Assaut sur le ministère
Toby Fauret était son nom, sorcier légiste sa profession.
En trente ans de carrière, il en avait vu des cadavres. Mais jusqu'ici, il n'avait encore jamais eu de macchabés aussi prestigieux que celui du ministre de la magie.
En soi, Toby était presque une caricature, le stéréotype même du sorcier fou qui reste cloitré dans son donjon à charcuter des cadavres. Il se tenait légèrement voûté, à la manière d'un vautour, son visage était allongé, ridé et grêlé. Un nez aquilin était planté en plein milieu de ce faciès sirupeux, ce qui, avec ses petits yeux sombres, accentuait la ressemblance avec l'oiseau nécrophage. C'est l'image même que l'on se ferait du croque-mitaine. Pourtant, Toby n'avait rien à voir l'ogre des contes. Certes, il traitait parfois les corps avec une désinvolture proche de l'indécence mais cela s'arrêtait là. Autrement, Toby était sympathique, bien qu'il soit en train de devenir légèrement gaga avec les années. De plus, c'était un excellent légiste, l'un des meilleurs, même. C'était sans doute pour cela que les Aurors lui avaient confié l'autopsie des Vallangher.
Toby se trouvait dans la morgue, seul. C'était un de ses endroits préférés, calme, silencieux. On en oublierait presque les corps. La morgue du ministère de la magie était une grande salle rectangulaire dont trois des murs marbrés étaient hérissés de portes en fer carrées. Derrière chacune de ces portes, une civière. Et la plupart du temps, sur la civière, un cadavre. Au centre de la pièce, une table en acier sur laquelle Toby pouvait accomplir son travail peu ragoûtant. Adossé au dernier mur (où se trouvait la porte), un établi de travail qui croulait sous les potions et les parchemins, ainsi que trois tables amovibles, utilisées pour transporter les corps. Au plafond, un grand ventilateur mû par un sortilège, dont le mouvement charriait les odeurs de décomposition dans le système d'aération qui parcourait tout le ministère. Et, pour finir, du sol au plafond, du marbre blanc, qui donnait une unité reposante à la salle, selon Toby. Oui, décidément, Toby Fauret aimait l'atmosphère apaisante de cette salle. Il ne comprenait pas pourquoi les Aurors l'évitaient autant que possible. Dix minutes ici et hop ! Plus de soucis. Et dieu sait qu'en ce moment, il avait besoin de les oublier ses soucis, ça oui.
Ce soir-là, Toby pénétra donc dans la morgue, comme à son habitude et presque immédiatement, il sentit sa tête se vider de ses problèmes familiaux. C'était à cause d'eux que les corps des Vallangher attendaient dans l'atmosphère ouatée de la morgue depuis près de 12 heures. Sa fille divorçait, ce qui n'était pas plus mal puisque son futur ex-mari était un véritable connard. Mais cela contraignait Toby à faire de réguliers aller-retours jusqu'à Edimbourg et cela lui faisait perdre un temps fou. De plus, il devait y retourner le lendemain matin, histoire d'arranger les choses. La poisse… Enfin, c'est des choses qui arrivent. Autant les oublier pour l'instant et s'intéresser plutôt à ces malheureux qui attendaient depuis 9 heures ce matin que l'on s'occupe d'eux.
Toby s'empara de ses lunettes de travail, de grosses binocles à verre épais, et plissa les yeux pour lire les caractères de mouches du dossier. Maudit soit Finnigan et son écriture de lilliputien. Au bout de dix secondes très énervantes, Toby trouva enfin la note de service indiquant dans quelle civière étaient entreposés les Vallangher. Il fit alors un geste ample avec sa baguette et les portes 7, 2, 1, 8 et 9 s'ouvrirent, laissant coulisser dans un suintement cotonneux cinq civières supportant le poids de cinq personnes dont trois enfants.
Cela faisait presque trente ans qu'il faisait ce travail mais Toby avait toujours eu du mal avec les enfants. Il ne supportait pas de voir ces malheureux sur sa table d'autopsie et souhaitait parfois le pire des châtiments pour le coupable, comme le Doloris ou le baiser du Détraqueur. C'est pour cela qu'il faisait si méticuleusement son travail. Pour que des salauds pareils payent. Pour, peut-être, qu'ils se retrouvent sur sa table un jour.
Toby se secoua la tête, chassant ces idées sordides de sa tête. Il se remit totalement à son travail et empoigna une des tables amovibles. D'un coup de baguette, il fit en sorte que les autres le suivent.
Un à un, les corps lévitèrent et vinrent se poser délicatement sur les chariots. Toujours recouverts de leur linceul, il était impossible de deviner qui était qui précisément, même si ce n'était pas trop difficile de le deviner. Les plus petits corps devaient être ceux des enfants. Quand aux deux autres, celui qui semblait étrangement réduit au niveau du torse devait être le ministre lui-même (Toby se souvint avoir lu que Joshua Vallangher avait été décapité). Le dernier devait être mathématiquement la femme, Lucinda.
Impassible, Toby amena les corps près de la table d'autopsie et décida de commencer par le plus pénible, les enfants. Il lui faudrait environ huit heures pour faire tout le monde avec les nouvelles pratiques médico-légales développées par Ste Mangouste. Soit une longue nuit. Il lui faudrait songer à demander à son assistant un bon litre de café, histoire de tenir. Peut-être même un doigt de whisky Pur-Feu, pour se réveiller lorsque sonneraient les deux heures du matin.
Toby poussa un soupir et installa le premier corps sur la table. « Romana Vallangher », lisait-on sur l'étiquette, « 10 ans ». Toby ferma les yeux. 10 ans… Pauvre petite. Soupirant une nouvelle fois, il releva le drap. La petite semblait dormir. Les seuls éléments qui trahissaient son état mortuaire étaient une pâleur cadavérique et une plaie immonde qui lui barrait la gorge. Le légiste leva alors sa baguette d'une main et un étrange instrument semblable à un scalpel dans l'autre. L'autopsie pouvait commencer.
Etrangement, Toby repensa à ses problèmes familiaux. A sa fille Rachel, à cet abruti de Russel et à l'enfer que ces deux là faisaient subir au vieil homme alors que cela ne le concernait pas. Pris dans ces réflexions qui n'auraient jamais dû ressurgir dans cet endroit, Toby ne se rendit compte qu'en retard que l'atmosphère fraiche de la morgue était brusquement devenue glaciale. Il vit avec stupéfaction son haleine se condenser devant sa bouche et se demanda avec agacement si ce n'était pas encore ces idiots de la maintenance qui avaient mal réglé la température. Maugréant dans sa barbe, il abandonna sa baguette et l'instrument pointu en forme de scalpel à coté du corps de Romana et s'approcha de la porte d'entrée de la morgue, tournant ainsi le dos aux macchabés. Il y avait à droite de la porte un cadran qui indiquait la température que la maintenance magique maintenait dans la pièce. 10 degrés. Frais mais pas glacial. Alors pourquoi…
Rrrrrrh…
Toby se figea, une sueur froide coulant le long de sa colonne vertébrale et un souffle chaud lui hérissant les poils de la nuque. Quelqu'un se trouvait derrière lui. Quelqu'un se trouvait très près de lui.
Il n'eut pas le temps de se retourner.
Il eut juste le temps de songer que finalement, il n'irait pas à Edimbourg le lendemain.
Vogel se trouvait à son bureau en train de ranger des parchemins. Difficilement, il réprima un bâillement. La journée avait été longue et c'était loin d'être fini. Potter et Finnigan interrogeaient les membres de la Brigade rouge et le journaliste. Ensuite, il faudrait poursuivre la piste de la secte. C'était leur seul élément valable, selon Vogel. Il ne pensait pas que le journaliste ou les gros bras de la protection rapprochée du ministre leur apprennent quelque chose.
Discrètement, il jeta un coup d'œil à Cole. Ce dernier se tenait dans un coin en compagnie de ses compatriotes. Il parlait trop bas pour que Vogel puisse entendre ce qu'ils disaient mais il était évident que le jeune homme donnait des ordres à ses subordonnés. A son avis, Vogel ne serait pas le seul à veiller tard cette nuit. Il n'y avait plus qu'eux dans la salle. Le ministère se vidait. Une nouvelle nuit commençait.
Cole fit un signe du bras et sans un mot, ses coéquipiers s'en allèrent. Seul, le jeune homme resta un instant immobile. Puis lentement, il leva la main et se frotta les yeux. Il semblait que pour lui aussi la journée avait été longue. Au moins, cela prouvait qu'il était humain.
Evan Cole intriguait Vogel. Depuis sa naissance, Vogel avait un don, celui de jauger à sa juste valeur les personnes qu'il rencontrait. Son intuition ne l'avait jamais trompé. Jamais. Il pouvait sentir qu'une personne était mauvaise aussi sûrement que si elle s'était aspergé de musc. Il avait hérité ce don de sa famille, un très ancien clan, aujourd'hui disparu, que Vogel essayait d'oublier.
Pourtant, Cole était différent. Vogel ne parvenait pas à déterminer qui il était. Son aura (c'est comme ça que Vogel appelait le flux de magie qu'il parvenait à voir) restait très mystérieuse. Ni bonne, ni mauvaise. Neutre, presque inexistante. Ce qui n'était pas normal et incitait Vogel à se méfier. Ceux qui cachent des choses ont à coup sûr quelque chose à se reprocher.
Vogel eut un sourire. Il abhorrait cette conduite et pourtant c'était exactement son cas.
Reprenant son air impassible, il leva la tête et vit Cole s'approcher de son bureau. Lors de la répartition des équipes, Vogel s'était retrouvé dans celle de Cole, c'est-à-dire, celle qui suivait la piste de la Confrérie. Vogel n'avait rien dit, comme à son habitude, mais il se demandait s'il allait pouvoir suivre les ordres de l'américain. Non seulement il s'en méfiait mais il avait l'impression que Cole avait tout du petit prétentieux. Selon Vogel, ceux qui réussissaient trop vite étaient à surveiller.
Il eut un sourire intérieur. C'était encore son cas.
« Rude journée, hein ? »
Cole regardait Vogel avec un vague sourire que le sorcier au tatouage estima prétentieux. Un fois de plus, il essaya de percer à jour sa véritable nature. En vain. Le jeune homme semblait retrancher derrière une muraille inviolable. Il devait être un maitre en occlumancie.
« Vogel, c'est ça ? »
Manifestement, Cole essayait d'engager la conversation. Vogel ne répondit pas.
« J'ai entendu parler de vous. Vous non plus, vous n'êtes pas d'ici, pas vrai ? Cela nous fait au moins un point en commun. Moi non plus, je ne suis pas d'ici… »
Des paroles creuses. Vogel resta silencieux. Il essaya de percer ses intentions à travers ces paroles anodines, mais sans rien détecter de spécial. Le sourire du jeune homme se transforma en rictus.
« On m'a également dit que vous n'étiez pas un bavard. Mais là, c'est à se demander si l'on parle la même langue. »
Vogel eut un petit bruit de gorge et se leva, tournant le dos à un Cole légèrement surpris. Puis il commença à marcher, il n'eut pas besoin de se retourner pour voir le rictus amusé du jeune homme.
« Pourquoi vous méfiez vous de moi ? »
Cette fois, Vogel s'arrêta. Sans se retourner, il répondit :
« Je ne fait pas confiance à ceux qui dissimulent leur vraie nature »
Il y eut un court silence puis :
« Finalement, nous parlons la même langue, fit Cole amusé, et qu'est-ce qui vous fait croire que je dissimule des choses ?
- J'ai mes raisons.
- Ah, laissez moi deviner, répliqua le jeune avec l'air de celui qui a mit le doigt sur un point intéressant, l'asphromancie, c'est ça ? »
Vogel savait cacher ses émotions et pas un tressaillement ne le trahit. Mais intérieurement, il était ébranlé. Comment savait-il ?
« Il semblerait que j'ai raison. Ainsi, vous n'arrivez pas à déterminer qui je suis. Intéressant, je vous croyais plus doué. »
Vogel ne répondit pas. Cole eut un bref ricanement.
« Pour vous répondre, bien que vous ne me posez pas la question, c'est Potter qui m'a parlé de votre don. Je dois reconnaitre que c'est très intriguant. C'est pour cela que je vous ai demandé dans mon équipe. »
Potter. Cela expliquait tout.
« Pourquoi ? demanda Vogel presque en un murmure, à quoi sert cette conversation ? A quoi servent ces questions si vous savez déjà tout sur moi ?
- Je ne sais pas tout sur vous. C'était justement pour faire connaissance que je venais vous voir. Mais également pour vous dire une chose. »
Vogel se redressa légèrement. Cole prit ça pour un signe d'assentiment et poursuivit :
« Le fait que vous ne pouvez pas me percer à jour me rassure. Cela prouve que ma défense mentale, ma maîtrise de l'occlumancie, est parfaite. Eh oui, je suis passé maître dans ce domaine lorsque j'ai commencé à affronter la Confrérie. Contre des ennemis qui maitrisent la manipulation mentale, c'est très utile. Mais je m'égare. Ce que je voulais vous dire, c'est que nous ne sommes pas ennemis. Je sais que vous vous méfiez de moi depuis mon arrivée. Je le sais, ça crève les yeux. Honnêtement, que vous ne pouvez pas me sentir, je m'en moque. Mais sachez que ce n'est pas un adversaire de pacotille que nous allons affronter. C'est la Confrérie de Minuit. Il faut que nous soyons soudés, tous. Vous, plus particulièrement, à cause de votre don. C'est bien compris ? »
Mais c'est qui, ce type ?
« Bien compris, je peux y aller ? »
Cole eut un soupir de lassitude et répondit :
« Oui… Ah, une dernière chose, je… Vous allez bien, Vogel ? »
Mais Vogel n'écoutait plus. Il s'était figé, tous ses muscles s'étaient brusquement raidis. Cole ne pouvait le voir, étant donné qu'il lui tournait le dos, mais le visage de Vogel était d'une pâleur cadavérique. Ses yeux étaient exorbités et sa lèvre supérieure tremblait.
« Vogel ? »
Toujours pas de réponse. Vogel ne pouvait de toute manière pas répondre. Il n'était plus là, il avait atteint un niveau de transe qui lui faisait oublier les limites de son corps et du monde alentour.
Par tous les dieux, mais qu'est-ce que c'était que ça ?
Car il le savait, ce qui venait de le traverser, ce qui continuait de le traverser, n'était pas normal. Cela ressemblait à quelque chose qu'il avait déjà ressenti dans le passé, mais c'était trop faible pour être significatif. C'était…
Non… Cela ne… Cela ne peut pas être…
« Vogel, ça va ? »
Manifestement, Cole n'y comprenait rien. Si Potter avait été là, il lui aurait expliqué qu'il assistait à ce que Weasley appelait ironiquement une « transe vogelienne » et qu'il était inutile de lui parler. Il n'entendait plus, il ne se trouvait plus parmi eux. Il était dans son élément, dans l'espace asphromancien pur, le monde de l'immatériel et de l'incohérent, le ciment même de la réalité.
Et effectivement, Vogel essayait de comprendre ce que c'était que cette force qui traversait le ministère et qui le pétrifiait littéralement, cette puissance qui le terrifiait au point de vouloir en finir lui-même, cette aura qui réveilla en lui un souvenir horrible qu'il s'acharnait à refouler. Il savait ce que c'était mais il le reniait, le rejetait de toute ses forces.
Cela ne se pouvait pas… Et pourtant… si… C'était elle… La…
« Vogel, vous m'entendez ? »
Cole amorça un geste pour poser la main sur l'épaule du petit sorcier mais au même moment, ce dernier murmura :
« Elle est ici. »
Et la seconde suivante, il partit comme une fusée. Il ne se retourna pas vers Cole qu'il s'imaginait abasourdi. Tout concentré sur l'aura, il courait à toute vitesse, ne se souciant absolument pas de son entourage (de toute façon, il n'y avait personne). Seul comptait l'aura. Il ne devait pas la perdre, il ne fallait pas.
Et tel un bolide, Vogel s'enfonça au fond du ministère.
Il finit par arriver devant une double-porte en fer. Sur le linteau était écrit :
MORGUE
Sans même ralentir, il rentra comme un fou dans la salle, faisant sursauter le jeune sorcier –un stagiaire, probablement- qui en perdit son magazine. Déboussolé, le jeune type regarda Vogel avec incompréhension et tout en se levant lentement de son bureau, il demanda :
« Euh… Je peux vous aider ? »
Vogel ne prit même pas la peine de répondre. A fur et à mesure qu'il avançait, il reprenait conscience de son environnement. C'est ainsi qu'il entendit des pas précipités derrière lui, suivit de peu par la voix de Cole qui lui demandait s'il n'avait pas pété un plomb. Sans répondre, Vogel s'approcha de la seule autre porte de la morgue et posa son oreille dessus. C'était là, il le sentait. L'aura s'était concentrée là, c'était aussi clair qu'un cœur palpitant.
« Vous savez, la salle est insonorisée, vous n'entendrez rien. »
Le stagiaire ne comprenait absolument rien à ce qui se passait. Son regard passait du petit sorcier collé à la porte de la salle d'autopsie, au jeune gars à peine plus vieux que lui, qui regardait le premier avec un mélange d'exaspération et d'incompréhension.
« Vogel, ça suffit, gronda Cole, si vous nous disiez ce qui se passe ? »
Toujours sans répondre (ce qui énervait visiblement Cole), Vogel serra la poignée de la salle d'autopsie et essaya d'ouvrir. En vain. La porte était verrouillée.
« Ouvrez la porte. »
Vogel s'était tourné vers le stagiaire. Ce dernier ne semblait pas savoir quoi faire.
« C'est que… C'est impossible…
- Comment ça, impossible ? »
C'était Cole qui semblait avoir pris conscience de l'urgence de la situation. Le stagiaire paraissait gêné.
« C'est que… C'est le médicomage Fauret qui est en intervention en ce moment et…
- Et…
- Il déteste être dérangé… C'est pour ça qu'il verrouille la porte. Et je ne peux pas l'ouvrir, sauf urgence. Dans ce cas, la porte s'ouvre d'elle-même.
- Et vous ne pouvez pas le contacter ?
- Euh… Ah si… Avec ce téléphone. Mais je sais pas…
- Faites-le, s'il vous plait.
- Mais…
- Allez ! »
Le jeune sursauta et s'empara du téléphone antique situé sur un coin de son bureau. Il resta quelque seconde avec le combiné collé à l'oreille avec de faire un geste d'impuissance à Cole.
Ce dernier se tourna vers Vogel. Décidemment, tout cela lui échappait. Vogel continuait de fixer la porte comme s'il voulait voir au travers. Il cherchait frénétiquement un moyen d'entrer.
« Il n'y a aucun moyen d'ouvrir cette porte ? demanda-t-il au stagiaire qui devait se dire que ce n'était pas son jour de chance.
- Euh… C'est que… Non… Je… »
C'est alors que quelque chose ébranla la porte de la salle d'autopsie. Surpris, Vogel fit un bond en arrière et regarda ébahi la porte verrouillée subir des assauts furieux. Quelque chose se passait dans la salle.
« Par les glandes de Merlin, c'est quoi, ça ? »
Le stagiaire, apeuré, recula derrière son bureau. Cole s'approcha légèrement de la porte et se plaça à côté de Vogel. Sur son visage se lisait la surprise mais également la colère. Comme s'il venait de comprendre quelque chose.
La porte fut ébranlée une dizaine de secondes avant de brusquement redevenir inerte. Un silence pesant et incongru s'installa. Cole, le premier à se ressaisir, ordonna au stagiaire de réessayer d'appeler le légiste. Le jeune prit lentement le combiné, le garda à l'oreille deux seconde avant de déclarer :
« Il… Il n'y a plus de tonalité… Comme si… »
Cole se tourna vers Vogel.
« Il faut qu'on entre.
- Bien d'accord, fit Vogel (il avait retrouvé son flegme et son contrôle, il était parfaitement revenu de sa transe), à vous l'honneur. »
Cole s'approcha, leva sa baguette et lança :
« Alohomora »
La porte eut à peine un soubresaut. Manifestement, le sort de verrouillage utilisé par Fauret était puissant.
« Ensemble », fit Vogel.
Les deux sorciers, l'Auror et le protecteur, levèrent leur baguette et lancèrent à l'unisson le sortilège de déverrouillage.
Cette fois-ci, la porte s'ouvrit avec fracas. Les deux sorciers, suivis du stagiaire, pénétrèrent dans la salle d'autopsie. Ils restèrent pétrifiés par ce qu'ils virent.
La salle était dévastée. Il y régnait un chaos indescriptible. Plusieurs portes en fer étaient ouvertes, beaucoup avaient été arrachées et jeté pelle-mêle au milieu d'un tas de ferraille qui devait être auparavant les tables d'autopsie. Les étagères étaient renversées, les potions magiques dégoulinaient des murs, le ventilateur, pourtant ancré au plafond, avait été arraché, à l'instar de la table principale, et projeté contre le mur avec une telle force qu'il demeurait planté à deux mètres de l'entrée. Le conduit d'aération ressemblait à un œil noir regardant cette scène de dévastation avec une lueur morbide.
Car ce n'était pas tout. Il y avait aussi le sang. Le sang qui avait giclé à peu près partout.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ?
« Fauret ! »
Le stagiaire se précipita vers une silhouette assise contre le mur à l'autre bout de la pièce. Elle semblait inanimée. Cole suivit le jeune type et s'agenouilla devant le médicomage. Ce dernier reposait contre le mur, la tête baissée, du sang lui coulant de la bouche. Cole tâta sa jugulaire et ce qu'il annonça ensuite fut inutile à Vogel qui l'avait déjà compris.
« Il est mort. »
Cole se releva en jetant un regard de pitié et de lassitude à Toby Fauret.
« Il a eu la poitrine enfoncée. Celui qui l'a tué devait avoir une force surhumaine. Vogel…
- Hum ?
- C'est pas lui qui a perdu tout ce sang. »
Ca aussi, il l'avait compris. C'est justement ce qu'il recherchait. Il finit par le trouver, coincé sous un morceau de ferraille. Le calepin du médicomage.
Il lut les noms figurant sur le papier et ses soupçons furent confirmés.
« Non, c'est pas lui qui a perdu tout ce sang. Cole, il autopsiait les Vallangher. »
Il regarda l'américain comme si la conclusion s'imposait d'elle-même. Au bout de deux secondes, son visage se tordit sous l'effet de la compréhension.
« Mais quel abruti ! J'aurais dû m'en douter. Ce sang, ce sont…
-… les Vallangher. Les Vallangher ranimés. »
Ces pires craintes depuis qu'il avait senti l'aura mortelle se trouvait confirmées. Ceux qui avait dévastés cette pièce et massacrés Fauret n'avaient rien d'humain. Une telle sauvagerie, une telle force, une telle haine ne pouvait être humaine. Et c'était le cas. Ce n'étaient plus des humains. C'étaient des cadavres. Des cadavres animés par la magie noire.
« Mais ils sont où ? demanda Cole avec un accent d'urgence, il est impossible de transplaner dans cette zone. »
Lentement, Vogel leva la tête vers le conduit d'aération. Cole comprit tout seul.
« Et merde… »
C'était le cas de le dire. Le système d'aération parcourait tout le ministère. Ils pouvaient être n'importe où.
« Toi, le jeune, lança brusquement Vogel au stagiaire qui sursauta comme s'il venait de se réveiller, déclenche l'alarme.
- Quoi… Mais…
- Le ministère est attaqué. Il n'y a pas de temps à perdre. Allez, maintenant !»
Le stagiaire sortit en trombe de la salle dévastée, bientôt suivi par Cole et Vogel, armés de leur baguette.
Deux secondes plus tard, une sonnerie stridente retentit dans tout le ministère. Au niveau le plus profond du ministère, Harry Potter, Seamus Finnigan, ainsi que son équipe, se précipitèrent vers l'Atrium. Les Aurors qui se trouvaient chez eux sentirent l'urgence et se précipitaient eux aussi pour rejoindre le ministère. D'ici cinq minutes, la plupart des Aurors de garde se retrouveraient dans l'Atrium pour faire face à la menace.
Il était 20 heures, le ministère de la magie était attaqué.
Cinq minutes plus tard, la plupart des Aurors se trouvaient regroupés dans l'Atrium, l'endroit le plus sûr du ministère. Cette salle était la seule à ne pas être parcourue par le système de ventilation. C'était donc l'endroit idéal pour se regrouper et mettre au point un plan d'attaque.
Heureusement, nous avons évité le pire, pensa Harry. En effet, le ministère était quasiment vide, à l'exception des Aurors et de quelques employés zélés qui s'étaient précipités vers la sortie dès que l'alarme avait retenti. Pas de risque de dommages collatéraux, donc. C'était au moins ça de gagné.
Goodwin se racla la gorge et obtint facilement le silence. Les quarante sorciers, les Aurors de service, se tournèrent vers lui et le regardèrent avec la plus grande attention. Il ne pouvait attendre plus longtemps.
« Bien, comme vous le savez tous, le ministère est en état d'alerte. Cinq Inféris sont en liberté dans les couloirs du ministère. Etant donné qu'ils voyagent à travers le système de ventilation, nous n'avons aucune idée de l'endroit où ils se trouvent. Ils sont extrêmement dangereux, ils ont déjà fait un mort. De plus, il ne s'agirait pas d'Inféris ordinaires. Cole. »
Ce dernier s'avança au coté de Goodwin. Il arborait une mine sombre.
« Ce ne sont pas seulement des cadavres. La magie rouge confère aux Inféris des propriétés effroyables. Ils sont très rapides, très puissants et très rusés. Ils peuvent agir en groupe, ils sont donc intelligents. Et par-dessus tout, ils peuvent utiliser la magie. »
Cette dernière information, plus que les autres, inquiéta les Aurors. Jusqu'à présent, les Inféris se contentaient de se jeter sur leur proie avec une sauvagerie quasi bestiale. Ils n'utilisaient jamais la magie.
« C'est l'une des particularités de la Confrérie. Ils s'arrangent pour que leurs cadavres, une fois réanimés, soient les plus efficaces possibles. Et je peux vous assurer que les sortilèges utilisés par les cadavres n'appartiennent pas à la magie blanche… »
Un temps puis :
« Quel idiot, ajouta Cole plus pour lui-même, j'aurais dû prévoir cette manœuvre… »
Harry, qui se trouvait à côté, ne put s'empêcher d'être d'accord. Si Cole y avait pensé plus tôt, le sorcier légiste serait peut-être encore en vie.
« Bon, enchaîna Goodwin, maintenant que nous savons à quoi nous avons à faire, il est temps d'agir. Etant donné que nous ignorons où ils se trouvent, nous allons devoir fouiller chaque étage. Nous sommes quarante-quatre, il y a neuf étages, Atrium compris. Nous allons nous répartir en huit équipes de cinq, les quatre restants resteront ici. Il est impossible de sortir du ministère, autrement que par l'Atrium. S'ils essayent de sortir, c'est par là qu'ils essaieront de passer. Les autres fouilleront chaque étage pour les débusquer et les neutraliser. Des questions ? »
Aucune réponse. Déjà, les équipes se formaient. Cole s'avança.
« Une dernière chose les concernant. Il est inutile de les cribler de sort, cela ne leur fera rien.
- Que voulez vous dire, Cole ?
- Je les ai déjà affrontés. Je sais comment ils fonctionnent. Ils ont une marque. Une croix, qui ressemble à un grain de beauté, au niveau de la nuque. Le seul moyen de les neutraliser, c'est de brûler cette marque. Il n'y a pas d'autre moyen. »
Voilà qui n'arrange rien, pensa Harry. Et à voir la mine des autres, il se rendait compte que tous pensaient la même chose.
« Il est temps d'y aller. »
Durant les cinq minutes suivantes, les équipes furent faites et envoyées dans le ministère.
La chasse aux morts pouvait commencer.
Décidément, c'était une journée de merde.
En se levant ce matin, Harry n'aurait jamais cru qu'ils en arriveraient là. La journée avait été riche en évènements et la soirée se révélait pire. En quittant Ginny, il ne pensait pas que le ministère serait en état d'alerte. Là-dessus, Cole avait foiré en beauté. Il aurait réagi plus tôt, ils auraient pu prendre leurs dispositions vis-à-vis des Inféris. En soi, le sortilège qui les animait était facile à contrer… à condition d'agir vite, avant leur éveil. Maintenant, il était trop tard. Il fallait les débusquer, ce qui ne serait pas une mince affaire puisque, d'après Cole, ces morts-vivants made in Confrérie étaient redoutables.
Décidemment, quelle merde.
Tout ce qu'il espérait, c'est que Ginny ne se pointe pas au ministère. Ron n'avait pas répondu à l'appel, ce qui signifiait qu'il n'était pas de service. Toutefois, il avait dû entendre l'appel, il savait donc ce qui se passait dans le ministère. Le protocole est strict. Seuls les sorciers de service devaient se rendre au ministère en cas d'alerte. Les autres ne devaient agir que si la première équipe échouait. Néanmoins, cela n'empêchait pas les Aurors en attente d'en parler entre eux, ce qui voulait dire que Ron avait à coup sûr parlé de l'attaque à Hermione, qui elle-même avait dû en parler à Ginny. Il fallait espérer qu'elle ne vienne pas aussitôt au ministère. Il la connaissait et ne pensait pas qu'elle ferait cette bêtise. Mais qui sait… Au cas où, elle aurait sur sa route des Aurors de confiance. C'était Morgane, Brooks, Dan et un autre sorcier de nom de Lemner qui se trouvaient de faction dans l'Atrium. Rien à craindre, donc.
« Désolé de te déranger, Potter. Ca te dirait de revenir parmi nous ? »
C'était Cole. Aussitôt, Harry secoua la tête et se traita mentalement d'idiot. Habituellement, Harry évitait de penser à Ginny ou à ses enfants lorsqu'il travaillait. Penser à sa famille, à l'idée qu'il pourrait les perdre, le déconcentrait. Et durant un combat, la déconcentration était synonyme de mort. Surtout lorsque l'ennemi restait dans l'ombre.
« Ouais, désolé. »
Cole se retourna en secouant la tête et suivit Carver dans le couloir sombre du niveau des Aurors. Harry revint à ce qui se passait et leva la main droite au niveau de la bouche. Logé le long de la paume et attaché à son majeur, il y avait un petit objet cylindrique recouvert de runes. Cela s'appelait un magicophone, ce qui permettait de communiquer rapidement avec un sorcier portant un objet similaire. L'équivalent du portable moldu, en plus efficace et plus discret. L'idéal pour les opérations complexes comme celle-ci.
« Au rapport. »
Pour l'instant, seuls les sept autres chefs d'équipes avaient un magicophone. Goodwin avait le huitième et seul Harry pouvait communiquer avec lui, en tant que chef des opérations. Harry attendit un instant avant qu'une cacophonie n'éclate dans son esprit. Il s'astreint au calme et parvint à discerner les voix des autres chefs d'équipes. Pour un novice, l'usage de cet objet pouvait se révéler déroutant.
« Mandola de l'Atrium, dit Morgane, rien à signaler.
- Finnigan au niveau -1, dit à son tour Seamus, rien à signaler non plus.
- Nils au niveau 1, rien à signaler.
- Byron au niveau 2, rien non plus. Le calme plat.
- Miller au niveau 4, aucun mouvement.
- Dumarais au niveau 5, rien du tout.
- Vogel au niveau 6, rien à signaler. »
Harry s'en doutait. Le ministère était vaste et ces saloperies devaient se planquer.
« Bien, continuez les recherches et restez vigilants.
- Bien compris, » firent en cœur tous les chefs d'équipes avant de couper le contact. Harry passa son doigt sur les runes et entra en contact avec Goodwin qui s'occupait du niveau 7, le niveau du ministre.
« Potter à Goodwin. Rien à signaler nulle part. Nos cibles se cachent.
- Il n'y a rien non plus à ce niveau. Bordel, mais où peuvent-ils…
- Miller à Potter, Miller à Potter, j'ai du mouvement. »
Tous s'arrêtèrent autour de Harry. Ce dernier se focalisa sur la voie du chef d'équipe, qui semblait paniquer.
« Miller, ici Potter. Répète moi ça, tu veux.
- Je dis qu'il y a du mouvement, merde. On a vu une ombre s'engouffrer dans les bureaux. Et il… Bordel, il y en a deux. Une autre vient de nous passer sous le nez.
- Calme-toi, Miller. Je t'envoie des renforts.
- Ils sont là. On en a débusqué deux. Quel horreur, elles sont… ATTENTION ! »
Harry fut contraint de lâcher le magicophone tant le bruit devenait strident. Au même instant, le plafond s'ébranla et une explosion sourde se fit entendre.
« Miller, à toi, Miller, cria Harry en ramassant le magicophone, et merde. »
Trois autres explosions se firent entendre. Harry ne savait pas ce qui se passait là-haut mais c'était puissant.
« Dumarais, tu m'écoute… Bien, descend au niveau 4 porter secours à Miller. On vous rejoint. A tous les autres, rester où vous êtes et continuer les recherches. Je répète, restez où vous êtes. »
Harry ne prit même pas le temps d'entendre la réponse. Fourrant le magicophone dans sa poche, il se tourna vers son équipe.
« Cole, avec moi. On monte là-haut les aider. Carver, Drakes et Scott, verrouillez toutes les portes de ce niveau et rejoignez nous le plus vite possible. »
Tous hochèrent la tête et partirent de leur côté. Harry et Cole se précipitèrent vers les escaliers qui reliaient les étages. Les ascenseurs étaient à éviter s'ils ne voulaient pas se retrouver piégés avec l'une de ces choses. A l'étage du dessus régnait un véritable chaos. Les explosions retentissaient sans discontinuer, les sortilèges fusaient dans tous les coins. Harry n'avait pas l'impression de se battre contre deux Inféris mais contre toute une armée.
« Comment tu as dit qu'on les tuaient, déjà ? cria Harry à Cole.
- Il faut brûler la marque qu'ils ont sur la nuque, avec un sortilège de feu, répondit ce dernier en haletant, c'est le seul moyen.
- A condition de pouvoir les approcher.
- C'est toute la difficulté. Ils… ATTENTION ! »
Ils venaient d'arriver devant la porte grande ouverte qui reliait l'escalier au niveau 4. Harry eut tout juste le temps de se jeter sur le côté, évitant ainsi le bureau qui pulvérisa la rambarde de la cage d'escalier. Cole, plaqué contre le mur, cria à travers le nuage de poussière :
« Ca va ? »
Harry se releva rapidement et fit un signe de tête à Cole. Plaqué contre le mur, sa baguette le long de sa poitrine, Harry ne put qu'être terrifié par la puissance de l'Inféri. Celui qui avait lancé le bureau devait maitriser les sortilèges de lévitation et, sans Cole, il aurait fini écrasé par le meuble.
Sans dire un mot, Harry leva la main et fit un signe que Cole comprit immédiatement. Au bout de trois secondes, ils se lancèrent dans la mêlée.
Tout l'étage était sans dessus-dessous. Portes défoncées, murs fissurés, sols craquelés. Harry et Cole eurent juste le temps de se jeter par terre afin d'éviter un nouveau meuble qui siffla à dix centimètre de leurs oreilles. En face d'eux, dans l'ombre, au bout du couloir, se tenait une petite silhouette, entourée d'un nuage de débris.
L'Inféri qui usait de la lévitation.
Plusieurs sortilèges de stupéfixion fusèrent sur elle sans lui faire le moindre effet. Soit le sortilège était contré par un débris, soit la silhouette l'évitait avec une agilité incroyable. Harry leva sa baguette et lança un sortilège d'emprisonnement, en espérant que cela la retiendrait suffisamment longtemps pour qu'il puisse brûler sa marque. Mais à l'instant où il leva sa baguette, l'Inféri hurla et tous les débris furent projetés autour d'elle. Harry évita de justesse un morceau de chaise en sautant dans l'un des bureaux ouverts. Lorsqu'il regarda de nouveau vers le bout du couloir, l'Inféri avait disparu.
Et merde…
Harry regarda autour de lui et vit Cole adossé à la chambranle de la porte d'un autre bureau. Il lui fit signe de se disperser et le jeune homme hocha la tête. Avant de partir, Cole leva deux doigts, comme pour lui dire fais-gaffe-il-y-en-a-deux. Harry acquiesça pour lui comprendre qu'il avait saisi et partit de son côté. Il comprenait maintenant pourquoi Cole était un protecteur. Malgré son jeune âge, il faisait preuve d'un sang-froid vraiment admirable. Rien à dire.
Le niveau 4 était essentiellement composé de bureaux, reliés entre eux par des couloirs rectilignes. Le tout formait une sorte de damier, il était donc facile de s'y retrouver. Mais maintenant… Plus rien n'était à sa place. Plusieurs murs avaient été pulvérisés, réduisant à néant les espaces bien définis du quatrième étage. On aurait dit une gigantesque arène chaotique. Le danger pouvait venir de partout. Un danger accru par le manque cruel de lumière (la seule source lumineuse était celle des fenêtres magiques qui reflétaient la lumière d'étoiles naissantes).
Accroupi, Harry avançait lentement, attentif au moindre bruit. Le sang battait à ses oreilles, il retrouvait la tension du combat, à la fois grisante et terrifiante. Il devait rester calme, il ne s'agissait pas de toucher un membre de l'équipe de Miller par accident. C'était justement eux qu'il recherchait dans le noir. Il avait vu des sortilèges partir tout à l'heure, ils devaient bien se trouver quelque part.
Dans un murmure, il demanda dans le magicophone :
« Dumarais, t'es où ?
- On arrive, on est presque arrivés à l'escalier.
- Grouillez vous ! »
Harry rangea le petit objet lorsqu'il entendit un râle. Il vit alors une silhouette remuer près d'une table brisée en deux, une silhouette trop grande pour être celle de l'Inféri. Harry courut à ses côtés et leva sa baguette sur la nouvelle silhouette qui s'était dressé devant lui, une baguette à la main.
« C'est moi, Potter. »
L'autre baissa sa baguette et vint s'agenouiller près de l'Auror inanimé. Le nouveau venu murmura un vague Lumos et la lumière qui sortit de sa baguette permit à Harry de reconnaitre Law, un bleu qu'il ne connaissait que de vue.
« Quel chierie ! s'exclama le jeune avec un accent qui se voulait fort mais qui restait émaillé de panique. Il va s'en sortir, vous croyez ? »
Harry baissa la tête sur l'Auror à terre et vit un magicophone briller dans sa paume droite. C'était Miller. Il lui palpa le cou et sentit son pouls. Il était faible mais bien là.
« Il est mal mais il s'en sortira. Où sont les autres ?
- Je sais pas. Impossible de voir quelque chose là-dedans. Ces saloperies ont bousillé l'éclairage.
- Bon, Law, emmène Miller à la sortie. Tu devrais croiser Dumarais et son équipe. Je vais chercher les autres. Tu… »
Harry s'était figé devant l'expression de terreur de Law et avant même que le souffle du râle ne vienne hérisser les poils de sa nuque, il amorça un geste d'attaque en se retournant.
Mais l'Inféri fut plus rapide. Harry et le bleu furent projetés contre le mur dans une gerbe de feu. L'air brûlant leur incendiait les poumons, leurs peaux calcinaient, leurs robes cramaient. Pris dans un tourbillon de douleur incandescente, Harry eut juste le temps de lancer un sortilège de stupéfixion en direction de l'Inféri mais ce dernier avait disparu.
« Aguamenti. »
Un jet d'eau puissant jaillit de la baguette de Harry et les aspergea, lui et Law. Harry avait eu de la chance. Il n'avait qu'une brûlure mineure dans le dos. Law était dans un plus triste état. Il s'était pris le sortilège de feu en pleine poire et hurlait de douleur.
« Tiens bon, petit, lança Harry en agrippant Law au collet, je vais te sortir de là. »
Le malheureux, fou de douleur, pouvait à peine bouger. Harry le chopa par les épaules et le traina près de Miller. Il l'allongea à côté de son chef et usa d'un sortilège de lévitation. Il fallait les sortir de là, et vite.
Des cris stridents retentissaient de partout.
« Dumarais, bordel, tu fais quoi ? »
Harry avait presque hurlé dans le magicophone. La voix haletante de Dumarais lui parvint :
« On arrive, ces saloperies ont bloqué la porte. On est… ON EST ATTAQUE. BORDEL, CA SORT DES MURS… ATTENTION… AAAAH ! »
Une rafale de déflagrations explosa dans la cage d'escaliers et une lumière bleu électrique éclata, comme si une série d'éclairs se déchainaient dans les escaliers.
« HARRY, A TERRE ! »
Harry ne chercha même pas à comprendre et se jeta à terre… évitant ainsi le morceau de parquet qui manqua de lui exploser le crâne. Harry, fasciné par le phénomène qui se déchainait dans les escaliers, n'avait pas entendu le râle de l'Inféri dans son dos, et sans l'intervention de Cole, il serait probablement mort.
Cole, par ailleurs, jetait une flopée de sortilèges en direction de l'Inféri, mais ce dernier les évita aisément. Leur vitesse était monstrueuse. Cole, concentré sur son adversaire qui continuait de lui lancer des débris à la figure, ne vit que trop tard le deuxième Inféri, lequel lui lança un puissant sortilège de feu.
« Magna Aguamenti. »
Une muraille d'eau s'interposa entre Cole et la muraille de flamme. L'américain leva juste à temps la main pour éviter le jet d'eau bouillante. Mais au moins, il avait évité le sortilège.
« Merci, Potter. »
Harry se releva en vitesse et vint se plaquer dos à dos avec Cole. Les Inféris attaquaient de tous les côtés. Harry dévia in extremis des débris de plus en plus gros tandis que Cole circoncisait les flammes. Il était impossible de discerner les Inféris tant ils étaient rapide. Comment diable les immobiliser afin de brûler leur marque ? C'était impossible.
« Cole, où sont les autres ?
- Tous à terre, haleta Cole en dévia un morceau de table, il n'y a plus que nous deux. Il nous faut du renfort. »
Ca, Harry y avait pensé. Certes, il en restait deux encore non trouvés mais s'ils continuaient ainsi, ils finiraient à la morgue. Profitant d'une accalmie, Harry hurla dans le magicophone :
« A toutes les équipes, demande de renfort au niveau 4. Je répète, demande de renfort au niveau 4. On a besoin d'aide, vite…
- RECULE ! »
Harry et Cole sautèrent de concert, évitant ainsi le meuble enflammé qui s'écrasa pile à l'endroit où ils se trouvaient une seconde plus tôt. Ils eurent tout deux la même idée et lancèrent un sortilège de prison aqueuse, faisant exploser le débris en mille morceaux. L'air se chargea de cendres incandescentes. Harry se rendit compte qu'il avait perdu le magicophone.
« Quel… »
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. La porte d'entrée du niveau 4 explosa dans une gerbe bleu électrique. Manifestement, l'Inféri de l'escalier en avait fini avec l'équipe de Dumarais. Harry et Cole se retournèrent, virent avec horreur deux Aurors basculer dans le vide, puis le tout fut de nouveau occulté par une explosion. Surgissant tel un démon de sa boite, l'Inféri apparut. Comme les deux autres, il était de petite taille. Les trois sœurs Vallangher sont réunies, pensa Harry avec amertume. Il n'eut pas le temps de s'étendre sur le sujet. L'Inféri poussa un hurlement strident et se lança sur les deux sorciers, en courant tantôt sur le sol, tantôt sur les murs, tantôt sur le plafond.
« Il faut les arrêter, vite ! »
Ils lancèrent une volée de sortilèges sur le nouveau venu, volée qu'il évita aisément. Les deux autres Inféris avaient cessé leur attaque, comme s'ils attendaient quelque chose. Harry comprit brusquement lorsqu'il vit deux sphères électriques apparaître dans les mains de l'Inféri.
« A TERRE ! »
L'Inféri tapa des mains et les deux sphères éclatèrent.
Harry se sentit décoller du sol. La plus petite parcelle de son corps lui faisait mal. Il atterrit avec pertes et fracas au milieu des débris. Cole non plus n'avait pas pu éviter le sortilège et gisait, tel un pantin désarticulé, à dix mètres de là.
Les Inféris avaient disparu mais ils ne devaient pas être loin. Harry essaya de se relever et de tourner la tête. C'est alors que sa jambe droite se détendit brusquement. Sa tête n'avait pas bougé d'un millimètre. Il comprit avec terreur ce qui lui arrivait. Il était soumis à un sortilège de Confusion Magnétique. Ce sort touchait le système nerveux et le déréglait totalement pendant une durée limitée. Son cerveau commandait mais les nerfs envoyaient l'ordre aux mauvais organes. Ainsi en voulant bouger la tête, il a bougé sa jambe. Ce sort, très handicapant, le contraignait à l'immobilité.
Ce qui signifiait la mort si les Inféris revenaient.
Ce qui ne tarda pas.
Harry les entendit derrière lui. Il entendait leur râle se rapprocher et essaya de retrouver le contrôle de son corps. Peine perdue. Il n'y avait plus aucune logique entre l'esprit et le corps. Il voulait bouger la main droite, c'est l'épaule gauche qui réagissait. Il faisait tourner son épaule droite en essayant de bouger sa jambe droite et il baissait la tête en voulant remuer les doigts. Il n'avait plus aucun contrôle et n'avait plus le temps de le retrouver. Il avait la tête relevée et put voir ce qui se passait aux alentours. Les râles étaient très intenses, il vit du coin de l'œil un encrier vide rouler à sa gauche.
Presque aussitôt, un Inféri sauta et se planta devant lui.
Harry put alors les voir de près et fut choqué par cette vision. Comme il s'en était douté, il s'agissait des filles Vallangher dont la plus vieille ne devait pas avoir plus de quatorze ans. Celle qui se trouvait devant lui devait être la plus jeune. Harry pensa qu'elle devait être adorable de son vivant mais que maintenant, c'était un monstre. Il n'y avait plus rien d'humain chez elle, si ce n'est la forme. Peau grisâtre, chair pourrissante, visage figé, voilà tout ce qui restait de cette gamine de dix ans. Des commissures de ses lèvres s'élevaient des panaches de fumée et Harry comprit qu'il avait devant lui l'Inféri de feu. Il comprit aussi que c'est comme ça qu'il finirait, à l'état de torche humaine.
Alors que l'Inféri commença à entrouvrir la bouche, une voix hurla :
« LUMOS MAXIMA ! »
Une lumière intense éclata. L'Inféri, surpris, recula en se cachant les yeux de ses bras. Tout autour de Harry retentissaient d'innombrables sortilèges, auxquels se mêlaient les hurlements stridents des Inféris.
Les renforts étaient enfin arrivés.
Harry eut un sourire en pensant qu'à vingt, ils pourraient vaincre ces adversaires effroyables, lorsqu'il vit la marque en forme de croix sur la nuque de l'Inféri, à trente centimètres à peine de sa baguette.
Si seulement je pouvais bouger…
A peine avait-il dit cela qu'il retrouva le contrôle de son corps. Un des Aurors avait du le libérer du sortilège. Il ne chercha pas à savoir qui c'était et se jeta sur l'Inferi. Il enfonça le bout de sa baguette sur sa marque et avant que l'Inféri ne puisse comprendre ce qui se passait, prononça :
« Incendio. »
La chair brûla au contact de la baguette et prit une vilaine teinte rouge. L'Inféri s'écroula dans ses bras, sans un bruit, neutralisé. Vaincu.
Harry mit un certain temps avant de comprendre que le corps qu'il serrait dans ses bras était définitivement mort. Enfin, il le reposa délicatement au sol et regarda autour de lui.
Une bataille féroce avait éclaté entre les Aurors et les Inféris. Harry s'était inquiété de savoir si son message était bien passé, il n'avait plus de soucis à se faire de ce côté. Ils étaient tous là. Même ceux de faction à l'Atrium. Il vit Morgane s'approcher de lui dans la lumière éblouissante.
« Ca va, Harry ? Bien remis ?
- C'est toi qui m'a libéré ?
- Oui, mais c'est à Vogel qu'on doit le lumos. Un coup de génie. » Morgane dissimulait mal sa joie. « Les Inféris craignent la lumière vive, c'est pour ça qu'ils ont brisé toute source de lumière. »
Evidemment, Harry aurait dû y penser. Il reconnaissait bien là la vitesse de réaction du sorcier au tatouage.
« Aide-moi à me relever. »
Morgane passa le bras gauche de Harry par-dessus ses épaules et le traina en direction de l'entrée.
Harry regarda autour de lui. La lumière était si intense que tous ceux qui se trouvaient dans la pièce étaient réduits à l'état d'ombre. Mais Harry y voyait suffisamment pour voir que les Inféris vendaient chèrement leur peau. Plusieurs Aurors tombèrent sous leurs coups mais ils perdaient du terrain malgré tout. L'Inféri qui manipulait la lévitation fut attaqué par trois sorciers en même temps. Tandis qu'il s'acharnait sur deux d'entre eux, le troisième sorcier se faufila derrière lui à l'aide d'un sortilège de dissimulation et lui brûla sa marque. L'Inféri s'écroula comme une masse. Pour le dernier adversaire, ce fut plus délicat. Il était de loin le plus acharné des trois. Les éclairs volaient dans tous les coins. Beaucoup d'Aurors touchés ne se relevèrent pas. Certains sortilèges frôlèrent la marque mais sans l'abimer. C'est finalement Vogel qui en viendra à bout. Grâce à la magie, il créa une réplique de lui-même qu'il lança contre l'Inféri. Le clone fut pulvérisé mais cela donna le temps à Vogel d'apparaître derrière la créature et de lui cramer sa marque. Sans ses étonnantes capacités, Vogel n'y serait sûrement pas parvenu.
Ensuite, ce fut le silence brutal, comme si personne ne croyait que c'était fini.
Harry aussi avait du mal à réaliser. Il reprenait des forces et s'appuyait de moins en moins sur Morgane. Ils étaient arrivés dans le couloir central. Les Aurors, ayant enfin compris qu'il n'y avait plus aucun danger, s'éparpillèrent dans l'étage afin de porter secours aux blessés. Harry vit Cole en train de se faire ramasser par deux sorciers. Il vit également Vogel à genoux à coté de l'Inféri inerte, il vit Brooks, il vit Carver, il vit Scott, il vit Drakes… Tous semblaient plus ou moins indemnes. Harry en soupira de soulagement.
Goodwin se trouvait à l'entrée de l'étage entouré de son équipe. Il devait s'occuper de l'équipe de Dumarais. Le Premier Auror avait les vêtements déchirés et maculés de sang. Il faudrait que Harry lui parle. Beaucoup d'Aurors semblaient soulagés que tous cela soit terminé mais ils se trompaient. Il restait encore deux Inféris en liberté.
« Vogel, bon sang, tu pourrais atténuer un peu la lumière, lança Morgane à Vogel, la main placé en visière, ce serait sympa. »
Vogel ne répondit pas mais fit un petit geste de la baguette. La lumière devint plus supportable.
« Ca va aller, Morgane, fit Harry, je crois que je peux tenir… »
C'était ce qu'il croyait mais à l'instant où il lâcha les épaules de la jeune femme, une douleur fulgurante lui traversa la jambe et le jeta par terre.
« Harry !
- Ca va aller, la rassura Harry en s'appuyant par terre, ça va passer, juste une crampe. »
Morgane resta cependant à côté de Harry, une main sur l'épaule. Il regarda autour de lui. Cole semblait aller mieux, si ce n'est une vilaine blessure à la tête. Brusquement, Harry remarqua quelque chose :
« Où est Seamus ? J'aurais pensé que… »
Il s'arrêta soudainement, la main plaquée sur le parquet. Ce dernier était devenu brûlant. Il comprit aussitôt ce que c'était et chopa Morgane par la cuisse. Il la projeta de toute ses forces sur le côté tout en sautant en arrière.
Une seconde plus tard, l'endroit où ils se trouvaient explosa.
Tout les Aurors réagirent au quart de tour et se tournèrent vers le nouvel adversaire. Il s'agissait de l'Inféri de Joshua Vallangher, le cadavre sans tête. Se dressant au milieu d'un nuage de poussière, il semblait rechercher quelqu'un. Puis il se fixa sur Harry. Habilement, il sauta par-dessus le trou d'où il avait jailli et frappa Harry qui fut projeté contre le mur. Harry n'eut pas le temps de reprendre son souffle, les Aurors n'eurent pas le temps d'attaquer, que la marque sur la poitrine de Vallangher devint lumineuse et qu'un rayon blanc frappa Harry en pleine poitrine.
Cette fois, Harry traversa le mur. Le sortilège, qu'il n'avait pas reconnu, était d'une puissance telle qu'il eut l'impression d'avoir la poitrine broyée. Il y eut également la sensation, une sensation terrible, comme si tous ses sens disparaissaient, comme s'il perdait toute conscience de la réalité. Heureusement, cela ne dura pas longtemps. Il retrouva durement la réalité en s'étalant sur du parquet brisé. Il prit la douleur comme une bénédiction. Au moins, cela voulait dire qu'il était encore vivant.
Il resta allongé, le corps perclus de douleur, à écouter les Aurors mettre hors d'état de nuire l'Inféri, ce qui, à vingt contre un, pris moins de trente secondes. Il entendit ensuite des pas autour de lui et vit les visages inquiets de Morgane, Cole et Vogel. Ce dernier mit sa main sous sa nuque et le releva en position assise.
« Ca va aller ?
- Oui, je crois… »
Cole et Morgane regardaient la poitrine de Harry avec un air ébahi. Lorsqu'il regarda à son tour sa plaie, il comprit leur stupeur. Les vêtements avaient entièrement brûlé là où le rayon l'avait touché et toute la zone était brûlée. La chair calcinée répandait une odeur atroce.
« Tu es sûr que ça va ? insista Cole avec un regard incrédule.
- Oui, oui… Je… Je ne le sens pas… »
Et sous le regard étonné des trois sorciers, il se releva. Au début, Morgane voulut l'aider mais ce fut inutile. Bien que fatigué, exténué, éreinté, il tenait sur ses jambes. Et c'est cela qui l'étonna le plus. Il n'osait pas toucher sa plaie, de peur de réveiller la douleur.
Il ne voulait pas avoir mal.
Il ne voulait pas briser cet état d'euphorie inexplicable qui le submergeait. C'était doux, si doux…
Une demi-heure plus tard, ils se trouvaient tous dans l'Atrium. Le hall était bondé. Les Aurors de secours avaient été appelés afin de donné un coup de main aux médicomages de garde. Le bilan était lourd mais cela aurait pu être pire. Un étage entièrement dévasté, une vingtaine de blessés légers et dix blessés graves emmenés d'urgence à Ste Mangouste. Aucun mort. Une chance incroyable.
Harry se tenait à côté des cinq Inféris devenu inoffensifs. Le dernier Inféri, celui de la femme de Vallangher, avait été trouvé au niveau -1 en train de gratter le plafond. Alors qu'ils étaient en train de remonter, Seamus et son équipe lui étaient tombés dessus et l'avaient neutralisé rapidement. L'Inféri était tellement occupé à essayer de percer le plafond qu'il ne remarqua les Aurors que trop tard. Il s'écroula avant d'avoir pu montrer sa magie.
Ils étaient maintenant tous les cinq allongés sur des civières dans un coin de l'Atrium. Goodwin avait décidé de les transférer à Ste Mangouste. Il ne tenait pas à prendre le risque de les voir se lever à nouveau. Harry se tenait à côté d'eux, immobile. Malgré ses blessures, il tenait encore debout. Et pourtant, il en avait eu pour son compte. Outre les multiples égratignures, il avait une brûlure mineure qui lui courait sur une bonne partie du dos et cette plaie calcinée sur sa poitrine. Pour cette dernière, les médicomages l'avaient recouverte d'une pommade riche en eucalyptus. Cela avait répandu une fraîcheur bienvenue qui atténua grandement la douleur qui, malgré tout ses efforts, s'était réveillée. Il lui faudrait aller à Ste Mangouste mais pour l'instant, les médicomages avaient mieux à faire. Autant qu'il reste là.
La pommade commençait à perdre de son effet. La douleur revenait, d'abord sourde puis lancinante. Il aurait aimé que l'état de félicité dans lequel il était plongé au quatrième étage perdure. Jamais dans sa vie il n'avait ressenti ça. Pour la première fois de son existence, il était bien, parfaitement bien. Un bien-être enivrant auquel il s'était abandonné avec bonheur. Malheureusement, cet état n'avait pas duré. Aussi intense que fut la volupté, une mélancolie s'était emparé de lui et lui avait donné envie de pleurer. Son corps même lui était apparu comme une prison et l'idée fugace de se l'arracher morceau par morceau afin de s'en libérer lui avait traversé l'esprit. Heureusement, la mélancolie, comme la volupté, avait disparu trés vite. Il ne resta plus qu'un corps perclus de douleur. Mais dans l'esprit de Harry demeura ce sentiment, cette frustration, comme un enfant à qui l'on aurait chipé son bonbon préféré.
« C'est la première fois que vous affrontez des Inféris de ce genre ? »
Harry se tourna vers Cole. Ce dernier semblait plus ou moins indemne.
« Des comme ça, oui… »
Il regarda le visage épanoui de la fillette. Une tristesse mêlée de haine le traversa. Tristesse pour cette malheureuse qui ne connaitra jamais les joies de la vie et haine contre ses monstres de la Confrérie de Minuit. Jamais à cet instant Harry ne fut aussi résolu de les arrêter, de les tuer…
« Je sais ce que vous ressentez, affirma Cole. J'ai ressenti la même chose la première fois. »
Un temps puis :
« Ce que nous avons affronté ce soir était terrible, sachez que ceux qui les ont créé sont mille fois plus puissant. »
Harry le regarda, avec un air mêlé d'exaspération et de résignation.
« Je m'en doute, mais à mes yeux, ils ne valent pas mieux que les monstres que sont devenus ces malheureux. »
Cole ne répondit pas. Il paraissait d'accord. Harry prit le linceul de la fillette et lui recouvrit le visage.
Il ne supportait plus de voir son visage.
« Vous devriez aller à Ste Mangouste, vous saignez. »
Harry baissa la tête sur sa poitrine et vit le rouge grenat du sang se mêler au blanc laiteux de la pommade. Lentement, il acquiesça.
« J'irais, ne vous en faites pas… Allez vous reposer, Cole, vous en avez besoin… »
Cole hocha la tête et tourna les talons après avoir lancé à Harry un regard qu'il ne put comprendre.
Harry baissa la tête sur le cadavre.
« Nous en avons tous besoin… »
Il s'éloigna alors des cadavres et s'en alla rejoindre les médicomages.
Les médicomages et les Aurors blessés allongés sur des civières sortaient par la porte principale. Des sortilèges de dissimulation et de répulsion avaient été lancés dans la rue ; ainsi aucun passant moldu ne fit attention à eux.
Un des Aurors présent, un grand gaillard sans une égratignure, s'éloigna du groupe et s'enfonça dans une ruelle. Personne ne fit attention à lui. Le contraire aurait été étonnant et insultant. Surtout pour lui…
Au plus profond de la ruelle, dans l'ombre, l'Auror sourit. Tout s'était passé à la perfection. Tout s'était déroulé comme prévu.
Emergeant littéralement des ombres, une dizaine de silhouettes apparurent. Chacune d'entre elles portait un manteau noir à capuchon et un masque de fer uniforme. A leur vue, le sourire de l'Auror se fit bestiale. Calmement, il porta sa main au visage et s'arracha la peau, comme si ce n'était qu'un simple masque. L'Auror releva la tête et dans la lumière sourde de la lune, le visage anguleux de Rodolphus Lestrange affichait un air satisfait.
Les vampires aux masques de fer se rapprochèrent de leur maitre. Ils avaient bien travaillé. En prenant la place d'une dizaine d'Aurors, ils avaient offert à Lestrange une vision parfaite de ce qui s'était passé dans le ministère cette nuit là. Lui-même avait participé à la bataille sous une apparence d'Auror. Personne ne s'était douté de la supercherie et personne ne s'en douterait jamais. Après tout, ils étaient des experts dans le domaine.
Lestrange se concentra et entra en communication avec le Maitre de la Confrérie de Minuit.
« Mon Seigneur, nous avons accomplis notre tâche. Vous aurez le rapport détaillé très bientôt mais je peux vous affirmer que tout s'est déroulé comme prévu. »
La réponse fut presque instantanée.
« Parfait. Tu as bien travaillé, Lestrange. Nous pouvons passer à la suite du plan.
- Vous pouvez me faire confiance, Maître.
- Je te fais surtout confiance pour savoir ce qui t'attend si tu échoues. »
La communication fut coupée et Lestrange n'essaya pas de la rétablir. Il ne souhaitait pas s'attirer les foudres du Maître, qui savait se montrer plus sadique que Voldemort.
« Bien, allons-y. »
Il était temps de passer à la suite.
L'ombre s'accentua et lorsqu'elle se dispersa et que la ruelle retrouva son visage habituel, les onze silhouettes avaient disparu.
