Et voilà la suite. Pardonnez-moi le retard, avec les examens c'était assez compliqué d'écrire. Pour la peine, ce chapitre est un peu plus long que la moyenne :)
A bientôt et bonne lecture
TENSION
Le cœur battant, Elena n'osait plus fixer son regard vers son interlocuteur. Elle ne savait comment exprimer ses hypothèses et pensées, par ailleurs il ne paraissait pas vouloir lui faciliter la tâche, l'observant avec un visible amusement. La jeune femme se balançait d'une jambe à l'autre, trahissant son embarras. Elle aurait souhaité feindre une expression neutre et tranquille mais c'était plus fort qu'elle… Elle n'avait pas l'habitude d'interroger les gens, préférant d'ordinaire qu'ils s'ouvrent à elle par eux-mêmes. Mais ce cas-ci était trop important et pressant pour qu'elle attende le bon vouloir de son mystérieux sauveur. Celui-ci semblant apprécier son statut supérieur, distillant ses informations au compte gouttes. Pour bien faire, il faudrait certainement y aller petit à petit…
Au bout d'un moment, elle l'entendit se racler la gorge, dans l'attente qu'elle redescende sur terre. Il avait croisé les bras sur sa poitrine et un sourire narquois s'était dessiné sur ses lèvres. Ses prunelles glacées étaient posées sur elle, insistantes. Elena se sentit rougir, avant de se gifler mentalement afin de se reprendre. Elle plaça une mèche de cheveux derrière son oreille et leva enfin les yeux vers lui.
Il lui sourit, de façon plus chaleureuse.
-Alors, comment te portes-tu ?
-Plutôt bien.
Il fit la moue.
-Je ne suis pas là pour juger, tu peux te permettre d'être honnête avec moi. Je ne répéterais rien, promit-il en l'accentuant d'un clin d'œil appuyé.
Elena sentit un sourire fleurir sur ses lèvres. Elle hésita quelques instants :
-…Tu veux entrer ? Personne n'est là, dit-elle en désignant la porte d'entrée.
Il hocha simplement la tête, une lueur amusée au fond des prunelles, mais ne fit pas de commentaires.
Elena le précéda et ouvrit en grand. Elle se mordilla la lèvre un instant.
-Ne fais pas attention au désordre, le ménage n'est pas notre priorité en ce moment… Mais viens, entre.
Il la suivit le long du couloir, jusqu'au salon. Puis, elle voulut le laisser, histoire de ramener une cafetière mais il l'en empêcha. Il l'attrapa par le bras et la fit s'assoir à ses côtés sur le sofa. Au lieu de la lâcher, il glissa sa main jusqu'à atteindre la sienne et la pressa doucement.
-Parle-moi juste.
Elena baissa la tête.
-Tout ce dont je voudrais parler c'est de cette nuit là…
-Je sais.
-Tu m'as sortie de l'eau, ne mens pas, tu m'as sauvé. Ça m'obsède. J'en perds le sommeil et… S'il te plait, ne me laisse pas dans l'ombre. J'ai besoin de savoir ce qui s'est réellement passé.
Elena sentit les larmes lui monter aux yeux et les effaça d'un geste rageur, ce n'était pas le moment de craquer. Il la regarda un long moment, impassible, et la jeune femme devina qu'il réfléchissait. Elle crut déceler une étincelle de mélancolie dans ses prunelles bleues avant qu'il ne pousse un soupir.
-J'étais dans les bois à proximité lorsque la voiture est passée. J'avoue ne pas y avoir fait plus attention que cela mais sa vitesse était élevée, trop pour cette petite route. Et puis je l'ai vu plonger dans la rivière, alors j'ai accouru.
-Et après ?
-Quelques minutes déjà s'étaient écoulées. J'ai sauté. Une vitre avait éclaté et laissait pénétrer l'eau dans l'habitacle. Ta mère, comme tu le sais, n'a pas survécu au choc. Ton père était conscient, en piteux état, mais n'a pas voulu que je l'aide, il te désignait. Je t'ai pris dans mes bras et t'ai ramené sur la berge.
-Et pour mon père ?
-C'est là que ça se complique…, dit-il sombrement en se levant.
Il faisait les cent pas devant elle, visiblement perturbé. Elena le regardait faire, ne retenant plus les larmes qui ruisselaient le long de ses joues. Soudain, il se tourna vers elle :
-Crois-tu aux monstres, Elena ?
-Je…Euh…Pourquoi cette question ?
-Quand je suis retourné auprès de ton père, il n'était plus seul… Un autre était là, le…vidant. La tête tout contre son cou, des crocs plantés dans sa gorge.
Il laissa échapper un rire nerveux.
-C'était…terrifiant. Je suis remonté au plus vite et suis resté avec toi. J'ai appelé les secours en priant pour que la créature ne vienne pas pour nous.
-C'est…C'est pour ça que tu ne voulais pas avouer m'avoir sorti… ?
-J'ai pensé que les gens me prendraient pour un fou. J'ai cru l'être d'ailleurs…
Les sanglots submergeaient la jeune femme à présent. Elle se leva et sur une impulsion se serra contre Damon.
-Je n'y comprends toujours rien, mais merci de m'avoir dit la vérité.
Sans un mot il l'entoura de ses bras, posant le menton sur le haut de son crâne.
Elena ne sut combien de temps ils restèrent ainsi, l'un contre l'autre. Puis, il l'écarta de lui et plongea son regard dans le sien un long moment, une main sur sa joue.
-Je n'y comprends pas plus que toi, mais j'ai le sentiment que nous sommes liés toi et moi… Comme si nous étions embarqués tous deux dans cette histoire dingue…
Cette histoire lui semblait effectivement complètement dingue. L'idée qu'un…monstre ait pu être à l'origine de la mort de son père lui paraissait folle. Mais elle était née dans cette ville où un tas de légende circulaient. Son père lui en racontait souvent lorsqu'elle était plus petite. Lui contant les aventures d'un de ses ancêtres, un dénommé Jonathan Gilbert qui affrontait des monstres sans scrupules avec ses inventions toutes plus ingénieuses les unes que les autres. Elena se souvint de son plaisir à cette époque que de l'écouter narrer les exploits de ce personnage exceptionnel, elle y croyait dur comme fer et rêvait elle aussi de devenir une puissante et rusée chasseuse de monstres… Sans compter qu'encore aujourd'hui sa meilleure amie prétendait être une descendante des sorcières de Salem… Alors elle prenait soin de garder son esprit ouvert au…surnaturel.
-Tu crois vraiment que c'était un monstre… ? demanda-t-elle, nerveuse.
-Je n'en sais rien. Mon imagination a pu me jouer des tours, j'ai juste eu tellement peur…
-Tu as raison, dit-elle après un moment, nous sommes liés et je tiens à savoir ce qui s'est passé, m'aideras-tu ?
-Evidemment. D'ailleurs…
Elle le vit jouer quelques instants avec un objet dans sa poche avant d'en sortir un collier. Une fine chaîne en argent qui retenait une petite sphère en argent elle aussi, entièrement travaillée. Il le lui présenta avec un léger sourire :
-Il est dans la famille depuis plus d'un siècle… Plus vraiment à la mode, j'en conviens… Il est sensé éloigner les mauvais esprits... C'est sûrement idiot, mais je crois que je préfèrerais le savoir à ton cou. Bien sûr tu n'es pas obligée de…
-Non, non, je serais ravie de le porter. Il est vraiment magnifique. Et je puis je pense qu'une protection supplémentaire est toujours bonne, dit-elle non sans humour.
Il lui sourit et passa dans son dos. D'un geste il écarta ses cheveux afin de l'attacher. La sphère reposant maintenant sur sa peau. Elle ne pouvait s'expliquer pourquoi mais son contact froid la rassurait, comme s'il représentait une barrière entre elle et toutes les horreurs qu'elle n'était capable de comprendre.
Damon plongea à nouveau son regard perçant dans le sien, à tel point qu'elle en fut troublé.
-Je suis sûr que mon départ te plairait à présent…
Elle hocha négativement la tête :
-Si je n'ai jamais aimé la solitude, elle me semble insupportable en ce moment. Mais je comprendrais que tu doives t'en aller à d'autres affaires plus urgentes.
Il sourit, l'air satisfait. Et se rassit enfin.
-Je crois qu'il n'y a rien de plus urgent que de tenir compagnie à une jeune femme esseulée !
Cette réplique eut pour effet de faire rire légèrement la jeune femme.
-Alors, explique-moi pourquoi tu es venu à Mystic Falls, demanda Elena en s'asseyant à ses côtés.
-Et bien j'ai grandi ici mais j'en suis parti, suite à une…peine de cœur. Après un moment je me suis dit qu'il était, peut-être, enfin temps de revenir. Et me voilà !
-Cette fille, pour laquelle tu es parti, tu as fini par l'oublier ?
-Pas totalement, je suppose mais c'est moins douloureux.
-Elle devait être incroyable…
-Oh elle l'est. Tu me fais penser à elle d'ailleurs.
Elena se rembrunit, ressembler à une ex n'était pas réellement la meilleure des bases pour une relation, aussi platonique soit-elle. Il dut s'en rendre compte car il ajouta avec un sourire narquois :
-Physiquement, il y a une…vague ressemblance. Mais au niveau de la personnalité vous ne pourriez pas être plus différente !
-C'est une mauvaise chose ?
-Non, au contraire. Une seule comme elle suffit largement !
-Mais tu l'aimais…
-J'étais fasciné, mais ça n'empêche qu'elle avait un terrible caractère. Elle pouvait mentir, manipuler et trahir sans même l'ombre d'un remords.
-Elle t'aimait aussi ?
-Je ne sais pas, je n'ai jamais su. Je pense qu'elle m'aimait à sa façon, ou plutôt j'espère. Bref, l'amour rend pathétique, ah ?
-Elle n'était tout simplement pas la bonne, souffla Elena.
-Peut-être bien…
Il sourit à nouveau, de façon plus tendre. Et Elena ne sut déterminer si celui-ci lui était destiné ou s'il était pour l'autre.
Le silence tomba entre eux, apaisant. La jeune femme ne pouvait détacher son regard du sien. Cet homme était un vrai mystère, et même s'il se prenait au jeu de répondre à ses questions, de nouvelles apparaissaient constamment. Cela l'amusait autant que ça l'épuisait. Elle n'avait jamais aimé ceux qui se plaisaient à être renfermé sur eux-mêmes, mais avec lui c'était différent. Elena sentait qu'il ne le faisait pas expressément, en tout cas pas totalement. Elle l'imaginait solitaire, n'ayant pas l'habitude de se confier par manque d'opportunité et pas d'envie, et certainement torturé. Elle le voyait à son regard qui se faisait parfois lointain, souvent douloureux, il avait vécu et cette vie avait généré une faille en lui. Il la touchait.
Au bout d'un moment, il s'étira, tel un félin et se leva.
-Je dois m'en aller, Zach m'attend pour aménager le reste de mes affaires.
-Oui bien sûr, sourit-elle en se levant à son tour.
Elle l'accompagna jusqu'à la porte. Une fois sur le seuil, elle ne sut que dire, cette scène lui semblait intime, étrangement plus que tout ce temps passé sur le canapé. Embarrassée, elle se balançait d'une jambe à l'autre.
Certainement conscient de sa gêne, il la prit dans ses bras, une brève accolade, avant de sourire :
-On se voit très bientôt !
Il s'éloignait déjà, les mains dans les poches, lorsqu'elle réagit :
-Damon !
Il se retourna vivement, visiblement surpris. Elle le rejoignit rapidement.
-Merci de ne pas être condescendant. Ça fait du bien, tu es le seul à te comporter normalement en ma présence.
Elle lui plaqua un baiser sur la joue et rentra chez elle, souriante et lui lançant un dernier regard en refermant la porte.
