Note de l'auteur — Désolée, je suis affreusement en retard pour ma publication. Mais j'ai plein d'excuses! 1. Un emploi de temps infernal. 2. La canicule de la semaine dernière qui m'a liquéfié le cerveau. (Si, si, je vous assure. Il a dégouliné par les oreilles!) 3. Les auteurs qui conspirent pour rendre leurs fics hyper intéressantes à lire, me prenant ainsi mes rares heures de loisir. (C'est un scandale!) 4. Mon ordi qui a été mangé par le chien du voisin. (Bon, il a bavé sur le clavier. Ça compte, non?) 5. La flemme…
Ha ha. Nooon, ne tapez pas!
Suivre l'impulsion du moment
Se réveiller en sursaut au son de la musique tonitruante du radio-réveil. Fixer stupidement le plafond, attendant le démarrage du cerveau qui rechignait à fonctionner, par un manque cruel du sommeil. Un petit tour dans la salle de bain, s'habiller, et hop! direction cuisine, tout en baillant à se décrocher la mâchoire. Bref, une matinée comme les autres… hé?
John pila littéralement sur place et resta bouche-bée. En tant qu'ancien militaire, il en avait vu des choses, effrayantes ou horribles. Mais aucune d'elles n'était aussi choquante qu'un Sherlock penché au-dessus de la gazinière, en train de… en train de cuisiner!
Pendant que son esprit criait à l'apocalypse, son colocataire se retourna et lui dédia un magnifique sourire, agitant une spatule en bois. Il recula, effaré comme s'il avait été menacé par une matraque.
— Ah, John, tu arrives à point nommé. Aide-moi à porter tout ça au salon, veux-tu?
"Tout ça" consistait en un plateau bien garni: tasses et cuillères prêtes à servir, du beurre, de la marmelade, etc. D'un regard halluciné, le médecin inspecta le reste de la pièce. De la bouilloire montait une vapeur inodore, signe qu'il s'agissait de l'eau, et rien que de l'eau. Dans le grille-pain cuisaient non des lamelles de peau humaine, mais de vrais toasts. Et le poêle à frire contenait quelque chose de mangeable, des oeufs, selon toute apparence.
Inimaginable.
Le premier moment d'hébétude passé, John parvint à la seule conclusion qu'il pensait être plausible. Il s'avança pour poser la main sur le front de Sherlock.
— Tu n'as pourtant pas de fièvre, fit-il, sincèrement étonné.
— Quel brillant constat! railla l'autre en se dégageant avec irritation. Ce n'est pas parce que…
Puis se rappelant de sa décision de se montrer gentil, il changea de ton:
— Je ne suis pas malade, John. Merci de t'en inquiéter.
…Merci?
Le médecin cligna plusieurs fois les yeux, mentalement knock-outé. Et ce fut dans cette sorte d'état second qu'il se retrouva attablé devant le petit-déjeuner préparé par Sherlock. D'un geste machinal, il piqua la fourchette dans sa part d'omelette, en avala une bouchée.
Et ses yeux s'agrandirent comme des soucoupes.
Une omelette n'était qu'après tout que des œufs transformés, et John avait toujours trouvé qu'elle avait à peu près le même goût, que ce soit fait par un particulier ou un grand chef. Mais ça! C'était un véritable festival pour les papilles gustatives.
— C'est absolument divin! s'exclama-t-il. D'où tiens-tu la recette?
— En fouillant sur internet, ce matin.
Le menton de John manqua de peu de heurter la table.
— Oh là, une minute. Ne me dis pas que c'est la première fois que tu…
— Que je cuisine? Si. Qu'y-a-t-il de si extraordinaire à cela? Ce n'est qu'une variante de chimie.
Attitude typiquement sherlockienne, songea amèrement John avant de soupirer. Tout était tellement facile pour le grand Sherlock Holmes, n'est-ce-pas? Tant de talents réunis dans un seul homme. Il aurait eu le monde à ses pieds, si Mère nature l'avait également pourvu d'un caractère affable. Seulement voilà, pour Sherlock l'amabilité n'était qu'un outil parmi d'autres qu'il usait uniquement lorsqu'il souhaitait amadouer…
— Du jus d'orange, John?
…Celui ou celle dont il avait besoin d'obtenir la coopération. Justement ce qu'il était en train de faire avec lui en ce moment-même.
— Si tu reprenais du toast?
En gros, il lui faisait le même coup qu'à Molly. Sauf qu'il n'était pas aussi naïf qu'elle… surtout après l'incident de la nuit, qui avait de quoi le mettre en rogne!
— Une autre tasse de thé?
— Au diable le thé! finit-il par éclater. Si c'est pour me reparler de cette foutue expérience, c'est toujours non, alors cesse cette fausse gentillesse!
Aussitôt prononcés, aussitôt regrettés. Quand il vit le visage de Sherlock s'affaisser et devenir l'image même du chagrin, il crut entendre son coeur se fissurer.
— Je voulais simplement me montrer agréable, John.
Petite voix éteinte, expression profondément blessée. Le médecin tenta vaillamment de se persuader que ce n'était qu'une feinte de la part de son colocataire retors. Sans succès.
— Mais je comprends ta réaction.
En le disant il avait l'air si malheureux que le coeur de John se brisa pour de bon, cette fois. Il se sentit affreusement coupable. Le voir dans cet état lui était aussi insupportable que d'abandonner un chiot malade sous la pluie.
Après tout, le détective ne s'était pas contenté de lui tourner quelques compliments comme avec Molly, il lui avait préparé un petit-déjeuner complet, ce qui était un effort fort louable, ruse ou pas. Et s'il y avait la moindre chance - bien qu'infime - que ce ne soit pas du faire semblant…
— Je ferais mieux de débarrasser, fit Sherlock sur un ton tristement résigné.
…John ne se le pardonnerait jamais. Plutôt se couper un bras que de faire de la peine à ce génie asocial qui n'avait que lui comme ami.
Et merde. Un simple enlacement, ce n'était pas la mer à boire, pas vrai? Il n'allait pas en mourir.
Alors que Sherlock se levait pour quitter la table, il aperçut John qui l'imitait avant de s'avancer vers lui d'un pas résolu. Réalisant ce que l'autre s'apprêtait à faire, il dut se maîtriser pour ne pas afficher un sourire triomphant. Sa stratégie se révélait finalement payante.
Oh, John, cher John. Tu es si facilement manipulable que c'en est navrant.
Quel que soit ses pensées, il conserva prudemment son masque de l'enfant perdu tandis que la bonté personnifiée qu'était John le serrait contre lui avec douceur… avec tant de douceur.
— Excuse-moi, Sherlock. Je n'aurais pas dû crier.
Objectif atteint.
Analyse en cours…
Du moins, il essaya d'analyser. Mais le sentiment du bien-être l'envahit tel un raz-de-marée, rendant ardu toute réflexion cohérente. Étreindre John, c'était comme prendre de la drogue, à la différence que cela lui procurait une sensation plus saine, plus enivrante. Plus intoxicante, aussi. 7 % plus intoxicante.
Et il n'avait qu'une envie: que ça dure, sans jamais s'arrêter. Alors lorsque John, estimant qu'ils s'étaient suffisamment câlinés, voulut s'écarter, il l'en empêcha en lui ceinturant fermement la taille.
— Euh… Sherlock?
— Tais-toi. Je réfléchis.
Il mentait, bien sûr. Ses capacités intellectuelles étant virtuellement neutralisées, il se contentait de prolonger ce moment, savourant chaque seconde.
Cependant il n'était pas satisfait. Il avait l'impression qu'il manquait quelque chose à tout ça. Un acte, un geste, pour parfaire cet instant qui du merveilleux passerait au sublime.
Qu'est-ce que ça peut être?
Cherchant et ne trouvant pas, il l'attira un peu plus contre lui.
Mal à l'aise, John gigota. La situation commençait à prendre une drôle de tournure. Dans cette position, il percevait nettement les pulsations cardiaques de Sherlock qui pour une raison inconnue dépassaient largement cent la minute, sans parler de sa respiration, de plus en plus irrégulière, qui le titillait au-dessus de l'oreille, lui filant ainsi la chair de poule.
Il se tortilla à nouveau dans l'espoir que son colocataire relâche sa prise, mais cela eut pour effet qu'il la resserre davantage. La solution, pourtant évidente, de le repousser avec sécheresse, ne lui vint pas à l'esprit. Sans doute parce que lui non plus n'était pas dans un état tout-à-fait normal. Son pouls battait rapidement, et ses mains étaient toutes moites. Il n'avait pas le souvenir d'avoir été aussi nerveux depuis…
— Putain, murmura-t-il inconsciemment, ça me rappelle mon premier rencard.
Au lycée, avec une certaine Mary Sue. Ce n'était qu'une amourette d'adolescent, mais à l'époque il était persuadé qu'il mourrait sans elle.
Puis il eut un haut-le-corps, soudain frappé par l'évidence qui lui avait échappé jusqu'à présent.
Est-ce qu'il était…
Est-ce que Sherlock était…
Est-ce que tous les deux ils…
N'osant pas aller jusqu'au bout de la phrase, même en pensée, il leva les yeux vers Sherlock: les pupilles de ce dernier, dilatées à son maximum, ne lui avaient jamais paru aussi énormes.
Un long frisson lui parcourut l'échine.
Quant à Sherlock, qui planait toujours dans les brumes de l'incertitude, il laissa son regard errer sur le visage figé de John, à la recherche de l'origine de ce curieux manque qui le tenaillait. Puis il s'arrêta à ses lèvres. Les fixa intensément.
Les happer. Les mordiller. Faire d'elles miennes.
C'était un désir profond, viscéral, qui avait surgi avec tant de violence que rien n'aurait pu le réprimer.
Pour la première fois dans sa vie, ce logicien, cette implacable machine à réflexion qu'était Sherlock délaissa la froide raison qui régissait d'habitude le moindre de ses actes, et suivit ce que lui dictait l'impulsion du moment. Ce n'était pas comme s'il avait le choix.
Raffermissant son étreinte afin d'empêcher toute dérobade, il réduisit à zéro la distance qui séparait ses lèvres de celles de John.
(Coupez! C'est dans la boîte!)
Réponse aux reviews
Ruby — Tout le monde s'attendait à ce que Sherlock provoque une catastrophe, en faisant exploser l'appartement ou encore en filant à John une intoxication alimentaire. Alors j'ai fait de lui un as de la cuisine. Par pur esprit de contradiction, sans doute… Merci pour ton commentaire!
Deltaplane — Je ne sais pas pourquoi, ton pseudo me fait penser au duo Garou/Céline Dion chantant "Sous le vent"… Enfin bref. Un chapitre moins comique que les précédents, j'en ai peur. Mais j'espère qu'il t'ait tout de même plu. Je te remercie pour le review, et bise à toi!
