'il mentait.

- Tu ne serais pas jaloux toi, par hasard? ai-je demandé en lui enfonçant mon index dans la poitrine.

Pour toutes réponses, j'eus droit à un ricanement moqueur accompagné d'un haussement d'épaules.

La rose de Dean me réserva, comme il l'avait prédit, de nombreuses surprises. La principale fut de constater qu'elle se multipliait toute seule. En arrivant en Sortilèges, je n'avais plus une rose mais deux: une rouge et une dorée. Dean avait réussi à me faire un bouquet aux couleurs de ma maison. L'autre surprise fut de constater que les fleurs se multipliaient de manière exponentielle. Pour te donner un ordre d'idée: au petit-déjeuner, j'étais en possession d'une rose; à midi, j'en avais trois douzaines.

Moi qui n'en avais jamais reçu auparavant, j'étais gâtée…

§§

Les efforts d'Olivier pour la Saint-Valentin ne furent pas suffisants pour satisfaire Mélanie. Elle était dure avec lui: il y avait tout de même songé avant la mi-journée… Il dut donc trouver quelque chose pour se rattraper. C'est pour cela que dans les jours qui suivirent, on assista à un bien étrange manège.

J'étais arrivée tout pimpante au petit-déjeuner après une bonne douche écossaise. A peine assise à table, Olivier m'a dévisagée et m'a dit d'un air exagérément flatteur.

- Waouh, June, tu es superbe ce matin! Tu as fait quelque chose à tes cheveux? En tout cas, ça te va super bien…

Sa remarque attira ma méfiance.

- Je t'assure, continua Olivier. Ils ont quelque chose de différent ce matin…

- Peut-être parce qu'ils sont propres, ai-je répondu sèchement. Je viens de les laver.

Le sourire d'Olivier se figea. Il continua cependant à ponctuer chacun de mes gestes par une remarque gentille et encourageante.

- Mais qu'est ce qui t'arrives ce matin, ai-je dit excédée alors qu'il s'extasiait devant mon habiliter à beurrer les toasts.

- Rien pourquoi ? se défendit Olivier. Je te fais un compliment, c'est tout!

Andy, qui jusque là se retenait, éclata de rire.

- Dis lui, conseilla-t-elle à Olivier la voix étranglée.

Il soupira, affaissant sa tête et ses épaules.

- Mélanie m'a reproché de ne pas lui faire assez de compliments, avoua-t-il.

- Et tu as décidé de m'en faire à moi, ai-je répondu en faisant mine de comprendre. C'est vrai que ça va lui faire plaisir!

- Ne te moques pas June, c'est très sérieux! Quand je lui en ai fait, elle n'a pas apprécié. Elle voudrait que je sois spontané.

Connaissant Dubois, j'imaginais aisément les horreurs qu'il avait dû lui dire en les considérants comme des compliments.

- Olivier a donc décidé de s'entraîner à faire des compliments, conclut Andy.

- Et je suis son cobaye, c'est ça?

Elle hocha la tête, visiblement ravie par cette perspective.

- Désolé de t'imposer ça June, s'excusa Dubois. Mais au moins, je suis sûre que toi, tu n'interprèteras pas ça mal…

Je me fis violence à cet instant pour rester impassible à ce qu'il venait de m'annoncer et malgré les ricanements d'Andy.

En bon sportif, Olivier s'efforça d'appliquer sa nouvelle résolution et prit à cœur de s'entraîner quotidiennement. Ce fut un enfer. Bien sûr, il s'améliorait chaque jour un peu plus, à mon grand désespoir… Comment veux-tu que je garde mon calme quand Olivier à n'importe quel moment de la journée se tourne vers moi, plante ses yeux dans les miens et me dit le plus sérieusement du monde: « Tu es superbe ce matin », « J'adore ton sourire » ou toutes ces choses qu'il ne devrait pas me dire et qui ne devraient pas me faire rougir jusqu'aux oreilles. Ce qui me blesse le plus en réalité est de ne pas savoir s'il le pense vraiment. J'allais mettre cela sur le dos de la malédiction quand Olivier se mit à complimenter n'importe qui. Avait-il senti ma gêne?

Si je récapitule, il en a fait à Andy, à Percy, aux membres de l'équipe de Quidditch (les pauvres, ils étaient tellement surpris qu'ils ne s'en sont toujours pas remis) et même au professeur MacGonagall qui, suite à ça, lui demanda très gentiment de distribuer une souris à chacun pour que nous la fassions disparaître. Agacé par son attitude, j'ai mis Olivier au défi de faire un compliment à Flint. Il a relevé le défi… sans pour autant le réussir! Je crois que ce genre de choses est au-dessus de ses forces.

§§§§

A la fin du mois arriva comme prévu l'examen de DFCM. Ce n'était pas la première fois que nous étions face à un Epouvantard mais comme à chaque fois, nous étions tous un peu tendu. On ne s'habitue jamais totalement à voir se matérialiser en deux secondes sa plus grande peur. Nous étions donc tous réunis dans notre salle de cours. Les tables avaient disparus et nous faisions face à une armoire qui remuait violemment.

- Bien, déclara Quirrel. Vous sa-savez tous ce que vous de-devez faire. Passez un par un et af-frontez l'Epouvant-tard.

Je sortis aussitôt ma baguette et priai pour que l'Epouvantard ne prenne pas la forme d'un Moremplis.

Ce genre d'exercice est très instructif. Il nous permet de découvrir nos camarades d'une autre façon: en découvrant leur peur la plus profonde. Andy, par exemple, est terrifiée par un personnage qu'elle a vu un jour à la télévision. Il s'agit d'un grand bonhomme maigre en costume noir, à la peau argentée, chauve et à l'ossature apparente. Il sourit mais de façon malsaine et passe son temps à se frotter les mains. Lorsqu'il se déplace, il lévite à quelques centimètres du sol, dans le silence le plus total. Même moi, je frissonne quand je le vois. Eurk…

La plus grande peur d'Olivier est la mante religieuse. Il m'a avoué un jour que petit, il s'était retrouvé couvert de ses bêtes et que depuis il ressentait pour cette espèce une profonde aversion. Moi, je le crois. Pas Dorys… Selon elle, c'est une peur métaphorique! La mante religieuse symbolise la femme et donc montre qu'Olivier a peur des femmes fortes, de l'engagement et toutes les choses dans ce genre.

Quand ce fut mon tour, la mante religieuse géante qui jouait désormais des castagnettes avec ses pinces se transforma en ma terreur inavouée: un épouvantail. Je sais! C'est idiot! Mais ces choses seules au milieu des champs me terrorisent. J'aimerais bien que Dorys trouve la signification de cette peur: la crainte d'être empaillée? Je les imagine avec se baladant au bout de leurs piquets, sautillant à la poursuite des intrus… Celui qui me faisait face avait une taie d'oreiller en guise de visage. Des cris de dégoût s'élevèrent quand la toile se craqua au niveau de la bouche et que des cafards en tombèrent pour se répandre sur le sol.

- Riddikulus, ai-je dit en essayant de garder mon calme.

L'épouvantail entama aussitôt avec frénésie la « danse des canards », ce qui nous amusa tous beaucoup.

Sean eut moins de chance car lui était terrifié à l'idée de mourir. Essaye donc d'imaginer quelque chose d'amusant quand tu fais face à ton propre cadavre.

Une fois que tout le monde fut passé, Quirrel reprit la main et fit face à l'Epouvantard pour le réexpédier dans son armoire. Il prit aussitôt sa propre apparence. Il semblerait que Quirrel ait peur de lui même... Son double commença à se relever les manches et avec un sourire mauvais à défaire lentement son turban. Le véritable Quirrel devint livide.

- Ri-di-kku-ku-lus, s'écria-t-il plus bégayant que jamais.

La tête du faux Quirrel se transforma alors en navet et après avoir sauté de son cou, elle se mit à rebondir aux quatre coins de la salle.

- Quelqu'un qui a peur de lui même, soupira Dorys en sortant du cours. Oui, c'est sûr maintenant: ce pauvre Quirrel doit être schizophrène!

§§§§

Février s'achève et je le regretterais presque. Nous venons de faire un pas supplémentaires vers l'échéance finale du mois de juin. J'ai l'impression que les jours vont devenir de plus en plus longs et stressants... Cela fait deux mois que nous avons repris et je suis déjà épuisé. Dire qu'il va falloir attendre Pâques pour avoir un peu de répit...

Au fond, je sis contente que février ne compte que 28 jours. Plus aurait pu nous être fatal.

Bilan de février:
Nombre de disputes entre Olivier et Andy: 1 (vu les circonstances, c'est unique)
Nombre de fois où Andy a lancé à Olivier le Sortilège de Mutisme: 23
Nombre de fois où Olivier a contré le dit sortilège par le Charme du Bouclier: 21
Nombre de disputes entre Andy et moi parce que j'ai appris à Olivier le Charme du Bouclier: 1 (en même temps, il m'a supplié)
Nombre de disputes entre Dorys et Sean: 1 (le 15 février... Bizarre!)
Emotion hivernale violente ressentie à propos de Dean: 1 (je n'ai toujours pas compris pourquoi)
Nombre de cartes reçues à la Saint-Valentin par Olivier: 26 (petite récolte cette année)
Nombre de roses reçues pour cette même fête: 256 (ENORME!)
Heure à laquelle Dean a enfin trouvé un moyen de stopper la multiplication des fleurs: 15h
Nombre de roses que j'aurais dû recevoir en théorie: 131 072 (no comment...)
Kilos pris depuis la rentrée: 3 (à cause du stress... et un peu aussi de la façon dont je mange)
Carton pris en Botanique: 1 (la honte!)
Jauge de stress: 8/10 (suis pas tranquille en ce moment)
Pensées tendres ressenties envers Dean: 5/10
Pensées tendres ressenties envers Dubois: 5/10 (égalité parfaite)

Et toujours les nouvelles du Championnat:
1er: Appelby Arrows
2ème: Montrose Magpies
3ème: Caerphilly Catapults (ben voyons...)

7ème: Flaquemare (Allez! Courage!)


publicités pendant environs un quart d'heure vantant les mérites d'une crème de soin pour peaux jeunes, d'une huile d'olive, d'un crédit auto et j'en passe...

de retour sur le plateau télé plongé dans le noir, subitement éclairé par un jeu de faisceau et de projecteur digne d'un concert de Jean-Michel Jarre, tout comme le générique

JPF: Vous êtes de retour sur le plateau de "Qui veut gagner des millions... de reviews". Je suis aujourd'hui en compagnie de Lectrice gros plan sur le visage concentré de la jeune fille puis retour rapide sur Jean-Pierre, une charmante candidate, qui a brillamment lu les chapitres précédent et répondu aux questions qui l'ont amené à la dernière d'entre elle: celle qui vaut une review. Je rappelle que vous jouez pour l'association "Owlie Wood, auteur désespérément en retard et en mal d'amour", dont la présidente Owlie est avec vous ce soir...

Le réalisateur de l'émission part à la recherche d'un plan d'Owlie dans le public. Celle-ci se retrouve aussitôt dans un faisceau de lumière aveuglante, tel un rai de lumière divine. Tel le papillon de nuit attiré par la lumière, les gens derrière se placent dans le cadre et en profitent pour faire coucou à la caméra

JPF: Bonsoir Owlie...

OW: Bonsoir Jean-Pierre

retour de l'image sur JPF

JPF: Est ce que d'habitude, Lectrice répond à toutes les questions?

Après un plan rapide du visage impassible de lectrice, on retourne dans le public vers une Owlie souriante autour de qui on aperçoit des gens saignants du nez et portant des traces de lutte

OW: Toujours, j'ai toute confiance en elle!

Nouveau retour sur JPF

JPF: Bien nous pouvons donc commencer à jouer à "Qui veut gagner des millions... de reviews"!

De nouveau Jean Michel Jarre prend les commandes des lumières et plonge le plateau dans l'obscurité

JPF: Voici donc la question à une review:

Le titre du chapitre 8 du June Tierney's Diary, qui sera vraisemblablement publié dans trois semaines, s'intitulera:

A) Mars: Et ça repart

B) Mars: Reste avec moi ce soir...

C) Mars: Mais quel connard!

D) Mars: Une journée en enfar (pour la rime)

Le visage de Lectrice se congestionne aussitôt

JPF: Question difficile, je vous rappelle que vous avez tout votre temps pour y réfléchir...

Une heure et demie de réflexion sont alors coupées au montage. Pour aider les téléspectateurs, la voix off du Maillon Faible vient délivrer des explications

V-OFF: Les auteurs se sont beaucoup amusés sur cette question. L'une des propositions est une blague pas drôle qui n'a fait rire qu'aux à la réunion de préparation mais qu'ils ont absolument tenue à garder. Les deux autres fausses réponses sont là pour mettre le doute dans l'esprit de notre candidate

retour sur le plateau où tout le public ainsi que l'animateur vedette se sont endormis. La candidate garde les yeux rivés sur son écran et Owlie dans le public croise les doigts très fort. Retentie alors une corne de brume marquant la fin de l'émission.

JPF (se réveillant en sursaut): Comme c'est dommage, l'émission touche à sa fin. Je remercie notre candidate pour sa participation... "active". Je vous rappelle que si vous aussi vous souhaitez participer à notre émission, il vous suffit de prendre votre souris et de cliquer sur le bouton GO. Je vous souhaite que bonne soirée et vous dit à demain!

Jean- Michel Jarre se saisit de son clavier et nous interprète le générique. Lectrice semble avoir trouvé la réponse mais on ne peut l'entendre car les micros ont été coupés. Dans le public, c'est une véritable guérilla qui s'installe. Owlie, auteur frustrée, lâche en punition deux Cognards sur le plateau et reprend son combat avec ses voisins de derrière, là où elle l'avait laissé