« Or perhaps in Slytherin
You'll make your real friends,
Those cunning folks use any means
To achieve their ends.»
- Choixpeau, JK Rowling
Samedi 7 Septembre.
«8h50»
Le samedi offrait aux élèves de Poudlard une douce quiétude. La chaleur de l'été continuait de régner dans les couloirs du château, et surtout dans le parc où se trouvaient les lève-tôt.
Les uns restaient sur la terre ferme, à lire un livre ou à discuter en groupe, les autres, plus courageux, se risquaient à mettre leurs pieds dans l'eau du Lac Noir. On pouvait même apercevoir une jeune Serdaigle en train de nager avec quelques formes sombres évoluant autour de sa silhouette dans l'eau.
Au loin, l'équipe de Poufsouffle s'entraînait sur le terrain de Quidditch. Dans les gradins étaient assis quelques élèves de la maison noir et jaune, souvent pour passer un bon moment et ainsi resserrer les liens de leur maison.
Cependant, dès que l'on franchissait le seuil du château, la ferveur qui régnait dans le parc s'évaporait instantanément. Il n'y avait aucune agitation dans les couloirs de Poudlard, seulement quelques courants d'air qui bousculaient les armures.
En effet, la plupart des sorciers réveillés se trouvaient à l'extérieur, appréciant pleinement le beau temps et leur moment de détente. Mais nous pouvions assurer, sans peur de se tromper, qu'il existait quelques âmes ne voulant pas apprécier le soleil éclatant de ce mois de Septembre.
Drago et Pansy ne faisaient pas partis de ceux-là. Les deux aimaient bien s'allonger au soleil tout en discutant avec leurs amis de Serpentard, mais à ce moment précis, ils avaient autre chose à faire. Nous pouvions donc observer les deux amis grimper les escaliers tout en parlant de choses et d'autres.
D'un pas pressé, Pansy doubla son voisin lorsqu'ils furent près du septième étage. Drago, quant à lui, ne semblait pas très enthousiaste à l'idée de parler de quelque chose dont il avait lui-même du mal à comprendre.
Pansy s'arrêta enfin dans le couloir convoité, en face de la tapisserie de la Salle sur Demande. Être devant celle-ci donna un frisson à Drago. Les souvenirs de la bataille de Poudlard l'assaillirent sans qu'il ne puisse les refouler. Le cri de Vincent Crabbe qui brûlait vif dans son feudeymon, l'odeur atroce de la cendre, la chaleur étouffante, la peur de la mort.
Il y avait tant de mauvais souvenirs dans cette salle, tant de choses qu'il aurait aimé oublier pour toujours, notamment ces longues heures passées à réparer l'armoire, ses heures de désespoir total et de stress incommensurable.
Oui, il y avait bien des choses qu'il aurait aimé ne pas avoir vécu.
Pansy sentant son malaise, regretta pendant quelques secondes le choix du lieu. Mais ils étaient déjà là, donc autant continuer. Elle s'approcha de la tapisserie et l'observa minutieusement. Elle y vit des personnages qui se disputaient.
« – Mais non ! Il faut faire ce pas, et non celui-ci ! »
Le troll qui se trouvait en face de l'homme émit un grognement assez rauque.
« – Allez, on reprend ! »
L'homme reprit une sorte de chorégraphie et dansa ne faisant pas du tout attention aux trolls qui se cassaient la figure derrière lui. Elle sentit la présence de Drago à ses côtés.
« – Tu avais déjà fait attention à cette tapisserie ?
– Pas vraiment, répondit Drago d'un air neutre, de très mauvais goût si tu veux mon avis. »
Sur la tapisserie, l'homme regarda Drago d'un air outré qui fit rire les deux Serpentard. L'atmosphère s'était légèrement détendue et Pansy décida que c'était le bon moment pour entrer dans la salle. Elle passa les trois fois nécessaires devant le mur et une porte en bois apparut. La jeune fille prit la main de Drago et ils entrèrent.
« – On est calme là ! Tu pourras tout me raconter ! fit-elle avec un sourire en coin. »
Drago ne lui répondit pas tout de suite, trop occuper à regarder la salle, où plutôt la terrasse. En effet, il lui semblait être sorti d'une maison pour arriver sur une terrasse qui donnait, elle-même, sur un immense parc.
Le décor était très beau, il reconnut le cadre de la maison de campagne de la famille Parkinson et il sourit. D'aussi loin qu'il se souvenait, il n'avait eu que de très bons souvenirs en ce lieu, et si la mémoire ne lui faisait pas défaut, c'était l'endroit préféré de Pansy.
Seule l'absence d'animaux et l'absence des bruits du village d'à côté témoignaient du fait qu'ils étaient bel et bien dans une reconstitution de la salle sur demande et non dans la vraie maison de la brune.
Pansy s'écroula sur le fauteuil de la terrasse et soupira d'aise. En la voyant faire, Drago eut un sourire attendrit. Il la suivit dans son mouvement et prit place à côté d'elle. Il écarta son bras, invitant Pansy à se réfugier contre lui. Lorsque ce fut fait, il resserra son bras autour du corps de sa meilleure amie et caressa doucement la jeune fille de son pouce.
« – Cet endroit me manque déjà terriblement, murmura-t-elle.
– À moi aussi. Il manque à toute notre classe, je pense. »
Pansy rit à cette remarque. En effet, elle avait invité leur promotion entière -Serpentard s'entend- de nombreuses fois lorsque la guerre n'était pas encore parfaitement déclarée et ils s'y étaient encore réfugiés la majorité de l'été précédent. Jamais les parents de Pansy n'avaient accordé d'attention à cet héritage rebutant et insultant par le fait qu'il était à l'intérieur même d'un village moldu. Alors la jeune fille avait décidé de profiter pleinement de ce grand terrain.
Dans le temps, cette maison était surtout le petit quartier général du groupe d'adolescents très arrogants qu'ils étaient, mais ils grandirent et sortaient toujours de ces vacances plus enrichis par les nombreux débats passionnés qu'ils menaient tous ensemble.
Les Serpentard avaient beaucoup de défauts, comme les autres maisons d'ailleurs, mais leur notion d'amitié était très belle. Si un Serpentard vous considère comme son ami, vous êtes sûr d'avoir à vos côtés quelqu'un de loyal et droit, n'hésitant pas à user de ruses et de fourberies dans le seul but de vous aider.
Beaucoup trop de personnes semblaient oublier cette facette du bon Serpentard.
En se remémorant de leur évolution, Drago sourit. Ils en avaient fait du chemin, il en avait fait du chemin pour passer de celui qu'il était à l'entrée de Poudlard à celui qu'il est maintenant. Mais il avait beaucoup de choses à peaufiner encore. Il pensa à Granger lorsqu'il se fit cette remarque interne. Son sourire se fana et il soupira.
Sans qu'elle ne lui dise quoique ce soit, Drago commença son récit n'omettant aucun détail. Il lui raconta sa rencontre dans le train, dans le parc, la discussion avec Blaise, la rencontre de la veille au soir. A la mention de ce passage, il sentit Pansy se tendre sous ses bras mais il n'y fit pas attention. Lorsqu'il eut fini de raconter son histoire, il y eut un silence. Tout deux observèrent la grande étendue verte, les collines qui s'élevaient au loin et qui semblaient vouloir atteindre le ciel nuageux d'Ecosse. Après un moment, Pansy se décida à parler.
« – Alors, qu'as-tu décidé de faire ? Veux-tu changer ou stagner ?
– Dis comme ça, il ne me semble pas pouvoir choisir l'option « stagner » sans passer pour un idiot ! Pansy ricana et Drago reprit, Blaise m'avait conseillé l'option « évoluer ». Après mûre réflexion, c'est vrai que je ne peux pas m'enfoncer dans un chemin qui n'est pas le meilleur, comme la guerre me l'a montré. Toutefois, je ne sais pas... C'est toute une enfance, toute une éducation et une vie remises en question par une guerre et surtout par une personne qui ne compte même pas pour moi. Au final, j'ai l'impression que si je change, les dix-sept ans de ma vie n'auront eu aucun sens alors que si je ne change pas, je ne vais rien perdre.
– Drago, interrompit Pansy d'une voix douce, ces dix-sept ans ont un sens. Comme tu le dis, c'est ton éducation et la première vision du monde que tu as eu. Vouloir évoluer ne veut pas dire que ton passé a été inutile, au contraire. C'est sur ce passé qu'il faut que tu t'appuies. Maintenant, tu as la possibilité, grâce à Granger, d'avoir un aperçu d'un monde qui t'étais interdit jusque-là. Granger sera pour toi synonyme d'indépendance intellectuelle. Elle marquera la rupture entre ce que t'imposaient tes parents et ce que, toi, tu veux faire.
– Tu emploies de bien grands mots Pansy. Mais n'est-ce pas là les pensées de Blaise que je voudrais mettre en acte ? Si je m'approche de Granger, cela ne voudra-t-il pas dire que j'ai suivi les indications d'une autre personne que moi-même, contrairement à ce que tu dis ?
– Blaise ne t'a pas imposé ces pensées en te proposant de faire ça. Il a juste osé te dire des choses que toi-même tu ne voulais pas t'avouer. Comment pourrais-tu, toi Drago, héritier des Malefoy, te soucier d'une Sang-de-Bourbe ? Ce n'était juste pas concevable pour toi, tu refoulais tout ça, et il l'a juste mis en évidence.
– Granger représente tout ce que je déteste. Elle est l'image même de tout ce que mon éducation m'a appris à mépriser et-
– Et justement ! Je reconnais que j'ai moi-même du mal -beaucoup trop d'ailleurs- à la supporter, comme toi, je sais qu'elle est une petite peste voulant réussir partout, une miss-parfaite qui me donne souvent envie de vomir. MAIS, rajouta-t-elle sous les rires de Drago, tu viens de le dire : c'est ton éducation qui t'a appris à mépriser. Prend du recul sur tout ça Drago, pèse le pour et le contre, au final, tu te feras ton avis. Soit cette expérience te confortera dans les idées véhiculées par ton éducation, soit cette expérience changera du tout au tout ces idées.
– Mais, quand bien même, essayer de la côtoyer sera mission impossible, elle me déteste autant que je la déteste.
– Justement, tu dois avoir de la patience, cela prendra du temps pour l'apprivoiser et ton évolution se fera au rythme de l'évolution de votre relation.
– Je t'en prie, ne parle pas de relation lorsqu'il s'agit de moi et Granger.
– Déjà sois un peu moins égocentrique, on dit « Granger et moi » et non le contraire.
– Voilà, même les expressions mettent cette folle avant moi, dit-il en voulant détendre l'atmosphère, Pansy leva les yeux au ciel en lui donnant un coup de coude qui leur arracha un sourire.»
Pansy s'éloigna quelque peu avant de s'allonger complètement, sa tête reposant sur les cuisses du blond. Elle s'endormit et il caressa doucement les cheveux noirs de son amie. Peu de temps après, la porte de la maison -menant donc vers les couloirs de Poudlard- s'ouvrit, faisant sursauter Drago. Il allait dégainer sa baguette lorsqu'il reconnut Blaise.
Celui-ci expliqua qu'il les avait cherchés dans tout le château avant d'avoir l'idée de venir ici en invoquant à la salle l'endroit où se trouvaient ses deux amis.
Les deux garçons parlèrent jusqu'au réveil de Pansy.
Ils sortirent alors tous les trois pour descendre au parc. En se posant contre un arbre, à même le sol, Drago se fit une remarque : il venait de se rendre compte qu'il s'était nettement calmé sur les provocations. Bien sûr, même l'année passée il faisait moins le malin, mais cette fois-ci, c'était différent. Il ne provoquait même plus du regard, il ne faisait que rester très discret, et il n'était pas le seul à l'avoir remarqué.
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« Dimanche 15 septembre »
Harry, Ginny et Hermione se trouvaient en face du lac, assis par terre sur la pelouse. Ron et Padma n'étaient pas très loin d'eux. Malgré tout, Ron ne faisait pas le moindre contact physique avec Padma lorsqu'il savait qu'Hermione était susceptible de le voir, mais il se disait qu'il ne devait pas non plus laisser de côté sa copine. Le dilemme était dur entre apprécier comme il se doit sa nouvelle idylle ou essayer de moins compliquer les choses avec Hermione qui restait toujours sa meilleure amie.
Celle-ci s'était d'ailleurs mise dos aux deux Gryffondor, essayant tant bien que mal de sourire face à ses deux amis. Elle savait bien, au vu des regards que Ginny et Harry lui lançaient, qu'elle ne pouvait tromper ces deux derniers : en effet, ils n'étaient pas dupes, mais ils ne savaient pas comment aborder le sujet, pensant sans cesse que le sujet Ron était beaucoup trop récent.
Harry était celui qui était le plus embêté dans l'histoire : il avait vraiment envie qu'elle se confie à lui. Elle comptait tellement pour le Gryffondor que son moral en pâtissait aussi. Harry lui avait demandé s'il pouvait se parler seul à seul dans la salle des préfets un jour de ronde de Ginny et Drago : c'est ainsi qu'ils fixèrent un rendez-vous le samedi suivant.
Beaucoup de personnes avaient changé durant la guerre. Hermione faisait partie de ceux-là. Mais avec étonnement Harry s'était aussi rendu compte que son ennemi d'enfance, Drago Malefoy, avait aussi changé. Enfin, il s'était un peu calmé. Depuis la rentrée, soit depuis deux semaines, il n'avait pas du tout entendu parlé de Drago Malefoy, de sorte qu'il aurait presque pu oublier son existence s'il ne le voyait pas en potion.
Harry se doutait bien que le jeune homme voulût faire profil bas suite à la guerre, mais il lui était quand même étrange de voir qu'il s'effaçait à ce point de la vie à Poudlard. Le Survivant avait du mal à penser que ce n'était pas dans la nature de Drago de se faire remarquer.
Alors que son esprit s'égarait vers le jeune Serpentard, Harry aperçut la chevelure blond platine de celui-ci tandis qu'il descendait les marches du château accompagné de Pansy Parkinson, Blaise Zabini et Théodore Nott.
« – Les filles, commença Harry, vous ne trouvez pas que Malefoy a changé d'attitude ?
– Je dois te dire que je n'y ai pas fait plus attention que cela, répondit Ginny en regardant son compagnon, interloquée.
– Euh ... Oui, c'est vrai, il s'est calmé .. Peut-être est-ce parce qu'il est Préfet-en-Chef ? ajouta Hermione qui avait, elle aussi, constaté l'effacement du Serpentard.
– Mh ... Vous en dites quoi ? Je ne suis pas vraiment confiant ... Que mijote-t-il encore celui-là... D'ailleurs, vous savez ce qui est arrivé pour lui et sa famille ? questionna Harry. »
Hermione répondit négativement curieuse elle aussi de savoir. Ginny quant à elle, acquiesça d'un mouvement de tête, la mine sombre.
« – Oui... Papa m'a dit qu'ils étaient morts. Mais je ne sais pas si c'est vrai peut-être était-ce une fausse information. »
Lorsque Hermione eut entendu la réponse de Ginny, un frisson s'empara d'elle. Elle se rendit enfin compte de la situation du jeune homme, cela lui fit du bien égoïstement, elle n'était donc pas la seule à souffrir du manque de ses parents. Si tant est que le jeune homme souffrait de cette absence.
Après s'être fait cette remarque, Hermione se flagella mentalement. Comment pouvait-elle se réjouir que quelqu'un partage sa situation ? Certes, le père de Drago avait été un incroyable bâtard, mais il n'empêche qu'elle ne devait pas réagir ainsi.
Harry ayant vu le visage de sa meilleure amie pâlir, intervint.
« – Hermione ça va ?
– Oui oui, répondit-elle hâtivement. »
La jeune fille baissa sa tête sur le livre qu'elle tenait entre ses mains pour cacher son visage de Harry. C'était maintenant sûr pour Harry, ils devraient obligatoirement avoir une discussion.
Hermione inspira profondément et referma son livre d'un geste brusque, quelques secondes à peine après avoir baissé la tête pour le lire.
« – Bon ce n'est pas que je m'ennuie, mais je vais vous laisser les amoureux, j'ai des devoirs à rendre pour lundi que je n'ai pas pu finir hier soir faute de temps, s'empressa de dire Hermione tout en se levant.
– Ok, à ce soir alors, Hermione ! »
La Rouge et Or prit ses affaires et alla d'un pas pressé à l'intérieur du château. L'atmosphère du Parc lui changeait de l'habituel atmosphère étouffé de la bibliothèque. Après l'incident avec Drago plus tôt dans le mois, elle avait décidé de s'accorder des moments de répit. Mais s'être prise à faire cette réflexion l'avait assez bousculée. Le fait d'avoir Ron et Padma non loin d'elle ne l'aidait pas non plus.
Hermione décida de ne pas aller dans la bibliothèque, mais de rester à sa salle commune afin de continuer ses devoirs d'arithmancie.
Elle s'installa sur l'un des poufs marrons entourant la table basse du salon et étala tous ses parchemins sur le meuble.
«11h45»
Elle avait tout fini, il ne lui restait plus que cinquante centimètres de parchemin à rendre en runes anciennes. Elle se leva et se fit une queue-de-cheval. Elle partit vers la Salle de bain où elle s'aspergea le visage d'eau fraîche afin de se réveiller un peu. À la suite de ça, elle sortit de la salle des préfet pour aller déjeuner : elle l'avait promis à Harry.
La Gryffondor descendit les étages d'un pas léger jusqu'à arriver devant la grande salle. Avant d'entrer quelqu'un l'interpella.
« – Hermione ? »
EDIT 21/08/17 : de 1880 à 2880 mots !
