Titre : L'escalier du pouvoir - Partie 1
Rating : Cette partie est rating T. Je ne sais pas trop encore pour les autres
Personnages : Versailles - Paris
Résumé : Versailles est un moins que rien, il en est convaincu. Mais quelqu'un n'est pas d'accord avec lui. Et quand ce quelqu'un est sa majesté le Roi Soleil Louis XIV, on finit avec un gros palais sur la tronche.
Note de l'auteur : Hello ! Je ne suis pas morte, à vrai dire je me trouve quelque part entre la vie et la mort. En d'autres termes : Mon concours approche et je flippe ma mère. Du coup j'ai pas le temps d'écrire et quand j'ai le temps... J'ai pas la motivation de continuer mes fictions (je me hais). J'arrive même pas à relire mes chapitres de district 15, j'avance à rien et ça me saoule. Par contre j'avais la foi d'écrire un peu de trucs historiques, alors voilà. Tout comme l'OS sur Corse et NPDC, ce sera en plusieurs parties (la partie 2 de cet OS là arrive bientôt d'ailleurs). Mais celui-là aura au moins 3 parties, voire plus (la 2e est déjà terminée). Sur ce, j'espère que ça vous plaira, moi ça m'amuse beaucoup, les grandes villes de cette époque sont toutes complètement pêtées ! Bonne lecture !
Si vous avez un minimum de culture, vous devez déjà avoir entendu parler de ce palais démesuré observable à Versailles. Vous savez également qui a eu un accès de mégalomanie assez aigu pour le faire construire, et que cette personne marqua l'histoire de France jusqu'à devenir un de ses personnages incontournables. Mais le plus étonnant est bien l'endroit que ce personnage a choisi pour capitale et pour y coller son palais. Ca vous arrive souvent, vous, de vous promener dans un marécage infesté de paludisme et de vous dire que ce serait l'endroit parfait pour vivre, organiser des grosses soirées et gouverner le pays le plus bordélique de la planète ?
Non ?
On est d'accord, Louis XIV a dû être bercé trop près du mur.
Et c'est ainsi qu'un petit marécage dut apprendre à devenir la capitale toute puissante d'une France agitée. Au grand malheur de Paris qui aurait bien gardé sa place encore un peu plus longtemps.
Versailles essuya le miroir crasseux avec une de ses chemises qui traînait par là. Il ne s'observait pas souvent, il n'aimait pas ça. Mais cette fois, il se scruta avec angoisse, étalant un peu de poudre sur son visage pour camoufler l'air si maladif que le paludisme lui donnait. Il arrangea ses longs cheveux châtain qui n'étaient ni lisses ni ondulés, n'ayant pas de forme particulière, les attachant à la base de sa nuque pour cacher le désastre que sa coupe de cheveux était. Encore un peu de maquillage sous ses yeux bruns pour dissimuler les poches s'y trouvant. Il tira sur ses vêtements un peu trop grands et démodés. Ils dataient d'au moins une dizaine d'années plus tôt, alors qu'il était encore le domaine de chasse favori de Louis XIII. Depuis sa mort, les choses avaient changé, le château tombait en ruines, le village versaillais sombrait dans la pauvreté. Il avait maigri, le paludisme avait eu le champ totalement libre pour le détruire. Il tenta un sourire au miroir. Aujourd'hui, il avait décidé de prendre son courage à deux mains. Essayer d'arranger un peu sa situation. Elle n'avait jamais été vraiment mirobolante, il avait parfois eu un seigneur généreux mais au final il n'était toujours qu'une énième résidence d'un noble qui venait une fois tous les sept ans chez lui pour organiser des fêtes, se rappelait qu'il était un marais infesté par le paludisme, et repartait. Il avait vraiment cru et espéré que la prospérité sous Louis XIII durerait éternellement mais il était évident que ce n'était pas le cas et le jeune roi Louis XIV n'était encore qu'un enfant, avec sûrement bien d'autres préoccupations qu'un marécage comme lui…
Alors peut-être que ce qu'il ferait aujourd'hui ne changerait pas sa situation mais ça pourrait au moins le rendre plus heureux. Aujourd'hui, il avait décidé de se déclarer à l'homme qu'il aimait depuis des dizaines d'années, voire des siècles, déjà. Guyancourt. Son voisin était opulent, avait toujours été une seigneurie puissante. C'était un bel homme bien bâti aux cheveux blonds et aux yeux mordorés. Jamais Thomas n'aurait osé l'approcher. Mais récemment, il avait parlé avec Paris. C'était rare, la capitale n'avait pas vraiment le temps pour quelqu'un comme lui. Mais le parisien savait beaucoup de choses sur l'amour et lui avait expliqué que les positions sociales n'étaient pas si importantes que ça en amour, pas plus que le physique, si les caractères s'accordaient. Evidemment, c'était surtout valable lorsque les deux personnes s'aimaient déjà mais Versailles était sûr que cela pourrait fonctionner si Guyancourt et lui arrivaient à se connaître un peu plus, peut-être sa personnalité pourrait-elle plaire à l'autre, après tout, il n'était pas méchant, ni arrogant, un peu timide et manquait de confiance en lui, certes, mais… Peut-être trouverait-il ça mignon. Il n'avait rien à perdre à essayer !
Le versaillais se retrouva devant la grande maison du Guyancourtois, tordant ses mains ensemble avec angoisse. Il frappa à la porte mais n'eut pas de réponse. Il allait repartir, déçu, mais entendit des bruits de conversation venant de derrière la maison. Sûrement était-il derrière dans son salon de jardin, avec des invités… Oserait-il y aller ? Il déglutit et commença à faire le tour. Hors de question de reculer maintenant !
Autour de la petite table de jardin en métal peint se trouvaient trois personnes. Il reconnut Orléans, toujours habillé richement et maniéré, tenant un verre de vin dans sa main. Paris, les jambes croisés, ne portant comme d'habitude ni talons ni collants. Il se disait avant-gardiste de la mode et estimait que ces habits conviendraient mieux à des femmes. Il riait à quelque chose que la troisième personne avait dit. Guyancourt. Thomas mordit sa lèvre inférieure et s'approcha pour attirer leur attention.
-Bonjour…
-Oh ! Salut… Euh… Guyancourt, qui est-ce ?
- Versailles, Orléans. Une commune limitrophe. Comment vas-tu, Thomas ?
- Tu viens boire un coup avec nous ? proposa Paris.
- C'est gentil mais… Je voulais te parler, Guyancourt…
- Je t'en prie.
Il observa les deux autres d'un air gêné.
- Euh… Seul à seul…
- Oh, bien sûr. Ne sifflez pas tout mon côte du Rhône, vous deux, je reviens !
- Rêves pas trop, on le finit et on attaque ton Muscadet !
Versailles suivit Guyancourt dans la maison, sentant déjà ses joues se teinter de rouge. C'était maintenant ou jamais.
- De quoi voulais-tu me parler ?
- Et bien… Comment dire… Je… Je voulais te dire que tu me plais depuis très longtemps… Et que… Je pensais qu'on pourrait… Peut-être essayer d'apprendre à se connaître un peu mieux…
- Ah. Euh… Non.
Thomas sentit distinctement son cœur se briser à cette simple réponse. Il ouvrit la bouche pour tenter de rattraper le coup mais le Guyancourtois posa gentiment sa main sur son épaule pour le raccompagner vers la sortie.
- Ecoutes, ce n'est pas contre toi. Mais on n'est pas du même monde. Tu es presque devenu quelqu'un sous Louis XIII mais on ne va pas se mentir, au final ça n'a pas mené à grand-chose… Tu devrais traîner avec des gens comme toi, on ne peut pas être ensemble… Ce que je vais te dire ne va sûrement pas te faire plaisir mais c'est la vérité alors si tu veux être heureux, tu ferais mieux de l'intégrer dès maintenant dans ta petite tête. Il y a trois catégories de personnes dans la vie. Ceux qui naissent avec le pouvoir entre leurs mains et ceux qui l'acquièrent par un moyen ou un autre. Bon tu as aussi des gens comme Paris qui ont les deux, il a très vite eu son statut de Capitale, mais en plus de ça il sait peindre, cuisiner, il est beau, il a du succès avec les femmes et les hommes… Et puis, et bien, il y a ceux qui n'ont rien. C'est Dieu qui choisit qui naît avec quoi, un point c'est tout. Chacun devrait rester avec des gens comme eux. Tu comprends ?
- Ou… Oui… Je ne t'embêterais plus…
- Bien. Oublies-moi et passe une bonne journée, Versailles.
Il hocha vaguement la tête et Guyancourt l'abandonna sur le pas de la porte, retournant à l'arrière de la maison avec un « Touchez pas mon Muscadet ! ». Thomas s'assit contre le mur, se sachant à l'abri de leurs regards, et prit ses genoux contre lui, essayant de rassembler ses esprits avant de s'en aller.
- Alors, il te voulait quoi le petit ?
- Me déclarer son amour, apparemment.
- Oh non, trop mignon ! Tu as dit oui, j'espère, il est plutôt mignon…
- Ouais, Orléans, tu l'as pas vu sans maquillage. Il a le paludisme, le pauvre, ça donne pas envie.
- Bah… Quelqu'un, ici, que je ne citerais pas, a bien couché avec quelqu'un qu'avait la peste…
Paris frappa sur la table, faisant trembler les verres.
- Quoi ! C'était Venise et c'était pour l'aider à reprendre confiance en lui, il était au bord du gouffre le pauvre !
- Je croyais que tu ne l'aimais pas ?
- C'est lui qui ne peut pas me voir en peinture… Avant il était amoureux de moi et j'l'ai pas compris, j'ai couché avec lui alors il pensait que je l'aimais aussi mais…Ben…Non. Il m'en a voulu un sacré bout de temps. Maintenant on est plutôt des rivaux tu vois, et une rivalité n'a pas de sens quand ton rival est en train d'mourir… Donc j'lui ai remonté le moral. Mais c'était dégueulasse, hein.
- Ouais puis, Orlé', franchement, Venise c'est un beau morceau, même avec la peste… Tu dis « J'ai couché avec Venise mais il avait la peste », on va te dire « Ah mais c'est Venise quand même ! ». Là, Versailles… « J'ai couché avec Versailles mais il avait le paludisme », euh, franchement… Il a rien de spécial, le garçon. Il est correct en physique, mais comme tous les représentants quoi. Il a l'air maladif, il a tout le temps de la fièvre… Puis il sait pas faire grand-chose, attends, la seule raison pour laquelle je le connais c'est parce que mes seigneurs aimaient bien chasser là… Louis XIII avait commencé à vouloir en faire quelque chose mais il a claqué et c'est tombé dans l'oubli. Alors d'accord, il est mignon, il est gentil, mais y'en a des milliers des représentants mignons et gentils… Et sans le paludisme en prime. Il sera jamais quelqu'un d'important, vaut mieux qu'il tombe amoureux de quelqu'un qui ne sera jamais important aussi.
- Ah, t'y connais rien Guyancourt, l'amour ne connaît pas de statut social.
- Ouais, dans les bouquins et tes fantasmes, Paris, en pratique le seigneur ne s'abaisse pas au gueux, que veux-tu ?
Le versaillais ne voulut pas en entendre plus et se redressa en se tenant au mur pour rentrer chez lui. Il étouffa une quinte de toux, ou un sanglot, il ne savait pas, dans sa manche, et essuya ses joues, laissant réapparaître son teint maladif.
Une dizaine d'années plus tard, Versailles observait avec inquiétude le roi Louis XIV, sa garde et sa cour déambuler dans ses marécages. Il n'osait pas s'approcher, restant loin sans se montrer. Peut être le roi allait-il le faire définitivement raser pour se débarrasser de ce nid de paludisme si près de sa capitale et de villes seigneuriales comme Guyancourt… Soudain, le roi tomba dans un des multiples trous d'eau cachés par la végétation. Tous les autres se précipitèrent pour aller l'aider tandis que le versaillais restait là, pétrifié.
Trois jours plus tard, des gardes et un émissaire vinrent toquer à sa porte.
- Versailles ?
- C'est moi…
- Sa majesté désire vous voir immédiatement, nous vous laissons quelques minutes pour vous préparer.
Sentant bien qu'il n'avait pas le choix, il hocha la tête et ferma la porte pour changer d'habits, mettant ce qu'il avait de mieux, quoique toujours trop grand et démodé. Il s'arrêta quelques instants, sa chemise dans les mains, et ferma les yeux. Alors c'était là sa fin. Le roi était tombé malade après être tombé. Et il allait être puni pour ça. Il allait être exécuté ou quelque chose comme ça. Ils trouveraient bien un moyen de le tuer, représentant ou pas. Il se voyait déjà se balançant au bout d'une corde, ou la tête coupée.
Sa tombe avec pour épitaphe « Versailles, moins que rien ».
Avec un soupir, il termina de s'habiller et sortit, se laissant mener jusqu'au roi. Il fut laissé seul dans un petit salon et observa autour de lui avec curiosité. Drôle d'endroit pour lui annoncer qu'il allait être exécuté.
- Ah ! Tu dois être Versailles !
- Vo… Votre majesté !
Il s'inclina prestement à l'entrée du roi qui referma la porte derrière lui, les laissant seul.
- Relève-toi, un jour comme celui-ci se fête !
Thomas se redressa sans trop comprendre, se permettant d'observer le roi. Il était si… Rayonnant. Comme Guyancourt l'avait dit, Dieu choisissait ceux qui naissaient avec quelque chose. Dieu avait choisi Louis XIV, et pas l'autre imbécile de Philippe d'Orléans. Il l'avait choisi pour éclairer le royaume. Versailles n'avait rien à faire avec lui, lui avait été oublié par le Ciel…
- Cela faisait un moment que je réfléchissais à m'éloigner de Paris, vois-tu, cet endroit me rappelle trop ce que j'ai pu subir avec la Fronde… Et puis, ne nous mentons pas, cette ville empeste ! Alors j'ai décidé de choisir un nouvel endroit pour ma cour et mon château ! Je me suis intéressé à ce qu'avait précédemment fait mon père, Louis XIII, et quelle bonne idée il a eu !
- Votre majesté… ? Je ne comprends pas…
- J'ai décidé, Versailles ! J'ai déjà convoqué mes architectes, nous allons construire un immense palais ! Avec un parc, ça te plairait, un grand parc ?
- Tout ce que vous voudrez, votre majesté, mais…
- Un très grand parc alors ! Ta commune ne sera pas suffisamment grande alors on inclura les autres dedans aussi, comme Guyancourt, mais tu seras le cœur. Le cœur de toute la France, Versailles, tu seras ma capitale ! Au diable Paris, Tours ou Orléans, c'est toi que je veux !
Versailles sentit ses jambes se couper sous lui et il tomba à genoux, les yeux levés vers le jeune roi, tel un croyant devant son idole. Louis s'approcha de lui et se pencha pour attraper sa main, l'aidant à se relever, posant une main sur son épaule.
- Votre majesté…
- Ne m'appelle plus majesté, Versailles. Appelle-moi Louis, tu es mon égal, je suis le Roi et tu seras ma demeure !
- Lou…Louis…
Il avait du mal à respirer tellement cela lui semblait irréel. Guyancourt avait tort. Et il allait le comprendre très vite en apprenant qui serait son supérieur à présent, d'ailleurs.
- Tu ne peux plus vivre là-bas pendant les travaux, tu resteras avec moi, ainsi, tu pourras apprendre l'étiquette et t'habituer à ta future vie.
Il hocha la tête docilement. Dieu avait changé d'avis, semblait-il.
- Devinez où le roi veut installer sa cour et son gouvernement.
Paris attrapa une chaise et s'assit en face de ses invités, Guyancourt, Orléans et Tours. Les deux derniers haussèrent un sourcil et se regardèrent.
- Tours ? proposa Orléans.
- Orléans ? suggéra l'autre.
- Raté. Essayez encore.
- ... Pitié pas Reims, c'est un gros casse-couilles.
- Encore raté.
- …Soissons ? Ca n'aurait aucun sens.
- Non, non.
- Aaaah ! Metz, alors ?
- Cherchez toujours.
Les trois invités du parisien s'entreregardèrent, cherchant dans leurs mémoires toutes les villes qui avaient déjà été capitales une fois dans leur vie.
- Clichy ? Il va encore faire chier si c'est lui…
- Je te rassure, ce n'est pas lui.
- Alleluia. Oh, non, Aix-la-Chapelle ? Louis XIV se fait un délire façon Charlemagne ?
- Rien à voir avec Charlemagne.
- Troyes, la plus grosse blague de l'histoire des capitales de France ?
- Non, non.
- … Lyon ? Genre on retourne au temps des gaulois ?
- Rien à voir.
- Ok, aide-nous. Cette ville est plus proche de toi et Guyancourt ou d'Orléans et moi ?
- Guy' et moi.
Un nouveau silence.
- Guyancourt lui-même ?
- Non. Mais très proche.
- …T'es limitrophe avec qui, face de rat ?
- Sois poli, Tours. Sinon bah… Y'a l'autre lépreux de Châteaufort qui a été ruiné par les guerres de religion… Versailles, le marécage qui a le palu'… Saint-Cyr, le gros taré obsédé par Chartres… Montigny-le-Bretonneux, le marécage qui n'a pas le palu'… Voisins-le-Bretonneux, qui a toujours pas capté que les croisades c'était fini… Et Magny-les-Hameaux le débile de janséniste. Ah, et Buc, le mec qu'on sait pas trop pourquoi il est là, mais il est là. Aucun d'eux ne peut être capitale, ce serait une grosse blague.
- Et pourtant, c'est un d'eux.
Trois paires d'yeux se retournèrent vers lui, aussi effarées les unes que les autres.
- …Bon… A choisir… Voisins-le-Bretonneux alors, à la limite il a une seigneurie qui tient presque la route, lui.
- Raté.
- …Dis-nous, ça ira plus vite.
- Versailles. Le marécage qui a le palu'.
Le premier réflexe d'Orléans fut d'observer Guyancourt avec un sourcil haussé.
- C'est le type que tu as rembarré, non ?
- …Ouais.
L'orléanais explosa de rire.
- Ah ! C'est trop bon, ah, j'adore nos rois, ils sont toujours complètement pêtés et choisissent toujours des capitales qui sortent du trou du cul du monde ! Mon dieu, mon petit Guy', tu risques de le regretter longtemps ce râteau !
Versailles et Louis s'entendirent très vite. Outre l'amour sans limite que le versaillais portait à son bienfaiteur pour avoir enfin fait de lui quelqu'un d'important, leurs personnalités collaient plutôt bien. Tous deux se ressemblaient. Le jeune roi humilié par la Fronde, le représentant rabaissé par les villes plus puissantes. Tous deux cherchant un nouveau départ, à effacer ce passé désagréable pour s'élever si haut que rien ni personne ne pourrait les toucher. Le représentant avait d'ailleurs abandonné son nom humain, Thomas. Il était Versailles, à présent, la future demeure du roi, un point c'était tout.
Versailles lisait beaucoup, s'intéressait à la culture, aimait le théâtre, la musique. Le roi aimait discuter avec lui, relisait parfois des livres juste pour pouvoir en discuter plus en détail avec son représentant préféré. Ils passaient souvent les soirées dans un des petits salons du roi à discuter. Le représentant s'était très vite bien entendu avec les artistes de la cour de Louis XIV. Molière était son préféré, évidemment, son art de dénigrer les nobles qui avaient jadis tant fait souffrir son roi lui était plaisant. Il avait un peu plus de mal avec l'italien Lully, beaucoup trop proche de son roi à son goût. L'amour que le versaillais portait à Louis n'avait rien de physique, ce n'était pas un amour comme celui qu'il avait ressenti à l'égard de Guyancourt. C'était plus fort, c'était de la dévotion, de l'affection, de l'adulation, un désir de le protéger, de se réfugier dans ses bras, c'était tout à la fois.
- Versailles, aujourd'hui, il est temps pour toi de rencontrer tes subordonnés.
Cette phrase prononcée dans la matinée alors qu'ils déjeunaient ensemble, le travaillait depuis des heures. Versailles s'observa avec angoisse dans le miroir éclatant de propreté, passant ses mains sur ses joues roses. Il sourit. Il n'était plus le même. Il rajusta sa perruque sur sa tête, tira sur ses vêtements pourtant parfaitement ajustés. Aujourd'hui, il allait rencontrer ses subordonnés directs. Une grande réception avait été organisée dans une des parties terminées du château et les villes les plus puissantes de France seraient présentes. Certains qu'il avait déjà vu, Paris, Orléans. D'autres qu'il connaissait de nom, Tours, Dijon. D'autres encore dont il ne savait pas grand-chose. Beaucoup qu'ils admiraient. Paris pour ses multiples talents artistiques et de cuisinier, son art avec les femmes et sa force en tant que capitale. Saint-Malo la Cité corsaire qui avait construit toute sa puissance financière de ses propres mains. Des villes qui avaient repoussé des invasions, qui s'étaient élevées au-dessus de tout. Il devait être à la hauteur, étant leur futur supérieur dès que le gouvernement serait définitivement déplacé chez lui.
- …alors Dunkerque a essayé de ramer avec sa botte. Je te jure, Malo, c'est la dernière fois que je pars en expédition avec lui. Tu sais c'est quoi le pire ?
- Laisse-moi deviner, Bordeaux… Ca le faisait rire ?
- Exactement. Je hais son rire du plus profond de mes tripes, ça me…
- Chut, taisez-vous, il arrive…
La porte de la grande salle s'ouvrit, laissant apparaître deux hommes. Tous les représentants s'inclinèrent dans un bel ensemble, jetant toutefois de curieux regards. S'ils connaissaient tous déjà le roi, c'était la première apparition publique de celui qui serait leur capitale.
- Messieurs, mesdames, je vous présente celui qui sera bientôt votre Capitale, Versailles. Je compte sur vous pour l'informer de vos attributions à tous et le familiariser avec vos présences.
Le roi ne resta pas longtemps, laissant les représentants entre eux. Paris ne mit pas longtemps avant d'harponner l'ancien marécage, passant son bras sous le sien pour l'entraîner vers les autres. En effet, le versaillais était resté immobilisé, trop intimidé pour bouger.
- Allez, viens, je vais te présenter tout ce beau monde ! Alors… Tiens, ils sont juste là, d'abord, voici ta marine militaire !
L'emperruqué fut traîné jusqu'à une jeune femme brune à la peau halée et aux beaux yeux bleus. Elle n'était pas habillée telle une femme mais portait un uniforme marin. D'Amiral, s'il se souvenait bien de ce qu'il avait lu à ce sujet. Il avait dû être fait sur mesure, épousant ses formes féminines. Elle était très belle. Le jeune homme à côté devait partager son avis puisqu'il bavait presque devant elle. Un grand type plutôt svelte au visage tellement couvert de taches de rousseurs qu'il semblait y en avoir plus que de sa peau pâle. Des bouclettes rousses couvraient son crâne et ses yeux bleus le rendaient encore plus adorable. Adorable mais seyant dans son uniforme de vice-amiral.
- Versailles, je te présente Toulon, la chef de ta Marine Militaire, amirale. Celui qui bave, c'est Brest, son vice-amiral. Une saloperie de breton, si tu veux mon avis, mais on l'aime quand même.
- P-p-paris !
- Laisse Brest tranquille, ses origines ne sont pas sa faute !
- M-mais, T-t-toulon…
- Tu vas voir, Versailles, ces saloperies de roux ne sont arrivés dans le Royaume i peine plus d'un siècle et ils sont déjà partout dans nos affaires !
- C'est parce qu'on fait mieux le boulot que vous, sales français !
Nantes venait de débarquer, passant son bras autour du cou de Brest qui s'empourpra d'être touché ainsi familièrement par une femme. Rousse elle aussi, des yeux vert émeraude qui brillaient, elle détaillait la future capitale des yeux.
- Ne traînes pas avec Paris, c'est une mauvaise fréquentation. Et un hérétique !
- Moi, hérétique ?
- Oh, ouais, avec tes tendances républicaines là… Brrr. M'enfin, c'est pas pire que Tours. Parce que le roi protestant, c'était Tours la capitale à cette époque ! J'en ai encore la nausée rien que d'y penser !
- Ironique, mademoiselle « Edit de Nantes », hmm ?
- On m'a pas demandé mon avis, j'en voulais pas de leur édit ! Je suis bretonne moi, monsieur, on ne fricote pas avec les protestants, gast ! Regarde Saint-Malo, on lui a dit « Le roi est protestant », il a pas cherché, il s'est barré. Dis-moi, Versailles, tu es catholique, n'est-ce pas ?
- Euh… Oui.
- A la bonne heure ! Et pas républicain, j'espère ?
- Non ! Surtout pas !
Paris le lâcha est croisa les bras en faisant la moue.
- Comment ça « Surtout pas » ? C'est très bien, la République !
- Non, Dieu a choisi le roi, on doit respecter sa volonté !
- Les voies du Seigneur sont impénétrables… psalmodia moqueusement le parisien en joignant ses mains dans un geste de prière.
- Tiens, je te l'ai dit, un hérétique ! Il est encore en train de blasphémer ! Tu vas vraiment finir au bûcher un de ces quatre, toi, avec les protestants !
Le parisien roula des yeux et entraîna la future capitale plus loin, laissant la nantaise lui proférer diverses menaces de mort et d'exorcisme.
- Fais pas attention, c'est une plaie absolue depuis qu'elle a perdu face à Rennes. Mais elle reste une ville commerciale très importante et son influence politique reste indéniable…
Ils furent bien vite rattrapés par Orléans et Tours qui dégagèrent la capitale actuelle pour entourer de leurs bras le plus jeune, l'observant avec curiosité.
- Alors, c'est toi que le roi a choisi pour nous remplacer ?
- Euh…
- A qui tu donnes le pouvoir après ça ? Orlé' ou moi ?
- Euh, ou moi hein…
- La ferme Paris. Alors ?
- Euh… Personne ? Enfin… Je suppose que je vais rester capitale…
- Naaaan, personne ne reste capitale, Versailles. Bienvenue dans le monde merveilleux du pouvoir où tes meilleurs amis te planteront un couteau dans le dos à la première occasion pour récupérer le pouvoir !
- Orlé', tu vas le faire flipper…
- Quoi ? Il faut le mettre au courant dès maintenant ! Et puis, c'est ça qui est drôle !
Versailles observa l'orléanais, légèrement perdu. Ce n'était pas vraiment comme ça qu'il imaginait la chose, pour l'instant, depuis l'annonce qu'il serait la future capitale, il n'avait côtoyé que des humains et ne s'attendait pas à ce que les relations entre les puissants représentants soient ainsi. Il avait toujours vu Paris bien s'entendre avec des villes comme Orléans et Tours, après tout…
- On ne se trahit pas tout le temps enfin…
- On en parle de la fois où Brest a carrément baisé le pouvoir militaire marin à Saint-Malo ?
- Brest ? Le vice-amiral… ?
- Il a l'air mignon et innocent, hein ? Tu vas pouvoir vite constater que quand il s'agit de guerre ou de pouvoir, ce n'est plus la même chose… Et puis, c'est un sale breton, leur fait pas confiance à ceux-là, c'est de la sale race, toujours à vouloir se barrer…
- Dans le genre tu as les bourguignons aussi, de vrais…
- De vrais quoi ?
Le versaillais se retourna pour tomber nez à nez avec une jeune femme à la chevelure brune aux reflets ocre savamment coiffée. Elle était légèrement plus grande que lui, étant montée sur talons sous sa longue robe richement décorée. Elle se pencha vers lui et s'inclina pour attraper sa main et la baiser doucement.
- Enchantée de faire votre connaissance, votre majesté. Je suis Dijon, Capitale des Ducs de Bourgogne.
- Une sale race, quoi. Fais gaffe, Versailles, elle va coucher avec toi juste pour être dans tes petits papiers.
- Orléans, enfin. C'est Paris qui se prostitue pour le pouvoir, pas moi.
- Je ne me prostitue pas !
- Tu baises avec les plus puissants que toi, ce qui est à peu de chose près la définition de la prostitution, tu sais…
- Mais je fais pas ça, arrêtez ! En plus je vois pas avec qui je pourrais coucher, je SUIS le plus puissant !
- Ahem, ahem, hein, plus pour longtemps de toute façon… En tout cas, protèges tes fesses mon petit versaillais ! Ne fais confiance ni au parigot, ni aux bourguignons et encore moins aux bretons, fais confiance à tonton Orléans et touuuut va bien se passer !
Versailles lui adressa un regard inquiet, pas sûr que « touuuut » allait bien se passer après ce qu'ils venaient de lui dire. Alors c'était ça, être une ville importante… S'accommoder de la trahison et devenir ami avec ceux qui avaient le plus de raisons de vous planter un couteau dans le dos… Il frissonna, pas sûr que cette perspective lui plaisait. Il préférait largement la relation forte et honnête qu'il partageait avec Louis. Le roi, lui, ne le trahirait jamais, et lui ne trahirait jamais le roi.
- Bon, maintenant dis-nous tout, comment vas-tu profiter de ton tout nouveau pouvoir ? Non parce qu'il y a pleins de choses que tu peux faire maintenant… Plus personne ne te refusera, si tu vois ce que je veux dire.
Orléans lui fit le clin d'œil le plus lourd de la planète mais Versailles ne comprit pas ce qu'il sous-entendait par là. Paris roula des yeux devant son incompréhension totale.
- Il parle de Guyancourt, là.
- Guyancourt… ? Mais qu'est-ce qu'il a à voir dans…
- Mais il a touuuut à voir là-dedans ! Il t'a rembarré la dernière fois mais tu vas voir, maintenant que tu es Versailles, future capitale du Roi Louis XIV, il a de fortes chances de se trouver épris d'un amour absolu pour toi !
- Pas sûr, hein, Guy' a sa fierté…
- Sa fierté ne va pas aussi loin que refuser de se mettre dans les petits papiers de la capitale, Paris. C'est une ville seigneuriale alors il fera comme font toutes les villes seigneuriales…
- …Que font les villes seigneuriales ?
- Elles se traînent aux pieds des Capitales, enfin !
- Ah… Bon… Euh… Vous ne voudriez pas me présenter les autres villes ?
- Quel bazar, au final on a même pas eu le temps de te présenter tout le monde… Bah, de toute façon tu apprendras bien à les connaître au fur et à mesure !
Paris s'étira et s'appuya nonchalamment contre un buffet richement décoré d'or. Tous les invités étaient rentrés chez eux et il restait seul avec la jeune future capitale qui ne semblait franchement pas rassurée. Il lui fit un sourire aimable.
- Ne t'inquiètes pas pour ce que t'a dit Orléans. Ce n'est pas une vision très glorieuse du pouvoir, c'est vrai, mais on s'y fait. Une place importante ne vient pas sans inconvénients. Plus on est haut, plus les autres veulent nous descendre, ainsi va la vie ! Mais il n'empêche qu'exercer le pouvoir reste un truc génial ! Tu t'y habitueras, tu t'y plairas et tu feras la gueule quand un de nous te descendra avant de tout faire pour descendre celui qu'aura pris ta place. Et tu verras, les autres villes européennes essaieront de te marcher dessus aussi et tu vas très vite te prendre au jeu et essayer de faire pareil avec eux. C'est ça le pouvoir ! Alors, t'en penses quoi ?
- Beaucoup de mal…
- Bah, tu dis ça maintenant, j'ai dû dire un truc du genre à une époque et Orlé' aussi… Peut-être pas Tours, c'est un connard de nature…
- C'est faux ! Louis a le pouvoir et il n'est pas comme ça, pourtant !
Le parisien l'observa comme si une deuxième tête venait de lui pousser.
- Tu rigoles ? C'est un roi ! Il est persuadé d'avoir tout pouvoir de vie ou de mort sur des millions de gens sous prétexte que, quoi, il est de la famille de l'ancien roi ? Oh, non, pardon, « Dieu l'a choisi », j'oubliais… Il serait peut-être temps que les rois nous ramènent leur petite lettre de recommandation signée par Dieu parce que c'est franchement louche leur histoire.
- Nantes a raison, tu es un hérétique…
- Pitié. La religion, les statuts, tout ça ce ne sont que des outils du pouvoir, Versailles. S'il fallait se proclamer fils d'Odin pour être roi de France, il ne serait pas catholique très longtemps le Louis.
- Tu dis n'importe quoi.
- …Bah. Je suppose que tu le réaliseras tout seul petit à petit. En tout cas… (il lui sourit et posa une main sur son épaule) Bon courage. Et dis-toi que, malgré tout ce qu'on a pu te dire comme quoi on essayait toujours de descendre ceux au pouvoir, on reste des représentants et on comprend les problèmes qu'un représentant puissant rencontre. Si tu as un souci personnel, tu peux toujours nous en parler.
Et voilà !
Une petite pensée à Versailles qui a les subordonnés les plus pétés de la planète. Et qui est trop naïf pour son propre bien, pauvre petit.
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