Merci Valentine, de ta review et de ton suivi des chapitres :)


« Dude, that's complex... »


"Votre aide ne m'est pour l'instant qu'inutile, Dr. Cormier"

Delphine baissa la tête. Ce qu'elle redoutait était en train de se produire : le Dr. Leekie commençait à se demander pourquoi ses rapports sur Cosima étaient si peu remplis.
Delphine ne pouvait décemment collecter des informations sur la clone. Elle ne pouvait tout simplement pas violer son intimité, à son insu, alors qu'elle avait promis qu'elle la protégerait.

"Cosima et moi ne sommes pas encore assez proches" répondit-Delphine, hésitante. "Vous savez, elle ne donne pas sa confiance aisément."

Leekie eut une moue non convaincue, et Delphine persévéra.

"Peut-être que dans quelques semaines, nous serons plus proches" avança-t-elle. "J'ai une question, en revanche.."
"Allez y Dr Cormier, demandez, demandez.."
"Jusqu'où dois-je aller dans la partie..séduction ?"

La blonde avait demandé ça mal à l'aise, embarassée. Comme toujours quand elle était nerveuse, elle commença à jouer avec son bracelet.

"Que voulez-vous dire par là ?" demanda-Leekie, les sourcils froncés.

Delphine gigota sur sa chaise.

"Jusqu'à quelle mesure dois-je..hem..répondre à ses avances ? " développa-t-elle.
"Dr. Cormier, si vous avez quelque chose à demander, demandez clairement..." s'agaça-Leekie.
"Elle m'a embrassée."

Voilà,c'était dit. Delphine sentit un petit pincement de culpabilité. Néanmoins, si elle ne donnait pas au moins quelques petites infos à Leekie, il allait commencer à s'énerver. Et qui sait ? Si ça se trouve, il allait répondre qu'elle pouvait céder à ses avances. Qu'elle pouvait même être avec elle.

"Qu'avez-vous fait ?" a-demandé-Leekie.
"Je suis partie.." a-répondu Delphine, enjolivant un peu la réalité.

Elle ne précisa pas qu'elle avait répondu au baiser avant de partir, que c'était même elle qui l'avait prolongé. Elle ne mentionna pas non plus qu'elle avait plaqué Cosima contre le mur, approchant dangeureusement ses mains de sa taille. Elle ne précisa pas non plus que ça l'avait chamboulée, qu'elle n'avait eu qu'une envie : continuer. Aller même plus loin. Mais qu'elle avait dû se faire violence pour arrêter. Non. Elle précisa juste qu'elle était partie.
Leekie hocha la tête, approbateur.

"C'était exactement la conduite à adopter, Dr Cormier." approuva-t-il. "Rappelez vous :pas d'attachement émotionel ou physique à votre sujet. Vous avez bien fait de partir."

Un grand poids tomba sur les épaules de la blonde. Elle masqua sa déception, et acquiesça de la tête.

"Est-ce tout pour aujourd'hui ?" demanda-t-elle, n'ayant plus qu'une envie, celle de quitter ce bureau.
"Ça sera tout, oui " répondit-Leekie. "Mais tâchez de rassembler plus d'informations sur votre sujet, à l'avenir."

Delphine quitta le bureau avec une amère déception. Elle parcourut les couloirs du DYAD, cherchant Cosima. Peut-être aurait-elle des conseils à lui donner ?
Quoi que, depuis leur baiser d'il y a quelques jours, les choses étaient devenues bizarres entre elles. Même très bizarres.
Il fallait arranger ça. Delphine saisit son portable et appella la jeune femme pour savoir où elle était mais elle ne répondit pas.

Alors Delphine envoya un texto à Cosima, lui demandant où elle était, et lui disant qu'il fallait qu'elles parlent, encore. Puis, elle se dirigea vers les laboratoires. Elle enfila sa blouse, et commença à bosser un peu. Parce qu'elle négligeait un peu son travail en ce moment, privilégiant le projet LEDA, et Cosima. Mais il ne fallait pas oublier qu'elle était employée du DYAD institut, hors projet LEDA, et qu'il fallait qu'elle produise quelque chose, qu'elle obtienne quelques résultats.


Cosima frappa à la porte de chez Félix. Elle eut un pincement au coeur en pensant qu'elle ne vivait plus ici. Mais bon. Elle était contente quand même d'avoir son chez elle.
La porte s'ouvrit sur Sarah, qui criait par dessus son épaule, à Félix :

"Mets Kira au lit au lieu de l'énerver, idiot ! Il est 22h45 c'est bien trop tard ! "

Sarah tourna la tête vers Cosima et un sourire illumina son visage.

"Cos!" s'exclama-t-elle.

Elle attira sa soeur contre elle, dans une rare démonstration d'affection, puis, lui fit une bise, avant de la faire entrer.

"J'en peux plus" avoua-Sarah, à sa soeur. "Kira est en train de me tuer. C'est pas de tout repos d'être mère je peux te dire."
"J'ai exactement ce qu'il te faut" répondit-Cosima, en brandissant la bouteille de whisky qu'elle avait amené.

Les yeux de Sarah s'allumèrent d'une étincelle amusée.

"Yeah, ça c'est ma soeur préférée !" ris-Sarah.

Elle saisit la bouteille, qu'elle posa sur la table et sortit deux verres. Puis, elle s'aperçut de l'air sombre de Cosima.

"Toi, tu vas pas bien, je me trompes ?" devina-Sarah. "Le whisky, la tête de trois mètre de long.."
"J'ai besoin d'une soirée entre soeurs, disons.." fit-Cosima, en hochant la tête.

Pile au moment ou Félix entrait dans le salon.

"Kira est au lit." lança-le jeune homme. "Du whisky ! Et Cosima !"
"Non, Félix, toi, tu dégages" s'empressa-de l'avertir Sarah. "Cosima et moi ont doit se raconter quelques petits trucs."
"C'est une plaisanterie ?" s'exclama-Félix, en geignant. "Putain vous êtes chiantes les filles, c'est chez moi ici.."
"Tu vas pas jeter ta soeur et ta nièce dehors, si ?" répondit-Sarah.
"Bah pourquoi je me gênerais, toi, tu jettes ton frère dehors !"
"Pour une soirée.." quémanda-Sarah. "S'il te plaît ?"
"Très bien" soupira-t-il.

Sarah alla se pendre au cou de son frère, et l'embrassa sur la joue.

"Merci Fe.."
"Mouais" grommela-le jeune homme. "Je vous préviens, je reviens à 1h, pas après."
"Merci Félix" fit-Cosima.

Le jeune homme quitta son propre appartement. Sarah s'empressa de verser le liquide ambré dans les verres, et en tendit un à Cosima, avant de s'asseoir avec le sien, à côté de Cosima, dans le canapé.
La clone aux lunettes était assise en tailleur, en face de Sarah.

"Alors, quoi de neuf ?" demanda-Sarah. "Pourquoi tu ne vas pas bien ?"
"Delphine" répondit-Cosima. "C'est toujours Delphine."
"Qu'est-ce qui s'est passé ?"
"Elle m'a repoussée."

Sarah fronça les sourcils.

"Mais je croyais que..t'avais dit que tes sentiments te paraissaient récproques ? " s'étonna-Sarah.
"ils le sont !" répondit-Cosima. "Je l'ai embrassée. Elle allait me dire au revoir, le soir du déménagement, on avait passé la soirée ensemble. Et quand elle s'est approchée pour me faire la bise je l'ai...embrassée."

Sarah eu un sourire, amusée de la réaction impulsive de Cosima. C'était tout à fait quelque chose qu'elle même aurait pu faire. Alors elle comprenait.

"Et je me suis rendue compte de mon erreur " expliqua-Cosima. "Alors j'ai voulu m'écarter.."
"Mais ?" la pressa-Sarah, curieuse de savoir le dénouement de cette affaire.
"Mais elle a prolongé le baiser, Sarah.." répondit-Cosima après avoir bu une gorgée de whisky. "Et pas qu'un peu. "
"Je veux les détails croustillants" ricana-Sarah.
"Elle m'a plaquée contre le mur de mon propre appartement et j'ai bien cru que ses mains allaient atterir sur ma taille."
"Il y a encore un mais." devina-Sarah.
"Mais elle s'est retirée. " répondit-Cosima. "Elle a rompu le contact et elle m'a dit qu'elle était désolée qu'elle ne pouvait pas puis elle est partie."
"Quoi ? " s'exclama-Sarah. "Mais..si elle partage tes sentiments et t'as embrassée en retour, pourquoi elle ne peut pas ?"
"A cause de Leekie. "

Cosima but une gorgée de son whisky, puis une deuxième. Sarah avait les sourcils froncés, réfléchissant au problème.

"Elle a dû signer un machin, un contrat de moniteur du style elle ne peut pas coucher avec un sujet" avança-Sarah.
"Je ne comptais pas coucher avec elle !" s'exclama-Cosima.
"Tu en rêverais."

Cosima foudroya Sarah du regard, et la plus rebelle lui tira la langue, taquine.

"T'es amoureuse, Cos. Vis pas ça comme si c'était une tragédie." conseilla-Sarah.

Cosima resta muette.

"Le pire dans tout ça, c'est que j'ai raison" ris-Sarah, devant le manque de réponse de Cosima.
"Bien sûr que tu as raison !" s'exclama-Cosima.

Sarah ouvrit les yeux en grand. Elle n'en revenait pas, que Cosima avoue enfin ses sentiments.

"Donc tu l'admets..? " vérifia-Sarah.

Cosima hocha la tête. Elle vida son verre de whisky d'un trait.

"Oui je l'admets.." acquiesça-Cosima. "J'ai des sentiments pour Delphine. Non, je peux même le dire plus clairement..je suis amoureuse d'elle. Je suis même raide dingue d'elle, elle me fait un de ces effets."
"Et bah dis donc, ça c'est du progrès."

Puis, Sarah réalisa l'ampleur de la situation.

"Tu l'as vraiment dans la peau.." remarqua-Sarah.
"Quoi, tu croyais que j'exagérais, depuis le début ? Que c'était qu'un béguin, qui passerait ?"
"Je ne suis pas dans ta tête Cos, et tu ne l'admettais pas toi même..." répondit-Sarah. "Mais je m'aperçois que tu l'as vraiment dans la peau."
"C'est le moins qu'on puisse dire.." acquiesça-Cosima. "Et je ne peux pas être avec elle."

Sarah ne savait pas quoi dire. Alors, elle saisit la bouteille de whisky et remplit de nouveau le verre de Cosima, qu'elle vida de moitié en peu de temps.

"Merci.." fit-elle, d'une voix un peu éteinte.
"Ça va s'arranger, Cos.."
"Qu'est-ce que je dois faire, Sarah?"

La jeune femme reposa la bouteille sur la table basse. Puis, lentement, elle but une gorgée de whisky, avant d'offrir à Cosima sa vision des choses.

"De mon point de vue, tu as deux portes de sortie." expliqua-Sarah. "Porte une : tu refoules tous tes sentiments, mais tu restes amie avec elle. Tu essaies de convertir ton amour pour elle, en amitié. Vous passez quand même du temps ensemble, vous bossez ensemble. Cette méthode peut faire souffrir, parce que dès fois c'est frustrant, mais l'amitié, c'est mieux que rien, même si tu préférerais l'amour. "

Sarah fit une pause, pour que Cosima, qui venait de vider son verre, assimile tout ça.

"Porte 2" continua-Sarah. "Tu refoules tous tes sentiments, mais pour t'aider, tu coupes les ponts avec elle. Tu te fais très claire, très tranchante, une bonne fois pour toute. Tu arrêtes de la voir, parce que ça fait trop de tentation. Si tu ne peux pas avoir l'amour, alors l'amitié non plus. "

Après cette petite tirade, Sarah marqua une nouvelle pause. Cosima réfléchissait, le front plissé. Elle ne disait rien.

"Quelle que soit la porte que tu pousses, Cosima, tu souffriras" prévint-Sarah. "Mais je te soutiendrais et je sais qu'Alison, Beth et Félix aussi. Tu peux compter sur nous."

Cosima sentit son coeur se serrer. Elle avait tellement de gratitude pour Sarah, à ce moment, et pour ses clones. Ça comblait cette affreuse solitude qu'elle avait ressenti toute son enfance. C'était un agréable changement, d'avoir des gens autre que ses moniteurs, qui se préoccupaient d'elle.

"Je sais pas comment te remercier Sarah.."

Cosima tendit son verre. A contrecœur, - parce qu'elle ne voulait pas que Cosima se saoule par tristesse – Sarah remplit une troisième fois son verre.

"Mais je veux pousser la porte 3.." continua-Cosima. "Aller casser la gueule à Leekie, annuler le projet LEDA, nous laisser en paix, me laisser sortir avec ma sexy monitrice française à boucles blondes, me laisser la ramener dans mon lit, et nous foutre la paix."

Sarah esquissa un sourire.

"Je doute que ça soit possible, Cos, mais je veux bien t'aider pour la première partie" ris-Sarah. "Aller casser la gueule à Leekie, quel excellente idée."

Cosima esquissa un faible sourire.

"Je l'ai évitée depuis notre baiser..." fit-Cosima en reposant son verre sur la table. "Je ne sais pas quelle conduite adopter. Elle m'a demandée où j'étais tout à l'heure, mais je n'ai pas répondu. "
"Tout dépend quelle porte tu choisis Cos.."
"Je pense que je vais essayer la 2" lança-Cosima, impulsivement. "Je ne veux pas me torturer tous les jours à la voir. "
"Très bien. Une décision, c'est bien."approuva-Sarah.
"Je vais lui écrire."

Cosima saisit son portable. Sarah hésita à la laisser écrire à Delphine après trois verres de whisky, mais elle semblait bien tenir l'alcool, alors, Sarah laissa faire et se concentra plutôt sur son propre verre.

"Voilà j'ai envoyé" fit-Cosima. "J'ai écrit : Passe pas me chercher demain matin je vais aller au DYAD par mes propres moyens. M'attends pas non plus pour bosser, je vais profiter de l'ambiance calme de mon labo."

Sarah fronça les sourcils .Elle aurait peut-être dû prendre le téléphone, après tout.

"l'ambiance calme de mon labo ?" releva-Sarah. "Crois moi Cos, tu veux arrêter d'écrire au gens quand tu commences à être bourrée. "
"Je tiens bien l'alcool" répondit-Cosima. "Avec ça c'est clair, mon message, tu penses pas ? Elle m'a répondu!"

Cosima regarda le message : "On peut s'appeler ?"

"Va-y " fit-Sarah. "Mets les choses au clair."
"D'accord, même si je risque de perdre la tête quand je vais entendre son adorable petit accent français. " grommela-Cosima.
"Cos!" s'exclama-Sarah. "Qu'est-ce qu'on a dit ? Concentre toi. "

Cosima hocha la tête et saisit son portable pour appeler Delphine.

"Allô ? " fit-la française, décrochant aussitôt.
"Delphine" fit-Cosima. "Hey."
"Il y a un problème ?" demanda-la jeune femme, inquiète. "Pourquoi tu ne veux pas que je passe te chercher ?"
"On va prendre un peu de distance, pendant un moment, d'accord ?"
"On en est encore là ?" s'exclama-Delphine, avec de la déception dans la voix. "Je croyais qu'on avait dépassé ce stade."
"Moi aussi, je croyais des choses " répondit-Cosima. "Toujours est-il que, tu m'as déjà dit que tu pouvais me donner un peu d'espace. Tu m'as même offert un labo pour me le faire comprendre. Tu crois que tu pourrais recommencer ? "

Delphine hésita un moment. Il y eut un long moment de silence, durant lequel Sarah interrogea Cosima du regard, pressée de savoir.

"Oui bien sûr.." répondit-Delphine, une note amère dans la voix. "Si c'est ce que tu souhaites."
"Merci. Bonne nuit Delphine."

Cosima raccrocha et jeta un regard triste à Sarah.

"Cet accent putain, Sarah, cet accent.."

Sarah saisit la bouteille de whisky et lui servit un quatrième verre. Elle le méritait bien. Cosima s'empara du verre et le leva, portant un toast.

"J'ai coupé les ponts."

Puis, elle le vida cul sec.


Sarah repoussa ses lunettes de soleil sur son front, et posa son regard sur Beth. Les deux femmes marchaient côte à côte, remontant la rue, chacune un gobelet de café frappé à emporter dans la main.

"Je devrais prendre des vacances, un de ces jours" songea-Beth. "Regarde l'animation qu'il y a dans les rues, en été."

Sarah hocha la tête. Ce n'était pas souvent qu'elle se retrouvait avec Beth, ou, comme elle aimait la surnommer, l'officier Childs, puisqu'elle bossait tout le temps.

"C'est sûr, je préférerais sortir en public avec toi quand tu es Beth, et pas flic" ricana-Sarah. "Range-moi un peu ce badge."

Beth écarta Sarah qui avait voulu prendre le badge qu'elle portait à la ceinture, juste à côté de son flingue.

"Touche pas à ça, toi " la prévint-Beth. "Je suis en civile mais je suis quand même au boulot."

Sarah eut un rire. Elle but une gorgée de son café frappé, tout en continuant à marcher. Les deux femmes débouchèrent sur une place bondée.
Tout à coup, Sarah aperçut à côté d'elles, à quelques dizaines de mètres, un manteau familier, avec une capuche rabattue sur la tête.
"ça me rappelle quelque chose.." pensa-Sarah.

La silhouette se déplaçait rapidement, furtivement, se rapprochant d'elles. Sans que Beth ou Sarah n'ait rien vu venir cependant, la silhouette s'approcha d'elles. Elle bouscula Sarah, et sortit un pistolet. Vive comme l'éclair, elle tira. Un coup. Beth s'écroula, la main sur l'abdomen, qui se teintait déjà de rouge.
Sarah lâcha son gobelet de café. Quand une mèche blonde s'échappa de la capuche, elle se souvint

"C'est la fille qui a essayé de prendre Kira" s'exclama-Sarah.

La silhouette vit que Sarah ne comptait plus se lancer à sa poursuite et s'éloigna d'un pas rapide. Sarah s'agenouilla près de Beth. Tout le monde criait de peur. Un cercle de gens commençait à se masser autour de la blessée.
Sarah saisit la main de Beth, et la retourna sur le dos.

"Ça va aller Beth" promit-elle.
"Va.." hoqueta-la flic. "Va y. Chope la. "

Sarah regarda loin derrière les gens .La silhouette s'éloignait toujours mais elle était visible. La jeune femme saisit le pistolet de Beth – pour une fois qu'elle n'avait pas pris le sien ! - et poussa les gens du coude.
Elle suivit d'un pas rapide la silhouette qui venait de tirer sur Beth, sans faire savoir qu'elle était là.

Au bout d'un moment, la jeune femme au manteau vert s'arrêta dans une petite allée, près d'une moto. Elle rabattit sa capuche, libérant une masse de cheveux blonds bouclés. Mais elle était de dos, Sarah ne pouvait voir son visage.
La femme s'agenouilla près de sa moto. Sarah arriva par derrière, et lui décocha un violent coup de pied dans les côtes, tout en la visant de son arme. La femme roula par terre, et Sarah put enfin apercevoir son visage..qui lui fit l'effet d'un couteau dans le ventre.
C'était elle. Une autre clone. La seule pensée qui vint à Sarah fut :"Je me teindrais jamais les cheveux en blond..."

"Qui es-tu ?" s'exclama-Sarah.
"Toi. " fit-simplement-l'autre clone. "Tu es une amie de Elizabeth Childs. "
"La femme sur qui tu viens de tirer" s'exclama-Sarah. "Pourquoi tu lui as tiré dessus ?"
"Je suis l'originale" répliqua-t-elle.

Sarah leva les yeux au ciel. Qui lui avait mis ces conneries dans la tête?

"Est-ce que tu me veux morte aussi ?" demanda-Sarah.
"Non. J'avais juste ordre de tuer Beth Childs. Tu n'es pas Beth Childs, apparemment."
"Non. Mais nous sommes toutes reliées, alors pourquoi nous éliminer ?"

La blonde avait un fort accent de l'est. Ukrainien, peut-être, même si Sarah n'était pas une spécialiste de ces langues.

"Qui es-tu ?" demanda-Sarah.
"Helena. Et toi qui es-tu ?"
"Sarah Manning" répondit-elle à contrecœur.
"Sarah."

Cette façon, de prononcer son prénom..en roulant bizarrement le R. Sarah fronça les sourcils, et Helena détailla son visage.

"Qui est-ton moniteur ?" demanda-Sarah.
"Moniteur ?"

Sarah se demanda..et si..

"Tu es l'autre clone sans moniteur ?" questionna-Sarah, intriguée.
"Je ne vois pas ce que tu veux dire. "

Helena se releva lentement, l'arme toujours pointé sur elle.

"Je ne ferais pas de mal.." lança-t-elle. "Tu peux baisser ton arme. "
"Qu'est-ce qui me dit que tu ne vas rien me faire ?" ricana-Sarah, sans baisser le canon de son revolver.
"On a une connexion."
"Beh voyons, une connexion, un peu logique puisque nous partageons le même ADN. "

Helena ne dit rien. Elle pencha la tête légèrement sur le côté, et observa Sarah avec un regard un peu fou.

"T'es flippante toi" remarqua-Sarah.
"Tu as une maison ?"
"Non, je vis dans la rue" répondit-Sarah en levant les yeux au ciel. "Oui j'ai une maison."
"Je viens avec toi."

Sarah rangea son arme. Helena n'avait pas l'air menaçante à son égard.

"Oh, et pourquoi ça ?"
"Je veux voir ta petite fille. Kira."

Sarah se raidit.

"Hors de question !" s'exclama-t-elle, en mère protectrice. "Non. Absolument pas."
"Je ne lui ferais jamais de mal !" s'exclama-Helena.
"Tu as essayé de l'enlever !" protesta-Sarah.
"Je ne partais pas avec elle je discutais. "

Sarah jaugea l'ukrainienne du regard. Elle ignorait si elle pouvait lui faire confiance. Après tout, elle venait de tirer sur Beth !

"Bien." grommela-Sarah. "Amène toi."

Heureusement, le domicile de Félix n'était pas loin. Sarah guida Helena jusqu'à chez eux. Elle la fit entrer. La blonde regardait tout, observait tout. Sarah la surprit même à renifler l'un des tableaux de Félix.
Sarah l'entraîna à l'autre bout de la pièce, après avoir été chercher quelque chose.

"Assied toi" ordonna-Sarah.

Elle la poussa sur le sol. Helena ne posa pas de question et s'assit dos au radiateur. Sarah violemment, tordit son poignet, lui enfila une menotte et boucla l'autre au radiateur.

"Que fais-tu ?" s'exclama-Helena, en tirant sur la menotte qui l'attachait au radiateur.
"Je t'attache" répondit-Sarah. "On décidera quoi faire de toi après."

Helena se mit à tirer comme une malade sur la menotte. Mais Sarah savait que ça tiendrait. Elle se dépêcha, appela un taxi, qui la conduisit à l'hôpital.
Heureusement que Félix était parti avec Kira, ce matin, l'emmener à une exposition. Elle ne tenait pas à ce que sa fille tombe nez à nez avec cette ukrainienne psychopathe qui s'intéressait à elle.

A l'hôpital, Sarah se dépêcha vers l'accueil.

"Bonjour" fit-elle rapidement."J'aimerais avoir des nouvelle de ma c..soeur qui a été emmenée aux urgences il y a peu de temps."
"Nom ?"
"Beth, Elizabeth Childs"

La femme de l'accueil consulta ses notes.

"Elle n'a pas été admise encore, faites un tour du côté des urgences elle doit toujours y être."
"Merci bien."

Sarah se dépêcha de prendre la direction des urgences, tout en sortant son portable. Elle appela Cosima qui ne répondit pas, alors, elle laissa un message.

"Cosima, viens dès que tu peux à l'hosto, c'est Beth, elle s'est faite tirer dessus. Et surtout, ne vas pas chez Félix."

Sarah raccrocha et glissa le portable dans sa poche. Elle tourna dans un couloir, puis poussa une porte et entra dans les urgences.


Cosima était assise dans son laboratoire au DYAD, vautrée dans son canapé en cuir, essayant de ne pas penser à ce que Colin et Félix avaient fait dessus. Un bouquin était ouvert sur ses genoux, et elle tentait de lire, mais ses pensées étaient une fois de plus occupées.

Cela faisait une semaine qu'elle avait dit à Delphine de garder ses distances, et elle ne l'avait pas vue du tout, à peine croisée. Et elle lui manquait terriblement. Ce manque était horrible, affreux. Cosima repensait aux deux baisers qu'elles avaient échangé jusque là, et elle sentait des frissons sur sa peau, comme si son corps réclamait encore Delphine.

La clone aux lunettes referma son livre, en soupirant. Elle ne parvenait pas à se désintoxiquer de la française, mais elle ne pouvait pas non plus ne pas la voir. Elle voulait revenir en arrière et choisir la porte 1 finalement. Juste amie. Au moins ça.

"Delphine ?" fit-Cosima, dans son portable après avoir composé son numéro.
"Allô Cosima ?"
"Salut" sourit-la plus petite. "
"Comment tu vas ?" demanda-Delphine.
"Tu me manques" avoua-t-elle.
"Tu me manques aussi.." confessa-la blonde.
"On peut se voir ? Discuter ?"
"Oui, évidemment. Je suis devant le bâtiment principal du DYAD."
"Parfait j'arrive tout de suite."

Cosima raccrocha, satisfaite. La distance avec Delphine était trop dure à supporter. Tant pis si elle ne pourrait jamais avoir plus : être amie était mieux que de ne plus la fréquenter du tout.
La clone sortit de son laboratoire, après avoir enlevé sa blouse. Elle sortit du bâtiment principal, et aperçut Delphine. La jeune femme était assise sur un banc au soleil, les jambes croisées, une cigarette à la main. Première surprise.

"Tu fumes ?" s'étonna-Cosima, en venant s'asseoir à côté d'elle.
"Ça m'arrive" admit-Delphine, honteusement. "je sais c'est très mauvais. "
"Je ne comptais pas te faire une tirade moralisatrice" la rassura-Cosima.

Elle s'apprêtait à enchaîner, lorsque son portable sonna.

"Je suis désolée" s'excusa-Cosima.

Elle fouilla dans son sac, alors que le portable sonnait toujours. Puis dans ses poches, puis une nouvelle fois dans son sac.

"Où j'ai mis ce putain de téléphone !?" s'énerva-Cosima.

Lorsqu'elle mit enfin la main dessus, c'était trop tard, il ne sonnait plus, et l'écran indiquait un appel manqué de Sarah.

"Génial " grommela-Cosima. "Ah, elle m'a laissé un message. Désolée."
"Prends ton temps" répondit-Delphine en tirant une bouffée de sa cigarette.

Cosima colla l'appareil à son oreille, et écouta. Elle pâlit, et Delphine lui jeta un regard inquiet. Lorsqu'elle raccrocha, Cosima avait les mains qui tremblaient.

"C'est Beth" expliqua-Cosima. "Elle s'est faite tirer dessus."
"Beth ?" fit-Delphine.

Cosima hésita. Était-il sage de révéler à Delphine qu'elle n'était pas seulement en contact avec Sarah ? Fallait-il introduire Beth la dedans ?
Après tout, Delphine avait pour l'instant respecté ses promesses. Elle n'avait rien dit à Leekie, elle lui avait donné de l'espace. Elle méritait la vérité.

"Une autre clone." répondit-Cosima.
"Avec combien d'entre elles es-tu en contact ?" s'étonna-Delphine.
"Elle, Sarah, et Alison." répondit-Cosima. "Mais ce n'est pas le moment de débattre. Il faut que j'aille à l'hôpital."
"Laisse moi t'emmener." proposa-Delphine.

Encore une hésitation. Ce n'était pas une bonne idée que tous les clones soient regroupées ensembles, avec Delphine.

"Cosima s'il te plaît, tu sais que je suis de ton côté" protesta-Delphine. "Ma voiture est juste là, on sera à l'hôpital en quinze minutes."
"Très bien, allons y " céda-Cosima.

Delphine conduisit donc jusqu'à l'hôpital. Elles retrouvèrent Sarah aux urgences. Alison était déjà là. La mère poule était pâle, inquiète, et ne cessait de tourner en rond, en se rongeant les ongles.

"Tu l'as amenée ?" s'exclama-Sarah, avec un coup de tête vers Delphine, hostile.
"S'il te plaît Sarah" plaida-Cosima. "Elle est de notre côté."
"j'espère que tu lui fais vraiment confiance" maugréa-Sarah.
"Re-bonjour Sarah" fit-Delphine, avec un bref sourire, ignorant son hostilité.

Sarah lui adressa un signe de tête et se rassit sur sa chaise de plastique noire inconfortable. Alison ne tenait pas en place.

"Voici Alison" présenta-Cosima.
"Enchantée" fit-rapidement Alison.
"Comment vas-t-elle ?" demanda-Cosima. "Je n'ai eu que ton message Sarah."
"Elle est au bloc" répondit-Alison. "Ce n'est pas bon."
"Helena l'a touchée à l'abdomen" expliqua-Sarah.
"Helena ?" releva-Cosima.

Sarah jeta un regard en biais à Delphine.

"Je t'ai dit que tu pouvais lui faire confiance" fit-Cosima.
"Tu es sûre ? Certaine à cent pourcent ?" insista-Sarah, avec un regard éloquent.
"Oui !" s'exclama-Cosima.
"C'est bon Cosima" lança-Delphine, coupant court au débat. "Je vais faire un tour. Chercher du café. Vous pouvez discuter, je reviens."

Cosima hocha la tête, avec un regard plein de gratitude, puis, s'assit près de Sarah.

"Raconte moi." exigea-t-elle.

Sarah relata à Cosima et Alison les faits, le tir d'Helena, la course poursuite, comment elle l'avait menacée puis attachée chez Félix.

"Tu es en train de dire que cette psychopathe folle furieuse qui à tiré sur Beth est accrochée à un radiateur chez Félix ?" s'exclama-Cosima.
"Est-ce que tu as prévenu Félix de ne pas ramener Kira chez lui, au moins ?" demanda-Alison, dans un éclair de lucidité.

Sarah se raidit. Elle ouvrit de grands yeux. Alison se frappa le front.

"Seigneur tu ne l'as même pas prévenu." se désespéra-t-elle.

Un grand sentiment de panique s'empara de Sarah. Elle saisit son portable,appela Félix.

"Allô, Félix ?" s'exclama-t-elle. "Dis moi que tu n'es pas rentré à la maison."
"Si nous sommes rentrés" répondit-l'anglais. "Tu ne crois tout de même pas qu'on allais rester trois jours à cette expo. D'ailleurs, c'est gentil de me prévenir quand tu invites des clones inconnues à la maison, attachées au radiateur."
"Elle est toujours attachée ?" demanda-Sarah.
"Oui" acquiesça-Félix.
"Je suis désolée Fe, j'aurais dû te prévenir. Kira va bien ?"
"Elle va bien ne t'en fais pas. Comment vas Beth ?"
"Tu es au courant ?"
"Ta prisonnière me l'a dit. "
"Elle est au bloc. Je te tiens au courant."
"Très bien. Et tiens moi vraiment au courant cette fois."
"Promis."

Sarah raccrocha, soulagée. Elle avait eu peur, pendant une minute. Delphine revint à ce moment, avec des cafés. Cosima lui jeta un coup d'oeil.

"Je reviens" marmonna-Cosima à Sarah.

La clone à lunettes se leva, et quitta les urgences, entraînant Delphine avec elle. Elles s'arrêtèrent dans un couloir désert. Cosima appuya son dos sur un lit d'hôpital vide rangé contre le mur, et Delphine s'adossa au mur opposé, silencieuse.

"De quoi voulais-tu me parler, alors ?" demanda-Delphine.
"De nous" répondit-Cosima, nerveuse tout à coup. "Tu me manques. Je n'ai pas envie de garder mes distances, avec toi."

Delphine plissa le front, mais resta silencieuse. Le contrat de Leekie lui liait les mains, elle ne pouvait rien faire.

"Mais je sais qu'on ne peut pas être plus qu'amies" fit-Cosima. "Alors, amies, ça me va."

Cosima croisa le regard de Delphine, et un sourire étira ses lèvres.

"Amies ?" offrit-la plus petite.
"Amies." approuva-la blonde, en hochant doucement la tête.

Le sourire de Cosima s'agrandit, reflet de celui qui naissait sur les lèvres de la française.

"Tant mieux.." sourit-Cosima. "J'espère que Beth va s'en sortir" ajouta-t-elle après un moment de silence.
"Ils vont faire tout ce qu'ils peuvent" la-rassura-Delphine.

Cosima hocha la tête. Elles retournèrent auprès de Sarah et Alison. Sarah leur jeta un regard circonspect, mais ne fit aucun commentaire.
Au bout d'une trentaine de minutes, un médecin arriva.

"Alors ?" s'enquit-Sarah en se levant, imitée par Alison, Cosima et Delphine.
"Elle a survécu à l'opération" expliqua-le médecin. "Mais elle a perdu énormément de sang. Elle n'est pas tirée d'affaire."
"Mais pour l'instant, elle est en vie ?" demanda-Sarah.
"Oui."

Alison, une main sur la bouche, laissa échapper une exclamation soulagée.

"Elle est en soins intensifs" expliqua-le médecin. "Pas de visites pour l'instant. Rentrez chez vous, reposez vous. Nous vous appellerons si son statut change."

Au début, Cosima voulait rester. Sarah partait rejoindre Félix et Kira et surtout vérifier si Helena était bien là, à ne pas faire de dégâts. Alison voulait retrouver Donnie, et ses enfants. Mais Cosima n'avait pas d'obligations, et elle se sentait obligée de rester.
Cependant, Sarah et Alison réussirent à la convaincre de rentrer.

"Il a dit qu'il nous appellerait" argumenta-Sarah. "Rentre, Cosima."

Alors, Cosima accepta de rentrer chez elle. Bouleversée par ce qui était arrivé à Beth, elle accepta même que Delphine la reconduise chez elle.

"Tu viens boire un verre ?" proposa-Cosima. "En amie !"

Delphine eut une moue amusée, et hocha la tête.

"Avec plaisir."

Elles montèrent jusqu'à l'appartement de Cosima. Cette dernière sortit deux verres et une bouteille de vin. Elle en remplit les verres et se laissa tomber sur son canapé.

"Au rétablissement de Beth." fit-Delphine en levant son verre.
"Au rétablissement de Beth."

Cosima but une gorgée de vin. L'ambiance était électrique. Une fois que Delphine eut terminé son verre, elle le posa et se leva pour partir.

"Alors, on se voit demain au DYAD ?" sourit-Delphine. "On a fini, de ne plus se voir ?"
"Oui" sourit-Cosima. "On est amies."
"J'en suis ravie" sourit-Delphine.

Les deux jeunes femmes se retrouvèrent plantées debout, l'une en face de l'autre, embarrassées, pendant un temps qui leur sembla infiniment long. Les secondes s'égrenaient. Cosima n'entendait que son pouls, qui s'emballait, son coeur qui martelait ses côtes.

Alors que Delphine aurait dû se diriger vers la porte pour partir, Cosima et elle se retrouvèrent de nouveau à s'embrasser.
Ni l'une ni l'autre ne savait comment c'était arrivé, ni à quel moment, ni qui avait fait le premier pas. Tout ce qu'elles ressentaient, c'était la sensation des lèvres de l'autre sur les leurs.
Cosima fit courir ses mains dans les cheveux bouclés de Delphine, tandis que la blonde, elle, emprisonnait la taille de la plus petite des siennes.

Sans que Cosima ne s'en aperçoive, son chemisier atterrit sur le sol.
Delphine sentit la peau nue du dos de Cosima sous ses mains. Elle savait qu'elle aurait dû faire marche arrière. Qu'elles auraient dû arrêter, tout de suite. Mais c'était plus fort qu'elles.