7.

Avant l'entremise de son commandant préféré, Warius avait établi un dernier contact.

- Prêt, Alie ?

- Je suis prêt à l'inconnu, marmonna Alérian. Et je n'ai plus aucune nouvelle de mon père…

- Il a fini ses rapports sur des points positifs. Il t'attend. Vas-y en confiance, commandant Rheindenbach. Accomplis ta mission !

- A tes ordres, amiral…

- Toi et ton manque d'enthousiasme, ta réprobation même, remarqua Warius depuis son QG d'amiral de la Flotte de la République Indépendante.

- Je m'inquiète pour mon père ! Il n'a pas à être ton éclaireur, il est un Pirate libre !

- Il a accepté de faire ce que je lui demandais, répondit Warius en dissimulant encore la vérité qui était que son ami borgne et balafré avait en réalité proposé des services pour l'approche de la mission de son fils tout juste sorti d'une lourde passe physique et émotionnelle ! A toi de gérer la situation, Alérian Rheindenbach !

- A vos ordres, amiral, obéit machinalement le jeune homme en finissant de tirer sur sa mèche blanche. Je suis aux coordonnées, j'entame ma mission !

- Tous mes vœux t'accompagnent, commandant Rheindenbach !

- Je te remercie, amiral ! Nous reprendrons contact dès que j'aurai des nouvelles des Mélangdociens et de la progression de ma mission.

- A bientôt, Alérian.

Mais la communication finie, Warius se rembrunit bien plus qu'il n'avait voulu en témoigner face au jeune homme, si loin, en plein inconnu.

« Les Mélangdociens sont si fermés, si inconnus, j'ai les pires appréhensions quant à ta situation… Courage et que toutes tes entités surnaturelles amicales soient avec toi, mon ami ! ».

Le second du Starlight se tourna vers son commandant, et à une infime inclinaison de tête, il s'approcha de ce dernier.

- C'est si mauvais que cela, Alie ?

- L'Arcadia est aux abonnés absents…

- Encore ? ! Oh, désolé, Alérian, je ne voulais pas être injurieux !

- Pas de souci. C'est une évidence : dès que mon père et moi pointez notre nez quelque part, les soucis nous tombent sur le poil ! Et quand ce n'est pas moi qui fugue, c'est lui qui est porté disparu, et inversement, encore et encore ! Nous sommes abonnés à la poisse…

- Je n'en suis que plus désolé, insista Oshryn, conscient que par la boutade qui lui avait échappé il avait malgré tout peine son ami même si ce dernier prétendait le contraire. Crois-tu que les Mélangdociens s'en seraient pris à ton père alors qu'il venait en paix ?

- Les Négociateurs avaient pourtant obtenu une promesse de non-agression de celui qui serait mandaté en avant-dernier intermédiaire des négociations, marmonna Alérian, le regard dans le vague. Quant à mon père, il est loin d'être tombé de la dernière pluie, il est bien plus roué et moi dans tous les domaines ! Il ne se ferait pas surprendre ! Si c'était arrivé, c'est que les Mélangdociens sont bien plus redoutables que tous les ennemis que j'ai affronté jusqu'ici !

- Les rapports n'indiquent rien en ce sens, remarqua Oshryn. Je doute que les Négociateurs se soient trompés.

- Comme si la nature Humaine ou Non-Humaine n'était pas trompeuse par essence ! siffla Alérian en bondissant sur ses pieds, triturant machinalement la rose noire qui pendait à son cou. J'ai hâte de rencontrer ses Mélangdociens !

- Moi pas, avoua le second du Starlight en retournant à son poste.


Rentré chez lui, Warius avait aidé son épouse à finir de préparer le dîner, leurs enfants au Pensionnat, et donc cela faisait un moment qu'ils mangeaient en tête-à-tête, comme au temps de leurs fiançailles et du très long congé sans solde posé à l'époque.

Warius secoua la poêle pour que les dés de pommes de terre soient dorés à souhait, parfumés et tendre grâce à la matière grasse de leur cuisson.

- Je finis la cuisson des steaks sur la plaque. Tu peux déjà apporter l'assortiment de légumes à table.

- Mon cordon bleu préféré !

- Heureusement que c'est moi que tu as épousé et non ce ténébreux Pirate qui ne sait que brûler des toasts !

- Vilaine langue. Albator a toujours préparé de délicieuses panades pour la petite Enysse ! protesta Marina.

- Comme je disais : tu le défends toujours ce vieux Pirate !

- Il n'est pas vieux ! rit Marina alors que tous deux s'attablaient. Qu'en est-il de nos balafrés ?

- Albator et Alérian. Alastor n'a pas encore assez d'années à son compteur que pour être « de la bande », bien que vu sa balafre, à seulement quelques mois de vie… Que risquent nos amis balafrés ?

- J'ai outrepassé les consignes, j'ai envoyé des sondes vers Mélangda, je sais ce que sont ces êtres. Ça a dû surprendre Albator, et son fils va suivre le même cheminement. Et je ne peux rien… Ce qui prime, sur tout, ce sont les négociations d'alliance ! Si je m'interpose, je serai mis sur la touche et je ne pourrai plus du tout aider mes amis !

- Je comprends. Hum, ta viande est délicieuse !

En couple, en peine pour bien des raisons, Warius et Marina finirent leur repas.