Chapitre 6

Scène 34 – Harry et Lysander

Harry invita Lysander à entrer dans son salon, le suivit et apposa toutes les sécurités nécessaires sur la porte et sur les murs.

Sur la table basse se trouvait une fiole de Véritasérum, une bouteille de whiskey et une autre de vin, ainsi que divers verres pouvant supporter tous ces liquides. Le Véritasérum avait un goût détestable, pratique pour ne pas pouvoir le diluer subrepticement dans la boisson de quelqu'un, si bien qu'il leur fallait de quoi faire passer l'amertume de la potion.

Lysander ne se fit pas prier et s'installa dans un fauteuil, laissant à Harry son canapé. Il se servit une rasade de whiskey sans même demander puis soupira en s'enfonçant dans son siège avant d'engloutir le liquide.

« Ah … J'en avais besoin… »

Maxwell avait un côté sans gêne et mal élevé qui l'agaçait et l'amusait en même temps. Il ressemblait à un sale gosse dans le corps d'un adulte. Harry se pencha et ouvrit la fiole de Véritasérum. Il en versa la moitié à Lysander et l'autre dans son verre. Il se servit aussi un verre de vin et posa sa baguette à côté de lui.

« Toi aussi ? » S'étonna le détective en croisant ses longues jambes.

« Je me doute que tu allais me le demander. »

« Certes … Allons-y alors. » Décida Lysander en attrapant son verre. Il le fit tinter contre celui d'Harry et avala le Véritasérum d'une traite. Harry se dépêcha de lui servir un autre whiskey avant qu'il ne s'étouffe avec le goût infâme de la potion. Lysander le but avec gratitude et hoqueta en se tapant le torse.

« Nom d'une bourse de Gobelin, c'est dégueulasse ! »

« Tu n'en avais jamais bu ? »

« Non. Toi, si ? »

« Bien sûr, ça fait partie de l'entraînement des Aurors. Ça nous apprend comment poser les bonnes questions. »

Lysander leva les yeux au ciel. Harry savait ce qu'il pensait des Aurors, il était inutile pour lui d'exprimer sa pensée.

Harry déglutit et approcha la potion de sa bouche. Avec une prière aux esprits des grands sorciers qu'il connaissait, il avala le contenu du verre en luttant contre le haut-le-cœur qui l'assaillit.

Il posa le verre et attrapa fébrilement celui qui contenait le vin pour en boire plusieurs gorgées qui délogèrent le goût du Véritasérum de sa bouche.

« Bordel de merde. C'est encore pire que dans mes souvenirs. » Commenta-t-il en s'essuyant la bouche du revers de sa main. Lysander rit légèrement et retira tranquillement ses chaussures.

« Fais comme chez toi. » Railla Harry.

« Merci. » Répondit Lysander avec un sourire insolent. « Alors, ça fait déjà effet tu penses ? »

« Aucune idée. Essayons. »

« Est-ce que tu couches avec Draco ? » Demanda de but en blanc Lysander avec une moue satisfaite de sa propre bêtise.

Harry bafouilla alors que les mots tentaient de sortir de sa bouche sans qu'il puisse les contrôler.

« Non. » Réussit-il à dire. Lysander avait mal posé sa question. Il pouvait bien se moquer de l'entrainement d'Auror, mais il ne le battrait pas à ce jeu-là.

« Est-ce que tu as déjà couché avec Draco ? » Raté.

Harry lutta contre lui-même sans succès.

« Oui. »

« Ahah ! Je le savais ! » S'exclama Lysander avant de rire.

« Et toi, est-ce que tu as déjà couché avec Draco ? » Demanda Harry pour se venger.

« Non. » Sourit Lysander, battant tranquillement Harry à son propre jeu.

Tant mieux songea-t-il.

« Est-ce que tu y a déjà pensé ? »

« Bien sûr. » Répondit Maxwell sans une once d'hésitation en levant les yeux au ciel comme si c'était évident.

« Est-ce que tu as essayé de tuer Draco Malfoy ? » Lança Harry, rentrant dans le vif du sujet. Lysander reprit un visage sérieux.

« Non. »

« Est-ce que tu as déjà essayé de tuer qui que ce soit ? »

« Non. »

« Est-ce que tu as participé à la tentative d'assassinat sur Draco Malfoy ? »

« Non. »

« Quelle est ton intention en participant à cette enquête ? »

« Trouver qui a essayé de tuer Draco et les faire payer. »

« Est-ce que tu as déjà échangé des informations à des journalistes contre de l'argent ou des services ? »

Lysander se mordit les lèvres et ferma les yeux, cherchant à repousser la réponse qui avançait inexorablement vers ses lèvres.

« Hmpf, oui. »

Harry lui offrit un regard désabusé.

« Mais je ne le ferai pas pour cette affaire ! » Se défendit Lysander en se penchant en avant.

« C'est ça. »

« Ce n'est même pas une affaire, c'est personnel ! On s'est servi de moi pour attirer Draco dans un traquenard... » Maxwell souffla en regardant ses mains. La culpabilité devait le ronger autant qu'elle dévastait Harry.

« Comment considères-tu Draco ? »

« Comme un ami. »

« Comment te considère-t-il ? »

Lysander sembla réfléchir. Sa réponse ne pouvait pas être poussée par le Véritasérum, puisqu'elle ne lui demandait que ce qu'il croyait être vrai, et non l'absolue vérité.

« Je l'ignore. Je pense qu'il me tolère. »

« C'est un peu faible … » Souffla Harry avec un air désolé. « Accepter de prendre du Véritasérum pour un type qui te tolère, c'est un sacrifice. »

« Qu'il me tolère, c'est déjà plus que ce qu'il fait avec n'importe qui. Il ne parle à personne. » Répondit Lysander en haussant les épaules. « Alors je prends ce qu'on me donne. »

Harry sourit doucement, presque touché par la loyauté de Lysander envers une personne aussi fermée que Draco.

« Est-ce que tu es satisfait ? »

« Par quoi ? » Demanda automatique Harry, la question étant trop ouverte pour qu'il puisse apporter une réponse. Satisfait par le vin, la chaleur ambiante ? Satisfait sexuellement, amoureusement ? Satisfait par la politique actuelle ou sa vie en général ?

« Par mes réponses. »

« Ah, oui. » Répondit Harry.

« Parfait. Alors à moi. »

Harry se cala plus profondément dans le canapé, prêt à répondre aux questions de Lysander.

« Est-ce que tu as essayé de tuer Draco Malfoy ? »

« Non. Jamais. »

« Est-ce que tu as déjà essayé de tuer quelqu'un ? »

« Oui. »

Lysander écarquilla les yeux.

« Qui ? »

« Tom Jedusor, Bellatrix Lestrange, Lucius Malfoy, Fenrir Greyback -. » Répondit Harry sans pouvoir s'arrêter, surpris que Lysander lui pose la question.

« Ahhh ! Voldemort, je suis con, bien sûr … Désolé. » Maxwell balaya l'épisode par un de ses habituels mouvements de la main puis enchaina sous le sourire d'Harry. Il n'en était même pas à la moitié de la liste.

« Est-ce que tu as participé à la tentative d'assassinat sur Draco Malfoy ? »

« Non. »

« Hmm … Bon … Ensuite il ne reste plus que le bonus. »

« Quoi ? » Demanda bêtement Harry, soudain sur la défensive.

« Qu'est-ce que tu ressens pour Draco ? »

« Je l'aim – Maxwell ! » S'exclama Harry, à la fois furieux de la question et embarrassé par la réponse quasi automatique qui était sortie de sa bouche sans même qu'il ait eu le temps d'y penser à deux fois.

Lysander se mit à ricaner, très amusé par la situation.

« Au moins je peux être certain que tu ne lui veux pas de mal. » Sourit-il avant de se pencher vers la table pour se servir un nouveau whiskey.

Harry l'imita pour attraper son verre de vin dans lequel il but une gorgée.

« Je me trompe ou tu es marié ? » Demanda soudainement Lysander comme s'il venait de s'en souvenir. Il ne percutait pas très vite, pour un détective. Ou peut-être était-ce la faute du whiskey.

« C'est exact. » Répondit Harry aussi calmement que possible compte tenu des circonstances.

« Et … Donc ? »

« Donc c'est compliqué. Tu es bien curieux. » Grogna Harry avec un regard agacé en direction de Lysander qui, goguenard, croisa les jambes sur le fauteuil, remuant ses orteils dans ses chaussettes noires.

« J'aime ce genre d'histoires, c'est mon côté terriblement romantique. »

Harry pouffa, amusé malgré lui par l'expression faussement extatique de Lysander qui roula ensuite des yeux.

« Est-ce que Scorpius est ici ? » Demanda-t-il alors d'une façon très pertinente.

« Oui. » fut obligé de répondre Harry en le foudroyant du regard.

« Relax Harry. Tant mieux s'il est ici, il est en sécurité. »

« En sécurité contre quoi ? »

« Je me dis que quiconque essaye d'atteindre son père pourrait tenter de s'en prendre à lui aussi. »

« Si tu répètes à qui que ce soit qu'il est ici … » Menaça Harry d'une voix grondante.

« Je ne le dirai à personne. » Le rassura Lysander avec un sourire confiant. « Je te l'ai dit, je ne suis ici que pour trouver qui à fait ça à Draco. Et un peu aussi pour le plaisir de t'ennuyer. Tu es un sujet très amusant. » Avoua Lysander d'un sourire plein de dents.

« Je t'emmerde. » Rétorqua Harry, plein de maturité, avant de finir son verre d'une traite.

Samedi

Scène 34 – Albus et Lily

Albus termina de lire la lettre de son père et ne cacha pas son soupir malgré les coups d'œil surpris de ses voisins. Scorpius allait bien, mais son père lui avouait qu'il n'avait pas réussi à prendre contact avec leur mère.

Une petite forme se glissa près de lui et attrapa un toast dans son assiette.

« Bonjour Al' » Souffla Lily avant d'enfourner la moitié du toast dans sa petite bouche.

« Salut Lily » Sourit tristement son frère. « Qu'est-ce que tu fais là ? Y'a plus de jus d'orange à ta table ? »

« Si, mais j'en veux bien un verre. » Répondit la petite fille avec un sourire.

« Tu as reçu une lettre de Papa ? » Demanda-t-elle alors que son frère lui servait un verre. Elle l'accepta en le remerciant et regarda son visage triste.

« Oui … Et toi ? »

« Non, mais vous lui avez dit que j'étais au courant ? S'il ne le sait pas, il ne doit pas savoir quoi me dire… »

« C'est vrai … » Soupira Albus. Il avait mal à la tête. Il dormait mal, et malgré la présence de Rose dans sa classe, il se sentait seul sans Scorpius.

« Je pourrais lui parler dans le miroir ? » Proposa Lily, pleine d'espoir.

Albus la considéra avec attention, notant sa petite mine et son sourire figé. Il remit ses cheveux roux derrière une de ses oreilles et lui sourit.

« Okay. Tu veux y aller maintenant ? »

« Ouais ! » S'exclama-t-elle avant de vider son verre d'une traite et de descendre du banc.

Albus la guida hors de la Grande Salle et profita de passer derrière James pour lui tapoter l'épaule. Leur frère aîné tourna la tête vers eux et se leva précipitamment pour les suivre. Ils prirent le chemin de la bibliothèque et s'arrêtèrent dans un petit couloir perpendiculaire au principal.

Albus tapota le miroir de sa baguette et appela leur père d'une voix ferme. Il leur répondit presque aussitôt. Ses yeux étaient encore rougis de fatigue mais il était en meilleur état que lorsqu'il l'avait vu pour la dernière fois.

« Bonjour A… Bonjour vous trois. Tout va bien ? » Demanda-t-il, comme surpris de les voir agglutinés devant le miroir pour le voir.

« Papa, Al' et James m'ont dit pour la lettre de Maman, c'est vrai qu'elle est partie ? » Interrogea immédiatement Lily d'une petite voix, n'ayant pas pour habitude de faire dans la dentelle lorsqu'elle voulait quelque chose.

Leur père se mordit la lèvre inférieure puis ferma un instant les yeux.

« Attendez une seconde. » Le miroir bougea et ils crurent voir une table et un journal. « Excuse-moi Scorpius, je reviens. » Entendirent-ils.

« Bonjour Scorpius ! » S'exclama automatiquement Albus alors que son père se déplaçait dans la pièce.

« Bonjour Albus ! » Entendirent-ils le petit Malfoy répondre au loin.

Leur père réapparut alors qu'il marchait vers une autre pièce.

« Je te le passerai après si tu veux Albus. »

Il s'installa dans un canapé et ils reconnurent la maison du Square Grimmauld.

« Pourquoi tu n'es pas à la maison ? » Demanda James avec un air soupçonneux.

Leur père pinça les lèvres, comme pris sur le fait, et bafouilla avant de trouver une réponse convenable.

« Je pense que votre mère a besoin d'un peu de calme. Et je doute qu'héberger Scorpius le temps que l'enquête se termine lui fasse plaisir. Donc je préfère qu'il reste à Grimmauld avec moi. »

« Tu as pu lui parler ? » Demanda Lily.

« J'ai essayé mais je n'ai pas réussi. Je vais réessayer aujourd'hui. Vous avez eu des nouvelles d'elle ? »

« Non. » Répondit sombrement James alors que les deux autres secouaient un peu la tête.

« D'accord. Je vous tiens au courant. »

« Papa, elle part vraiment ? » Interrogea Lily avec inquiétude.

« Je ne sais pas mon cœur, il faut que je lui parle. »

« Elle ne veut plus nous voir ? » Demanda-t-elle encore, ses yeux marron commençant à briller de larmes.

« C'est faux Lily, ça n'a rien à voir avec vous. » La rassura son père, provoquant un curieux rire désabusé chez James.

« James … » Commença leur père.

« Tu as lu la lettre comme Albus et moi, non ? » Demanda l'aîné d'une voix blanche.

« Elle était en colère, elle ne pensait sans doute pas ce qu'elle a écrit. » Mentit leur père d'un ton très convainquant.

« Tu parles … Même si elle ne le pensait pas … L'écrire … Et nous envoyer ça … ? » L'émotion faisait bafouiller James qui s'éloigna d'eux, préférant fuir la discussion.

Dans le miroir, leur père retira ses lunettes et se pinça l'arête du nez. Lily était au bord des larmes et Albus lui frotta doucement le bras.

« Je vais venir vous voir demain, d'accord ? En attendant, prenez soin les uns des autres. »

Albus hocha courageusement la tête et Lily renifla.

« Et qui prend soin de toi Papa ? » Demanda-t-elle d'une voix aigue, les larmes déformant sa voix.

Harry sourit doucement, touché par l'inquiétude de sa fille.

« Ron et Hermione. Ne vous inquiétez pas pour moi. Ça va aller. Promis. »

Scène 35 – Harry et Ginny

Ron était occupé et Hermione faisait la tête, mais Harry n'en avait pas besoin. La promesse à ses enfants lui avait donné un sursaut de courage tout juste suffisant pour qu'il revienne chez lui, au milieu des débris de son salon.

Il lança le sort de détection qui le prévint qu'il y avait quelqu'un à l'étage. Ne voulant pas faire fuir sa femme avant d'avoir eu la chance de lui parler, il se déplaça jusqu'aux escaliers en silence et les grimpa discrètement.

La porte de leur chambre était ouverte. Lorsqu'il s'en approcha, il vit Ginny penchée sur une des grosses valises qu'elle emmenait pendant les championnats de Quidditch. Elle portait la robe qu'il préférait, une longue robe d'un vert émeraude qui faisait ressortir ses yeux et qui donnait l'impression que ses longs cheveux roux étaient une cascade de flammes coulant dans son dos.

« Ginny. » L'interpella-t-il, la faisant sursauter. Elle se retourna brusquement, un air coupable sur le visage.

« Tu fais tes valises ? » Demanda-t-il d'une voix neutre, presque trop fatigué pour être blessé par son comportement.

« Pourquoi ? Tu es venu m'en empêcher ? »

« Ça dépend … Est-ce que tu veux que je t'en empêche ? » Interrogea Harry avec un sourcil haussé.

Ginny pinça les lèvres et se détourna de lui, ses épaules se recroquevillant comme si elle luttait pour ne pas pleurer.

« Ginny, pourquoi tu as envoyé cette lettre aux enfants ? »

« Pour leur dire la vérité. » Rétorqua-t-elle d'une voix froide.

« Quelle vérité ? Tout ce que tu as fait c'est leur faire du mal. »

Ginny crispa ses doigts autour d'une cape qu'elle avait pliée dans sa valise et eut un gémissement étranglé.

« Tu crois que je ne sais pas ce que tu as fait avec Malfoy ? » Demanda-t-elle d'une si petite voix qu'Harry ne fut pas sûr d'avoir bien compris. Il préférait avoir mal compris.

« Quoi ? »

« Tu vas te moquer de moi encore longtemps ? Tu vas me mentir encore longtemps ? » Ajouta-t-elle, son corps se crispant tel un chat sur le point de bondir. Elle se tourna vers lui, sa baguette en main, pointée vers lui.

Harry la fixa avec un mélange de stupeur et d'incompréhension. Comment pouvait-elle savoir ? Que croyait-elle savoir ?

« De quoi est-ce que tu parles ? » Interrogea-t-il, son poignet s'assouplissant subrepticement, prêt à réceptionner sa baguette si le besoin s'en faisait sentir.

Telle une furie, elle se détourna de lui, ferma sa valise et la rétrécit pour la glisser dans sa poche.

« Ginny ! De quoi est-ce que tu parles ? »

Elle s'avança jusqu'à lui d'un pas menaçant, la baguette en avant.

« Tu sais très bien de quoi je parle. » Cracha-t-elle. « Tu espères juste que ça ne soit pas ce que tu crois. »

Elle le dépassa et sortit de la chambre sans rencontrer de résistance tant Harry était choqué. Il se retourna juste à temps pour la voir disparaître dans le couloir.

« Ah, et au cas où ça ne serait pas encore clair, je te quitte et je veux divorcer ! » Cria-t-elle en descendant les escaliers, Harry à sa suite.

« Attends, Gin ! Et les enfants ?! »

Elle s'arrêta dans l'entrée pour se tourner vers lui. Il s'arrêta dans les escaliers, prenant toute l'ampleur de sa colère et de sa souffrance dans son regard flamboyant.

« Demande donc à Malfoy de s'en occuper. » Lâcha-t-elle d'une voix glaciale avant de transplaner.

« Quoi ? » Demanda Harry à personne en particulier. Il resta immobile quelques longues secondes dans les escaliers, avant de s'asseoir brutalement sur les marches. Le front contre les genoux, il passa interminables instants de panique à se demander ce que sa femme avait bien pu vouloir dire. Est-ce qu'elle ne voulait plus des enfants ? C'était vraiment ce qu'il devait comprendre ? Que savait-elle vraiment ?

Scène 36 – Harry et Lysander

Lysander détailla Harry pendant quelques minutes sans que celui-ci ne s'en rende compte. Il avait l'air complètement perdu. Son regard était vitreux derrière ses lunettes, et il n'arrêtait pas de se frotter la nuque et de tripoter son jean au niveau des genoux.

Ils étaient dans le salon d'Harry, au Square Grimmauld. Ils étaient censés discuter des suites de l'enquête, mais Harry n'était pas très loquace et Lysander avait fini par laisser la discussion mourir pour voir ce qui allait se passer.

Cet homme avait l'air d'avoir de sacrés problèmes.

« Harry ? »

Celui-ci cligna des yeux et tourna son attention vers lui.

« Oui ? »

« Il y a environ cinq minutes, je t'ai demandé s'il y avait du nouveau. J'en conclus qu'il n'y en a pas ? »

Harry toussota, retira ses lunettes et se frotta brutalement les yeux.

« Heu, non, rien de nouveau. » Sa voix était cassée, sans doute par la fatigue. Il avait l'air de ne pas avoir eu une bonne nuit de sommeil depuis quelques temps.

« C'est ta femme ou Draco qui te met dans cet état ? » Demanda très franchement Lysander, caressant son menton d'un air intéressé.

« Ma femme. » Répondit rapidement Harry avant de lui conseiller du regard de ne pas aller plus loin. « Pourquoi voulais-tu un contact à Gringotts ? »

« Pour connaître les mouvements sur son compte, si quelqu'un lui dépose de l'argent, ce genre de choses. »

« Un contact ne suffirait pas pour obtenir ce genre d'informations. Il faut un mandat. »

« Alors demande à Weasley ? »

« Je peux lui soumettre l'idée, oui. Je ferai ça. Autre chose ? » Demanda Harry, qui avait l'air d'avoir hâte d'en finir.

Vaguement vexé mais aussi un peu amusé, Lysander haussa les épaules.

« Pas d'autre piste pour le moment. J'essaye de me renseigner sur les habitudes de Smith, mais c'est peu intéressant. Par contre, ta femme était amie avec sa sœur, non ? Je suppose que c'est mort, pour avoir des infos ? »

« C'est mort, oui. » Répondit froidement Harry. Il y avait donc plus que de l'eau dans le gaz.

« Elle t'a quitté ? » Se risqua à demander Lysander avec une légère grimace.

Harry ne se fatigua même pas à le foudroyer du regard. Son visage désabusé en disait long sur ce qu'il pensait de la situation.

« D'accord. Mais, n'est-ce pas une bonne nouvelle ? Plus de place pour Draco, non ? » Proposa Maxwell, essayant de remonter un peu de moral d'Harry pour qu'il cesse d'afficher cette affreuse tête de chiot écrasé.

Harry eut un rire ironique et coinça ses doigts dans ses cheveux.

« Disons ça, oui, disons ça … »

Scène 37 – Harry

Ses yeux avaient eu le temps de s'adapter à l'obscurité, mais sans ses lunettes, le plafond n'était qu'une surface grise et floue qui n'avait rien d'intéressant. Pourtant, cela faisait de longues minutes qu'il le fixait en tentant de mettre de l'ordre dans ses idées, de se calmer assez pour pouvoir s'endormir.

Il n'avait plus l'habitude de dormir à Grimmauld. Ce matelas était plus ferme qu'à la maison. Ginny préférait les lits plus mous et Harry avait fini par s'habituer à la confortable impression que le matelas les enveloppait. La chambre principale de la maison Black lui rappelait Draco. Celui-ci avait tendance à s'endormir tout au bord du lit et à se réveiller en plein milieu, confortablement collé à Harry ou l'ayant au contraire presque éjecté du matelas pendant son sommeil.

Harry se tourna sur le côté et enfonça son nez dans un oreiller en fermant les yeux. Il inspira profondément mais ne sentit qu'une odeur de lessive. Il soupira.

Qu'allait-il pouvoir dire aux enfants ? Certainement pas que leur mère ne voulait plus les voir. Elle était juste en colère et s'en voudrait certainement de les avoir abandonnés. Il devait lui laisser une ouverture au cas où elle changerait d'avis. C'était une mère, elle reviendrait forcément vers eux.

Il pouvait leur dire qu'elle prenait un peu de recul et qu'elle les recontacterait quand elle irait mieux. James ne le croirait pas, et Albus et Lily finiraient par comprendre qu'il n'y avait pas que l'enquête qui avait mis leur mère dans cet état. La lettre était ambiguë, on pouvait lire entre les lignes qu'Harry avait trompé Ginny, maintenant qu'il y repensait. Et que Scorpius était « la graine du mal » …

Harry serra les dents. Ce choix de mots était terrible. Il n'accusait pas qu'Harry et Draco, il accusait Scorpius d'exister. Pour toutes les erreurs qu'Harry avait pu faire dans sa vie, en rien Scorpius n'était responsable. Ni Draco, d'ailleurs …

Harry soupira une nouvelle fois, le corps tendu comme la corde d'un arc prêt à lâcher ses flèches. Il avait tellement besoin de parler à Draco, de mettre des mots sur cette situation, de comprendre ce qui avait bien pu lui passer par la tête. Il espérait qu'en comprenant Draco, il réussirait à mettre un peu d'ordre dans ses propres idées.

Il était évident qu'il n'arriverait pas à s'endormir. Il se redressa dans son lit et attira ses lunettes à lui par la simple force de sa magie. Il les jucha sur son nez et alluma la lumière. Il descendit du lit, s'habilla et quitta la maison par la cheminée.

Une fois dans le lobby de Ste-Magouste, il suivit le même couloir que d'habitude. Il était désert, et aucun Auror ne se tenait devant la porte de Draco.

Pris de panique, Harry sortit immédiatement sa baguette et se mit à courir. Il ouvrit brutalement la porte, ses lèvres prêtes à jeter un sort aux possibles intrus.

L'Auror que Ron avait posté tendit sa propre baguette vers sa gorge avant de la baisser en le reconnaissant. Il avait une autre baguette dans les mains, sans doute celle de la femme qui se tenait debout près du lit. Astoria Greengrass.

Celle-ci lui offrit à peine un regard avant de retourner son attention vers son ex-mari qui dormait avec une expression un peu plus détendue que d'habitude. Sa tête était légèrement tournée vers le côté et il avait la bouche entre-ouverte. S'il savait qu'autant de monde le voyait ainsi, il crèverait de honte.

« Monsieur Potter » Le salua Astoria sans le regarder.

« Bonsoir Madame Greengrass, désolé, j'ai cru que … » Il bafouilla quelques syllabes inintelligibles et abandonna son explication.

« Tout va bien Monsieur Potter, l'Auror Sparrow a déjà pris toutes les précautions nécessaires. »

Harry tourna les yeux vers l'Auror qui hocha discrètement la tête. Il se rendit alors compte que pas une seule fois il n'avait pensé à Astoria. Il ne l'avait même pas prévenue que Scorpius était chez lui, il ne savait même pas si le petit Malfoy avait été en contact avec sa mère. Est-ce que Ron avait tenté de la joindre ? Elle pouvait faire partie des suspects. Pourquoi ne l'avait-il pas mentionnée ? Pourquoi n'y avait-il pas pensé lui-même ?

Son implication dans l'affaire l'avait rendu parfaitement aveugle, et il comprit soudainement l'agacement de son meilleur ami. S'il l'avait laissé s'enfoncer un peu plus dans l'enquête et lui avait trop facilement donné les rênes, Harry aurait très bien pu tout foutre en l'air sans s'en rendre compte. Il déglutit douloureusement.

« Comment va Scorpius ? » Demanda doucement Astoria en se tournant finalement vers lui. Sa longue robe bleu nuit tombait jusqu'à ses chevilles dans une cascade de soie chatoyante dans la lumière étrange de la pièce. Son cou nu portait simplement une chaîne d'argent au bout de laquelle se trouvait un pendentif en forme d'arbre. Ses cheveux châtains étaient coiffés en arrière pour en maîtriser les boucles. Son nez était droit et long, ses yeux bleus en amandes et ses lèvres fines et étroites. Scorpius ne lui ressemblait ni de près ni de loin.

« Il va bien. » Répondit Harry. Cette femme avait sans doute les réponses qu'il attendait mais en regardant Draco, il ne pouvait se résoudre à poser ses questions à quelqu'un d'autre qu'à lui. L'élégante Astoria refuserait probablement de lui répondre, de toute manière. Par contre, elle allait devoir répondre à celles de Ron.

Après un dernier regard à Draco, Harry sortit de la chambre pour attendre la sorcière. Après s'être installé sur l'une des chaises qui bordaient le couloir, il regarda sa montre et fronça les sourcils. Il était deux heures du matin, que faisait-elle là à cette heure-ci ?

Lorsqu'elle sortit quelques minutes plus tard, Harry apprit qu'elle était déjà passée au bureau de Ron. Il se fit confirmer l'information par l'Auror Sparrow mais n'était toujours pas très sûr de devoir les croire. Astoria Greengrass était une femme étrange. Il avait connu sa sœur Daphné à Poudlard qui était une des amies de Pansy Parkinson, et il ne gardait pas un très bon souvenir d'elle. Mais étant plus jeune, Astoria n'avait sans doute pas croisé le chemin d'Harry. Elle avait le port altier à la fois agaçant et séduisant des soi-disant Sang-purs. Son regard était malgré tout fatigué et la lumière du couloir lui donnait un teint blafard.

Elle lui demanda de la raccompagner jusqu'au lobby, et Harry accepta. A marcher ainsi à côté d'elle, il se sentait complètement débraillé. Il portait le même jean depuis plusieurs jours et il était certain que ses cheveux avaient prit la forme de son oreiller.

« Est-ce que vous enquêtez vous aussi sur cette affaire ? » Demanda calmement l'ex-femme de Draco en regardant droit devant elle. Il ne pouvait ni lui dire oui, ni lui dire non. L'un comme l'autre aurait été un mensonge.

« J'essaye. » Proposa-t-il à la place.

« Tant mieux. » Répondit-elle, surprenant Harry. « Je suppose que Lysander Maxwell vous a déjà proposé son aide. Si vous ne l'avez pas déjà fait, je vous conseille d'accepter. Il est plus digne de confiance qu'il n'en a l'air. »

Harry n'aimait pas qu'on lui dise comment travailler, mais puisqu'il s'était déjà plus ou moins associé au détective, rétorquer quoi que ce soit aurait été de mauvaise foi.

« J'y penserai. » Répondit-il à la place. « Pourquoi n'êtes-vous là que maintenant ? » Ajouta-t-il, posant l'une des questions qui lui brûlaient les lèvres depuis qu'il l'avait vue dans la chambre.

« Je n'ai reçu l'hibou express de Monsieur Weasley qu'aujourd'hui. J'habite en Nouvelle-Zélande, et j'ai peur que le transplanage de hibou ne soit pas encore tout à fait au point. »

Harry ne pouvait qu'acquiescer. Les hiboux express à longue distance avaient tendance à se perdre ou simplement à disparaître. A cause d'un transplanage raté ou simplement parce qu'ils étaient trop désorientés pour retrouver leur chemin.

« Comment gardez-vous contact avec Scorpius ? » Demanda-t-il ensuite.

« Par la poste moldue. » Répondit Astoria en lui jetant un coup d'œil, visiblement amusée par la surprise d'Harry. « C'est bien plus lent mais surtout beaucoup plus fiable. »

Il était presque drôle d'imaginer des Sang-purs aller à la poste déposer leur courrier mais l'instant n'était pas à l'humour.

« J'envoie mes lettres à Pré-au-lard et elles sont ensuite envoyées par Hibou à Poudlard. » Fit-elle pour terminer son explication.

Ils étaient arrivés au lobby.

« J'ai laissé l'adresse de mon hôtel à Monsieur Weasley, mais vous pouvez me contacter par l'intermédiaire de Lysander, si besoin. »

« D'accord– »

« Pourrais-je voir Scorpius demain ? » Le coupa Astoria, sa voix trahissant un sentiment d'urgence qui semblait tout à fait légitime de la part d'une mère. Même si elle ne l'avait pas porté, elle restait la femme qui l'avait élevé.

« Bien sûr. » Répondit Harry presque sans réfléchir.

Astoria soupira de soulagement et il put très nettement distinguer la femme anxieuse qui se cachait derrière ce masque élaboré. Elle ressemblait beaucoup à Draco sur ce point.

« Je vous enverrai un hibou dans la matinée. » Promit-il. Elle lui sourit presque timidement.

« Merci de l'avoir pris chez vous. Poudlard est parfois très difficile à vivre pour lui, ça doit être encore pire en ce moment. »

« Heu … De rien. » Répondit Harry, mal à l'aise. « Qui vous a dit qu'il était chez moi ? »

« Monsieur Weasley. » Expliqua calmement Astoria. « A demain Monsieur Potter. Prenez soin d'eux. » Ajouta-t-elle avec l'ombre d'un sourire énigmatique.