Disclaimer : voir premier chapitre
Encore merci à ma beta Dacian Goddess de m'avoir aidé à rendre cette fic meilleure.
Chapitre 6. Aventures en relief – première partie
Dès le lendemain de leur fuite, Hermione, Bill, Remus, Severus et les soldats quittèrent le pays du roi de Malbodium pour entrer dans les collines du Terrillion. Les collines avaient commencé par de légers vallonnements du terrain, qui étaient ensuite de plus en plus élevés pour former un paysage de pentes douces tout en longueur, avec tout de même de temps à autre un escarpement un peu plus prononcé, et donc un peu plus délicat à franchir. L'habitat humain se faisait plus rare ; tout au plus rencontrèrent-ils un ou deux hameaux d'une dizaine de feux par jour. L'activité agricole était plus dispersée, souvent concentrée autour des villages, et les bois et bosquets étaient plus fréquents.
Ils durent s'adapter au camping façon moldue, c'est-à-dire sans amélioration de l'intérieur des tentes grâce à la magie alors que les nuits étaient glaciales. Hermione et Severus se résignèrent à dormir pratiquement enlacés pour lutter contre le froid. Toutefois, ils gardèrent cette information pour eux. Ils ne voulaient pas s'attirer des remarques pontifiantes sur la bienséance, et surtout donner à autrui une quelconque indication que cela ne les laissait pas indifférents. Plus d'une fois, Severus dut se positionner de manière que Hermione ne puisse sentir son érection (difficile de ne pas réagir lorsque le corps chaud d'une femme est en contact avec le vôtre), ou tout simplement pour s'empêcher de caresser ses cheveux, un geste qu'il faisait avec sa mère étant enfant et qui le relaxait incroyablement. Hermione, elle, aimait sentir sa main chaude sur elle à travers ses vêtements. Parfois, elle sentait le pouce de son ancien professeur dessiner des cercles sur son corps ; cela ne manquait jamais de provoquer en elle une douce chaleur et l'envie assez forte de se presser contre lui de tout son long. A un certain degré, chacun avait conscience que leur relation était en train de changer, mais pour l'instant, ils faisaient semblant de ne pas le remarquer. Les conséquences pour eux-mêmes seraient terribles sinon. Le fait qu'il était difficile de faire sa toilette, et partant de chasser les odeurs corporelles, en pleine nature ne changea rien à ce qu'ils ressentaient. De toute façon, le sortilège de Récurage existait bien pour une raison, non ? Ce fut l'exception pour laquelle les sorciers utilisèrent la magie sans restriction, quoique avec discrétion.
Bill et Remus se trouvèrent eux aussi embarrassés par les dispositions prises pour dormir. Il allait de soi qu'ils partageaient une tente, tout comme ils avaient partagé une chambre jusqu'à présent. Seulement dans la tente, la promiscuité y était beaucoup plus grande, d'autant plus qu'eux aussi durent mettre en commun les couvertures pour garder la chaleur. Le résultat fut pour chacun d'eux plusieurs réveils gênés et honteux, conséquence de rêves dans lesquels figurait la dame de leur cœur. Tacitement, ils décidèrent de n'en pas parler.
Le groupe se nourrissait de fruits séchés, de viande salée et de biscuits secs. Ce régime ne plut pas trop à Bill, qui préférait la viande peu cuite à tout autre chose. Par chance, ce régime ne convenait pas trop aux soldats non plus. Waast et Saulve révélèrent pour l'occasion leurs talents de chasseur en attrapant des lapins et des lièvres, assez abondants en cette contrée. Ils purent également acheter quelques denrées fraîches aux habitants des collines. Ceux-ci se montraient polis et courtois, mais leur attitude n'avait rien de la chaleureuse hospitalité des habitants des plaines. Il est vrai que leurs conditions de vie étaient plus difficiles et leur mode de vie plus isolé.
Quelques jours après leur arrivée dans les collines, les voyageurs durent faire face à une attaque de chiens sauvages. L'alarme fut donnée par Aybert et Omer, de garde cette nuit-là. La petite compagnie avait bien entendu des aboiements dans la journée, mais n'en avait rien pensé. Cependant, une fois la nuit venue, des grognements et des craquements de brindilles mirent les veilleurs en alerte. En quelques minutes, tous sortirent des tentes et se mirent en cercle autour du feu pour mieux se défendre.
—Nous sommes sur leur territoire, déclara Bill sans quitter des yeux les alentours du camp. Ils veulent que nous partions. Ils nous prennent pour des rivaux.
Aybert lui répondit sur un ton suspicieux.
—Pourquoi nous prendraient-ils pour des rivaux ? De toute ma carrière, je n'ai jamais vu des chiens sauvages se comporter ainsi. Ils évitent les humains autant que possible. A moins que vous ne nous cachiez quelque chose…
—Peut-être peuvent-ils sentir que j'ai été attaqué par un loup, se risqua à dire Bill. C'est l'origine de mes cicatrices.
—Ce n'était pas un loup normal ? intervint Saulve.
—Non, ce n'en était pas un, murmura Bill.
—Quelle chance ! grogna Aybert. Ces collines grouillent de chiens sauvages.
—Tu exagères, lui lança Saulve. Il n'y a pas plus de quatre à cinq meutes connues.
—Pourriez-vous utiliser la magie pour les éloigner ? Vous êtes des sorciers, non ? demanda Drogon, silencieux jusqu'alors.
C'était bien ce que se demandait Hermione depuis qu'ils s'étaient installés autour du feu. Elle avait hâte de retrouver la chaleur de leur sac de couchage.
—Le risque existe que ces chiens soient résistants à l'usage de la magie, contra Severus. Je crains qu'utiliser la magie contre ces chiens n'augmente leur force.
Hermione, Bill et Remus comprirent immédiatement que l'enchantement qui avait créé ce monde et qui le faisait exister commençaient à mettre sur leur chemin des menaces plus sérieuses que de devoir épouser une fille de margrave. La barrière protégeait un objet magique caché dans un endroit du monde magique ; elle était clairement destinée à empêcher des sorciers d'accéder au coffre de Barjow et Beurk. Il était fort possible que Voldemort ait prévu que l'usage de la magie contre l'un des sorts de cette réalité parallèle éloigne les visiteurs perdus de leur propre monde.
—Vous êtes sûr ? insista Drogon.
—Presque. Vous voulez prendre le risque ? lui rétorqua Severus sarcastiquement.
Drogon resta silencieux. Ils continuèrent leur vigile jusqu'au petit matin, à l'affût de tout bruit qui indiquerait que les bêtes gagneraient en audace. Le feu paraissait les tenir à bonne distance, cependant, et le plus qu'ils virent des chiens furent des éclairs de fourrure blanche et des yeux luisants. Ils les entendirent bien en revanche : grondements et bruits de pattes emplirent l'air d'une agitation hostile. A l'aube, les chiens s'éloignèrent enfin, laissant derrière eux neuf hommes et une femme épuisés.
Saulve avait raison, les chiens sauvages n'étaient pas si nombreux : ils ne croisèrent pas une seule meute dans les jours qui suivirent. Peut-être que les continuelles précipitations de neige fondue aidaient à les tenir à l'écart… Néanmoins, l'inquiétude croissait chez les quatre sorciers, car la lune était de plus en plus ronde. Le lendemain, Remus allait se transformer. Comment cacher cela aux soldats ? Jusqu'à présent, ils n'avaient vu aucune bâtisse isolée dans le pays qu'ils traversaient. Toutes les constructions étaient attenantes à un habitat humain.
Le soir venu, les quatre sorciers se serrèrent autour du feu. Severus lança un Muffliato et la discussion fut lancée.
—On pourrait peut-être utiliser le sortilège égyptien…, commença Bill.
—Hors de question, l'interrompit Severus. J'ai déjà dit qu'un sortilège spécifique pour loups-garous était nécessaire. Un seul sorcier avait réussi à créer un sortilège efficace et ce charlatan de Lockhart lui a effacé la mémoire pour lui voler sa réussite. Ce sorcier avait mis des années à créer ce sortilège, et j'étais un peu trop occupé à sauver notre peau depuis que nous sommes ici pour trouver un sort adapté.
Severus s'était tellement emporté qu'il pantelait pendant sa tirade.
—Vous et votre arrogance ! lança-t-il à Remus et Bill. Je pense qu'il faut emmener Lupin à l'écart sous un sortilège de Désillusion et le stupéfixer. Il faudra renouveler le sortilège régulièrement car les loups-garous ont tendance à y résister assez bien, mais s'il est inconscient au moment de la transformation, cela devrait marcher. Cela lui évitera d'avoir des cicatrices partout au lever du jour et d'attirer l'attention d'indésirables par ses cris. Une barrière magique autour du monstre devrait aider aussi, finit-il sur un ton plus calme tout en se traçant les lèvres du bout de l'index.
Les propositions de Severus et de Bill furent chaudement débattues pendant deux heures, au bout desquelles ils se mirent d'accord sur le scénario suivant : Severus et Hermione distrairaient les soldats par des sortilèges de confusion et, si nécessaire, une fausse querelle de ménage. Hermione serait chargée de monter la garde autour du camp et de veiller à ce que les soldats restent confus. Bill désillusionnerait Remus sous leur tente et l'emmènerait à l'écart en compagnie de Severus. Remus serait stupéfixé, puis Bill tenterait de jeter le sort prévu pour les chacals-garous. Bill et Severus passeraient la nuit avec lui afin de lui jeter le sort de Stupéfixion régulièrement si nécessaire et maintenir la force de la barrière invisible autour du monstre. À l'aube, tout le monde reprendrait sa place dans sa tente et ferait comme si de rien n'était.
Le plan fut mis en action le lendemain soir, comme prévu. En fait, tromper les soldats ne fut pas le plus difficile. Ils ne devinèrent pas qu'ils étaient sous l'influence d'un sort. Hermione réussit même à somnoler un peu. Son inquiétude pour ses trois compagnons d'infortune la rongeait cependant. Plusieurs fois, en dépit du froid mordant et d'intermittentes chutes de neige, elle fit le tour du petit campement, chaudement emmitouflée dans son manteau et son écharpe, scrutant les ténèbres pour tout signe ou bruit inhabituel. Il fut heureux pour elle que les trois hommes se soient éloignés du camp de plusieurs centaines de mètres, sinon elle n'aurait pu s'empêcher d'intervenir et aurait risqué de mettre toute leur expédition en danger : l'odeur de Remus avait attiré une meute de chiens sauvages qui voyaient en lui un danger immédiat. Severus et Bill eurent fort à faire, entre entretenir un cercle de feu autour de Remus pour éloigner les bêtes sauvages (et leur tenir chaud accessoirement), et maîtriser le loup-garou à coups de sortilèges. Le sort pour chacals-garous n'était pas complètement efficace, mais allié au sort de Stupéfixion, il laissait quinze minutes de répit aux deux hommes avant de devoir être renouvelé. Il va sans dire qu'aucun des visiteurs ne fut très loquace le lendemain. Bill dormit un peu sur son cheval, et Remus vacilla dangereusement sur sa selle deux ou trois fois. Severus et Hermione, eux, tinrent bon mais dormirent comme des bébés dans les bras l'un de l'autre la nuit suivante, oubliant pour une fois de ne pas s'enlacer de trop près.
—Ca alors, je n'en reviens pas ! s'exclama Harry en se laissant tomber sans grâce sur le lit qu'il occupait dans la chambre de Ron.
Ron fit de même sur son propre lit.
—Moi non plus, je n'en reviens pas. Tonks, enceinte ?
—Et dire que Remus ne le sait pas.
Harry regarda en direction de la fenêtre, les yeux un peu dans le vague.
—Il est le dernier ami de mes parents encore en vie. Enfin, j'espère qu'il l'est encore, en vie, je veux dire.
Ron ne répondit pas. Il n'y avait pas besoin.
—Comment va-t-elle ? demanda Molly d'une voix étouffée au guérisseur qui sortait de la chambre de Fleur.
Celui-ci secoua la tête d'un air navré.
—En apparence, elle est seulement faible. En réalité, c'est comme si elle était en train de s'éteindre, comme un feu qui meurt dans la cheminée pendant la nuit. Je suis désolé.
—Merci de votre franchise.
Molly prit le temps de s'essuyer les yeux, puis, reprenant le contrôle d'elle-même et plaquant un sourire sur son visage, elle entra dans la chambre de sa belle-fille. Le guérisseur avait raison. Ses cheveux avait pris une couleur argent, mais pas l'argent de la lune qui brille et éclaire, si belle et si majestueuse—comme l'était la jeune femme, avant. Non, ils avaient pris la couleur argent d'une vieille casserole en aluminium, terne et sans reflet. « Si l'on pouvait voir son aura, » pensa Molly, « je crains qu'on ne voit une teinte analogue. »
Comme prévu, les gobelins ne laissaient personne d'autres qu'eux-mêmes approcher les tunnels envahis de décombres de leur banque. Les sorciers qui travaillaient pour eux furent priés d'exercer leurs talents en surface, de crainte qu'ils ne mettent la main sur leurs enchantements. Ils n'allaient pas prendre le risque de se les faire voler ! La direction de la banque annonça qu'un délai de trois mois serait nécessaire avant que les coffres puissent être utilisés à nouveau. Cela ferait trembler l'économie du monde sorcier, sans le mettre à genoux.
« Ce sera suffisant, » songea Voldemort. « Suite à cela et à l'attaque sur Poudlard il y a quelques mois, les autorités sorcières vont craindre une attaque de ma part sur de grandes institutions comme le Ministère. Le climat d'insécurité va inciter les gens à se tourner vers celui qui apparaîtra comme le plus fort, le mieux à même de restaurer la l'ordre et l'équilibre dont ils ont besoin. Pendant ce temps, je vais utiliser mon nouvel espion dans les rangs de l'Ordre du Phénix pour prendre Harry Potter par surprise et me défaire de mon ennemi une fois pour toutes. » Severus Snape n'entrait déjà plus dans ses plans.
Deux jours plus tard, les soldats et les sorciers atteignirent enfin les moyennes montagnes des Atrébates. Finies les pentes douces, bonjour les escarpements et les sentiers à ras des murailles de grès ; le moindre faux pas et une chute de quelques dizaines de mètres vous était assurée. Le verglas sur les pierres ne rendait pas leur progression vers le nord facile. Toutefois, il en aurait fallu davantage pour faire reculer les soldats, et les sorciers les suivirent sur ces chemins périlleux. Ils utilisèrent néanmoins la magie avec discrétion pour rendre le pas des chevaux plus stable. Deux ou trois fois, ils durent descendre de leur monture et tenir les bêtes par la bride pour franchir des endroits un peu délicats mais pas difficiles à passer outre mesure… lorsqu'il ne gelait pas. Au final, leur principal ennemi était la neige qui tombait plus drue ici que dans les collines, au point de leur cacher le paysage et ce qui se trouvait devant eux.
Les conditions climatiques furent la cause de la perte d'équilibre d'Omer. En posant pied à terre pour le repas de midi, il glissa sur une pierre couverte de glace qu'il n'avait pas vue. Il tenta bien de se rattraper à son cheval derrière lui, mais hélas, les tendons et les muscles de sa cheville n'apprécièrent pas le mouvement, et Omer se retrouva au sol, incapable de se tenir debout et difficilement à cheval. Il leur fallut le laisser dans un hameau qu'ils traversèrent dans l'après-midi. Les habitants paraissaient un peu bourrus, mais leur assurèrent qu'ils prendraient soin de lui comme l'un des leurs. Cela ne rassura pas trop ses camarades qui durent néanmoins se résoudre à le laisser là ainsi que son cheval.
C'est avec un grand soulagement que, le soir suivant, ils trouvèrent un alignement de grottes sèches où passer la nuit. Ils s'installèrent dans celle dont l'ouverture n'était pas trop large pour se mettre à l'abri des éléments autant que possible. Le fond en était plongé dans l'obscurité et un léger courant d'air indiquait qu'une ouverture, ou un passage, s'y trouvait. Ils firent un petit feu de camp et s'installèrent pour la nuit.
Soudain, une ombre se dessina dans l'embrasure de l'ouverture de la grotte et obscurcit le peu de lumière qui venait de la lune déclinante. La silhouette faisait bien plus de deux mètres de haut. On pouvait discerner la forme d'une tête avec des oreilles en saillie, deux bras et deux jambes. L'ombre allongea un peu le cou et lança un terrible cri qui résonna dans toute la caverne. Pire, un autre cri provenant du fond de la caverne lui répondit. Les humains se mirent en cercle, dos à dos, dans une posture tout à fait défensive. Les soldats avaient sorti leur épée, les sorciers, leur baguette. L'heure était grave ; au diable la discrétion.
L'ombre qui venait de l'extérieur s'engagea dans la caverne. La faible lueur du feu révéla un ours polaire. Il les regarda avec méfiance, grondant sourdement, mais sans faire le moindre geste pour les approcher davantage. Il fut rejoint par trois autres ours venant de l'arrière de la grotte. Se produisit alors la chose la plus extraordinaire : le premier ours leur parla.
—Qui êtes-vous et que faites-vous là ?
Sa voix était grave, rugueuse, comme s'il traduisait ses grondements en mots.
Bien qu'encore interdits et sous le coup de la frayeur, les humains se reprirent vite, ce qui témoignait de leur propension à se retrouver dans des situations dangereuses qui nécessitaient de bons réflexes et de la bravoure. Drogon jeta un coup d'œil en coin aux voyageurs et, captant l'attention de Severus, lui fit signe qu'il le laissait parler. Après tout, qui mieux qu'un sorcier pouvait négocier avec une chose aussi peu naturelle qu'un animal doué de la parole ? Severus s'avança donc d'un pas, les yeux rivés sur l'ours qui venait de parler.
—Bonjour, monsieur. Nous sommes des voyageurs qui allons vers le nord. Nous nous sommes arrêtés dans cette grotte pour bivouaquer cette nuit. Nous avions l'intention de partir demain matin au lever du jour.
L'ours secoua la tête. Les humains s'interrogèrent sur ce que cela voulait dire en langage ours.
—Vous ne vous êtes pas demandé si ce lieu n'appartenait pas à quelqu'un ? gronda-t-il.
—Honnêtement, non, mais si vous en parlez, cela signifie sans doute que ce lieu appartient à quelqu'un.
—Effectivement. Cette grotte appartient à mon clan. Vous ne pouvez pas rester.
Le temps et la température à l'extérieur ne donnaient vraiment pas envie d'y retourner, d'autant qu'il leur faudrait seulement trouver un endroit où monter les tentes.
—Nous est-il permis de vous demander l'hospitalité ? osa demander Severus. Juste pour une nuit ?
L'ours sembla considérer sa proposition tandis que les autres humains retenaient leur souffle. Les soldats resserrèrent leur poigne sur leur épée, Hermione, Bill et Remus sur leur baguette.
L'un des ours intervint :
—L'hospitalité ne fait pas partie de nos coutumes, affirma-t-il. Sa voix était plus fluide que celle du premier ours qui avait parlé.
Le premier ours répliqua :
—Il ne s'agit pas d'hospitalité mais d'échange de bon procédé. Qu'avez-vous à offrir pour notre hospitalité ?
L'héritage moldu de Hermione les sauva tous ; elle s'écria :
—Nous avons du miel, le meilleur miel, celui du roi.
Severus fut un peu contrarié par l'intervention de la jeune femme. Tenait-elle donc si peu à la vie ? Ce serait du gâchis que de perdre une sorcière si prometteuse. Toutefois, l'ours inclina la tête d'un air songeur, si tant est qu'un ours blanc pouvait avoir un air songeur.
—C'est d'accord. Le miel du roi est réputé bien au-delà de son royaume et vaut bien un petit sacrifice. Il vous est interdit cependant d'aller plus loin que l'entrée de la caverne. N'oubliez pas que nous, les ours, ne mangeons pas que du miel.
Severus fit un signe à Drogon, qui à son tour fit un signe à Aybert d'aller chercher dans les provisions les deux pots de miel qui leur restaient. Aybert les tendit avec précaution à l'ours, qui les saisit avec une délicatesse étonnante au vu de la taille importante de ses pattes.
Les ours se retirèrent au fond de la caverne, après avoir rappelé l'interdiction faite aux humains d'aller plus loin que son entrée. La tension se relâcha immédiatement après leur départ, pas complètement, certes, mais suffisamment pour que cela soit presque palpable.
—On reste avec les mêmes tours de garde, décréta Drogon. Soyez néanmoins tous prêts à partir. Si les ours reviennent, nous prendrons la fuite.
Personne ne contesta la décision. Si les ours revenaient, tous avaient le sentiment que leurs minutes seraient comptées.
Bien que n'ayant pas de tente puisqu'ils étaient dans une grotte, Severus et Hermione se couchèrent sous la même couverture, « pour sauver les apparences, » se dirent-ils en leur for intérieur. Sans s'allonger trop prêt l'un de l'autre, leurs gestes trahissaient cependant et malgré eux une certaine familiarité, et il n'échappa ni à Bill, ni à Remus que cette familiarité couvrait un sentiment d'attraction. Les regards échangés par la paire, leur langage corporel dans une situation si intime ne laissaient aucun doute sur ce qui se passait dans leur corps, sinon dans leur tête. Le clou fut lorsque Severus esquissa un geste sous la couverture qui souleva légèrement celle-ci, comme s'il allait poser sa main sur la taille de Hermione, mais retira bien vite sa main lorsqu'il se rendit compte que l'aîné des Weasley avait les yeux sur eux. Bill reconnut ce geste pour ce qu'il était, car il faisait le même avec Fleur.
—Remus, nous devons discuter de quelque chose, murmura-t-il au loup-garou en l'entraînant à l'écart du couple qui s'endormait.
—J'ai comme dans l'idée que tu veux parler de ces deux-là, lui répondit Remus en pointant du menton en direction de Severus et Hermione. J'avais bien remarqué que Severus était plus agréable qu'à l'ordinaire avec Hermione, mais j'avais mis cela sur le fait qu'il essayait de rendre sa cohabitation avec elle plus supportable et de jouer son rôle de dévoué mari. Je ne pensais pas que lui et Hermione se rapprocheraient ainsi.
—J'ai bien l'impression qu'il ne profite pas d'elle, fit remarquer Bill amèrement. Elle est attirée par lui, c'est plus qu'évident. Quant à lui, je ne pense pas qu'il joue la comédie. Hermione ne saurait pas nous le cacher s'il était odieux avec elle hors de nos regards. Et même Severus ne pourrait pas endosser un tel rôle vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant plus d'un mois sans craquer s'il ne ressentait rien pour elle.
Il soupira, l'air triste avant d'ajouter :
—Ron va être dévasté.
—Tu sais, ce n'est peut-être que l'influence de ce lieu, avança Remus. Tu disais qu'il ferait tout pour nous retenir. Peut-être que leur attirance est juste un artifice destiné à leur donner envie de rester ici pour pouvoir se laisser aller sans faire face au reste du monde. Ici, Severus n'est pas un assassin, un traître, mais un héros qui se retrouve accompagné d'une jeune fille pas trop désagréable à regarder et au moins aussi avide de savoir que lui.
—Et qu'est-ce qu'elle voit en lui ? jeta Bill.
Remus secoua la tête.
—Honnêtement, Bill, sommes-nous le genre d'hommes qui avons le droit de nous demander ce qu'une jolie jeune femme peut bien trouver en lui ?
Bill détourna le regard. La remarque de Remus avait fait mouche : Fleur continuait de l'aimer bien qu'il eût été défiguré, et Tonks était profondément éprise de Remus malgré sa condition de loup-garou et leur différence d'âge. Alors, pourquoi Hermione ne pourrait-elle voir quelqu'un d'aimable en Severus ?
—Je vois ce que tu veux dire, admit Bill. Et puis elle est majeure et assez mature. Nous ne pouvons lui dire ce qu'elle doit faire. Cela n'empêche pas de garder l'œil ouvert.
—Exactement ! approuva Remus.
Sur ce, les deux hommes se glissèrent sous une couverture commune, car le froid était tout de même vif dans la caverne bien qu'elle fut à l'abri du vent.
