Requiem avançait d'un pas décidé et ferme, mais non moins précautionneusement. Le fait était qu'il avait conscience d'évoluer sur le terrain de jeu choisi par ses ennemis. Et que ces derniers se soient montrés à eux avant de disparaître n'augurait rien de bon. Ils savaient combien étaient restés dans les montagnes à la terre sèche et combien étaient repartis vers la ville, porter secours à Tatsumi. Il ne faisait aucun doute que certains se trouvaient encore dans les parages, à les attendre.
Il était clair pour le Saint de Bronze de l'Hydre Mâle qu'il était seul et livré à lui-même. Cette seule pensée ne manqua pas de faire apparaître sur son visage, déjà dur, un sourire carnassier. C'était bien comme ça qu'il aimait être et se battre. Les autres ne pouvaient que constituer une gène et il en avait eu la preuve face à cette hydre dans cette dimension bizarre. S'il avait été seul, il lui aurait réglé son compte sans aucun problème, il en était convaincu.
Un mouvement furtif sur le côté attira son attention.
« - Montre-toi. Cela ne sert à rien de te cacher et ça ne m'empêchera pas de t'infliger la correction que tu mérite. Allez, montre-toi!
Aucune réponse ne lui parvint, si ce n'était la sensation d'entendre un petit ricanement sarcastique.
S'il y avait bien une chose que détestait Requiem, c'était bien que l'on se moque de lui. Son sang ne faisant qu'un tour, il se rua vers l'arbuste d'où il avait vu le mouvement et, concentrant ses forces, le fit éclater sans aucun ménagement.
Rien ne se trouvait derrière et, une fois de plus, il entendit le rire moqueur résonner dans le vent. Il réalisa que l'objectif de son ennemi était de le faire sortir de ses gonds et eut bien du mal à réprimer l'envie de hurler sa rage. Seule l'idée que cela ne ferait qu'accroître l'amusement de l'inconnu lui donna la force de se contenir.
- Envisages-tu de me faire attendre encore longtemps?
- Intéressant..., commenta une voix narquoise qui arracha un grognement de mécontentement au saint de bronze qui la reconnaissait sans mal. Tu as beau être une brute, tu sais comment te tenir. Bravo, j'applaudis la performance. Un barbare sans cervelle comme toi mérite au moins ça.
- C'est donc toi, répondit Requiem. Très bien. À défaut de l'orignal, je vais pouvoir me défouler sur la copie...
Une silhouette s'avança d'un pas sûr, dévoilant les lignes épurées de l'habit sacré de bronze du Microscope. Rapidement, à mesure qu'il s'approchait de lui, l'Hydre Mâle reconnu les traits caractéristiques des Golem derrière l'apparente perfection de la reproduction visuel, si bien qu'il cracha a terre.
- ... ce qui est fort dommage, ajouta-t-il plus pour lui-même. Je rêverais d'enfoncer mon poing dans la figure de ce pédant prétentieux.
Le Golem du Microscope éclata de rire avant de poser un oeil non moins amusé sur Requiem.
- Comme s'il avait à craindre d'une boule de nerfs comme toi. Vraiment, ce n'est pas comme si lui ou moi avions à te craindre. Si tu te bats contre moi, ce ne sont pas tes poings qui vont prévaloir, sale rat. »
Sans crier gare, le Golem se jeta à l'attaque, le poing fermé contre son flanc. Requiem ne se laissa guère déstabiliser par cet assaut frontal sans finesse. Il lança son poing droit devant lui vers le visage de son ennemi, mais le manqua à sa grande surprise. Immédiatement, il se mit en garde, voyant le poing de son adversaire arriver sur lui, mais il lui sembla mal placer sa défense et le coup passa à travers, le frappant en plein visage.
Requiem recula de quelques pas, alors que son adversaire le toisait.
« - Eh bien, tu me semble avoir quelques difficultés à viser, mon pauvre ami. C'est bien beau de mettre tout ton énergie dans tes coups, mais si tu n'est pas fichu d'être plus précis que ça, cela ne te servira pas à grand chose.
- La ferme! Cria Requiem, se laissant de nouveau à l'attaque pour se retrouver avec l'index du Golem posé sur son front.
- Ce genre de confrontation ne m'amuse pas le moins du monde. Subis l'Oeil Accusateur du Golem! »
Le Saint de Bronze bondit en arrière, essayant d'esquiver, mais au moment où il atterrissait, il constata que le paysage dans son entièreté avait disparu. Il se retrouvait perdu au milieu d'une brume impénétrable, sans aucun repère. Exhortant le Golem à se montrer, il réalisa rapidement que seul l'écho de sa propre voix lui répondait. Il se retrouvait bel et bien seul, totalement isolé, livré à lui-même, mais cette fois-ci, cette pensée ne lui arracha pas le moindre sourire.
Ithaque avait repéré sa cible bien avant d'arriver à proximité. Le paysage rocailleux était plein de lourds rochers suffisamment gros et nombreux pour lui permettre de se dissimuler aux yeux du Golem de la Grue. Ce dernier se trouvait au milieux du sentier, droit et fier. Il semblait l'attendre de pied ferme, décidé à en découdre.
Le Saint de Bronze de la Girafe en prit acte, mais ne changea pas ses plans pour autant. Il ne doutait pas que ses autres compagnons se laisseraient entraîner dans des combats inutiles, dont le seul but était, au mieux, de les affaiblir. C'était dans des moments comme ça qu'il se rendait compte que son ainesse prévalait de loin. Six mois semblaient être courts dans la vie d'un guerrier, mais ils avaient suffis à forger en lui un esprit tactique visiblement très supérieur au leur.
Ils étaient tous de jeunes loups, excités à l'idée d'un combat et manquant de direction. Cette perspective n'était guère réjouissante pour la suite. Le guerrier sacré savait à quel point la discipline était rigoureuse au Sanctuaire et tous allaient au devant de grosse déconvenues s'ils ne changeaient pas rapidement d'attitude.
Pour l'heure, son objectif principal était de passer outre son ennemi. Seul le Sculpteur était important. Il était vital qu'il conserve toute son énergie pour l'abattre. Très vraisemblablement, il allait être puissant et dangereux et se battre avant même d'aller l'affronter ne ferait qu'augmenter les chances d'échec.
Avançant furtivement, il contourna le Golem qui fixait l'horizon face à lui avec attention, tout en prenant soin de dissimuler habilement son aura, puis il reprit sa route sans même un regard en arrière.
La brume se faisait de plus en plus épaisse à chaque seconde qui passait et Requiem ne distinguait même plus ses pieds, se demandant presque s'il restait un sol sous eux pour les soutenir. Eût-il été homme à avoir peur, il se serait presque mis à craindre de chuter dans un abîme sans fond. Cette situation n'était guère confortable et il savait qu'il était en fâcheuse posture, incapable de distinguer un adversaire qu'il n'avait pas été capable de toucher lorsqu'il l'avait face à lui.
« - Montre-toi! Je t'ai déjà dit que je n'aimais pas perdre mon temps en des jeux inutiles!
- Tu n'aimes pas grand chose, en fait, fit la voix d'Antonio.
Requiem se retourna brusquement, surpris de voir son compagnon d'armes face à lui dans la brume. Immédiatement, il fronça les sourcils, essayant de distinguer la peau caractéristique des Golem, mais il lui apparu qu'il s'agissait bien du Saint de Bronze du Lynx, et non d'une copie.
- Que fais-tu là? Demanda Requiem sur la défensive. Si c'est pour m'aider que tu es là, tu...
- Personne d'autre ne peux t'aider, as-tu oublié? Pourquoi proposer son aide à quelqu'un qui n'en veut pas?
L'Hydre Mâle cilla. Il ne s'attendait pas à ce genre de discours et se rendit compte qu'il attendait bel et bien des autres qu'ils soient venus l'aider, même s'il était conscient qu'il aurait malgré tout refusé cette aide par fierté.
- Alors que fais-tu là? Répéta-t-il, piqué au vif.
- Nous sommes venus te regarder en train de te vautrer lamentablement dans ton échec, quoi d'autre? Fit la voix d'Ithaque.
- Toi aussi...?
- Pas que lui, déclara Lissa en lui révélant également la présence des autres Saints de Bronze qu'il pensait repartis pour la ville. Nous tous sommes là pour le voir.
- Tu n'es pas digne d'être un Saint et tu le sais, ajouta Jaku.
- Rien d'autre ne compte que toi et toi seul, Lâcha Hiro avec amertume.
- As-tu donc si peur que l'on vienne te frapper dans le dos? Ironisa Niwa »
Le Saint de Bronze recula d'un pas. Il lui apparaissait clairement qu'il n'était pas normal que tous ses compagnons se trouvent ici et l'accablent au lieu de résoudre le problème. Maintenant qu'il y prêtait attention, il réalisait que la brume était suffisamment épaisse pour dissimuler ses pieds, mais pas assez pour cacher à sa vue les deux Saints qui se trouvaient à près de cinq mètres de lui. Il était clair qu'il y avait anguille sous roche et que ce qu'il voyait n'était pas la réalité, pas entièrement en tout cas. Ce qu'il se voyait asséné en paroles ne faisait jamais que refléter la véracité de ses propres doutes.
Un petit ricanement se fit entendre, émergeant de nulle part.
« - Pauvre petit guerrier. Tu donnes l'apparence de dureté, tu fais le fort et le fier, mais en fait, tu n'es qu'un enfant apeuré qui à peur de son ombre et qui cherche l'approbation de ses pairs par sa seule puissance. C'en serait risible, si ce n'était à ce point pitoyable.
- Ah, je viens de comprendre quel était ton pouvoir, déclara soudain Requiem. Tu irrites les gens en leur racontant des idioties de pseudo-psy.
- Et dire que j'y ai vraiment cru pendant un instant, se moqua la voix du Golem. Cela m'apprendra à continuer de croire que tu as un cerveau. Allons, et si nous explorions tout cela un peu plus en profondeur. Qu'en dis-tu? »
Sans qu'il n'ait eu l'opportunité de fournir la moindre réponse, Requiem se sentit s'enfoncer brusquement dans le sol et tomber.
Les échanges entre Antonio et le Golem du Dauphin étaient aussi rapides que violents. Le Saint de Bronze ne pouvait s'empêcher de se demander jusqu'à quel point la copie ressemblait à l'original. Il ne le connaissait pas encore très bien, mais pour le peu qu'il avait côtoyé le Saint du Dauphin, il lui avait paru être une personne calme et prévenante, attentionnée envers les autres. Il avait du mal à l'imaginer se battre de cette façon. A fortiori, l'image du dauphin ne lui évoquait certes pas beaucoup de violence, à l'inverse de Niwa à la sauvagerie si crue.
La Golem attaquait principalement avec son poing gauche sur lequel se trouvait la représentation du bec du dauphin et qui était la partie là plus dense de son armure. Son poing droit n'assenait jamais que de petits coups rapides visant à aider à la feinte. En outre, son jeu de jambe était assez incroyable et Antonio peinait à garder le rythme soutenu de son ennemi. Malgré tout, le Golem ne parvenait pas à placer de coup décisif, si bien qu'aucun des deux n'avait vraiment réussi à prendre l'avantage sur l'autre.
Le Lynx fit un bond en arrière pour mettre un peu de distance et prendre le temps de souffler. Pourtant, à peine avait-il posé un pied à terre qu'il se rendit compte de son erreur. Le Golem semblait avoir concentré le plus gros de sa puissance dans ses jambes et il avait déjà fondu sur lui à une vitesse folle, tel l'animal qu'il représentait fendant les eaux à toute allure. Pris de cours, il ne parvint pas à bloquer le coup de pied qui l'envoya percuter un rocher avec une violence incroyable.
Antonio essaya de se remettre rapidement sur pied en dépit de son souffle coupé, tout en craignant une nouvelle offensive qui n'eût pas lieu. A sa grande surprise, le visage du Golem ne semblait pas exprimer la moindre satisfaction. Au contraire, il paraissait contrarié.
« - Ne me dit pas que tu pensais en avoir fini avec moi avec un seul coup de pied? Demanda Antonio à la limite de la vexation. Il en faudra beaucoup plus que cela?
Le Golem secoua la tête, l'air triste.
- Tout cela ne m'amuse guère. Tu as l'air d'être quelqu'un de bien, répondit l'autre. Je devrais en finir rapidement pour aller aider les autres, mais je crois que tu vas me retenir beaucoup plus que ce que j'avais escompté.
Antonio fut surpris d'une telle déclaration. Il retrouvait soudainement le même tempérament qu'il avait décelé chez Hiro et il ne put s'empêcher de frémir à la confirmation que ce jeune homme doux pourrait également être ce même guerrier redoutable s'il lui faisait face. En outre, il était étonné que des créations telles que ces Golems puissent exprimer des sentiments aussi forts que l'inquiétude pour l'un des leurs.
- Mais qu'êtes-vous donc? Demanda-t-il finalement.
- Nous ne sommes jamais que des poupées, répondit le Golem avec une amertume et une douleur saisissantes. Nous sommes un peu de terre avec un peu de vie en elle.
- Je ne peux pas te croire, ce n'est pas possible... Vous ne pouvez pas... Tu ne peux pas être juste ça... Tu est trop...
- Humain?
- ... Oui, répondit Antonio dans un souffle.
- Et pourtant..., conclu le Golem avec douleur avant de se remettre en posture de combat. »
Les assauts reprirent sans plus attendre, mais cette fois, Antonio était clairement dominé par son adversaire. Plein de questions et de doutes, il faisait face à des assauts à la violence redoublée, ne parvenant pas à savoir à quoi il faisait face et en pouvant s'empêcher de penser que d'une façon ou d'une autre, c'était son propre camarade qu'il affrontait ici.
Alors que la brume commençait à se dissiper, Requiem frémit. Il reconnaissait les montagne de Transylvanie où avait eu lieu son entrainement et qu'il avait quittées si peu de temps avant. Il sentait si distinctement la morsure caractéristique du froid et le vent si sec qu'il asséchait la gorge en quelques secondes qu'il pensa un moment y avoir été téléporté. Après tout, il s'était retrouvé le matin même dans une dimension parallèle.
Il observa le paysage autour de lui, essayant de contenir cet élan de nostalgie qui s'emparait de lui. Il sentait presque l'odeur acidulée des conifères secs parmi lesquels il avait évolué pendant près de six ans, le doucereux du calcaire et du granit des roches, le sucré de l'herbe et de la terre sous ses pieds. Il réprima une envie de s'allonger sur ce sol familier alors qu'il réalisait qu'il était là par l'action de son ennemi. Celui-ci n'était pas visible, mais il eut tôt fait de déceler un mouvement derrière lui.
Sans se poser la moindre question, lui lança son poing qui fut stoppé par une main nue. Amares, son maître lui faisait face, l'air dur.
« - Tu n'as jamais su tenir ta place, lâcha-t-il alors qu'il envoyait Requiem valser dans les airs sans effort.
- Que faites-vous là? Demanda Requiem.
- Je suis ton maître, je suis là pour t'enseigner. Maintenant, est-ce que je pourrais arriver à faire quoique ce soit de toi, je n'en suis pas sûr.
- J'ai obtenu la Cloth de l'Hydre Mâle! J'ai réussi à surmonter votre entraînement, cela compte!
- Seulement dans tes rêves! Tu en es loin, pauvre sot!
Alors qu'Amares disait ces mots, Requiem constata qu'il n'était vêtu que d'une simple tunique. Il cligna des yeux à de nombreuses reprises, ayant l'impression de perdre la tête.
- Mais pourtant..., commença-t-il.
- Arrête de rêver! Comment veux-tu devenir fort si tu passe ton temps à seulement rêver de l'être. Tu n'est qu'un petit enfant qui a tout à apprendre. Tu ne sais rien encore et tu prétend pouvoir me porter un coup?
Requiem recula d'un pas, mais il se rendit compte que la distance de son pas avait été bien courte. Regardant ses mains, il eut l'impression de voir de petits poings frêles et en sangs, incapables de causer le moindre mal. Ses jambes étaient courtes et chétives, bien loin des membres musclés qu'il avait cru avoir quelques instants plus tôt.
- Alors tout ceci n'était qu'un rêve? Je ne suis jamais devenu un Saint de Bronze?
- Il faudrait d'abord que tu en soit capable. Tu compte sur les autres pour te battre, mais ce ne sont pas les autres qui vont se battre pour toi. Tu es le seul à pouvoir parvenir à ton objectif, et tu en es loin, sinon incapable. Tu es pitoyable, petit rat chétif ! »
Alors qu'il entendait ces mots, Requiem sentit une colère sourde commencer à monter en lui. Un court instant, il eût la sensation de grandir, de devenir plus fort, mais la main de son maître posée sur sa tête dissipa l'illusion.
- Allons, viens avec moi, dit Amares avec douceur. Il est temps d'aller se reposer. Tu dois être épuisé. Je sais que je suis exigeant avec toi, mais il faut que tu comprennes tout le chemin qu'il te reste à parcourir pour voir le bout de ton chemin. »
L'enfant se sentit un peu dérouté par ce changement soudain de discours, mais n'émit pas la moindre contestation. Il savait que son maître était aussi sévère que juste. S'il lui avait parlé aussi durement, c'est qu'il avait une raison de le faire. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance. Il n'oubliait pas la discussion qu'ils avaient eu à son arrivée et comment Amares avait été convaincu de travailler durement pour faire du jeune garçon le guerrier puissant qu'il voulait devenir.
Ithaque avait fini par arriver jusqu'à une large crevasse. Le chemin s'était déroulé sans accroc en dépit des embuches naturelles auxquelles il avait du faire face. Embusqué derrière un rocher, il observait cet homme dont la cape volait au vent et qui semblait attendre patiemment. Il y avait quelque chose de presque surnaturel dans son immobilisme, rompu uniquement par les plis de sa cape. Son armure de couleur sombre paraissait lui conférer une aura supplémentaire, irradiant d'une rare puissance et le Saint de Bronze en sentait presque les vibration, même à plusieurs mètres d'elle.
Au bout de quelques minutes d'observation, a attendre le moment idéal, un aigle vint se poser en hauteur sur une branche. Celle-ci céda son le poids de l'animal qui prit immédiatement son envol dans un petit cri mécontent, tandis que le végétal déboulait, entrainant avec lui quelques cailloux. Le Sculpteur se tourna vers le bruit.
Dans un mouvement presque félin, Ithaque bondit de sa cachette, fondant sur le dos de son adversaire pour lui assener un coup décisif. Pourtant, rien ne se passa comme le Saint l'avait prévu. En premier lieu, le Sculpteur semblait être tout à fait conscient de sa présence et à peine Ithaque était-il sorti de sa cachette, qu'il vit un petit marteau et une châsse surgir dans les mains du renégat, alors qu'il se tournait vers lui avec un sourire mauvais sur le visage. Tandis que, pris dans son élan, Ithaque se retrouvait incapable de s'arrêter, fonçant droit vers les outils qui lui paraissaient de plus en plus mortels à mesure qu'il s'en approchait, il vit une ombre passer au-dessus de lui et se vit envoyer valser dans le décors par le Golem de la Grue.
Le Guerrier sacré de la Girafe se releva, essuyant sa lèvre blessée d'où coulait une larme de sang et se maudit lui-même pour son échec cuisant. Non seulement, il avait manqué l'opportunité de se débarrasser de son puissant ennemi, mais il se retrouvait face à deux adversaires au lieu d'un.
« - Sérieusement, croyais-tu que je ne t'avais pas vu arriver jusqu'ici? Lui demanda le Sculpteur. Je te donne l'impression d'être si faible que cela?
- Je pouvais bien essayer, répliqua Ithaque.
- Tu aurais aussi pu essayer de te comporter en véritable guerrier et affronter celui qui t'attendais, plutôt que de fuir comme un lâche, cracha le Golem qui visiblement était vexé de son attitude. Est-ce ainsi qu'un soldat fait face à son devoir?
- La ferme, trancha Ithaque au comble de la frustration de son échec et désignant le Sculpteur du doigt. Je n'ai pas de temps à perdre avec la piétaille. Écarte-toi et laisse moi affronter ton maître! »
Le Saint renégat laissa entendre un petit gloussement amusé tandis que le Golem fulminait de rage.
« - Je vais te montrer ce que vaut la piétaille, grogna-t-il plein de rage. »
Requiem était arrivé jusqu'au cabanon où il résidait avec son maître. Ce dernier lui avait fait prendre son bain et avait même préparé le repas du soir. Un repas chaud, chose inhabituelle. Il s'était même donné la peine d'allumer un feu dans la cheminé qui dispersait une douce chaleur réconfortante.
Le jeune enfant respira toutes ces odeurs, fermant les yeux pour apprécier la caresse du feu qui se trouvait non loin et se laissa envahir par le bien-être qui en résultait. Il ne lui semblait avoir connu que la douleur des entraînements et la morsure du froid depuis qu'il était arrivé dans le camp d'entraînement, et là, il se voyait enfin offert le repos auquel il aspirait tant de jours. Il observa le bois de l'habitation qui le protégeait du froid, les volets rabattus étouffant le bruit du vent et se fut avec sérénité qu'il avala la gamelle de viande chaude qui avait été préparée pour lui.
Lorsqu'il eût finit son diner, son maître l'invita à le suivre et le mena jusqu'au lit où il allongea sa tête sur ses genoux. Amares lui caressa les cheveux pendant de longues minutes, le berçant pour qu'il s'endorme et en le quittant pas des yeux. La respiration de Requiem se fit de plus en plus régulière pour ne plus devenir qu'un doux sifflement.
Ce fut à ce moment que le regard du maître se durcit et qu'il abattit sa main sur le cou de son élève, faisant jaillir une gerbe de sang.
