7. Ginny, 1ère partie

Le cœur battant à ses oreilles, furieuse, Ginny Weasley vit le dernier Mangemort tourner sur lui-même, et disparaître. La jeune femme regarda autour d'elle, et sa colère ne s'apaisa pas ; le chapiteau était tombé à terre, il y avait des chaises renversées partout, la pièce montée gisait dans la pelouse, tous les invités étaient partis. Elle baissa les yeux sur ses chaussures à talons qui lui avaient donné des ampoules douloureuses, et poussa un peu une flûte à champagne, dont seul le pied était encore intact, le reste était disséminé dans l'herbe, parsemant celle-ci de petits éclats, comme de minuscules étoiles.

Le silence fut soudain rompu par un cri, et Molly Weasley s'effondra sur une chaise, enfouissant son visage entre ses mains. Arthur fut à ses côtés en un éclair, de même que Charlie et George.

Elle avait tenu bon. N'avait pas laissé échapper le moindre renseignement ; elle avait suivi le mensonge que Ron avait mis en place malgré son refus catégorique de le laisser partir… Et il était finalement parti.

Ginny prit une profonde inspiration, soudain en proie à un léger vertige. Ils avaient profité de la panique générale pour s'éclipser. Elle avait tellement espéré pouvoir à nouveau parler à Harry, avant son départ. Voire même le convaincre de l'emmener avec lui. Mais c'était trop tard.

L'air froid, hautain et digne, Fleur remit de l'ordre dans sa coiffure, et Bill lui ôta doucement une brindille des cheveux ; la robe de la jeune mariée était tachée de terre et de vin, et Ginny ne put s'empêcher d'éprouver une forme de pitié pour elle et son frère. Leur plus beau jour avait été gâché.

- Bon, ben…

Ginny se tourna vers Fred, mais même lui ne parvint pas à se fendre d'une plaisanterie. Il était visiblement à court de mots, massant sans avoir l'air d'y croire le suçon qu'une cousine de Fleur lui avait fait juste sous l'oreille.

- Je vais les prévenir, murmura Arthur à l'intention de son épouse, qui acquiesça sans relever la tête. Ils vont bien, Molly chérie, ajouta-t-il.

- On va mettre la goule au chaud, dit George en s'éloignant, suivi par Fred. Au cas où ils voudraient interroger « Ron »…

Ginny s'approcha de sa mère, s'assit à côté d'elle et posa une main douce sur son épaule. Elle avala sa salive, perdue dans ses pensées.

Bien sûr, elle savait déjà dans quel chaos était plongé sa communauté, mais elle n'en avait pas vraiment senti les effets. Jusqu'à ce qu'elle voit le corps de Dumbledore. Jusqu'à ce qu'elle voit les Mangemorts chez elle. Soudain, elle avait vraiment pris conscience de l'horreur des temps troublés qui s'étendaient devant elle, sans même que Harry soit à ses côtés…

Ca a commencé. La guerre a commencé…

-

Ginny parcourut le quai des yeux, s'assurant qu'aucun des nés-Moldus qu'elle connaissait n'était présent. Elle n'en avait repéré aucun pour l'instant, en revanche, elle avait reconnu deux Aurors en civil, qui arpentaient la voie 9 ¾ d'un air innocent.

- Ma chérie, promets-moi que tu ne chercheras pas les ennuis, cette année, chuchota sa mère en la prenant dans ses bras pour la énième fois ce matin-là.

- On te fera parvenir autant de nos produits qu'on pourra, promit George avec un clin d'œil.

- George !

Et pour la énième fois, l'un des jumeaux intervenait avant que Ginny ait besoin de promettre qu'elle resterait sage. Eux savaient qu'elle ne pourrait pas rester sans rien faire. Eux avaient deviné que l'AD recommencerait. Mais elle devrait d'abord s'assurer qu'elle ne serait pas seule, que Neville et Luna seraient à ses côtés.

Un coup de sifflet résonna sur la voie plus silencieuse que d'ordinaire.

- Allez, Ginny, soupira son père en lui embrassant le front. Bon courage, ma puce.

- Merci Papa. Vous aussi. Et si…

- Oui. On te tiendra au courant, l'interrompit Fred en lui ébouriffant les cheveux.

- Oh, Fred, protesta-t-elle en les lissant à nouveau.

- On se reverra à Noël, demi-portion, dit George en l'embrassant sur la joue.

- Chérie…

Ginny fit comme si elle n'avait pas entendue sa mère, monta dans le train et claqua la porte, avant de passer la tête à travers la fenêtre. Le train s'ébranla, et commença à avancer. Sa mère tendit la main vers elle, et Ginny la lui prit pour la lui serrer doucement.

- Promets-moi, Ginny, s'il te plaît…

Ginny ouvrit la bouche pour dire encore au revoir, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge ; elle ne pouvait pas voir sa mère ainsi, mais elle ne pouvait pas…

- Je ne peux pas, Maman, dit Ginny en lâchant la main de sa mère. Je suis désolée.

Molly s'arrêta et Ginny s'éloigna d'elle, se sentant coupable de ses larmes. Elle se mordit les lèvres pour s'empêcher de pleurer, elle aussi, puis referma la fenêtre et se redressa. Elle prit une grande inspiration, puis souffla d'un coup et avança dans le couloir.

C'est parti, pensa-t-elle.

-

Ginny attendait Neville dans la salle commune en faisant les cent pas devant la cheminée. Quand enfin il descendit du dortoir, il n'était pas seul. Elle ne put s'empêcher de soupirer en levant les yeux au ciel.

- Pourquoi tu l'as ramené ? , chuchota-t-elle.

- Eh ! , protesta Seamus en fronçant les sourcils. Je peux être utile !

- Il peut au moins faire le guet, dit Neville à mi-voix. On a besoin d'aide sur ce coup-là, Ginny.

Celle-ci haussa les épaules et s'engouffra dans le tunnel de sortie.

- Vous feriez mieux d'aller vous coucher, les gronda la grosse dame en rose quand ils firent basculer son portrait.

- Oui, on sait, grogna Neville en sortant sa baguette. Tu connais les meilleurs passages, ajouta-t-il à l'intention de Ginny, on te laisse faire.

Elle les entraîna à travers de nombreux passages secrets, et comme par miracle, ils atteignirent le premier étage sans croiser personne.

- Merlin est avec nous, chuchota Seamus avec un sourire.

Tous trois descendirent en silence les escaliers de marbre, baguette levée, oreille dressée, regardant de tous côtés, prêts à réagir à la moindre alerte. Arrivés en bas des marches, Neville et Seamus encadrèrent Ginny, qui sortit de la poche de sa robe un flacon d'encre ineffaçable que ses frères lui avaient donné le matin même.

- Toujours rien ? , demanda-t-elle en dévissant le bouchon, avant de plonger une mèche de parchemin dedans.

- A ce rythme-là, ce n'est plus Merlin qui nous garde, chuchota Neville. Circé et Dumbledore sont aussi là…

- Rajoute Morgan et Grindelwald, pour avoir certains mages noirs aussi, ajouta Seamus.

Ginny posa la bouteille à terre, fit léviter la mèche, et commença à écrire le sigle géant sur les grandes portes.

- Neville, éclaire-moi, je vois plus rien en haut.

Celui-ci obéit aussitôt, et Ginny remarqua que sa main tremblait.

- Allez, Gin, on ne va pas y passer la nuit, quand même.

- On ne nous laissera pas faire, fit remarquer Seamus.

- Ca y est. Vous en pensez quoi ?

Les garçons regardèrent la peinture rouge et encore brillante ; si Neville paraissait satisfait, Seamus fronçait les sourcils.

- Quoi ? , demanda-t-elle d'un ton agressif.

- Ils vont comprendre ?

Ginny poussa un soupir exaspéré, puis reprit un peu d'encre en marmonnant.

- Dans le genre casse-pieds…

Elle se dressa sur la pointe des pieds pour écrire « de retour ».

- Ca fait suite de film moldu, commenta Seamus.

- C'est pas vrai, Finnigan, tu t'arrêtes jamais ? , grogna Neville.

- Le principe, c'est qu'aucun Moldu ne pourra voir ça, renchérit Ginny en fusillant Seamus du regard.

- Mais moi, je connais les films moldus, et…

Il s'interrompit aussitôt, tournant sa baguette vers le couloir d'accès aux cachots. Ginny aussi avait entendu ; elle imita les garçons, un maléfice au bord des lèvres, mais rien d'autre n'arriva.

- Venez par-là, chuchota Neville en entraînant Ginny par le coude.

Ils se cachèrent derrière l'escalier, et éteignirent leurs baguettes.

- On ferait mieux d'y aller, dit-il en se glissant doucement sur la première marche.

Ginny l'imita, mais elle sut aussitôt que Seamus ne la suivait pas. Elle se retourna, et le sentit se faufiler jusqu'aux portes.

- Seamus ! Merde ! , siffla-t-elle.

Un peu plus loin, la baguette de Seamus s'alluma, et Ginny le vit graver dans le bois « pour votre plus grand plaisir ».

- Hé ! Y a quelqu'un là-bas ! , s'exclama une voix nasillarde depuis le couloir des cachots. Stupéfix !

L'éclair rouge passa à quelques centimètres de l'oreille gauche de Seamus ; celui-ci détala rapidement en direction des escaliers, où Ginny et Neville avaient déjà monté quelques marches supplémentaires.

- Incarcer… !

- Protego ! , s'exclama Ginny.

Le maléfice ricocha sur le bouclier, et les trois élèves se dépêchèrent de monter les escaliers.

- Attrapez-les ! , hurla une femme depuis le rez-de-chaussée.

Dans le noir, en cette nuit de nouvelle lune, ils ne voyaient presque rien ; Ginny tourna un angle de mur, et rentra dans quelque chose de massif et solide ; elle tomba à terre, se retrouvant face à un professeur qu'elle n'avait jamais eu.

- Stupéfix ! , hurla Neville.

L'homme s'immobilisa aussitôt ; Ginny se releva, et s'engouffra derrière la tapisserie que Seamus tenait écartée. Tous trois montèrent les marches quatre à quatre, gravissant les nombreuses volées de marches à toute vitesse, et enfin, essoufflés, ils se retrouvèrent au cinquième étage.

- La Salle sur Demande ! On peut y aller, dit-elle en se précipitant sur un autre passage qui les mènerait directement au septième.

- On a pas le temps ! Ils vont vérifier les dortoirs. Faut rejoindre la salle commune ! , ordonna Seamus en ratant une marche.

Neville l'aida à se relever, puis écarta le portrait d'un sorcier, qui se réveilla en sursaut et poussa un cri assourdissant.

- Alerte ! Alerte ! Alerte !

- Oh, c'est pas vrai, gémit Neville en s'éloignant au plus vite.

Les trois Gryffondor coururent le long du couloir, sautèrent encore quelques marches, dérapèrent à un angle de mur, et se retrouvèrent enfin devant le portrait de la grosse dame.

- Rentrez vite ! , s'exclama celle-ci sans leur demander le mot de passe.

Ils s'engouffrèrent dans le passage, et sans un mot aux garçons, Ginny courut jusqu'à l'escalier des dortoirs des filles. Elle ouvrit à la volée la porte de sa chambre, et la referma aussi vite que possible.

- Où étais-tu… ? C'est quoi, ça, du sang ? , s'exclama Elisabeth en la regardant à la lueur des chandelles encore allumées.

Ginny suivit son regard, et vit que de la peinture rouge avait coulé sur la manche de son pull.

- Merde ! , répéta-t-elle en l'enlevant rapidement. Lizzie, rends-moi un service…

Elle ouvrit d'un coup sa malle, fouilla à l'intérieur, en sortit un vieux tee-shirt de Ron et le balança près de la salle de bains.

- Mets autant de désordre que tu peux avec mes affaires. Libère Arnold et laisse-le faire ce qu'il veut. Fais disparaître ce pull, retourne te coucher, et quand les profs débarqueront, raconte-leur ça…

Elle déboutonna son jean et enleva son tee-shirt des Harpies, et reprit :

- Tu étais la première sous la douche, et j'ai juste attendu que tu aies fini. Quand tu es arrivée ici, j'étais déjà là, et je n'ai pas bougé depuis. McGonagall m'a envoyé directement ici après mon départ de la Grande Salle. Tu peux faire ça pour moi ?

- Pourquoi… Pourquoi les profs devraient…, bégaya Lizzie en repoussant ses couvertures, les sourcils froncés.

- Fais ce que je te dis ! , s'exclama Ginny en récupérant le vieux tee-shirt. S'il te plaît, ajouta-t-elle plus doucement, avant de claquer la porte.

Ginny se précipita sous la douche, ouvrit le robinet à fond, enleva ses sous-vêtements et se glissa sous le jet d'eau trop froide… Elle ajusta la température, puis attendit…

A peine une minute plus tard, elle entendit des éclats de voix venant de la chambre.

- Elle était déjà là quand je suis arrivée, récita Lizzie d'une voix assez convaincante. Elle…

- Ferme-la !

Ginny reconnut avec horreur la voix de la femme du rez-de-chaussée, qui était sans aucun doute Alecto Carrow. Elle entendit quelqu'un fouiller dans quelque chose, sa malle à coup sûr, puis une autre voix :

- Voyons, Carrow, vous voyez bien que ces jeunes filles n'ont rien à se reprocher, dit McGonagall d'un ton sec.

- J'en suis pas sûre, répliqua Alecto. La jeune Weasley s'est déjà fait remarquée, tout à l'heure.

- Vous avez entendu Miss Ford, Weasley n'a pas bougé d'ici depuis tout à l'heure.

Alecto poussa un juron ; Ginny l'entendit sortir en trombe du dortoir, puis des hurlements dans le dortoir du dessus. Elle coupa l'eau, s'enveloppa dans une serviette, et entendit la porte du dortoir se refermer. Elle attendit, le cœur battant, puis Lizzie frappa à la porte.

- Elles sont parties, chuchota-t-elle.

Ginny poussa un soupir de soulagement, puis se sécha, enfila le tee-shirt et entra dans la chambre. Ses affaires étaient éparpillées sur son lit, certaines dépassaient de la malle, et d'autres encore étaient étalées sur la moquette.

- J'ai mis un désordre beaucoup plus convaincant, au départ. Moins chaotique, fit remarquer Lizzie en récupérant son roman qu'elle avait laissé ouvert sur le lit de Ginny.

- Merci, Lizzie.

- Tu m'expliques, maintenant ?

- J'ai eu de la chance qu'elle ne tombe pas sur le pull, éluda Ginny en ramassant quelques vêtements.

- De la chance de m'avoir, oui.

Ginny se redressa, et vit Lizzie sortir le pull de sous son oreiller. Elle le lui lança, et Ginny le rattrapa au vol. Les deux adolescentes s'observèrent un instant, se jaugeant du regard.

- Alors ? , insista Lizzie en retournant se coucher. J'ai aussi perdu Katherine, Gin, et Megan me manque beaucoup.

Ginny lui sourit, puis laissa tomber ses vêtements dans sa malle, avant de s'asseoir sur son lit.

- Tu as déjà entendu parler de l'AD ?

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Le lendemain après-midi, c'est de mauvaise grâce que Ginny se rendit au cours d'étude des Moldus, en compagnie de Lizzie et de Luna. Elles s'assirent au fond de la salle, et attendirent en discutant calmement.

- Bonjour à tous ! , s'exclama Alecto Carrow en fermant la porte.

Le silence dans la salle fut immédiat. Carrow avança dans l'allée centrale, un sourire faux plaqué sur son visage difforme ; elle posa son cartable en cuir sur la table, balaya la salle du regard, puis se retourna et accrocha le portrait d'un homme au tableau.

- Quelqu'un peut-il me dire qui est cet homme ?

Une main timide se leva au deuxième rang.

- Oui ? , demanda Carrow en découvrant un peu plus ses dents gâtées.

- C'est Hambledon Quince, répondit le jeune homme en se recroquevillant un peu.

- Vous connaissez sa théorie ?

- Il prétendait que les sorciers venaient de Mars et que les Moldus descendaient des champignons.

- Exactement. Deux points pour Serdaigle.

Ginny serra les dents ; cette théorie était absolument absurde, tout le monde le savait, mais si Carrow commençait ainsi son premier cours, alors la jeune fille se doutait de la tournure que prendraient les leçons suivantes.

- En fait, si la partie sur les sorciers est absolument ridicule, la partie sur les Moldus a un fond de vérité… Un fond qui pourrait presque aller jusqu'à la surface, en fait, ajouta-t-elle avec un petit rire.

Ginny fronça les sourcils ; elle se rendit compte qu'à côté d'elle, Lizzie serrait le bord de la table, si fort que ses articulations en étaient blanches.

- Le seul problème, c'est qu'on n'a jamais vu des animaux descendre de plantes comme les champignons.

Cette remarque fut accueillie par un silence encore plus lourd qu'avant.

- C'est horrible de dire ça, murmura l'élève qui avait répondu aux questions du professeur.

- Et pour cette remarque, je t'enlève tes deux points, morveux, répliqua Carrow en se penchant vers lui, toute trace de sourire à présent effacée. Comme je le disais, des animaux ne peuvent pas descendre de champignons. Alors, d'où peuvent venir les Moldus ?

- Ce sont des humains, comme nous…, commença Lizzie.

- Erreur, jeune fille, je le dis et le répète, ce sont des animaux. Sales, méchants, cruels…

- Un peu comme toi, murmura Ginny avec fureur.

John Abercrombie, un élève de Poufsouffle leva la main. Ginny savait qu'il était loyal et pragmatique, et qu'il ne partageait certainement aucune de ces idées ridicules.

- Oui ?

- Si les Moldus sont des… des animaux, comme vous dîtes, alors comment expliquez-vous l'existence des sorciers dont les parents sont des… ?

- Encore une erreur. Ces Sangs-de-Bourbe n'existent pas tels quel, ils deviennent sorciers en volant les pouvoirs de véritables sorciers.

- Si on pouvait voler les pouvoirs de quelqu'un, alors il n'y aurait aucun Cracmol ! , s'exclama Ginny en se redressant, incapable de se retenir plus longtemps.

- Miss Weasley, je me demandais quand vous alliez finalement ouvrir votre jolie bouche, ricana Carrow en s'approchant d'elle. Dix points de moins pour Gryffondor. Où j'en étais ? Ah, oui ; il est bien possible de voler les pouvoirs de quelqu'un. Mais comme ces pouvoirs sont acquis par la force, ils ne sont pas aussi puissants que chez un sorcier au sang pur. Les Sangs-de-Bourbe sont généralement des sorciers très moyens, voire vraiment mauvais.

- Hermione est trente fois la sorcière que vous ne pourrez jamais espérer être ! , s'exclama Ginny en se levant à moitié. Et Colin sera toujours meilleur que vous et votre frère réu…

Elle s'interrompit brusquement, et porta la main à sa joue ; elle entendit Lizzie étouffer une exclamation, et Ginny comprit pourquoi en regardant ses doigts rouges de sang.

- On m'interrompt pas pour dire des bêtises pareilles, siffla Alecto en foudroyant Ginny du regard. Vingt points de moins pour Gryffondor. Et une retenue, dans mon bureau, ce soir, dix-neuf heures. Maintenant, assieds-toi, petite idiote.

La jeune fille se rassit à contrecoeur, et accepta le mouchoir que lui tendait Luna pour éponger sa joue.

- Et maintenant, si Miss Weasley veut bien se taire, nous allons continuer, reprit Carrow. Sortez vos parchemins et vos plumes, et écrivez ça…

Ginny obéit sans un mot, furieuse, mais elle tremblait si fort qu'il lui était presque impossible d'écrire lisiblement.

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Les trois coups de sifflet retentirent dans le stade, à peine audibles au-dessus des huées des élèves ; Ginny, la nouvelle capitaine de l'équipe de Gryffondor, mit pied à terre et quitta le terrain, suivie des autres membres de l'équipe. Une fois aux vestiaires, elle jeta son balai à terre, enleva ses genouillères, sans un mot. Les autres ne disaient rien non plus ; la défaite avait été trop cuisante… Deux cents quatre-vingt-dix à vingt...

Elle prit ses affaires de douche et s'enferma dans la pièce d'eau, déterminée à laver cet affront, cette injustice… Mais le match lui revint en bribes… Le coup de batte d'un Serpentard dans le ventre de Seamus, le nouveau gardien… Les cinq penaltys accordés à Serpentard parce que Demelza avait un peu bousculé un autre poursuiveur, et pour quatre autres raisons totalement stupides… Le but refusé parce que Ginny avait soi-disant passé la main dans le cercle en même temps que le Souaffle…

La porte derrière elle s'ouvrit, et Demelza Robbins et Rachel Torn la rejoignirent. Il n'était pas nécessaire de dire quelque chose.

Vingt minutes plus tard, l'équipe de Gryffondor sortit des vestiaires. McGonagall les attendait, ses mains tordant sans répit son écharpe rouge et or.

- Miss Weasley, je voudrais vous parler. Et au reste de l'équipe également. Nous pouvons rester ici. Ce que j'ai à vous annoncer n'est de toute façon… aucunement agréable.

Ginny poussa un soupir, puis posa son balai contre le mur du couloir.

- Allez-y, murmura-t-elle, se préparant au pire.

- Le profess… Rogue a décrété que du fait du niveau de jeu aussi lamentable et d'un manque de fair-play aussi flagrant de la part… de l'équipe de Gryffondor, – elle fusilla Jimmy du regard quand celui-ci ouvrit la bouche pour protester – celle-ci est à partir de maintenant disqualifiée du tournoi, pour cette année, et… pour toutes les années où Rogue sera… directeur de Poudlard.

Ginny ferma les yeux, sentant la colère monter en elle, comme un feu prêt à la consumer, comme fréquemment ces dernières semaines.

- C'est dégueulasse, déclara Seamus en fronçant le nez comme si on venait de lui mettre quelque chose de particulièrement immonde sous les yeux.

- J'en suis navrée, poursuivit McGonagall, visiblement furieuse, elle aussi. Sachez que jamais des élèves de Serpentard ne m'ont fait autant honte qu'aujourd'hui, et pourtant… Pourtant de nombreux Mangemorts me sont passés entre les mains, ajouta-t-elle dans un souffle.

Ginny reprit son balai, avança de quelque pas vers McGonagall, hocha la tête sans croiser son regard, puis sortit du stade. En se dirigeant vers le château, elle entendit à peine les récriminations des autres membres.

- Je suis désolée, Harry, murmura-t-elle en battant furieusement des paupières pour empêcher ses larmes de déborder. Désolée… Je voulais mener l'équipe à la victoire. J'avais fait promettre aux membres de l'équipe d'être irréprochables, pour avoir encore une chance de gagner. Je voulais le faire pour toi… Parce que je peux rien faire d'autre… Mais ça n'a servi à rien.

Arrête, dit une voix désagréable dans sa tête. Le Quidditch ne pourra pas aider Harry. Ca lui est bien égal de savoir qui gagne la Coupe. Il a besoin d'autre chose. C'était juste une façon pour toi de passer tes nerfs sur quelque chose, de te défouler, autrement qu'avec l'AD.

C'était vrai. Les graffitis, l'insolence, cela la soulageait, lui permettait d'évacuer cette colère, cette rage, qui l'habitait si souvent, depuis si longtemps, qu'elle était presque devenue une amie. Et si Neville et Luna étaient bien là, toujours à ses côtés, ils ne partageaient pas la même vision des choses ; Luna n'aimait pas l'injustice, les mensonges et les complots, et Neville… Neville était également en colère, mais les Carrow, ou Rogue ne l'intéressaient pas. Il se battait en espérant qu'un jour, il serait celui qui vengerait ses parents, et qui tuerait Bellatrix Lestrange. Il voulait cette folle dangereuse. Ginny comprenait bien cela, mais elle ne pouvait encore s'imaginer commettre un meurtre. Ni que quelqu'un comme Neville puisse en arriver là… Mais peut-être que si Rogue continuait ainsi, il arriverait un moment où Ginny pourrait concevoir de se venger personnellement. Et elle avait déjà une idée. Quelque chose qui pourrait vraiment aider Harry, cette fois-ci. Parce que s'il pouvait y avoir un mince espoir pour qu'il l'apprenne, alors il saurait qu'elle se battait toujours pour lui.

A ce moment précis, elle le vit à l'entrée du château ; Luna aussi était là, toujours coiffée de son chapeau en tête de lion.

- Ca va ? , demanda Neville quand elle passa à côté de lui.

- Non, répondit-elle en montant les escaliers de marbre. Non, ça ne va pas.

- On sait déjà tout, intervint Luna. Les Serpentard étaient euphoriques en entendant la nouvelle.

- Ils ont gagné le match, et le championnat. D'avance. Rogue s'en assurera. Il me le paiera. Cher.

- Qu'est-ce que tu comptes faire, au juste ? , demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Ginny se retourna vivement vers lui, plongea ses yeux dans les siens, et elle ne fut que vaguement surprise de constater que Neville ne baissait pas le regard.

- Aidez-moi à récupérer l'épée de Gryffondor, murmura-t-elle.

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Ginny ramena ses genoux à elle dans son fauteuil en face de la cheminée de la salle commune, à présent déserte. Il était un peu plus de minuit. Arnold escalada l'accoudoir et se mit à couiner. La jeune fille sourit et le caressa du bout de l'index, ce qui fit ronronner la petite boule de poils.

Elle attendrait Neville. Elle n'avait rien d'autre à faire, puisqu'elle ne pouvait trouver le sommeil cette nuit-là. Pourquoi au juste, elle ne le savait pas vraiment ; cette nuit n'avait rien de différent des autres nuits, depuis la disparition de Harry, Ron et Hermione. Et pourtant, elle avait comme un pressentiment, une impression étrange…

Ces derniers temps, elle se réveillait fréquemment en sursaut, après un énième cauchemar, où Harry l'appelait depuis le fonds d'un puits noir et humide. Elle entendait également Hermione pleurer, puis hurler, et c'était à ce moment-là qu'elle se réveillait. Et quand elle reposait la tête sur l'oreiller, elle se demandait pourquoi elle n'avait pas rêvé de Ron.

Il lui manquait aussi, bien sûr ; quand ils étaient ensemble, ils se disputaient sans cesse, et Ginny le supportait difficilement, mais il restait son frère, le seul à qui elle avait dit pourquoi elle paraissait aussi déprimée au début des vacances d'été… Le soir où il avait annoncé qu'il partait, c'est lui qui l'avait consolée – comme un rustre, mais l'intention y était – et lui avait promis de veiller sur Harry et Hermione… Après quoi elle l'avait taquiné au sujet de cette dernière, et Ron l'avait mise à la porte de sa chambre.

Ginny s'enfonça un peu plus dans le fauteuil, se demandant encore pourquoi Ron n'était jamais dans ces cauchemars qui la laissaient en sueur, mais qui n'étaient jamais parvenus à lui arracher une larme. Elle les combattait depuis plusieurs mois, ces maudites larmes, depuis le moment où elle avait réalisé qu'ils avaient disparu le soir du mariage.

Mais ce soir, c'était vraiment difficile ; elle était seule, ils l'avaient laissé derrière, comme une chose inutile et encombrante, et si elle se doutait de la profondeur des sentiments que Harry éprouvait à son égard, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était peut-être soulagé de ne pas l'avoir à ses côtés…

Elle frôla ses lèvres du bout des doigts, le souvenir de leur dernier baiser flottant encore dans son esprit ; son regard vert qui lui coupait encore le souffle, ses mains chaudes au creux de son dos ou perdues dans ses cheveux, son rire qu'elle avait réussi à provoquer d'elle-même durant ces quelques semaines fantastiques où le monde était encore à peu près en place…

Et soudain, Ginny abandonna la lutte ; une larme brûlante mouilla sa joue droite, suivie d'une autre. Elle renifla discrètement, puis un sanglot lui échappa. Elle passa ses bras autour de ses jambes repliées et appuya ses yeux contre ses genoux, déterminée à sécher ses larmes, étouffer ses sanglots qui se succédaient sans lui accorder aucun répit, qui voulaient sortir après avoir été refoulés pendant si longtemps, mais elle n'y parvint pas.

Elle resta ainsi plusieurs minutes, peut-être un quart d'heure, et finalement Arnold entreprit lentement l'ascension de sa jambe. Elle releva finalement les yeux, et une dernière larme tomba sur le Boursouflet ; celui-ci émit un couinement de protestation, et quelques secondes plus tard, Neville apparut à côté d'elle, serrant sa baguette dans sa main.

- Hé, murmura-t-il en s'accroupissant, l'air inquiet.

Elle s'essuya précipitamment les yeux, puis tenta un vague sourire.

- Salut, Neville. Je pensais que tu en aurais pour plus longtemps que ça.

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- Non, déclara Seamus en rangeant sa baguette dans sa poche.

Alecto et Amycus Carrow l'observèrent sans mot dire, les traits déformés par la fureur. Il était le troisième à refuser de lancer le sortilège Doloris, après Neville et Ginny, qui se tenaient un peu plus loin, les bras croisés.

- Bon. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? On recopie des lignes ? , demanda Ginny avec un soupir dramatique.

- Jette-le ! , hurla Alecto en revenant vers Ginny, et celle-ci ne fit que hausser le sourcil.

- C'est toujours non. Je suis têtue, « professeur ». Je refuse.

- Endoloris !

Ginny s'effondra aussitôt, en proie à des flammes qui lui léchaient les jambes, à des épingles qui s'enfonçaient par chaque pore, sous ses ongles…

- Stop ! Stop !

La douleur se retira, et Ginny ouvrit péniblement les yeux, la gorge à vif d'avoir tant crié ; Amycus maintenait Seamus à terre, et menaçait Neville de sa baguette.

- Oh, alors ça, ça vous fait réagir, hein ? , dit Carrow en faisant tourner sa baguette entre ses doigts. Alors avec ça, juste ça, on arrive à vous faire sortir de vos gonds ? Ah, mais bien sûr. Londubat…

Neville tenta de s'élancer vers Alecto, mais Amycus lui enfonça la baguette dans le ventre, et le jeune homme recula. Ginny eut soudain pitié de lui. C'était une autre forme de torture, pour lui.

- Endoloris !

Sans prévenir, Ginny fut de nouveau assaillie, et hurla à nouveau à en perdre haleine. Quand Alecto releva la baguette, Ginny sentit les larmes s'échapper d'entre ses cils, et se mordit les lèvres pour retenir ses sanglots.

- Endoloris !

Ginny se tordit de douleur, son corps en proie à des vagues de feu, mais son tortionnaire releva le sortilège plus vite. Elle sentit quelqu'un la soulever à moitié, puis la serrer dans ses bras, et elle reconnut Neville sans vraiment savoir pourquoi. Elle ouvrit les yeux, et vit Seamus désarmer Amycus, qui se tenait le nez, le visage ruisselant de sang, et récupérer la baguette de son professeur. Il immobilisa d'abord le Mangemort, puis tourna les trois baguettes sur Alecto, elle aussi désarmée.

- J'ai changé d'avis. Endoloris !

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Ginny posa sa dernière carte et laissa les jumeaux finir la partie sans elle. Son regard se tourna vers le feu de cheminée, comme toujours quand elle réfléchissait.

En ce soir de Noël, le Terrier était particulièrement calme. Seuls Ginny, Fred, George et leurs parents avaient partagé le repas de fête ; la plupart des membres de l'Ordre fêtait avec le peu de famille qu'il leur restait encore, Kingsley était toujours en fuite, Remus et Tonks étaient restés chez Andromeda pour qu'elle ne soit pas seule, Charlie n'avait pas voulu abandonner Justin et Kevin en Roumanie, Percy n'avait même pas répondu au hibou de leur mère, Bill et Fleur voulaient fêter leur premier Noël en tête à tête, et Harry, Ron et Hermione… semblaient avoir disparu de la surface de la Terre.

Les jumeaux avaient bien tenté de mettre un peu d'ambiance, mais leurs blagues n'avaient rien changé ; leur mère avait passé la soirée les yeux rivés sur la pendule, comme elle le faisait depuis des mois, d'après leur père. Celui-ci posait parfois des questions à Ginny pour faire la conversation, mais il était tellement préoccupé qu'il n'écoutait que d'une oreille les réponses monosyllabiques de sa fille.

Elle et Molly sursautèrent quand l'horloge de la cuisine sonna onze heures. Et presque aussitôt, cette dernière posa ses aiguilles à tricoter et fondit en larmes.

- Molly…, murmura Arthur en serrant doucement son épaule.

- Oh, Arthur, je t'en prie ! , s'écria Molly en se levant brusquement. Comment peux-tu supporter ça ? Nous ne sommes plus que cinq, et nous étions neuf avant ! Plus de la moitié de nos enfants ne sont pas avec nous en ce jour spécial, ni Harry, ni Hermione, et tu te contentes de me dire « Molly » d'un air affligé ?

Furieuse, elle quitta le salon et partit dans la cuisine ; Ginny savait qu'elle partait se défouler sur une pâte feuilletée qu'elle étalerait et frapperait avec plus de force que nécessaire. Arthur adressa un pâle sourire à ses enfants réunis sur le tapis devant lui, puis se leva et rejoignit son épouse.

- Et joyeux Noël, murmura Fred en jetant ses cartes par terre.

Ginny ne répondit même pas : elle comprenait ce que ressentait sa mère. Quand elle avait fouillé dans le placard de Ron pour trouver une autre chemise de nuit, elle avait trouvé les trois pulls que Molly avait tricotés pour Harry, Hermione et son frère. Elle savait que sa mère s'était réjouie d'offrir son premier pull façon Weasley à Hermione, qui n'en avait jamais eu, de voir le regard reconnaissant de Harry, qui semblait toujours un peu étonné de recevoir un cadeau, et le sourire presque courageux de Ron qui, Ginny s'en doutait, aurait prétendu aimer le marron juste pour ne pas la froisser…

Elle savait que le plus beau cadeau de Noël que leur mère aurait pu recevoir cette année-là, c'était des nouvelles. Des bonnes, de préférence. Juste pour savoir qu'ils étaient en vie, toujours en fuite, mais sains et saufs. Elle le savait parce qu'elle voulait la même chose. Juste ça. Un espoir. Un nouveau souffle pour mener son combat, une nouvelle arme contre ces larmes qui menaçaient de la submerger une nouvelle fois, comme ce soir-là dans la salle commune, où Neville avait réussi à la consoler…

Elle eut un vague sourire en se souvenant de la manière dont il lui avait dit au revoir sur le quai de la gare, alors que la nouvelle de l'enlèvement de Luna se répandait comme une traînée de poudre. Il l'avait prise dans ses bras et l'avait embrassée sur le front, sans qu'elle le lui demande, cette fois. C'était encore un peu hésitant, mais Ginny s'était vraiment sentie réconfortée… il ne lui resterait plus que lui, à Poudlard, après les vacances, à présent que Luna avait disparu sous ses yeux, sans qu'elle puisse rien faire, là non plus.

Ginny soupira, ferma les yeux et entoura à nouveau ses jambes de ses bras en se balançant doucement. Elle sentit à peine George passer un bras autour de ses épaules, sans dire un mot.

Juste un petit signe… Un second souffle… Une étincelle de vie… Un nouvel espoir…

***

J'espère que ma Ginny ressemble à celle que vous imaginez ^^. A la semaine prochaine !