Hello tout le monde! Cette citation là était très dure lol... J'ai choisi de la baser sur le dernier épisode de la série... Unending...


The advantage of emotions is that it leads us astray; the advantage of science is that it's not emotional.

Oscar Wilde.

Teal'c remonta le couloir qui menait au laboratoire sans hâter son pas. Les trente années passées enfermé dans ce vaisseau pesaient désormais sur ses épaules, les entrainements journaliers avec le Colonel Mitchell ne parvenant pas à affiner suffisamment ses muscles à son gout. Ses pensées s'égarèrent vers Bratac… Il admirait un peu plus chaque jour la maîtrise que le vieux guerrier avait sur son propre corps. A son âge, il était toujours un fin combattant qui se battait pour l'avenir de leur peuple quand Teal'c tournait en rond dans ce que Vala Mal'Doran qualifiait souvent de 'boîte de conserve'.

Finalement arrivé à la hauteur de la pièce renfermant la console Asgarde, Teal'c ralentit. Il était toujours délicat de traquer le Colonel Carter jusque dans son antre. Particulièrement en ce jour qui marquait l'anniversaire de leur emprisonnement.

Le Jaffa avança pourtant, jamais de ceux à reculer devant les défis.

« Colonel Carter ? » appela-t-il, surpris de ne pas trouver la femme sur sa chaise quand toutes les lumières étaient allumées.

« Ici, Teal'c. » répondit la voix exténuée de son amie, en provenance de l'autre côté de la console.

Perplexe, le guerrier leva un sourcil et fit rapidement le tour de l'objet. La scientifique était assise à même le sol, une main pressée fermement contre sa poitrine. Immédiatement alarmé, Teal'c s'accroupit auprès de son amie, ignorant la protestation franche de ses muscles trop longtemps laissés au repos.

« Requérez-vous une assistance médicale, Colonel Carter ? » s'enquit doucement le Jaffa en attrapant le poignet de la femme et en le tirant vers lui pour inspecter les dégâts. Daniel Jackson faisait depuis longtemps office d'infirmier et de médecin et peut-être aurait-il été plus sage de l'appeler mais la façon apathique dont elle le laissait examiner sa main indiquait au guerrier que la militaire avait atteint le bout de ce qu'elle pouvait encaisser.

Le problème semblait se situer au niveau des phalanges. Teal'c avait vu assez de blessures, en avait lui-même eu une assez grande part, pour ne pas reconnaître la nature de celle-ci. Elle avait frappé dans quelque chose de bien trop dur pour ses os désormais fragiles.

Rien que l'appareil de soin Asgard n'arrangerait pas en quelques minutes. Seulement, il doutait que ce soit ce qu'elle désirait. Peut-être avait-elle besoin d'éprouver cette douleur, de la même façon qu'il avait besoin de maintenir les apparences en s'entrainant bien inutilement chaque jour.

« Combien de fois devrais-je vous demander de laisser tomber le grade, Teal'c ? » lâcha-t-elle doucement, presque trop bas pour qu'il surprenne ses paroles.

Pour lui, utiliser son grade était un signe de respect. La preuve qu'il reconnaissait ses capacités en tant que leader… Mais ses amis n'avaient sans doute jamais réellement compris cela et peut-être le temps n'était-il plus au respect mais à l'affection.

« Votre dernière simulation n'était pas concluante, Samantha. » déduisit patiemment le Jaffa, prenant soin de ne pas laisser planer la moindre trace de reproche dans sa voix. Il savait à quel point elle travaillait dur pour les sortir de cet endroit. Il savait peut-être mieux que les autres parce qu'il était toujours celui qui l'obligeait à se nourrir et prendre du repos. Il en était ainsi depuis trente ans.

« Aucune ne l'est jamais, non ? » rétorqua la scientifique avec un tel dégout d'elle-même que Teal'c en fut inquiet. Peut-être avait-il sous-estimé le problème. Chacun d'entre eux à une exception avait, à un moment donné, laissé ses émotions, ses peurs le dominer. Le Colonel Carter était cette exception. Elle concevait à son encontre une trop grande culpabilité pour s'autoriser à regretter la vie qu'ils avaient laissée derrière.

Et ils avaient tous plus ou moins laissé faire parce qu'inconsciemment, ils l'en blâmaient.

Mais trente ans était une trop longue période…

« La prochaine sera peut-être plus efficace. » offrit-il simplement.

Le regard presque gris qui rencontra le sien était plus dur que jamais.

« La prochaine fois n'a pas sauvé Hank. » répliqua-t-elle en cherchant à dégager son bras de la ferme emprise de Teal'c. Il ne doutait pas que s'il l'avait lâché, elle aurait à nouveau frappé le mur ou même lui… Tout ce qui aurait été à portée.

« Le Général Landry ne vous tenait pas pour responsable de la situation actuelle. » déclara-t-il calmement. « Aucun de nous ne le fait. »

« Peut-être que vous devriez. » cracha-t-elle froidement en détournant la tête. « Je ne serai pas de très bonne compagnie aujourd'hui, Teal'c. Et j'ai du travail. »

Elle voulut une nouvelle fois récupérer sa main mais le Jaffa la tenait fermement.

« Vous travaillez trop. » constata-t-il sans l'autoriser à se relever.

La phrase ne contenait ni mesquinerie ni jugement mais pourtant elle sembla la bouleverser profondément. Il n'en comprit la raison que quand il vit l'étincelle s'éteindre encore un peu plus dans ses yeux.

Evidemment, elle n'avait pas l'habitude d'entendre cela. Pas de lui.

« O'Neill vous manque. »

Cela lui échappa.

Trente ans et ils avaient tous été trop pris par leur rancune hypocrite, le deuil de leur propre existence pour lui offrir ces simples mots. Daniel Jackson veillait sur Vala Mal'Doran. Vala Mal'Doran veillait sur Daniel Jackson. Le Colonel Mitchell était souvent sujet à des crises de colère et de dépression. Teal'c lui-même était parfois abattu pendant des jours… Landry peut-être avait-il été le plus patient et compréhensif d'eux tous…

Mais il était certain d'une chose…

Personne n'avait offert à Samantha Carter la possibilité de pleurer pour celui qui lui manquait.

« Ne soyez pas ridicule. » répondit-elle mais la fêlure dans sa voix était bel et bien là. Une vulnérabilité dont elle n'avait pas fait preuve depuis bien longtemps. « Je dois travailler. »

Elle parvint à s'extraire à sa prise cette fois et repartit derrière la console, en évitant d'utiliser sa main abimée. Teal'c se releva avec précaution et la rejoignit quelques secondes plus tard, se demandant comment O'Neill aurait géré la situation.

La respiration hachée de la scientifique suggérait qu'elle avait besoin de se débarrasser de ce trop plein d'émotion… Mais ce qu'elle désirait réellement, il ne pouvait le lui offrir. Il était évident que la présence d'O'Neill aurait été bienvenue, les choses se passeraient sans doute même mieux s'il avait été là.

Mais il ne l'était pas et ils devraient tous faire avec.

« J'ai observé que les humains de la Tauri se sentent parfois mieux après avoir… exprimé ce qui les troublait. » proposa-t-il.

« Je ne suis pas Daniel. » répondit-elle sèchement, plissant les yeux pour mieux distinguer le diagramme sur lequel elle se penchait. Sa vue n'était plus aussi bonne qu'autrefois. « Je n'ai pas besoin de parler pour me sentir mieux. »

Teal'c inclina la tête, légèrement mal à l'aise. O'Neill n'apprécierait pas qu'il laisse son amie à son sort quand elle était visiblement si bouleversée mais que pouvait-il faire d'autre si elle ne voulait pas se confier ?

« Je travaille, T. » reprit-elle au bout de quelques minutes. « C'est ma façon de… gérer les choses. Je travaille et je vais bien. »

Il doutait sincèrement que ce soit le cas. La science avait toujours eu cet effet calmant sur la scientifique… précisément parce qu'elle requérait minutie et certitude… Mais ce n'était probablement pas la meilleure façon d'évacuer toutes les émotions qu'elle avait accumulées sur le cœur.

« Vous n'avez pas l'air bien, Colonel Carter. » finit-il par déclarer doucement, à court d'inspiration. Sa main se posa sur l'épaule de la femme et elle tressaillit.

« Teal'c… » protesta-t-elle faiblement mais il n'en tint pas compte, l'attirant contre lui. C'était après tout ce qu'aurait fait O'Neill…

« Teal'c… » se plaignit-elle encore une fois mais sans vraiment se débattre. Le dernier fut presque inaudible, un léger sanglot. « Teal'c… »

Puis les larmes coulèrent…

… et il la tint.

Il la tint tandis que d'énormes sanglots secouaient sa silhouette frêle, tandis que le poids des années s'envolait de ses épaules…

Il la tint tandis que ses émotions reprenaient le dessus.