Et voilà pour la suite !

Meadow


KR :

« Deux ennemis, c'est un même homme divisé. » - Emil Michel Cioran

- Avant que cela ne te vienne à l'esprit, commença le sorcier, je n'ai tué aucun d'eux, ce qui ne veut pas dire que je n'ai jamais songé à le faire.

- Je ne les ai pas… abattus parce qu'ils ne m'acceptaient pas, se reprit l'homme.

- Pourquoi, dans ce cas ?

- Je ne voulais pas qu'ils finissent par me mettre des bâtons dans les roues. Ils étaient mes ennemis.

- Il me semble que j'ai été honnête envers toi jusqu'à maintenant, alors pourquoi refuses-tu de faire de même ? l'interrogea son aîné, sans le quitter des yeux une seule seconde.

Ses muscles se crispèrent. Jamais il n'avait encore parlé de cela. La raison qui l'avait poussé à commettre ses premiers meurtres était une véritable source de fureur pour lui. Une fureur contenue depuis bien trop longtemps. Alors qu'il cherchait ses mots, ses mains commencèrent à trembler légèrement et il put sentir le mur contre lequel il se trouvait subir les violents assauts de sa force.

- Je devais absolument terminer ma formation, alors, malgré ce que j'avais appris sur mes origines, je continuais de suivre à la lettre les ordres de mon oncle. Mais, un jour, il m'a surpris en train… d'utiliser la force, comme un sith l'aurait fait. J'ai dû m'expliquer sur le champ et j'ai fini par tout lui avouer : que je ne ne me sentais pas à ma place, que j'avais mal... Je lui ai dit que mon destin était peut-être de suivre les traces de mon grand-père et il a… essayé de me faire croire qu'avant de mourir, Dark Vador, le sith le plus puissant, le plus redouté de l'univers, avait choisi de tourner le dos aux ténèbres. Il m'a… juré… qu'à la fin de sa vie, il s'était... RALLIÉ AU CAMP DES FAIBLES. JAMAIS je ne lui pardonnerai d'avoir souillé sa mémoire. Je le tuerai pour ça.

Sa colère mit un moment avant de retomber et il ne parvint à la refouler qu'au prix d'un effort qui lui coûta ses dernières forces.

- « Le camp des faibles » ? répéta finalement son aîné.

- Oui, répliqua-t-il d'un ton que la lassitude rendait moins acerbe, tous ceux qui servent la lumière ne sont que des vantards impuissants. Exactement comme l'était Han Solo.

- L'as-tu tué parce qu'il était faible ou parce qu'il prétendait faussement le contraire ?

- Ni l'un ni l'autre. Je l'ai fait pour ne plus souffrir. Il... Il m'avait promis de m'y aider.

Kylo était incapable de calmer les tremblements que provoquaient ses émotions. Par chance, le sorcier changea de sujet.

- Si la lumière est l'apanage des faibles, te considérais-tu comme tel, avant de rejoindre les ténèbres ?

- Oui.

- Et… Désormais, te sens-tu puissant ?

Puissant ? Bien sûr qu'il l'était et plus encore que son aïeul, s'il en croyait le Leader Suprême. Et, pourtant, il ne se sentait pas aussi fort qu'il le devait ; à cause de cette maudite lumière, évidemment…

L'expression que le sorcier affichait lui fit abandonner ses réflexions.

- Pourquoi souriez-vous ?

- Parce que tu es bien plus lucide que les apparences ne peuvent le laisser suggérer... Je suppose que tu as déjà longuement réfléchi à un moyen de régler ton problème, mais que tes recherches ont été infructueuses ?

Le plus jeune des deux hommes acquiesça, faiblement.

- Tu devrais peut-être cesser d'y songer pour un temps. D'autant plus que tu as quelque chose de plus important à régler, à l'heure actuelle.

De quoi parlait-il ?

- Tu dois apprendre à te contrôler, Kylo, poursuivit son aîné, répondant ainsi à sa question intérieure. Et, avant de chercher à me faire regretter mes paroles, va donc jeter un œil aux cadavres qui jonchent le sol de ce vaisseau.

Les meurtres dont il était question lui revinrent brusquement en mémoire, quand bien même il aurait pu jurer, une seconde auparavant, qu'il n'avait éliminé personne. Il se rendit au passage compte du lamentable état dans lequel étaient les lieux, mais ne s'en formalisa pas.

- On ne peut accéder à la totalité de notre potentiel qu'en laissant libre cours à nos émotions, le contra-t-il, en répétant mot pour mot ce que lui avait dit son maître.

- Alors, selon toi, ce genre d'agissements constitue une force et non pas une faiblesse ? Ils auraient pourtant pu te coûter cher, la première fois que nous nous sommes vus et je suis persuadé qu'il ne s'agit pas de la seule fois où ils t'ont mis en mauvaise posture. Ai-je tort ?

Pourquoi était-il incapable de le contredire ?

Depuis des années, il était convaincu que sa rage et ses colères destructrices le rendaient plus imprévisible, plus dangereux. Même le Leader Suprême l'encourageait dans cette direction, malgré les pertes que cela pouvait occasionner dans les rangs de son armée…

Alors d'où pouvait lui venir cette impression que les propos de son aîné étaient criants de vérité ?

- Tu as raison de croire que des sentiments profonds, comme la haine, peuvent renforcer ta puissance, mais cela peut être le cas uniquement si tu les contrôle et non pas l'inverse.

Sa première réaction fut de vouloir rétorquer à l'homme qu'il ne lui paraissait pas franchement capable de se tenir lui-même aux principes qu'il vantait, à en juger par sa réaction vis-à-vis de cet adolescent qui l'avait provoqué dans son souvenir. Puis il songea à son calme, lors de leur première rencontre, ainsi qu'à la conversation qu'ils étaient en train d'avoir, alors que, de son côté, il l'avait torturé, sans le moindre état d'âme, après un échange verbal long de quelques dizaines de secondes.

Finalement, il décida de se taire.

- T'entraîner dans ce but ne fera pas que renforcer ton pouvoir, cela t'apaisera et te permettra, par ailleurs, d'obtenir ce fameux duel que tu désires tant.

L'homme crut mal entendre.

- Toute à l'heure vous... Vous ne cherchiez pas à... gagner du temps ? A me berner ? grinça-t-il.

- Je n'ai aucun droit de te refuser une revanche.

Non sans précaution, le sorcier se releva et Kylo l'observa faire. Il était tellement habitué aux coups bas, aux traîtrises et aux lâchetés des partisans des ténèbres, qu'il avait du mal à croire qu'un semblant d'honneur pouvait encore se retrouver en certaines personnes.

- Si tu le désires, continua l'homme qui lui faisait face, je peux t'apprendre à contrôler tes émotions.

Kylo le considéra avec réticence.

- Vous voulez que je devienne votre disciple ?

- Est-ce vraiment nécessaire pour que tu tentes de suivre mes conseils ? lui demanda-t-il, un sourcil arqué.

La dernière personne, qui lui avait proposé de l'aide, sans chercher à l'asservir ou à lui forcer la main, n'avait pas tenu parole. Il y avait pourtant quelque chose en lui qui le poussait à avoir confiance en cet homme et qui, presque contre sa volonté (ou bien peut-être en dépit son absence...), le poussa à répondre par la négative à la dernière question qu'il lui avait posé.

- Alors tu sais à quoi t'en tenir.

Sans qu'il n'y prête attention, son aîné s'était approché et, à présent qu'il se trouvait à sa hauteur, il tendit une main vers lui. Presque incrédule, Kylo la fixa longuement avant de la prendre et de se laisser aider à se relever. Une fois debout, il se remit à dévisager l'homme qui lui faisait face.

Sa douleur était beaucoup moins forte, désormais : à vrai dire, elle avait même presque disparu mais, malgré tout, il se sentait toujours incapable de réfléchir convenablement.

- Au fait, conclut le sorcier, la prochaine fois que tu souhaites obtenir quelque chose de moi, j'apprécierai que tu me le demandes.

Un sentiment parfaitement étranger et qu'il ne chercha pas à identifier le parcourut, alors qu'il fixait toujours les yeux rouge sang de son interlocuteur. La fureur contenue qu'il pouvait y lire y était d'ailleurs probablement aussi pour quelque chose...

Lorsqu'il tourna la tête, Kylo suivit son regard. A l'aide de son bâton, son aîné fit venir son casque jusqu'à lui et le lui présenta. L'homme le prit alors en main, sans toutefois le remettre.

- Pourquoi faites-vous ça ?

- Je t'ai dit que ton histoire me rappelait la mienne. Or, en ce qui me concerne, au moment où j'en avais le plus besoin, j'ai pu compter sur l'aide de quelqu'un. C'est une chance que j'ai eue et... tu devrais l'avoir aussi.

Kylo resta silencieux et se contenta de l'observer s'écarter avec lenteur.

- Je reviendrai après-demain, ajouta-t-il.

D'un signe de tête, le sorcier le salua, puis sortit de la pièce, sa longue et atypique tenue se mouvant avec fluidité au rythme de ses pas.