Le véritable courage
Peter Pettigrow n'était pas quelqu'un de courageux, malgré son placement à Gryffondor. Sa chance avait été d'avoir attiré l'attention de James Potter et de Sirius Black au début de leur scolarité et avec Remus Lupin, ils avaient formé les Maraudeurs.
Mais Peter avait cessé de croire à ce beau rêve pendant sa cinquième année.
Avec une clarté effroyable, il s'était vu à la place de Severus Snape quand James et Sirius l'avaient fait voltiger la tête en bas. Lui-même malmené dans son enfance et pendant ses premiers temps à Poudlard à cause de son physique ingrat, il avait toutefois apprécié être pour une fois du côté des harceleurs, jusqu'à ce jour. Il avait alors ouvert les yeux et regardé objectivement son entourage.
James Potter et Sirius Black usaient et abusaient de leur statut de Sang Pur et de leur richesse pour s'imposer par la force. Leurs idées de blagues étaient au début drôles mais plus les années passaient, plus ils prenaient la grosse tête et en profitaient pour s'attaquer aux seules personnes qui pouvaient leur faire de l'ombre et les battre au niveau de l'arrogance, les Serpentards. Leur victime habituelle, Severus Snape, avait alors cristallisé toute leur haine.
Remus Lupin était comme Peter, un suiveur. Il était timide et très introverti et ils avaient rapidement découvert la raison après qu'un Serdaigle plus âgé ait voulu s'en prendre à lui et que Remus l'ait encastré dans un mur d'un seul coup de poing. Ils avaient eu l'explication quelques années plus tard en découvrant sa lycanthropie mais même avec le soutien de trois amis, Remus pensait qu'il devait marchander cette précieuse amitié en disant amen à toutes les bêtises de James et de Sirius.
Par ricochet, Peter s'était penché sur Lily Evans, puisque James cherchait par tous les moyens à attirer son attention. Très vite, Peter avait compris que la rousse, qui voulait au début prouver qu'une Née de Moldus n'était pas une sous-Sorcière, s'était gonflée de ses propres succès quand elle avait compris qu'elle avait de meilleures notes que la plupart des Nés Sorciers. Persuadée d'avoir la bonne parole, son arrogance l'avait conduite à devenir autoritaire et à tomber sur les Maraudeurs à chaque fois qu'ils faisaient une blague. Curieusement, dès qu'ils avaient commencé à cibler plus spécifiquement Severus Snape, elle n'avait même pas essayé de les faire changer d'avis ou de le protéger, bien qu'ils soient amis.
Quand il avait eu sa prise de conscience, Peter s'était mis à observer ce dernier, notamment grâce à sa forme Animagus. Heureusement, ses nombreuses heures d'espionnage ne lui avaient pas fait oublier que chaque personne avait droit à sa vie privée mais du peu qu'il avait pu voir, il avait compris que le Serpentard avait eu du mérite d'avoir voulu s'accrocher à son amitié avec Lily Evans. Cela l'avait surpris de découvrir un Serpent avec une fidélité aussi profonde et il ne pouvait que s'incliner concernant ses capacités en Potions et en Défense. Contrairement à ce qu'il aurait pu croire, Snape avait résisté pendant toute sa scolarité aux sollicitations de ses camarades qui croyaient en l'idéologie de Voldemort.
Depuis ce fameux jour en cinquième année, Peter avait compris qu'il était temps qu'il se prenne en main pour rendre fier sa chère maman. Il approcha certains bons élèves – mais il évita comme la peste Evans qui, de toute façon, l'aurait snobé – pour leur emprunter leurs notes depuis la première année et s'était mis à travailler. Ça avait été dur mais durant les trois années suivantes, il avait assez progressé pour s'en sortir avec des résultats honorables. Cette « crise de travail », comme l'avait appelé les autres Maraudeurs, avait contribué à ce qu'il s'éloigne un peu d'eux et on avait commencé à le voir comme Peter Pettigrow et moins comme un Maraudeur.
Après leur scolarité, ce ne fut pas une surprise que Lily Evans et James Potter se marient à la va vite. Peter avait assisté au mariage express célébré par Albus Dumbledore et il s'était posé de nombreuses questions, notamment la raison même d'un mariage aussi précipité, surtout en temps de guerre. L'annonce de l'arrivée du petit Harry avait été tout aussi rapide et Sirius Black en tant que parrain tout aussi évident.
Après leur scolarité, les Maraudeurs et Lily étaient entrés dans l'Ordre du Phénix. Au début, seuls Sirius et Remus se battaient lors des attaques de Mangemorts, James se contentait de donner de l'argent, Lily brassait des potions et lui devait laisser traîner ses oreilles dans le quartier magique où il avait trouvé un emploi pour économiser en vue de son futur apprentissage en marqueterie magique.
Avec la naissance d'Harry, Peter avait été promu sans comprendre pourquoi nounou attitrée de l'enfant. Ce fut ainsi qu'il comprit la réelle raison du mariage de James et de la naissance de son fils : Albus Dumbledore refusait qu'un jeune lord soit sur le champ de bataille sans qu'il n'ait un héritier pour reprendre le titre.
Pendant que Lily, James, Sirius et Remus se battaient, donc, Peter s'occupait du bambin duquel il devenait encore plus proche que ses parents ou son parrain. C'était pour cela qu'il avait noté que le chef de l'Ordre gardait un œil plus que vigilant sur le jeune Harry. Curieux, Peter avait de nouveau utilisé sa forme Animagus pour chercher les réponses et ce fut ainsi qu'il apprit qu'une prophétie avait été faite sur le petit brun mais que ses parents et son parrain n'avaient pas jugé utile de lui en parler. Ce fut donc sans état d'âme qu'il continua à les espionner et qu'il eut connaissance de ladite prophétie.
Peter fut inquiet quand Lily, James et Harry préférèrent se cacher dans une maison quelconque au lieu du manoir Potter surprotégé sur ordre de Dumbledore. Encore plus quand le directeur lui avait ordonné d'être leur Gardien du Secret en lieu et place de Sirius ou de Remus. Mais il fut totalement terrifié quand il sortit d'un entretien avec le leader de la guerre.
Pour une raison obscure, Albus Dumbledore voulait qu'il écrive la nouvelle adresse des Potter sur un morceau de parchemin. Ayant à cœur la protection d'Harry, il avait été suspicieux mais comme il s'agissait du chef de l'Ordre, il avait obtempéré. En sortant de là, il avait compris que l'adresse de Lily et de James se baladait dans la nature.
Et que tout pouvait arriver.
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Peter haletait mais il ne pouvait pas s'arrêter.
Alors qu'il était tranquillement en train de lire dans une cache aimablement fournie par Dumbledore et Sirius venait de s'en aller, Peter avait sentit sa magie brutalement s'agiter. Comprenant en un clin d'œil que les Potter avaient sûrement des problèmes, il s'était rendu chez eux pour découvrir la maison éventrée. Le corps de James trônait dans le salon, celui de Lily dans la chambre d'enfant. Heureusement, les sanglots d'Harry le firent soupirer de soulagement et il prit dans ses bras le bambin terrorisé qui se calma rapidement sous le toucher familier. Il entendit alors des voix et reconnut celles de Sirius et d'Hagrid. Il allait descendre quand il entendit celle de Dumbledore et là, il se figea net.
-Vous n'êtes pas allé voir Peter, disait Albus. Vous avez trouvé les lieux vides et vous avez voulu vérifier que les Potter allaient bien. Vous avez découvert Potter et Evans morts et vous avez confié Harry à Hagrid pour vous lancer à la poursuite de Pettigrow, qui les a trahis.
-Oui, professeur, répondit Sirius d'une voix lointaine.
-Vous allez laisser votre moto à Hagrid pour qu'il puisse m'emmener Harry en toute sécurité, continua Albus. Vous allez vous rendre sur le Chemin de Traverse à huit heures tapantes où vous allez voir Pettigrow. Vous allez vous laisser capturer par les Aurors et ne pas faire d'histoires.
Peter fronça des sourcils en reculant doucement. Il n'aimait pas le tournant que l'histoire prenait, mais alors pas du tout. Il était clair que Dumbledore avait des projets et que Peter et Sirius devaient servir de boucs émissaires. Il trembla, car il se doutait qu'il fallait protéger Harry des suivants de Voldemort mais également de Dumbledore.
Serrant le bébé dans ses bras, Peter prit une décision. Il était hors de question d'être accusé d'un crime qu'il n'avait pas commis, et encore moins de laisser un enfant se faire manipuler pour le plus grand bien. Doucement, il s'empara du porte-bébé auquel Lily l'avait initié contre son gré – Harry n'acceptait de sortir que dans les bras de Peter et elle n'arrivait même pas à l'approcher sans que le bébé ne se mette à hurler – et il y plaça le bambin avant de le mettre. Les gravats formant un escalier rudimentaire – il ne voulait pas utiliser la magie pour le moment – il descendit avec précaution et quitta sans bruit la propriété. La nuit était peut-être tombée mais l'heure n'était pas vraiment avancée. La chance qu'eut Peter fut que les transports n'avaient terminé leur service.
Le jeune homme s'enfuit alors dans la nuit noire avec son neveu de cœur.
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-Oncle Peter ?
-Oui Harry ? répondit Peter
-Tu penses qu'un jour, je pourrais aller sur la tombe de mes parents ? demanda un Harry âgé de neuf ans
-J'en suis certain, sourit Peter en le décoiffant.
Sept ans auparavant, quand il s'était enfui avec Harry, Peter avait pris la direction de Londres et plus particulièrement la direction du quartier magique. Il se souvenait que Lily avait fait remarquer aux Maraudeurs que si l'interdiction de magie pour les Sorciers de premier cycle était surtout enfreinte par les Nés de Moldus, c'était parce que les Nés Sorciers vivaient dans des zones de concentration magique et donc, qu'il était impossible de déterminer si c'était un adulte ou l'enfant qui avait fait de la magie. Peter s'était donc fondu dans la masse avant de se rendre à l'une des entrées dans le monde Moldu de la banque Gringotts. Il n'avait pas de mérite, alors qu'il se promenait dans le Londres Moldu, sa mère lui avait indiqué l'entrée généralement utilisée par les Cracmol. Là-bas, les Gobelins lui avaient fourni un biberon de lait pour Harry et tandis qu'il lui donnait à manger, Peter avait raconté en tremblant ce qui venait de se passer. Ragnok, qui réglait quelques papiers dans son propre bureau, avait réagi immédiatement notamment en allant chercher lui-même le testament des Potter – il savait que Lily et James n'en avaient pas fait personnellement, ce qui était totalement irresponsable en temps de guerre, mais même c'était le cas, celui de la lignée Potter serait d'abord appliqué – ce qui lui avait permis de découvrir l'un de ses gestionnaires de coffres, Gripsec, en train de s'emparer dudit document sans autorisation. Il l'avait jeté aux cachots en attendant de statuer de son sort, avant d'en prendre connaissance. Cela ne surprit guère le Gobelin de voir en toute lettre l'interdiction de placer l'Héritier Potter dans le monde Moldu sans garant Sang Pur, ou encore le gel de tous les coffres sauf celui de l'enfant et les dispositions pour son éducation. Toutefois, comme les actes de Gripsec lui semblaient hautement suspects, il avait vérifié par acquis de conscience les coffres des parents et y avait découvert un testament signé du sang des concernés mais sans aucune trace de leur magie. Les dernières volontés allant à l'encontre des us et coutumes Sang Pur, Ragnok était certain qu'il n'était pas authentique.
Conscient que des mesures devaient être prises rapidement, le directeur de la banque envoya Peter et Harry en France pour qu'ils passent une batterie de tests puis pour qu'ils s'y installent, le temps que les choses se calment. Il leur avait également adjoint toute une équipe aussi bien pour leur protection que pour l'éducation de l'enfant. La tutelle de l'enfant fut très vite réglée puisque sans demande contraire des parents, elle revenait à celui ou celle que la Magie jugeait apte et ce n'était ni son parrain selon les anciens rites ou encore son chef de meute mais bien Peter qui l'avait obtenu. Une fois cela établi, Peter prit le nom de sa mère – qu'il avait brièvement rassuré en lui écrivant une lettre lui disant qu'il devait quitter le pays pendant quelques temps – et s'installa avec son pupille. Avec l'aide de Ragnok, Harry maitrisa sa magie bien mieux que la plupart des Sorciers britanniques de son âge et put aller à l'école élémentaire pour se sociabiliser. En parallèle, il apprenait tout ce qu'il devait savoir pour reprendre son titre de lord à sa majorité – Moldue comme Sorcière, Peter n'avait voulu prendre aucun risque de ce côté-là – et lutter à armes égales contre Albus Dumbledore.
-Je peux aller jouer ? demanda Harry en regardant avec envie le jardin
-Bien sûr, sourit Peter. Reste à portée de vue surtout.
-Oui, oncle Peter ! s'exclama Harry en partant
Avec l'enfant partit également le sourire de Peter. En héritant de la tutelle d'Harry, Ragnok, son interlocuteur privilégié à Gringotts, avait relevé de nombreux points litigieux concernant l'héritage Potter. Outre le fait qu'un Gobelin hors de sa juridiction ait voulu falsifier certains points, quelques consignes en attente de confirmation avaient fait bondir le Gobelin, notamment des rentes astronomiques pour des personnes – physiques comme morales – qui n'avaient aucun lien avec les Potter jusqu'à ce que James ne se place ouvertement aux côtés de Dumbledore. Pour s'y opposer, le directeur de la banque avait tout simplement transféré l'argent disponible dans le coffre personnel du jeune Potter vers un autre coffre, laissant les prélèvements sur l'autre s'arrêter d'eux-mêmes, faute de fonds suffisants. Le meilleur dans cette technique était que sans l'accord du propriétaire du coffre ou de justificatifs fournis par le tuteur pour l'utilisation des fonds pour le bien du propriétaire, les prélèvements ne pouvaient être réinstallés.
En accord avec Peter, Ragnok avait fait restaurer tout le patrimoine Potter dans le plus grand secret. Le Gobelin lui avait d'ailleurs confirmé que la petite maison de Godric's Hollow n'appartenait pas aux Potter mais à Dumbledore, puisque Lily avait eu la bonne idée de la lui donner peu après qu'elle s'y soit installée après avoir nommé Peter Gardien du Secret. Ragnok préparait un joli petit procès pour le directeur car outre le mémorial qu'il avait dressé sur les ruines de la maison sans l'accord d'Harry pour l'utilisation du nom des Potter, la donation n'était pas légale dans le sens où Lily, étant une Potter par alliance, ne pouvait distribuer comme elle en avait envie les biens qui appartenaient aux Potter avant qu'elle n'entre à son tour dans la famille. La partie financière était heureusement gérée par Ragnok en personne, après qu'il ait découvert que Gripsec trahissait la banque en obéissant à Dumbledore et en manipulant la succession Potter et certaines autres.
Même si la rentrée en école de magie n'était que dans deux ans, Poudlard était loin d'être une évidence, à cause des manipulations de son directeur. L'Europe n'était pas un endroit sûr car Dumbledore avait tissé une toile d'influence qu'il ne serait pas aisé de défaire ou même de passer à travers. L'option la plus sécuritaire, à la fois pour le tuteur et le pupille, était que l'enfant entre dans une académie privée, où les règles de confidentialité et de sécurité étaient bien plus élevées et strictes.
-J'ai peut-être une solution, fit une voix aux côtés de Peter.
Ce dernier sursauta, une main sur le cœur.
-Ragnok ! siffla Peter. Vous voulez me faire avoir une crise cardiaque avant l'heure ou quoi ?!
Le Gobelin sous Glamour éclata de rire.
-Je disais donc, j'ai une idée pour l'école de votre protégé, fit Ragnok. Illvernormy est une école sur le continent américain où nous avons déjà envoyé un ressortissant britannique il y a quelques années, qui y est devenu professeur. Il pourrait s'occuper de l'éducation non conventionnelle d'Harry en même temps qu'il fait ses études.
-Vous avez confiance en lui ? demanda Peter
-Entièrement, assura Ragnok.
-D'accord, capitula Peter. Qui est-ce ?
-Oh, vous devez le connaître, c'est un certain Severus Snape …
