Episode 2-05 Les condamnés
7- Sur le balcon
Les jours passèrent. Certains bons, d'autres carrément flippants. Ils découvrirent une planète, Olésia où les habitants, gouvernés par un magistrat avaient réglé leurs problèmes avec les Wraith en leur fournissant eux même de la chair fraiche, en l'occurrence leurs prisonniers. Et bien entendu il y eut un retour de manivelle et le magistrat et son peuple servirent eux-mêmes de plat principal à l'ennemi.
Rodney McKay, accoudé à la rambarde du grand balcon qui jouxtait la salle de la Porte contemplait le fantastique coucher de soleil qui flamboyait à l'horizon. Il avait été heureux de retrouver son laboratoire ce matin et ne l'avait pas quitté de la journée. Il n'avait même pas fait une pause pour déjeuner. Après la crasse et la folie d'Olésia, Atlantis lui semblait le paradis. Il passa la langue sur ses dents. Merde, il avait bien failli en perdre une sur cette fichue planète ! Mais en fait ce n'était qu'un petit éclat d'émail qui avait sauté et Carson Beckett lui avait réparé rapidement avec un peu de résine. Quand même ça lui faisait bizarre. Il lui faudrait le temps de s'habituer. Foutue planète, foutu magistrat ! Il se demanda brièvement ce qu' il était advenu de Marin, la femme qui avait tenté de les aider. Bien entendu il avait surpris le regard de Sheppard sur le postérieur de la jeune femme. Personne n'allait le changer celui-là ! Il resterait toujours le même. Il ressentit une petite pointe d'agacement et s'en voulut aussitôt. Dans leur relation il n'y avait pas de place pour ce genre de pensée. Ils avaient convenu tous les deux qu'ils étaient libres d'avoir des rapports avec d'autres personnes.
Rodney passa la main sur le métal frais et poussa un soupir. Il était tout de même devenu accro au colonel, il devait bien se l'avouer. Ce qu'il vivait avec lui était... fantastique, intense. Oui, intense était le mot. Tout en observant le clapotis des vagues au dessous de lui il se rendit compte qu'il n'avait pas envie que cela cesse. Il voulait...il voulait...Il fronça les sourcils. Que voulait-il vraiment ?
Agacé, il se mordit la lèvre supérieure. Il était fatigué, voilà tout. Cette fichue mission avait été vraiment éprouvante. Il songea qu'il allait passer une bonne nuit de sommeil et que demain son vague à l'âme aurait disparu. Il n'y avait rien d'autre à attendre de leur relation que de bonnes parties de baise. Ils le savaient tous les deux. Et d'ailleurs est-ce qu'ils avaient beaucoup d'options ? Il fallait rester lucide et surtout prudent...John avait son travail ici. Le moindre soupçon et ce serait un aller simple pour la Terre et de cela il n'était pas question.
Rodney se rendit compte que s'il y avait bien une chose qu'il ne voulait pas, c'était de perdre John Sheppard. Oui, il était vraiment accro, mais il se dit que cela ne signifiait pas qu'il était amoureux. C'était physique, un point c'est tout.
Il passa un doigt sur la minuscule prothèse en résine sur le coté de sa molaire. Merde ! Foutue mission, foutue planète et foutu Torrel ! Il avait eu la peur de sa vie quand le prisonnier avait menacé d'exécuter un de ses compagnons s'il ne réparait pas le Jumper. Un de ces jours il allait faire une crise cardiaque et...
-Ta dent te fait mal ?
Il fit un bond. Nom de dieu, il allait vraiment la faire cette foutue crise cardiaque!
-Ça ne va pas d'accoster les gens comme ça par derrière ! Brailla t-il furieux.
-Tu ne t'en plains pas d'habitude, rétorqua John Sheppard avec un petit sourire lubrique.
-Ha, ha, ha. Très élégant. Quand on t'entend on se rend compte tout de suite que le romantisme n'est pas mort. Tu es si délicat, si fleur bleue, si...
-Tu voudrais que je sois romantique avec toi ? Le coupa Sheppard d'un ton soudain sérieux.
Rodney rougit violemment tout en bénissant la semi-pénombre.
-Non, bien sûr que non, que vas-tu chercher là. Les choses sont très bien comme elles sont.
-Tu crois ?
Le scientifique pianota nerveusement la rambarde du bout des doigts.
-Qu'est-ce qui te fait penser le contraire ?
-Tu es nerveux, je le vois bien, répliqua le colonel gravement. Ça n'a pas l'air d'aller. C'est cette mission ? C'est moche ce qui s'est passé. Au moins certains ont pu s'en tirer, c'est déjà ça.
-Ouais. Rodney marqua une pause et reprit d'un ton songeur. Je pensais à cette femme, tu sais, Marin, tu crois qu'elle...
Il déglutit, incapable de finir sa phrase.
Le militaire hésita un moment.
-Oui, Rodney, je crois que... N'y pense plus, nous n'y pouvons plus rien, nous avons fait tout ce que nous avons pu.
Le scientifique regarda de nouveau l'horizon. Le soleil s'était couché maintenant et il ne restait plus qu'une lueur rouge et violette qui reflétait au loin sur l'océan.
-C'est drôle, parfois j'ai du mal à te comprendre. Tu reluquais son cul et sa disparition te laisse de marbre.
Il sentit John se raidir derrière lui.
-Je suis militaire, Rodney. J'en ai vu d'autres et à force j'ai appris à me protéger. Et d'ailleurs c'est quoi cette histoire de cul ?
-Cela n'a pas d'importance, je disais ça comme ça. Tu as raison, ce doit être cette fichue mission. Ces prisonniers sur leur île et ce type, le magistrat... J'ai encore la chair de poule rien qu'en pensant à lui. Tu imagines le nombres de personnes qu'il a dû livrer aux Wraith ?
-Rodney, n'y pense plus, ça ne sert à rien et tu te fais du mal. Et pour ce qui est de cette fille, Marin, bon, c'est vrai, j'ai un peu regardé son cul, c'était machinal.
Rodney eut un petit rire.
-C'est ce que j'ai pensé. Tu ne peux pas t'en empêcher, hein?
-Tu es jaloux ? Le taquina John en l'enlaçant.
Rodney se dégagea brusquement.
-Tu es fou, pas ici. Et si quelqu'un venait ? Et non, je ne suis pas jaloux, pas plus que toi avec Carson l'autre jour, quand tu m'as questionné à son sujet. Tu voulais savoir ce que ça m'avait fait quand je l'avais embrassé, ou bien plutôt quand Cadman l'a embrassé. Tu as même voulu savoir si j'avais couché avec lui ! Alors c'est qui de nous deux le jaloux, hein ?
Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu'il sentit une main de fer se refermer sur son bras et se retrouva brusquement plaqué contre le mur. Le colonel passa un genou entre ses cuisses jusqu'à frotter son aine tout en forçant sa bouche. Il maintint d'une poigne solide les poignets du scientifique au-dessus de sa tête, collés contre la paroi. Rodney gémit et s'ouvrit à lui. La langue de l'autre homme prit possession de sa bouche avec férocité. Tout en l'embrassant, John passa sa main libre sous sa chemise et lui tordit légèrement un mamelon. Rodney poussa un petit cri de plaisir puis la main descendit plus bas et s'immisça dans son pantalon.
-T'es dingue, arrête, gémit-il alors que John venait de cesser le baiser, faute de souffle. Si quelqu'un vient on est foutus. Arrêêête !
La main du colonel se referma sur son érection. Rodney se dit qu'il allait tout bêtement éjaculer là, dans son pantalon. Il n'y avait pas intérêt qu'il croise quelqu'un dans un couloir, ce serait le bouquet.
-Peut-être que tu as raison, souffla John, peut-être que je suis jaloux ?
Rodney pouvait apercevoir ses yeux briller dans l'obscurité. Il se mit à trembler légèrement.
-C'est vrai? Prononça t-il d'une voix mal assurée.
-Ça t'embêterait ?
-Je...je ne sais pas. On avait dit...
Rodney remarqua à la légère lueur qui filtrait de la porte fenêtre que le regard de John vacillait tandis qu'il se mordait les lèvres comme s'il regrettait d'en avoir trop dit.
-Laisse tomber, déclara subitement le colonel en lui libérant les poignets et en retirant sa main libre du pantalon du scientifique, je te taquinais. Si on allait dans mes quartiers. On a mieux à faire qu'à discuter, non?
Rodney acquiesça, ne sachant plus très bien s'il était soulagé ou déçu. Son regard rencontra celui de l'autre homme et dans un geste impulsif il l'attira contre lui pour l'embrasser. John se laissa aller et l'instant d'après ils échangeaient un baiser passionné. Puis le militaire se retira et nicha son nez dans le cou du scientifique qui passa doucement la main dans sa chevelure. John se dit que c'était peut-être leur premier moment de véritable tendresse. Il se sentait bien, là, au chaud. Il songea qu'il pourrait rester ici des heures à humer la chaleur, l'odeur de Rodney et...
-John, Rodney ? Chuck, vous m'avez bien dit qu'ils étaient dans le coin ?
Ils entendirent la voix d'Elisabeth et se figèrent. Ils se séparèrent rapidement et reprirent contenance en un clin d'œil. Rodney se dit qu'ils avaient acquis un solide entrainement pour ces choses-là. Les lubies de John les avaient plus d'une fois poussé à baiser dans des endroits plus ou moins risqués. Un soir, dans les laboratoires, ils étaient en pleine action, lui penché sur son bureau et John en train en train de le baiser comme un fou quand ils avaient entendu une des portes coulisser. Une minute plus tard, quand Zelenka avait franchi le seuil de la pièce où ils se trouvaient il les avaient surpris en train de jouer joyeusement à Tomb Raider tout en commentant la plastique avantageuse de Lara Croft.
La voix du jeune technicien se fit entendre, plus lointaine.
-Ils sont sur le grand balcon, madame.
Quand Elizabeth Weir fit irruption sur la terrasse, elle ne put réprimer un sourire en les entendant se chamailler, comme de coutume.
-Vous, les américains, vous êtes des barbares, clamait Rodney. Nous ça fait longtemps que nous l'avons banni et nous ne nous en portons pas plus mal !
-Elle n'existe plus dans plusieurs états, se défendit John, et d'ailleurs...
-Allons, messieurs, les coupa Elizabeth, amusée, que se passe t-il ?
-Il se passe que môssieur défend la peine de mort ! Répondit le scientifique en croisant les bras sur la poitrine et en fusillant le militaire du regard.
-Mais...mais j'ai pas dit ça ! S'exclama le militaire outré. C'est Rodney qui ne veut même pas me laisser expliquer mon point de vue. J'ai juste dit...
Elisabeth secoua la tête en souriant. Des vrais gosses et de sacrées têtes de lard. Ils étaient si différents. Elle se demandait souvent par quel miracle ils arrivaient à s'entendre. C'était un vrai mystère.
-Bon, écoutez, reprit-elle, ne voulant à aucun prix entrer dans leur querelle, Chuck m'a dit que vous étiez là et je voulais juste en profiter pour vous souhaiter bonne nuit, continua t' elle en battant en retraite. Bonsoir messieurs.
-Bonsoir Elisabeth, lui répondirent-ils en chœur. Elle entendit John proposer à Rodney de voir un épisode de Star Treck dans ses quartiers et sourit de nouveau. Ils s'entendaient vraiment bien tous les deux!
Dix secondes plus tard les deux hommes échangeaient un nouveau baiser fiévreux sur le grand balcon. Rodney fut le premier à se dégager.
-Star Trek, hein ?
-Oui, répliqua John, je vais te faire voir des étoiles.
-Normal pour Capitaine Kirk.
-Tais-toi, Spock!
Le grognement de Rodney fut étouffé par un nouveau baiser. Puis les deux hommes quittèrent le balcon. Le colonel Sheppard échangea quelques mots avec les gardes de la Porte tandis que Rodney saluait Chuck.
Le jeune canadien les regarda s'éloigner avec un petit sourire. C'étaient de vrais potes ces deux là ! Il écouta leurs voix se perdre dans les corridors puis s'éteindre complètement.
À peine la porte des quartiers de Sheppard refermée ils étaient déjà dans les bras l'un de l'autre.
Une semaine plus tard un système solaire volait en éclat entrainant avec lui une explosion d'une autre sorte.
À suivre...
