Chapitre 7 : De mieux en mieux. Ou pas ?
Draco arqua un sourcil tandis qu'Harry qui s'était levé précipitamment pour retenir Ginny, revenait vers lui.
« Ce n'est pas ce que tu t'imagines hein, et alors quoi, elle a vu un mirage la gamine ? Elle a des hallucinations dues au pic de pollen ? Tu vas dire que j'ai glissé tout en étant assis, pile sur ta bouche ? »
« Ça va, c'est bon ! »
« Mais oui ça va très bien, par contre toi tu as l'air stressé. »
« Qu'est-ce que je vais dire… ? »
« Ah, j'oubliais on ne vous apprend pas à mentir à Gryffondor. Tu n'as qu'à dire la vérité. »
« Je suis foutu. »
« Je ne te le fais pas dire. »
L'invité numéro1 soupira tandis que Draco glissait l'air de rien sa main dans la sienne. Harry lui jeta un regard surpris, et ne dit rien. Si il lui avait roulé une pelle à nouveau, il aurait pu lui hurler dessus, lui dire qu'il était cinglé, que le sang bleu lui avait liquéfié l'cerveau, qu'il n'avait jamais été qu'un petit con prétentieux, mais on n'engueule pas quelqu'un qui vous fait les yeux doux en vous serrant la main ! Alors il fit ce qui était le plus sensé, il la boucla et attendit l'avalanche avec calme. Le cri de la Ginny en pétard résonna, faisant trembler les vitres, et puis le couple de la maison (l'officiel, et je ne parle pas des parents !) fit son entrée dans la chambre avec un air soupçonneux sur le visage. Ron avait l'air ennuyé comme quelqu'un dans une file d'attente qui doit prendre un train qui va partir, se tortillant de gauche à droite comme un chaton dans les griffes de la goule du grenier.
« J'pense que Ginny a pété une ampoule…une durite, tu sais l'expression moldue, fin elle va pas bien du tout, elle vient d'nous raconter un truc, enfin… »
« Elle a dit que tu sortais avec Draco. » fit Hermione avec son tact habituel.
« Non ! Pas du tout, voyons !» nia Harry, en se tournant vers Draco. Mais ce dernier retira sa main, tout en lui lançant un regard lourd de reproches et sortit de la chambre sans un mot, tandis qu'Harry se levait pour le suivre.
« Mais attends, ce n'est pas… »
« Ce n'est pas ce que je crois, ah mais si, j'ai très bien compris…reste avec ta rouquine, Potter ! »
L'air digne comme un empereur cocu, le fils de Mr la-classe-incarnée descendit et voulut sortir, seulement quand il ouvrit la porte et avança d'un pas, il se prit un grand mur noir sur le coin de la pomme et retomba les fesses sur le parquet, des petites loupiotes tournoyant devant ses yeux pour l'occasion. Puis se passa quelque chose de fort curieux, le mur noir se mit à parler et lui ordonna de se relever au lieu de faire l'idiot. Non mais il allait lui apprendre à ce mur à se fiche de sa poire, faire l'idiot, lui, alors qu'il venait d'avoir le cœur brisé comme un pare-brise d'occasion sur une route pleine de gravier. Mais lorsqu'il leva les yeux vers le sommet de l'édifice, il se rendit compte que, fichtre, ce n'était point un mur, et qu'il allait pouvoir continuer à se lamenter sur son sort, car c'était Snape !
L'air amical comme un vautour à la diète, le directeur de la maison serpentard attrapa son ancien élève par la cape et le releva, laissant sa grande main griffue sur l'épaule du garçon pour éviter qu'il ne prenne la poudre d'escampette. Il allait l'emmener après avoir salué les parents Weasley quand un garçon assez célèbre, celui qui avait sauvé le monde, déboula dans la pièce.
« Oh, heu…Bonjour professeur. »
« Potter. »
Les salutations étaient, comme d'habitude, chaudes comme une glace à la menthe tenue par un esquimau sur le Mont Blanc.
« Quel bon vent vous amène ? »
« Je viens chercher Mr Malfoy qui sera, j'en suis certain, ravi de savoir que l'on a réussi à innocenter son père et que ce dernier se trouve à l'instant chez lui. »
Draco avait effectivement l'air aussi ravi que si on lui annonçait sa future mise en bière. Oh, il l'aimait bien, son vieux, mais si par malheur il apprenait…déjà si Snape apprenait…
« Bien, je vous suis »
« Je viens aussi. » affirma Harry.
Le professeur de potion leva un sourcil, expression qui signifiait chez lui : « Misère, Potter n'était déjà pas très fin, mais il semblerait que son duel contre Voldemort lui ai fait perdre un neurone, or il n'en avait déjà que deux, qui passaient leur temps à se disputer… ». Malfoy fils leva lui aussi un sourcil, pas aussi haut que son illustre directeur de maison, mais quand il voulut en placer une ce dernier le coupa :
« Et puis-je savoir…ce que vous comptez faire chez les Malfoy, Mr Potter ? »
« Bien, c'est-à-dire… »
Ginny qui était restée dans un coin jusque-là répondit à sa place :
« Rencontrer beau-papa bien sûr ! Et oui, je les ai surpris en train de s'embrasser…alors le mariage, ça ne devrait plus tarder ! »
Madame Weasley lâcha sa tasse de café, les mains tremblantes comme si elles les avaient posées sur un marteau-piqueur, quand à Mr Weasley il tenta un léger sourire, s'attendant à une blague de très mauvais goût. Mais la tête de Ron et Hermione lui indiqua que non. Quand à Snape, il conclut que vu la gueule d'enterrement que tirait la populace, il y avait du vrai dans les affirmations de la rouquine. Il eut un léger sourire qui signifiait probablement quelque chose comme « de mieux en mieux », en attendant que toute cette bande d'anormaux lui pose la VRAIE question. Et il fallut du temps. Le temps que tout ce beau monde se mette à causer n'importe comment, s'énerve, râle, et passe par toutes les couleurs existantes des dragées de Bertie Crochue, puis Mr Weasley s'exclama soudainement :
« On a innocenté MALFOY ? Qui, comment, pourquoi, … ?»
« Le ministère, par une série de papiers, parce que apparemment Mr Malfoy connaissait l'endroit où Voldemort amassait un joli petit magot, et que dès qu'il s'agit d'argent tout se discute. »
Une série de cris de protestation s'éleva et quand le boucan devint insupportable, c'est-à-dire une fraction de quart de demi seconde plus tard, Snape tira Malfoy dehors, ainsi que Potter, vu que ce dernier avait finalement décidé que oui, une fouine valait nettement mieux qu'une belette qui avait bouffé des piles Duracel et le petit lapin rose de la pub en prime. S'en suivit l'habituelle torture du transplanage durant laquelle les deux ados se cramponnèrent le plus possible l'un à l'autre (vu que se cramponner aux basques de Snape était une idée qui ne serait pas passée même dans le crâne d'un troll suicidaire divorcé veuf et orphelin). Mais le fait de former une masse compacte soudée ne leur facilita pas l'atterrissage, en un mot, ou plutôt non, ils finirent gracieusement dans la flaque de boue qui s'étendait dans la pelouse qui avait autant besoin d'un coup de frais que la barbe de Hagrid. Les herbes folles de l'étendue herbeuse formaient un tapis de nœuds géants et Harry la trouva directement antipathique, sans doute parce qu'elle lui rappelait un problème certain qu'il avait avec ses cheveux…
Mais il trouva encore moins sympa la grande demeure qui se découpait sur un fond gris orageux alors qu'il faisait soleil pétant côté Weasley, comme si toute la baraque semblait lui dire de ne pas oser poser un de ses orteils Gryffondorien sur son seuil. Mais il n'eut pas le temps de réfléchir grandement au fait de rentrer ou non, car leur doux enseignant leur flanqua à chacun une main dans le dos pour les pousser vers la grande porte. Il ne manquait plus que le cerbère, et le pauvre petit Riry se serait cru aux portes de l'enfer…Or justement, sur le seuil de la porte se tenait, semblait-il, le petit cousin germain de Touffu, une espèce de molosse qui ouvrit une gueule aussi grande que celle de Rusard quand il apercevait un gamin donner un coup de pied à Miss Teigne, et dont l'haleine sentait au moins à moitié aussi mauvais. A vue de pif, quoi qu'il ne soit pas vraiment le plus adapté pour réaliser l'analyse de la douce flagrance, Harry aurait dit qu'il s'agissait là de restants de Gnomes des champs putréfiés, de Herve, et d'un employé du ministère trop tatillon sur certaines lois. A côté de la chose se tenait une harpe, et Harry tourna naturellement la tête vers Draco qui blêmit quelque peu en soupirant :
« Heu…serait-il possible de nous faire descendre un piano… ? »
Mais à sa grande surprise, et à celle de son petit-ami-pas-vraiment-officiel-c'est-pas-ce-que-tu-crois-papa, Snape leur prouva qu'il pouvait faire autre chose avec ses mains que des remèdes contre la toux, des potions explosives, aphrodisiaques, calmantes, avec ou sans bulles, avec ou sans la louche, les yeux bandés, sur un pied …Bref, qu'il savait jouer de la harpe. D'ailleurs, les deux ados avaient l'air tout aussi subjugués que le chien et il fallut à nouveau les pousser jusqu'au hall d'entrée.
« Je pensais que vous aviez jeté un sort à la harpe en première année… » fit Harry.
« En effet, mais il faut au préalable savoir jouer pour ça. Enchantement de troisième année, Potter. »
Harry vira rouge calamar géant rôti et allait répliquer que Draco ne s'en souvenait pas non plus, que de toute façon avec lui il avait tout les défauts du monde, mais il n'en eut pas le temps, une grande silhouette avec des oreilles pointues descendant à ce moment l'escalier principal…
