7. Chantage
« A ceux qui se sont octroyé le titre de Seigneurs de Kobol,
Nous attendons toujours que nous soit remis la flèche d'Apollon. Les morts et la destruction d'hier ne vous ont-ils pas suffi ? Combien de vies devront être prises pour que vous vous décidiez à entendre raison ? Si vous nous remettez la flèche dans les vingt-quatre heures à compter de la lecture de ce message, vous échapperez à une destruction totale. Sans ça, les flammes de l'Enfer déferleront sur vous.
Ceci n'est pas du bluff : une arme nucléaire a été dissimulée quelque part dans votre vallée. Elle a été dotée par nos soins d'un mécanisme de compte à rebours programmé pour exploser juste après la fin de l'ultimatum. Vous pouvez essayer de la retrouver. Quand bien même vous parveniez à mettre la main dessus, le mécanisme est piégé. Nous vous déconseillons vivement de tenter un désamorçage. Un déplacement de l'arme vous serait tout aussi fatal.
Le jeu est terminé. Il est temps de nous remettre la flèche. Nous partirons très bientôt et vous n'entendrez plus parler de nous. Sinon, préparez-vous tous à mourir.
Jack Peterson »
Zeus venait de lire à haute voix la lettre trouvée épinglée sur sa tente aux autres Dieux. La consternation se lisait sur tous les visages. Comment une querelle aussi insignifiante avait pu tourner en une pareille démonstration de haine ? C'était vraiment affligeant de constater à quelle vitesse les évènements se succédaient dépassant à chaque fois en horreur le précédent.
- Nous devons leur donner ce qu'ils veulent !
C'était Poséidon qui s'était exprimé. Mais ça aurait aussi bien pu être n'importe quel autre Dieu tant cela tombait sous le sens. Il serait ridicule de prendre le risque d'une destruction nucléaire pour une simple question d'honneur.
- Pas si vite, dit Zeus pour calmer ses compagnons. Rien ne prouve pour l'instant qu'ils possèdent réellement une telle arme. Je pense que nous devrions profiter du délai de l'ultimatum pour nous en assurer. Ensuite nous aviserons.
- Et que ferons-nous si nous n'arrivons pas à en être sûrs ? demanda Athéna. Céderons-nous tout de même ?
- Bien sûr, répondit Zeus. Nous ne pouvons tout de même pas prendre un tel risque. Je vous promets que nous ne laisserons pas une chose pareille arriver.
Zeus jeta un regard circulaire. Le camp de fortune qu'ils avaient monté s'étendait sur près d'un kilomètre carré. Il n'en avait pas fallu moins pour loger toute la population des douze colonies sous tente. En effet, les ruines encore fumantes des colonies ne pouvaient plus abriter les habitants et il avait fallu improviser. Les Dieux avaient donc organisé la création du camp de réfugiés, construit à l'aide de matériaux de récupération prélevés dans les décombres. Et après quelques jours la vie semblait reprendre lentement. Mais les Dieux savaient qu'il ne s'agissait que d'un sursis. La treizième colonie n'abandonnerait pas et reviendrait à la charge.
Après qu'une longue averse eût aidé à éteindre les derniers foyers d'incendie, les colons avaient commencé à faire le décompte des morts. Près de cinq cents corps avaient été retrouvés dans les décombres. La plupart étaient difficilement identifiables. Mais une chose était certaine : très peu d'entre eux étaient originaire de la treizième colonie. Et le bilan pour les protégés des Dieux était extrêmement lourd.
La plus macabre découverte fut faite sous les décombres du théâtre. Le spectacle était toujours en cours au moment de l'attaque. Si bien que tout le public était encore présent au moment où les assaillants avaient déboulé dans la salle. Et plutôt que faire sortir les spectateurs avant de bouter le feu au bâtiment, les portes avaient été fermées avec tout le monde à l'intérieur. Et c'était bien là que la grande majorité des cadavres avait été découverte par les colons horrifiés qui tentaient de retrouver des survivants. De nombreuses griffures étaient encore visibles sur les restes calcinés des grandes portes de la salle. Et les corps carbonisés s'amoncelaient près de ces portes, comme si les uns avaient piétiné les autres pour tenter de sortir.
Zeus rejeta ce souvenir terrifiant pour reprendre la conversation.
- Organisons les recherches. Nous devons fouiller la vallée, y compris les décombres. Si nous mobilisons toutes les personnes valides pour cette recherche, nous pouvons espérer avoir ratissé toute la vallée d'ici ce soir. Nous verrons bien alors ce qu'il en est.
Les autres Dieux acquiescèrent en silence. La décision du Roi des Dieux semblait en effet plutôt raisonnable. Mais avant que tout le monde se disperse, Apollon demanda :
- Mais ce que je ne comprends pas, c'est d'où pourrait provenir cette arme. Ils n'ont pas pu la construire eux-mêmes ?
- Et bien, répondit Zeus avec un air gêné, la treizième colonie a commencé à pénétrer dans l'Arche Dorée depuis quelques temps. La soute contenait une ogive. Et celle-ci a disparu depuis quelques semaines. Je l'ai constaté il y a peu de temps.
- Et tu ne nous avais rien dit ? s'offusqua Athéna. Tu te rends compte le risque que tu nous fait courir aujourd'hui ?
- Plus que vous le croyez, répondit Zeus en inclinant la tête.
