Reviews :

ajiahdompey: Haha, le mystère autour d'Itachi risque de perdurer encore pendant quelques chapitres. Je ne peux pas tout dévoiler d'un coup, sinon il n'y aurait plus de surprises !

Tapa : Merci beaucoup pour ta review ! Je suis assez impressionnée par toutes tes réflexions autour de ma fiction. J'essaye de laisser quelques indices ici et là pour permettre aux lecteurs de deviner quelques fils conducteurs de mon histoire, et tu es pour le moment la seule à avoir mis le doigt dessus. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira, et qu'il répondra un peu à tes questions (ou bien t'en fournira d'autres, haha !). A bientôt !


Chapitre 6 : Les Communales.

« Tu as fait QUOI ?! »

La voix criarde de Karin s'éteignit, étranglée par l'air glacé qui infiltrait ses poumons. Sasuke observa, l'un après l'autre, ses deux amis qui ne le quittaient pas des yeux, un regard ébahis collé sur leurs visages. La rouquine semblait prête à lui hurler une fois encore dans les oreilles, tandis que Jûgo, plus placide, se contentait de le contempler avec sidération.

« J'ai rejoint le groupe « Sing ! », la chorale du lycée Konoha. », répéta le brun, dans le plus grand des calmes.

Un silence lui répondit, et on n'entendit bientôt plus que le vent au milieu des crevasses. Une légère brume blanche s'échappait de leurs lèvres gercées par le froid. On était mi-novembre, et la nuit était déjà tombée depuis longtemps sur le skatepark. Sasuke ne s'attendait pas à une réaction aussi vivace. Lorsqu'il avait accepté de rejoindre Jûgo à leur habituel rendez-vous, il s'était finalement décidé à livrer son secret à quelqu'un. En l'occurrence, ses amis. Il ne pensait pas qu'ils seraient si surprit, et encore moins qu'ils se sentiraient aussi concernés.

« Ton frère est au courant ? », se hasarda Jûgo, arquant un sourcil.

Le brun serra un peu plus les pans de son manteau autour de sa taille, enfournant ses mains dans ses poches. Alors c'était ça qui les inquiétait ?

« Bien sûr que non. Je ne suis pas complètement cinglé. »

Devant l'œillade dubitative des deux rouquins, Sasuke se renfrogna davantage et ne contint pas sa remarque acerbe :

« Je me suis fait piéger, ok ? C'était ça ou être renvoyé à cause de ce crétin de blond ! Je n'avais pas vraiment le choix ! »

Un soupir s'échappa des lèvres de Jûgo, tandis que Karin se hissait sur la rampe pour venir s'asseoir près de lui.

« Ça, c'est complètement faux, et tu le sais très bien. », s'exclama-t-elle. « Tu peux rejoindre l'Académie quand tu veux… il te suffit juste de dire la vérité et -... »

« Karin. Stop. Arrête avec ça, tu veux ? On en a déjà parlé. », l'interrompit froidement le brun.

La rouquine leva les yeux au ciel, réajustant ses lunettes avec lassitude. Ça, pour en avoir parlé, ils en avaient parlé. Pendant des heures et des heures. Des mois que ce manège stupide perdurait. Jûgo lui confirma ses pensées en soupirant à son tour. C'était une cause perdue, et il était évident que cela ne servait à rien d'en discuter. Aussi, la jeune fille haussa les épaules, et détourna la conversation.

« Alors comme ça, tu vas chanter ? »

« Pas exactement. Je joue du piano de temps en temps, histoire de… mais je ne chante pas. Il est hors de question que j'affronte Itachi. »

« Je croyais que les Adventi Vox n'entraient dans la compétition qu'aux Nationales ? Les gagnants de l'année précédente ne sont présents qu'en finale, non ? Pour affronter les meilleurs ? », s'étonna Jûgo.

« Oui, mais ça revient au même ! Si « Sing ! » gagne les Communales puis les Régionales, ils affronteront les Adventi Vox aux Nationales. Et ils sont bons… ils pourraient gagner. Tu me vois, moi, pousser la chansonnette devant mon frère ? Je pourrais dire adieu à toute trace d'amour fraternel de sa part ! », rétorqua Sasuke, acerbe.

« Donc tu fais partie d'une chorale, mais tu ne chantes pas ? C'est ridicule ! », s'esclaffa le rouquin, d'ordinaire si taciturne.

« Ferme-la, enfoiré… », grommela le brun sous les rires amusés de leur camarade.

Karin essuya les quelques larmes qui roulaient sur ses joues après son éclat de rire, soulignant ainsi la justesse de la remarque de Jûgo. Sasuke se permit même un micro-sourire au coin des lèvres : c'est vrai qu'à y regarder de plus près, la situation était parfaitement grotesque… mais s'il se mettait soudainement à participer activement à la chorale, alors l'autre crétin de blond aurait gagné. Il était hors de question qu'il laisse Naruto Uzumaki remporter la guerre ! Rien que pour cela, il se conforta dans l'idée de garder la bouche close jusqu'à la fin de l'année.

« Et c'est quand, les Communales ? », l'interrogea Karin en retrouvant son sérieux.

« En fin de semaine… »

« Oh, j'ai hâte de te voir garder le silence sur scène ! », s'exclama Jûgo.

Un nouvel éclat de rire terrassa littéralement les trois amis. Sasuke, qui n'avait pas ri de bon cœur depuis longtemps, se laissa embarquer par l'euphorie de la situation. Là, avec les deux rouquins, il se sentait parfaitement apaisé. A sa juste place. Le rire criard de Karin avait beau lui vriller les tympans, et celui saccadé de Jûgo lui retourner les entrailles, il se sentait puissamment vivant. Depuis quand n'avait-il pas eu cette sensation ? Ses pensées s'alignèrent alors qu'il levait les yeux vers les étoiles. Doucement, son rire s'éteignit au fond de sa gorge, et un air nostalgique vint se loger sur son visage. Karin et Jûgo se calmèrent à leur tour : leurs regards suivirent les mouvements du brun, tandis qu'il se redressait, attrapant son skate du bout des doigts. Il s'apprêtait à s'élancer sur les rambardes lorsqu'il se retourna, ses onyx perdus dans le vague.

« Il va bien ? », demanda-t-il.

Sa voix n'était qu'un murmure, presque indicible. Ses amis n'avaient pas besoin de précisions pour savoir exactement de qui il parlait. Karin se contenta de baisser les yeux, jouant avec ses mains, tandis que Jûgo affronta tristement son regard.

« Oui. », répondit-il. « Comme d'habitude. Il va toujours bien. »

Un reniflement dédaigneux échappa au cadet Uchiha, qui enfonça davantage ses mains dans ses poches. Ses yeux, doucement, s'étaient dirigés vers le sol.

« Il regrette, tu sais ? Il ne s'est jamais vraiment pardonné pour -… », intervint Karin.

« Arrête ça, Karin. Il ne regrette pas. Ça ne lui ressemble pas d'avoir des remords… », l'interrompit Sasuke.

D'un geste calculé, aguerris par l'entraînement, le brun se laissa dévaler la rampe, les pieds solidement ancrés sur sa planche. Dans son dos, Karin et Jûgo observaient le skateur avec une pointe de tristesse.

[…]

C'était l'effervescence, dans la petite salle de musique du lycée Konoha. Sasuke regardait avec lassitude ses camarades se précipiter vers les nombreuses valises qu'Iruka portait à bout de bras, tandis que lui ne bougeait pas de sa chaise. Il se désintéressa du brouhaha incessant pour contempler sa feuille, encore vierge du moindre mot. Le sujet de philosophie le laissait perplexe. Il y était question de liberté, mais comment analyser véritablement ce mot ? S'il prenait sa propre personne comme exemple : il était parfaitement libre, mais pour autant, il ne se sentait pas libre de faire ce qu'il voulait… Arquant un sourcil, il mâchouilla inconsciemment le stylo qui devait lui servir à écrire sa rédaction. Il n'avait pas l'habitude de bloquer sur un devoir, mais là, le sujet le laissait particulièrement de marbre.

« Eh, Sas'ke ! »

Le brun leva rapidement ses yeux, avant de recevoir une chemise dans la figure. Maugréant une insulte, il jeta un regard mauvais vers Naruto, qui l'observait malicieusement.

« Tu pourrais faire attention à ce qui se passe autour de toi ! », s'exclama le blond.

« Pour me prendre des fringues dans la gueule ? Non merci. », rétorqua le concerné.

« Oh, c'est vrai. Môssieur a mieux à faire que de s'intéresser à autre chose que sa petite personne ! »

« Crétin. »

« Répète un peu, pour voir ?! »

« Oh, les garçons ! », intervint Sakura, en se plaçant entre les deux rivaux. « On se calme ! Naruto, vas aider Konohamaru avec son nœud papillon, tu veux bien ? »

Le blond fusilla un instant Sasuke, qui lui rendit son regard au centuple, avant que Sakura ne vienne s'asseoir devant lui. Abandonnant son masque de contrariété, Sasuke se contenta de baisser les yeux sur sa dissertation. La rose, qui apprenait doucement à dompter le caractère imprévisible du cadet des Uchiha, lui accorda un faible sourire.

« Ne te vexe pas. », déclara-t-elle. « Naruto est déçu que tu ne participes pas aux Communales, c'est tout. »

« Il a une drôle de manière de le montrer. », rétorqua Sasuke dédaigneusement.

« Tu sais, c'est lui qui t'as repéré et qui t'as fait intégrer la chorale -… »

« Qui m'a forcé la main, tu veux dire. »

« … Oui, certes. Mais tout de même, il se sent en partie responsable. Il aimerait que tu t'amuses et que tu montes sur scène avec nous. Et puis, c'est le seul à t'avoir entendu chanter, ici. », remarqua la rose avec un léger sourire.

Le brun soupira, avant de relever ses onyx vers la jeune fille. Elle l'observait avec un sourire doux, amical. Il ne savait pas s'il appréciait ou non le comportement maternel qu'elle adoptait avec lui, mais d'une certaine façon, il savait qu'elle avait raison. Toutefois, il ne cèderait pas.

« Ecoute, j'ai accepté de vous accompagner, c'est déjà pas mal, tu ne crois pas ? », s'exclama Sasuke. « Je vais venir, je vais vous regarder, et on va tranquillement rentrer au lycée. Ce n'est pas comme si vous aviez besoin de moi pour gagner. »

« Naruto semble penser que si… », souligna Sakura, en inclinant doucement la tête.

« Ouais, bah Naruto, je me le carre bien là où je pense. »

Malgré la vulgarité, Sakura ne put s'empêcher de rire doucement, s'affaissant contre sa chaise. Décidément, elle sentait que cette année n'allait pas être de tout repos… A quelques mètres de là, Naruto accordait un énième regard mauvais vers l'étrange duo que formait le brun et la rose. Ils s'étaient rapprochés depuis que Sasuke avait permis à la cheerleader d'obtenir le solo pour les Communales. Il ne savait pas exactement pourquoi, mais la voir rire devant l'éphèbe taciturne le rendait particulièrement irascible. Il sursauta légèrement lorsque Hinata s'approcha de lui, posant sa main sur son bras.

« Ils feraient un joli couple, tu ne crois pas ? », murmura la timide brune.

Suivant la direction des pupilles nacrées, Naruto fronça les sourcils en prenant conscience qu'elle parlait de Sasuke et Sakura. Il se retourna vivement vers la jeune femme, les yeux écarquillés :

« Sakura, avec ce connard ? Mais ça va pas ! Elle mérite bien mieux que lui, croit-moi. », rétorqua-t-il.

La surprise se mêla à l'amusement dans le regard de la brune.

« Aurais-tu des vues sur Sakura, Naruto ? »

« Pas du tout. », affirma le blond, en se tournant vers la malle contenant leurs costumes.

« Alors pourquoi ça te dérange qu'elle se rapproche de Sasuke ? »

« … Parce qu'elle mérite mieux, c'est tout. J'ai pas besoin de m'expliquer. Elle est trop bien pour lui, merde. C'est pas difficile à comprendre ! », s'exclama-t-il, en fronçant les sourcils.

Hinata décida d'abandonner, haussant les épaules en s'emparant de sa robe. Elle laissa Naruto qui, du coin de l'œil, ne put s'empêcher d'observer le duo formé par Sakura et Sasuke. Cette dernière s'était penchée par-dessus l'épaule du brun et tentait de déchiffrer avec lui le devoir qu'il s'affairait à rédiger. Un goût doux-amer envahit soudainement sa bouche. En son for intérieur, il ne savait pas si c'était le fait de savoir Sakura en couple avec Sasuke, ou bien l'inverse, Sasuke en couple avec Sakura, qui le dérangeait… Cette remarque le laissa profondément perplexe.

Durant tout le trajet en car jusqu'au théâtre municipale, Naruto resta silencieux. Les paroles d'Hinata tournaient sans cesse dans sa tête, sans qu'il puisse s'en défaire. L'image de Sasuke, lisant contre la vitre du bus à côté de Sakura qui discutait joyeusement avec Ino, le rendait mal à l'aise. Il remarqua à peine l'excitation qui se propageait à l'ensemble du groupe. Hinata se triturait les mains, tandis que Tenten et Konohamaru partaient en rires nerveux dès que l'un des deux ouvrait la bouche. Ino passait son temps à se recoiffer, vérifiant si chaque mèche était à sa place, et Sakura murmurait dans son coin des : « Oh mon Dieu, c'est moi qui vais devoir monter sur scène en premier, je ne vais jamais y arriver… ». Gaara, lui, observait la route, livide. Chacun prenait conscience que, d'ici une heure, ils concourraient pour remporter les Communales, et espérer ainsi accéder aux Régionales. L'enjeu était de taille… Et au milieu de cette agitation soudaine, Sasuke restait incroyablement calme. Le nez plongé dans son livre, il ne semblait même pas s'apercevoir de l'anxiété qui gagnait peu à peu tous les membres du groupe. Profitant que Sakura se soit assise près d'Ino pour l'aider à refaire sa queue de cheval, Naruto migra comme un fantôme sur le siège à côté de Sasuke.

« Tu lis quoi ? », demanda-t-il soudainement.

Le brun leva les yeux de son bouquin, un air surpris plaqué sur le visage. Naruto détourna les yeux, se demandant pourquoi diable il était venu se jeter dans la gueule du loup. Était-ce vraiment le moment pour déclencher une nouvelle dispute ? Contre toute attente, Sasuke se contenta de déclarer, tout en se replongeant dans sa lecture :

« Le Cercle des Poètes disparus, de Kleinbaum. »

« Ah. C'est bien ? »

Sasuke soupira, relevant une nouvelle fois ses yeux de son livre. Il était prêt à engueuler celui qui s'évertuait à le déranger lorsque ses onyx rencontrèrent la silhouette de son intermédiaire. C'est là qu'il comprit. Naruto tremblait. Littéralement. Ses mains étaient crispées sur ses cuisses, et ses dernières tressaillaient sans qu'il ne s'en rende compte. Même son éternel sourire, ce sourire qui parfois lui donnait envie de lui coller un poing dans la gueule, semblait aussi faux qu'une rose de papier. Doucement, le brun baissa son bouquin, et posa une main sur l'épaule de son voisin.

« Naruto, eh. »

Le blond tourna son visage vers son vis-à-vis, surprit par le geste de l'Uchiha.

« Détends-toi, hm ? », poursuivit le plus brun des deux. « Ça va bien se passer. »

Perdu dans les yeux du jeune homme, Naruto se sentit étrangement mieux. Ses doigts cessèrent d'enserrer ses cuisses, et ses jambes arrêtèrent de trembler. Il reprit le contrôle de sa respiration et tenta, doucement, de se calmer. Le brun, lui, s'était replongé dans sa lecture, comme si de rien n'était. Naruto ne put s'empêcher, toutefois, de sourire légèrement, sans trop savoir pourquoi. Benêt, sans doute. Sasuke ne l'avait pas insulté. Il n'avait pas dit « crétin », ou « imbécile ». Sasuke l'avait appelé par son prénom.

C'est plus détendu qu'il s'extirpa du bus, arrivé devant le théâtre où allait se jouer la première compétition. Naruto avait retrouvé son énergie d'antan, et sa crise d'angoisse passagère n'était plus qu'un lointain souvenir. En revanche, une exaltation sans limite s'emparait de chaque fibre de son corps : il avait hâte. Terriblement hâte. Comme ses camarades, il s'extasia devant la loge qui leur était dédié. Gentlemen, les garçons laissèrent les filles se changer avant eux. Ils s'accordèrent même le luxe de parier sur le temps qu'elles mettraient à s'habiller, et durent bien s'avouer vaincu lorsqu'elles ouvrirent la porte au bout de dix minutes : comme quoi, le vieux cliché de la femme qui passe des heures dans la salle de bain s'avérait désuet. Le groupe se retrouva finalement au complet, tous vêtus de vêtements dans les mêmes tons : le noir, chic et sobre pour les pantalons, les chemises et les robes, et le rouge, couleur emblématique de leur école, pour les ceintures et les nœuds papillon. Naruto se fit la réflexion qu'ils étaient tous particulièrement élégants. Il jeta un coup d'œil vers Sasuke, assit dans un coin de la loge, son livre coincé entre les genoux, aidant Sakura à nouer le ruban qui encerclait sa taille. Lui aussi portait le costume réglementaire du groupe, même s'il ne participait pas. Iruka avait insisté pour qu'il fasse au moins cela, signifiant son appartenance à la chorale du lycée Konoha. Naruto se fit alors la remarque qu'il n'avait jamais vu Sasuke habillé autrement qu'en noir. Il devait bien avouer que le rouge, quoique infime dans leur costume, tranchant avec sa peau laiteuse et ses cheveux d'un noir de jais, le mettait particulièrement en valeur. Etonné par ses propres pensées, le blond s'asséna une claque mentale. C'était quoi, ça ? Depuis quand il reluquait si ouvertement son rival ? Il déglutit difficilement, songeant que son intérêt pour le brun ne datait pas d'hier. Mais tout de même ! Naruto réajusta son nœud papillon, tandis qu'une grimace vint déranger ses traits : c'était sans doute la pression. Oui, voilà. Le stress lui faisait penser n'importe quoi. Rasséréné, c'est tout sourire qu'il entraîna ses camarades dans une photo de groupe pour immortaliser l'évènement. Il faillit arracher les yeux de Sasuke lorsque ce dernier refusa obstinément de se lever de son siège, mais oublia bien vite ses envies de meurtre lorsque Iruka fit irruption dans la loge :

« Ça y est, ça va commencer. Les jurés sont installés, et les portes vont bientôt fermer. Nous passons les premiers, alors je compte sur vous pour donner le meilleur de vous-même ! Quoi qu'il advienne, n'oubliez pas : je suis fier de vous. Alors, vous êtes prêt à tout donner ? »

Des cris de joie envahirent la salle, tandis que chacun se prenait dans les bras pour se souhaiter bonne chance. D'un même pas décidé, ils abandonnèrent la loge pour rejoindre les coulisses. Déjà, ils entendaient les applaudissements du public, majoritairement composé des familles des concurrents. Un homme monta sur scène, saluant la foule. Un coup d'œil à son carton lui permit de démarrer les hostilités :

« Mesdames et Messieurs, bonsoir et bienvenue à la première compétition inter-lycée du Championnat des Chorales. Ce soir, nous avons la chance d'accueillir trois compétiteurs qui vont s'affronter pour remporter leur place aux Régionales : le groupe « Sing ! », du lycée Konoha, les « Camarilla » du lycée d'Iwa et le Chœur du lycée O'Donnell. Merci de les encourager et de saluer nos jeunes chanteurs en herbe. »

Une nuée d'applaudissements emplie la salle et fit frissonner les participants. Dans quelques minutes, ils monteraient sur scène. La pression était à son comble.

« Les premiers à s'élancer sur les planches sont les chanteurs du groupe « Sing ! », du lycée Konoha. Un tonnerre d'applaudissements pour nos candidats ! »

Sakura se retourna vivement vers ses camarades. C'était à elle de commencer. La tension dans son corps n'avait pas d'égal que l'excitation au fond de ses pupilles. C'était son moment… D'un geste, elle embrassa vivement ses coéquipiers, leur envoyant tout l'amour qu'elle leur portait puis, inspirant un grand coup, elle monta sur scène. Une appréhension nouvelle envahie son être lorsqu'elle entendit les applaudissements et que ses yeux d'émeraude virent le public à ses pieds. C'était maintenant… La musique envahie l'espace scénique, aussi brutalement que Sakura s'emparait du micro. Jamais encore elle ne s'était sentie aussi bien.

Don't tell me not to live
Just sit and putter
Life's candy and the sun's
A ball of butter
Don't bring around a cloud
To rain on my parade

Cette chanson, c'était un tour de force. Une démonstration vocale et technique. Cette chanson, elle était faite pour mettre les jurés à ses pieds. Elle se devait d'être la meilleure, de les embarquer dans son univers… d'être celle qu'ils dévoreraient des yeux et dont la voix laisserait dans leurs cœurs un souvenir impérissable. Elle devait, à elle seule, convaincre que tout son groupe méritait de gagner.

Don't tell me not to fly
I've simply got to
If someone takes a spill
It's me and not you
Who told you you're allowed
To rain on my parade

… et chaque mot, chaque note, chaque souffle semblait fait pour elle. Elle aimait cette balade. Elle aimait ses airs de Broadway. Elle aimait chanter, et sentir le regard de tous ces gens posés sur elle. Sakura savait que, désormais, tout se passerait bien. Là, seule, sur scène, elle assurait. Le reste n'était qu'une formalité. Ce qu'elle n'envisageait pas, en revanche, c'est la soudaine panique qui envahie les coulisses alors qu'elle était concentrée sur sa performance. Tenten, l'air horrifié, courrait à en perdre haleine. C'est en désespoir de cause qu'elle agrippa le bras de Iruka, attirant les regards de ses camarades, jusqu'alors perdus dans les prestations de Sakura :

« Professeur ! », s'exclama-t-elle. « C'est Gaara, il… »

I'll march my band out
I'll beat my drum
And if I'm fanned out
Your turn at bat, sir
At least I didn't fake it
Hat, sir, I guess I didn't make it

« Quoi, qu'est-ce qui se passe ? », s'enquit Iruka, soudainement inquiet.

« I-Il, m'a dit qu'il ne se sentait vraiment pas bien, et il est parti s'enfermer dans les toilettes ! Je l'ai suivi pour voir comment il allait, mais je crois qu'il est en train de vomir. Monsieur, il n'a vraiment pas l'air au mieux de sa forme ! »

Un silence de plomb s'abattit sur l'ensemble des coulisses, tandis qu'une vague d'horreur traversait les regards. Merde. Gaara était supposé chanter dans la prochaine chanson.

But whether I'm the rose
Of sheer perfection
Or freckle on the nose
Of life's complexion
The cinder or the shiny apple of its eye
I gotta fly once
I gotta try once
Only can die once, right, sir?
Ooh, life is juicy
Juicy, and you see
I gotta have my bite, sir

« Ok, il nous faut une solution, et vite. Konohamaru, tu peux le remplacer au pied levé ? », s'exclama Iruka, que son professionnalisme empêchait de tomber dans l'hystérie la plus totale.

Le plus jeune du groupe observa son professeur et ses camarades d'un air apeuré.

« J-Je ne peux pas, je ne connais même pas toutes les paroles de la chanson, et… », s'écria-t-il.

Get ready for me, love
'Cause I'm a commer
I simply gotta march
My heart's a drummer
Don't bring around a cloud
To rain on my parade

« Naruto, tu peux assurer la partie de Gaara ? »

« Impossible », s'exclama le blond. « Avec le découpage qu'on a effectué, les jurés vont se rendre compte que nous avons un problème et qu'il nous manque un chanteur. On risque l'élimination d'office ! »

« Merde… », soupira Iruka en se pinçant les tempes.

I'm gonna live and live now
Get what I want, I know how
One roll for the whole show bang
One throw, that bell will go clang
Eye on the target and wham
One shot, one gun shot, and bam
Hey, Mister Arnstein
Here I am

Alors c'était fini ? Tout ce travail, toute cette frustration ? Avant même qu'ils ne puissent achever leur numéro, tout était terminé ? Le découragement sembla s'abattre sur les membres du groupe. Naruto serra les poings aussi fort qu'il put pour s'empêcher de crier de rage. C'était ridicule. Pourquoi diable étaient-ils incapables de prouver au monde entier ce qu'ils valaient ?

I'll march my band out
I'll beat my drum
And if I'm fanned out
Your turn at bat, sir
At least I didn't fake it
Hat, sir, I guess I didn't make it

« … Bon, les enfants. Ce n'est pas grave. On aura essayé. Ça ne nous empêche pas de continuer la chorale, même sans les compétitions. Je suis malgré tout très fier de vous et -… »

« Je vais le faire. »

Les regards se tournèrent d'un bloc, une vague d'espoir s'emparant du groupe « Sing ». Écarquillant ses yeux bleus, Naruto observait son placide et taciturne rival. Est-ce qu'il avait bien entendu ?

« Sasuke… Tu es sûr de toi ? », s'étonna Iruka, abasourdis.

« Je connais la chanson, et les parties de Gaara. Je vais le faire. »

Get ready for me, love
'Cause I'm a commer
I simply gotta march
My heart's a drummer
Nobody, no, nobody
Is gonna rain on my parade ! *

Une salve d'applaudissements accueillie la fin de la chanson de Sakura. Elle avait brillé. Elle avait été exceptionnelle. Elle s'inclina modestement, avant de repartir vers les coulisses, croisant avec surprise le chemin de Naruto, d'Hinata tout sourire, et de …Sasuke ? Naruto lui accorda un clin d'œil complice, et Sakura comprit. A cet instant précis, elle sut qu'ils avaient gagnés.


* « Don't rain on my parade », de Lea Michele (originale de Barbra Streisand).

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