NdA: Bonjour tout le monde! Après quelques temps d'attente, voici le chapitre 7, cette fois centré sur le Patron! Il s'agit du dernier qui présente la fratrie. Les suivants se concentreront sur le développement des relations, les différents problèmes et autres… Dans tout les cas j'espère que ça vous plaira!

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Le Patron soupira, laissant un nuage de fumée légère s'échapper d'entre ses lèvres. Il observa les lumières de la ville scintiller au loin, accoudé au balcon du premier étage alors que les cendres de sa cigarette se dispersaient dans le vent nocturne. En dessous de lui des hommes et des femmes s'agitaient, entrant et sortant sans cesse du bar au rez-de-chaussée de son bâtiment. La plupart venaient simplement se désaltérer d'une bonne bière après une longue journée coincé derrière un bureau et enfermé avec des collègues aussi exécrables qu'insupportables…

Mais d'autres, l'homme en noir s'en doutait, venaient trouver du réconfort dans les étages supérieurs du bâtiment. Ces gens-là étaient généralement des âmes en peine; des êtres désespérés que l'alcool ne parvenait plus à consoler et qui avaient besoin d'un remontant un peu plus… Chaleureux. Et ici, trouvé ce remontant n'avait rien de difficile: il suffisait de pousser l'épais rideau de velours rouge derrière le bar et de grimper jusqu'au premier étage. C'est là, confortablement installé dans des chambres luxueuses à l'ambiance tamisée que travaillaient les collègues du second aîné des Sommet; une armée fidèle de femmes de joie et de gigolos qui permettait au seul bordel de la ville –maquillé en hôtel bon marché- de tourner…

«Encore en train de fumer boss?»

L'homme en noir se tira de ses pensées en entendant la voix féminine au fort accent ukrainien résonner derrière lui et se retourna.

«Et toi, encore à me surveiller?»

Tatiana –de loin sa collègue favorite- sourit en coin avant de s'approcher en réajustant son corset rouge au bord de la rupture. La blonde pulpeuse s'appuya dos à la rambarde et s'alluma une cigarette.

«C'est calme ce soir… Tu trouves pas? Amy' dis qu'il manque la moitié des clients habituels…

-Ouais, j'crois qu'y a un match. Faut croire que les gens préfère le foot que la baise…»

La jeune ukrainienne souffla un nuage de fumée avant de pouffer doucement. Cela faisait près de cinq ans qu'elle travaillait à la fois comme serveuse du bar, femme de joie et infirmière pour toutes les filles de l'établissement. Elle était là lorsque le Patron avait débarqué sans crier gare et s'était autoproclamé 'nouveau chef de la sécurité'- ou un autre titre pompeux du genre… Bien qu'alors très jeune, il s'était immédiatement imposé et avait bouleversé tout le fonctionnement de la maison close. D'abord, il avait recruté plusieurs gros bras qui patrouillaient régulièrement les couloirs afin s'assurer que tout allait bien. Il avait fait installer un système de sécurité qui permettait à chaque chambre d'alerter discrètement l'accueil en cas de problèmes. Il avait donné l'autorisation à tous les employés de chambres de refuser un client ou ses demandes, sans même avoir à se justifier…

«Boss!, interpella soudain une troisième voix, J'ai une alerte dans la chambre 19. Vous y allez où j'envoie Rachid?»

Evidemment, quand on parle du système de sécurité…

«C'est bon, j'y vais!»

Avec un soupir agacé l'homme en noir écrasa sa cigarette dans le cendrier et abandonna Tatiana sur le balcon pour retourner à l'intérieur. Il se tourna vers un petit bureau derrière lequel Ammyliane –la secrétaire désignée du bordel- était assise et lui tendait un revolver, les yeux scotchés à son portable. Dans son dos, un panneau décoré d'ampoules couvrait le mur en affichant une unique lumière clignotante, numérotée 19.

«Ça doit encore être un mec bourré…» soupira-t-il en vérifiant le chargeur de l'arme.

Ammyliane se contenta de hausser les épaules sans répondre et prit une gorgée d'oasis-vodka avant de se replonger dans la lecture de sa fanfic Ereri.

«Boit pas trop toi… Et arrête de lire des fics de cul, t'es censé bosser!»

La secrétaire marmonna quelque chose à propos de couilles sous des cocotiers et de pastèques et le Patron leva les yeux au ciel, avant de gravir les escaliers. Au point où la gamine en était, cétait même plus la peine d'essayer de comprendre son charabia… Il se dirigea vers la chambre 19 avant de marquer une pause, surpris par le silence qui semblait régner. Non…

Ça, c'était définitivement mauvais signe.

En temps normal même lorsque le bordel était peu fréquenté on pouvait entendre des voix; des murmures, des gémissements; des cris et des grognements sauvages éventuellement; mais le silence… C'était mauvais.

Le Patron ouvrit la porte d'un violent coup de talon avant d'entrer, fit sauter la sécurité de son revolver et braqua le canon de l'arme sur les deux formes qu'il avait sous les yeux.

«QU'EST-CE QUI SE PASSE ICI?!»

Un homme robuste et large d'épaule se tenait là, vêtu d'un pantalon de survêtement et d'un vieux débardeur et se tourna vers lui avec des yeux ronds. Ses mains, aussi rustres que sales étaient quand à elles fermement resserrées autour d'une gorge pâle et fragile qui déglutissait faiblement. Le Patron croisa le regard de la victime; un jeune homme blafard dont le visage dégoulinant de sueur, de sang et de maquillage noir commençait à bleuir à cause du manque d'oxygène; et compris immédiatement. Il braqua son arme sur le plus âgé et posa son doigt sur la gâchette.

«Lâche le gosse tout de suite Gamin… Sinon j'te fais un deuxième trou d'balle. J'hésiterais pas.»

Un éclair d'incertitude sembla traverser les yeux de l'agresseur. Il lâcha le gigolo qui inspira un grand coup et fit quelques pas en direction de la porte, un regard méfiant toujours posé sur l'arme du Patron.

«Casse-toi…»

L'employé du bordel se redressa péniblement alors que l'ex-futur-meurtrier s'éclipsait par la porte laissée ouverte- avant de se faire rattraper par deux des gorilles du Patron. Ce dernier saisit une serviette blanche sur le meuble de l'entrée et s'approcha du jeune homme qui se massait la gorge.

«-Ça va?, demanda-t-il doucement, Pas blessé?

-Je me suis déjà senti mieux…

-Qu'est ce qu'il s'est passé?

-Hm… Il avait un fétiche pour la flagellation… J'ai refusé et ça l'a mis en rogne…

-Evidemment…»

Le Patron soupira et lui tendit la serviette. Malheureusement, ce genre d'emportement n'était pas rare chez les clients de la maison close. Ils se croyaient souvent tout permit simplement parce que les jeunes hommes et jeunes femmes face à eux leurs vendaient leurs corps... De vrais sauvages.

Un long soupir retentit et le gigolo releva finalement la tête de son essuie. Il se leva pour se diriger vers la salle de bain adjacente à la chambre avant d'être arrêté par le Patron qui prit quelques instants pour l'observer, surpris par sa bouille d'enfant que le maquillage avait dissimulé jusque là.

«-Dis donc Gamin… T'es pas un peu jeune pour bosser ici? J'veux bien que le règlement est un peu laxiste mais on engage que des adultes ici-

-Je suis majeur.»

Il y eu un court moment de silence avant que le jeune homme ne reprenne, avec moins d'assurance:

«Depuis trois semaines…»

Il contourna l'homme en noir et rejoignit la salle d'eau où il entreprit de se remaquiller convenablement.

«-… Gamin… T'as pas mieux à faire que d'être ici? Normalement c'est pas mon genre de faire la morale, mais là c'est pas vraiment un endroit pour quelqu'un d'aussi jeune… Tu devrais pas être en train de faire des études? Passer le BAC; je sais pas moi-

-J'ai jamais mis les pieds dans un lycée et c'est pas aujourd'hui que j'compte changer.»

Le Patron écarquilla les yeux et se tut, surpris. Il observa le jeune homme appliquer une nouvelle couche de maquillage noir sur son visage pâle, ses mains abimées et légèrement tremblantes travaillant pourtant avec précisions…

«... C'est quoi ton nom?»

Silence.

«-Gamin… T'inquiète pas, j'vais rien t'faire. C'est juste par curiosité.

-… Gothique… C'est comme ça que tout le monde m'appelle…»

Un nouveau blanc suivit avant que le Gothique ne pose enfin son mascara sur le bord de l'évier et ne sorte de la salle de bain. Il avait rincé et nettoyé son visage avant d'y appliquer une lourde couche de maquillage noir sur ses lèvres et sous ses yeux; et de tracer quelques peu maladroitement un pentagramme sur son front. Avec son pantalon noir et la multitude d'épais bracelets de cuir qui pendait à ses poignets, le Patron n'eut aucun mal à comprendre d'où lui venait ce surnom…

«Tu veux que quelqu'un te raccompagne chez toi?, demanda-t-il alors que le goth ramassait son t-shirt déchiré au sol, Au cas où l'autre taré serait encore dans le coin?»

A sa grande surprise, le jeune homme émit un faible rire et enfila son vêtement en lambeaux.

«-C'est gentil, mais ce sera pas la peine. Je suis déjà chez moi.

-Comment ça?»

Le Gothique soupira en arrangeant les lambeaux de son t-shirt, avant de reprendre:

«-Je me suis enfuit de chez moi i peu près 7 ans. J'ai trainé dans les centres commerciaux et les gares pendant 2 ans avant d'arriver ici quand j'avais 13 ans et depuis le gérant a accepté de m'héberger et me fait bosser ici…

-Attends… Tu vas me dire qu'tu bosses dans le bordel depuis qu't'es gosse?!

-Nan, seulement depuis ma majorité. Jusque là j'ai bossé au bar en bas… 50€ par semaine pour apporter des boissons aux clients et m'asseoir bien gentiment sur les genoux de vieux quinquagénaires en manque de p'tits jeunes… Avec le logement gratuit en plus, je suppose que c'était pas trop mal payé…»

Le jeune Gothique soupira une nouvelle fois et se leva pour aller fouiller les poches de sa veste sur le porte-manteau.

«-… Putain Gamin…, soupira le Patron en se grattant l'arrière de la tête, Si j'avais su…

-Nah, me plaignez pas… Comparé à ce que j'ai vécu avant, c'est pas si mal… Franchement, c'est même plutôt confortable comme situation… Même si c'est vrai que j'aimerais bien faire autre chose que garage à bites pour gagner ma vie!»

Il rit doucement en levant les yeux au ciel face à sa propre plaisanterie et tira un paquet de cigarettes de sa veste.

«C'est rare de voir des gens qui trouvent ça confortable de vivre dans un bordel…»

Le goth se retourna pour lui répondre, cigarette au coin des lèvres et se trouva nez à nez avec la flamme gracieuse d'un zippo. Il sourit et saisit le poignet du Patron pour diriger le feu vers son bâton de nicotine et l'alluma.

«J'ai connu bien pire, croyez moi…»

Un sourire mesquin se dessina sur ses lèvres lorsqu'il relâcha la main de l'homme en noir et se recula pour le laisser passer. Le Patron sortit dans le couloir et se tourna une dernière fois vers le jeune homme.

«-Je vais dire à Amy de plus t'envoyer de clients pour la soirée. Et prend ta journée demain.

-Merci…

-Bon courage.

-Bonne nuit.»

La porte se referma derrière lui et l'homme en noir redescendit les escaliers d'un pas traînant, jusqu'à rejoindre le bureau d'Amy.

«-… Ça va boss? Vous faites une de ces têtes…

-Putain Gamine… J'ai un problème…

-Quoi? On a encore un mort sur les bras? 'Tendez j'vais appeler Cyril-

-Tu comprend pas putain…»

Le Patron marqua une pause avant de baisser légèrement ses lunettes, l'air presque effrayé.

«Je crois… Je crois que je ressens des sentiments putain…»